L’Architecture Islamique

3072017

 

 

 

 

 

De façon générale, l’architecture islamique peut être classée en deux catégories : religieuse, avec notamment les mosquées, les madrasas, les mausolées, et séculaire, tout particulièrement avec les palais, les caravansérails, les fortifications, etc.

 

 

 

 

 

 

Architecture religieuse

 

 

° Les Mosquées : 

Pour des raisons évidentes, la mosquée se trouve au cœur de l’architecture islamique. Elle représente le clair symbole de la foi qu’elle sert. Très tôt, les musulmans comprennent ce rôle symbolique qui constitue un facteur important dans la création d’indices visuels appropriés dans le domaine de la construction : les minarets, coupoles, mihrabs, minbars, etc.

 

La cour de la maison du Prophète à Médine représente la première mosquée de l’islam, sans raffinements architecturaux. Les premières mosquées construites par les musulmans au fur et à mesure de l’expansion de leur empire sont simples. A partir de ces édifices se développe la mosquée du vendredi (jami’ ; جامع), dont les traits essentiels n’ont pas changé depuis 1400 ans. Son plan général consiste en une grande cour entourée d’arcades, avec un nombre de rangées plus élevé sur le côté orienté vers la Macque (qibla) que sur les autres côtés. La Grande Mosquée omeyyade de Damas, dont le plan s’inspire de celui de la mosquée du Prophète, sert de modèle aux nombreuses mosquées construites dans les différentes provinces du monde islamique.

 


 

 

 

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Deux autres types de mosquées se développent en Anatolie et, plus tard, sur les territoires ottomans : les mosquées basilicales et les mosquées à coupoles. Le premier type consiste en une simple salle à piliers ou basilique, style influencé par la tradition romaine tardive et par la tradition byzantine de Syrie, introduite avec quelques modifications au Ve / XIe siècle.

 

Le deuxième type de mosquées, qui se développe au cours de la période ottomane, organise l’espace intérieur sous un dôme unique. Les architectes ottomans créent dans les grandes mosquées impériales un nouveau style de construction à coupoles qui réunit la tradition de la mosquée islamique et la construction des édifices à coupoles en Anatolie. Le dôme unique devient le point de départ d’un style diffusé au Xe/XVIe siècle. Au cours de cette période, les mosquées deviennent des complexes multifonctionnels à caractère social, composés d’une zaouïa, d’une madrasa, d’une cuisine publique, de bains, d’un caravansérail et du mausolée du fondateur. La Mosquée Süleymaniye à Istanbul, construite en 965/1557 par le grand architecte Sinan, construite à l’exemple suprême de ce style.

 


 

 

L’Architecture Islamique  dans Architecture & Urbanisme floor-plan-of-the-suleymaniye-mosque-2

La Mosquée Süleymaniye

 

 

 

 

 

Le minaret du haut duquel le muezzin appelle les fidèles à la prière constitue l’indice le plus saillant de la mosquée. En Syrie, le minaret traditionnel consiste en une tour carrée construite en pierre. Dans l’Égypte mamelouke, les minarets sont divisés en trois zones distinctes : une section carrée à la base, une section médiane octogonale et une section cylindrique au sommet, surplombée d’une petite coupole. Les fûts sont richement décorés et la transition entre deux sections se fait au moyen d’un bandeau de mouqarnas. Les minarets d’Afrique du Nord et d’Espagne, qui partagent leur tour carrée avec la Syrie, sont décorés de panneaux à motifs autour de fenêtres jumelées. Pendant l’époque ottomane, les minarets octogonaux ou cylindriques remplacent la tour carrée. Il s’agit souvent de hauts minarets effilés, et bien que les mosquées ne possèdent généralement qu’un seul minaret, dans les grandes villes, elles peuvent avoir deux, quatre, voir six minarets.


 

 

 

 

 °Les Madrasas :

 

Il est probable que les Seldjoukides ont construit leurs premières Madrasas en Perse au début du Ve/XIe siècle. Il ne s’agit encore que de petites structures dotées d’une cour surmontée d’un dôme et de deux iwans latéraux.  Un autre type de Madrasas se développe ultérieurement avec une cour ouverte et un iwan central entouré d’arcades. Au cours du VIe/XIIe siècle en Anatolie, la madrasa devient multifonctionnelle et sert d’école de médecine, d’hôpital psychiatrique, d’hospice équipé d’une cuisine publique (imaret) et d’un mausolée. 


 

 

 

 

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©GEO La madrasa de Sifaiye – Sivas (Anatolie) / Turquie

 C’est notamment sous l’empire seldjoukide, qui régna sur la région du XIe au XIIIe siècle, que Sivas connut une période de grande modernité. La madrasa de Sifaiye en est un très bel exemple. Construit en 1217, cet ensemble architectural (aussi appelé « médersa ») fut un des premiers hôpitaux de l’histoire, et la plus grande faculté de médecine de l’époque en Anatolie. A l’intérieur, autour de la cour centrale (ici à l’image) se croisaient patients et étudiants. La madrasa de Sifaiye, bâtie en briques, en pierre et en mortier, et finement décorée de mosaïques colorées, est considérée comme l’un des plus beaux achèvements de style seldjoukide.

 

 

 

 

 

 

Le développement de l’islam sunnite orthodoxe atteint un nouvel apogée en Syrie et en Egypte avec les Zengides et les Ayyoubides (VIe/XIIe – début VIIe/XIIIe siècle). Cette époque voit l’introduction de la Madrasa fondée par un dirigeant civique ou politique, dans le but de développer la jurisprudence islamique. Ce type d’établissement est financé par des biens de mainmorte (waqf), généralement les revenus de terres ou de propriétés, comme les vergers, les échoppes dans un marché (souk) ou les bains publics (hammam). La madrasa suit généralement un plan cruciforme avec une cour centrale entourée de quatre iwans. Très vite, la madrasa devient une forme architecturale dominante avec des mosquées adoptant leur plan à quatre iwans. La madrasa perd progressivement son seul rôle religieux et de fonction politique comme instrument de propagande et tend à avoir une fonction civique plus large, servant de mosquée du prêche et de mausolée pour le bienfaiteur.  

 

 

 

 

 

 

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Madrasa du Sultan Hassan, Caire / Egypte

 

 

 

 

 

La construction de madrasas en Égypte, et tout particulièrement au Caire, apporte un nouveau souffle avec l’arrivée des Mamelouks. La Madrasa cairote typique de cette époque est une structure multifonctionnelle à quatre iwans avec un portail à stalactites (mouqarnas) et de splendides façades. Avec l’arrivée des Ottomans au début du Xe/XVIe siècle, la double fondation – généralement une mosquée-madrasa – devient un grand centre très répandu qui jouit de la protection impériale. L’Iwan disparaît progressivement, remplacé par une seule salle à coupole dominante. L’augmentation considérable du nombre de cellules pour étudiants surmontées de coupoles constitue l’un des éléments qui caractérisent les madrasas ottomanes.  

 

 

la khanqa constitue l’un des types d’édifices qui, du fait de sa fonction et de sa forme, peut être associé à la madrasa. Ce terme indique une institution plutôt qu’un type particulier d’édifice, qui abrite les membres d’un ordre mystique musulman. Il existe de nombreux autres termes synonymes de khanqa, utilisés par les historiens musulmans: au Maghreb, zaouïa; dans les territoires ottomans, tekke et, le terme le plus généralement utilisé, ribat. Le soufisme domine constamment la khanqa, en provenance de Perse orientale au cours du IVe/Xe siècle. Dans sa forme la plus simple, une khanqa est une maison rassemblant un groupe d’étudiants autour d’un maître (cheikh). Celle-ci est dotée de salles de réunion, de prière et communautaires. La création de khanqas se développe sous les Seldjoukides au cours des Ve/XIe et VIe/XIIe siècles et bénéficie de l’étroite association entre le soufisme et le madhhab (doctrine) shafiite favorisés par l’élite au pouvoir.   

 

 

 

 

 

 

 

 

Le khanqah Nadir Divan-Begui/ Ouzbékistan


 

 

 

 

 

 

° Les Mausolées:  

 

Dans les sources islamiques, la terminologie servant à désigner le type de construction des mausolées est très riche. Le terme descriptif usuel turbé se réfère à la fonction d’inhumation de l’édifice. Un autre terme, la koubba, se réfère à son élément le plus identifiable, la coupole, et s’applique souvent à une construction qui commémore les prophètes bibliques, les compagnons du Prophète Mohammed et des notables religieux ou militaires. La fonction des mausolées ne se limite pas simplement à un lieu d’inhumation et de commémoration, mais joue également un rôle important dans la religion « populaire ». Ils sont vénérés comme des tombeaux de saints locaux et sont devenus des lieux de pèlerinage. Très souvent, la structure du mausolée est embellie par des citations du Coran et est dotée d’un mihrab, afin d’en faire un lieu propice à la prière. Dans certains cas, le mausolée fait partie d’une institution commune. Les formes des mausolées islamiques de l’époque médiévale sont variées mais la forme traditionnelle consiste en un quadrilatère recouvert d’une coupole.                                                                                                                                                                                                                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Architecture séculaire    

 

 

 

 

° Les Palais: 

 

La période Omeyyade se caractérise par des palais et des bains publics somptueux dans les lointaines régions désertiques. Leur plan de base découle des modèles de campements militaires romains. Malgré leur décoration éclectique, ils constituent les meilleurs exemples du style décoratif islamique naissant. Les mosaïques, les peintures murales, les sculptures en stuc ou en pierre sont les moyens utilisés pour cette remarquable variété de décorations et de thèmes. Les palais abbassides en Irak, notamment ceux de Samarra et d’Ukhaidir, suivent le même plan que leurs prédécesseurs Omeyyades mais se caractérisent par des dimensions plus imposantes, par l’utilisation de grands iwans, de coupoles et de cours, et par l’utilisation intensive de décorations en stuc. Les palais de la fin de la période islamique élaborent un nouveau style distinctif, plus décoratif et moins monumental. L’Alhambra constitue probablement l’exemple le plus remarquable de palais royaux ou princiers. La grande superficie du palais est fragmentée en une série d’unités indépendantes: jardins, pavillons et cours. Cependant, l’élément le plus singulier de l’Alhambra est la décoration qui produit un effet extraordinaire à l’intérieur de l’édifice.  

 

 

 

 

 

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° Les Caravansérails:  

 

Un caravansérail se réfère généralement à une grande structure qui offre le gête aux voyageurs et aux commerçants. Il s’agit normalement d’un espace carré ou rectangulaire, avec une entée monumentale en saillie et des tours qui flanquent l’enceinte extérieure. Une cour centrale est entourée de portiques et de pièces réservées à l’hébergement des voyageurs et au stockage des marchandises, et qui abritent également des écuries pour les animaux. Cette typologie d’édifice répond à une grande variété de fonctions, comme le démontrent ses différentes dénominations: khan, han, fondouk, ribat. Ces termes ne sont que le reflet de différences linguistiques régionales et ne désignent pas véritablement des fonctions ou des types distinctifs. Les sources architecturales des différents types de caravansérails ne sont pas aisément identifiables. Certaines découlent probablement du castrum ou campement militaire romain, dont les palais Omeyyades du désert se rapprochent. D’autres types d’édifices qui existent en Mésopotamie et en Perse sont associés à l’architecture domestique.  

 


 

 

 

 

 

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 le wikala (caravansérail) de Bazar’a(quartier Darb al Asfar)/ Caire ,
centre d’accueil de l’époque ottomane (17ème siècle) pour commerçants ambulants et leurs marchandises.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Organisation urbaine    

 

A partir du IIIe/Xe siècle, chaque ville, quelle que soit son importance, se dote d’enceintes fortifiées et de tours, de grandes portes élaborées et d’une puissante citadelle (qal’a ou casbah), symbole du pouvoir établi. Celles-ci sont des constructions massives réalisées avec des matériaux typiques de la région où elles sont édifiées: pierre de taille en Syrie, Palestine et Egypte ou brique, pierre de taille et terre battue dans la péninsule ibérique et en Afrique du Nord. Le ribat constitue un exemple unique d’architecture militaire. Techniquement, il s’agit d’un palais fortifié conçu pour les guerriers de l’islam engagés, temporairement ou de façon permanente, à défendre les frontières. Le ribat de Sousse en Tunisie comporte des similitudes avec les premiers palais islamiques, mais présente des différences dans l’organisation intérieure pour ce qui de la grande salle, de la mosquée et du minaret.  

 

La division de la plupart des villes islamiques en quartiers est basée sur l’affinité ethnique et religieuse et constitue, par ailleurs, un système d’organisation urbaine qui facilite l’administration de la population. La mosquée est toujours présente dans le quartier. Un bain public, une fontaine, un four et un ensemble de magasins se trouvent soit à l’intérieur du périmètre du quartier, soit à proximité. Sa structure se compose d’un réseau de rues et d’impasses, et d’un ensemble de maisons. en fonction de la région et de l’époque, les maisons présentent différentes caractéristiques régies par les traditions historiques et culturelles, le climat et les matériaux de construction disponibles.    

Le marché (souk), qui fonctionne comme le centre névralgique du commerce local, constitue l’élément le plus caractéristique des villes islamiques. Sa distance par rapport à la mosquée détermine l’organisation spatiale par corps de métiers. Par exemple, les professions considérées comme propres et honorables (libraires, parfumeurs, tailleurs) se trouvent à proximité immédiate de la mosquée, tandis que les métiers bruyants et nauséabonds (forgeron, tanneurs, teinturiers) s’en éloignent progressivement. Cette distribution géographique répond à des impératifs qui s’appuient sur des critères purement techniques.                    

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les anciennes grandes familles algéroises (XIXe siècle) – 1ère partie-

11062017

 

 

 

 

Au lendemain de la chute d’Alger le 5 juillet 1830, les janissaires furent expulsés immédiatement. On les embarqua sur des bateaux qui devaient les conduire en Asie. Beaucoup de familles turques voulurent partager leur sort. Les unes allèrent en Syrie, d’autres en Égypte, quelques-unes aussi à Tunis, fort peu au Maroc.

La plupart, enfin, restèrent encore un certain temps à Alger. Mais après avoir triplé leurs revenus par la location ou la vente de leurs propriétés, elles quittèrent le pays, en tâchant d’entraîner avec elles en pays musulmans certains de leurs compatriotes.

 

 

 

 

 

 

 

Familles turco-arabes restées à Alger

 

 

Parmi les plus importantes familles qui acceptèrent la domination française et qui conservèrent longtemps quelque splendeur, il faut citer, en première ligne, celle des princes Mustapha, descendant de l’ancien dey, qui édifia le palais dans lequel était installée la Bibliothèque nationale (à l’époque coloniale).

