La ville « Gentilice » en al-Andalus et au Maghreb occidental

19112017

 

 

 

 

 

Des travaux récents, à partir des exemples d’al-Kufa et de Fusttat, réactualisé et précisé les traits fondamentaux des premières implantations arabes, déjà dessinés antérieurement par d’autres : la centralité de la mosquée et du qasr gouvernemental établis au cœur de la ville dans un espace réservé d’une part, la disposition plus ou moins rayonnante des quartiers tribaux concédés aux différentes unités de l’armée d’autre part. De façon un peu inattendue, on rattache à ces exemples de villes nouvelles le cas de Damas. L’occupation du palais gouvernoral par le pouvoir califien, puis la construction de la grande mosquée dans sa proximité, donnent, dit-il, une polarité à la ville byzantine éclatée entre de multiples paroisses. Par ailleurs, si le tissu urbain de base, préexistant, n’est pas à proprement parler divisé entre les tribus constitutives de l’armée.

Il semble que des considérations similaires pourraient être faites à propos d’autres villes importantes occupées par les Arabes à l’époque de la conquête et ranimées par leur intégration au Dar al-Islam et l’on pense évidemment à Cordoue.

Les exemples maghrébins de ville initialement ‘’gentilices’’, au sens étroit du terme, ne manquent pas, Kairouan sans doute, ville fondée vers 670 de la même façon que al-Kufa et Fusttat, et probablement sur un modèle voisin, mais aussi Fès, édifiée par les Idrissides aux alentours de 800, et dont le premier espace urbain fut, si l’on en croit le Qirtas constitué par la juxtaposition des tribus arabes et berbères établies par Idris II : « Lorsqu’il eut achevé la construction de la ville et l’eut entourée de murailles et dotée de portes, il y établit les tribus, donnant aux Arabes qaysites depuis la porte d’Ifriqiya jusqu’à la porte de Fer dans le quartier des kairouannais ; il installa la tribu de Azd à côté d’eux, et les Yahsub à côté de ces dernières, de l’autre côté. Il installa les tribus (berbères) de Sanhadja, Luwatta, Masmuda et al-Sayhan chacune à sa place, leur ordonnant de labourer la terre et de la cultiver. »*  

 

Il est probable que des villes mal connues comme Tahert ou Sigilmasa s’accorderaient à ce premier type d’organisation. Un tel modèle, encore plus spontané dans sa primitive structuration tribale, est encore « opératoire » jusqu’à des époques bien plus tardives. Ainsi dans le cas de Meknès, qui n’est encore, au XIIe siècle, qu’une juxtaposition de localités tribales éparpillées autour d’un qasr gouvernemental plus récemment construit.

 

 

 

 

La ville « Gentilice » en al-Andalus et au Maghreb occidental dans Architecture & Urbanisme 1507728294-lskuje4343000000-l

Les Ruines de Sijilmassa

 

 

 

 

On ne sait pas, en revanche, dans quelles conditions s’organisa le peuplement arabo-berbère de Cordoue et des autres villes andalouses. La très forte tonalité tribale du premier siècle de l’Islam dans la péninsule amène à penser que le fait tribal ne fut pas sans quelque influence sur les modalités concrètes du développement urbain important qu’al-Andalus connut à partir de ce moment, mais il faut bien admettre que, dans la plupart des cas, le peu que nous savons de la géographie concrète des cités hispano-arabes aux VIIIe – IXe siècles, ne permet pas d’aller au-delà de cette hypothèse.

Dans un cas cependant, celui de Pechina, localité proche de l’actuelle Almeria et centre le plus important de la pointe sud-est de la péninsule avant l’essor de cette dernière ville à la fin du IXe siècle, les sources laissent entrevoir une disposition gentilice des groupes arabes antérieurement au processus d’urbanisation proprement dit. Pour le géographe al-Himyari, qui s’inspire généralement d’al-Bakeri, la localité indigène de Baǧǧana, dans la basse vallée de l’Andarax, reçut au milieu du IXe siècle un contingent d’Arabes yéménites. Le peuplement se dispersait à cette époque en ‘quartiers’ (harat clanique) dispersés, dont le centre polarisateur était une grande mosquée ; une toponyme de type tribal « se conserve d’ailleurs longtemps dans cette région : les districts qu’y énumère ai-Udri dans la seconde moitié du XIe siècle correspondent pour une bonne part à d’anciennes implantations arabes dont la tonalité « gentilice » est évidente.

Un héritage de tribalité arabe marque fortement les deux premiers siècles de l’histoire musulmane d’une ville comme Séville. La relative pauvreté des textes arabes et la nature même des faits sociaux comme la segmentarité tribale qui ne peut avoir laissé de traces archéologiques dans le sous-sol sans cesse remanié d’une ville comme Séville, ne laissant évidement guère d’espoir d’en retrouver éventuellement la marque. On signalera cependant qu’une première analyse du parcellaire urbain d’une autre grande ville andalouse, Tolède fait nettement apparaître des noyaux de peuplement anciens bien distincts les uns des autres, que compte tenu du peuplement majoritairement indigène de la ville aux VIIIe et IXe siècles on ne saurait attribuer à des structures tribales ou à des divisions ethniques, mais qui semblent renvoyer à une organisation éclatée du peuplement dans le Haut Moyen Âge.  

 

 

 

 

 

 

Les Grandes Métropoles Politiques des IXe-Xe siècles  

 

L’évolution ultérieure de cette première génération de villes est dominée par le renforcement et la militarisation du pouvoir. C’est autour de ce dernier, bien plus que de la mosquée, que se structurent les grandes capitales de l’Islam. A Wassit déjà, construite à la fin du VIIe siècle en Iraq pour y maintenir l’ordre omeyyade, « la surface du qasr est le double de celle du djami » **

Et l’on sait à quel point la « ville ronde » de Bagdad, édifiée un peu plus d’un demi-siècle plus tard par la nouvelle dynastie abbasside, est centrée sur les immenses palais califiens qui en constituent le cœur. On serait tenté de voir dans Samarra, occupée par le califat abbasside à partir de 836, le stade ultime d’une évolution, où la ville elle-même semble absorbée par un immense espace palatin avec lequel elle se confond.

 

 

 

 

1507722643-62-big dans Architecture & Urbanisme

La grande mosquée de Samarra 

 

 

 

 

 

L’évolution de la conurbation Fusttat/Le Caire, qui a inspiré la périodisation, ne dément évidemment pas cette interprétation de la première phase de l’expansion des villes islamiques. Il en va de même dans l’Ifriqiya des IXe-Xe siècles, si fortement marquée dans son histoire urbaine par l’édification successive des quatre villes princières essaimant autour de Kairouan ou cherchant à la remplacer. La vieille cité militaire et tribale arabe, centrée aussi au VIIIe siècle sur un dar al-Imara et une mosquée principale –dont les Aghlabides firent au IXe siècle l’un des sanctuaires majeurs de l’Occident musulman- éclate ensuite de façon quelque peu chaotique au rythme des créations princières des Aghlabides : al-Abbasiyya et Raqqada au IXe siècle, puis des Fatimides avec Mahdiyya puis Sabra Mansuriyya au Xe siècle.

Une prolifération analogue de villes palatines nouvelles s’observe en al-Andalus, le troisième grand foyer de développement d’un pouvoir califal. Le phénomène ne peut être mieux illustré que par le texte qu’aussi bien le Bayan que le Rawd al-Mi’tar, d’après Ibn Haqan, consacrent à la création de Madinat Al-Zahira par al-Mansur, aux environ de 890. Lorsque le grand hagib du calife Hicham II sentit sa position politique à la fois suffisamment assurée et en même temps exposée, à cause de son élévation même, à une conjonction des envies et des mécontentements telle :

 

Qu’il craignit pour sa vie quand il se rendait au palais du gouvernement, […] il conçut alors le haut dessein, tel qu’en conçoivent des rois, de créer de toutes pièces un palais pour sa propre résidence, où il fixerait ses parents et ses proches, où il placerait le siège de son autorité, où il élaborerait ses projets politiques, où il rassemblerait ses officiers et sa garde du corps, où il réunirait ses obligés.

