La Nature Sur La Route de la Soie

3112017

(Côté Chinois)

 

 

 

 

 

Avant l’avènement des moyens de transport modernes, le voyageur désireux de poursuivre son chemin à l’est de Kashgar devait soigneusement préparer la longue traversée du désert du Taklamakan. Dans ces régions, toute forme de vie semble inexistante, mais en réalité, la nature est en éveil partout, même dans les conditions les plus extrêmes, et ceci est toujours vrai de nos jours.

 

 

 

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Désert du Taklamakan

 

 

 

 

La route septentrionale traverse les Monts Célestes durant sa première moitié. Contrairement aux dunes désertiques du sud qui semblent sans vie, les flancs des montagnes du nord sont recouverts de forêts et de pâturages qui abritent une faune nombreuse et variée.

 

L’ibex, une chèvre sauvage aux cornes gracieusement recourbées sur sa nuque, se tient en équilibre sur des rochers escarpés ou saute par-dessus les précipices avec la grâce d’un trapéziste. Et là où cette proie sauvage abonde, le léopard des neiges, protégé des vents froids par sa fourrure épaisse, n’est jamais très loin.

 

En empruntant la route méridionale on aperçoit sur la droite les hautes chaînes qui délimitent le plateau tibétain : les monts Kunlun, Altun et Qilian. Peu de voyageurs franchissent cette barrière et ceux qui le font se retrouvent alors dans un monde des plus inhospitaliers : une steppe aride et désertique, balayée par un air froid et rare, dont l’altitude avoisine les 5000 m.

 

Evoluant dans un paysage de dunes, de lacs salés et de steppes herbeuses, les troupeaux de yaks sauvages au poil dru et les antilopes tibétaines sont préservés grâce à leur éloignement de toute zone habitée.

 

Qu’il passe par le nord ou par le sud, le voyageur aura l’occasion de se confronter au désert. Le Taklamakan, le plus grand désert de Chine qui s’étend dans une vaste dépression, connaît des étés torrides et des hivers glaciaux. Ses dunes mouvantes et ses vastes plaines couvertes de galets – connues sous le nom de gobi- ne permettent que très rarement à l’herbe de pousser. Pourtant, même ici, quelques rares créatures arrivent à survivre : des chameaux de Bactriane, proche cousin du chameau domestique, évoluent dans les régions les plus reculées à l’abri des chasseurs. Ces animaux résistants peuvent boire l’eau salée des lacs, et survivre ainsi dans un environnement qu’aucun autre mammifère ne peut supporter.

 

Lorsqu’il y a de l’eau douce, la nature explose, ne serait-ce que le temps d’une brève saison. Dans les lits des rivières asséchées, des buissons tels que l’absinthe ou l’herbe à chameau poussent alors en abondance. La gazelle à goitre et l’âne sauvage du Tibet trouvent une grande partie de l’eau dont ils ont besoin pour leur survie en boutant la rare végétation. Là où l’eau est plus abondante, des peupliers émergent des sables. Dans ces « forêts », on trouve l’endémique lièvre du Tarim et le cerf de Yarkand, parent plus petit du cerf rouge, avec un pelage plus court que ses congénères des montagnes.

 

Sur les plans d’eau ouverts, tels que le plus grand lac d’eau douce, Bosten Hu, nichent des oiseaux, dont la nette rousse, le tadorne casarca, le harle bièvre et le cygne tuberculé.

 

Le grand lac du Lop Nor et ses marais, privés de leur approvisionnement en eau par des projets d’irrigation lointains, appartiennent désormais au passé. Malgré cela, le long des fleuves autour de certaines sources ou marais, des étendues herbeuses existent encore. On y trouve toujours des sangliers en abondance, autrefois proies privilégiées des tigres. Ceux-ci, longuement décrits par Sven Hedin lors de ses voyages au début du 20e siècle, ont disparu de la région vers les années cinquante.

 

 

 

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Le lac salé multicolore du Lop Nor

 

 

 

 

Enfin, le voyageur quitte les déserts occidentaux et pénètre dans les plaines du nord de la Chine, où il rencontre un paysage de loess fertile avec des cultures de blé ainsi que des forêts de pins et de peupliers.

Vers le sud, le sommet du mont Taibai est abrité par les monts Qingling, dont les forêts verdoyantes constituent la limite septentrionale de la faune et de la flore. Composée en partie de bambous, ces forêts abritent de nombreux animaux endémiques en Chine, tel que rare ibis nippon, avec son bec incurvé et sa face rouge nue, qui n’existe plus qu’ici. Il dépend des ruisseaux et rivières limpides descendant des montagnes. Des rhinopithèques dorés, les plus colorés des quatre espèces de primates à nez épaté, s’ébattent dans la canopée par groupes de plusieurs dizaines d’individus. Plus bas, des takins se baladent dans les sous-bois. Leurs cornes massives indiquent leur parenté avec le bœuf musqué de l’Arctique. Enfin, animal emblématique de la faune chinoise menacée, le panda géant vit toujours dans cet environnement.

 

 

 

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Rhinopithèques dorés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Principales réserves sur la Route de la Soie :

 

 
  

 

  • Réserve naturelle du lac du Ciel, Xinjiang, (380 m²)

 

 

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Grâce à ses paysages pittoresques dominés par le sommet enneigé du mont Bogda et sa proximité avec la capitale provinciale d’Urumqi, ce parc constitue un important pôle touristique. Il contient des forêts d’épinettes de Chine, conifères caractéristiques des Tian Shan.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  • Réserve naturelle nationale du mont Arjin, Xinjiang (45 800 m²)

Egalement connue sous le nom de Altun Tash, cette réserve naturelle de haute altitude préserve les parties septentrionales du plateau tibétain, ses lacs salés, ses sommets couverts de neiges éternelles, ainsi que de grands troupeaux d’ânes, de yaks sauvages et d’antilopes tibétaines. La réserve comprend le sommet de Muztagh Ulugh (6973 m).

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  • Réserve de chameaux sauvage du Lop Nor, Xinjiang

Elle regroupe la plus grande population de la seule espèce de chameaux sauvages du monde. La majeure partie de cette réserve n’est pas autorisée au tourisme. Les régions périphériques peuvent être visitées au départ de Kuerla ou de Ruoqiang.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  • Réserve naturelle nationale du mont Taibai, Shaanxi

A 120 km au sud-ouest de Xian, Taibai est célèbre non seulement par son sommet qui culmine à 3767 m, mais également pour ses anciens temples. Le mont Taibai est au centre de cinq réserves naturelles contiguës qui couvrent une surface de 1531 km². Ses forêts denses sont caractéristiques des hauts plateaux du sud et abritent des rhinopithèques dorés, des takins et le panda géant.       

 

 

 

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Mont Taibai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Éléments d’anthroponymie algérienne 3ème partie

1112017

 

 

II. Patronymie à base de vocabulaire «profane»

 

 

 

 

 

Concomitants aux noms d’essence religieuse, des noms référant plus à la vie sociale et quotidienne de l’individu qu’à sa vie spirituelle et métaphysique sont pléthore. Formés essentiellement de surnoms et sobriquets, ces noms constituent une grande part de l’anthroponymie algérienne. L’appellation d’un individu par un surnom ou un sobriquet est une pratique courante dans les sociétés arabes. Alors que le sobriquet est généralement attribué et usité dans la sphère familiale, le surnom, lui, est donné et utilisé par l’entourage externe.

 

 

 

 

 

 

II. 1. Les sobriquets hypocoristiques et diminutifs

 

Depuis toujours et dans toutes les sociétés, les personnes aiment à se donner de «petits noms » ou sobriquets affectifs (hypocoristiques) empreints d’affection et parfois d’ironie gentille ainsi que des diminutifs. Les surnoms affectifs à valeur familiale ou sobriquets, attribués le plus souvent à des enfants par leurs parents ou la famille proche, survivent souvent à l’enfance. Ce sont des «surnominations » (O. YERMÈCHE : 2002, 01) ou «recréations onomastiques, (re) créations lexicales ou transferts onomastiques, dont la motivation repose sur le discours du nommé, sur le nommé lui-même voire sur le nommant » (P.-H. BILLY : 1996, 05).

 

Les hypocoristiques aussi bien kabyles qu’arabes sont profusion : Allaoua, Aliouat, Allili et Alilou, diminutifs et hypocoristiques de Ali «élevé, noble » en référence à l’imam ‘ Ali ; Allalou, Alloula sont, quant à eux, des hypocoristiques d’Allel. Ahmida et Hamdoune sont les hypocoristiques d’Ahmed ; Hamid, lui-même dérivé d’Ahmed «le plus loué » , a donné Hammad, Hamida, Hamoud, Hmidouche, Hmitouche, Hamadache et Hamadouche. Hammouche et Hamouda sont, quant à eux, les hypocoristiques de Hammoud ; Addoul et Addoula sont les diminutifs d’Adil. Amara, Amarache, Amarouche, Amirouche et Amrouche sont les hypocoristique d’Amar «le petit Amar » ; Sliem, hypocoristique de Slim qui est lui-même le diminutif de Salim ; Adda/ Adouche hypocoristiques de Lhaddi ; Azzouz/ Aziouez de Aziz «qui est cher, aimé » ; Bakhliche, Barezkouche, Rebouh et Tarbouh, Aidouche, Amarouche, Momoh/ Moh, Hamou et Belhous sont respectivement les formes hypocoristiques kabyles d’Arezki, Rabah, Lhaddi, Amar, Mohamed/ Mohand, Hamid et Hocine ; Kouider/ Kadirou Kaddour/ Kader/ Kadda sont les formes diminutives arabes d’Abdelkader ; Dries/ Drissou d’Idris ; Dahmane est le diminutif d’Aberrahmane ; Djelloul est le diminutif de Djellal ; Hocine est le diminutif de Hassen.

 

 

Les hypocoristiques de noms féminins ne sont pas en reste, tant en kabyle qu’en arabe algérien : Fettouche pour Fetta ; Temmouche pour Fatima-Zohra ; Hamamouche pour Hamama ; Meriouma pour Meriem ; Aouicha et Aïchoucha pour Aicha.

 

Les procédés hypocoristiques et diminutifs sont également très souvent construits sur le vocabulaire usuel, et ce pour exprimer la petitesse d’une chose. Ainsi, en kabyle, nous avons Kahlouche «petit noir, noiraud » ; Seghier/ Seghour «petit Seghir » ; Zouiene «petit beau » ; Bousnina «l’homme à la petite dent » .

 

Parmi les hypocoristiques, nous pouvons ranger également les formes onomatopéiques, qui sont une classe de noms propres rebelles à l’interprétation : ce sont des associations de syllabes, souvent redoublées, qui ont parfois un sens Tata, Dada et Nana (ils précisent ici le rapport de parenté en kabyle). Souvent, ce ne sont que de simples constructions fondées sur la sonorité et évocatrices d’un son ou bruit, ainsi Blibli, Taoutaou, Loulou, Bezbez et Chekhchoukh, etc.

 

 

 

 

 

 

II. 2. Les surnoms descriptifs

 

Les surnoms ou laqab sont une autre caractéristique de l’anthroponymie algérienne. Ils expriment soit une caractéristique physique soit un trait de caractère. Les surnoms s’inspirant d’une caractéristique physique ou morale (défaut, anomalie ou même qualité) perceptible chez une personne étaient des pratiques très courantes dans la mentalité arabe et remonteraient à l’époque des prophètes (A.-M. SCHIMMEL : 1987, 23/ 24).

 

Construits sur la base de l’énonciation directe de la caractéristique par le biais d’un nom, d’un qualifiant ou d’une périphrase descriptive, de segments phrastiques ou de phrase entière avec verbe et complément, ils se présentent sous forme simple (nom, adjectif ou verbe) et sans ambiguïté, ou sous forme composée lorsqu’ils sont précédés de la particule Bou/ Abou12 ou Vou (en kabyle) qui indique la possession, l’appartenance d’une chose à quelqu’un, suivi d’un nom commun ou d’un adjectif péjoratif déjà en usage dans la langue ou encore dérivée (suffixe turc dji et arabe -i/-iya).

 
 
 
 
 
 

II. 2.1. Surnoms descriptifs à valeur physique

 

Les handicaps anatomiques sont souvent pris comme motifs de raillerie et de moquerie dans les surnoms, ou du moins ont servi de signes distinctifs et d’identification d’une personne donnée. Ils signalent et précisent l’expression d’une particularité physique ou morale. Toute tare qui affecte le psychisme, toute malformation, la plus anodine soitelle, est relevée, soulignée et utilisée pour la formation de surnoms plus ou moins méchants. Nous avons ainsi Fertas «le chauve » ; Legraa «le teigneux » ; Touil «le longiligne » ; Lahmar «le rouquin » ; Zerouk «le brun, basané » ; Bou tarrurth «le bossu » ; Vouanzaren «l’homme au gros nez » ; Chami «qui a un grain de beauté, une trace, une marque sur le visage ou sur une autre partie du corps » et Bouchama «l’homme à la cicatrice, le balafré » ; Mekhantar de khantar «balafré » ; Boubetra «celui qui est amputé (d’un membre) » ; Agab «l’estropié » , de l’arabe ‘ YB «être mutilé, avoir un défaut, une infirmité » ; Oukrif «le paralysé, l’estropié, le rachitique » ; Lourdjane «le boîteux » de l’arabe el »ourdjane de  » aradja «boîter » ; Midoun

«manchot » ; Bourdjil «l’unijambiste » ; Aouedj «le tordu » ; Belaoudj «celui qui est tordu » de ’ aouadja «tordu, qui n’est pas droit » ; Bouzelmat «le gaucher » ; Boudhrani signifie en arabe algérien «l’homme aux deux bosses » de Dahrani, duel de dhar «dos » ; Lefgoum de faqima «qui a la mâchoire supérieure plus grande que la mâchoire inférieure » ; Aderghal désigne l’aveugle ou quelqu’un qui fait semblant d’être aveugle ; Kheris «le muet » , Bakouche/ Bekkoucha et Gougam «muet » . Celui qui bégaie est surnommé en kabyle Toutah de Atétah «personne frappée d’un défaut de langue » ; Bahbah de l’arabe Baha «être enroué, enroué » ; Latrache de taricha et son doublet kabyle Azzoug qui signifient tous deux «le malentendant, le sourd » ; Boutarourt «le bossu » ; Belkaaloul du nom kabyle aka’loul «l’homme à la corne » .

 

 La partie supérieure du corps humain qu’est la tête fait l’objet de nombreux sobriquets. Elle est évoquée par la simple énonciation du vocable arabe Ras/ Laras ou kabyle Askouh altération d’Achkouh et Larouach/ Rouache, probablement nom de famille juive (N. HANNSON : 1996, 191), qui serait une variante du nom hébreu rosh «tête » . Le vocable Ras est souvent associé à la particule Bou (Bw) «l’homme à, celui à » pour donner le surnom Bourras littéralement «l’homme à la tête » qui renvoie à «l’homme à la grosse tête ». Les surnoms ainsi formés avec leurs équivalents kabyles Boukarou et Boudemagh énonceraient une malformation ou une exagération, une proéminence de l’organe cité.

 

 Le défaut physique relatif à la tête est parfois suggéré analogiquement par évocation de la tête ou une partie de la tête d’un animal ou d’un oiseau : Bouzelifa «l’homme à la petite tête (d’animal) ». D’autres fois, le nom Ras et sa variante Demagh «tête » sont clairement déterminés par un complément du nom, toujours relatif à un animal ou un oiseau tel que le chien, le bouc, le boeuf ou le corbeau, comme dans Rasselkelb «tête de chien » , Bakir Ras «tête de boeuf » , Rasseleghrab «tête du vautour » et Demaghlatrous «tête de bouc » ; Boulekroune «le cornu (doublement cornu) » de groune, pluriel de garne/ kqarn «les cornes » ou encore Longar «le cornu » de l’arabe l »ounqar «cornes » .

 

Souvent une partie ou un trait seulement de la tête fait l’objet d’un surnom. Ainsi le surnom s’inspirera-t-il d’une chevelure par trop drue, ébouriffée ou frisée : Kechroud «chevelure emmêlée, crépue » (P. MARTY : 1936) ; Chaat «ébouriffés (cheveux), échevelée (tête) » ; Bouchair «le chevelu ou le poilu » ; Oudjaoud de ajaoud «l’homme à la chevelure frisée » . L’analogie avec l’animal ou une de ses particularités est énoncée dans les surnoms Chardib «poil de chacal » . À l’inverse, un crâne dénudé est également sujet à un surnom : Fartas «le chauve », Djelti «le tondu, le rasé ». Des cheveux blancs avant l’âge donnent lieu à des surnoms tel que Chaïbras ; Oucheve, Bouchaib et Mettouchi du kabyle tawacha «devenus blancs (les cheveux) » , tous trois signifiant «l’homme à la tête blanche (sous-entendu aux cheveux blancs) » . De même, Kahleras et Zerguerras surnomment une personne qui a des cheveux noirs, alors que Hameras «tête rouge » est attribué à un rouquin ; Chegra et Laskar13 sont des surnoms attribués à un/ une blond(e).

 

Un visage disgracieux sera également source de surnoms ainsi Boukaddoum littéralement «l’homme au/ celui au visage » , sous-entendu «au visage disgracieux, grand ou large » du nom kabyle aqadoum «visage » . Le visage peut être suggéré par la référence à l’organe de l’animal, ainsi Boukhenchouche «l’homme au museau » . De même, le surnom peut n’évoquer qu’une partie du visage, ainsi le nom berbère Taoumza de Tawanza «front », surnom sans valeur péjorative. Une personne au front par trop proéminent ou affublé de bosses sera surnommé Bouniar «l’homme aux fronts, au front bosselé », qui vient du nom berbère Niar pluriel de anyir «front ».

 

Dans les organes du visage, les yeux, qui symbolisent, dans la culture algérienne en général et kabyle en particulier, la beauté (surtout s’ils sont grands et de couleur noircorbeau), sont souvent source de surnoms s’ils dérogent aux canons de l’esthétique. Ainsi, une personne aux gros et/ ou grands yeux sera surnommée Ayoun «les yeux » ou encore Belainine «l’homme aux gros yeux » ; un autre, doté de petits yeux sera surnommé Aouinat «les petits yeux », un autre encore Makhzer parce qu’il est doté d’yeux étroits. Dans d’autres cas, la caractéristique des yeux est clairement exprimée par un adjectif qui accompagne le nom, ainsi le surnom Aoun Seghir «les petits yeux ». Une personne plus nantie car dotée de beaux yeux, sera surnommée en kabyle Bouayoune littéralement «l’homme aux (beaux) yeux » . S’ils sont bleus ou verts, signe de laideur dans nos sociétés jusqu’à aujourd’hui encore, les yeux peuvent être un motif de raillerie, donc source de surnoms péjoratifs, comme suggéré dans les noms berbères Azerqaq «qui a les yeux bleus ou verts » ; Zeroual de azeroual «blond, bleu clair en parlant des yeux » (G. HUYGHE 1907, 90), ou encore Chahlat pluriel de Chahla’ «qui a les yeux bleu foncé ».