 

 

 

 

 

MUSTAPHA PACHA : Ancien charbonnier, complètement illettré (d’après M. le commandant Rinn, ancien chef du bureau central des Affaires indigènes), il était sans l’ombre d’une qualité; on le disait à moitié fou; il passait, en outre, pour très poltron. Il fut d’abord khaznadji sous son oncle, Hacen Pacha. Il ne voulait pas être dey et chercha à mettre à sa place l’agha des Arabes, l’oukil el-hardj ou le beit el-mal. Ces derniers refusèrent et firent proclamer Mustapha ben Ali, plus souvent désigné sous le nom de Mustapha Pacha. Il régna huit ans, de 1212 à 1220 de l’hégire (1798-1805).

Il commença d’abord par dévaliser son oncle maternel, le khaznadji, et persécuta sa famille qui avait mis ses richesses à l’abri; fit périr sous le bâton plusieurs de ses ennemis, et exigeait des cadeaux et de l’argent des consuls étrangers et des notables musulmans. Il était l’ami de la France; aussi le consul de cette nation, obéissant aux ordres de son gouvernement, sut résister à ses exigences; mais le consul d’Angleterre le combla de présents, pour obtenir ses bonnes grâces en faveur de ses nationaux.

  

 

 

 

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Ancien Palais de Mustapha Pacha / Alger 1880

 

  

 

 

 

Pendant son règne, Busnach, devenu trop arrogant, fut tué par un janissaire, et les juifs furent massacrés par les Maures, Kabyles, Biskris et Mozabites. Pour sauver sa tête, Mustapha dut s’incliner devant cette rébellion: en guise de pardon, il envoya son chapelet à l’assassin. Le corps de Busnach fut exposé à la porte Bab-Azzoun. 

 

 

Chaque vendredi, le pacha apportait aux femmes de son harem, pour se parer, un grand coffre rempli de joyaux toujours nouveaux; ils étaient en si grand nombre que beaucoup restaient sans emploi. 

 

 

Le présent que Mustapha fit à la Porte, lors de son avènement, dépassa de beaucoup celui de ses deux prédécesseurs. Il s’éleva, dit-on, à près d’un million; mais il faut dire qu’il lui coûta peu, puisqu’il provenait, en grande partie, des diamants et des objets précieux qu’il venait de recevoir lui-même, comme tributs ou comme cadeaux, des puissances européennes. 

 

Pour se distraire, il se promenait un jour dans le Hamma (jardin d’Essai), lorsqu’un yoldach, dissimulé derrière un arbre, tira sur lui et le blessa. Ses soldats voulurent le venger séance tenante et massacrer l’assassin; il s’y refusa et leur intima l’ordre de se retirer à la caserne des Qechaïria. 

 

 

Moins heureux plus tard, il ne put échapper à une autre tentative. Le 30 août 1803, des soldats, excités contre lui par un de ses ennemis, Ahmed Khodja, un defterdar destitué qui voulait lui succéder, l’assaillirent; et l’un d’eux, d’un coup de yatagan, le fit tomber à côté de la mosquée de Sidi Ouali Dada, près la Cathédrale actuelle, où il se rendait pour faire sa prière. On l’enterra d’abord au cimetière de Bab-Azzoun puis à la mosquée de Sidi Abderrahmane, où se trouve maintenant la sépulture de sa famille. 

 

 

Ahmed Khodja s’empressa de s’emparer de treize coffres contenant le trésor de son prédécesseur. Ils renfermaient des pièces rares et curieuses, qui ont depuis disparu; mais en cherchant, à la longue, on en retrouverait peut-être des traces dans les inventaires des anciennes archives musulmanes.

 

 

Mustapha était fort jaloux: il renfermait ses femmes et leurs esclaves dans la maison qui servait autrefois de Cour d’assises à Alger. Personne ne pouvait y pénétrer ou en sortir. Suivant l’un de ses descendants, les portes étant closes, c’est par les toits que le ravitaillement se faisait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les périodes d’architecture précolombienne

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Les peuples précolombiens savaient s’orienter par rapport au soleil et connaissaient les points cardinaux. Pour orienter leur urbanisme et leur architecture, ils faisaient appel à la géomancie.

L’architecture monumentale est plus tardive que l’apparition des lettres et des chiffres, et ne s’illustra que dans la période suivante.

 

 

 

L’architecture précolombienne est marquée par 4 périodes :

 

Préclassique : de la sédentarisation dès 1800 av. J.-C. jusqu’au début de l’ère chrétienne, avec découverte et culture du maïs.

Premiers temples en dur, le plus souvent ronds. Figurines anthropomorphes de terre cuite (représentant les dieux de la vie quotidienne). Apparition de la civilisation olmèque (Etat de Tabasco) figurine de jade, têtes colossales en basalte (thème de l’homme-jaguar, visage à grosse joues et boucle lippue).

 

 

Classique : (du IVe siècle apr. J.-C. au Xe siècle) architecture religieuse colossale (pyramides). Débuts de l’architecture civile. Masques mortuaires en pierre (Teotihuacan). Civilisation zapotèque : urnes funéraires en céramique surchargées (représentations humaines). Civilisation maya : stuc et surtout bijoux et masques en jade, statuettes en terre cuite peinte de l’île de Jaina (Etat de Campeche).

 

 

 

Postclassique ancien : (du Vie au XIVe siècle) civilisation toltèque à Tula. Fresque liées à la guerre, représentation de dieux guerriers. Céramique (peu recherchée). Palais à atlantes et colonnes.

 

 

 

Récente : Empire aztèque ; civilisation maya post classique au sud. L’architecture aztèque a été en grande partie détruite par les Espagnols. Sculpture sur pierre (représentations divines, objets liés au sacrifice humain). Civilisation mixtèque dans la vallée d’Oaxaca ; céramique, peinture (manuscrits), travail de l’or.   

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (3ème partie)

10042017

L’ALGÉRIE OCCIDENTALE À L’ÉPOQUE DE LA CONQUÊTE MUSULMANE

 

 

 

 

Nous savons que cette partie de la Maurétanie césarienne était composée d’un réseau de cités plus espacé que dans la Numidie ou la Proconsulaire. Au- delà du Chott El Hodna, vers l’ouest, à l’intérieur des terres, les agglomérations d’époque antique ne connaissent pas la densité de la partie orientale de l’Afrique. Rome avait abandonné cette partie du territoire avec Dioclétien, à partir du IIIe siècle, et avait fait du Chélif sa frontière, pour mieux concentrer ses forces sur la partie orientale de l’Afrique, car au-delà c’est le pays par excellence des tribus nomades, incontrôlables et belliqueuses.

 

Tiaret fut négligée par le nouveau limes qui remontait vers le nord et la vallée du Chélif à partir de Columnata en empruntant la trouée de l’oued Rhiou. La ville fut une sorte de bastion qui couvrait à l’ouest la partie de la Maurétanie césarienne gardée par l’Empire. Mais il semble que ses attaches avec « l’Afrique romaine » furent conservées. Les fouilles des Djeddars, ces monuments funéraires royaux situés sur les monts de Frenda à 30 km de Tiaret, nous apprennent qu’il existait autour de Tiaret un royaume qui perdura peut-être jusqu’au début de la conquête musulmane. Ceux qui les ont édifiés étaient sûrement en contact avec les Byzantins de Carthage. Ce sont eux qui s’opposèrent à ‘Oqba Ibn Nafi’ lors de sa grande expédition vers l’ouest en 683. Tahert l’ancienne devait exister au moment où Ibn Rostom vient s’installer dans la région puisque des monnaies de bronze, des fulus, trouvées à Volubilis mais frappées à Tahert, mentionnent le nom d’un gouverneur de la ville, dépendant de Bagdad.

 

Les récits de fondation des villes relatés par les historiens musulmans nous font penser que certaines furent créées ex nihilo. Nous avons l’exemple de Tahert. Selon la tradition ibadhite, le site n’était au départ qu’un maquis touffu, repaire de bêtes sauvages, lions et reptiles. Aussi les compagnons d’lbn Rostom firent-ils la proclamation suivante aux bêtes : « Allez-vous en, car nous voulons habiter cette terre » ; ils leur donnèrent un délai de trois jours. Les animaux obéirent et l’on vit une bête sauvage emporter ses petits dans sa gueule. Or quand nous nous référons au terrain, nous constatons que le site décrit comme vierge est au contraire riche en vestiges ? Cadenat a trouvé des pièces de monnaies antiques mais aussi de l’outillage lithique remontant à la préhistoire. Les historiens et géographes ont mis en relief le manque d’eau dans l’ancienne Tahert par rapport à la nouvelle agglomération qui n’en manquait pas. Mais c’est surtout la volonté du fondateur de créer un nouveau pôle à partir duquel un aménagement du territoire est entrepris. Tahert la neuve, fondation de Abderrahmane Ibn Rostom, se développa rapidement et des populations de diverses régions accoururent s’installer du fait de son activité commerciale et de la bonne gouvernance des imams rostémides. Al Muqadassi pouvait ainsi la décrire comme « une grande cité, très riche, vaste, accueillante, agréable, avec des marchés ordonnés, de l’eau en abondance, une population excellente, une cité de fondation ancienne, de construction solide et d’aspect magnifique ». Le centre ville était situé autour de la mosquée cathédrale construite par Ibn Rostom. S’agençaient là les différents quartiers, avec de nombreux bains, bazars et marchés. Surplombant le marché principal, une citadelle avait été construite et portait le nom de « Ma’suma », l’inviolable. La ville était entourée d’un rempart percé de plusieurs portes dont Bab al-Safa, Bab al-Manazil (porte des Logements), Bab al-Andalus, Bab al-Matahin (porte des Moulins). Al Muqadassi et Ibn Saghir nous donnent certains noms de quartiers et de rues : Darb al- Maçuna, Darb Harat el-Faqir, Darb al-Bassatin, Bab Majjana. Mais l’important dans la fondation de Tahert fut de drainer un flux économique sans précédent vers cette nouvelle capitale. Elle ouvrit surtout la route du sud vers le Sahara et le Bilad ai-Soudan, le pays des Noirs, c’est-à-dire le pays de l’or.

 

 

Plus vers l’ouest, il existait un royaume autour d’Altava (Ouled Mimoun) dirigé par un chef berbère, Masuna, qui, sur une inscription d’Altava datée de 508, porte le titre de rex gent(ium) Maur(orum) et roman(orum), « roi des tribus maures et des Romains ». Outre Altava, Masuna possédait deux autres villes, Castra Severiana et Safar. Nous savons aussi qu’autour de Siga, l’ancienne capitale des Massaessyles, il y avait un certain nombre de petites agglomérations et de ports qui servaient d’escales aux marchands puniques ou romains. Le littoral de la côte orano-tlemcénienne était connu des géographes et historiens de l’antiquité. Tite Live et Ptolémée signalent Portus Sigensis et Gypsaria Portus. Mais c’est Vltinéraire d’Antonin qui est le plus complet dans sa description, mentionnant six escales entre la Malua (Moulouya) et Portus Sigensis (Rachgoun, à l’embouchure de la Tafna) : Lemnis, Popleto Flumen, Ad Fratres, (Ghazawat, ex Nemours), Artisiga, Portus Coecili, Siga Municipum. Dès l’époque des Sévères, apparaissent dans cette région des points de défense du limes qui se transforment par la suite en agglomérations plus ou moins importantes. C’est le cas d’Aitava, de Pomaria (Tlemcen) et de Numerus Syrorum (Maghnia).

 

 

Nous ne connaissons pas le devenir de ces agglomérations car les récits ne nous donnent pas une description exacte des villes traversées par les troupes d’Oqba dans leur chevauchée à l’ouest de Tahert. Des villes comme Tlemcen sont mentionnée sans trop de détail par Al Baladuri ou Ibn Abd El Hakam. Est-ce que les petits centres urbains, qui existaient déjà à l’époque punique ou romaine en tant qu’échelles commerciales et furent plus ou moins abandonnés à la fin de l’antiquité, connurent à nouveau un essor important du fait de la dynamique imprimée par l’Islam au début du VIIIe s. dans cette partie de la Méditerranée où l’un des faits les plus marquants fut la conquête de la péninsule Ibérique vu la proximité des deux côtes ? Ce n’est qu’à partir du IXe s. qu’on devine un réseau de villes, à la suite de la conquête du pays orano-tlemcénien par Idris 1er, puis de l’installation de son frère Suleyman. C’est encore le géographe Al Ya’qubi qui nous donne la structure du territoire. Il cite les villes sièges de différentes principautés comme Numalata (antique Numerus Syrorum), Madinat al-Alawiyyin (Sabra), Falusan (Nedroma). On voit apparaître avec ce géographe une bonne couverture urbaine du pays de Tlemcen et des Traras. Les territoires situés juste à l’ouest appartiennent à Salih al-Sa’id dont la capitale est Nakur, située à proximité de Melilla, à la limite ouest du pays des Traras. Selon Al Bekri, Nakur aurait été fondée par Sa’îd Ibn Salih à l’époque de la première conquête musulmane sur un site entre deux rivières ressemblant à celles des Traras. Est-ce la présence de cette agglomération qui pousse les Suleymanides à urbaniser massivement le littoral ? En tout cas à partir de leur centre de Jerawa, fondé en 871/258 à l’est de Nakur, ils occupent la côte des Traras jusqu’à Arashgul (Rashgoun). La description que fait Ibn Idhari de Jerawa ressemble à celle des autres agglomérations situées sur la côte : « La ville de Jerawa est entourée d’une enceinte faite en pisé… à l’intérieur on trouve de nombreux puits… elle est entourée de plusieurs fortins. Elle possède une casbah bien protégée. On y trouve cinq bains et une mosquée cathédrale à cinq nefs. Elle avait quatre portes… ». D’autres centres comme Honaïne ou Arashgul qui existaient sûrement à l’époque antique furent reconstruits sur le même modèle d’urbanisme avec une défense très forte du côté de la mer. Ainsi le IXe siècle met en évidence l’urbanisation d’une région avec l’éclosion d’un certain nombre d’agglomérations (Jarawa, Numalata, Falusan, Tarnana, Arashgul…) dans un espace relativement réduit et bien individualisé. Comment peut-on expliquer une telle concentration ? Est-ce que le phénomène se reproduit ailleurs ? Si, ici, il peut s’expliquer par la proximité de la péninsule Ibérique et par le débouché des routes de l’or qui commencent à se dessiner, on peut aussi penser que la science géographique connaît un développement qui permet aux voyageurs et fonctionnaires des états musulmans de rendre compte des pays et curiosités qu’ils visitent. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la description précise que fait Al Bekri du Maghreb pour le compte des Omeyyades d’Espagne.

 

Dans sa description d’Arashgul construite sur l’ancien site de Siga, Al Bekri nous apprend que la ville « possède une belle mosquée cathédrale de sept nefs dans la cour de laquelle sont une grande citerne et un minaret solidement bâti ; elle renferme aussi deux bains dont un est de construction antique. Bab el-Fotouh (la porte des Victoires) regarde l’occident, Bab el-Emir est tournée vers le midi et Bab Merniça vers l’orient. L’épaisseur de la muraille est de huit empans…». Puis il décrit les différentes forteresses (Hisn) situées à l’ouest de cette ville (Hisn Tinekremt, Hisn Marniça el-B, Hisn el-Furus, Hisn al-Wardaniya, Hisn Honaïne), la ville de Nedroma et celle de Tarnana, puis Tawunt (Ghazawat, ex Nemours). Les forteresses de Honaïne et de Tawunt sont pratiquement identiques ; les deux villes avaient à peu près la même superficie (environ 7 ha). Aussi, peut-on se demander si les critères de construction n’avaient pas été définis à une même époque par le même maître d’œuvre.