 

En deux années, sur un emplacement qui n’est pas exactement connu, mais qui était situé un peu en amont de Cordoue sur la rive du Guadalquivir, il fit édifier, avec un luxe tel « que les yeux éprouvaient de la fatigue à la regarder », une nouvelle agglomération gouvernementale dotée d’une enceinte, où il installa

 

Ses dépôts d’armes, ses trésors et ses objets précieux, y fit installer des bureaux pour les hauts fonctionnaires, où se réglèrent les diverses affaires administratives, des écuries pour les chevaux et mulets, des magasins à grain à l’intérieur et des moulins sur le bord du fleuve. Puis, il y fit d’importantes donations foncières à ses vizirs, à ses secrétaires, à ses généraux et à ses chambellans. Ceux-ci y firent bâtir de grandes demeures et de beaux palais et fondèrent aux alentours des plantations de rapport et des pavillons de plaisance. Bientôt cette ville déborda de ses premières limites ; des bazars y furent installés, les capitaux y affluèrent, et l’on vint à l’envie s’y fixer ou en habiter les abords, afin de se rapprocher des détenteurs du pouvoir. Il y eut une telle émulation dans la construction que bientôt les faubourgs de la nouvelle ville touchèrent à ceux de Cordoue.

 

La construction de la ville califale de Madinat al-Zahra avait, une quarantaine d’années auparavant, donné lieu à un processus d’urbanisation sans doute encore plus spectaculaire. Madinat al-Zahraa en effet totalement disparu, alors qu’il subsiste de Madinat al-Zahra des vestiges impressionnants, qui s’étendent sur plus d’une centaine d’hectares. Ibl Hawqal, qui visite al-Andalus aux environ de 970, évoque l’extension de cette première ville princière située à l’opposé de la future al-Zahira, à 7 ou 8 km en aval de Cordoue, dans des termes tout à fait analogues à ceux que l’on a vus utilisés plus haut pour décrire la ville d’al-Mansur. Il indique que le souverain ayant offert une prime de 400 dirhams à ceux qui s’installeraient dans le voisinage, « ce fut une ruée de gens qui se hâtèrent de faire bâtir : les édifices y devinrent denses et la popularité de cette ville prit des proportions, telle que les maisons formaient une ligne continue entre Cordoue et Zahra. « A Madinat al-Zahra, le dixième environ de la superficie, soit une dizaine d’hectares est occupée par la partie proprement « palatine » de la ville, espace de cour, d’appart et de gouvernement nettement distinct de la zone –non fouillée- des habitats ‘ordinaires’, alors qu’avec ses quelques 70 x40 m, la mosquée djami, établie au contact de la ville et de l’espace palatin est comme écrasée par celui-ci, qui la domine de très loin topographiquement et spatialement. Cette disparité correspond tout à fait, en l’accentuant considérablement, à celle notée à propos de Wasitt.

Si l’on tient compte à la fois des textes et des vestiges archéologiques, on constate que la contribution constituée par Cordoue et les deux villes de pouvoir qui s’étaient édifiées à proximité s’étendait quasi sans interruption sur un secteur de la vallée du Guadalquivir long de près une quinzaine de kilomètres, ce qui en fit pendant quelques décennies une agglomération comparable en importance aux deux autres grandes métropoles politiques des premiers siècles de l’Islam, Bagdad et Le Caire.

Aux yeux d’Ibn Hawqal, qui écrit avant l’expansion du Caire sous les Fatimides, la capitale andalouse ne pouvait être comparée qu’à Bagdad, et n’avait pas d’égale dans le Dar al-Islam. On peut rappeler que la mosquée de Cordoue à la fin du califat, avec 180 x 130 m, était l’un des plus vastes lieux de prière communautaire du monde musulman, dans la tradition des grandes mosquées des autres métropoles qualifiées de « gentilices ».

 

En Ifriqiya et en al-Andalus au Xe siècle, comme en Iraq un siècle plus tôt, et un peu plus tard en Egypte, ces grandes métropoles de la fin du Xe et du début du XIe siècle sont d’abord des capitales politiques, qui doivent leur prodigieuse croissance au fait que le pouvoir qui y réside exerce son autorité sur un espace « impérial », ce qui les place ‘au centre de réseaux qui drainent vers elles les hommes et les ressources’, concentration que l’on ne pourrait illustrer de façon plus frappante qu’en renvoyant aux passages admiratifs que les sources arabes consacrent à l’édification de Madinat al-Zahra, peu après la proclamation du califat de Cordoue.

Si l’on prend un peu de hauteur pour considérer la politique constructrice des Omeyyades de Cordoue, on constate que dans sa phase émirale le pouvoir omeyyade s’était attaché parallèlement à l’amélioration du palais ou qasr intra urbain et à l’accroissement et à l’embellissement de la grande mosquée qui le jouxtait. Sous Abd al-Rahman III et al-Hakam II, le pouvoir, sans oublier la mosquée, magnifiquement agrandie et embellie par le second calife, consacre des moyens humains, financiers et matériels énormes à l’édification d’une colossale ville princière, où l’espace proprement religieux fait bien modeste figure à côté de celui dévolu au politique. L’édification de Madinat al-Zahra par al-Mansur se situe à l’issue de cette évolution. Les sources ne semblent pas y mentionner explicitement de mosquée, bien qu’il est peu vraisemblablement que la ville n’ait pas été pourvue d’un lieu de culte. Mais ce n’est certainement pas la mosquée qui constituait la polarité principale de la nouvelle création urbaine, alors que le souci dominant des premiers émirs omeyyades installés en al-Andalus avait bien été y édifier un lieu de culte communautaire en quelque sorte légitimateur de leur pouvoir dynastiques.

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

 

 

 

 

Les autres villes de l’Occident Musulman   

 

On est tenté de faire entrer dans la même catégorie des villes « gentilices » stimulées par leur position stratégique au cœur de vastes empires une autre capitale de l’islam d’Occident, Palerme, dont Ibn Hawqal, infatigable voyageur, nous a laissé une remarquable description. Il en fait bien ressortir la structure éclatée en vastes quartiers disposés sans grande cohérence apparente autour du noyau central ou madina que constitue la vieille ville byzantine enfermée dans son enceinte. Au cœur de ce centre ancien, l’ancienne cathédrale transformée en mosquée principale, dont l’importance suscite l’étonnement du géographe oriental. Il a, dit-il, eu la curiosité d’en évaluer la contenance un jour d’affluence, et pense qu’elle pouvait contenir trente six rangées de 200 fidèles, soit plus de sept mille personnes. Il ajoute que si les Cordouans se vantent de compter dans leur ville cinq cents mosquées, les Palermitains en revendiquent plus de deux cents pour la leur, chiffre qu’il affirme avoir en grande partie vérifié par lui-même. Certes, la grande majorité de ces « mosquées » étaient en fait de simples oratoires privés. Mais leur prolifération même n’est pas sans jeter une lumière indirecte sur la structure ‘émiettée’ de cet urbanisme de l’islam occidental au Xe siècle après la disparition des solidarités ‘gentilices’ de l’époque antérieure : « J’ai appris, écrit-il, que chaque habitant, par excès d’orgueil, désirait posséder sa propre mosquée, qui lui soit réservée et à laquelle personne n’aurait accès en dehors de sa famille et de sa clientèle. »** on peut rapprocher cette indication de celle que nous fournit l’émir Abd Allah de Grenade sur la mentalité des habitants de la ville d’Elvira à la fin du califat de Cordoue : « ils ne pouvaient pas se souffrir les uns les autres, à tel point que d’aucuns se faisaient construire devant leur maison un oratoire et des bains pour éviter le contact de leur voisin ».

Selon l’émir Abd Allah, l’individualisme des habitants d’Elvira était tel « qu’ils ne voulaient obéir aucune autorité, ni accepter les décisions d’un gouverneur, alors même qu’ils étaient les gens les plus peureux du monde, et craignaient pour le sort de leur cité car ils étaient incapables de faire la guerre à personne, même à des mouches, sans être assistés par des milices (étrangères) capables de les protéger et de les défendre. » Ces dispositions d’esprit expliquent, pour le dernier émir ziride de Grenade, que les Andalous d’Elvira aient alors fait appel aux mercenaires berbères de l’armée califale pour prendre le commandement de leur ville et assurer leur sécurité durant la crise du califat de Cordoue. D’une façon plus générale, on est surpris, à la même époque, par l’importance prise dans la vie politique andalouse par les éléments militaires étrangers, Berbères et Esclavons, qui, lors de l’effondrement du califat, s’emparent apparemment sans grandes difficultés du pouvoir dans de nombreuses villes d’al-Andalous.

 

Les rapports entre pouvoir et société, principalement urbaine, sont analysés par Thierry Bianquis en des termes qui rendent plus intelligible un processus d’isolement du pouvoir, qui n’est en al-Andalus qu’un cas particulier d’une situation générale dans le monde musulman.