 

Un handicap aux yeux va être vite relevé par le biais de surnoms tels que Boutite, Belaouar et Bouaouina désignant tous les trois un «borgne, un homme à un seul oeil » ; les noms Laimèche/ Maouche surnomment en kabyle «le chassieux, une personne qui a une vue affaiblie par les larmes » , de  » amacha «celui qui voit mal, malvoyant » ;Laghmizi signifie «celui qui clignote de l’oeil » , de l’arabe ghamaza «fermer un oeil et l’ouvrir aussitôt » ; Mezner en arabe signifie «celui qui louche, qui a un strabisme » ; Remache/ Merimeche/ Mermouche désignent en arabe algérien «celui dont les yeux se ferment sans arrêt » de Ramacha «cligner, clignoter des yeux » et Lahouel «celui qui louche » . Les surnoms évoquent parfois un détail de l’oeil, dans ses plus petites composantes comme dans Moummi/ Memmi «prunelle, pupille de l’oeil » (P. MARTY : 1936).

 

 Les cils ont également donné lieu à des surnoms du genre Chafar «bord des paupières, cils » . Si les longs cils sont un signe de beauté, les cils trop rares sont une marque de laideur. L’une ou l’autre caractéristique est mise en exergue dans les surnoms : Boucheffer «l’homme aux longs cils » qui est un surnom mélioratif tandis que Boucheffra qui signifie «l’homme à un cil » est plutôt péjoratif. De même, des cils blancs avant l’âge vont donner lieu au surnom Chaïblaïne «qui a les cils blancs ».

 

 Après les yeux, le nez a une grande valeur symbolique dans les sociétés maghrébine et algérienne en particulier. En arabe algérien, de même qu’en kabyle, le signifiant nif «nez » symbolise l’honneur et la dignité, notions chères aux Kabyles. Étant l’organe le plus évident du visage, le nez est souvent sujet aux surnoms. Nous avons ainsi Niaf, pluriel du nom arabe Nif «nez ». En kabyle, une personne doté d’un nez important va être surnommé Inzer, Akhenfouche ou par l’augmentatif Akhenfouf et Nefouf, augmentatif de nif «nez » signifie «gros nez ». Bounif et son doublet kabyle Vouazaren, Boukhenchouche et Boukhechem de l’arabe Khacham, Bounefouf, Boukhenfouf caractérisent tous un «homme au (grand gros) nez » . Sa petitesse est relevée et raillée dans les surnoms Boutinzart et Bounineche «l’homme au petit nez » et les diminutifs Nineche, diminutif de Nif et Tinzart, diminutif de Inzar. Sa proéminence ou sa forme donne des surnoms du genre Fites «nez aplati » ; Kennache du kabyle Akhnas et sa forme augmentative Khoufenchouche «celui qui a le nez camus » ; Afannic «personne au nez camard » de la forme kabyle fnec/ ffunec «avoir le nez camard, écrasé, mais aussi être bosselé, cabossé » (J.-M. Dallet : 1982, 209) ; Meguetounif de Maqtounif signifie «l’homme au nez coupé ».

 

La protubérance du nez, à l’instar des autres parties du visage, est représentée métonymiquement par le nom de l’organe de l’animal ainsi dans Boulemnakher littéralement «l’homme aux naseaux », de Lemnakher qui est le pluriel arabe de Minkhar «nez, narine, naseau » pour qualifier une personne avec de grosses narines.

 

Les lèvres et la bouche, trop minces ou trop grosses, sont source de moquerie et susciteront la création de surnoms tels Akmouche «la bouche » , Bouakmouche «l’homme à la grande bouche » et par extension de sens «le bavard » , Bouchouareb/ Mechoureb qui désignent en arabe algérien des personnes qui ont de grosses lèvres et Bechouiref/ Chouireb diminutif de Chouareb «les lèvres » , signifie «les petites lèvres » .

 

 L’oreille se retrouve dans les surnoms suivants : Mezough de Amezough «l’oreille » et Mezoughem «les oreilles » , altération d’Imezoughen, pluriel du nom précédent. Bouaddenine surnomme une personne qui a de grandes oreilles.

 

 Une mauvaise dentition est immédiatement remarquée et signifiée dans des surnoms tels que Bounab et Boucena «l’homme à la (grande) ou à (l’unique) dent » ; Naib/ Nibane «canine(s) » ou encore Bousnane/ Boulesnane et Bouteghmas «l’homme aux (grandes) dents ». Bousnina «l’homme à la (petite) dent ». Un excès de joue donne lieu au surnom Khoudi/ Khadda «la joue », Bouhank et Mehennek «l’homme aux grosses joues, le joufflu » . La moustache, signe de virilité dans les sociétés méditerranéennes et nord-africaines, a suscité de nombreux surnoms, suivant qu’elle est trop petite, trop grande ou particulière : Chenab/ Chenibet, Mesbal du nom arabe sabl «moustache(s) » ; Bouchlaghem/ Bouchelghoum et Boucheneb «moustachu ». Un homme pourvu d’une barbe sera surnommé Boulahia et Boutamart de même qu’un homme trop velu sera dénommé Bouriche «l’homme aux poils ou aux plumes, le poilu ».

 

 

Aucune partie du corps humain n’échappe à l’œil perspicace et inquisiteur du nommant ; en témoignent les surnoms suivants : Bourekba/ Bonhari et Bouanik de ‘ Aniq de ‘ ounq «cou » «l’homme au long cou » ; Merida diminutif de Mered «cou » , signifie «celui qui a un petit cou » ; Guerdjouma «la gorge, l’arrière-gorge, l’oesophage » (J.-M. DALLET : 1982, 274) ; Boukerroum de Takroumt «cou, nuque » (A. PELLEGRIN : 1949-d, 59) ; Seder «la poitrine, le torse » ; Bousdira/ Bousseder signifie «l’homme au (beau) torse, à la (large) poitrine » et Boussora «l’homme corpulent » ; Azazgour «le dos » ; Aerour de A‘ rur «dos » (J.-M. DALLET : 1982, 997), Bouarour littéralement «celui qui a un dos, le bossu » ; Bouaroura signifie «l’homme à la petite bosse » de Aroura «petite bosse au dos » ; Addis «ventre » et Karche/ Kercha «(mon) ventre » ; l’homme ventru est désigné diversement par Boukerche/ Boukercha/ Boukroucha/ Belgerche ; Boulekrouche et Benlaala/ Bouadis ou encore Boualit de ‘ alit «gros ventre » . Un homme aux pectoraux bien musclés sera ironiquement surnommé Bouziza «l’homme qui a des seins » ; certains surnoms renvoient aux autres parties du corps ainsi Temassine de Tammassine féminin pluriel de Ammas «les hanches et le bas du dos » (J.-M. DALLET : 1982, 520) ; Boufkhed «l’homme aux cuisses, fesses » de l’arabe fakht «fesse, cuisse » ; Mesadh de amessad «cuisse » ; Draâ «membre » ; Chaibdraa «les bras aux poils blanchis » ; Ighil «bras » ; Lyed/ Yeddou «la/ sa main » ; Addar «pied » ; Kraouche/ Boukraouche «l’homme à la petite jambe » de l’arabe Kra‘ «jambe » ou Bourdjil/ Bouredjoul signifie «l’homme à un seul pied, le boîteux » , de l’arabe Ridjl «pied, jambe » ; Boussag «l’homme à la jambe » , de l’arabe Sag «jambe, tige » ; Belkaibat «l’homme aux chevilles » ; Boufraine «l’homme aux orteils » ou Boudefar «l’homme aux (longs) ongles » .

 

 Les organes fonctionnels participent tout autant à la formation de noms propres de personnes ; ainsi le foie, organe qui symbolise le sentiment, l’amour filial, est évoqué dans le surnom Kabdi «mon foie » et par extension de sens «mon coeur » ; les reins Klioua; les intestins Djaaboub, du kabyle Adjaaboub, et l’estomac Maidat «les estomacs » qui est le pluriel de Ma‘ da «estomac » et même le cerveau sous la forme du diminutif Makhoukh.

 

Être trop petit constitue un défaut, mais trop long l’est également. Nous aurons ainsi des Mechtouh/ Amedjekouh «petit, jeune » de l’adjectif berbère amechtouh «petit » ; Chetitah «très petit », diminutif kabyle de Amechtouh ; Titah/ Titouh/ Toutah sont les diminutifs formés par troncation de l’adjectif qualificatif kabyle Atoutah «petit, tout petit, jeune » (J.-M. DALLET : 1982, 837). Ces formes trouvent leurs équivalents en arabe Seghir et le diminutif Seghier «très petit, petiot » . Nous avons aussi des Redjil ou Rouidjali, diminutif et hypocoristique arabe de Radjel, signifiant tous deux «petit homme » . Ainsi une personne exceptionnellement petite sera-t-elle surnommée Azouane de Zaouane, Labzouz, Akezouh et même Oukaour de Ouk’our «petit, nain ».

 

 Par procédé métonymique, on désignera par ailleurs le petit de taille par évocation d’un animal ou d’une chose dotée de cette spécificité ainsi Ahebchi «quelqu’un de petit, de maigre » de Ahbache «variété de petits pois sauvages » ; Arbouche de ‘ arbeche «être petit de taille, court de taille » en tamazight ; Taaboucht «chèvre aux oreilles courtes » (M. TAÏFI : 1991, 831), mais aussi Tabarourt «petite crotte (pour désigner une personne de petite taille, boulotte) » , diminutif de Abarour «crottin, crotte » (J.-M. DALLET : 1982, 39).

 

À l’inverse, une personne de trop grande taille sera affublée du vocable arabe caractérisant Kebir «le grand, l’homme grand » ou Meghzifene du nom berbère imoughzifene «qui sont longs » , pluriel de ameghzif «long » ; Touil «le long, le longiligne » , mais aussi Bouzzou de Ouzzou ou Adjidir «homme de grande taille » (J.-M. DALLET : 1982, 361). La forme augmentative Tailoul, du nom kabyle Ataloul nomme une personne longiligne et souvent maladroite dans ses gestes. L’évocation simple des jambes ou de la longueur de celles-ci suffit à qualifier une personne de grande taille : Boukraa, Boulkriat de Lkriat pluriel de kraa «les pieds » ou Boutarene signifient tous trois «l’homme aux (grands) pieds » .

 

La maigreur, signe de pauvreté et de dénuement, est évoquée dans les surnoms arabes à base adjectivale : Mahzoul et Louchfoun de  » adjifa «maigrir » , Mekboub de qaba «maigre » , Meslouli de mesloul «amaigri, maigre » et Khacef «faible, maigre » sont autant de noms qui désignent une personne maigre ; Rekik/ Rekika, diminutifs de Reqiq «mince » signifient «frêle, petit, maigre » . Une personne très maigre, qui n’a plus que les os sous la peau, sera qualifiée de Bouadma «l’osseux » de ‘ adma «os ».

 

 Un excès de poids, une obésité exagérée seront également sources de surnoms :Gaba «grand, lourd, imposant, grossier » , du turc gaba «grand, lourd, imposant » (G. PARMENTIER : 1881) ; Bouzourene «gros » ; les onomatopées Bazbaz et Belbel signifient pour le premier «gros » et le second «gras, charnu » ; les formes Afghoul ou Afnoukh désignent toutes deux quelqu’un de «fort, bien bâti, grand, gros » (J.-M. DALLET : 1982, 213) ; Abla de l’arabe ‘ abl «gros » renvoie à une personne en excès de poids ; Bougadou désigne un «homme à forte corpulence, grande taille » .

 

Dans la culture populaire, une personne anormalement forte est comparée par analogie au boeuf, synonyme de massivité d’où les sobriquets : Tarmoule du berbère Aramoul «taureau ; taurillon ; gros, massif, grossier » (J.-M. DALLET : 1982, 727) signifie «énorme (employé pour qualifier le boeuf) » . À l’inverse, une belle taille est un signe de qualité physique comme le montrent les surnoms suivants : Aifa déformation du prénom féminin arabe Haïfa «femme mince, au ventre plat » ; Rachek de Rachiq «agile, alerte, élancé » et Anik «beau, gracieux, élégant, qui suscite l’admiration et inspire l’amour » .

 

La maladie, aussi bien physique que psychique, est également décrite comme une tare puisqu’elle est reprise dans des surnoms attribués aux personnes qui en souffrent : Merdaoui de mourda «malade » ou Ghanous/ Ghanes de ghneche «malade » ; Hellas de halasa «malade mental » ; Laker désigne une «femme qui n’enfante pas, qui est stérile » . Quelqu’un qui paraît malade sera surnommé Sattouf «blême, fade » .

 

 Les maladies ont servi à caractériser et à identifier les individus, surtout si celles-ci ont laissé des séquelles chez les personnes qui les ont contractées ; ainsi une personne maigrichonne est sûrement atteinte d’un mal mystérieux d’où le surnom d’Oubelli, de Bellou «être atteint d’un mal » (J.-M. DALLET : 1982, 21) ; Lebres/ Abersi et Abiksis de baras signifient «les taches noires sur la peau (chez les vieillards ou les malades), la lèpre » ; Khenfour/ Khanfar «croûte de bouton » (J.-M. DALLET : 1982, 903) et Boukhenifer «celui qui est plein de croûtes de boutons » , et par extension de sens, désigne un individu aux traits disgracieux, c’est-à-dire «laid » (J.-M. DALLET : 1982, 903) ; Aberbache et ses formes arabes Berbache/ Meberbeche renvoient à une personne qui a eu la petite vérole, donc «tacheté, marqué de taches » (J.-M. DALLET : 1982, 40) ; Berkouche/ Brakchi «celui qui a des taches de rousseur, rouquin » , du kabyle Aberkache «tacheté » ; Boumaour, Boudjellah, Mechat de moucht «perte de cheveux » et Legraa sont autant de surnoms désignant une personne «qui a perdu ses cheveux » , donc un «teigneux » ; Boukamla «le pouilleux » (J.-M. DALLET : 1982, 299) ; Boulal de ‘ al «gale » et Medjerab signifient tous deux «le galeux » ; Hamroun «rougeole » et Bouhamroun «l’homme à la rougeole » ; El Madji, de madj «celui qui bave » ; Mekimene «qui a des démangeaisons aux yeux » et Boutlelis du nom berbère Tellis «maladie qui atteint les yeux » , désignent des personnes qui sont malades des yeux ; Boudoukha «quelqu’un qui s’étourdit, qui a la nausée » ; Boukeha «le tousseux, qui tousse » ; Takour, déformation de Takourt, signifie «ganglion enflé » (J.-M. DALLET : 1982, 412).

 

 Les noms de maladies des animaux ont été repris comme surnoms pour des personnes ; ainsi, Bouselma «maladie des boeufs » (M. AHMED ZAÏD : 1999, 354) ; Abouba à rapprocher de abiba «sorte d’impétigo autour du museau des lapins et autre bétail, se dit aussi pour les personnes » (J.-M. DALLET : 1982, 04).

 

La couleur de la peau, du cheveu ou du poil a également suscité de nombreux surnoms. En premier lieu et selon l’ordre de récurrence, se place la couleur noire, très dépréciée dans la culture algérienne car renvoyant certainement à la dichotomie raciale blanc/ noir (le blanc renvoyant à la race supérieure, le noir à la classe inférieure) qui a donné lieu à une hiérarchie de classe, noble/ esclave (cf. Abd). De cette stratification sociale binaire reposant sur la couleur de la peau, ont découlé des normes sociales de beauté fondées sur le teint de la peau : une peau blanche serait synonyme de beauté, une peau noire synonyme de laideur. Les nombreux surnoms, tant arabes que berbères, qui évoquent ces deux couleurs, blanc vs noir, renvoient, suivant le cas, à une personne jolie ou au contraire laide.

 

Le blanc, synonyme de beauté se retrouve dans les noms suivants: Beyaz du turc beyaz «blanc, clair de peau » et son doublet arabe Lebied/ Biad/ Baida «leblanc/ la blanche » , Bellabiod/ Belabiade «(fils du) blanc » , avec ses équivalents kabyles Amalou/ Amelloune/ Amellal «le blanc » . À l’inverse, tout ce qui n’est pas blanc est noir14. Nous avons ainsi tout le vocabulaire lié à cette couleur qui est utilisé dans les surnoms : Akli/ Aklil/ Akloul «noir, esclave »  ; Kolli/ Kahal avec son équivalent kabyle Aberkane/ Berkane qui signifie «le noir » ; Kara (adjectif turc) «noir » et Delmi/ Dilmi, du verbe arabe dalama «noircir davantage, se foncer » , signifie «le noir, le foncé » ; Bensamra «fils de la brune » ; Khoumri/ Khemri «brun, basané, mat » et Soudai/ Soudia/ Souidi de Sawda «noir(e) » et Lassoued «le noir » ; Ouzandja de Zandja «la noire » .

 

En arabe, la couleur bleue zraq est synonyme de brun foncé voire noir. Tout ce qui n’est pas clairement blanc est assimilé au noir et donc laid : Lezrak/ Lazreg «le bleu, donc le noir » ; Zerga/ Zourgui/ Zerrouk «de la bleue (sous-entendu) de la brune si ce n’est pas de la noire » ; Zergat/ Zerkat «les brunes » ; Zergaoui «le noir » ; Benzerga «fils du noir, de la noire » . De même, les rouquins qui représentent une catégorie relativement rare dans nos sociétés sont raillés et affublés de surnoms qui rappellent cette couleur. Ainsi quelqu’un qui rougit (par timidité notamment) sera surnommé Lehmar ou par son doublet kabyle Azeggagh, forme francisée de Azugg(ou) agh, «rouge » signifiant probablement «le rouge, le rouquin, le rougeaud » ; Laakri «écarlate » est un surnom attribué aux hommes qui ont la barbe et le cheveu roux ; un autre doté de cheveux roux sera surnommé Hamraras «l’homme à la tête (aux cheveux) rouge(s), le rouquin » ; un autre, dont les yeux rougissent, sera surnommé Benhameurlaine «celui (l’homme) aux yeux rouges » . Un homme aux yeux bleu foncé sera surnommé Chahlat pluriel de Chahla’ «qui a les yeux bleu foncé ». Le nom biblique Adem (Adam), premier homme et premier prophète, signifie également «roux, rouge comme le sang, formé de terre rouge » (Y. et N. GEOFFROY : 2000, 52).

 

La couleur jaune énoncée en arabe Sfar, en berbère Aouraghe et en turc Sari, pourrait désigner une personne à la chevelure blonde. Laskar/ Askeur signifie en hébreu et en arabe «blond » ou «roux ». Un albinos, en berbère, sera dit Bahouche de abahouche «albinos » , en touareg ibhan «être blond clair » (Ch. de FOUCAULD : 1951, I, 31), du nom berbère abahou «trou, orifice, ouverture » ; Chaallal de Achaalal «brillant, clair, blond, rouquin » ; Zeroual altération de azeroual de Zagh «blond, bleu clair en parlant des yeux » (G. HUYGHE, 1907, 90).