 

 

 

 

 

 

Khelifa Abderrahmane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (2ème partie)

1032017

L’ALGÉRIE OCCIDENTALE: FONDATIONS ANTIQUES ET VILLES MÉDIÉVALES

 

 

 

 

 

 

En effet, le pouvoir fatimide avait permis à son fidèle allié Ziri Ibn Menad, de construire dans le massif du Titteri en 936 une capitale, Achir, plus avant vers l’ouest.

 

Cette ville fut construite à l’époque du khalife Al Qa’im, fils du Mahdi qui délégua le plus fameux de ses architectes. Ziri fit venir de Msila, de Hamza (Bouira), de Tobna, un grand nombre de maçons, de charpentiers et de personnes pour construire et peupler sa ville. Al Bekri, qui écrit pratiquement à cette même période, la décrit ainsi : « Achir est une ville importante ; l’on assure dans toute cette région qu’il n’y a point de place qui soit plus forte, plus difficile à prendre et plus propre à décourager un ennemi. On ne pourrait y donner un assaut que par un endroit où il ne faudrait que dix hommes pour repousser une armée… partout ailleurs, le rocher s’élève à perte de vue et ne saurait être escaladé. Ajouter à cela que la place est entourée de hautes montagnes ». Là aussi, le fondateur de la dynastie ziride a construit sa ville sur un site antique puisque les dernières fouilles effectuées ont montré que l’homme y avait habité à l’époque antique.

 

 

 

 

L'urbanisation dans l’Algérie Médiévale (2ème partie)  dans Architecture & Urbanisme 

 Achir, la cour du palais de Ziri

 

 

 

Msila, la nouvelle métropole, aura une courte durée, car elle sera supplantée par une nouvelle ville, fondée par une branche des Zirides, les Hammadides. En effet, Hammad Ibn Bologgin obtint de son suzerain Badis de fonder une ville et d’en faire sa capitale, la Qal’a des Beni Hammad, sur l’emplacement d’une forteresse, Qal’at Abi Tawil, en 1007-1008. Ce site, accroché à plus de 1000 m d’altitude sur le flanc du Djebel Maadid, était occupé à l’époque antique puisqu’une mosaïque y fut découverte. Le choix de ce site fut sûrement dicté par le souci de Hammad de se protéger de ses cousins d’Ifriqiya. Les habitants de Msila et de Hamza furent transférés dans la nouvelle ville ainsi que des tribus Djéraoua. L’historien Ibn Hammad nous apprend que la construction de la ville fut confiée à un nommé Bouniache qui établit de nouveaux canons de construction. C’est que plus de trois siècles ont passé depuis les premiers conquérants musulmans.

 

 

Les géographes et les historiens la décrivent en termes élogieux. Al Bekri, au milieu du XIe siècle, l’appelle Qal’at Abi Tawil et nous dit que cette cité était « une grande et forte place de guerre et devint après la ruine de Kairouan par les Banu Hilal une métropole. Comme les habitants de l’Ifriqiya sont allés en foule pour s’y établir, elle est maintenant un centre de commerce qui attire les caravanes de l’Iraq, du Hidjaz, de l’Egypte, de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb ». Un siècle plus tard, Al Idrissi, géographe du roi Roger II de Sicile, décrit la ville en ces termes : « Al Qal’a s’appuie sur une haute colline difficile à escalader. Elle est entourée de remparts. C’est une des villes qui ont le plus vaste territoire, une des plus peuplées et des plus prospères, des plus riches et des mieux dotées en palais, en maisons et en terres fertiles. Son blé est à bas prix ; sa viande est excellente… ». Géographe du XIIIe siècle, Yaqut Al Himawi loue la qualité de ses feutres et la finesse des vêtements et des broderies qu’on y fabriquait. Pour Abderrahmane Ibn Khaldun, au XIVe siècle, « la Qal’a atteignit bientôt une haute prospérité ; sa population s’accrut rapidement et les artisans ainsi que les étudiants s’y rendaient en foule des pays les plus éloignés et des extrémités de l’empire. Cette affluence de voyageurs eut pour cause les grandes ressources que la nouvelle capitale offrait à ceux qui cultivaient les sciences, le commerce et les arts ».

 

La ville se dota d’un mur d’enceinte en pierre de 7 km de périmètre et d’épaisseur variant entre 1,20 m et 1,60 m. Ces remparts escaladaient les versants des montagnes environnantes où furent installées des tours de guet protégeant ainsi l’ensemble des quartiers de la ville, puis redescendaient le long de la falaise constituée par les gorges de l’oued Fredj. Sur le bord de cette falaise fut édifié un donjon impressionnant, le donjon du Manar. Un mur intérieur séparait le quartier des Djéraoua du reste de la ville. On entrait dans la ville par trois portes : Bab al-Aqwas au nord-est, Bab Djenan au sud ouest et Bab Djéraoua au sud-est. Une rue principale traversait la ville d’est en ouest, de Bab al-Aqwas à Bab Djenan. Une autre rue reliait Bab Djéraoua à la rue principale. Hammad Ibn Bologgin fit construire son palais au nord de cet axe et la grande mosquée au sud, puis les quartiers populaires comme celui des Djéraoua à l’ouest. Mais nous pouvons penser que ses successeurs firent embellir la ville et agrandir les édifices construits par le fondateur de la dynastie.

 

 

 

 

103130179 dans Architecture & Urbanisme 

Kalaa beni Hammad

 

 

 

 

L’art des Hammadides est connu grâce aux monuments exhumés aux cours des diverses campagnes de fouilles effectuées depuis la fin du XIXe siècle jusqu’au début de l’indépendance. Seuls deux monuments apparaissaient au-dessus du sol : le minaret et le donjon du Manar. Les fouilles ont permit d’établir un plan complet de l’édifice religieux. C’est en superficie l’une des plus grandes mosquées d’Algérie après celle de Mansourah à Tlemcen. Elle comptait treize nefs orientées sud/nord. La salle de prière avait quatre- vingt-quatre colonnes dont il ne reste que les socles. Le minaret est décoré sur sa face sud par des niches et des défoncements disposés en trois registres verticaux qui préfigurent les minarets du XIIe siècle, notamment la Koutoubiya de Marrakech et la Giralda de Seville.

 

Le palais du Lac était construit en terrasses vers le versant du mont Takerboust. La partie supérieure était réservée aux appartements de l’émir et à son harem. Il prit son nom du grand bassin de 67 m de long sur 47 m de large pour une profondeur de plus de 1,60 m, qui le borde au sud. C’est le monument le plus important mis au jour par de Beylié. L’auteur anonyme d’Al Istibçar nous en donne une description précise : « Les Banu Hammad élevèrent à la Qal’a d’importantes constructions d’architecture soignée… parmi lesquelles Dar al-Bahr au centre duquel était un vaste bassin où avaient lieu des joutes nautiques et où la quantité considérable d’eau était amenée de fort loin ». D’autres complexes architecturaux comme le palais du Salut, le palais du Manar ou le palais l’Étoile n’ont pas révélé encore tous leurs secrets. De même pour les autres structures comme les constructions hydrauliques (hammam, aqueducs, citernes) qui laissent entrevoir une maîtrise parfaite de l’eau, qui était acheminée de diverses façons dans la ville malgré sa construction en altitude.

 

Les différentes pièces archéologiques trouvées à la Qal’a (frises de décor, inscriptions, pierres sculptées de palmettes et de fleurons, vasque aux lions, céramique d’une très grande richesse…) nous donne un aperçu du décor des palais hammadides que l’on retrouve à Béjaia, leur nouvelle capitale, ou dans la chapelle palatine de Palerme qui fut influencée par cet art sanhajien. C’est à la Qal’a qu’ont été découverts les plus anciens vestiges actuellement connus en Occident musulman d’encorbellements à muqarnas (nids d’abeilles).

 

La vie artistique et intellectuelle était intense dans la capitale hammadide surtout après la prise de Kairouan par les Hilaliens. La ville se dote d’une industrie prospère formée d’une multitude de tisserands, de joailliers, de céramistes réputés, de charpentiers, de menuisiers… Elle attire aussi les savants, les poètes et les docteurs en théologie à l’image du poète et savant Abû-1 Fadhl Al Nahwi qui s’installe à la Qal’a et y meurt en 1119. Il a donné son nom au petit village qui s’est construit autour de son tombeau, au sud ouest de la grande mosquée. Il semble qu’une communauté chrétienne vécut à la Qal’a. Mas Latrie, utilisant un texte tiré de la chronique du Mont Cassin, croit pouvoir affirmer qu’il y existait un évêque qui aurait habité une maison voisine de l’église dédiée à la Vierge.

Mais les événements politiques qui se déroulent au Maghreb en ce milieu du XIe siècle poussent les Hammadides à un réaménagement radical de leur territoire en choisissant pour la première fois d’être en contact avec la Méditerranée. C’est à partir de 1067 / 460 H que la ville de Béjaia entre pleinement dans l’histoire. En effet le milieu du XIe siècle vit la rupture entre les Zirides de Mahdia et le khalife fatimide du Caire qui envoie pour les châtier les tribus hilaliennes vers le Maghreb. Les nomades pillèrent les campagnes de l’Ifriqiya. À cause de l’insécurité régnante, les villes de l’intérieur se vidèrent en partie. Le Maghreb central et particulièrement le royaume hammadide reçurent un afflux de population. Mais bientôt les Hilaliens menacèrent le territoire de la Qal’a et les souverains hammadides se replièrent sur la côte. Sur un site très tôt fréquenté par les Phéniciens faisant de la navigation de cabotage à la recherche de minerais dans les pays situés à l’ouest de Carthage, Béjaia33 fut sûrement un de ces comptoirs qui permettait une économie de troc avec les autochtones du pays moyennant des redevances annuelles. Il est possible qu’elle soit mentionnée dans le périple de Scylax parmi les villes maritimes appartenant à Carthage. Nous savons que la ville et son territoire dépendaient du royaume de Massinissa au IIIe siècle avant l’ère chrétienne. On a trouvé sur le site des monnaies numides et carthaginoises ainsi que des stèles dont les frontons sont invariablement sculptés de soleils et de lunes. Par ailleurs, des textes libyques découverts dans cette région attestent de la survivance d’un usage écrit, donc d’une occupation très ancienne.

 

 

La ville accède, selon Pline, au statut de colonie (Colonia Julia Saldantium) à l’époque d’Octave, en 33 av. J.-C, qui y installe des vétérans d’une septième légion. C’est aussi à cette époque qu’est élevée l’agglomération de Tiklat (Tubusuptu). Strabon mentionne le port de Saldae en ajoutant qu’il marquait la limite du royaume de Juba II à qui Auguste venait de donner la Maurétanie en gestion. On a trouvé à Béjaia une dédicace au roi Ptolémée, fils de Juba II. À la suite du géographe grec, de nombreux auteurs ont mentionné Saldae dans leurs récits : Ptolémée le géographe d’Alexandrie (140 ap. J.-C), l’Itinéraire d’Antonin écrit sous le règne de Dioclétien (284-305), la table de Peutinger, le Géographe de Ravenne…

 

 

Au milieu du IIe siècle, des classici milites furent employés pour creuser le tunnel de l’aqueduc devant amener l’eau à la ville. De grands réservoirs, creusés sur le plateau supérieur de la cité, distribuaient ensuite cette eau. À la même époque Saldae est appelée civitas splendidissima. Un episcopus Saldi- tanus, du nom de Paschasius, assiste au concile provoqué par le roi vandale Hunéric à Carthage en 484. Il est probable que les Vandales et les Byzantins occupèrent la cité, mais nous n’avons aucune preuve archéologique de cette occupation pour le moment.

 

La ville romaine, tournée au sud, sur la pente de la montagne Gouraya, occupait les deux contreforts de Bordj Moussa à l’ouest et de Bridja à l’est que sépare le ravin des Cinq Fontaines (oued Abzaz). Le tracé du rempart romain était reconnaissable en beaucoup d’endroits au début de la conquête française. Long d’environ 3000 m, ce rempart avait pour mission de contenir les tribus montagnardes environnantes qui s’accommodaient difficilement du joug de l’occupant. Tout au long de l’intermède romain des révoltes éclatèrent dans le territoire de Saldae.

 

Interprète dans l’armée, Ferraud dresse un inventaire des vestiges archéologiques antiques trouvés lors de la pénétration française. Il signale de grandes citernes d’époque romaine pratiquement dans toute la ville et particulièrement dans le quartier ‘Azib Bakchi, entre le fort Barrai et la porte du Grand Ravin ; les vestiges du cirque-amphithéâtre furent reconnus en-dessous de la porte du Grand Ravin ; sur la place Fouka furent extraites de nombreuses pierres taillées et de belles colonnes en calcaire, un édifice assez important avait dû être construit là. Même dans la Qasbah des constructions antiques furent mises au jour comme dans les différents quartiers de la ville, près de Sidi Touati ou sur la route du fort Abd El Kader vers le port. . . Des mosaïques et des inscriptions furent découvertes lors de constructions coloniales.

 

Les alentours de Béjaia attestent aussi de cette présence antique : tronçons de voies romaines menant vers Jijel (Igilgilt), Tiklat (Tubusuptu), Rusuc- curu (Dellys) ; arches de l’aqueduc de Toudja.