Cette distanciation entre la société urbaine et le pouvoir favorisa incontestablement l’accaparement de celui-ci par des minorités sociales ou ethniques ‘étrangères’ – groupes militaires d’origine servile en particulier – qui constituent l’un des aspects les plus significatifs de la cité médiévale en islam.

Dans la Palerme que visite Ibn Hawqal, comme dans les autres capitales à la même époque, le pouvoir – d’autant plus qu’il s’agissait à cette époque d’un pouvoir chiite – s’était écarté du centre ancien et du voisinage de la grande mosquée, pour s’établir dans une enceinte périphérique, la ville gouvernementale de Halisa, ou le souverain et sa suite résident ; elle contient deux bains (publics), mais il ne s’y trouve ni marchés, ni hôtelleries ; il y a une petite mosquée cathédrale, une garnison militaire du souverain, un arsenal, ainsi que des bureaux administratifs.

En al-Andalus, le processus d’isolement des garnisons et du pouvoir nous est assez bien connu, et avait commencé très tôt. En premier lieu, semble-t-il, avec la prise de contrôle des villes par le pouvoir omeyyade à l’époque émirale. L’exemple le plus connu est celui de Mérida, ville que dominaient des Muwallad-s- ou musulmans d’origine indigène – prompts à se soulever contre le pouvoir de Cordoue. Celui-ci y édifié dans les premières décennies du IXe siècle une citadelle de pierre de plan à peu près carré de 130 m de côté, avec des murs de près de 3 m d’épaisseur, séparée de la ville, pour abriter une garnison. Sur d’autres villes importantes des marches frontières, en particulier Badajoz et Saragosse, on possède des informations relativement abondantes, parfois quelque peu contradictoires, qui ne font pas aux IXe et Xe siècles de place importante à la dualité ville-citadelle,  bien qu’il semble y avoir existé assez tôt un espace fortifié réservé à l’installation du pouvoir.

A Séville, la population est plus mélangée, mais fortement dominée socialement par l’aristocratie arabe, encore attachée à ses divisions tribales et organisée en grands lignages aristocratiques d’origine majoritairement yéménite, mais où comptent aussi les parents et clients de la famille régnante, qui se rattachent aux Omeyyades et aux Quraychites. La ville de la première moitié du IXe siècle semble donc conforme au modèle ancien. Habitée par une aristocratie arabe attachée à ses structures « gentilices », elle comporte intra-muros une mosquée cathédrale (agrandie par l’émir Abd al-Rahman III) et une résidence gouvernorale en position centrale. Elle est dotée au milieu du IXe siècle par le même émir d’une enceinte de pierre pour la protéger de la menace des Normands mais rien n’indique qu’elle ait été alors pourvue d’une citadelle (qasaba) dotée de sa propre enceinte.

L’existence d’un unique qasr – palais gouvernemental – , peu fortifié, au centre de la ville, ressort du récit des troubles civils qui marquent les trois dernières décennies au IXe siècle, troubles relatés avec détail par l’historien Ibn Hayyan.

 

La situation de Tolède, n’est pas sans analogie avec celle de Séville. La ville du VIIIe siècle , dont le peuplement muwallad semble avoir été assez homogène, manifeste très vite une opposition quasi constante au pouvoir cordouan. En 191 H/807, le gouverneur loyaliste de la cité persuada les Tolédans de le laisser édifier une forteresse pour isoler des habitants les représentants du pouvoir. Il y attire les principaux notables dans un guet-apens et les massacres : la ville sort ensuite à nouveau de l’autorité omeyyade, et est reprise en 222 H/837, sous Abd al-Rahman II, qui fait reconstruire la forteresse bâtie trente ans plus tôt. Celle-ci se trouvait, selon toute vraisemblance à l’emplacement de l’actuel alcazar, au point le plus élevé de la ville. Tolède redevient indépendante durant la crise politique de la fin du IXe siècle, et doit être reprise, après un long siège, à l’époque de Abd al-Rahman III (320 H/932). C’est alors semble-t-il, que fut édifiée une nouvelle enceinte unissant l’ancien qasr gouvernemental remis en fonction au pont sur le Tage, et appelée al-Hizam. L’histoire de la ville de la conquête arabe du début du VIIIe siècle au début du califat est donc, comme à Séville, marquée par les efforts du pouvoir central pour imposer aux habitants l’établissement d’une forteresse gouvernementale, siège d’un gouverneur et d’une garnison. Le fait que la ville soit dominée par l’élément arabe ou par l’élément indigène ne modifie pas fondamentalement le schéma d’évolution.

Le cas très connu de l’ensemble Pechina-Almeria, bien qu’un peu différent, correspond à un même processus d’affermissement du contrôle du pouvoir central sur une région et une population qui, à l’origine, lui échappent largement. Les Arabes yéménites établis dans la vallée de l’Andarax vivaient dans des quartiers dispersés, vraisemblablement aux environs d’une modeste localité indigène préexistante. A la fin du IXe siècle, un groupe de ‘marins’ (bahriyyun), probablement des commerçants pirates se livrant à la razzia et au commerce des esclaves saqaliba sur les côtes chrétiennes,  s’installa dans la basse vallée de l’Andarax, donnant bientôt à Pechina l’allure d’une véritable ville et entretenant des rapports parfois tendus avec leurs voisins arabes ; il semble cependant que le centre polarisateur des communautés humaines regroupées dans la région ait continué â être l’ancienne mosquée principale, dont on a conservé plusieurs descriptions. L’agglomération s’agrandit considérablement du fait des activités commerciales et de la sécurité que la petite république des marins de Pechina sut maintenir localement lors des luttes civiles de la fin du IXe et du début du Xe siècle, si bien que d’importants faubourgs se peuplèrent. En 302 H/915 les habitants de la région se soumettent à Abd al-Rahman III, qui, à leur demande, leur donne comme gouverneur un personnage d’origine arabe, de la tribu yéménite de Ta’i, qui semble avoir été un notable local estimé de la population.

Il est certain que dès cette époque, la zone côtière située à quelques kilomètres du site plus intérieur de Pechina, était occupée par une partie de la population, et des aménagements portuaires et défensifs, mais ce n’est qu’en 334 H/955–956 que le calife Abd al-Rahman III décida d’y fonder une véritable ville, dotée d’une mosquée ‘djami’ et destinée à servir de port militaire, qui conserva le nom que le lieu portait déjà de Mariyyat Baggana ou Almeria. C’est donc un peu après le milieu du Xe siècle que la cité prend sa forme définitive, avec l’enceinte basse de la madina centrée sur une mosquée principale, et surveillée par une qasaba édifiée sur la hauteur qui domine la ville au nord, elle-même reliée à la ville par deux longues murailles édifiées sur la pente de la colline. Pechina perdit alors de son importance, alors que des faubourgs populeux se créaient autour de la nouvelle ville, devenue le port commercial et militaire le plus important d’al-Andalus. Il y eut un transfert ‘officiel’ des habitants de Pechina à Almeria en 402 H/1011-10112, sans doute plus facile à défendre, au plus aigu de la crise du califat de Cordoue, et à la fin du XIe siècle le site de Pechina n’était plus signalé que par des ruines, au milieu desquelles se détachaient les restes de son ancienne grande mosquée. La création du pouvoir cordouan a, dans ce cas, provoqué la déchéance totale de la première ville ‘spontanée’ qui s’était créée au IXe siècle.

 

On n’ira pas plus loin chronologiquement dans cette rapide vision d’ensemble et réflexion sur l’évolution des villes de l’extrême Occident musulman. Les conditions socio et ethno-politiques se transforment ensuite assez profondément dans l’ensemble du Dar al-Islam, où apparaissent les ‘nouveaux peuples’ non arabes, Turcs en Orient, Berbères en Occident, qui vont faire évoluer l’islam dans des directions nouvelles, parfois parallèles, parfois assez profondément différentes, l’Occident restant, dans l’ensemble, semble-t-il, plus fidèle à des modèles traditionnels, encore que le phénomène d’isolement du pouvoir y soit aussi très marqué, avec l’apparition, dans les centres importants, de ces remarquables ‘villes princières’ que sont l’Alhambra ou Fès Djdid.              

       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : Ibn Abi Zar : Rawd al Qirtas (روض القرطاس)  

**: Garsin, ‘Le Caire et l’évolution urbaine’ 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les structures traditionnelles de stockage des céréales au Maroc.