 

D’autres noms de couleur, dont la motivation n’est pas toujours évidente, du moins à notre connaissance, sont également présents dans notre corpus. Ce sont notamment Awinagh «d’une couleur imprécise, marron, brun, bleu vert » (J.-M. DALLET : 1982, 867) ; Khoukhi et Ouardi «rosé, rose » ; Benkramaze du turc qermaz «carmin rouge » ; Khodri/ Lakhdar «le vert » dérivé de Khedra «qui est vert » ; Rmidi/ Ramda de Ramad «gris cendré » ; Nila «indigo » , «émail des bijoux » (J.-M. DALLET : 1982, 564) ; Amuri «bleu marine, violet foncé » ; Azerkak «vert/ bleu » ; Aljane/ Aldjoun/ Ouldjane du turc Aladja «un peu bigarré » (G. PARMENTIER : 1880, 864).

 

Tous les surnoms énumérés, s’ils sont railleurs, ne sont pas pour autant injurieux. D’autres sont carrément obscènes et difficiles à porter par leurs propriétaires ; ainsi en est-il des surnoms suivants : Zebbi et Abbouche «mon sexe » ; Zebbidour «mon sexe tourne » ; Bouterrouma «celui qui a des fesses » ; Troum «les fesses » et Aguergour «le derrière » (dans certains parlers kabyles). Parmi cette catégorie de noms insultants, nous trouvons des surnoms construits, non sur une partie du corps, mais sur un élément produit par celui-ci, ainsi les excréments : Khra/ Khakha «excrément » ; Zebila de Zbel «excréments d’animaux, déchets » ; Boukhenouna «le morveux » , Khenouna et Mekhata «la morve » , mais aussi Boual «le pisseur » .

 

 

 

II. 2.2. Surnoms à valeur morale

 

La façon dont les particularités liées au caractère, aux mœurs, aux habitudes et aux manies des personnes est perçue par leurs contemporains donne naissance à de nombreux surnoms ou sobriquets, en grande majorité péjoratifs. Les surnoms relatifs à des qualités et se rapportant à la gaieté, la bonté, la gentillesse, l’honnêteté sont relativement rares. À l’opposé, les surnoms relatifs aux défauts de caractère foisonnent sous toutes les formes et dénoncent la bêtise, la fourberie, l’hypocrisie, le mensonge, la méchanceté, la vantardise, la gourmandise, la tricherie, la violence, la faiblesse, la lâcheté, bref tous les états sociaux ou agissements condamnés par la société.

 

 Certains surnoms renvoient à l’état ou au comportement de l’individu ; souvent de type phrastique, ils réfèrent à un évènement ou à une circonstance de la vie du nommé. Ces sobriquets, dits «anecdotiques » , sont la plupart du temps attribués à la suite d’un comportement, d’un acte ou de propos énoncés ou par rapport à des traits de caractère particulièrement remarquables et remarqués chez les nommés. Ils précisent et décrivent un état, un comportement ou un acte le plus souvent condamnables et condamnés par la société. Ainsi l’auteur d’un péché tel que l’acte d’adultère sera surnommé métonymiquement par le vocable lui-même : Zani/ Lazzouni «l’adultère » , de Zana «commettre un adultère » ou par le nom d’agent Zenasni/ Zenaini et Bouzina «qui pratique l’adultère » ; Tahane «le cocu » ou encore par les vocables génériques Laib/ Aib «le mal, le péché » ou Bouarane «l’homme à la tare, le déshonoré » , de ‘ ar «tare, déshonneur » . Une personne aux moeurs dissolues sera surnommée Trade «coureur, débauché, comme le taureau en rut qui poursuit (terred) les vaches » (P. MARTY : 1936), Lahouaoui «frivole, jouisseur » , Taouachi «frivole » , Khebbab et Teyeche/ Tfyeche «écervelé » et Boulkhalat «le coureur de jupons » .

 

 Dans le même registre, nous avons Reghis/ Rekhis «bon marché, sans dignité (pop.) » et Bourekhis de Rakhis «peu coûteux, bon marché ; vil, bas » signifie «celui qui ne vaut pas grand-chose ».  De même, l’auteur d’un forfait aura le surnom de Benchana signifiant «l’homme qui a commis un forfait », de Chan‘ a «forfait » ; s’il a tué, il sera alors surnommé Lezered «le tueur », de zarada «tuer » ou encore Khettal «l’assassin, le criminel, celui qui a tué » , de qatala «tuer » ; l’auteur d’un double crime sera dit Boudjermine «l’homme aux deux crimes » . Un chef de bande aura le nom de Zamoun (P. MARTY : 1936) ; un voleur sera surnommé Sariak, de Serraq «petit voleur » ou Terrar «voleur de bourses, filou, charlatan, imposteur » ; un vaurien sera dit Fliti, de lfa: lit «libre, vagabond, voyou, vaurien » de falata «s’échapper » ; Temal, de Tamila «ivre, saoûl » ; Boulahbal «celui qui fait des bêtises » ; un bagarreur aura le surnom de Aouanough, de Inough «il s’est battu » et Ounoughene pluriel de Ouannough «ceux qui se battent, les bagarreurs » ; Medjendjel «celui qui est armé » ; Bendjahel «celui qui est impie » .

 

De même, une personne qui a été emprisonnée sera dotée du surnom de Sebia «captif, prisonnier » ; celle qui a déserté sera qualifiée de Zertit «le fuyard, le déserteur » , construit sur le verbe français déserter (J.-M. DALLET : 1982, 958).

 

 La manière dont une personne est morte sera également énoncée dans le surnom attribué au défunt ainsi, une personne tuée par égorgement sera dénommée du terme Medbouh «l’égorgé » du verbe arabe dabaha «égorger », une autre décédée par ensevelissement sera nommée Radim «enseveli sous les décombres » .

 

 La pauvreté et la misère sont souvent reprises comme surnoms de personnes victimes de cet état ; ainsi Hafiane (ar. dial.) «qui a les pieds nus » , par extension de sens «misérable, pauvre » ; Maaradji «pauvre » ; Bouhenniba de Henniba «voûté, cassé, vieillard » , Haouam et Lahmel désignent tous deux un «vagabond, errant » (P. MARTY : 1936) ; Boubrit «le loqueteux » , de abertut «loque » (J.-M. DALLET : 1982, 50) ; Bouchagoua «le miséreux » et Chagoua, de Chaqoua «misère, détresse, peine » , de chaqiya «peiner, souffrir » ; Khous, de khas «pauvre » ; Lattache de l »atache «l »assoiffé » . Tel autre qui se plaint ou qui pleure sur son sort sera surnommé Medjden, de imedjer «lamenter » signifiant «qui se lamente » ; Nahet, de Nahata «sangloter » , ou encore Bekkaye «celui qui pleure, pleurniche, le pleurnicheur » .

 

 Le sexe ou la catégorie d’âge ont par ailleurs souvent servi à qualifier l’individu, ainsi que l’illustrent les surnoms suivants : Abacha/ Abchia «fillette en quelque sorte, bébé, nom donné aux enfants en attente d’un prénom »  ; Akchiche «le garçon » ; Argaz «l’homme » et par extension de sens «quelqu’un de mature, d’adulte » ; Radjoul/ Redjala «l’homme/ les hommes » ; Bellagh, de balagh «majeur » , du verbe balagha «arriver à l’âge adulte » ; Aknioune/ Tikniouine «jumeau/ jumelles » et Bouikni «l’homme au jumeau » .

 

 Un état familial ou social, normal ou anormal, va donner lieu à des qualifications descriptives qui peuvent être plus ou moins péjoratives telles que Farkh «enfant sans père, né en dehors du mariage » ; Agoudjil «orphelin (de père ou de mère ou des deux à la fois) » ; Abed «esclave » et ses doublets kabyles Akli/ Akliouat «le(s) noir(s) » , et par extension de sens, «l’esclave » ou encore Loucif de Wasif «l’esclave, le serviteur, le nègre » ; Assari/ Lasry17 d’el »asriy «moderne, contemporain » , mais aussi «gaucher » ; Zbentout, dans le parler de Mostaganem, désigne un «célibataire endurci, libertin » ; Khatib «celui qui demande la main d’une jeune fille » , du verbe khataba «demander la main d’une jeune fille » ; Mekhtoub «fiancé » ; Arous «le marié » ; Dhif «hôte, invité, visiteur, convive » ; Ouarkoub, de Ou »arqoub «menteur » ; Moulti «hypocrite » ; Guedab/ Keddab «menteur » ; Boulegheb «l’homme aux propos mensongers » ;  Lemaini/ Mini, de mayn «mensonge » ; Gheddar/ Ghedir «traître » ; Rachi «corrupteur, suborneur » ; Ragued «endormi » ; Reggad, de Raqada «le sommeil » ; Maatam, de ‘ atm «lent » ; Bounah «le nonchalant » , de Nah «nonchalance » ; Moussouni «paresseux, fainéant » ; Merouche «reposé » , et par extension péjorative «paresseux » (P. MARTY : 1936) ; Merdoukh «mou, qui manque de personnalité » ; Maamas «faible » ; Arhab/ Rehab «timide, craintif » ; Meraache, de ra‘ ch «peur » ou Makhechouche signifiant tous deux «peureux » , ainsi que El Kawaf qui est l’altération de Khawaf «le peureux » ; Nekhouf est la forme altérée de Nekhaf «j’ai peur » ou Boukhouf et Djefal «peureux, ombrageux » .

 

Une personne triste est surnommée Adjaoui/ Medjaoui, de djawa «triste » ; une autre, timide, sera dite Hachemane «pudique, qui a honte, gêné, timide » ; Mercouza, de rikz «qui parle à voix basse » . De même, une personne qui parle trop sera surnommée en kabyle Boukemouche ou Boulahdour «le bavard » et en arabe algérien Haddar et Lahmeche, de Hamacha «celui qui parle trop » ; quelqu’un qui fait le clown sera surnommé en arabe algérien Balahouane «clown (comique) » ; celui qui est très gai sera dit Dahak «rieur, qui rit beaucoup » ; un idiot, un simplet sera dit tantôt Tennah, de Tnah ou Messikh, Bahloul «idiot, simplet, bouffon, clown, pitre » , et en kabyle Aggoune «idiot, simplet » , lequel a une autre signification en arabe algérien «muet » . Il sera également désigné par les surnoms Aboudil «idiot, faible d’esprit, malade mental » (J.-M. DALLET : 1982, 10) ; Abikchi «être stupide, niais » (J.-M. DALLET : 1982, 20) ; Lahmek «le stupide » ; Magui de maqa «stupide » ; Maboul, forme altérée de Mahboul, signifie en arabe algérien «fou, dérangé, anormal » ; Metabteb «frappé, tapé ; fou (sens fig.) » ; Mestoul, de satala «sot » ; Betraoui «celui qui est insolent, arrogant, vaniteux » ; Mezmouk et Nekaa, de Naqa‘ a, renvoie à quelqu’un de «hautain » ; Zouakh et Fantazi surnomment quelqu’un de «vantard, fanfaron, bluffeur » (J.-M. DALLET : 1982, 210) ; Ababsa, de ‘ Abs «air, mine austère, sévère » ; Zammit «grave, sérieux, sévère » ; Boussem «le méchant » ; Boukhezar «l’homme au regard malicieux, au regard plein de colère » ; Talem «tyrannique, injuste, qui a tort » ; Djehiche «sauvage » ; Rebrab «étranger, terroriste, méchant » ; Zellal, de zoutel «être à l’état sauvage » (Ch. de FOUCAULD : 1951, I, 402) ; Boudraa «celui qui a de la hargne » ; Khechine «le dur » ; Harche/ Lahreche «rugueux » ; Belouaer «le dur » ; Tembel, de Ttembel «être enflé, en colère, colérique » (J.-M. DALLET : 1982, 840) ; Boudebza «l’homme au poing, bagarreur » ; Mouterfi de teref «puissant » ; Nahassia (ar. dial.), de Nahs «portemalheur » ; Samet «ennuyeux » ; Mazzi «avare » ; Zaarate/ Zaari pluriel de Zaara «se montrer avare, peu généreux » ; Akloufi «qui se mêle de tout » ; Chekaimi «celui qui se plaint tout le temps » ; Chennaf «gâté, grognon » ; Mekhiouba «déçue » ; Medjani «gratuit » et Boumedjane «celui qui achète sans payer » ; Adjlane «celui qui est toujours pressé » ; Benteftifa «l’homme qui crache » , par extension de sens «le sale, le mal élevé » , de Teftifa, onomatopée formée sur le nom tef «crachat » ; Afounas «glouton, homme qui mange beaucoup, homme bête » , augmentatif de Tafounas «la vache » (J.-M. DALLET : 1982, 210) ; Maabout «gourmande » .

 

Si les défauts sont particulièrement soulignés dans les sobriquets, certaines qualités tant morales que physiques, telles que la beauté, la sagesse, l’intelligence, la noblesse, la persévérance et la justice entre autres, sont également glorifiées à travers les surnoms attribués aux personnes porteuses de ces qualités. La propension à choisir des noms mélioratifs, relatifs aux qualités morales, exprimées par des procédés métonymiques, est fortement motivée par les recommandations de la religion et se retrouve par ailleurs dans toutes les sociétés islamiques. L’accent est particulièrement mis sur les valeurs morales de piété, de bonté et d’honnêteté ; ainsi le vocable Zine dans le nom Zine-el-Abidine «la beauté des pieux » peut-il être pris plutôt dans le sens de beauté morale que physique. Par analogie, une caractéristique de l’individu surnommé est mise en exergue.

 

 Ainsi, nous avons les surnoms Sam «élégant » ; Missoum «le bien éduqué » , de mousewem ; Antar «brave » , de ‘ antara «être brave, héroïque » ; Zerbout «le dégourdi » ; Akil «l’intelligent, le sage, le sensé » ; Atik/ Attig, de ‘ Atik «noble et généreux, racé, pur et clair (pour la couleur de la peau) » ; Dali, nom d’origine turque «le téméraire » ; Saber «le patient, le constant, le persévérant » ; Sayeb «qui agit de la manière juste et droite » ; Merskani «le chanceux » , de rizq «le bien » ; Razine «qui a un jugement solide, équilibré » ; Neddaf «le propre » , de Nadafa «propre » ; Nebah «l’éveillé, l’attentif, le vif » ; Noubli «le sage » , de Noubl «la sagesse » ; Nebili, de Nabil «le noble, le chevaleresque » ; Nebri «le talentueux, le brillant, le distingué, l’éminent » ; Mounah «le serviable » ; Ghellab «le vainqueur » ; Ouiles, forme altérée de la forme kabyle Bouiles/ Benyelles «le bon orateur » ; Mahan «l’ingénieux, l’adroit, l’habile (tant de son esprit que de ses mains) » ; Bouredjla «celui qui fait preuve de virilité » , de Redjla «virilité, masculinité » ; Maouche, d’Amouche «sorte de revenant, de diablotin qui fait disparaître les provisions » (G. HUYGHE 1901, 38), nom attribué comme surnom à toute personne menue et très vivace ; Medjadj «le bon » de madjadja ; Amoukies «le poli, le gentil » ; Latef «le bienveillant » ; Mahar et Mouhoub «le doué » ; Madjene «l’humoriste, l’audacieux » ; Hazem «personne au jugement solide et qui agit avec fermeté et résolution » ; El Fakhir «le précieux, le raffiné, le somptueux » ; Fatine «l’intelligent, le perspicace, le sagace » ; Hached «le prompt, le disponible, le serviable » ; Moharabi «le courageux » ; Driff «le courtois, le poli » ; Benfkih «l’homme de loi, le lettré » , du verbe faqiha «comprendre, saisir » ; Chater «l’adroit, le malin, le rusé, l’éveillé » (P. MARTY 1936) ; Bencharef «celui qui a de l’honneur, l’honorable » ; Boufaden «celui qui a des moyens » ; Badjah «le joyeux » ; Bessal de Ba: sil «brave, courageux » , du verbe basoula «être brave, courageux » ; Bessire, de basara «qui voit bien, le clairvoyant » ; Labtal, forme francisée du nom arabe El Abtal «le courageux, le champion, le héros » ; Chadjaa, de Chadja‘ a «le courage, l’audace, la bravoure » ; Letabi «le souple » , et par extension de sens «le gentil, le commode » ; Meldoud de mald pour désigner une personne douce ; Maloufi, de malouf «le familier, le sociable » ; Neffaa, de Nafi’a «qui se rend utile aux autres, le bienfaisant, le salutaire » ; Menni, de Menan «le bienfaiteur » ; Nacef, de Nassif, même sens que Mounsif «qui juge et agit avec équité, selon le juste milieu » ; Sakhi «celui qui distribue généreusement ses biens » ; Bousmah «celui qui pardonne » ; Messouaf «le patient » , de sawf «la patience » ; Tebane de Tabbane «l’intelligent, le sagace » ; Tabet, de Thabît «le persévérant, le résolu » ; Bouhadaf «celui qui a un but » ; Bakar «qui prend l’initiative ; le matinal, le précoce » ; Messadeg, de sadaqa «faire la charité, qui donne la charité » et Tamseddakt désigne une femme qui fait beaucoup la charité (Sadaka) «aumône, offrande à intention religieuse » (J.-M. DALLET : 1982, 757) ; Lafi «celui qui pardonne » , de ` afa «pardonner » ; Khellil «l’ami intime, le confident » , d’où le qualificatif Khalilallah  «l’ami, le confident de Dieu » , donné à Ibrahim dans le Coran (4,125). (Y. et N. GEOFFROY : 2000, 52) ; Nedjah «le succès, la réussite » .

 

 

 

 

 

 

Conclusion

 

Les noms propres algériens, à l’instar de la plupart des systèmes anthroponymiques universels, expriment les humeurs des hommes, leurs caractères, leurs sentiments, leurs croyances, leurs préoccupations et appréhensions, en somme leur histoire avec tout ce que cela comporte d’expérience et de vécu. Comme nous venons de le montrer, l’anthroponymie algérienne est construite sur des bases sémantiques variées et diverses dont la constante est l’utilisation de l’espace religieux et mystique pour désigner les personnes. La référence à la religion, à Dieu et à ses prophètes, largement représentée par le biais des noms théophores et hagionymiques et du lexique religieux, atteste de l’ancrage et de la fixation de la religion musulmane dans l’espace algérien. La deuxième constante de l’anthroponymie algérienne est son articulation autour d’un patrimoine intellectuel, social et culturel diversifié d’où se dégagent entre autres aspects deux grands ensembles de noms : les sobriquets (diminutifs, augmentatifs et hypocoristiques) et les surnoms caractérisants. D’autres catégories thématico-sémantiques tout aussi importantes que celles présentées dans cet article (noms à base de noms d’objets, de relief ou de noms d’eau, noms géographiques, etc.) sont identifiées dans l’onomastique algérienne et prouvent la diversité du système de dénomination algérien. Elles feront l’objet d’articles à venir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: Nouvelle revue d’onomastique  Année 2013  Volume 55  Numéro 1 pp. 233-258

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Maqamat Badi’ al-Zamān al-Hamadāni

29102017

 

 

 

 

 

Abu el Fadhl Ahmed, fils de Hussein Al-Hamadhânî, surnommé, à cause de son éloquence, بديع الزمان la merveille de son siècle (le Prodige du Siècle). II composa des Maqamatou séances, avant le célèbre Hariri, qui se fit gloire de marcher sur ses traces et de le prendre pour modèle. Ce genre de composition, dont Hamadhânî n’est peut-être pas l’inventeur, se perfectionna entre les mains de Hariri. Celui-ci est plus fleuri, plus abondant, plus éloquent et plus riche en images que Hamadhânî, dont l’extrême concision fait le supplice de ses lecteurs.