 

Les récits des historiens ne parlent pas de Béjaia aux premiers temps de l’Islam. Les différents conquérants de l’Afrique du Nord ont eu des itinéraires qui, d’une ligne partant de Kairouan, la première base musulmane, se dirigeait vers le Maghreb extrême en empruntant la route des hauts plateaux et délaissaient ainsi la route côtière et ses villes. Au milieu du XIe siècle, c’est-à-dire juste au moment du choix d’Al Nasir, Al Bekri met en évidence les avantages du site : « au-delà de Mersa el-Dedjadj, on trouve le port de Bougie, Mersa Béjaia, ville très ancienne qui a pour habitants des Andalous. À l’orient est un grand fleuve qui admet des navires chargés. Ce port est sûr et offre un bon hivernage… Béjaia est le port de Qal’at Abi Tawil. Dans les montagnes qui dominent ce mouillage se trouvent des tribus kotamiennes qui professent la doctrine des chiites. Elles respectent les gens qui ont du penchant pour leurs croyances et traitent généreusement ceux qui font profession de leur religion. Avant d’arriver au port de Béjaia, on rencontre l’île de Djouba (île Pisan)… ». Dans sa narration, Al Bekri montre bien que le territoire de Béjaia est sous contrôle des Fatimides, puisqu’il fait référence aux tribus kotamiennes qui soutinrent le Da’i Abu Abdallah Al Chi’i dans son entreprise de conquête du Maghreb pour le compte du Mahdi ‘Obaïd Allah. Le point de départ du mouvement fatimide était Ikjan, petite ville entre Sétif et Béjaia. En 1067, Al Nasir (1062-1082), le cinquième souverain de la dynastie, jeta son dévolu sur le territoire des Bgayet et installa sa capitale à Béjaia qu’il voulut nommer Al Nassiriya. Tout en continuant de résider en partie à la Qal’a, il s’attacha à développer sa future capitale en construisant un splendide palais, Qasr al-Lu’lu’ (le palais de la Perle). Il y transféra tous ses biens, ses bibliothèques et exhorta les savants, les écrivains et les artistes à venir y habiter. Le fils d’Al Nasir, Al Mansûr (1090-1104) quitta définitivement la Qal’a et s’installa à Béjaia avec ses troupes et sa cour. Il y bâtit la Grande Mosquée dont parle le voyageur Al Abdari (XIIIe-XIVe siècle) quand il décrit Béjaia : « Elle possède une merveilleuse mosquée unique dans sa beauté, originale ; elle domine la plaine et la mer et constitue un spectacle qui vous enchante et remplit d’admiration. Les fidèles y sont assidus et ils l’entretiennent avec dévouement… ». L’intérieur de la mosquée était entièrement pavé de marbre ; son minaret avait soixante coudées de haut et vingt coudées de large à la base. Mais les autres cultes monothéistes comme le judaïsme et le christianisme, existant déjà à la Qal’a des Beni Hammad, étaient  également présents dans la nouvelle capitale. Les communautés chrétiennes des différentes villes hammadides (Buna-Annaba, la Qal’a, Béjaia) étaient dotées d’un évêque et vivaient en parfaite sécurité. L’histoire a gardé une correspondance du Pape Grégoire VII répondant favorablement à une demande d’Al Nasir, « roi de la Maurétanie et de la province de Sétif », pour la désignation d’un guide pour la communauté chrétienne de Hippone. Les deux pontifes s’échangèrent des cadeaux. Dès cette époque, des marchands d’Amalfi et de Gaëte fréquentaient le port de Béjaia. Ils seront suivis plus tard par des Génois, Pisans, Vénitiens, Florentins, Aragonnais, Catalans, Marseillais…. Tous ces négociants européens étaient installés dans la Kaïssaria située près de Bab al-Bahr. Al Nasir fit planter des jardins et construire les palais d’Amimûn et de l’Étoile. Il améliora le système d’alimentation en eau de la ville. On pouvait compter jusqu’à soixante-douze mosquées dont la Djama’ al-A’dham, la Djama’ al-Qasaba, la mosquée al-Mordjani, la mosquée Abu Zakariya al-Zawawi. . . La capitale médiévale comprenait de nombreux quartiers : Abû-1-Abbas Ahmad al-Ghobrini parle de huit quartiers, Ferraud en a compté plus de vingt. Parmi eux, on peut citer les quartiers de Brija, al-Maqdassi, Bab al-Bahr, Sidi Bou Ali, Acherchour, Sidi Abd el-Hadi, El Kenitra, Zaouïat Sidi Touati… Ce fut l’âge d’or de la ville qui accueillit à ce moment-là l’élite intellectuelle, les savants et les artistes qui avaient quitté la Qal’a déchue et les villes d’Ifriqiya, d’Andalousie… Béjaia rayonnait sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Par elle, l’art maghrébin était imité particulièrement en Sicile et en Italie. Les demeures et les palais de Palerme s’inspiraient de ceux de Béjaia dont le poète sicilien Ibn Hamdis nous fournit une description admirative.

 

Le palais de Amimûn devait se situer non loin du tombeau de Sidi Touati ; le fort Barrai a succédé au palais de l’Étoile ; le château de la Perle occupait l’emplacement des casernes de Bridja. Des citernes, une partie de l’enceinte orientale et la porte sarrasine, Bab al-Bahr, peuvent être attribuées aux souverains hammadides. Béjaia avait, comme Honaine, Mahdia et Salé, la particularité d’avoir un port intérieur auquel on accédait par une arche. La métropole hammadide était étendue en surface. Nous connaissons les noms des sept ou huit portes dont certaines peuvent être localisées : Bab Amsiwan à l’est sur la route qui mène à la vallée des Singes, Bab al-Bunûd à l’emplacement de la porte Fouka, Bab el-Lawz sur la même face, Bab al-Sina’a, la porte de l’Arsenal, qui a disparu après la prise de la ville par les Espagnols. D’autres portes sont citées par les historiens du Moyen Âge comme Bab Ilân, Bab al- Debaghine, Bab al-Jadid et Bab Bâtina, Bab al-Rouah. . . En-dehors de la ville s’étendaient sur les deux rives de la Soummam les jardins créés au XIIe et restaurés au XIIIe siècle : le Badi’ à l’ouest et le Rafi’ à l’est.

 

Un siècle plus tard, Al Idrissi lui consacre une description plus longue du fait de son nouveau statut : « De nos jours, Béjaia est la métropole du Maghreb central et la capitale du territoire des Bani Hammad vers laquelle les navires mettent les voiles, les caravanes dirigent leurs pas ; les produits et marchandises sont expédiés par voie de terre et par voie de mer, le négoce y est particulièrement actif, les habitants sont de riches commerçants, l’artisanat et les artisans sont d’un niveau inégalable. Les négociants de Béjaia traitent avec ceux du Maroc, du Sahara et du Moyen Orient. C’est à Béjaia que sont entreposés des ballots et que sont vendues des marchandises pour des sommes colossales. Dans ses campagnes et exploitations agricoles, le froment, l’orge, les figues et tous les autres fruits sont cultivés en quantités suffisantes pour la consommation de plusieurs pays. Béjaia possède un chantier de constructions navales d’où sortent navires de guerre, paquebots, vaisseaux, galères. C’est que dans ses vallées et dans ses montagnes, il y a du bois à profusion. De ses environs, proviennent de la poix et du goudron d’excellente qualité. On y trouve des gisements de fer de bonne teneur. Son artisanat produit toutes sortes d’articles originaux, finement ouvragés. À un mille de la ville, coule une rivière venant de l’ouest, du côté des massifs montagneux de Djardjra (Djurdjura). C’est un cours d’eau important qu’on ne traverse, à son embouchure, que sur des embarcations… ». Et le géographe de citer les villes qui gravitent autour de cette métropole : Ikjan, Belezma, Sétif, Baghaï, Tobna, Qalama, Tébessa, Biskra….     

Si Al Idrissi lui consacre tout un développement, c’est que la ville a acquis une dimension méditerranéenne que personne ne lui conteste. En plus de ses activités économiques et portuaires, la ville abrita, sous l’impulsion d’Al Mansûr et de ses descendants, une importante université où des professeurs de renom venaient enseigner. En 1152 (546 de l’hégire), Abdel Mumin s’empara de la ville et le dernier souverain hammadide, Yahya Ibn al-Aziz, finira ses jours, traité comme un prince, d’abord à Marrakech la capitale almohade, ensuite à Salé où il mourut en 1163 (558 de l’hégire). Béjaia fut déchue de son rôle de capitale et devint le chef-lieu d’une province almohade gouvernée par un fils du khalife. Mais elle n’en continua pas moins d’attirer les savants durant tout le Moyen Âge. En 1228, à la chute de l’empire almohade, Béjaia passa sous l’autorité des Hafsides tout en gardant une certaine autonomie du fait de son éloignement par rapport à Tunis. Ibn Khaldun, dans son histoire des Berbères, donne le détail de cette période (XIIIe-XIVe siècles) riche en retournements et en rivalités entre les dynasties mérinide, zayanide et hafside. Cela n’empêchait pas le port d’être fréquenté par des navires marchands grâce aux traités de commerce signés avec les nations européennes.

 

 

Cet effort d’urbanisation apparaît sur la côte. Un certain nombre de villes portuaires Stora, Djidjel (antique Igilgili), Marsat El Kull (antique Chullu, Collo), Bûna (antique Hippone) apparaissent dans le récit des historiens ainsi que dans les portulans42. Il semble qu’au départ le conquérant utilise l’aménagement du territoire tel que l’a laissé l’occupant romain ou byzantin. Par la suite, au gré des nécessités ou des nouveaux centres d’intérêt, il fonde de nouvelles villes, la plupart du temps sur les ruines d’un établissement ancien, en utilisant le matériau de l’ancienne agglomération, qui deviennent de nouveaux centres de rayonnement.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (1ère partie)

16012017

 

 

 

 

Quand on lit les textes relatifs à la conquête musulmane du Maghreb, on est frappé par l’indigence des informations liées à la géographie urbaine de cette région. On l’est encore plus quand il s’agit du Maghreb central qui semble le parent pauvre par rapport à l’Ifriqiya, au Maghreb extrême et à al- Andalus. En fait trois écoles se distinguent par leurs traditions divergentes : une école orientale représentée par l’Égyptien Ibn Abd El Hakam. C’est la tradition la plus ancienne car c’est à partir de l’Egypte que s’est effectuée la conquête (le gouverneur d’Egypte étant chargé des affaires du Maghreb à cette époque) : une école ifriquienne elle-même assez orientalisée ; enfin une école hispano-maghrébine. Étant donné les intérêts régionaux de ces trois écoles, le Maghreb central est très mal pris en compte et les sources ne le citent presque pas. Elles parlent par exemple de la chevauchée de Oqba Ibn Nafi’ en le faisant partir de Kairouan et en le faisant arriver à Tanger sans citer la moindre ville sur plus de mille kilomètres. Pourtant le réseau de villes existant dans les provinces romaines de Proconsulaire, de Numidie ou de Maurétanie césarienne est suffisamment important pour ne pas être ignoré. De plus la recherche archéologique, telle qu’elle s’est pratiquée durant la période coloniale, n’a pas essayé, à de rares exceptions près, de montrer un continum dans l’occupation du territoire. Tout était fait pour donner au chercheur ou au lecteur l’idée d’une rupture définitive entre deux périodes d’une histoire occupant le même espace.

 

 

 

 

 

LE DEVENIR DES CITÉS ANTIQUES DE L’ALGÉRIE ORIENTALE

 

Dès le début de la conquête les troupes musulmanes axent leurs offensives dans la région des Aurès où l’on sait que des villes comme Tobna, Baghaï, Belezma, sont des forteresses assez importantes dans le dispositif de défense mis en place par les Byzantins et repris par les Berbères qui déploient une forte résistance. Si l’effort de guerre est orienté sur cette région, c’est parce qu’il existe dans cet espace des zones urbaines assez importantes et des structures étatiques que l’on devine dans les différents récits relatifs à l’époque vandale et surtout byzantine. Nous savons par exemple qu’à la veille de la conquête musulmane, il existait dans les Aurès, un chef berbère du nom de Mastiès, qui s’était proclamé imperator vers 476/477 et qui avait régné pendant quarante ans.

 

Par ailleurs, nous savons que les villes antiques décrites sur la côte ou à l’intérieur du pays continuent de vivre. Nous ne savons pas si elles sont occupées par les nouveaux arrivants. Les données archéologiques ne sont pas suffisantes ou ont été détruites au XIXe siècle lors du dégagement des grandes cités antiques comme Hippone, Cuicul, Calama ou Theveste. Aussi nous ne pouvons que nous appuyer sur les textes des historiens et géographes du Moyen Âge comme Ibn Hawqal ou Al Ya’qubi qui ne donnent pas la mesure exacte des transformations urbaines introduites par les nouveaux conquérants.

 

Nous allons prendre un certain nombre d’exemples pour voir comment les cités antiques évoluent avec les nouveaux maîtres du pays dont les conceptions urbaines diffèrent de celles en vigueur à l’époque antique.

 

Al Ya’qubi a traversé le Maghreb au IXe siècle, c’est-à-dire au moment où les Aghlabides occupaient l’actuelle Tunisie et une partie de l’Algérie orientale, en particulier les hautes plaines constantinoises qui formaient une sorte de frontière militaire tenue par des forteresses plus ou moins remaniées, datant de l’époque byzantine ou même du limes romain. Ainsi dans son Kitab Al Buldan, le livre des pays, il décrit Mila (l’antique Mileu) comme une ville forte disposant de deux citadelles, l’une étant placée au-dessus de l’autre. Le chef de cette citadelle est un arabe des Beni Solaym appelé Moussa Ibn Abbas qui tient son autorité du prince aghlabide de Kairouan. Ses remparts avaient été édifiés à l’époque byzantine. C’est l’une des rares villes où les structures antiques apparaissent dans le tissu urbain moderne. La cité occupait une position stratégique sur la route de Cirta (Constantine) à Sitifis (Sétif). « Elle surveillait au nord la région très accidentée et couverte de forêts qui s’étend dans la direction de Djidjelli et Collo, au sud les massifs montagneux qui la séparent du cours supérieur de l’Oued Rummel». C’est sûrement au début du VIIIe siècle que la ville fut annexée avec les autres citadelles qui défendaient les marches de l’ouest. Elle devint très vite un centre administratif et militaire avant qu’elle ne soit remplacée par Tobna à l’époque des Aghlabides. Sa proximité du centre de la révolte chi’ite, Ikjan, en fit une proie facile pour les tribus Kotama, au début du Xe siècle. Celles-ci se révoltèrent contre le ziride Al Mansûr et firent de Mila le centre de leur dissidence. Al Mansûr réprima lui-même la révolte, fit déporter la population à Baghaya (989). La ville renaîtra au XIe siècle avec les Hammadides et aura un gouverneur sur place. Ses remparts, longs de 1200 m, étaient flanqués de 14 tours. Ils furent très peu remaniés à l’époque musulmane. L’enceinte possédait deux portes : Bab al-Rouous au sud-est et Bab al-Soufli au nord-est. Des fouilles entreprises en 1969 dans la mosquée ont permis de retrouver la structure originelle du bâtiment (alignements des colonnes, mihrab primitif). L’ancienneté de la mosquée est également prouvée par l’armature des arcs et de leurs supports. Les arcs qui longent les nefs sont des arcs outrepassés qui s’appuient sur le chapiteau par l’intermédiaire de parallélépipèdes de briques. Des tirants en bois dont on voyait la trace consolidaient la structure. Des sondages ont permis de reconnaître les niveaux islamiques : une pièce de monnaie idrisside et un fragment de plâtre sculpté en lettres coufiques. Des éléments de décor en stuc, fleurs et rosaces, montrent des ressemblances avec les décors trouvés à la Qal’a. Le niveau antique profondément enfoui fut atteint.

  

 

 

L'urbanisation dans l’Algérie Médiévale (1ère partie)  dans Architecture & Urbanisme

Ruines près de l’ancienne Tobna

 

 

 

 

La citadelle de Sétif semble avoir eu le même statut que Mila. La ville n’a plus l’importance qu’elle avait à l’époque romaine. Les écrits ne nous renseignent pas sur le Sétif des débuts de la conquête musulmane. Des fouilles entreprises au début des années 1980 ont montré des niveaux d’époque musulmane. La ville n’était pas totalement abandonnée et les vestiges des thermes servaient d’abri occasionnel aux hommes et au bétail. Le développement de la ville musulmane se serait fait d’abord au nord de la forteresse byzantine. La fouille a montré que les premières maisons avaient été construites avec des réemplois de pierres de taille renforcées sur leur face intérieure de cailloux liés à du pisé. Les dates données par le carbone 14 varient entre 655 et 970 ap. J.-C.