5102017

 Les Matmuras, les Ighrems et les h’ris 

 

 

 

 

 

 

Vivre c’est réserver des vivres. Un poème du début du 18ème siècle l’exprime fort bien : « Surtout ne gaspille pas les vivres ; ils sont la raison de vivre ». C’est un souci humain permanant. De ce fait, l’ensilage présente plus d’un signe. C’est une économie, une prévision des temps difficiles, un programme social. Si l’on excepte la conservation domestique où l’on voit des provisions ménagées dans des chambres à part ou emballées dans des sacs appropriés, il est possible de distinguer trois modèles essentiels d’emmagasinage : les matmuras, les ighrems, les h’ris. Ils diffèrent suivant le milieu, la fonction ; l’institutionnalité.

  

 

 

 

  • Premier modèle : le silo souterrain, Matmura ou Mers. Un texte français de 1675 les décrit ainsi : « Les magasins qu’ils appellent matmors sont de grands trous profonds de six à sept brasses, dans les lieux éloignés des eaux. On les fait larges par le bas de huit ou dix brasses en rondeur, quelquefois cavées dans le roc et le plus souvent dans la terre blanche comme la marne en ce pais. Leur entrée, qui est faite à la mode d’un puits, est fort étroite, et un homme avec une échelle de corde a bien de la peine à y descendre ; elles se ferment avec une pierre large à proportion. Ce sont dans ces lieux que les Arabes serrent leurs bleds, leurs orges et leurs autres grains, leurs beurres, leurs huiles et généralement toutes leurs provisions et commodités ». il s’agit là de grands silos, car d’autres, de taille plus petite, ne sont profonds que de 3 à 4 brasses.

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube 

 

 

C’est surtout dans les plaines et plateaux atlantiques que l’on rencontre ces fosses hermétiques, au-dessus desquelles les paysans peuvent même labourer. Dans la région de Doukkala, par exemple, l’on signale un village entouré de cent silos, tous creusés dans le roc, connu sous le nom de Miat Bir, les Cent puits. Apparemment, ces silos sont de grande capacité. Ceux d’Azemmour contiennent au début du 16ème siècle 20.000 mouds de blé ; d’autres, de quoi nourrir plus de 100.000 bouche pour une période de 15 mois, ou de quoi « changer plusieurs milles navires », aux dires des textes.

 

Conservés sous terre, les grains résistent longtemps et gardent leur qualité des années durant, surtout s’ils sont bien secs au moment du stockage et si encore le silo est creusé dans un milieu anaérobique, peu humide, asphyxiant les insectes et ralentissant la prolifération des micro-organismes. « Les grains, note Jean Mocquet au début du 17ème siècle, se gardent fort sèchement et longtemps ». William Lemprière, lui, précise : « On a vu des matmouras gardés cinq à six et même vingt ans, sans que le blé en souffrit aucune altération considérable ».

 

Quant à l’organisation sociale de ces magasins, il semble que les gens, grands propriétaires, cultivateurs et marchands, y déposent leurs produits à titre particulier ou en association. D’autres, n’ayant besoin que d’une durée déterminée recourent à la location.  Mais chacun son objectif, car les uns veulent assurer leur sécurité alimentaire, les autres visent plutôt à approvisionner les marchés, à spéculer. Toutefois,  dans le fonctionnement du silo, le grade reste un élément capital. C’est le tammâr  ou marrâs, à qui l’on y confie la surveillance. Il veille surtout à ce que l’endroit du magasin soit secret et l’ensilage et l’extraction des grains se fassent la nuit.         

 

 

 

 

  • Second modèle : l’Ighrem ou l’Agadir. C’est l’entrepôt des montagnards. Robert Montagne et Dominique Jacques-Meunié l’ont scrupuleusement étudié pendant le Protectorat. On se contente d’en reprendre les idées principales, car en effet, comme l’a bien remarqué Bernard Rosenberger, les textes, à savoir les descriptions des voyageurs et les mémoires rédigés par les observateurs européens, manquent à ce sujet. Les Européens, attentifs à ce genre d’institution, n’ont pu pénétrer, avant le 19ème siècle, dans les montagnes et par conséquent n’ont vu que les silos des plaines.
 
 
 
 
Les structures traditionnelles de stockage des céréales au Maroc.  dans Architecture & Urbanisme szbgpuw4 
Agadir Aït Oughayne. Région de Taroudant, Maroc – Clement Guillaume
 

 

 

 

Dans l’Anti-Atlas et le Haut-Atlas occidental, le magasin à grain est un édifice à étage, « noblement architecturé », une forteresse en pierre, hérissée de tours, contenant jusqu’à 300 petites pièces où les membres de la tribu emmagasinent leurs denrées alimentaires, mais aussi leurs armes et documents. Ces greniers-citadelles, qui sont régis par des règles très strictes, remplissent non seulement une fonction économique mais défensive également. Ils indiquent l’orgueil de la communauté, son symbole social, son signe de puissance.

Là aussi, les provisions se conservent longtemps, surtout quand les agadirs sont bien aérés et les grains soigneusement protégés. L’on dit même qu’il arrive souvent que le grain récolté à la naissance d’un enfant serve à la fête de son mariage. 

 

 

 

  

 

 

 

  •  Troisième modèle : les Hrîs. Une institution urbaine, makhzénienne. « L’ état, remarque Bernard Rosenberger, est en effet le plus gros détenteur des réserves céréalières du pays ». dans les grandes villes, impériales notamment, le Makhzen dispose d’entrepôts à étage, bâtis en voûtes. La technique de conservation est ingénieuse. L’ouvrage, dressé jusqu’en haut du grenier en inclinaison, permet aux bêtes de somme d’y monter avec leurs charges de grains, lesquels sont versés dans des conduits et stockés en bas. Des orifices aménagés au rez-de-chaussée donnent lieu à des extractions. Les deux Hrîs de Meknès, édifiés pendant le règne du sultan Ismaïl sont monumentaux. L’un d’eux mesure « 185 mètres de long sur 69 de large », de quoi contenir « tous les grains du pays », selon Ibn Zaydan. Estimation exagérée certes, mais révélatrice, le volume de stockage étant considérable. L’on verra comment les réserves du Makhzen agissent sur les marchés en temps de disette.

 

En fait, de tels ouvrages indiquent une longue tradition makhzenienne ; car déjà les descriptions antérieures relatent des dimensions similaires. Au sujet de Marrakech, Léon l’Africain signale, qu’au temps des Almohades, il y avait deux greniers, eux aussi bâtis en voûtes, pouvant contenir chacun « plus de trente mille ruggi de grain ». Carvajal Marmol, lui, les considère comme « meilleurs de toute la Barbarie ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’Architecture Islamique

3072017

 

 

 

 

 

De façon générale, l’architecture islamique peut être classée en deux catégories : religieuse, avec notamment les mosquées, les madrasas, les mausolées, et séculaire, tout particulièrement avec les palais, les caravansérails, les fortifications, etc.

 

 

 

 

 

 

Architecture religieuse

 

 

° Les Mosquées : 

Pour des raisons évidentes, la mosquée se trouve au cœur de l’architecture islamique. Elle représente le clair symbole de la foi qu’elle sert. Très tôt, les musulmans comprennent ce rôle symbolique qui constitue un facteur important dans la création d’indices visuels appropriés dans le domaine de la construction : les minarets, coupoles, mihrabs, minbars, etc.

 

La cour de la maison du Prophète à Médine représente la première mosquée de l’islam, sans raffinements architecturaux. Les premières mosquées construites par les musulmans au fur et à mesure de l’expansion de leur empire sont simples. A partir de ces édifices se développe la mosquée du vendredi (jami’ ; جامع), dont les traits essentiels n’ont pas changé depuis 1400 ans. Son plan général consiste en une grande cour entourée d’arcades, avec un nombre de rangées plus élevé sur le côté orienté vers la Macque (qibla) que sur les autres côtés. La Grande Mosquée omeyyade de Damas, dont le plan s’inspire de celui de la mosquée du Prophète, sert de modèle aux nombreuses mosquées construites dans les différentes provinces du monde islamique.

 


 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

 

 

Deux autres types de mosquées se développent en Anatolie et, plus tard, sur les territoires ottomans : les mosquées basilicales et les mosquées à coupoles. Le premier type consiste en une simple salle à piliers ou basilique, style influencé par la tradition romaine tardive et par la tradition byzantine de Syrie, introduite avec quelques modifications au Ve / XIe siècle.