Ibn-Khilkân a tracé en peu de mots l’éloge de Hamadhânî. Suivant ce biographe, il mourut à Hérat, ville du Khorasan, l’an 398 de l’hégire (de J. C. 1007). Ibn-Khilkân dit tenir de gens dignes de foi que Hamadhânî, ayant été frappé d’apoplexie, fut enterré aussitôt; mais qu’ensuite étant revenu de son état, il poussa des cris aigus pendant la nuit. On accourut et on le retira de terre: il avait saisi sa barbe dans ses mains, et il était mort de l’effroi que lui avait causé le tombeau. Voici à la suite trois maqamat de cet auteur.

 

 

 

 

 

Maqamat Badi' al-Zamān al-Hamadāni dans Littérature 1506761440-1237-al-harith-companions

Page des Maqamat Badi’ al-Zamān al-Hamadāni remonte au 9ème siècle 

 

 

 

 

 

 

(مقامة الدينار (المقامة البلخية

حَدَّثَنَا عِيسى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: نَهَضَتْ بِي إِلى بَلخَ تِجَارَةُ الْبَزِّ فَوَرَدْنُهَا وَأَنَا بِعُذْرَةِ الشَّبَابِ وَبَالِ الفَرَاغِ وَحِلْيَةِ الثَّرْوَةِ، لا يُهِمُّنِي إِلاَّ مُهْرَةُ فِكْرٍ أَسْتَقِيدُهَا، أَوْ شَروُدٌ مِنَ الْكَلِمِ أَصِيدُهَا، فَمَا اسْتَأْذَنَ عَلَى سَمْعِي مَسَافَةً مُقَاِمي؟؟، أَفْصَحُ مِنْ كَلاِمي، وَلمَّا حَنَى الْفِراقُ بِنَاقَوْسَهُ أَو كَادَ دَخَلَ عَليَّ شَابٌّ في زَيٍّ مِلءِ العَيْنِ، وَلْحَيةٍ تَشُوكُ الأَخْدَعَيْنِ، وَطَرفٍ قْد شَرِبَ مَاءَ الرَّافِدَيْنِ، وَلَقِيَنِي مِنَ الْبرِّ فِي السَّناءِ، بِمَا زِدْتُهُ فِي الثَّناءِ، ثُمَّ قَالَ: أَظَعْناً تُرِيدُ؟ فَقُلْتُ: إِيْ وَاللهِ، فَقَالَ: أَخْصَبَ رَائِدُكَ، وَلاَ ضَلَّ قَائِدُكَ، فَمَتَى عَزَمْتَ؟ فَقُلْتُ: غَدَاةَ غَدٍ، فَقَالَ:

صَبَاحُ اللهِ لا صُبْحُ انطِـلاقٍ *** وَطَيرُ الوَصْلِ لا طَيْرُ الفِراقِ

فأَيْنَ تُريدُ؟ قُلْتُ: الوَطَنَ، فَقَالَ:بُلِّغْت الوَطَنَ، وَقَضَيْتَ الوَطَرَ، فَمَتَى العَوْدُ؟ قُلْتُ: القَابِلَ، فَقَالَ: طَوَيْتُ الرَّيْطَ، وَثَنَيْتَ الْخيْطَ، فَأَيْنَ أَنْتَ مِنَ الكَرَمِ؟ فَقُلْتُ: بِحَيْثُ أَرَدْتَ، فَقَالَ: إِذَا أَرْجَعَكَ اللهُ سَالِماً مِنْ هَذَا الطَّريقِ، فَاسْتَصْحِبْ لي عَدُوّاً في بُرْدَةِ صَديقٍ، مِنْ نِجار الصُّفْرِ، يَدْعُو إِلى الكُفْرِ، وَيَرْقُصُ عَلَى الظُّفرِ، كَدَارَةِ العَيْنِ، يَحُطُّ ثِقَلَ الدَّيْنِ، وَيُنافِقُ بِوَجْهَيْنِ. قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَعَلِمْتُ أَنَّهُ يَلْتَمِسُ دِيناراً، فَقُلْتُ: لَكَ ذلِك نَقْداً، وَمِثْلُهُ وَعْداً، فَأَنْشأَ يَقُولُ:

رَأيُكَ مِمَّا خَطَبْتُ أَعْـلَـى *** لا زِلْتَ لِلمَكْرُمَاتِ أَهْـلا

صَلُبْتَ عُوداً، وَدُمْتَ جُوداً *** وَفُقْتَ فَرْعاً، وَطِبْتَ أَصْلا

لا أَسْتَطيعُ العَطَاءَ حَمْـلاً *** وَلا أُطيقُ السُّؤَالَ ثِـقْـلا

قَصُرْتُ عَنْ مُنْتَهَاكَ ظَنّـاً *** وَطُلْتَ عَمَّا ظَنَنْتُ فِعْـلا

يا رُجْمَةَ الدَّهْر والمَعَالـي *** لا لَقِىَ الدَّهْرُ مِنْكَ ثُكْـلا

قَالَ عِيسَى بْنُ هِشَام: فَنُلْتُهُ الدِّينَارَ، وَقُلتُ: أَينَ مَنْبِتُ هَذا الفَضْلِ؟ فَقَالَ: نَمَتْنِي قُرَيشٌ وَمُهِّدَ لِيَ الشَّرفُ فِي بَطَائِحِهَا، فَقالَ بَعْضُ مَنْ حَضَرَ: أَلَسْتَ بِأَبِي الْفَتْحِ الإْسْكَنْدَريِ؟ أَلَمْ أَرَكَ بِالْعِراقِ، تَطُوفُ فِي الأَسْواقِ، مُكَدِّياً بِالأَوْرَاقِ؟ فَأَنْشِأَ يَقُولُ:

إِنَّ لـلـهِ عَـبِـيدَاً *** أَخَذُوا الْعُمْرَ خَلِيطاً

فَهُمُ يُمْسُونَ أَعْـرَا *** باً، وَيُضْحُونَ نَبِيطا

 

 

 

 

 

Séance de la pièce d’or

 

Issa, fils de Hicham, nous a raconté l’aventure suivante: Le commerce que je faisais de la soie m’engagea à porter mes pas vers la ville de Balkh: je m’y rendis. J’étais alors dans l’innocence de la jeunesse, libre de soucis et dans une situation prospère. Je ne songeais qu’à recueillir des pensées vives, pleines d’agréments, qui pussent m’être utiles, et qu’à saisir au passage des traits fugitifs d’éloquence. Mais pendant la durée de mon séjour à Balkh, il ne parvint à mes oreilles aucun discours qui fût plus éloquent que les miens. Lorsque la séparation eut tendu son arc sur nous, ou fut sur le point de le tendre, un jeune homme se présenta à moi avec un extérieur rempli de charmes. Une barbe épaisse couvrait son menton, et ses regards avoient puisé leur douceur dans les eaux du Tigre et de l’Euphrate. Il m’adressa des compliments auxquels je répondis par des actions de grâces. Ensuite il me dit: Est-ce-que tu désires t’en aller Oui, certes, lui répondis-je. II reprit: Puisse ton guide te montrer des pâturages abondants, et ton conducteur ne point t’égarer! Mais quand comptes-tu partir! Demain matin, répliquai-je. Alors il dit:

« Que ce soit la matinée de Dieu, et non celle du départ! » l’augure de l’union et non celui de la séparation ! »

Où désires-tu donc aller! Dans ma patrie, lui dis-je. Puisses-tu, reprit-il, y arriver sans encombre, et y terminer heureusement tes affaires! Mais quand reviendras-tu! Je lui répondis: L’année prochaine, II reprit: Puisses-tu derechef quitter ta patrie et revenir ici! Mais quelle est la mesure de ta générosité! Je lui dis: Ce que tu voudras. Eh bien! répliqua-t-il, lorsque Dieu te ramènera à Balkh, apporte-moi un ennemi qui porte la marque d’un ami, jaune de sa nature, qui mène à l’incrédulité, et qui échappe facilement aux doigts qui le tiennent; qui ressemble à la prunelle de l’œil, qui débarrasse du fardeau des dettes, et qui a deux faces comme l’hypocrisie. Alors, dit Isa, fils de Hicham, je vis qu’il me demandait une pièce d’or. Je lui dis: Tiens, je te donne cette pièce, et je t’en promets une semblable. Aussitôt il dit:

« Tes sentiments sont au dessus des éloges que je t’ai don» nés. Puisses-tu être toujours orné des plus nobles vertus!

Puisse ton bois être plein de force! Puissent les pluies qui  t’arrosent ne jamais cesser, tes rameaux être touffus et tes  racines embaumer!

Je ne puis consentir à porter le fardeau  des dons: demander est pour moi une charge trop lourde.

Mon imagination est demeurée loin de ton mérite, et ton  action a surpassé de beaucoup ma pensée.

O toi, qui fais le  bonheur du siècle et des vertus sublimes, puisse le siècle  ne te perdre jamais! »

Lorsqu’il eut ainsi parlé, dit Issa, fils de Hicham, je lui donnai la pièce d’or et je lui dis: Quel pays a donné naissance à de si grands talents! II répondit: Je tire mon origine de Koraïch, et c’est dans la vallée qu’habite cette tribu que la gloire m’a été préparée. Alors un de ceux qui étaient présents se mit à dire: N’es-tu pas Abu el fatah Aliskandery ! Ne l’ai-je pas vu rôder dans les marchés de l’Iraq, cherchant à séduire les esprits avec des papiers que tu tenais à la main ! II répondit:

« Certes, Dieu a des serviteurs dont la vie n’est que changements: le soir Arabes errants, et le matin Nabatéens. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(مقامة الصوفي (المقامة الكوفية 

حَدَّثَنَا عِيسَى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: كُنْتُ وَأَنَا فَتِىُّ السِّنِّ أَشُدُّ رَحْلِي لِكُلِّ عَمَايَةٍ، وَأَرْكُضُ طِرْفَي إِلَى كلِّ غِوَايَةٍ، حَتَّى شَرِبْتُ مِنَ العُمْرِ سَائِغَهُ، وَلَبِسْتُ مِنَ الدَّهْرِ سابِغَهُ، فَلَمَّا انْصَاحَ النَّهَارُ بِجَانِبِ لَيْلَى، وَجَمَعْتُ للمَعَادِ ذَيْلي، وَطِئتُ ظَهْرَ المَرُوضةِ، لأداءِ المَفْرُوضَةِ، وَصَحِبَني فِي الطَّريقِ رَفيقٌ لَمْ أُنْكِرْهُ مِنْ سُوءٍ، فَلَمَّا تجَالَيْنا، وَخَبَّرْنا بحالَيْنا، سَفَرَتِ القِصَّةُ عَنْ أصْلٍ كُوفيّ، وَمَذْهَبٍ صُوفِيّ، وَسِرْنا فَلَمَّا أَحَلَّتْنا الكُوفَةُ مِلْنا إِلى دَارِهِ، وَدَخلْنَاهَا وَقَدْ بَقَلَ وَجْهُ النَّهَارِ وَاخْضَرَّ جَانِبُهُ وَلَّما اغْتَمَضَ جَفْنُ اللَّيْلِْ وَطَرَّ شَارِبُهُ، قُرِعَ عَلَيْنا البابُ، فَقُلْنا: مَنِ القارِعُ المُنْتابُ؟ فقالَ: وَفْدُ اللَّيْلِ وَبَريدُهُ، وَفَلُّ الجُوعِ وَطَريدُهُ، وَحُرُّ قَادَهُ الضُّرُّ، والزَّمَنُ المُرُّ، وَضَيْفٌ وَطْؤُهَ خَفيفٌ، وَضَالَّتُهُ رَغيفٌ، وَجَارٌ يَسْتَعْدِى عَلى الجُوعِ، وَالجْيبِ المَرْقُوعِ، وَغَرِيبٌ أَوقِدَتِ النَّارُ عَلى سَفَرِهِ، وَنَبَحَ العَوَّاءُ عَلَى أَثَرِهِ، وَنُبِذَتْ خَلْفَهُ الحُصَيَّاتُ، وَكُنِسَتْ بَعْدَهُ العَرَصاتُ، فَنِضْوُهُ طَليحٌ ، وَعَيْشُهُ تَبْريحٌ، وَمِنَ دُونِ فَرْخَيْهِ مَهَامِهُ فِيحٌ.

قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَقَبَضْتُ مِنْ كِيسي قَبْضَةَ اللَّيْثِ، وَبَعَثْتُها إِلَيهِ وَقُلْتُ: زِدْنا سُؤَالاً، نَزِدْكَ نَوَالاً، فَقَالَ: ما عُرِضَ عَرْفُ العُودِ، عَلى أَحَرَّ مِنْ نَارِ الجُودِ، وَلا لُقِيَ وَفْدُ البِرِّ، بأَحْسَنَ مِنْ بَريدِ الشُّكْرِ، وَمَنْ مَلَكَ الفَضْلَ فَلْيُؤَاسِ، فَلَنْ يَذْهَبَ العُرْفُ بَيْنَ اللهِ وَالنَّاسِ، وَأَمَّا أَنْتَ فَحَقَّقَ اللهُ آمَالَكَ، وَجَعَلَ اليَدَ العُلْيا لَكَ.

قَالَ عِيسى بْنُ هِشامٍ: فَفَتَحْنا لَهُ البَابَ وَقُلْنا: ادْخُلْ، فَإِذا هُوَ وَاللهِ شَيْخُنا أَبُو الفَتْحِ الإِسْكَنْدَريُّ، فَقُلْتُ: يا أَبَا الفَتْح، شَدَّ مَا بَلَغتْ مِنْكَ الخصَاصَةُ. وَهذَا الزِّيِّ خَاصَّةٌ، فَتَبَسَّمَ وَأَنْشأَ يَقولُ:

 

لاَ يَغُـرَّنَـكَ الـذِي *** أَنَا فيهِ مِنَ الطَّلَـبْ

أَنَا فِي ثَـرْوَةٍ تُـشَ *** قُّ لَهَا بُرْدَةُ الطَّرَبْ

أَنَا لَوْ شِئْتُ لاَتَّـخَـذْ *** تُ سُقُوفاً مِنَ الذَهَبْ

 

 

 

 

 

Séance du Soufi

Issa, fils de Hicham, nous a raconté ce qui suit: Tandis que j’étais jeune, je dirigeais aveuglément ma monture vers tous les plaisirs, et poussais mon coursier du côté des égarements: ainsi je m’enivrais de tout ce que la vie a de plus doux, et je me revêtais de la robe la plus ample de la fortune. Mais lorsque la vieillesse eut commencé à blanchir ma noire chevelure, et que j’eus relevé le pan de ma robe flottante pour entrer dans la bonne voie, je pressai le dos de ma docile jument, afin d’accomplir les devoirs prescrits par la religion. J’eus pour compagnon de voyage un homme en qui je n’aperçus aucun défaut qui méritât ma haine. Lorsque nous nous fûmes découverts l’un à l’autre et que l’amitié se fut établie entre nous, notre entretien aboutit à me faire connaître qu’il tirait son origine de Koufa, et qu’il était de la secte des soufis. Nous continuâmes notre route. Arrivés à Koufa, nous nous dirigeâmes vers la maison de mon compagnon de voyage, et nous y entrâmes au moment où la face et les flancs du jour commençaient à brunir. Lors donc que la paupière de la nuit se fut fermée, et que sa noire moustache se fut montrée, quelqu’un frappa à la porte. Nous dîmes: Quel est cet importun qui vient frapper à notre porte! C’est, répondit-on, l’envoyé de la nuit et son courrier, celui que la faim a mis en déroute et chassé loin de chez lui, un homme libre que le besoin et la fortune cruelle ont conduit, un hôte dont la présence n’est pas incommode, qui n’a pas un seul pain à lui, un ami qui implore l’assistance d’autrui contre la faim, et qui se plaint de sa poche qui n’est que pièces; un étranger sur le chemin duquel le feu a été allumé, sur les traces duquel les chiens ont aboyé, et derrière lequel des pierres ont été lancées; dont la place, après son départ, a été balayée. Son chameau est exténué, sa vie n’est qu’affliction, et de vastes déserts le séparent de ses deux enfants. Issa, fils de Hicham, dit : Alors je pris dans ma bourse quelques monnaies de l’extrémité de mes doigts, et je la lui donnai en lui disant : Demande encore, et nous te donnerons de nouveau. Alors il dit :

« Le parfum de l’aloès ne peut être exposé sur un feu plus actif que celui de l générosité ; Et cette vertu prévenante ne peut rien rencontrer de mieux que le courrier de la reconnaissance. Que celui qui est doué des plus nobles qualités vienne au secours des malheureux ; Car les bienfaits ne se perdent jamais entre Dieu et les hommes. Pour toi, que Dieu remplisse tes espérances ! Qu’il t’accorde un haut rang parmi les hommes !

 

Issa, fils de Hicham, dit : Nous lui ouvrîmes la porte en lui disant :

Entre ; et voilà qu’à l’instant je reconnais Abu el Fatah Aliskandery. Abu el Fatah, lui dis-je, l’état ou la pauvreté t’a réduit, est bien affligeant ; ton extérieur surtout inspire la compassion. Il sourit et répliqua de la sorte :

« Que l’état de détresse où tu me vois ne te trompe pas.

Je jouis d’une aisance si grande, que la joie, tant elle est vive, déchire ses vêtements.