 

La fouille mit à jour neuf bâtiments qui ont été datés entre 810 et 974. Une monnaie d’Al Mu’izz le fatimide ainsi qu’un tesson de céramique figuré ont été trouvés dans le troisième sol. Mais l’important est que la fouille a pu dégager une typologie de l’habitat des Xe et XIe siècles pour cette région, avec des pièces plus longues que larges.

 

Mais nous savons que ces bastions aux marges du royaume avaient une certaine autonomie et un esprit d’indépendance. Ce fut le cas de la forteresse de Belezma dont la garnison fut passée au fil de l’épée par l’Émir Ibrahim II (893-280). Selon Ibn Idhari « l’affaire de Belezma fut une des causes qui contribuèrent à la ruine de la dynastie ».

 

Après avoir pris deux exemples de villes du Nord- Est, voyons l’évolution de deux autres villes situées plus au sud.

 

Baghaya, « grande et ancienne ville » selon Al Bekri, est située sur la route de Theveste à Lambèse, entre la montagne de l’Aurès au sud et la Garaat al- Tarf au nord, au débouché de la route qui franchit le col de Khenchela (antique Mascula). Obstacle incontournable, elle « constituait un des principaux passages entre le Sahara et le Tell ». Construite sur la première ligne de défense byzantine en Numidie, reconstruite sous Justinien, la ville était au moment de la conquête musulmane une place forte importante avec la présence d’un évêché. Elle était un passage obligé vers l’ouest : « les Berbères et les Romains s’étaient fortifiés dans Baghaya quand ‘Oqba Ibn Nafi’ le Qoreichite les attaqua et leur enleva plusieurs chevaux appartenant à la race que l’on élevait dans l’Aurès ». Lorsque la Kahina s’opposa à Hasan Ibn No’man, elle rassembla ses troupes dans cette ville et de là se dirigea vers le nord-est sur les rives de la Meskiana et de l’oued Nini, proches de Baghaya. La ville ne fut occupée par les troupes musulmanes qu’après 701. La ville tomba sous les assauts d’Abû Abdallah le chi’ite en 907 qui en fit une base stratégique et c’est de là qu’il entama sa marche victorieuse vers Kairouan. À partir de ce moment, Baghaya eut pour rôle, avec Tobna et Belezma, de contenir les révoltes des Berbères de l’Aurès. Après la fondation de Msila comme nouvelle capitale du Zab par le khalife fatimide Abû-1-Qasim, à 4 km de Zabi Justi- niana, Baghaya dépendit des gouverneurs Bani Hamdun. Elle fut la première forteresse à subir les assauts de « l’homme à l’âne », révolté contre le pouvoir fatimide. Par la suite, Bologgin Ibn Ziri, ayant en charge le Maghreb après le départ des Fatimides vers Le Caire, y nomma un gouverneur militaire. En 1017, Baghaya fut un des enjeux qui opposa les dynasties ziride et hammadide. Hammad fut contraint par Al Mu’izz d’en lever le siège. Lors de l’invasion hilalienne, la ville passa sous l’emprise des tribus Athbadj et déclina. Elle est mentionnée uniquement comme étape.

 

La ville de Baghaya est construite sur « un mamelon aplati qui domine la plaine, en suit fort exactement les contours de manière à assurer à la ville la protection du profond ravin qui la borde au nord ouest… Cette vaste enceinte ayant ainsi avec ses 25 tours un énorme développement de 1172 m ». Le rempart fait de pierres de taille avec des tours rondes et carrées est signalé par Ibn Hawqal et Al Muqa- dassi au Xe siècle 14. La citadelle occupait la partie la plus haute de la colline.

 

Tobna, antique Tubunae, fait exception par sa taille et son importance dans ce chapelet de bastions aux marches de l’empire. Elle semble être au centre de ce dispositif défensif et abrite un gouverneur ayant plus d’importance dans la hiérarchie aghlabide.

 

Il faut attendre Al Bekri pour avoir une description assez complète du territoire. Il mentionne Meskiana « bourg situé sur une rivière », Baghaï « grande et ancienne ville, dont les environs sont couverts d’arbres fruitiers, de champs cultivés et de pâturages… », puis Tobna : « Le château de Tobna, énorme édifice de construction ancienne, est bâti en pierre et couronné par un grand nombre de chambres voûtées ; il sert de logements aux officiers qui administrent la province et touche au côté méridional du mur de la ville ; il se ferme par une porte de fer… Tobna a plusieurs portes : Bab Khacan, beau monument construit en pierre, avec une porte de fer ; Bab El Feth (porte de la victoire), situé dans la partie occidentale de la ville et se fermant aussi par une porte en fer ; une rue, dont les deux côtés sont bordés de maisons, s’étend à travers la ville d’une de ces portes à l’autre ; Bab Téhuda (porte vers l’antique Thabu- deos), qui regarde le midi, est aussi en fer et offre un aspect imposant. Bab el-Djedid (la porte neuve) et Bab Ketama sont situés au nord de la ville … on y voit beaucoup de bazars… Depuis Kairouan jusqu’à Sijil- massa, on ne rencontre pas de ville plus grande. . . ». Cette ville joue un rôle essentiel aux VIIIe-IXe siècles dans le contrôle des zones comprenant en gros les provinces anciennes de Numidie et de Maurétanie sitifienne. ‘Oqba est obligé de l’éviter dans son expédition de 683. Au début du VIIIe s., elle passe sous domination musulmane avec Moussa Ibn Nusayr. C’est le siège du Gouverneur. Elle était déjà suffisamment importante dans l’antiquité puisqu’elle était le chef-lieu de la région du Hodna. Les nouveaux conquérants en font un chef-lieu en 771 dont dépendent les villes de Baghaï, Biskra, Téhuda, Mila, Nikaous, Belezma… Elle est la charnière du système défensif aghlabide et résiste aux attaques des Rosté- mides de Tahert en 767 ou des tribus Kotama, qui occupaient la région de Mila – Sétif, c’est-à-dire les territoires situés à l’est de Constantine. Les différents commandants de la place sont destinés à occuper des postes importants dans l’administration centrale. Ce fut le cas du comte Boniface au Ve siècle. C’est le cas d’Ibrahim Ibn Al Aghlab qui commanda les troupes stationnées à Tobna en 795. Le khalife de Bagdad, Haroun Al Rachid, le confirma dans son poste en 797. Il fut appelé à Kairouan où il fonda la dynastie des Aghlabides. Ce recentrage du territoire se fait au détriment de villes comme Zabi (Zabi Justiniana) qui étaient pourtant des centres économiques très urbanisés. La ville s’agrandit de faubourgs, fut dotée d’un cimetière à l’est de la ville et d’un hammam. À l’intérieur, on construisit le palais du gouverneur, une mosquée cathédrale et une citerne. La ville soutint avec succès les assauts des tribus berbères acquises à la cause fatimide avant de se rendre quelques années plus tard. Elle reçut alors un gouverneur chiite, Yahya Ibn Salini. Élargissant leur domaine vers l’ouest pour contenir les menaces des tribus zénètes Maghrawa soutenues par les Ommeyades de Cordoue, les Fatimides de Kairouan construisirent une nouvelle place forte en 92720, à deux journées au nord ouest de Tobna. Le site fut choisi près de l’ancienne Zabijustiniana, à la limite du Zab, au pied des monts du Hodna. La nouvelle capitale porta le nom d’Al Mohammadiya, la future Msila, qui fut construite en 315/927 par le fils du Mahdi. La ville constitua aux Xe et XIe siècles la limite occidentale du Zab et donc de l’Ifriqiya, puis après du royaume hammadide. Le gouvernement du Zab fut confié à ‘Ali Ibn Hamdun Ibn Al Andalusi par Abu-1-Kasim. Ibn Khaldun nous apprend que ce gouverneur était l’un des premiers partisans de ‘Ubayd Allah qu’il suivit jusqu’à Sijilmassa avant que celui-ci ne devienne Mahdi. Le Zab et Msila furent confiés à la mort de ‘Ali Ibn Hamdun à son fils Ja ‘far qui avait été pressenti par Al Mu’izz pour gouverner le Maghreb, poste qu’il refusa. Al Bekri décrit ainsi la ville : « El Mecila, ville située dans une plaine, est entourée de deux murailles, entre lesquelles se trouve un canal d’eau vive qui fait le tour de la place. Par le moyen de vannes, on peut tirer de ce canal assez d’eau pour l’arrosage des terres. Dans la ville on voit plusieurs bazars et bains et, à l’extérieur, un grand nombre de jardins. On y récolte du coton dont la qualité est excellente. Tout est à bas prix dans El Mecila ; la viande surtout est très abondante. . . Au sud d’El Mecila est un endroit nommé « El Kibab », les coupoles ; on y remarque des voûtes antiques auprès desquelles sont les restes d’une ville antique… »

 

Nous n’avons pas de documents très précis sur cette nouvelle cité même si le poète Ibn Hani glorifie ses palais à l’époque des princes de Msila, descendants de ‘Ali Ibn Hamdun. Tobna contribua à son édification et à son peuplement comme elle le fera plus tard pour Achir.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’architecture des arabes et des maures en Espagne

3122016

 

 

 

 

La première période de l’architecture arabe en Espagne dura un peu plus de deux siècles, et, par les variations auxquelles le goût donna naissance, variations qui sont encore sensibles dans la mosquée de Cordoue, on peut dire que, pendant tout ce temps, elle reproduisit assez fidèlement les tâtonnements et la marche. de l’art chrétien à la même époque. Mais, à partir de la dernière moitié du Xe siècle, on voit se développer le goût pour les décorations éclatantes et surchargées de détails.

 La forme des arcs, jusque-là bornée au plein cintre outrepassé, s’enrichit et se complique dé festons et de courbes variées; l’ornementation byzantine, déjà si recherchée et si somptueuse elle-même, ne suffit plus aux exigences du caprice et de la mode. On cite, comme l’exemple le plus frappant de cette phase de l’art, la chapelle de la mosquée de Cordoue, connue aujourd’hui sous le nom de Villaviciosa. Or, d’après une inscription arabe, cette chapelle fut décorée sous le khalife Hakam, vers l’an 965. La chapelle Villaviciosa résume toutes les connaissances acquises par les Arabes, à la fin du Xe siècle, dans les diverses parties de la construction et de l’ornementation.

 

 

A la chute du khalifat de Cordoue, dans la première moitié du XIe siècle, lorsque l’Espagne musulmane se fut partagée en plusieurs principautés, et que la discorde eut pris la place de l’ordre et d’une puissante concentration de forces, l’art se ressentit nécessairement de cette nouvelle situation. Bientôt les chrétiens, refoulés jusque-là au nord et au nord-est de la Péninsule, se montrèrent menaçants, et, en 1085, les princes musulmans, réunis à Séville, se virent dans la nécessité d’appeler au secours de l’islamisme Youssef, fils de Tachfine, fondateur de la ville de  Marrakech et maître du nord-ouest de l’Afrique. A partir de ce moment, l’Espagne musulmane, soumise à l’influence des Africains, vit s’affaiblir peu à peu l’esprit arabe, et c’est alors que se développa dans les arts un nouveau caractère, auquel on donne le nom de maure ou mauresque.

 

 

 

 

 

 

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© Brad Hammonds  via Flickr   / La grande mosquée de Cordoue

 

 

 

 

 

Les monuments romains, pendant longtemps avaient fourni des matériaux pour les nouvelles constructions, n’offraient plus les mêmes ressources. Le goût de la variété et un luxe toujours croissant d’ornements avaient fait dédaigner les anciens principes. A côté de l’arc pesant et simple de la Grèce et de Borne, s’élève l’arc à ogive, plus ou moins élancé; à l’ornementation byzantine régulière, succèdent les broderies et les ornements les plus capricieux; aux mosaïques en verre et en marbre de Cordoue, on pourrait dire de Byzance et de Ravenne, sont substituées des pièces de faïence aux couleurs éclatantes, qu’un art nouveau dispose géométriquement‘. L’emploi des mosaïques en faïence se remarque pour la première fois dans la chapelle Villaviciosa. Ce goût devint général, et on le lit servir au Pavement des salles et à la décoration des lambris et des fontaines. Ibn-Sayed nous apprend qu’il existait de nombreuses manufactures de mosaïques de faïence en Andalousie, d’où l’on en emportait de grandes quantités dans tout l’Orient. C’est le genre d’ornements que les écrivains arabes nomment الزلج, et qui répond à l’azulejos des Espagnols. On remarque, à la même époque, sur les parois des édifices, des ornements coulés en stuc, et qui, mariés avec les autres parties de la décoration, produisent le plus bel effet.

On place le moment où le nouveau système acquit tout son développement, dans la dernière moitié du XIIe siècle, sous la dynastie des princes Almohades, qui régnaient également sur l’Espagne et sur la partie nord-ouest de l’Afrique. Les échantillons les plus brillants de cette phase de l’art se trouvent à Séville, alors siège de la puissance des nouveaux maîtres de la Péninsule. Ce sont la Giralda, les débris de la mosquée qui a été remplacée par la cathédrale actuelle, et certaines portions de l’Alcazar. Ces différentes constructions furent élevées sous le règne de Yacoub, surnommé Al-Mansour, qui avait le goût des arts, et de qui il existe encore des monuments analogues à Fez et à  Marrakech.

 

Une circonstance contribua à donner à la deuxième période de l’architecture arabe un caractère nouveau, c’est l’importance qu’acquirent les inscriptions, employées comme: branche d’ornementation. L’on sait que les musulmans, partageant les préjugés des Juifs, s’interdisent toute représentation de ce qui a en vie. Il existe, à la vérité, des exceptions; mais le principe n’en est pas moins absolu, et, en général, on s’y conforme. Pour varier leurs couleurs, les artistes musulmans ont été obligés de s’attacher à des détails qui, pour nous, ne sont que très-secondaires. Sur les parties les plus anciennes de la mosquée de Cordoue, on voit dominer l’écriture coufique, écriture d’un trait mâle, et à lignes droites. Peu à peu l’écriture coufique se mêle aux ornements capricieux qui l’entourent. Enfin cette écriture fait place aux caractères naskhi ou cursifs, caractères bien plus légers de forme, et qui se combinent mieux avec les fleurs et les entrelacs.  L’écriture naskhi, comparée au coufique, rappelle l’élégance de notre écriture cursive, opposée à la sévérité d’aspect des anciennes lettres onciales.

 

Mais la deuxième période de l’art arabe de l’occident ne reçoit que le nom d’époque de transition. En effet, l’art ne tarda pas à subir une nouvelle transformation, et, malheureusement, si ce fut la plus belle, ce fut aussi la dernière.