 

Le deuxième type de mosquées, qui se développe au cours de la période ottomane, organise l’espace intérieur sous un dôme unique. Les architectes ottomans créent dans les grandes mosquées impériales un nouveau style de construction à coupoles qui réunit la tradition de la mosquée islamique et la construction des édifices à coupoles en Anatolie. Le dôme unique devient le point de départ d’un style diffusé au Xe/XVIe siècle. Au cours de cette période, les mosquées deviennent des complexes multifonctionnels à caractère social, composés d’une zaouïa, d’une madrasa, d’une cuisine publique, de bains, d’un caravansérail et du mausolée du fondateur. La Mosquée Süleymaniye à Istanbul, construite en 965/1557 par le grand architecte Sinan, construite à l’exemple suprême de ce style.

 


 

 

L’Architecture Islamique  dans Architecture & Urbanisme floor-plan-of-the-suleymaniye-mosque-2

La Mosquée Süleymaniye

 

 

 

 

 

Le minaret du haut duquel le muezzin appelle les fidèles à la prière constitue l’indice le plus saillant de la mosquée. En Syrie, le minaret traditionnel consiste en une tour carrée construite en pierre. Dans l’Égypte mamelouke, les minarets sont divisés en trois zones distinctes : une section carrée à la base, une section médiane octogonale et une section cylindrique au sommet, surplombée d’une petite coupole. Les fûts sont richement décorés et la transition entre deux sections se fait au moyen d’un bandeau de mouqarnas. Les minarets d’Afrique du Nord et d’Espagne, qui partagent leur tour carrée avec la Syrie, sont décorés de panneaux à motifs autour de fenêtres jumelées. Pendant l’époque ottomane, les minarets octogonaux ou cylindriques remplacent la tour carrée. Il s’agit souvent de hauts minarets effilés, et bien que les mosquées ne possèdent généralement qu’un seul minaret, dans les grandes villes, elles peuvent avoir deux, quatre, voir six minarets.


 

 

 

 

 °Les Madrasas :

 

Il est probable que les Seldjoukides ont construit leurs premières Madrasas en Perse au début du Ve/XIe siècle. Il ne s’agit encore que de petites structures dotées d’une cour surmontée d’un dôme et de deux iwans latéraux.  Un autre type de Madrasas se développe ultérieurement avec une cour ouverte et un iwan central entouré d’arcades. Au cours du VIe/XIIe siècle en Anatolie, la madrasa devient multifonctionnelle et sert d’école de médecine, d’hôpital psychiatrique, d’hospice équipé d’une cuisine publique (imaret) et d’un mausolée. 


 

 

 

 

1496674238-la-madrasa-de-sifaiye-620x465 dans Architecture & Urbanisme

©GEO La madrasa de Sifaiye – Sivas (Anatolie) / Turquie

 C’est notamment sous l’empire seldjoukide, qui régna sur la région du XIe au XIIIe siècle, que Sivas connut une période de grande modernité. La madrasa de Sifaiye en est un très bel exemple. Construit en 1217, cet ensemble architectural (aussi appelé « médersa ») fut un des premiers hôpitaux de l’histoire, et la plus grande faculté de médecine de l’époque en Anatolie. A l’intérieur, autour de la cour centrale (ici à l’image) se croisaient patients et étudiants. La madrasa de Sifaiye, bâtie en briques, en pierre et en mortier, et finement décorée de mosaïques colorées, est considérée comme l’un des plus beaux achèvements de style seldjoukide.

 

 

 

 

 

 

Le développement de l’islam sunnite orthodoxe atteint un nouvel apogée en Syrie et en Egypte avec les Zengides et les Ayyoubides (VIe/XIIe – début VIIe/XIIIe siècle). Cette époque voit l’introduction de la Madrasa fondée par un dirigeant civique ou politique, dans le but de développer la jurisprudence islamique. Ce type d’établissement est financé par des biens de mainmorte (waqf), généralement les revenus de terres ou de propriétés, comme les vergers, les échoppes dans un marché (souk) ou les bains publics (hammam). La madrasa suit généralement un plan cruciforme avec une cour centrale entourée de quatre iwans. Très vite, la madrasa devient une forme architecturale dominante avec des mosquées adoptant leur plan à quatre iwans. La madrasa perd progressivement son seul rôle religieux et de fonction politique comme instrument de propagande et tend à avoir une fonction civique plus large, servant de mosquée du prêche et de mausolée pour le bienfaiteur.  

 

 

 

 

 

 

 1496674649-05-madrasa-sultan-hassan3

 

 

1496674815-mosque-sultan-hassan6

Madrasa du Sultan Hassan, Caire / Egypte

 

 

 

 

 

La construction de madrasas en Égypte, et tout particulièrement au Caire, apporte un nouveau souffle avec l’arrivée des Mamelouks. La Madrasa cairote typique de cette époque est une structure multifonctionnelle à quatre iwans avec un portail à stalactites (mouqarnas) et de splendides façades. Avec l’arrivée des Ottomans au début du Xe/XVIe siècle, la double fondation – généralement une mosquée-madrasa – devient un grand centre très répandu qui jouit de la protection impériale. L’Iwan disparaît progressivement, remplacé par une seule salle à coupole dominante. L’augmentation considérable du nombre de cellules pour étudiants surmontées de coupoles constitue l’un des éléments qui caractérisent les madrasas ottomanes.  

 

 

la khanqa constitue l’un des types d’édifices qui, du fait de sa fonction et de sa forme, peut être associé à la madrasa. Ce terme indique une institution plutôt qu’un type particulier d’édifice, qui abrite les membres d’un ordre mystique musulman. Il existe de nombreux autres termes synonymes de khanqa, utilisés par les historiens musulmans: au Maghreb, zaouïa; dans les territoires ottomans, tekke et, le terme le plus généralement utilisé, ribat. Le soufisme domine constamment la khanqa, en provenance de Perse orientale au cours du IVe/Xe siècle. Dans sa forme la plus simple, une khanqa est une maison rassemblant un groupe d’étudiants autour d’un maître (cheikh). Celle-ci est dotée de salles de réunion, de prière et communautaires. La création de khanqas se développe sous les Seldjoukides au cours des Ve/XIe et VIe/XIIe siècles et bénéficie de l’étroite association entre le soufisme et le madhhab (doctrine) shafiite favorisés par l’élite au pouvoir.   

 

 

 

 

 

 

 

 

Le khanqah Nadir Divan-Begui/ Ouzbékistan


 

 

 

 

 

 

° Les Mausolées:  

 

Dans les sources islamiques, la terminologie servant à désigner le type de construction des mausolées est très riche. Le terme descriptif usuel turbé se réfère à la fonction d’inhumation de l’édifice. Un autre terme, la koubba, se réfère à son élément le plus identifiable, la coupole, et s’applique souvent à une construction qui commémore les prophètes bibliques, les compagnons du Prophète Mohammed et des notables religieux ou militaires. La fonction des mausolées ne se limite pas simplement à un lieu d’inhumation et de commémoration, mais joue également un rôle important dans la religion « populaire ». Ils sont vénérés comme des tombeaux de saints locaux et sont devenus des lieux de pèlerinage. Très souvent, la structure du mausolée est embellie par des citations du Coran et est dotée d’un mihrab, afin d’en faire un lieu propice à la prière. Dans certains cas, le mausolée fait partie d’une institution commune. Les formes des mausolées islamiques de l’époque médiévale sont variées mais la forme traditionnelle consiste en un quadrilatère recouvert d’une coupole.                                                                                                                                                                                                                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Architecture séculaire    

 

 

 

 

° Les Palais: 

 

La période Omeyyade se caractérise par des palais et des bains publics somptueux dans les lointaines régions désertiques. Leur plan de base découle des modèles de campements militaires romains. Malgré leur décoration éclectique, ils constituent les meilleurs exemples du style décoratif islamique naissant. Les mosaïques, les peintures murales, les sculptures en stuc ou en pierre sont les moyens utilisés pour cette remarquable variété de décorations et de thèmes. Les palais abbassides en Irak, notamment ceux de Samarra et d’Ukhaidir, suivent le même plan que leurs prédécesseurs Omeyyades mais se caractérisent par des dimensions plus imposantes, par l’utilisation de grands iwans, de coupoles et de cours, et par l’utilisation intensive de décorations en stuc. Les palais de la fin de la période islamique élaborent un nouveau style distinctif, plus décoratif et moins monumental. L’Alhambra constitue probablement l’exemple le plus remarquable de palais royaux ou princiers. La grande superficie du palais est fragmentée en une série d’unités indépendantes: jardins, pavillons et cours. Cependant, l’élément le plus singulier de l’Alhambra est la décoration qui produit un effet extraordinaire à l’intérieur de l’édifice.  