Ah ! Si je l’avais voulu, j’aurais habité sous des lambris dorés. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

مقامة بغير اسم **

حَدَّثَنَا عِيسَى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: كُنْتُ بِبَغْذَاذَ وَقْتَ الاَزَاذِ، فَخَرَجْتُ أَعْتَامُ مِنْ أَنْواعِهِ لاِبْتِيَاعِهِ، فَسِرْتُ غَيْرَ بَعِيدٍ إلى رَجُلٍ قَدْ أَخَذَ أَصْنَافَ الفَوَاكِهِ وَصَنَّفَهَا وَجَمَعَ أَنْوَاعَ الرُّطَبِ وَصَفَّفَهَا، فَقَبَضْتُ مِنْ ُكلِ شَيءٍ أَحْسَنَهُ، وَقَرَضْتُ مِنْ كُلِ نَوعٍ أَجْوَدَهُ، فَحِينَ جَمَعْتُ حَوَاشِيَ الإِزَارِ، عَلى تِلْكَ الأَوْزَارِ أَخَذَتْ عَيْنَايَ رَجُلاً َقدْ لَفَّ رَأْسَهُ بِبُرْقُعٍ حَيَاءً، وَنَصَبَ جَسَدَهُ، وبَسَطَ يَدَهُ وَاحْتَضَنَ عِيَاَلهُ، وَتَأَبَّطَ أَطْفَالَهُ، وَهُوَ يَقُولُ بِصَوْتٍ يَدْفَعُ الضَّعَفَ فِي صَدْرِهِ، وَالْحَرضَ فِي ظَهْرِهِ:

وَيْلِي عَلَى كَفَّينِ مِنْ سَويقِ *** أوْ شَحْمَةٍ تُضْرَبُ بالدَّقِيقِ

أَوْ قَصْعَةٍ تُمْلأُ مِنْ خِرْدِيقِ *** يَفْتَأُ عَنَّا سَطَواتِ الـرِّيقِ

يُقِيمُنَا عَنْ مَنْهَجِ الطَـرِيقِ *** يَارَازِقَ الثَّرْوَةِ بَعْدَ الضِّيقِِ

سَهِّلْ عَلى كَفِّ فتىً لَبِـيقِ *** ذِي نَسَبٍ فِي مَجْدِهِ عَرِيقِ

يَهْدي إِلَيْنا قَدَمَ التَّـوْفـيقِ *** يُنْقِذُ عَيِشي مِنْ يَدِ التَّرْنيقِ

قالَ عِيسى بْنُ هِشامِ: فَأخَذْتُ مِنَ الكِيس أَخْذَةً وَنُلْتُهُ إِياهَا، فَقَالَ:

يَا مَنْ عَنَانِي بِجَمِـيلِ بِـرِّهِ *** أَفْضِ إِلى اللهِ بِحُسْنِ سِرِّهِ

وَاسْتَحْفظِ الله جَمِيلَ ستْـرِهِ *** إِنْ كانَ لا طَاقَةَ لِي بِشُكْرِهِ

فَاللهُ رَبِّي مِنْ وَرَائي أَجْرِهِ قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَقُلْتُ لَهُ: إِنَّ فِي الكيسِ فَضْلاً فَاُبْرُزْ لِي عَنْ بَاطِنِكَ أَخْرُجْ إِلَيْكَ عَنْ آخِرِهِ، فَأَمَاطَ لِثَامَهُ، فَإِذَا وَاللهِ شَيْخُنَا أَبُو الفَتْحِ الإِسْكَندريُّ، فَقُلْتُ: وَيْحَكَ أَيُّ دَاهِيَةٍ أَنْتَ؟ فَقَالَ:

فَقَضِّ العُمْرَ تَشْبيهَاً *** عَلَى النَّاسِ وَتَمْويهَا

أَرَى الأَيَّامَ لا تَبْقَـى *** عَلَى حَالٍ فَأَحْكِيهَا

فَيَوْماً شَرُّهَـا فِـيَّ *** وَيَوْماً شِرَّتِي فِيهَا

 

 

 

 

 

Séance  qui ne porte point de nom

Issa, fils de Hicham, nous a raconté l’aventure suivante: Me trouvant à Bagdad dans la saison de Yazâd, je sortis avec l’intention de choisir les meilleures espèces de fruits et de les acheter. Je m’approchai d’un homme qui avait mis chaque espèce à part, et rangé avec ordre plusieurs sortes de dattes. Je pris de tous ces fruits ce qui me parut le plus beau et le meilleur. Comme je relevais le pan de ma robe pour les y placer, mes yeux rencontrèrent un homme qui avait caché sa tête sous le voile de la honte. II tenait son corps droit, et tendait la main. Sa famille était à ses côtés, et il portait sous ses bras ses enfants en bas âge: il disait d’une voix semblable à celle d’un homme que l’on frapperait alternativement sur la poitrine et sur le dos:

« Malheureux que je suis! Qui me donnera deux poignées  d’orge moulu, ou de la graisse battue avec de la farine,

 Ou une écuelle remplie de bouillon, pour que je puisse calmer la violence de la faim

Qui nous éloigne de la droite  voie ! O toi qui répands l’abondance après la détresse,

Rends  généreuse la main d’un homme sage, noble par sa naissance et par ses actions !

Qu’il dirige vers nous le pied de la bonne fortune, et qu’il arrache ma vie des mains de  l’affliction! »

 

Lorsque j’eus entendu ces mots, dit Issa, fils de Hicham, je pris une poignée de ce qu’il y avait de meilleur dans ma bourse, et je le lui donnai. II dit aussitôt:

« O toi dont la générosité m’a été secourable, puisses-tu arriver jusqu’à Dieu par le mérite de ta bonne conscience!

 Que Dieu lui-même prenne ta vertu sous sa protection!  Si je ne puis te témoigner ma reconnaissance,

Dieu mon maître te récompensera largement. »

 

Alors je lui dis: « J’ai encore quelque chose dans ma bourse: dis-moi qui tu es, et je te donnerai tout ce qui me reste. » Aussitôt il écarta le voile qui lui cachait le visage, et à l’instant je reconnus Abu el fatah Aliskandéry. Je lui dis: « Malheureux! Tu es un monstre! » II répliqua sur-le-champ:

« Passe ta vie parmi les hommes dans le déguisement et  la dissimulation.

Je vois bien que la fortune ne reste jamais  dans le même état; c’est pourquoi je cherche à lui ressembler. Tantôt j’éprouve ses malices, tantôt elle éprouve  les miennes. » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

**: يطلق عليها في بعض المراجع المقامة الأزاذية 




Éléments d’anthroponymie algérienne 2ème partie

27102017

(Suite: Les noms à base religieuse)

 

 

 

 

 

 

I. 2. Les patronymes construits sur le vocabulaire religieux

 

À l’instar des procédés précédemment cités, tout ce qui évoque de près ou de loin la religion, son rituel dans la pratique quotidienne du musulman, se retrouve énoncé dans les anthroponymes. S’inscrire dans une aire socio-culturelle musulmane, c’est une manière pour le musulman d’exprimer au quotidien sa foi et sa ferveur religieuses. Dans le champ lexical de la religion, nous retrouvons les différents noms du prophète et ses qualificatifs, les noms des proches du prophète (parents et amis), les noms des différents prophètes reconnus par l’Islam et tout le vocabulaire renvoyant directement à la religion tels que les noms des mois du calendrier hégirien ou des fêtes religieuses.

 

 

 
 
 

I. 2.1. Référence aux différents noms du prophète et à ses qualificatifs

 

Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, à savoir la soumission à Dieu et à son prophète, la référence aux noms coraniques du prophète et à ses qualificatifs est courante dans les pratiques onomastiques algériennes. Baptiser son enfant du nom du prophète est en effet un acte de foi et n’est qu’une obéissance à l’injonction de celui-ci énoncée ainsi : «prenez mon nom (‘ ism), mais pas ma kunya » (J. SUBLET : 1991, 52). C’est pour cette raison d’ailleurs que, dans les sociétés musulmanes, le premier-né de sexe masculin dans une famille est le plus souvent prénommé Mohamed.

 

Les noms coraniques du prophète, empruntés à la tradition arabo-islamique comme prénoms, sont couramment usités et occupent une place prépondérante sur la liste des fréquences nominatives algériennes. D’abord la racine arabe HMD qui signifie «louer Dieu » , sur laquelle s’est formé le nom principal du prophète, Mohamed, a donné lieu à de nombreux autres dérivés tels que Mhammed, Mohand, M’Hand (forme kabyle de Mohamed), Ahmed et Hand/ Hmed (formes kabyles de Ahmed) «le plus loué » , Mahmoud «le loué, le vertueux » ; Hamid «qui ne cesse de louer Dieu » .

 

Nous retrouvons par ailleurs les autres noms du prophète, Hadi «guide » , Hakkem «juge équitable » , Mustapha «le choisi, l’élu » , Mokhtar «l’élu » , Bachir «l’annonciateur de bonne nouvelle » , Tahar «le pur » , Lamine «l’intègre » , Mourad «désiré de Dieu » , Maymoun «l’heureux » , Maaloum «connu, notoire » , Mehdi «celui qui est mis sur la bonne voie » , Ouali «saint » , Habbib «l’Aimé » , Tayeb et Ziyad «bon » .

 
 
 
 
 
 

I. 2.2. Noms renvoyant aux parents et aux compagnons du prophète

 

 

Ces prénoms puisés dans le patrimoine islamique sont des noms de prophètes ou des noms de personnages importants des débuts de l’Islam, compagnons du prophète Mohamed (Souhaba) ou des membres de la famille du prophète. Ils constituent aux yeux des parents une sorte de talisman pour prémunir les enfants contre le mauvais sort.

«Dans ce cas, ce n’est pas tant la signification de ces prénoms qui est prise en compte que les qualités qui furent manifestées par ces personnalités. Celles-ci incarnent pour le musulman les valeurs islamiques et sont comme des bannières derrière lesquelles il aime à se ranger » (Y et N. GEOFFROY : 2000, 34). C’est ainsi que sont souvent évoqués le père du prophète Abdellah ; ses oncles paternels Abbas et Hamza ; son fils Kassem ; ses petits-enfants et jumeaux d’Ali, Hassen et Hocine ; ses beaux-pères Boubeker (Abou Baker) et Omar ; ses gendres Othmane et Ali mais aussi Zoubir, son cousin et son beaufrère, Zine-El-Abidine, qui est le fils de Hocine, et autres Djaafar. Chez les femmes, les noms portés dans la famille du prophète ont été systématiquement repris : sa mère Amina et ses épouses Khadidja (première épouse), Aïcha (sa préférée), Zineb (sa fille), Oum Keltoum, Rouquiya et surtout Fattima.

 
 
 
 
 
 

I. 2.3. Noms des prophètes des différentes religions monothéistes

 

 

Le monde musulman a conservé les noms bibliques à l’instar des noms des prophètes hébraïques et chrétiens, usités antérieurement à la conquête arabe et confirmés par les Arabes (P. MARTY : 1936, 389). L’attribution de ces noms de prophètes à des enfants est, dans les croyances populaires, une manière de leur transmettre, déjà à la naissance, les qualités et les vertus de ceux-ci. Ils les mettent en quelque sorte, sous la protection et la bénédiction de ces prophètes. C’est ainsi que nous retrouvons les noms bibliques comme Adem (Adam), Haoua (Ève), Idriss (Enoch) «docte, savant » , Nouh (Noé) «repos » , Brahim (Abraham) «père de la multitude » , Smail (Ismaël) «Dieu a entendu » , Yaqoub (Jacob) «le talon » , Youssef (Joseph) «que Dieu ajoute » , Moussa (Moïse) «tiré, sauvé des eaux » , Haroun (Aaron), Younes (Jonas) «intimité (entre Dieu et l’homme) » , Ayoub (Job), Zakariya (Zacharie) «Dieu se souvient » , Ishaq (Isaac), Sadek (Sadoc), Yahia (Jean) «qu’il vive » , Daoud (David) «aimé, chéri » Aïssa (Jésus) «Dieu est généreux » , Slimane (Salomon) «qui a un coeur très pur » mais aussi Djebril (Gabriel) et Mériem «Marie » .

 
 
 
 
 
 

I. 2.4. Noms évoquant la religion, les mois du calendrier hégirien et les fêtes religieuses

 

 

Tout un vocabulaire religieux évoquant la pratique ou le rituel du musulman est quasi-permanent dans l’anthroponymie algérienne. L’acte onomastique, au-delà de l’acte de nommer, constitue également, pour ces populations profondément croyantes, un acte de foi. En Afrique du Nord, il est fréquent qu’un enfant né dans le courant d’un mois précédant un événement religieux ou à la veille d’une fête religieuse soit affublé du nom de cet événement ou de cette fête, voire de la semaine où il a vu le jour. C’est également une pratique courante que de lui donner un nom qui indique le jour ou l’époque de l’année où il est né, en raison de la connotation religieuse de ces mois. C’est, d’un point de vue pratique, un moyen de retenir facilement le jour ou du moins le mois ou la saison de sa naissance. Ainsi Radjeb (septième mois du calendrier hégirien), Chaabane (huitième mois du calendrier hégirien), Moharem (nom d’un mois du calendrier hégirien de harama «ce qui est interdit » , fête musulmane) tandis que Safar, indique le deuxième mois du calendrier islamique (il évoque pour les chiites le quarantième jour après le martyr de l’imam Houssein et pour les musulmans en général, le début de la dernière maladie du prophète Mohamed). Dans la même logique, les enfants nés pendant le ramadhan peuvent également être appelés Ramdane (neuvième mois du calendrier hégirien, mois du jeûne obligatoire). Il en est de même pour les enfants nés aux alentours d’une fête musulmane. Les enfants nés le jour de l’anniversaire du prophète (Mouloud Nabaoui), le 12 du mois de rabbi ‘ al-awwal sont appelés Mouloud. Quant à Achour, qui signifie «homme convivial, qui aime la compagnie » (Y. et N. GEOFFROY : 2000), c’est un nom donné à un enfant né le 10 mouharam, c’est-à-dire le jour de l’Achoura, soit «trente jours après la grande fête, jour de la traversée de la mer rouge par Moussa et son peuple pour échapper au Pharaon » (Y. et N. GEOFFROY : 2000) ; on donne également aux enfants nés à la période des deux fêtes canoniques, l’Aïd Kebir ou l’Aïd Seghir, le nom de celles-ci, sans évocation précise de laquelle des deux fêtes il s’agit : Laïd/ Belaïd.

Nous trouvons également des noms tirés des en-têtes de Sourates tels que Yacine et Taha, ce dernier étant également l’un des noms du prophète ; Amar «qui emploie sa vie au jeûne, à la prière et à l’adoration » ; Mebrouk «qui reçoit la baraka (influence bénéfique), béni, chanceux, prospère, florissant » ; Mahfoud «qui est sous la vigilante sauvegarde de Dieu, celui qui préserve » ; Mahrez de HRZ, «protégé, préservé, sauvegardé » ; Aidel/ Aider «juste, équitable, qui est source d’équilibre » et Islam.

 

Les laqab à connotation religieuse sont en étroite relation avec les laqab de métiers dont ils peuvent être un sous-ensemble : le titre honorifique Hadj, donné aux personnes qui ont effectué le rituel du pèlerinage, peut être attribué à un enfant né durant le mois du pèlerinage à la Mecque (dhû-l-hijja) ou bien au moment où les pèlerins rentrent du pèlerinage ; Kadi «juge religieux » ; Mufti/ Cheikh «jurisconsulte » ; Imam «celui qui dirige la prière » ; Moulana «titre honorifique des hommes de religion durant la période médiévale » (SCHIMMEL : 1987, 89) ; Moulay/ Moulla a revêtu une connotation plutôt négative (SCHIMMEL : 1987, 89), mais aussi Fakir «pauvre » et Mecellem de mouslim «musulman » .

 

 Face à ce débordement de noms à coloration religieuse, nous remarquons une certaine ambivalence dans le rapport qu’entretient l’Algérien avec sa religion : bien que la religion musulmane soit un facteur important de l’imaginaire de l’Algérien, on constate toutefois une pratique originale de la religion par l’Algérien qui se manifeste notamment par une certaine liberté onomastique dans la création de formes nominales sortant de l’orthodoxie musulmane ainsi qu’une certaine forme d’adaptation de ces noms aux règles des langues locales. En effet, au Maghreb, les noms théophores connaissent une «dialectalisation », qui se manifeste par une simplification de leur forme, plus exactement par une troncation/ amputation d’un de leurs composants, à savoir la base Abd, Ellah et Dine. Ainsi, la population locale n’a gardé de ces noms théophores que le composant qualificatif, et ce, dans la grande majorité des cas. Sociologiquement, cette adaptation aux langues locales dénoterait une certaine «laïcisation » de l’Algérien ainsi qu’un certain recul par rapport à des pratiques religieuses strictes. Ne serait-ce pas une sorte de «désacralisation » des noms propres de personnes initialement très évocateurs de la religion ? Ces noms théophores ainsi transformés perdent en quelque sorte leur sacralité pour rentrer dans le domaine du profane. La désacralisation du nom peut être due par ailleurs «au contact prolongé de l’arabe avec le berbère dont le substrat en matière de croyances est de nature moins rigide parce que polythéiste, d’une part ; d’autre part, la fixation de l’état civil faite par les français n’observe pas nécessairement les tabous des indigènes en matière d’anthroponymisation » (F. CHÉRIGUEN : 1993, 65). Ainsi au lieu d’Abdelkader, Abdelkarim et Abdelnacer, nous aurons plutôt les formes tronquées Kader, Karim et Nacer. De même, la base Dine disparaît dans les noms tels que Nacerdine, Djameldine, Sadekeddine, Alaeddine, Oualieddine, Salaheddine, Safieddine et Alameddine qui deviennent des formes tronquées Nacer, Djamel, Sadek, Ali, Ouali, Saleh, Safi et Aalem ….

 
 
 
 
 
 

I. 2.5. Les hagionymes

 

 

Le culte des saints se présente comme une pratique séculaire, d’origine païenne, qui a survécu à l’Islam et qui perdure encore de nos jours. L’hagionyme est «un avatar supérieur du culte des ancêtres qui s’est maintenu à travers le Christianisme et l’Islam » nous dit G. CAMPS (1987 : 196). Déjà, dans les temps les plus reculés, «les Berbères ne manquaient pas de vénérer les personnes particulièrement privilégiées par la puissance et le sacré qui s’y concentrent. Le maraboutisme et sa large diffusion dans le pays du Maghreb s’expliqueraient comme une survivance de l’anthropolâtrie libyque » (F. DECRET et M. FANTAR : 1998, 257).

 

 E. DOUTTE (1905) précise que cette vénération des saints «serait le vestige d’un culte ancien, «islamisé » par le temps au moyen d’une connexion entre les éléments naturels adorés et des saints musulmans. Le grand travail d’islamisation qui eut lieu alors, est perceptible même pour celui qui lit superficiellement les histoires des Musulmans. À partir du XVe siècle tout change, les tribus n’ont plus les mêmes noms, elles se donnent des patrons religieux, (…). Les saints, les marabouts jouent dans l’état et dans la vie populaire un rôle de plus en plus grand, on croirait quand on passe d’Ibn Khaldoun à El Oufrani, qu’on lit l’histoire de deux peuples différents. »

 

M. FANTAR (1990 : 59) ajoute que «malgré la ferveur du christianisme et de l’Islam africain, certaines vieilles croyances libyco-puniques continuent d’avoir cours. Au Maghreb d’aujourd’hui, on peut rencontrer certaines pratiques magico-religieuses dont les origines remonteraient au passé lointain de Carthage et peut-être au-delà […] » . Les zaouïas ou confréries religieuses, déterminantes dans l’évolution de l’Islam en Afrique du Nord, ont toujours constitué et constituent encore de nos jours, et ce, en dépit des fortes pressions des fondamentalistes musulmans, des centres d’activités culturelles et sociales fécondes. Ces foyers mystiques se rattachent au soufisme qui a été introduit en Afrique du Nord au XIe siècle et dont on ne ressent l’influence qu’à partir du XVIe siècle. Ces confréries sont regroupées autour d’un fondateur ou ancêtre éponyme saint vivant ou mort. Leur particularisme se nourrit de traditions populaires. Les populations vénèrent ces saints vivants, ou leurs descendants si ceux-ci sont morts. F. CHÉRIGUEN (1993 : 117) précise que les hagionymes, «à quelques exceptions près, connotent un univers de croyances anciennes intégrées à la vie du monde biblique et des religions révélées. L’anthropolâtrie se mêle étroitement à l’hagiolâtrie. Le thème de la base Sidi apparaît dans une sanctification des hommes marquants de différentes périodes historiques. On retrouve, par ce thème, les croyances profondes de l’Afrique du Nord qui n’ont jamais été indemnes de polythéisme, malgré les orthodoxies prônées par les différentes religions : judaïsme, christianisme ou islam. Si l’aspect religieux s’est beaucoup mêlé à la vie sociale, c’est que le polythéisme antérieur (aux religions révélées) a déjà bien avant préparé le terrain. Si le terme sidi est un apport de l’arabe classique, cela n’est vrai qu’au plan linguistique (lexical), la réalité qu’il permet d’exprimer n’est pas forcément celle de l’Islam. Elle est même le plus souvent extérieure à cette religion (comme d’ailleurs au judéo-christianisme) pour être celle, toujours dans la continuité de la tradition berbère, des multiples croyances polythéistes, dont l’anthropolâtrie-hagiolâtrie n’est pas des moindres ».