 

  

 

 

 

 

 

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© Jesús Pérez Pacheco  via Flickr   / Ancienne mosquée devenue une église à Tolède

 

 

 

 

 

Tolède, Saragosse, Mérida et plus tard Séville, étaient, rentrées sous la loi de l’Evangile. Cordoue elle-même, Cordoue, le sanctuaire des musulmans de la Péninsule, devait bientôt éprouver le même sort. Au milieu de la décadence générale de l’islamisme en Espagne, il s’était formé un nouvel état au pied des montagnes qui, à l’est de Séville, font face à la mer Méditerranée. La capitale du royaume était Grenade  et le fondateur du nouvel état était un prince éclairé et ami des arts. A mesure qu’une contrée se soumettait à l’Evangile, une partie des habitants cherchaient un refuge dans les provinces de Grenade; le territoire du royaume était fertile; l’industrie y avait acquis un large développement; La population s’accrut prodigieusement, les sources de la richesse publique devinrent de plus en plus abondantes, et le prince, qui présidait au mouvement, profita de ces avantages pour embellir sa capitale. Comme l’impulsion donnée par le fondateur de la dynastie se maintint sous ses descendants pendant un siècle et demi, la ville de Grenade ne tarda pas à devenir le séjour le plus poli et le plus brillant des provinces musulmanes de l’occident. Les plus beaux échantillons de l’art mauresque à cette époque existent à l’Alhambra. On peut encore citer certaines portions de l’Alcazar de Séville, qui fut, à la même époque, restauré par les ordres de Pierre le Cruel; ces portions, exécutées, à ce qu’il paraît, par des artistes musulmans, peuvent, entrer en comparaison avec ce que l’art a produit de plus beau à Grenade.

 

 

 

  

 

 

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Alcazar de Séville

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Alhambra, colline située auprès de Grenade, et où se trouvait la demeure des rois, est ainsi appelée du mot arabe alhamra, qui signifie la rouge. Telle est en effet encore à présent la teinte de ses murailles, qui sont construites en tapia, c’est-à-dire avec une espèce de mortier mêlé de petites pierres, et que le temps et le soleil ont colorées d’une manière admirable. Les constructions commencèrent vers le milieu du XIIIe siècle et se poursuivirent jusque vers la fin du XIVe, époque où, la discorde et les guerres intestines absorbant toutes les ressources, il devint impossible de continuer des travaux si longs et si coûteux.

Une partie de l’ancienne résidence des rois de Grenade est maintenant détruite. Quelques corps de bâtiments furent sacrifiés dans la première moitié du XVIe siècle, pour faire place à un palais bâti dans le goût de l’époque, et que l’empereur Charles-Quint voulait opposer au chef-d’œuvre de l’architecture maure. D’autres parties ont été successivement minées par le temps ou détériorées par des restaurations malhabiles. Mais il reste des débris assez imposants pour donner une idée du goût qui régnait à la cour de Grenade, et cette idée suffit pour justifier et satisfaire le souvenir gracieux que le seul nom d’art mauresque a laissé dans tous les esprits. Qu’on se représente des galeries décorées d’arcades de toute forme, découpées en festons et en stalactites, chargées de dentelles en stuc, et autrefois peintes et dorées; qu’on se figure une forêt de colonnettes, isolées, accouplées, groupées, toujours à formes élégantes, et à travers lesquelles étincellent les eaux jaillissantes de la fontaine des Lions, et la riche parure des appartements royaux.

On aurait tort de comparer l’Alhambra et les autres édifices mauresques aux monuments de l’antique Égypte et de l’ancienne Borne, et aux cathédrales du moyen âge. Ici dominent les grandes masses, là la légèreté; ici une solidité quelquefois accompagnée de lourdeur, là une élégance capricieuse et souvent des proportions mesquines. Mais si les monuments, et c’est là le plus beau privilège de l’architecture, sont faits pour refléter les mœurs, les usages et la civilisation du peuple qui les éleva, nul édifice, mieux que l’Alhambra, ne révèle le caractère d’une nation oisive, galante, ingénieuse, comme l’étaient les Maures de cette époque. L’extérieur des édifices mauresques, simple, presque sans décoration, et à peine percé de quelques fenêtres, fermées par des treillages, rappelle partout la vie sédentaire et purement intérieure que commandaient au Maure sa religion et ses habitudes. Aussi à Grenade, il n’y avait guère, en fait d’édifices publies, que des mosquées, des collèges et des bains, et là encore, comme dans les habitations privées, tout l’éclat des décors, toutes les recherches du luxe, étaient pour l’intérieur. Rien, au dehors de l’Alhambra, n’annonce la salle des Ambassadeurs ou celle des deux Sœurs; l’entrée même de l’Alhambra n’offre qu’un arc immense, orné de quelques emblèmes et d’une inscription renfermant le nom du prince qui l’avait fait élever.

 

 

 

 

 

 

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Mais, dans l’intérieur du palais, quel spectacle inattendu! Quelle réunion de tout ce qui peut flatter les sens! L’eau circule partout: ici s’élancent des jets qui rafraîchissant l’air; là roulent des cascades dans des rigoles de marbre, puis, l’eau se recueille au centre de patios ou cours, dans des réservoirs entourés de plates-bandes d’arbustes et de fleurs. Les salles sont percées de nombreuses fenêtres à claire voie et découpées en broderies de stuc, qui tempèrent l’éclat de la lumière. Cette disposition de fenêtres élevées est favorable au renouvellement continuel de l’air, et permet de jouir plus complètement de l’effet des couleurs. Partout la vue est frappée d’inscriptions, tantôt choisies parmi les vers des poètes le plus en faveur, tantôt rappelant certains passages du coran, tantôt exprimant des vœux pour le prince qui a élevé cette partie de l’édifice.

 

Au palais de l’Alhambra étaient annexés des bains, accompagnement nécessaire de toute grande habitation musulmane. Il existe des restes d’édifices semblables à Majorque et ailleurs.                                                                                                                                                                                                                    Les bains de l’Alhambra se trouvaient à quatre mètres au-dessous du niveau de la cour des lions et de celle de l’Alberca; l’humidité, le manque de réparations, d’une part, et, de l’autre, des réparations mal dirigées, les ont dénaturés.

 

On fait quelques observations analogues par rapport à la distribution des maisons de Grenade, dont quelques-unes ont conservé, malgré l’effet du temps et des révolutions, leur aspect primitif; ces maisons ressemblent à celles qu’on voit encore sur les côtes d’Afrique. Elles ont à l’entrée, du côté de la rue, un vestibule plus ou moins étroit et obscur, véritable atrium des Romains, lequel aboutit à un patio ou cavœdium, et celui-ci offre sa fontaine jaillissante entourée d’orangers, ainsi que ses galeries à colonnettes, servant d’entrée aux salles disposées tout autour de la cour. Souvent encore, comme au temps des Maures, les chambres et les salles ne reçoivent du jour que de l’intérieur, du côté du patio; du côté de la rue, les habitations offrent un mur entièrement nu, ayant à peine quelques ouvertures fermées paru des grilles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’ARCHITECTURE MÉSOPOTAMIENNE DU 7e au 4e MILLÉNAIRES (2ème partie)

25092016

 

 

 

 

L’ARCHITECTURE DE PLAN COMPLEXE

 

 

 

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Les deux autres types architecturaux représentés en Mésopotamie marquent, par rapport au précédent, une différence fondamentale et constituent un progrès décisif dans l’histoire de l’architecture. Ils offrent, pour la première fois, une architecture de plan complexe. Plus que l’augmentation spectaculaire de la taille des constructions (8-25 x 6-15 m) ou du nombre de pièces (10-15), il importe de retenir l’organisation du système des circulations internes permettant de se déplacer à l’intérieur même du bâtiment, qui devient ainsi une unité architecturale que l’on peut qualifier véritablement de « monumentale ». Cette « révolution » architecturale paraît liée à une innovation technologique, l’utilisation de la brique crue moulée. C’est en effet aux civilisations de Samarra et d’Obeid que l’on peut attribuer la fabrication, sur une grande échelle, de ce matériau de construction. La fabrication en série répond à la nécessité d’obtenir un nombre suffisant d’éléments de même module pour mettre en œuvre une conception d’ensemble préalable et, d’une certaine manière, standardisée. Mais si les civilisations Samarra et Obeid obéissent toutes deux au même principe d’organisation architecturale, elles diffèrent cependant dans les applications qui en ont été faites, si bien que chacune d’entre elles offre à cet égard une spécificité remarquable.

 

 

 

L’architecture de type Samarra. C’est sur le site de Sawwan que les archéologues irakiens ont mis au jour les exemples les mieux conservés et les plus nombreux de l’architecture de type Samarra. Ce qui frappe, au premier abord, dans ces bâtiments, c’est la dissymétrie dans la disposition des espaces intérieurs, où alternent des pièces barlongues et oblongues de tailles différentes, selon un rythme répétitif (forme générale en T, par exemple), mais irrégulier. Le deuxième trait caractéristique est constitué par le système de communication qui repose le plus souvent sur l’enfilade, c’est-à-dire l’alignement des points de passage sur un même axe. Un dernier point commun, d’ordre technologique, est la présence de contreforts aux angles du bâtiment ainsi qu’à la jonction des murs intérieurs avec les murs extérieurs. Ils peuvent s’expliquer par l’existence d’un niveau supérieur aménagé (terrasse ou étage), hypothèse rarement évoquée, mais rendue plausible par la présence d’escaliers extérieurs signalés par les fouilleurs.

 

 

 

 

 

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L’évolution de l’habitat à Tell Sawwam en Iraq  

 

 

 

 

 

Peu de sites, à part Sawwan, ont livré des plans de bâtiments complets. Les plans des constructions de Choga Mami, même s’ils ne présentent pas le même degré de complexité, appartiennent bien, cependant, à la même famille architecturale, avec notamment le même souci de la communication en enfilade. Une construction très voisine est signalée à Sungur A dans la région de Hamrin. Au principe de l’enfilade s’ajoute ici, comme à Sawwan, l’alternance des pièces oblongues et barlongues.

 

D’autres plans, incomplets, peuvent être rattachés à la même tradition. C’est le cas du niveau V de Hassuna et des vestiges retrouvés à Baghouz.

 

 Après avoir identifié la spécificité de l’architecture Samarra, on peut s’interroger sur la nature des bâtiments retrouvés. Les constructions de Sawwan ont été interprétées, selon certains fouilleurs, tantôt comme des greniers, tantôt comme des temples. Il paraît plus plausible de les considérer comme de grandes maisons d’habitation, ou comme de grosses fermes, peut-être partiellement couvertes d’un niveau supérieur. La présence simultanée de nombreux exemplaires identiques dans un même niveau (niveau III A de Sawwan, par exemple ne convient pas très bien aux premières hypothèses, car on conçoit mal un village composé uniquement de sanctuaires ou de bâtiments de stockage.

 

L’interprétation des constructions retrouvées à Choga Mami ou Sungur A reste plus délicate, car la petite taille des pièces (1,50 – 2, 00 m) les rend peu propices à l’habitation. On est donc amené à supposer, soit que les maisons d’habitation se trouvaient ailleurs sur le site – l’exiguïté des surfaces fouillées permet au moins de poser l’hypothèse -, soit que les pièces d’habitation se trouvaient au niveau supérieur, les pièces retrouvées par la fouille au niveau du sol servant alors au stockage.

 La répartition géographique des sites offrant de l’architecture de type Samarra, dont on peut situer le floruit vers 5.600 – 5.000 montre une implantation plus centrale, en Mésopotamie, que la civilisation Halaf. Mais c’est pourtant vers le nord et vers l’ouest qu’il semble bien que l’on doive chercher l’origine de cette tradition architecturale. En effet, le double principe sur lequel elle repose est déjà présent dans des constructions néolithiques de la seconde moitié du 7e millénaire (6.600-6.000 B.C.) retrouvées dans la moyenne vallée de l’Euphrate, sur les sites de Abu Hureyra et Bouqras. La parenté des plans et donc de l’organisation intérieure des constructions paraît assez évidente pour pouvoir être prise en considération. Le « relais » qui aurait permis la transmission de cette conception architecturale se trouve sur des sites de la Mésopotamie septentrionale, dans une région déjà évoquée à propos du Halaf. On rencontre en effet, vers le début ou le milieu du 6e millénaire (6.000-6.500 B.C.) à Umm Dabaghiyah et Yarim I la coexistence d’une architecture de plan simple et d’une architecture de plan complexe, composée de petites cellules juxtaposées. Si l’hypothèse selon laquelle ce second type d’architecture constituait non pas une maison d’habitation, mais un bâtiment à usage collectif (entrepôt, magasin etc.), on serait en présence d’un des premiers exemples de « différenciation » architecturale. La « spécialisation » architecturale dont on peut aussi soupçonner l’existence sur des sites comme Choga Mami ou Sungur A, aurait trouvé une première application dans le courant du 6e millénaire, dans le nord de la Mésopotamie.

 

Il semble donc bien, dans l’état actuel des connaissances, que ce soit sur l’Euphrate et dans le Sinjar qu’il faille chercher les origines de l’architecture de type Samarra, dans une région où l’architecture rectangulaire complexe a fait l’objet, plus tôt que partout ailleurs, d’un traitement privilégié. Cette hypothèse permet de reposer la question des rapports entre les différentes civilisations qui s’y sont rencontrées.

 

 

 

L’architecture de type Obeid. Tout en offrant une organisation complexe, l’architecture Obeid répond à des règles antithétiques et, d’une certaine manière, moins originales. Tout, en effet, y paraît subordonné à la recherche d’une symétrie. Le principe consiste à disposer autour d’un espace central, très probablement couvert, des pièces de formes et de tailles variées. Dans leur état le plus achevé, on obtient des constructions de grande taille (15-20 x 5-15 m) dans lesquelles les éléments de contraction (briques crues moulées) participent, dans leur agencement même, au décor architectural. Le décor à redans constitue ainsi l’un des traits remarquables de l’architecture Obeid. La répartition des espaces intérieurs fait que l’on a donné parfois à ce type de plan le nom de « plan tripartite », définition commode, mais qui ne rend pas compte de la totalité de la documentation architecturale, dont la caractéristique reste la volonté de disposer symétriquement un certain nombre de pièces de tailles et de formes différentes, de part et d’autre d’un espace central rectangulaire dont la taille dépasse nettement celle des autres pièces. La présence d’un niveau supérieur, comme dans l’architecture Samarra, est probable. Elle se déduit de l’existence de certaines pièces, étroites et allongées, dont la seule destination logique est de servir de cage d’escalier.

 

Le grand nombre de sites occupés et la durée de l’époque Obeid, qui s’étend sur environ deux millénaires (5.600-3.700) font que ce souci de perfection a atteint, selon les périodes et les endroits, des degrés divers.