 

 

 

 

 

iraq05-112-06

 


 

 

 

 

° Les Caravansérails:  

 

Un caravansérail se réfère généralement à une grande structure qui offre le gête aux voyageurs et aux commerçants. Il s’agit normalement d’un espace carré ou rectangulaire, avec une entée monumentale en saillie et des tours qui flanquent l’enceinte extérieure. Une cour centrale est entourée de portiques et de pièces réservées à l’hébergement des voyageurs et au stockage des marchandises, et qui abritent également des écuries pour les animaux. Cette typologie d’édifice répond à une grande variété de fonctions, comme le démontrent ses différentes dénominations: khan, han, fondouk, ribat. Ces termes ne sont que le reflet de différences linguistiques régionales et ne désignent pas véritablement des fonctions ou des types distinctifs. Les sources architecturales des différents types de caravansérails ne sont pas aisément identifiables. Certaines découlent probablement du castrum ou campement militaire romain, dont les palais Omeyyades du désert se rapprochent. D’autres types d’édifices qui existent en Mésopotamie et en Perse sont associés à l’architecture domestique.  

 


 

 

 

 

 

 1496675988-caire-caravanserail

 le wikala (caravansérail) de Bazar’a(quartier Darb al Asfar)/ Caire ,
centre d’accueil de l’époque ottomane (17ème siècle) pour commerçants ambulants et leurs marchandises.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Organisation urbaine    

 

A partir du IIIe/Xe siècle, chaque ville, quelle que soit son importance, se dote d’enceintes fortifiées et de tours, de grandes portes élaborées et d’une puissante citadelle (qal’a ou casbah), symbole du pouvoir établi. Celles-ci sont des constructions massives réalisées avec des matériaux typiques de la région où elles sont édifiées: pierre de taille en Syrie, Palestine et Egypte ou brique, pierre de taille et terre battue dans la péninsule ibérique et en Afrique du Nord. Le ribat constitue un exemple unique d’architecture militaire. Techniquement, il s’agit d’un palais fortifié conçu pour les guerriers de l’islam engagés, temporairement ou de façon permanente, à défendre les frontières. Le ribat de Sousse en Tunisie comporte des similitudes avec les premiers palais islamiques, mais présente des différences dans l’organisation intérieure pour ce qui de la grande salle, de la mosquée et du minaret.  

 

La division de la plupart des villes islamiques en quartiers est basée sur l’affinité ethnique et religieuse et constitue, par ailleurs, un système d’organisation urbaine qui facilite l’administration de la population. La mosquée est toujours présente dans le quartier. Un bain public, une fontaine, un four et un ensemble de magasins se trouvent soit à l’intérieur du périmètre du quartier, soit à proximité. Sa structure se compose d’un réseau de rues et d’impasses, et d’un ensemble de maisons. en fonction de la région et de l’époque, les maisons présentent différentes caractéristiques régies par les traditions historiques et culturelles, le climat et les matériaux de construction disponibles.    

Le marché (souk), qui fonctionne comme le centre névralgique du commerce local, constitue l’élément le plus caractéristique des villes islamiques. Sa distance par rapport à la mosquée détermine l’organisation spatiale par corps de métiers. Par exemple, les professions considérées comme propres et honorables (libraires, parfumeurs, tailleurs) se trouvent à proximité immédiate de la mosquée, tandis que les métiers bruyants et nauséabonds (forgeron, tanneurs, teinturiers) s’en éloignent progressivement. Cette distribution géographique répond à des impératifs qui s’appuient sur des critères purement techniques.                    

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les périodes d’architecture précolombienne

20052017

 

 

 

 

Les peuples précolombiens savaient s’orienter par rapport au soleil et connaissaient les points cardinaux. Pour orienter leur urbanisme et leur architecture, ils faisaient appel à la géomancie.

L’architecture monumentale est plus tardive que l’apparition des lettres et des chiffres, et ne s’illustra que dans la période suivante.

 

 

 

L’architecture précolombienne est marquée par 4 périodes :

 

Préclassique : de la sédentarisation dès 1800 av. J.-C. jusqu’au début de l’ère chrétienne, avec découverte et culture du maïs.

Premiers temples en dur, le plus souvent ronds. Figurines anthropomorphes de terre cuite (représentant les dieux de la vie quotidienne). Apparition de la civilisation olmèque (Etat de Tabasco) figurine de jade, têtes colossales en basalte (thème de l’homme-jaguar, visage à grosse joues et boucle lippue).

 

 

Classique : (du IVe siècle apr. J.-C. au Xe siècle) architecture religieuse colossale (pyramides). Débuts de l’architecture civile. Masques mortuaires en pierre (Teotihuacan). Civilisation zapotèque : urnes funéraires en céramique surchargées (représentations humaines). Civilisation maya : stuc et surtout bijoux et masques en jade, statuettes en terre cuite peinte de l’île de Jaina (Etat de Campeche).

 

 

 

Postclassique ancien : (du Vie au XIVe siècle) civilisation toltèque à Tula. Fresque liées à la guerre, représentation de dieux guerriers. Céramique (peu recherchée). Palais à atlantes et colonnes.

 

 

 

Récente : Empire aztèque ; civilisation maya post classique au sud. L’architecture aztèque a été en grande partie détruite par les Espagnols. Sculpture sur pierre (représentations divines, objets liés au sacrifice humain). Civilisation mixtèque dans la vallée d’Oaxaca ; céramique, peinture (manuscrits), travail de l’or.   

 

 

 

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (3ème partie)

10042017

L’ALGÉRIE OCCIDENTALE À L’ÉPOQUE DE LA CONQUÊTE MUSULMANE

 

 

 

 

Nous savons que cette partie de la Maurétanie césarienne était composée d’un réseau de cités plus espacé que dans la Numidie ou la Proconsulaire. Au- delà du Chott El Hodna, vers l’ouest, à l’intérieur des terres, les agglomérations d’époque antique ne connaissent pas la densité de la partie orientale de l’Afrique. Rome avait abandonné cette partie du territoire avec Dioclétien, à partir du IIIe siècle, et avait fait du Chélif sa frontière, pour mieux concentrer ses forces sur la partie orientale de l’Afrique, car au-delà c’est le pays par excellence des tribus nomades, incontrôlables et belliqueuses.

 

Tiaret fut négligée par le nouveau limes qui remontait vers le nord et la vallée du Chélif à partir de Columnata en empruntant la trouée de l’oued Rhiou. La ville fut une sorte de bastion qui couvrait à l’ouest la partie de la Maurétanie césarienne gardée par l’Empire. Mais il semble que ses attaches avec « l’Afrique romaine » furent conservées. Les fouilles des Djeddars, ces monuments funéraires royaux situés sur les monts de Frenda à 30 km de Tiaret, nous apprennent qu’il existait autour de Tiaret un royaume qui perdura peut-être jusqu’au début de la conquête musulmane. Ceux qui les ont édifiés étaient sûrement en contact avec les Byzantins de Carthage. Ce sont eux qui s’opposèrent à ‘Oqba Ibn Nafi’ lors de sa grande expédition vers l’ouest en 683. Tahert l’ancienne devait exister au moment où Ibn Rostom vient s’installer dans la région puisque des monnaies de bronze, des fulus, trouvées à Volubilis mais frappées à Tahert, mentionnent le nom d’un gouverneur de la ville, dépendant de Bagdad.