 

Ces noms relatifs aux noms de saints et de personnages sacrés, à caractère religieux et mystique sont reconnaissables à la présence des vocables introductifs Sidi (et ses formes contractées Sid et Si) et son équivalent féminin Lala (sa forme tronquée La) qui est un vocable berbère, initialement nom d’eau, de divinité et de fécondité (F. CHÉRIGUEN : 1993, 166).

 

 Initialement attribué exclusivement aux personnes d’essence maraboutique, ce titre qui a une qualification de valeur morale et de respect pour les ancêtres et les marabouts a perdu sa connotation religieuse et s’applique maintenant aux personnes respectées et respectables : Essid/ Sid/ Sidi ; Si Amar ; Sidhoum ; Sidi Ali ; Sidi-Ali-Mebarek ; Sidi Benali ; Sidi Boucif ; Sidi Boumedine ; Sidi Driss, Lala Khadidja ; La Fatma-Zohra.

 

 

D’un point de vue lexical, Sidi est la forme contractée de l’arabe classique Sayyidi signifiant «Sieur, Monseigneur ». Son doublet est Moulay, Moulati, Moulana et Moulahoum «mon/ notre/ leur maître » . Dans les régions berbérophones, les noms de marabouts sont toujours précédés de ces bases qui indiquent leur statut de Chérif, de noble religieux, titre donné aux «descendants du prophète » ; Gadouchi (ar. alg.) «le saint » ; El Hanafi/ Hanifi10 «qui rejette l’erreur et la déviation pour revenir sur la voie de la rectitude » (Y. et N. GEOFFROY : 2000, 112) ; Chikh (ar. alg./ k.) «le maître vénéré, le chef spirituel » , par extension de sens, ce titre est attribué à toute personne âgée et sage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La mosquée el Bey Salah à Annaba

25102017

 

 

 

 

 

Une plaque commémorative en marbre portant un poème à la gloire de Salâh, bey de la province de Constantine, en cursif oriental. Le 5e vers du poème donne la datation de la construction du monument en abjad par la somme de la valeur numérique de chacune des lettres : 1206 H. qui correspond à l’an 1791.

 

 

 

La mosquée el Bey Salah à Annaba  dans Archéologie 1506244262-18061912

Poème en l’honneur de Salah Bey  

 

 

 

 

 

 

Le plan de type anatolien et ses proportions font de cette mosquée un édifice extrêmement original de l’époque ottomane. Une cour précède la mosquée; un portique extérieur ajouté en 1852 précède un corps de bâtiment dont l’une des pièces
servait de salle d’audience et l’autre d’école coranique. On accède à la salle de prière par une entrée située dans l’axe du mihrâb qui ouvre sur une galerie délimitant sur trois côtés un espace devant le mihrâb ; divisée en neuf travées, la galerie est couverte de coupoles : trois coupoles latérales identiques se font face, alors qu’à l’ouest, les travées plus petites
délimitent des coupoles légèrement elliptiques. Au centre, l’espace est couvert d’une coupole outrepassée sur pendentifs, percée de huit fenêtres en arc surhaussé et d’une corniche ; l’ensemble fut couvert de dessins polychromes à l’époque coloniale.

 

 

 

1506244766-s-l1600 dans Archéologie

Djama El Bey – Bône 1880   

 

 

 

 

 

Ce plan très rare pour une mosquée se retrouve à Alger dans la mosquée Kafar. C’est la deuxième mosquée à coupole hémisphérique avec celle de Ketchawa, en Algérie. La mosquée fait également partie des rares mosquées dotées de plusieurs galeries latérales et en fond de cour sans piliers.

Dans la salle de prières alternent à la fois des piliers et des colonnes, comme dans les mosquées de Raqqa, de Tinmal, de la Qarawiyyîn de Fès. La mosquée Salah bey fait partie des rares mosquées bâties à l’époque turque qui ont utilisé des impostes
au dessus de ses colonnes galbées. On relève l’emploi de l’arc surbaissé, fréquent dans l’architecture ottomane de Turquie (ouverture du portail de la Yesil Camii à Brousse et portail extérieur de la mosquée aux trois balcons à Edirne). On trouve également des arcs en plein-cintre, fréquents chez les Romains, apparus pour la première fois dans l’architecture musulmane à la Coupole du Rocher à Jérusalem, et des arcs en plein-cintre outrepassé caractéristiques de l’architecture musulmane.

Le mihrâb à niche hexagonale est coiffé d’un cul de four lisse comme ceux qui apparaissent dans le mihrâb du musée de  Baghdad, qui proviendrait de la mosquée édifiée par al-Mansûr, dans celui de l’ancienne mosquée al-Dazz à Monastir (XIe siècle), et aussi dans un ancien mihrâb du mausolée al-Shabîh (950 H./1543). Unique en Algérie, sa partie supérieure est ornée d’un arc surbaissé à la voussure formée d’une seule bordure ; la plus ancienne voussure de ce type en Algérie est celle de la grande mosquée de Tlemcen, elle-même inspirée des mihrâb de la Grande Mosquée de Cordoue et de l’Aljaféria de Saragosse.
Les écoinçons du mihrâb sont ornés d’une inscription alors que dans les autres mosquées d’Algérie ils comportent un décor géométrique et floral, à l’instar de la grande mosquée de Kairouan et de celle de Cordoue.
La mosquée de Salah Bey se distingue par la variété de ses chapiteaux.

 L’influence de l’architecture antique est sensible dans les sommiers cruciformes au dessus des colonnes prismatiques et
des chapiteaux à feuilles d’acanthes inspirés des chapiteaux composites romains. Le minaret cylindrique, qui se trouve au nord-ouest de la salle de prière, est un prototype simplifié des minarets ottomans de Turquie (mosquée de Bâyazîd à
Istanbul).  La tradition dit que la construction du minaret a suscité de forts remous parmi la population, entre les Ottomans qui voulaient une mosquée selon le rite hanafite (avec un minaret cylindrique) et les autochtones qui exigeaient un
minaret carré.
Le lanternon de la tour principale du minaret, surmonté d’un épi de faîtage composé de trois éléments circulaires achevés par un croissant, est semblable à ceux des mosquées maghrébines, notamment Agadir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Éléments d’anthroponymie algérienne 1ère partie

23102017

 

 

 

 

L’anthroponymie algérienne est intéressante à étudier du fait qu’elle est composée d’éléments endogènes mais aussi allogènes, résultat de l’histoire perturbée de l’Algérie, pays qui a été de tout temps une terre de confluence de peuples et de civilisations. Le mixage de différentes cultures et de langues diverses a donné naissance à un système de nomination original dans lequel se mêlent et s’entremêlent éléments autochtones (berbères) et apports exogènes (punique, latin, grec, arabe, turc, français, etc.). Des phénomènes faits d’appropriation de désignations externes mais aussi de réalisations nouvelles par altération des éléments existants vont caractériser l’anthroponymie algérienne. Ainsi, une forme de nomination «profane » faite essentiellement de surnoms et de sobriquets de toutes sortes côtoie une désignation très anciennement implantée sur le territoire, de type sacré, fondée sur l’adoration des saints, la nomination hagionymique à laquelle va se surajouter la désignation à base théonymique après l’adoption de la religion musulmane par les Nord-Africains.

 

Cet article va traiter essentiellement deux procédés de nomination, fort usités dans la population algérienne tant citadine que rurale, qui sont l’identification des personnes par la référence à la religion et aux saints et la désignation par le sobriquet (diminutif et hypocoristique) et le surnom.

 

 

 

 

 

 

 

 

I. Les noms à base religieuse

 

Dans les sociétés musulmanes, la foi et la pratique religieuse sont à l’origine de nombreux noms. Le recours à des formes nominales relatives à des référents religieux dans l’onomastique arabo-musulmane ancienne dénoterait, selon M. LACHERAF (1998, 158), «le tact suprême et la belle discrétion mêlés de respect, discrétion, pudeur bien musulmane et monothéiste, tantôt directe tantôt allusive mais comme allant de soi, à demi-mot, au sujet du sacré : al-qadasa, modulation nuancée qui a toujours caractérisé le langage, l’expression écrite ou verbale des vieux croyants depuis les origines. Cela témoignait aussi de l’intériorisation de la foi et du credo et formules religieuses les illustrant, non par un excès de jahr inapproprié et ne tenant pas compte des circonstances, mais par le sens de la mesure et l’intimité spirituelle avec le Créateur ».

 

À l’avènement de l’Islam, le Maghreb a vu naître une époque de créativité anthroponymique intense sur la base de qualificatifs divins. Les noms à coloration religieuse ou noms divins, survivances du système de nomination arabe classique, constituent une permanence de l’anthroponymie algérienne contemporaine. L’incrustation du religieux dans la mentalité et la culture de l’Algérien et d’autre part, le «débordement » de cette foi musulmane dans les moments de sa vie quotidienne se remarquent au travers notamment de certaines réalisations originales de noms individuels. Toutes les circonstances particulières de la vie qui ont une quelconque relation avec la religion sont propices pour l’évoquer, il en est de même de la nomination. L’acte onomastique, au-delà de l’acte de nommer, constitue, pour ces populations profondément croyantes, un acte de foi. Les noms à base religieuse se composent de noms théophores qui renvoient directement à Dieu «Allah » ou à la religion «Eddine » et de noms construits sur un vocabulaire religieux qui réfèrent de manière indirecte à Dieu, à ses prophètes et à la pratique de la religion.

 

 

 

 

I. 1. Les noms théophores

 

Les noms dits théophores ou «ism coraniques et historiques » (A.-M. SCHIMMEL : 1998, 08) sont des noms composés qui peuvent être répartis en trois sous-catégories. D’abord, les noms composés dans un rapport d’annexion dont le second composant est le lexème arabe Allah «Dieu » ou plus rarement son doublet d’origine hébraïque intégré aux langues berbère et arabe algérien Rebbi. Viennent ensuite les noms composés, dont le premier élément est le nominal arabe Abd «serviteur, esclave de, créature de Dieu » toujours en rapport d’annexion avec le second composant qui est un des attributs de Dieu4. La troisième catégorie est celle dont le second composant est la base Dine/ Eddine «religion, foi ».

 

 

 

 
 

    I. 1.1. Les noms à base de Allah «Dieu» et Rebbi «mon Dieu»

Morphologiquement, les noms théophores sont des composés formés soit d’un syntagme nominal à valeur prépositionnelle (nom commun + nom Allah) soit d’une phrase complète (sujet, verbe, complément). Sociologiquement, les noms construits avec le composant Allah constituent «une pratique courante de dévotion » (D. GIMARET : 1988, 08). Ils permettent d’affirmer la croyance du musulman, sa soumission et sa vénération de Dieu, entité à laquelle s’adresse le plus la dévotion populaire. Ils sont, pour tout croyant, une forme d’invocation de Dieu et de rapprochement vers son créateur. Dans la croyance populaire, ces noms théophores décrivent les bienfaits et vertus de Dieu et apportent la baraka à leurs porteurs. Hormis la forme Abdellah/ Abdella «serviteur de Dieu », qui existait déjà chez les chrétiens, avant l’avènement de l’Islam, une grande variété de noms théophores déclamant la grandeur de Dieu et les qualités qui lui sont attribuées sont construits avec Allah. Ces combinaisons peuvent avoir pour origine le surnom donné à quelque prophète dans le Coran comme par exemple le nom Khallilallah «ami, confident de Dieu » donné à Ibrahim dans le Coran (4,125).

 

Souvent, un sentiment de confiance en la force et le secours de Dieu s’exprime à travers ces noms tels que Daimellah «c’est Dieu qui dure, qui est permanent » ;Khedimallah, littéralement «esclave (femme) de Dieu » et Gholamellah «le serviteur de Dieu », tous deux doublets de Abdellah ; Daifallah «hôte, l’invité de Dieu » ; Charaallah«justice de Dieu » ; Khalfallah «héritage de Dieu » ; Saadallah «chance, bonheur de Dieu » ; Harzellah «protection de Dieu » ; Ferdjallah «Dieu soulage, libère, la joie de Dieu » ; Djebrallah «Dieu le réconfortant, le consolant, Dieu guérit » ; Aounallah «aide de Dieu ». Souvent ces constructions sont des formules pompeuses, à l’instar de Ainallah ou Ayounallah «œil/ yeux de Dieu » ; Makhfallah «peur de Dieu », Fethallah «Dieu ouvre les voies » ; Hazbellaoui de Hizb Allah «parti de Dieu » ; Khamellah signifie «maison de Dieu ».

 

Les noms théophores se présentent souvent comme des formules protocolaires courantes, sous des formes souvent réduites, abrégées, donc incomplètes, par économie de langage : Laalah, peut être la contraction de La Illah a illah, formule de soumission totale à Dieu en Islam, signifiant «il n’y a de Dieu que Dieu » ; Barkallah, altération de la formule populaire très usitée pour protéger quelqu’un ou le féliciter Barak el Allah, signifiant «que Dieu (te) bénisse ; grâce à Dieu ». Certains de ces noms expriment le sentiment de gratitude envers Dieu à la naissance d’un enfant ainsi que le montrent les noms suivants : Attallah/ Tahallah «Dieu l’a donné » et Attitallah «le don de Dieu » ;Djaballah «Dieu l’a apporté, l’a offert » ; Maatalah «ce que Dieu a donné, don de Dieu » ; Rezkallah et son doublet Rabahallah «le bien, la nourriture de Dieu ».

 

 D’autres noms sont uniquement «d’apparence théophorique ». Ne correspondant pas toujours à la logique de construction des noms islamiques, ce sont des constructions fantaisistes d’essence populaire qui dénotent le plus souvent un sens profond de l’attachement à Dieu, lequel est évoqué dans tous les moments de la journée, en activité ou au repos. Puisant dans la langue de tous les jours, ces noms se présentent souvent sous la forme de phrases-messages qui précisent le rapport intrinsèque qui lie l’homme à son Dieu et dont les locuteurs directs ou indirects sont les membres de la communauté. Ces noms-phrases mettent en exergue la variété des messages véhiculés, non seulement par rapport au contenu, mais aussi par rapport au type d’énoncé utilisé, affirmatif, exclamatif, déclaratif ou votif. Les messages se présentent souvent comme une interpellation indirecte de Dieu et prennent explicitement ou non pour interlocuteur l’entourage proche. Ils se présentent souvent comme des invocations de Dieu tout-puissant et omniprésent : Smaallah «écoute Dieu » , Cheballah «les enfants de Dieu » ; Bentallah «fille de Dieu » ; Aït Allah «ceux de/ les enfants de Dieu » ; Baballah «les portes de Dieu » ; Menella, forme tronquée de Min Allah qui signifie «de Dieu » ; Lamellah, forme francisée de ‘ allam Allah ««Dieu seul sait » .

 

Ce procédé de construction des noms théophores s’est élargi au nom d’origine hébraïque Reb «Dieu » , cristallisé dans la forme composée Rebbi «mon Dieu » , doublet de Allah en arabe dialectal et en kabyle dont il est la forme la plus fréquemment utilisée.

Rebbi entre dans des combinaisons complexes à savoir des segments phrastiques : Talebrebi «je demande à mon Dieu » ou encore Djabourrebi «Dieu l’a ramené ».

 
 
 
 
 
 

I. 1.2. Les noms à base de Abd «serviteur de»

 

La particule Abd «serviteur, esclave de » entre en rapport d’annexion avec un second terme, adjectif ou participe substantivé, essentiellement un des 99 qualificatifs de Dieu, (Abd + attributs de Dieu), exprime la bonté et la mansuétude divines, la miséricorde et la générosité de Dieu. La base Abd signifiant «serviteur, adorateur de (Dieu) » permet d’établir la relation intrinsèque à Dieu. Cette filiation symbolique marque le rapport de sujétion absolue de l’homme à un Dieu ou à une religion. La personne est déclarée par ses parents comme le sujet d’un Dieu dont ils espèrent la vie et la protection pour leur enfant ainsi nommé.

 

Au début de l’avènement de l’Islam, le nom théophore le plus répandu était Abdallah «serviteur de Dieu » : celui-ci établit le rapport de soumission de l’être humain à son Dieu. Les autres mettent l’accent sur l’unité et l’unicité de Dieu : Abdelali, forme francisée de Abd ‘ Ali «le serviteur du très haut, du sublime » ; Abdelchakour «le serviteur du très reconnaissant » ; Abdelhamid «le serviteur du très loué » ; Abdeldjabar «le serviteur du guérisseur » ; Abdelfatah «le serviteur de celui qui ouvre, qui accorde la victoire » ; Abdelghani «le serviteur du riche, de celui qui se suffit entièrement à luimême, de celui qui est totalement indépendant » ; Abdelghafar «le serviteur du très pardonnant » ; Abdelghafour «le serviteur du tout pardonnant » ; Abdelhadi «le serviteur du guide » ; Abdelbari «le serviteur de celui qui donne l’existence, de l’éternel » ; Abdellatif «le serviteur du bienveillant, du subtil » ; Abdellaziz «le serviteur du tout puissant » ; Abdeldjellil «le serviteur du majestueux, du vénérable » ; Abdelhak «le serviteur du juste » ; Abdelhalik «le serviteur du créateur » ; Abdelbaki «le serviteur de celui qui reste » ; Abdelhamid «serviteur de celui qui est digne d’être loué » ; Abdedaim «le serviteur de l’éternel » ; Abdelhalim «le serviteur de l’indulgent, du très clément » ; Abdelkader «le serviteur du puissant » ; Abdelkarim «le serviteur du généreux » ; Abdelaoui est la déformation de Abdelouali «le serviteur du très proche, du maître intime » ; Abdelouahed «serviteur de l’unique » ; Abdelmadjid «le serviteur du glorieux » ; Abdelmalek «le serviteur du roi » ; Abdelmoula «le serviteur du maître » ; Abdelmoumène «le serviteur du fidèle, du sécurisant » ; Abdelmoundjed (moudjib) «le serviteur de celui qui exauce » ; Abdelouaret «le serviteur de l’héritier » ; Abderrahmane «esclave de celui qui pardonne » ; Abdelouahab «serviteur de celui qui donne » ; Abdennour «le serviteur de la/ ma lumière primordiale » ; Abderrazak «le serviteur de celui qui pourvoit, qui offre la subsistance » ; Abderrahim «le serviteur du très miséricordieux » ; Abdeslam «serviteur de la paix » ; Abderahmane «serviteur du miséricordieux » ; Abdelmoundjed «serviteur de celui qui secourt » ; Abdessamed «serviteur du soutien universel, de l’impénétrable, de l’éternel » ; Abdessamia «le serviteur de celui qui entend tout » ; Abdelsadek «le serviteur du droit, de la vérité et de la sincérité » ; Abdellam pourrait être la déformation de Abdelaalem «le serviteur de l’omniscient » ; Abdelkafi «le serviteur de celui qui récompense, qui n’a besoin de rien » ; Abdelssaid «le serviteur du maître » ; Abdeladim, transcription francisée de Abdelaadim «le serviteur du majestueux, de l’incommensurable » ; Abdelkafi «l’adorateur du suffisant » .