 

Si les niveaux profonds d’Eridu (XVII – ХV) n’offrent pas, vers 5.600 – 5.000, de constructions très caractéristiques, avec des maisons monocellulaires rectangulaires ou carrées, on notera cependant la présence d’un foyer central construit et, au niveau XVI, du décrochement dans l’un des murs, traits que l’on retrouvera, amplifiés et transformés dans les niveaux supérieurs. On rencontre, en revanche, dès le niveau XVIII de Gawra, vers 5.000-4.500, un bâtiment offrant une disposition conforme aux principes énoncés. Il succède à une construction moins bien conservée, mais conçue de manière semblable.

 

 Les niveaux XI-VIII d’Eridu (4.500-4.100) n’ont livré que des plans partiels, mais où la conception d’ensemble se laisse parfaitement deviner. Dans le même temps, deux constructions du niveau XV de Gawra reprenaient les dispositions antérieures.

 

Dans la phase finale de la civilisation Obeid (4.100- 3.700), plusieurs constructions «monumentales» ont été fouillées à Eridu, niveaux VII-VI ou à Gawra, niveau XIV, avec un bâtiment posé exceptionnellement sur un soubassement de pierres, mais respectant les mêmes principes de symétrie dans son agencement, ainsi qu’au niveau XIII, avec les trois « temples », tandis qu’au niveau XII, on retrouve, les dispositions connues déjà depuis les niveaux XVII-XV.  

 

Plus récemment, d’autres constructions de la même famille architecturale ont été signalées à Oueili et à Uruk. Les dernières découvertes dans la région de Hamrin viennent enfin d’enrichir considérablement la documentation architecturale de l’époque Obeid, en introduisant même ce qui paraît être une variante régionale.

 

On a retrouvé à Kheit Qasim III, associée à un bâtiment de plan « classique » (10 x 10 m) avec murs à redans, une autre construction (14 x 10,5 m) de plan « cruciforme », composée de trois unités principales, en forme de T, disposées perpendiculairement. Le fouilleur insiste bien cependant, et à juste titre, sur le fait que « malgré quelques petites irrégularités dans la symétrie, c’est l’axe long du hall principal qui est privilégié; en effet, les unités latérales se répondent, ainsi que les éléments constituant l’unité I ». On retrouve donc bien dans cette architecture modulaire, le principe général de l’architecture Obeid.

 

Plusieurs exemplaires de cette variante ont été retrouvés dans un même niveau sur le site de Abbadeh, avec des degrés différents de « pureté » par rapport à un modèle idéal. Ils accompagnent, comme à Kheit Qasim III, une construction pourvue de murs à redans. On possède moins de détails sur Rachid, qui offrirait une architecture analogue à celle d’Abbadeh. Sungur В a livré un bâtiment incomplet de plan plus nettement cruciforme. A Sungur C, les vestiges retrouvés n’offrent pas de plan très cohérent. C’est aussi le cas à Ayyash, où l’on retrouve cependant des murs à redans.

 

A la phase finale d’Obeid appartiennent, dans le Hamrin, les sites de Abu Hussaini et Madhur. Sur le premier, les archéologues italiens ont retrouvé une architecture très mutilée, où l’on distingue de petites cellules carrées. A Madhur, les archéologues anglais ont fouillé quelques pièces d’un grand ensemble dont tout laisse à penser qu’il appartenait à la série des constructions à grande pièce centrale.

 

Ainsi, quel que soit le nom que l’on donne à ces types de plans (tripartite, cruciforme, en forme de T, etc.), l’important est de reconnaître qu’ils appartiennent bien à une seule et même famille architecturale. L’imprécision qui règne encore parfois dans la nomenclature employée pour désigner les phases de la civilisation Obeid ne permet pas encore de situer chronologiquement les types les uns par rapport aux autres. Mais on doit dès maintenant insister sur deux points.

 

On ne peut manquer d’être frappé, tout d’abord, par l’homogénéité, au moins dans sa phase finale, de l’architecture Obeid, d’une extrémité à l’autre de sa zone d’extension : il suffit de comparer, par exemple, les constructions du niveau XIII de Gawra, au nord avec celles des niveaux VI -VII d’Eridu, au sud. D’autre part, grâce aux nouvelles découvertes dans la région de Hamrin, il devient maintenant possible de discerner à l’intérieur d’un même ensemble des variantes régionales, dont il est prématuré de dire si elles avaient aussi une signification chronologique.

 

D’un point de vue plus général, il semble bien que la civilisation Obeid offre, comme celle de Samarra, des exemples de « différenciation » architecturale. A côté des « monuments » dont il vient d’être question, on rencontre sur des sites comme Gawra et Abbadeh, des constructions « ordinaires », de plus petite taille, dont l’organisation intérieure est moins caractérisée. Cela ne veut pas dire pour autant que ces « monuments » doivent être systématiquement considérés comme des temples, comme l’on fait les premiers archéologues à les avoir rencontrés à Gawra, Eridu ou Uruk, opinion transmise dans toute la littérature archéologique. L’opinion des fouilleurs anglais de Madhur, d’après les trouvailles faites dans le bâtiment, est qu’il s’agit de maisons d’habitation, et ils proposent la même interprétation pour les bâtiments de Gawra, en particulier. On ne peut que souscrire à cette interprétation, comme on l’a montré en avançant l’hypothèse que ces bâtiments pouvaient être des maisons communautaires, analogues aux mudhif actuels, qui servent de salle de réunion pour les hommes du village et de pièce de réception pour les hôtes de passage.

 

Architecture de prestige, mais à vocation profane ou civile, telle est la signification que l’on peut donner à ces constructions où l’on passe insensiblement, selon les cas, de la simple maison d’habitation au monument chargé d’assurer sa place et son rang dans la communauté, sans pour autant modifier la conception fondamentale de l’espace occupé. Si l’on peut trouver, dès l’époque d’Obeid, des différences entre une architecture « domestique » et une architecture « monumentale », il ne s’agit pas, à ce stade, d’une différence de nature, mais tout au plus d’une différence de degré.

 

 

 

 

 

 

 

La 1ère partie : Ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’Architecture Mésopotamienne du 7e au 4e Millénaires (1ère partie)

1092016

 

 

 

 

 

Dans une synthèse récente sur le Proche-Orient ancien, on a pu mettre en évidence le rôle de la Mésopotamie dans le développement de l’architecture entre le 10e et le 4e millénaires. L’enquête a permis d’isoler trois types principaux, qui ont été mis en rapport avec les trois grandes civilisations traditionnellement reconnues dans cette région entre le 7e et le  4e millénaires : Halaf, Samarra et Obeid.

 

 

 

 

 

L'Architecture Mésopotamienne du 7e au 4e Millénaires (1ère partie)   dans Architecture & Urbanisme 1478624241-160829111953205703

Le site archéologique de Tell Halaf  (Syrie) 

 

 

 

 

 

L’importance particulière de la Mésopotamie vient de ce que, si le premier type (Halaf) appartient encore à une architecture de plan simple, les deux autres types (Samarra et Obeid) offrent, pour la première fois dans l’histoire, une architecture de plan complexe. La distinction repose sur le principe suivant : dans une architecture de plan simple, qui peut être mono- ou pluricellulaire, la communication entre les pièces se fait par l’extérieur, c’est-à-dire que pour se rendre d’une pièce à l’autre on sort de la première vers l’extérieur avant de rentrer dans la seconde. L’espace extérieur intermédiaire permettant la communication reçoit généralement le nom de cour. Dans le plan pluricellulaire complexe, au contraire, la communication se fait directement d’une pièce à l’autre, grâce à un réseau de circulations intérieures permettant d’accéder, sans ressortir, aux différentes parties du bâtiment. Dans ce système, il est fréquent, par exemple, qu’une seule pièce en commande plusieurs autres. Ce schéma architectural, élaboré à partir de la documentation archéologique disponible, s’est trouvé à la fois confirmé et complété par les découvertes récentes dans la région de Hamrin.     

 

 

 

 

 

 

L’ARCHITECTURE DE PLAN SIMPLE

 

 

 

 

 

 

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Le type Halaf . On a depuis longtemps associé à la civilisation de Halaf une architecture de plan circulaire, dont les premiers exemples avaient été découverts à Arpachiyah. Les tholoi sont construites en pisé, parfois sur des soubassements de pierres. Il y a de bonnes chances de penser qu’elles étaient couvertes d’un toit en coupole. On rencontre plusieurs variétés : certaines sont monocellulaires, d’autres monocellulaires avec des divisions intérieures, d’autres enfin sont pourvues d’annexés rectangulaires. Leur taille est en moyenne de 5-6 m de diamètre, les plus grandes mesurant 10-12 m. Selon les archéologues soviétiques de Ya- rim tepe, les tholoi servaient d’habitations. La position des premiers inventeurs, d’après qui il s’agirait de sanctuaires, paraît désormais difficile à tenir.

 

 

La répartition de ce type architectural, d’autant plus remarquable qu’il apparaît brusquement dans un contexte où règne ailleurs dans l’ensemble du Proche Orient une architecture de plan rectangulaire mono- ou pluricellulaire, correspond à la zone d’extension de la civilisation Halaf, dont les limites dépassent la Mésopotamie stricto sensu. Des tholoi ont été signalées vers 5.600-5.000 B.C. (dates «traditionnelles», non calibrées, calculées avec la demi-vie courte de 5.570 ans) à Arpachiyah, Aqab , Hassuna, Turlu et Yarim I . On en trouve vers 5.000-4.500 B.C. à Arpachiyah, Gawra, Gerikihaciyan, Hassuna, Turlu, Yarim II et Chagar Bazar. Cette répartition montre que la zone nucléaire de la civilisation Halaf pourrait bien être la Djezireh septentrionale, entre le Khabur, le Balikh et le Tigre, c’est- à-dire dans la région même du site éponyme où, paradoxalement, la nature et l’exigüité des sondages n’ont pas permis de retrouver d’architecture. Son extension vers le sud atteint Sawwan, où l’on a retrouvé aux niveaux IV-V une tholos sur soubassement de galets, ainsi que la région de Hamrin, sur le site d’Hassan. Cette présence dans une région « nouvelle » n’est pas sans intérêt pour apprécier les contacts avec les autres civilisations mésopotamiennes.

 

 

 

 

 

 

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Photo aérienne de Arpachiyah lors de l’excavation . A droite: la reconstruction isométrique de la Maison Brûlée

 

 

 

 

 

 

On oublie parfois de noter que les tholoi ne constituent pas l’unique caractéristique de l’architecture Halaf. Les fouilles de Hassuna, Gawra, Yarim I et Yarim II le montrent clairement. Sur ces derniers sites, qui offrent la plus grande superficie de niveaux Halaf mis au jour, les tholoi, avec ou sans annexes rectangulaires, sont associées à d’autres constructions indépendantes, de plan rectangulaire simple ou formées de petites cellules contiguës. Le même phénomène se reproduit à Hassan, dans le Hamrin. Les plans publiés ne sont pas très explicites, mais il semble que ces bâtiments, tholoi et constructions rectangulaires, soient regroupés à l’intérieur d’ensembles clos de murs. L’origine de la tholos circulaire n’est pas claire. Le type apparaît tout constitué dans un contexte général d’architecture rectangulaire qui, à cette époque, domine dans le Proche-Orient. Les fouilles de Hijara à Arpachiyah ont, de plus, montré que sous les tholoi les plus anciennes, on rencontre une architecture rectangulaire antérieure, caractérisée par la présence de pièces longues et étroites.

 

 

On assiste donc, au 6e millénaire, à un phénomène analogue à celui que l’on observe aujourd’hui en Syrie septentrionale et en Turquie méridionale, où l’on relève, dans un contexte dominant de maisons à toits plats, la présence de villages de maisons à toits en coupole, sur plan circulaire ou carré. Par un phénomène curieux de convergence, la zone actuelle d’extension des maisons à coupoles recouvre en partie la région où régnait, huit millénaires plus tôt, la civilisation Halaf.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Transsibérien : l’épopée Russe

18072016

 

 

 

 

 

 

 

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« Transsibérien », mythe de tous les grands voyageurs, des amateurs d’aventures extrêmes. Images de train s’enfonçant dans une taïga enneigée, d’un samovar fumant et de discussions nocturnes et infinies autour d’un verre de vodka. Qui ne rêve de « prendre le Transsibérien », synonyme d’un voyage vers l’ailleurs, signe d’évasion suprême ?

 

Mais, bien plus qu’une réalité, le Transsibérien évoque souvent une image confuse et incertaine, quoique son histoire représente un des plus grands défis de la fin du XIXe siècle. On a, pour le construire, détourné des fleuves, rasé des forêts entières et fait travailler des milliers de gens. La France, d’ailleurs, s’est embarquée corps et âme dans cette épopée à laquelle elle a cru, qu’elle a suivie, racontée et mise en scène à l’Exposition universelle de 1900. Pour comprendre ce qu’est le Transsibérien, il faut savoir avant tout que l’Occident a mythifié ce mot. Car le Transsibérien n’est pas un train réalisant un parcours magique et enchanté. C’est un réseau ferré qui devait rendre la Sibérie accessible. De nos jours, il comprend trois grandes lignes : Moscou-Vladivostok (dit le Transsibérien), Moscou-Pékin via Oulan-Bator (dit le Transmongolien), Moscou-Pékin via Kharbin (dit le Transmandchourien). La voie ferée BAM (Baïkal-Amour-Maguistral), qui double le Transsibérien, facilite l’acheminement des passagers et des marchandises vers le nord-est de la Sibérie. Il n’y a donc pas un Transsibérien, mais plusieurs trains qui relient différentes villes de Sibérie. On peut choisir de prendre un unique train Moscou-Vladivostok, comme on peut décider de s’arrêter dans différentes villes.

Le train reste le moyen de transport privilégié des Russes pour voyager en Sibérie, il est moins cher que l’avion et très commode. Mais les Russes le prennent surtout pour effectuer de courtes distances d’une ville à une autre.

 

 

Si tout cela peut sembler d’une banalité extrême c’est parce qu’on ne sait pas combien le train est attaché à la culture russe et combien l’ambiance d’un train russe offre à elle seule de charme et de magie. Le train a toujours joué un rôle privilégié dans l’imaginaire russe. Il suffit de penser aux scènes de gare d’Anna Karénine ou du Docteur Jivago, ou de se souvenir que Tolstoï est mort à la gare d’Astopovo ou encore de rappeler que Lénine est arrivé à Leningrad dans un train devenu célèbre. Le réalisme socialiste d’ailleurs n’a pas manqué de faire du train le symbole du progrès et de la révolution en marche dans les campagnes.

 

 

Outre le défi de passer le plus long voyage en train d’une traite, sept jours et six nuits, quel intérêt peut-on trouver à passer un voyage uniquement dans un train ?il est impossible de comprendre l’attrait de cette aventure avant d’avoir goûté à l’ambiance d’un train russe. En effet, s’embarquer dans ce train c’est, outre la découverte des paysages magnifiques et inconnus de la Sibérie, une immersion complète dans la culture du peuple russe, sa sociabilité, sa chaleur et sa sensibilité.