 

Les récits de fondation des villes relatés par les historiens musulmans nous font penser que certaines furent créées ex nihilo. Nous avons l’exemple de Tahert. Selon la tradition ibadhite, le site n’était au départ qu’un maquis touffu, repaire de bêtes sauvages, lions et reptiles. Aussi les compagnons d’lbn Rostom firent-ils la proclamation suivante aux bêtes : « Allez-vous en, car nous voulons habiter cette terre » ; ils leur donnèrent un délai de trois jours. Les animaux obéirent et l’on vit une bête sauvage emporter ses petits dans sa gueule. Or quand nous nous référons au terrain, nous constatons que le site décrit comme vierge est au contraire riche en vestiges ? Cadenat a trouvé des pièces de monnaies antiques mais aussi de l’outillage lithique remontant à la préhistoire. Les historiens et géographes ont mis en relief le manque d’eau dans l’ancienne Tahert par rapport à la nouvelle agglomération qui n’en manquait pas. Mais c’est surtout la volonté du fondateur de créer un nouveau pôle à partir duquel un aménagement du territoire est entrepris. Tahert la neuve, fondation de Abderrahmane Ibn Rostom, se développa rapidement et des populations de diverses régions accoururent s’installer du fait de son activité commerciale et de la bonne gouvernance des imams rostémides. Al Muqadassi pouvait ainsi la décrire comme « une grande cité, très riche, vaste, accueillante, agréable, avec des marchés ordonnés, de l’eau en abondance, une population excellente, une cité de fondation ancienne, de construction solide et d’aspect magnifique ». Le centre ville était situé autour de la mosquée cathédrale construite par Ibn Rostom. S’agençaient là les différents quartiers, avec de nombreux bains, bazars et marchés. Surplombant le marché principal, une citadelle avait été construite et portait le nom de « Ma’suma », l’inviolable. La ville était entourée d’un rempart percé de plusieurs portes dont Bab al-Safa, Bab al-Manazil (porte des Logements), Bab al-Andalus, Bab al-Matahin (porte des Moulins). Al Muqadassi et Ibn Saghir nous donnent certains noms de quartiers et de rues : Darb al- Maçuna, Darb Harat el-Faqir, Darb al-Bassatin, Bab Majjana. Mais l’important dans la fondation de Tahert fut de drainer un flux économique sans précédent vers cette nouvelle capitale. Elle ouvrit surtout la route du sud vers le Sahara et le Bilad ai-Soudan, le pays des Noirs, c’est-à-dire le pays de l’or.

 

 

Plus vers l’ouest, il existait un royaume autour d’Altava (Ouled Mimoun) dirigé par un chef berbère, Masuna, qui, sur une inscription d’Altava datée de 508, porte le titre de rex gent(ium) Maur(orum) et roman(orum), « roi des tribus maures et des Romains ». Outre Altava, Masuna possédait deux autres villes, Castra Severiana et Safar. Nous savons aussi qu’autour de Siga, l’ancienne capitale des Massaessyles, il y avait un certain nombre de petites agglomérations et de ports qui servaient d’escales aux marchands puniques ou romains. Le littoral de la côte orano-tlemcénienne était connu des géographes et historiens de l’antiquité. Tite Live et Ptolémée signalent Portus Sigensis et Gypsaria Portus. Mais c’est Vltinéraire d’Antonin qui est le plus complet dans sa description, mentionnant six escales entre la Malua (Moulouya) et Portus Sigensis (Rachgoun, à l’embouchure de la Tafna) : Lemnis, Popleto Flumen, Ad Fratres, (Ghazawat, ex Nemours), Artisiga, Portus Coecili, Siga Municipum. Dès l’époque des Sévères, apparaissent dans cette région des points de défense du limes qui se transforment par la suite en agglomérations plus ou moins importantes. C’est le cas d’Aitava, de Pomaria (Tlemcen) et de Numerus Syrorum (Maghnia).

 

 

Nous ne connaissons pas le devenir de ces agglomérations car les récits ne nous donnent pas une description exacte des villes traversées par les troupes d’Oqba dans leur chevauchée à l’ouest de Tahert. Des villes comme Tlemcen sont mentionnée sans trop de détail par Al Baladuri ou Ibn Abd El Hakam. Est-ce que les petits centres urbains, qui existaient déjà à l’époque punique ou romaine en tant qu’échelles commerciales et furent plus ou moins abandonnés à la fin de l’antiquité, connurent à nouveau un essor important du fait de la dynamique imprimée par l’Islam au début du VIIIe s. dans cette partie de la Méditerranée où l’un des faits les plus marquants fut la conquête de la péninsule Ibérique vu la proximité des deux côtes ? Ce n’est qu’à partir du IXe s. qu’on devine un réseau de villes, à la suite de la conquête du pays orano-tlemcénien par Idris 1er, puis de l’installation de son frère Suleyman. C’est encore le géographe Al Ya’qubi qui nous donne la structure du territoire. Il cite les villes sièges de différentes principautés comme Numalata (antique Numerus Syrorum), Madinat al-Alawiyyin (Sabra), Falusan (Nedroma). On voit apparaître avec ce géographe une bonne couverture urbaine du pays de Tlemcen et des Traras. Les territoires situés juste à l’ouest appartiennent à Salih al-Sa’id dont la capitale est Nakur, située à proximité de Melilla, à la limite ouest du pays des Traras. Selon Al Bekri, Nakur aurait été fondée par Sa’îd Ibn Salih à l’époque de la première conquête musulmane sur un site entre deux rivières ressemblant à celles des Traras. Est-ce la présence de cette agglomération qui pousse les Suleymanides à urbaniser massivement le littoral ? En tout cas à partir de leur centre de Jerawa, fondé en 871/258 à l’est de Nakur, ils occupent la côte des Traras jusqu’à Arashgul (Rashgoun). La description que fait Ibn Idhari de Jerawa ressemble à celle des autres agglomérations situées sur la côte : « La ville de Jerawa est entourée d’une enceinte faite en pisé… à l’intérieur on trouve de nombreux puits… elle est entourée de plusieurs fortins. Elle possède une casbah bien protégée. On y trouve cinq bains et une mosquée cathédrale à cinq nefs. Elle avait quatre portes… ». D’autres centres comme Honaïne ou Arashgul qui existaient sûrement à l’époque antique furent reconstruits sur le même modèle d’urbanisme avec une défense très forte du côté de la mer. Ainsi le IXe siècle met en évidence l’urbanisation d’une région avec l’éclosion d’un certain nombre d’agglomérations (Jarawa, Numalata, Falusan, Tarnana, Arashgul…) dans un espace relativement réduit et bien individualisé. Comment peut-on expliquer une telle concentration ? Est-ce que le phénomène se reproduit ailleurs ? Si, ici, il peut s’expliquer par la proximité de la péninsule Ibérique et par le débouché des routes de l’or qui commencent à se dessiner, on peut aussi penser que la science géographique connaît un développement qui permet aux voyageurs et fonctionnaires des états musulmans de rendre compte des pays et curiosités qu’ils visitent. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la description précise que fait Al Bekri du Maghreb pour le compte des Omeyyades d’Espagne.

 

Dans sa description d’Arashgul construite sur l’ancien site de Siga, Al Bekri nous apprend que la ville « possède une belle mosquée cathédrale de sept nefs dans la cour de laquelle sont une grande citerne et un minaret solidement bâti ; elle renferme aussi deux bains dont un est de construction antique. Bab el-Fotouh (la porte des Victoires) regarde l’occident, Bab el-Emir est tournée vers le midi et Bab Merniça vers l’orient. L’épaisseur de la muraille est de huit empans…». Puis il décrit les différentes forteresses (Hisn) situées à l’ouest de cette ville (Hisn Tinekremt, Hisn Marniça el-B, Hisn el-Furus, Hisn al-Wardaniya, Hisn Honaïne), la ville de Nedroma et celle de Tarnana, puis Tawunt (Ghazawat, ex Nemours). Les forteresses de Honaïne et de Tawunt sont pratiquement identiques ; les deux villes avaient à peu près la même superficie (environ 7 ha). Aussi, peut-on se demander si les critères de construction n’avaient pas été définis à une même époque par le même maître d’œuvre.

 

 

 

 

 

 

Khelifa Abderrahmane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (2ème partie)

1032017

L’ALGÉRIE OCCIDENTALE: FONDATIONS ANTIQUES ET VILLES MÉDIÉVALES

 

 

 

 

 

 

En effet, le pouvoir fatimide avait permis à son fidèle allié Ziri Ibn Menad, de construire dans le massif du Titteri en 936 une capitale, Achir, plus avant vers l’ouest.

 

Cette ville fut construite à l’époque du khalife Al Qa’im, fils du Mahdi qui délégua le plus fameux de ses architectes. Ziri fit venir de Msila, de Hamza (Bouira), de Tobna, un grand nombre de maçons, de charpentiers et de personnes pour construire et peupler sa ville. Al Bekri, qui écrit pratiquement à cette même période, la décrit ainsi : « Achir est une ville importante ; l’on assure dans toute cette région qu’il n’y a point de place qui soit plus forte, plus difficile à prendre et plus propre à décourager un ennemi. On ne pourrait y donner un assaut que par un endroit où il ne faudrait que dix hommes pour repousser une armée… partout ailleurs, le rocher s’élève à perte de vue et ne saurait être escaladé. Ajouter à cela que la place est entourée de hautes montagnes ». Là aussi, le fondateur de la dynastie ziride a construit sa ville sur un site antique puisque les dernières fouilles effectuées ont montré que l’homme y avait habité à l’époque antique.