 

 

 Le nom Zine Labidine «parure des adorateurs, beauté des pieux, ornement des fidèles adorateurs » est une forme surcomposée Zine + Abid + Dine. Dans d’autres cas, ce n’est pas Dieu qui est directement évoqué ou invoqué dans le nom théophore mais la religion qu’il a révélée par le vocable Dine, comme dans Abd el Din «serviteur de la religion », donc par analogie «esclave de Dieu » ; par un procédé métonymique, ces noms pseudo-théophores, selon Caetani (A.-M. SCHIMMEL : 1987, 46), évoquent Dieu par l’entremise du message qu’il a délivré aux Musulmans.

 
 
 
 
 
 

I. 1.3. Les noms à base de Dine «foi, religion»

 

Les noms théophores se construisent également avec le lexème Dine «foi, religion » . Les noms composés du mot Dine comme deuxième terme d’annexion dont le premier terme est un substantif, un adjectif ou un verbe, jouaient, dans la tradition onomastique arabe, le rôle de surnom ou laqab.

 

Historiquement, ce type de nomination a vu le jour en Orient et remonte au début des Croisades comme nous le dit M. LACHERAF (1998 : 153) : «L’habitude de ces noms propres, patronymes ou prénoms formés avec le suffixe dine a commencé, en Orient à l’époque des Croisades, probablement comme titres honorifiques donnés à des personnages importants engagés dans la guerre contre les Croisés chrétiens venus d’Europe. On les retrouve encore deux siècles après, ajoutés, dès l’âge adulte, en tant que simples «titres » à la tête des noms et prénoms, superposés pour ainsi dire à l’appellation identitaire et précédant le libellé. »

 

Par la suite, l’emploi de ces noms en Dine, qui constituent une sorte de périphrase pour désigner l’Islam, s’est élargi à tout le monde musulman y compris le Maghreb : «Après 1200, les constructions avec al-din deviennent parties intégrantes du nom, quelles que soient les qualités ou le rang de la personne concernée. Cette coutume se développa cependant essentiellement dans la partie orientale du monde musulman. J. H. Kramers suggère une possible origine persane » (A.-M. SCHIMMEL : 1987, 92).

 

À l’instar des noms théophores en Allah, les noms en Eddine marquent l’inscription et l’adhésion des personnes ainsi nommées dans la foi et le monde islamiques tout en honorant la grandeur, la beauté et la noblesse de la religion musulmane ainsi que ses bienfaits sur le croyant. En évoquant quotidiennement les qualités de la religion (sousentendu musulmane), les musulmans adoptent entièrement ses préceptes.

 

 La plupart des substantifs qui précèdent el-dine renvoient au pouvoir, au rayonnement et à la force de la religion : Nasserdine «soutien, salut de la religion » de nâsir «celui qui secourt » ; Noureddine «lumière de la foi » ; Chamseddine «le soleil de la religion » de Chams «soleil » ; Aladdine «les bienfaits, la noblesse, la grandeur de la religion » ; Kheireddine «le bien de la religion » ; Rachededdine «la voie droite de la religion » (ce nom a donné la secte des Rachidiyyine) ; Charaâ Eddine «la justice de la religion » ; Charafeddine «l’honneur, la noblesse de la religion » ; Saadeddine «le bonheur de la religion » ; Khaledin de Khalededdine «l’éternel de la religion, l’éternité de la religion » ; Alameldine «le signe, l’étendard de la religion » ; Sendjakeddine «l »étendard de la religion » ; Chihabeddine «le flambeau de la religion » ; Zinedine «la beauté de la religion » ; Djameldine «la beauté de la religion » ; Badreddine «la lune de la religion » ; Mouhabdine «celui qui aime la religion » ; Mahieddine «celui qui revitalise la religion, le revivificateur de la religion » ; Azzedine «la puissance de la religion » ; Salaheddine «l’intégrité de la religion » ; Daoudeddine «l’aimé de la religion » ; Abiddine «serviteur de la religion » .

 

 D’autres formations sont, du point de vue de l’orthodoxie musulmane, contestables ; ainsi la formation originale Abdenbi composée de Abd et Ennbi et qui signifie «serviteur du prophète ». Cette formation est incorrecte du fait qu’elle va à l’encontre de l’éthique de la religion musulmane dont l’un des fondements est qu’on n’adore que Dieu non son prophète8. Un autre élément paradoxal est l’utilisation du mot Nbi dans la désignation nominale. Nous avons ainsi des noms de forme simple tels que Nabi «prophète » et son pluriel Nebia, forme francisée de ’ anbiya «les prophètes », de forme dérivée comme Nabaoui «qui se repent et revient à Dieu » et de forme composée à l’instar de Bennabi «fils du prophète » mais aussi Ighzernabi «le fleuve du prophète ».

 

 D’autres formations dialectales obéissent bien à la séquence [ Abd + qualificatif], cependant le deuxième composant n’est pas mentionné dans le Coran comme un qualificatif de Dieu. Ainsi dans le nom Abd-Arrafic, Raffic n’existe pas en tant que tel comme qualificatif de Dieu, ce qui existe c’est la base lexicale Rafik (RFQ) «celui qui élève » de même que Aouabed «adorateur de Haoua » , qui est un nom composé du prénom féminin Haoua «Eve » qui signifie «vie, source de vie » et ‘ abed «qui adore Dieu, qui vit en état d’adoration constante » . Le nom Abderhouche est un cas assez énigmatique car l’association de Abd avec le nom Haouche est a-sémantique. Pourrait-il, à moins qu’il ne soit un nom altéré, être un surnom signifiant «esclave de l’enclos, d’un ensemble de maisons » ? Tout aussi fantaisiste est la formation hybride Abdelmeziane, composée d’une partie arabe Abd et d’une partie berbère Meziane qui signifie «petit ».

 

Ces cas illustrent bien la vitalité et le dynamisme de la créativité onomastique qui fait parfois fi des règles de construction des noms.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tchenebar (Tchambar) Sika

21102017

 

 

 

 

 

Cette pièce musicale avec le Noubet Sultan et le Tchenebar aârak composent la série des petites ouvertures qu’on joue avant de commencer la série des chansons ou nouba des neklabat.

Elle porte le nom de Tchenebar Sika et l’on exécute de préférence comme ouverture des chansons du mode sika, bien qu’elle ne soit pas composée sur ce mode particulier dont la gamme est : si-do-ré#-mi-fa#-sol-la.

 

 

 

D’après les musiciens, les Tchenebar seraient des pièces d’origine turque ; elles auraient été introduites en Algérie par les musiciens turcs au service des sultans qui régnèrent à Alger à partir du commencement du XVIème siècle.

Mais il est portable que ceux-ci les tenaient de leurs grands maîtres en musique, les Persans ; le mot Tschenber se trouve en effet dans les traités des Makrisi pour désigner une mélodie qui se joue en 2/4 en andante grazioso sur des motifs composés de douze mesures.

D’autres part nous savons que la gamme perso-turque avait la note Soghiàh correspondant à notre si, base du sika moderne.

 

 

 

Le Tchenebar sika est considéré à Alger comme une des marches favorites des anciens deys ; quand le dey se montrait à son peuple dans les grandes cérémonies religieuses ou politiques, les ghaïta aux sons criards précédaient le cortège officiel et exécutaient cette musique sur un rythme bruyamment soutenu par les coups redoublés des atabal.

Actuellement le tchenebar sika sert d’ouverture aux chansons ; quelquefois on l’exécute comme air à danser.

  

 

 

 

Le solfège: fichier pdf Solfège Tchenebar Sika_-_(Quintessences.unblog.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Tchanbar Sika, pièce instrumentale andalouse algéroise, exécutée ici par l’ensemble algérien Ibnou Sina group sous la direction de Mohamed SAADAOUI et l’ensemble turc de Halil Karaduman. Concert à l’auditorium de la radio algérienne, le 07 Avril 2011. 

 

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La Référence: Le grand Maître Sid Ahmed Serri 

 

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La Sarma historique d’Hassan Pacha

19102017

 

La Sarma d’Hassan Pacha qui, avec le chasse mouches d’Hussein Dey, fut la cause de la perte d’Alger!

 

 

 

 

 

 

 

Dans son Miroir, Sidi Hamdan ben Othman Khodja*, ancien secrétaire d’État (makatadji), en raconte longuement les aventures:

 

 

 « Je citerai, dit-il, le juif BAKRY, dont le frère Michaïl possédait  lorsqu’il s’établit à Alger, seulement une petite boutique d’épicier, où il faisait le détail de la quincaillerie. Ce magasin était situé dans le voisinage de Bab-Azzoun. C’est depuis cette époque que cette maison Bakry, liée d’intérêt avec Hassan Pacha et Mustapha Pacha, est parvenue à posséder des millions. Je rapporterai un  seul fait qui pourra faire comprendre de quelle manière rapide ils ont pu amasser une semblable fortune.  

 

Selon la coutume, le bey de Constantine vint à Alger. Voulant faire un superbe cadeau à la femme d’Hassan Pacha (1791-1798), ce bey s’adressa à un juif nommé NEFTALY ABOUCHENAQ, associé de Bakry, pour avoir un bijou de valeur. Celui-ci présenta une Sarma garnie de diamants, évaluée à la somme de 60.000 piastres (300.000 francs); le bey acheta le bijou; n’ayant pas d’argent comptant, il convint de payer cette valeur en mesures de blé, estimées chacune à 4 francs et devant peser 40 kilos. Après la récolte, les Bakry envoyèrent des bâtiments pour charger la quantité de 75.000 saâ ou mesures de ce blé, qu’ils firent transporter en France, à l’époque du blocus des Anglais. Ils vendirent 50 francs chaque mesure qui ne leur coûtait à eux que 4 francs, et ce chargement produisit 3 millions 750.000 francs.

Le bijou, dit-on, avait été fait à Paris et ne coûtait que 30.000 francs. Un de leurs associés, celui qui a procuré le bijou de Paris, n’ayant pas été avantagé dans cette affaire, s’est présenté à Alger pour réclamer son contingent, mais il n’a rien pu obtenir. C’est de cet associé même que je tiens ces détails.

 Cet argent est la source et une des causes primitives de la malheureuse guerre de la France avec Alger, et de la chute du gouvernement turc dans cette partie de l’Afrique.

 

 Voilà donc la manière dont ces juifs ont fait leur fortune, au détriment de tous les habitants de la Régence; ils avaient tous les avantages de ce monopole, tandis que nous, ne trouvant pas à acheter au même prix qu’eux, ce commerce nous était interdit et nous ne pouvions jouir des avantages qu’il procure. »

 

 

 Les historiens n’ont jamais raconté que la fin de la Régence, commencée par une Sarma, s’était achevée par un éventail. On le voit, cependant, le bijou a joué quelquefois un grand rôle dans l’histoire des peuples africains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : HAMDAN BEN OTHMAN KHODJA.- Grand armateur. Demeurait à la maison bleue (Dar-Zerga), vaste propriété qui s’étendait jusqu’à la mer, l’une des plus importantes d’Alger. Il eut quatre filles et six fils. Joua un rôle important à l’entrée des Français. Fut le correspondant de l’ancien dey. Fit partie de la première municipalité. En fut évincé lors de l’affaire des laines. Tenu à l’écart, il fut accusé de s’opposer à la domination française et voulut alors quitter l’Algérie. L’intendant civil Pichon l’en dissuada et le fit rentrer en grâce. Chargé à deux reprises, en août et en octobre 1832, de l’importante et périlleuse mission de traiter avec le bey de Constantine. En juillet 1833, il était à Paris, 9, rue des Écuries-d’Artois. Il exposait, dans de nombreuses requêtes à Louis-Philippe et au maréchal Soult, ministre de la guerre, les réclamations de ses compatriotes. Il protestait contre l’exportation, constatée d’après des certificats authentiques, d’os humains, provenant d’un ancien cimetière: mâchoires, crânes, fémurs et cubitus, quelques-uns avec des parties charnues, trouvés dans la cargaison de la bombarde Bonne-Joséphine, capitaine Periolla, à son déchargement à Marseille. Ces récriminations furent mal accueillies. On allait même l’arrêter pour le faire taire, lorsque, prévenu par son conseil, A. Crémieux, il put s’échapper, se rendre à Constantinople où il dirigea le service de santé du Sultan et, le premier, obtint de faire subir une quarantaine aux navires chargés de pèlerins venant de la Mecque.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Trois Fadhels

17102017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nom de Fadhel a été porté par trois personnages qui ont vécu dans le même temps, sous le khalifat du célèbre Haroun al-Rachid et de ses deux fils, el-Amin et al Mamoun. Cette conformité de nom a été pour eux comme le cachet de la destinée dont le type s’est manifesté en eux par des vicissitudes étonnantes de fortune et par des aventures singulières.

Le premier était Fadhel ben-Yahia, de la famille des Barmécides , et frère de l’illustre Jafar, dont il partagea la puissance et les malheurs.

Le second, Fadhel ben-Sahal, fut longtemps premier vizir d’al-Mamoun, dont il avait suivi la mauvaise fortune avant qu’il ne parvînt au khalifat; mais, par la suite, il tomba dans la disgrâce de son maître, que plusieurs historiens ont même accusé de ne pas avoir été étranger à la mort de son ancien vizir.

Le troisième, enfin, Fadhel ben-Raby’, eut d’abord tout pouvoir sous le khalpfat d’el Amin , dont il était le premier vizir ; et, après avoir été contraint de fuir et de chercher un asile contre le mécontentement d’al-Mamoun, finit sa carrière dans les grandeurs et les dignités de la cour de ce dernier prince.

 

Voici quelques-unes des aventures qui ont signalé la vie de ces trois personnages remarquables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le  Barmacide 

 

 

Fadhel ben-Yahia semblait enorgueilli de la faveur éclatante dont le calife l’avait comblé, ainsi que les autres membres de sa famille; mais il se montrait en toutes ses actions aussi libéral que superbe.

Un de ses amis les plus familiers prit un jour la liberté de lui faire quelques représentations sur ce défaut, qui entachait toujours sa munificence.

« Ma fierté et ma libéralité ne sont pas plus des défauts l’une que l’autre, répondit Fadhel; l’exemple d’Amarah ben Hamza m’a donné ces deux qualités, qui maintenant sont devenues les attributs inhérents et indélébiles de mon caractère; l’impression profonde qu’a laissée dans mon esprit l’admiration qu’Amarah m’a inspirée, a créé en moi des habitudes « qui sont devenues une seconde nature.

« Mon père, Yahia ben Khaled, ajouta  Fadhel, était, à la première époque de sa fortune, gouverneur d’une des provinces soumises à l’empire des califes.  Le vizir qui administrait alors, et qui était loin d’aimer mon père, lui adressa l’ordre formel de verser sur-le-champ, et d’avance, au trésor impérial, la somme à laquelle s’élevaient les contributions de la province, avant que mon père les eût recueillies lui-même. 

 Mon père se trouva dans un embarras d’autant plus grand, qu’il sentait bien que le seul motif de cet ordre si tyrannique était moins le besoin présent du trésor, que l’intention d’en faire l’occasion de son accusation et de sa ruine totale.

Il s’efforça donc de rassembler les sommes demandées, en vendant tout ce qu’il possédait, et en épuisant les bourses que ses amis lui ouvrirent avec zèle et dévouement; mais il fut bien loin de pouvoir compléter le paiement qu’on exigeait de lui à l’époque déterminée. 

 Dans cette extrémité, il ne restait à mon père d’autre ressource que dans les secours d’Amarah ben-Hamza, le plus riche propriétaire de sa province, et dont l’opulence comme la générosité étaient justement vantées; mais la plus grande froideur avait toujours régné entre Amarah et mon père, et une inimitié secrète, un mécontentement réciproque, semblaient avoir toujours présidé à leurs relations mutuelles. 

 La nécessité des conjonctures, où il s’agissait de sa fortune, et peut-être même de sa vie, réduisit mon père à tenter ce dernier moyen, en désespoir de cause. 

J’étais fort jeune alors; il m’envoya chez Amarah. Je me présentai avec timidité. Amarah était appuyé sur de riches coussins, placés sur de magnifiques tapis de Perse, qui recouvraient l’élégante mosaïque en marbres précieux de diverses couleurs dont était décoré le sol de son splendide appartement : je m’arrêtai humblement au bas de l’estrade où siégeait Amarah , et je lui présentai mes saluts au nom de mon père; mais il dédaigna de me répondre, et, loin de me témoigner la moindre politesse, il tourna son visage du côté de la muraille, sans m’honorer à peine d’un seul regard. 

Décontenancé et découragé d’un tel accueil, j’exposai, d’une voix basse et en peu de mots, le besoin pressant où se trouvait mon père, et l’espoir qu’il avait osé former, que le riche Amarah ne refuserait pas de venir à son secours. 

 Amarah me laissa longtemps debout sans réponse, et paraissait s’occuper de toute autre chose que de ma présence. « Je verrai, » me dit-il enfin, en m’indiquant, par un signe hautain, qu’il était temps de me retirer. 

 Je sortis, en effet, mais sans aucune espérance, et n’attendant aucun succès d’une demande qui avait été reçue avec tant de dédain, et une mauvaise volonté si évidemment exprimée.

 

 

Je n’osai pas même retourner sur le champ chez mon père, et je pris le chemin le plus long pour rentrer à la maison, pensant que je lui rapporterais toujours assez tôt la mauvaise nouvelle que j’hésitais à lui annoncer.

 J’arrive à la porte de mon père; je la vois embarrassée par une longue suite de mulets et de chameaux chargés de coffres pesants; étonné, je m’informe, et j’apprends que ces coffres, envoyés par  Amarah, au même instant où je le quittais désespéré, contenaient bien au-delà des sommes que j’avais demandées de la part de mon père.

Mon père satisfit l’exigence du perfide vizir, et s’occupa de réunir les contributions annuelles de la province. Leur rentrée successive l’eut mis bientôt en état de restituer au riche et obligeant Amarah les avances qu’il lui avait faites avec une générosité si salutaire.

 
 

 Il regarda comme son premier devoir d’exécuter cette remise. Je fus chargé par  lui, en même temps, de faire conduire avec moi chez Amarah les chameaux qui portaient l’argent, et de lui offrir, de la  part de mon père, tous les hommages de sa reconnaissance pour le service éminent qu’il en avait reçu.

« A peine Amarah eut-il entendu quelques-unes de mes premières paroles, et compris la remise dont il s’agissait, que, se levant brusquement : « Qu’est-ce?me dit-il, votre père me prend-il pour son banquier ou son intendant ? Remportez vite cet argent, et que je n’en entende  plus jamais parler ; allez, et que Dieu vous conduise . »

 

 

 

 

 

 

 L’ Astrologue 

 

 

Fadhel ben-Sahal, premier vizir d’al Mamoun, jouissait d’une telle faveur sous ce monarque, qu’il en reçut le titre éminent de Dou-l-riassatéh (possesseur des deux commandements): ce titre désignait la double puissance dont l’avait revêtu la confiance du calife, qui avait placé sous son autorité toutes les affaires, tant civiles que militaires, de son empire.