 

 

 

 

 

 

Histoire – Un projet titanesque : le défi russe

 

 

On peut difficilement comprendre aujourd’hui ce qu’a représenté la construction du Transsibérien. Cette épopée russe a duré plus de vingt ans (1891 – 1916). Pendant cette période, on a construit 7 426 km de voies ferrées, bâti des dizaines de gares et des centaines de dépôts de locomotives.

 

 

 

 

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Le chemin de fer transsibérien le pont de l’Irtych. 1896

 

 

 

 

Dans un pays difficile, désert, dépeuplé ont surgi des villages devenus, en peu de temps, de véritables villes comme Novossibirsk, née à l’endroit même où le chemin de fer franchit l’Ob. Le Transsibérien a engendré plus de 3 500 œuvres d’art parmi lesquelles des ponts de grande taille sur le Tobol (400 m), l’Irtych (640 m), l’Ob (734 m), le Tom (521 m), l’Ienisseï (512 m), l’Amour (2 500 m) et de nombreux tunnels, dont les fameux 39 tunnels du Circabaïkalien. Les bâtisseurs ont eu à surmonter d’énormes difficultés : de grands fleuves et de nombreuses rivières montagneuses aux cours d’eau instables, une taïga impénétrable, d’incontournables rochers, le gel, le permafrost, les maladies…Toutes ces conditions extrêmes ont obligé les ingénieurs russes à adopter des techniques spécifiques et à innover. Par exemple, en 1907, ils ont construit dans la solution de Mozgon, dans la région de Tchita, le premier bâtiment sur du permafrost, qui est aujourd’hui encore en bon état. Cette technologie a été utilisée ensuite au Groenland et en Alaska. Le projet du pont sur l’Ienisseï, de l’ingénieur Proskouriakov,  a reçu une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1900. Pour la première fois dans l’histoire du chemin de fer, on a utilisé du béton armé. La pose des rails à même la glace du lac Baïkal a été considérée à l’époque comme une prouesse. La presse de l’époque a comparé la construction du Transsibérien à la découverte de l’Amérique et à l’élaboration du canal de Suez. De fait, le Transsibérien a joué un rôle déterminant dans le développement économique et social de la Sibérie. La population s’est accrue d’une façon considérable : en 1900, on comptait 7.6 millions d’habitants, en 1912 déjà 12.6 millions. Le Transsibérien a permis de mettre en valeur les immenses richesses naturelles de la Sibérie. Aujourd’hui même, il transporte l’essentiel des voyageurs et des marchandises entre les parties européenne et asiatique de la Russie. Le Transsibérien est véritablement l’épine dorsale du géant russe.

 

 

 

 

 

 

 

Avant le Transsibérien

 

 

Avant la création de ce chemin de fer, le voyage en Sibérie était une dure épreuve. Il existait un chemin, appelé « trakt », fait de pierres disloquées et de cailloux et très peu praticable. On parle encore aujourd’hui du « sibirski trakt ».

 

Il fallait près de deux mois pour se rendre de Moscou à Irkoutsk. A cette époque, les meilleurs moyens de transport étaient les chevaux et les cours d’eau. Pour se faire une idée du voyage, il faut se rappeler celui de Tchekhov en 1890 jusqu’à l’île Sakhaline : en train de Moscou jusqu’à Perm, sur la Volga et la Kama, puis le train à nouveau jusqu’à Tioumen (depuis 1885) ; à partir de Tioumen jusqu’au lac Baïkal en tarantass (voiture à cheval), la traversée du lac se faisant en bateau. Puis le voyage en voiture à cheval jusqu’à Sretensk ; re-bateau sur la Chilka et l’Amour jusqu’à l’océan Pacifique. Tchekhov, fatigué et déprimé, écrivit : « Un voyage dans cette région est pénible, terriblement pénible. On est plus démoralisé encore lorsqu’on pense que cette route infernale est la seule voie par laquelle la civilisation pénètre en Sibérie ! »

 

 

Aujourd’hui, on parcourt cette distance de 9 298 km en six jours et demi.

 

 

 

 

 

 

 

Un train en Sibérie : une pure folie ?

 

 

 

Tandis qu’au XIXe siècle le rail commençait à se répandre dans tous les pays occidentaux et qu’aux Etats-Unis la conquête du Far West passait par le train, la Russie se lançait avec hésitation dans cette aventure. Alexandre il avait certes fait construire un rail en Russie occidentale qui s’arrêtait à Saratov, mais il était hors de question de franchir l’Oural qui ouvrait sur la terre de nulle part, ne servant qu’aux déportations.

 

 

Il était stratégiquement préférable pour les gouvernants de ne pas relier la Sibérie à l’autre partie de la Russie, afin que l’isolement des déportés soit total. Par ailleurs, vouloir construire des rails dans cette partie de la Russie eut été pure folie, étant donné les conditions climatiques et le terrain, le nombre de kilomètres et l’investissement financier que cela eût entraîné.

 

 

 

 

 

 

 

 

Naissance du projet Transsibérien : un choix stratégique

 

 

 

Dans le dernier quart du XIXe siècle, les tensions politiques augmentant, le nombre de personnes envoyées au bagne prit des proportions énormes. Mais, étant donné qu’un télégraphe parti de Sibérie mettait quinze jours à arriver à Saint-Pétersbourg, le tsar perdait progressivement le contrôle de ces territoires. Aussi l’idée d’un train traversant la Sibérie commença-t-elle à germer dans les esprits à partir des années 1860. Cependant il faut attendre vingt ans pour que le gouvernement se décidât à considérer sérieusement ce projet. Ce fut alors une lutte d’ingénieurs rivalisant pour présenter leurs projets. Le ministre des Voies et Communication fut obligé de commander une étude précise, sérieuse et très documentée des conditions présidant à la réalisation du projet. En 1883, on s’arrêta sur le projet de réaliser la ligne Ekaterinbourg-Tioumen qui fut effectuée en 1885. Il s’agit d’une révolution dans le réseau de transport russe : le train avait franchi l’Oural !

 

Mais, progressivement, l’idée de la construction du Transsibérien fut orientée par des choix géopolitiques, économiques et stratégiques. Dans les années 1880, les gouverneurs des réions frontalières de la Chine commencèrent à alerter Saint-Pétersbourg des dangers que représentait l’implantation massive et régulière de matériel militaire chinois sur la rive méridionale de l’Amour. Aussi le train apparut alors comme une nécessité pour transporter des troupes en cas de conflit sino-russe.

 

Luttant contre tous les ministères qui soulignaient le gouffre financier dans lequel cette aventure entraînerait la Russie, le tsar Alexandre III resta convaincu que le train serait le meilleur moyen de conserver l’intégrité de cet immense empire. En 1891, le projet de construction du Transsibérien fut officiellement annoncé.

 

 

 

 

 

 

 

Le plus grand défi du XIXe siècle  

 

 

Lorsque les ingénieurs se lancèrent dans cette aventure d’un train de 7 000 km ; ils étaient conscients des difficultés incommensurables qui les attendaient. Comment, tout au long du chantier, approvisionner les ouvriers en hébergement ; en nourriture et en matériel ? Comment franchir sept fleuves ? Comment franchir le lac Baïkal ? Sans compter que la taïga était constituée de terrains humides et instables. Il fallait aussi prendre en compte les monts Saïan entre l’Ienisseï et Irkoutsk. Sans parler du coût financier à une époque où la Russie traversait des difficultés. Grâce à l’acharnement d’Alexandre III, 7 millions de roubles furent obtenus pour la construction du tronçon Vladivostok-Grafskaya. L’aventure était folle, mais le pari était lancé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Début des travaux  

 

 

 

 

 

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Krasnoïarsk : Gare Transsibérien de Moscou à Pékin. Exposition Paris 1900

 

 

 

 

Afin d’accélérer la construction, on décida de commencer les travaux par les deux extrémités de la ligne : à Vladivostok, côté Pacifique, et à Tioumen, côté continental. En 1892, fut créé le Comité du chemin de fer de Sibérie, présidé par le tsarévitch Nicolas II. Le gouvernement russe choisit un trajet passant par Tcheliabinsk, Kourgan, Omsk, Kansk, Krasnoïarsk, Nijné-Oudinsk,  Irkoutsk, Tchita, Khabarovsk, Vladivostok, Grafskaïa. La plus grande partir de la voie de Tcheliabinsk à Sretensk fut achevée sans retard. La mise en service de toute la ligne du Transsibérien fut retardée par les énormes difficultés du Circabaïkalien,  contournant le lac Baïkal au sud. Il fallut construire 39 tunnels, des ponts, des supports, des drains, etc.

 

 

Ce tronçon-là du chemin de fer coûta 197 000 roubles le kilomètre, tandis que le prix moyen d’un kilomètre s’élevait à 72 000 roubles. La construction du Circabaïkalien ne fut achevée qu’en 1905, mais, en attendant, les trains circulaient normalement, la traversée du lac (64 km) se faisant par bateaux. En 1900, on mit en service deux ferries brise-glace(le Baïkal et l’Angara) qui pouvaient porter chacun 25 wagons. La traversée de plus de 60 km prenait trois heures et demie. Mais, en plein hiver, la glace étant trop épaisse, on ne put plus passer. Le ministre des Voie et Communication, le prince Hilkoff, proposa alors de poser les rails à même la glace du lac et de se servir de chevaux pour tirer les wagons. Cela fut fait en mars 1904. Cette heureuse idée permit de hâter le passage des troupes et du matériel durant la guerre russo-japonaise. Devant les difficultés du maillon Sretensk-Khabarovsk, le gouvernement russe opta en 1896 pour une ligne directe à travers la Mandchourie, négociant avec la Chine la possibilité d’y faire passer le chemin de fer.

 

 

 

 

 

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Le transsibérien le tunnel sur la ligne autour du lac Baïkal1910

 

 

 

 

 

La ligne de l’est chinois, le Transmandchourien (1 507 km), fut construire par les Russes de 1897 à 1903. Au début de 1904, la ligne reliait enfin Tcheliabinsk à Vladivostok, via Kharbin. Mais la défaite face au Japon, en 1905, obligea la Russie à céder le sud de cette ligne à l’ennemi, et l’amena à construire dés 1907 un tronçon en territoire russe qui franchit l’Amour à Khabarovsk par un pont de plus de 2 km. Le train fut inauguré pour la guerre russo-japonaise. Le tsar en profita pour faire voyager toute son armée à toute vitesse vers l’extrême Sibérie. La liaison Tchita-Vladivostok par la ligne de l’Amour fut retardée par la Première Guerre mondiale. La construction du pont sur l’Amour ne fut achevée qu’en 1916. Les trains à cette époque parcouraient la distance de Tcheliabinsk à Vladivostok en onze jours. Le mouvement des voyageurs et des marchandises sur le Transsibérien augmentant chaque année dans des proportions considérables, le gouvernement fut obligé de doubler certaines parties de la ligne, d’augmenter de 3 à 20 (vers 1910) le nombre de trains qui passaient chaque jour dans les deux sens, etc.

 

De multiples embranchements vers le nord et vers le sud étaient prévus, mais leur construction fut interrompue par la révolution d’Octobre.

 

 

 

 

 

 

 

Dans le concret des travaux   

 

Les travailleurs logeaient dans des baraques de bois préfabriquées, que l’on déplaçait de 5 km en 5 km. Les problèmes de ravitaillement et d’hygiène étaient fréquents. Typhus et choléra firent des ravages. Les crédits manquants, le gouvernement russe fit appel à la Croix-Rouge internationale dont ce fut une des premières missions à caractère humanitaire. La rigueur des conditions entraîna une défection de personnel. On fit donc appel à des forçats, qui voyaient la durée de leur peine diminuée, mais devaient travailler les fers aux pieds.

 

 

 

 

 

 

 

 

Transsibérien : porte-flamme des forces vives de la jeune URSS

 

La guerre civile en Russie a complètement saccagé le réseau du Transsibérien : ponts et rails dynamités, dépôts de locomotives et wagons endommagés. Les travaux de reconstruction durèrent jusque dans les années 1930, quand le Transsibérien se changea en chemin de croix vers le goulag…Mais une fois cette guerre civile terminée, le Transsibérien prend une orientation complètement différente. Il devient pour la jeune URSS un réel instrument de mise en valeur des richesses sibériennes. Il va permettre la conquête du « Far East » russe. A contre-courant des modèles américains et européens qui privilégient alors le développement routier et aérien, l’URSS a cru au train. Il transporte tous les pionniers du socialisme en marche. Progressivement de nouvelles lignes et de nouveaux embranchements sont construits pour mettre en valeur les Républiques socialistes soviétiques qui étaient jusque-là négligées par les tsars. Durant les années 1930, ce train va être le fer de lance de toute la révolution industrielle en train de métamorphoser la Russie. Des locomotives extrêmement perfectionnées apparaissent permettant de faire Moscou-Vladivostok en neuf jours.

 

 

 

 

 

 

 

 

Complexification des voies

 

Vers 1938, la voie fut doublée sur tout son parcours. La ligne Tourk-Sib (1926 – 1931), longue de 1400 km a été prolongée jusqu’à Almaty (1985) et puis jusqu’à la frontière avec la Chine (1990) où elle a été raccordée à la voie ferrée chinoise. La ligne Oulan-Oudé-Naouchki fut inaugurée en 1939. De nombreux embranchements ont desservi de nouveaux centres industriels : ligne Taïga-Tomsk-Assino ; ligne Novossibirsk-Leninsk, réduisant la distance du transport de charbon du Kouzbass vers le Transsibérien. En 1952, fut achevée une ligne plus méridionale reliant Magnitogorsk à Taïchet, en Sibérie orientale, par le nord du Kazakhstan, Barnaoul et Abakan. Dans les années 1970 fut terminée la ligne Khrebtovaïa-Oust-Ilimsk. Un certain nombre d’embranchements partent vers le sud, reliant le Transsibérien au Transmandchourien et au Transmongolien dont la ligne a été inaugurée en 1950. L’électrification du Transsibérien a commencé à la fin des années 1940. Aujourd’hui, la ligne du Transsibérien est électrifiée presque tout du long, sauf un maillon de Khabarovsk à Oussourisk.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernière innovation transsibérienne : le BAM

 

Entrée en service en 1984, la voie ferrée BAM (Baïkalo-Amourskaïa-Maguistral) double le Transsibérien vers le nord. Elle parcourt 3 200 km en contournant le lac Baïkal au nord. Le chantier des premiers tronçons de cette ligne commença en 1974. Longue de 3 834 km, cette voie ferrée traverse onze grands fleuves et rivières (la Léna, Le Vitim, la Zeïa, la Boureïa, etc.), sept chaînes montagneuses. Plus de 1 000 km de rails ont été posés dans les régions de permafrost, de marécages et de grand séisme. Le BAM comporte huit tunnels dont le plus grand-le tunnel sous les monts Severo-Mouïsk- y est de 16 km. 142 ponts (de plus de 1 000 m), plus de 200 gares. La construction de ce chemin de fer a fait surgir, dans un pays désert, plus de 60 villes et bourgs. Les plus grandes stations de cette ligne sont Tynda, Ourgal, Berkakit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bibliographie :

  • Trains du monde 
  • Sibérie

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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