 Faddel avait été attaché à al-Mamoun - longtemps avant que ce prince ne parvînt au khilafat , et il s’était attiré les bonnes grâces de son maître, non – seulement par sa constante fidélité, mais encore par les connaissances astronomiques et astrologiques qu’on admirait en lui. Gebrayl el-Bakhtissouao, médecin chrétien du calife, et admis dans sa familiarité intime, rapporte lui-même le récit que al-Mamoun , d’une anecdote qui semble, en effet, prouver une prévision bien extraordinaire.

« J’étais encore, dit al-Mamoun, dans la province du Khorassan; mon frère, el Amin, qui avait succédé à mon père, « Haroun el-Rachid (que Dieu lui fasse paix et miséricorde! ), avait conçu une violente jalousie contre moi, à cause de  l’autorité absolue et indépendante que le testament paternel m’avait accordée sur cette contrée.

El Amin s’était même laissé persuader, par ses ministres, d’expédier une armée dans le Khorassan, pour s’emparer de ma personne.

 Je rassemblai à la hâte le peu de troupes qui était à ma disposition, et  je confiai le commandement du corps le plus considérable à Thaher ben-Hussein, que je chargeai d’aller combattre Issa ben-Ali, général envoyé par mon frère, dont les forces considérables me menaçaient. J’eus bientôt épuisé entièrement les coffres de mon trésor, pour solder l’armée qui marchait sous les ordres de Thaher, quoiqu’elle fût peu nombreuse. 

Bientôt aussi les troupes que j’avais gardées auprès de moi prétendirent au paiement de leur solde arriérée, et regardèrent comme une injustice envers eux le refus qu’il me fut impossible de ne pas leur faire. 

 Le mécontentement et les murmures augmentèrent, et, comme mon dénuement absolu m’empêchait de les satisfaire, une mutinerie ne tarda pas à éclater, et elle fut en peu de temps suivie de la révolte générale de tous mes soldats. Ils prirent les armes contre moi-même, et poussèrent l’audace jusqu’à venir assiéger le palais où je faisais alors ma résidence dans la ville de Merou . 

 Les révoltés ne parlaient pas moins que de me saisir moi-même, et, après m’avoir chargé de chaînes, de me livrer au ressentiment et à l’injuste vengeance de mon frère el-Amin. 

 Les portes de mon palais étaient soigneusement fermées; mais à chaque instant elles pouvaient être forcées par la fureur des rebelles ; ma liberté et peut, être ma vie, couraient des risques qui me semblaient inévitables. 

 En proie à la perplexité et aux craintes les plus vives, je consultai Fadhel ben Sahal, qui possédait toute ma confiance, et je l’interrogeai sur ce que je pouvais faire d’utile en cette circonstance urgente. 

 Il consulta ses livres et ses instruments d’astronomie : Mon prince, me dit-il,  la seule chose que vous puissiez faire, c’est de monter sur la plus haute terrasse de votre palais, et de vous occuper à promener vos regards sur les vastes plaines que l’horizon développera devant vous.

 

 

—  Comment! m’écriai-je, quel rapport ce spectacle peut-il avoir avec la révolte qui me presse de toutes parts ? Mes yeux,  en s’étendant sur la campagne, auront ils la vertu de fasciner les rebelles, de les réduire à l’inaction , et de me délivrer de  leurs atteintes ?

 Mes yeux feront-ils pleuvoir des nuages  l’argent nécessaire pour payer mes troupes mécontentes et apaiser leur fureur?

 Toi, en qui j’avais mis toute ma confiance, es-tu le complice secret de la trahison et de la révolte ?

 

· —  Montez, prince, me dit tranquillement Fadhel, montez ; mes livres et mes combinaisons astronomiques m’apprennent que vous redescendrez calife. 

 

 

Je cédai à son avis, sans cependant y croire, et le regardant presque comme une perfide raillerie. Je montai, et je promenai ma vue inquiète sur les campagnes immenses qui s’ouvraient au loin  à mes regards.

Cependant les cris séditieux redoublaient, et le point élevé où je me trouvais placé les faisait parvenir avec bien plus de force à mes oreilles. 

Plusieurs fois je voulus descendre pour aller trouver moi-même les soldats mutinés, et essayer de les calmer par mes exhortations et mes promesses; mais  j’étais toujours retenu par une sorte de confiance vague et non réfléchie dans les prédictions favorables de Fadhel, dont je ne pouvais me décider à croire certaine la perfidie, après tant de preuves d’une fidélité inébranlable. 

Fadhel, d’ailleurs, m’avait suivi, et me retenait presque malgré moi sur cette terrasse élevée. 

 Pendant que j’étais torturé par les anxiétés les plus cruelles, tranquille auprès de moi, il faisait ses calculs, et se servait de ses instruments astronomiques pour parcourir tous les points du ciel, consignant avec un soin minutieux chacune de ses observations sur les positions diverses et le cours des astres, qu’il soumettait à ses opérations savantes. 

 Les cris augmentèrent encore : les soldats furieux menaçaient d’incendier le palais, si on ne leur en ouvrait les portes, et leurs vociférations insolentes promettaient une mort certaine à quiconque oserait résister à leur attaque. 

 Je voulus alors définitivement descendre, et Fadhel eut besoin de tous ses efforts pour m’arrêter. ‘Mon prince,  dit-il, encore une heure ; j’engage ma tête qu’elle ne s’écoulera pas sans que vous reconnaissiez la véracité de mes promesses‘. 

 

Je me laissai gagner, et j’attendis encore. L’heure, en effet, n’était pas encore écoulée, que Fadhel, quittant ses papiers et ses instruments, vint près de moi, et me demanda si je n’apercevais rien dans la campagne.  

 Je vois, lui dis je, un peu de poussière que le vent agite; et Fadhel alla se rasseoir avec un visage rayonnant de joie et de confiance. 

 

La poussière me parut, peu de temps après, devenir un tourbillon qui s’approchait rapidement, et dont la masse s’augmentait de plus en plus. J’aperçus ensuite, à travers cette espèce de voile, briller des armes resplendissantes : bien tôt je pus distinguer un corps nombreux de cavalerie, puis je reconnus, à la tête des cavaliers qui précipitaient leur course, mon général Thaher ben Hussein et  Issa ben-Ali, général des troupes de mon frère.

Les groupes des révoltés s’écartent pour livrer le passage aux arrivants, et Thaher monte rapidement,avec Issa ben Ali, à la terrasse où j’étais encore avec Fadhel. 

 

 J’appris alors que les troupes de ce dernier général et lui-même avaient embrassé spontanément mon parti, et s’étaient réunis à mon armée. Ils avaient renoncé à l’autorité d’el-Amin mon frère , et avaient pris les devants sur les corps nombreux qui venaient se ranger sous mes drapeaux, pour être les premiers à me prêter serment de fidélité et me proclamer calife.

 La révolte s’apaisa d’elle-même à ces  heureuses nouvelles, et je redescendis calife, de la terrasse où j’étais monté,  suivant la prédiction si exacte de Fadhel . »

 

 

 

 

 

 

 

Le Vizir  Proscrit 

 

 

Fadhel ben-Raby fut le vizir favori du calife el-Amin. Cette faveur et le pouvoir dont il avait joui sous ce prince, furent des titres de proscription pour Faddel, après la mort de son protecteur. Al-Mamoun, qui succéda à son frère el-Amin, croyait avoir de justes motifs de plaintes contre Fadhel; et celui-ci, craignant la vengeance du calife, fut réduit à fuir et à se dérober à ses poursuites, dans l’asile de diverses retraites ignorées.

A son entrée dans Bagdad, le calife avait en effet annoncé l’intention de faire mourir Fadhel, et Chahek avait été chargé de faire toutes les diligences possibles pour le découvrir.

Les soins actifs de Chahek furent longtemps déjoués par la prudente circonspection de Fadhel, enfin pourtant il réussit à s’emparer de sa personne et il conduisit son prisonnier aux pieds du calife.

La colère d’al-Mamoun était apaisée, ou bien les renseignements plus exacts qui lui étaient parvenus sur la conduite de l’ancien vizir de son prédécesseur lui avaient fait connaître le peu de fondement de ses préventions et l’injustice de sa vengeance. 

Non-seulement Fadhel reçut son pardon de son nouveau souverain , mais encore il fut admis auprès de lui dans une faveur aussi intime que celle dont il avait joui auprès d’el-Amin. 

Un jour, en conversant avec Fadhel, al Mamoun voulut apprendre de sa bouche quelques-unes des aventures qu’il n’avait pas dû manquer de courir dans sa longue retraite, et dans les vicissitudes diverses auxquelles sa proscription l’avait condamné. 

Fadhel s’empressa de satisfaire la curiosité bienveillante du monarque.

« Prince des fidèles, lui dit-il, que Dieu protège votre nom et l’affermisse pendant de longues années ! 

 Il commença ensuite le récit suivant : · « La crainte que m’inspirait la disgrâce de mon souverain et l’arrêt de proscription qui pesait sur ma tête me forçaient continuellement à changer d’asile. 

 J’étais un jour caché dans le pavillon de celle de mes femmes que j’avais le plus aimée et dont le cœur m’avait toujours paru m’être le plus attaché;je la tenais dans mes bras, et son affection me prodiguait de vives caresses, quand un bruit soudain que nous entendîmes dans la rue la fit approcher de la fenêtre : je la suivis sans qu’elle m’aperçût et, placé derrière un rideau, mes regards inquiets cherchaient la cause de ce bruit qui m’effrayait pour ma sortie. 

 J’entendis et je vis, comme elle, un homme monté sur un cheval, et proclamant l’ordre du calife, à tous ceux qui auraient connaissance de mon asile, de l’indiquer promptement : il annonçait la récompense de dix mille dinars pour le dénonciateur qui me livrerait entre les mains de mes persécuteurs; je vis aussi ma tendre épouse, ma femme chérie, avancer la main hors du treillage qui la cachait, et, ne croyant pas être vue de moi, appeler à elle, par signe, le cavalier qui faisait la proclamation. 

 Je n’en attendis pas davantage, et m’échappant sans bruit de l’appartement, je me fus bientôt évadé, en franchissant les murailles du jardin. 

Je me hâtai d’aller chercher un refuge chez celui de mes amis que j’avais comblé de plus de services : il consentit, avec quelques difficultés, à échanger mes habits contre d’autres qui pourraient me déguiser; mais il refusa obstinément de m’accorder chez lui un asile, et je reçus un pareil refus dans les maisons des autres amis chez qui je me présentai. 

Je fus plus heureux chez quelques personnes de la ville qui n’avaient eu ni à se plaindre ni à se louer de moi : j’y trouvai des secours et des retraites sûres où cependant je ne me permettais pas un long séjour, dans la crainte d’exciter les soupçons. 

 Je variais mes déguisements, pour passer avec sécurité de l’une à l’autre de ces retraites; un jour je venais de quitter celle où j’avais passé la nuit précédente, et j’avais pris le costume d’un portefaix : je cheminais les épaules pliées sous une charge de bois, lorsque tout-à-coup s’arrêta devant moi un cavalier, que je reconnus à l’instant pour celui que j’avais vu faire la proclamation fatale, et dont je crus être aussi reconnu moi-même. 

La frayeur ne troubla pas mes esprits; sans réfléchir et sans hésiter, je saisis le fardeau dont j’étais chargé, et le lançant à la tête du cheval, je l’en frappai avec violence : son épouvante subite le fit cabrer, et il renversa son cavalier; je profitai de la chute et de l’embarras de celui-ci pour prendre rapidement la fuite, et ma course précipitée me déroba bientôt à sa poursuite. 

 Je fuyais, sans savoir où je dirigeais mes pas, dans un quartier de la ville que je connaissais peu, lors qu’après plusieurs détours que j’avais pris exprès pour faire perdre mes traces, je me trouvai devant une maison pauvre et à demi ruinée, dont la porte était entrouverte. 

 Mes forces me manquaient entièrement, et leur épuisement m’empêchait de prolonger une fuite dont dépendait ma vie; j’entrai donc hardiment, et, apercevant une vieille femme occupée aux détails de son ménage, je lui demandai la permission de me reposer quelques instants chez elle. 

Elle m’accorda ma demande avec bonté, et, me voyant fatigué et hors d’haleine, elle m’offrit charitablement à boire et à manger : j’acceptai avec reconnaissance, et, rassuré par son accueil compatissant, je crus ne pas trop risquer de lui confier une partie de mon secret; je lui avouai donc, sans me nommer, que j’étais vivement poursuivi, et je sollicitai son humanité de m’accorder une retraite momentanée. 

 La vieille femme, prenant pitié de moi, me fit monter dans un grenier chétif et obscur, qui occupait le dessus de sa misérable chambre : elle me fit blottir sous de vieilles hardes, et j’y étais à peine caché, que j’entendis la porte d’en bas se rouvrir, et le cavalier, qui m’avait poursuivi, demander des nouvelles du fugitif dont il suivait les traces : je tremblais de peur, et la vieille répondait fermement qu’elle n’avait vu personne, lorsqu’un éternuement subit et involontaire fut sur le point de me perdre. 

Le cavalier prêtait l’oreille; il est enfin éveillé,  dit tranquillement ma protectrice, semblant se parler elle-même, ‘j’ai là haut, ajouta-t-elle, en s’adressant au cavalier, j’ai mon neveu qui est arrivé hier, tout à fait nu , mourant de faim, après avoir été dépouillé et maltraité par les voleurs : il n’osera pas descendre à cause de sa nudité , s’il entend la voix d’une personne étrangère

 — Portez-lui mon manteau, et qu’il s’en couvre , dit vivement le cavalier : qu’il descende, je veux le voir

 

La vieille femme témoigna sa reconnaissance pour cette aumône, et continuant de s’adresser au cavalier,  il mourait de faim, ajouta-t-elle, je l’ai envoyé dormir en attendant que mon travail m’ait pu produire une légère pièce de monnaie pour acheter du pain :

la première chose  qu’il va demander en descendant, c’est de la nourriture; serez – vous assez bon pour prendre cet anneau qui me reste, et aller l’échanger contre les premiers aliments que vous rencontrerez.  

 

Le cavalier prit l’anneau et sortit, en se dirigeant vers le marché; aussitôt la femme me jetant le manteau : 

Sortez, mecria-t-elle,

 Fadhel ben Raby, sortez! votre ennemi est absent pour quelques moments, que son manteau vous serve à vous déguiser; vos esclaves ont pillé jadis ma maison et m’ont réduite à la mendicité, je bénis le Dieu bienfaisant qui, dans mon malheur, m’a laissé encore les moyens de secourir le vôtre.  

 

 

Je sortis en effet éperdu de l’asile où je croyais n’avoir pas été reconnu, et, craignant de rencontrer le cavalier à son retour, je me jetai dans la première porte que je trouvai ouverte à quelque distance. 

Cette porte était justement celle de la maison qu’habitait Chahek, que le calife avait spécialement chargé de ma recherche : Chahek fut le premier que j’aperçus sous le vestibule.  Je lui adressai aussitôt ces vers :

« Dans mes amis en proie à ma détresse,
« Je n’ai trouvé des secours qu’à demi :
« Tant que du sort m’a bercé la caresse,
« Leur amitié, pour moi veillait sans cesse;

« Mais, pour un malheureux, leur zèle est endormi,

« Et j’ai perdu leur cœur, en perdant ma richesse.

« C’est à vous seul qu’aujourd’hui je m’adresse ;

« Que mon ennemi soit pour moi plus qu’un ami !

 

Chahek me répondit : O Fadhel qu’êtes-vous venu faire ici ? ignorez-vous le devoir rigoureux dont j’ai été chargé par le calife ? 

- Je ne l’ignore pas, répondis-je; mais  je me mets sous la protection de votre  hospitalité.  

 

 

Chahek me mena dans l’intérieur de sa maison, m’accueillit avec égards, me fit servir à manger, et s’apprêta à partager mon repas : 

 Avec quelle espérance, lui  dis-je, ô Chahek, puis-je manger avec  vous ?

 

Avec l’espérance, me dit-il  aussitôt, que la confiance de Fadhel  dans l’honneur de Chahek ne sera pas  trompée.  

 

 

 

Chahek me garda trois jours caché chez lui, et me traita comme son frère ou son Propre fils : il me donna ensuite de nouveaux habits et une somme d’argent, puis me conduisant lui-même hors de la ville , 

 Allez! me dit-il, soyez sans crainte 

 Chahek  ne recommencera que dans trois jours les poursuites que les ordres du calife le contraignent de faire.  

 

 

 

 

Las de la vie errante, et continuellement empoisonnée par la crainte, que j’avais menée jusqu’alors, je refusai la faveur que m’accordait sa généreuse humanité, et plein de confiance dans la clémence et l’équité de mon souverain, j’ai exigé que Chahek me conduisît devant vous. 

 

 

Al-Mamoun fut ému de cette narration : il accorda sa faveur à Chahek, et envoya reconstruire la maison de la vieille femme qu’il gratifia d’une pension. L’ingratitude des faux amis de Fadhel fut punie par la disgrâce et le bannissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Emprunts Livresques (du Saint Coran) à l’ancien langage argotique Algérois

15102017

 

 

 

 

 

Emprunts Livresques (du Saint Coran) à l’ancien langage argotique Algérois  dans Attributs d'Algérienneté

La plus vieille photo d’Alger: La photo représente les remparts d’Alger en 12 x 16 cm, prise par une personne anonyme en 1844

 

 

 

 

 

 

 

 

On est vraiment surpris de trouver dans la bouche de gens des expressions coraniques comme :

 

 

 

 

 

  • (صم بكم) / sommon bokmon : « sourds muets » ; qui savent conserver un prudent silence.

صُمٌّ بُكْمٌ عمي فهم لا يرجعون ۩’  - سورة البقرة 17

 

 

 

 

  • (عبس) / ɛbassa : « avoir l’air sévère ». c’est le premier mot de la 80ème Sourate.

 

 

 

 

 

  • (ألم نشرح) / a-lam nachrah : « être gai, content ». Du premier verset de la 94ème sourate:

N’avons-Nous pas ouvert (ton cœur) à la révélation – ‘أَلَمْ نَشْرَحْ لَكَ صَدْرَكَ

 

 

 

 

 

  • (قل أوحي) / qul uhiya : Dis « je suis au courant de l’affaire ». c’est le début de la 72ème sourate dont les deux premiers mots signifient ‘Dis : il m’a été révélé ‘.  

 

 

  

 

 

 

  • (سبح) / sebbih : « fêtons la bonne prise ». c’est le titre de la 87ème sourate dont le premier verset est :

‘’سَبِّحِ اسم ربك الأعلى 

Célèbre le nom de ton Seigneur le Très Haut

 

 

 

 

 

  • (كيف أهل الكهف) / (faire) comme les gens de la Caverne, « ne pas bouger ». 18ème Sourate (versets : 8 – 25) : L’histoire des sept dormants dans la Caverne. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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