 

 

 

 

L'urbanisation dans l’Algérie Médiévale (2ème partie)  dans Architecture & Urbanisme 

 Achir, la cour du palais de Ziri

 

 

 

Msila, la nouvelle métropole, aura une courte durée, car elle sera supplantée par une nouvelle ville, fondée par une branche des Zirides, les Hammadides. En effet, Hammad Ibn Bologgin obtint de son suzerain Badis de fonder une ville et d’en faire sa capitale, la Qal’a des Beni Hammad, sur l’emplacement d’une forteresse, Qal’at Abi Tawil, en 1007-1008. Ce site, accroché à plus de 1000 m d’altitude sur le flanc du Djebel Maadid, était occupé à l’époque antique puisqu’une mosaïque y fut découverte. Le choix de ce site fut sûrement dicté par le souci de Hammad de se protéger de ses cousins d’Ifriqiya. Les habitants de Msila et de Hamza furent transférés dans la nouvelle ville ainsi que des tribus Djéraoua. L’historien Ibn Hammad nous apprend que la construction de la ville fut confiée à un nommé Bouniache qui établit de nouveaux canons de construction. C’est que plus de trois siècles ont passé depuis les premiers conquérants musulmans.

 

 

Les géographes et les historiens la décrivent en termes élogieux. Al Bekri, au milieu du XIe siècle, l’appelle Qal’at Abi Tawil et nous dit que cette cité était « une grande et forte place de guerre et devint après la ruine de Kairouan par les Banu Hilal une métropole. Comme les habitants de l’Ifriqiya sont allés en foule pour s’y établir, elle est maintenant un centre de commerce qui attire les caravanes de l’Iraq, du Hidjaz, de l’Egypte, de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb ». Un siècle plus tard, Al Idrissi, géographe du roi Roger II de Sicile, décrit la ville en ces termes : « Al Qal’a s’appuie sur une haute colline difficile à escalader. Elle est entourée de remparts. C’est une des villes qui ont le plus vaste territoire, une des plus peuplées et des plus prospères, des plus riches et des mieux dotées en palais, en maisons et en terres fertiles. Son blé est à bas prix ; sa viande est excellente… ». Géographe du XIIIe siècle, Yaqut Al Himawi loue la qualité de ses feutres et la finesse des vêtements et des broderies qu’on y fabriquait. Pour Abderrahmane Ibn Khaldun, au XIVe siècle, « la Qal’a atteignit bientôt une haute prospérité ; sa population s’accrut rapidement et les artisans ainsi que les étudiants s’y rendaient en foule des pays les plus éloignés et des extrémités de l’empire. Cette affluence de voyageurs eut pour cause les grandes ressources que la nouvelle capitale offrait à ceux qui cultivaient les sciences, le commerce et les arts ».

 

La ville se dota d’un mur d’enceinte en pierre de 7 km de périmètre et d’épaisseur variant entre 1,20 m et 1,60 m. Ces remparts escaladaient les versants des montagnes environnantes où furent installées des tours de guet protégeant ainsi l’ensemble des quartiers de la ville, puis redescendaient le long de la falaise constituée par les gorges de l’oued Fredj. Sur le bord de cette falaise fut édifié un donjon impressionnant, le donjon du Manar. Un mur intérieur séparait le quartier des Djéraoua du reste de la ville. On entrait dans la ville par trois portes : Bab al-Aqwas au nord-est, Bab Djenan au sud ouest et Bab Djéraoua au sud-est. Une rue principale traversait la ville d’est en ouest, de Bab al-Aqwas à Bab Djenan. Une autre rue reliait Bab Djéraoua à la rue principale. Hammad Ibn Bologgin fit construire son palais au nord de cet axe et la grande mosquée au sud, puis les quartiers populaires comme celui des Djéraoua à l’ouest. Mais nous pouvons penser que ses successeurs firent embellir la ville et agrandir les édifices construits par le fondateur de la dynastie.

 

 

 

 

103130179 dans Architecture & Urbanisme 

Kalaa beni Hammad

 

 

 

 

L’art des Hammadides est connu grâce aux monuments exhumés aux cours des diverses campagnes de fouilles effectuées depuis la fin du XIXe siècle jusqu’au début de l’indépendance. Seuls deux monuments apparaissaient au-dessus du sol : le minaret et le donjon du Manar. Les fouilles ont permit d’établir un plan complet de l’édifice religieux. C’est en superficie l’une des plus grandes mosquées d’Algérie après celle de Mansourah à Tlemcen. Elle comptait treize nefs orientées sud/nord. La salle de prière avait quatre- vingt-quatre colonnes dont il ne reste que les socles. Le minaret est décoré sur sa face sud par des niches et des défoncements disposés en trois registres verticaux qui préfigurent les minarets du XIIe siècle, notamment la Koutoubiya de Marrakech et la Giralda de Seville.

 

Le palais du Lac était construit en terrasses vers le versant du mont Takerboust. La partie supérieure était réservée aux appartements de l’émir et à son harem. Il prit son nom du grand bassin de 67 m de long sur 47 m de large pour une profondeur de plus de 1,60 m, qui le borde au sud. C’est le monument le plus important mis au jour par de Beylié. L’auteur anonyme d’Al Istibçar nous en donne une description précise : « Les Banu Hammad élevèrent à la Qal’a d’importantes constructions d’architecture soignée… parmi lesquelles Dar al-Bahr au centre duquel était un vaste bassin où avaient lieu des joutes nautiques et où la quantité considérable d’eau était amenée de fort loin ». D’autres complexes architecturaux comme le palais du Salut, le palais du Manar ou le palais l’Étoile n’ont pas révélé encore tous leurs secrets. De même pour les autres structures comme les constructions hydrauliques (hammam, aqueducs, citernes) qui laissent entrevoir une maîtrise parfaite de l’eau, qui était acheminée de diverses façons dans la ville malgré sa construction en altitude.

 

Les différentes pièces archéologiques trouvées à la Qal’a (frises de décor, inscriptions, pierres sculptées de palmettes et de fleurons, vasque aux lions, céramique d’une très grande richesse…) nous donne un aperçu du décor des palais hammadides que l’on retrouve à Béjaia, leur nouvelle capitale, ou dans la chapelle palatine de Palerme qui fut influencée par cet art sanhajien. C’est à la Qal’a qu’ont été découverts les plus anciens vestiges actuellement connus en Occident musulman d’encorbellements à muqarnas (nids d’abeilles).

 

La vie artistique et intellectuelle était intense dans la capitale hammadide surtout après la prise de Kairouan par les Hilaliens. La ville se dote d’une industrie prospère formée d’une multitude de tisserands, de joailliers, de céramistes réputés, de charpentiers, de menuisiers… Elle attire aussi les savants, les poètes et les docteurs en théologie à l’image du poète et savant Abû-1 Fadhl Al Nahwi qui s’installe à la Qal’a et y meurt en 1119. Il a donné son nom au petit village qui s’est construit autour de son tombeau, au sud ouest de la grande mosquée. Il semble qu’une communauté chrétienne vécut à la Qal’a. Mas Latrie, utilisant un texte tiré de la chronique du Mont Cassin, croit pouvoir affirmer qu’il y existait un évêque qui aurait habité une maison voisine de l’église dédiée à la Vierge.

Mais les événements politiques qui se déroulent au Maghreb en ce milieu du XIe siècle poussent les Hammadides à un réaménagement radical de leur territoire en choisissant pour la première fois d’être en contact avec la Méditerranée. C’est à partir de 1067 / 460 H que la ville de Béjaia entre pleinement dans l’histoire. En effet le milieu du XIe siècle vit la rupture entre les Zirides de Mahdia et le khalife fatimide du Caire qui envoie pour les châtier les tribus hilaliennes vers le Maghreb. Les nomades pillèrent les campagnes de l’Ifriqiya. À cause de l’insécurité régnante, les villes de l’intérieur se vidèrent en partie. Le Maghreb central et particulièrement le royaume hammadide reçurent un afflux de population. Mais bientôt les Hilaliens menacèrent le territoire de la Qal’a et les souverains hammadides se replièrent sur la côte. Sur un site très tôt fréquenté par les Phéniciens faisant de la navigation de cabotage à la recherche de minerais dans les pays situés à l’ouest de Carthage, Béjaia33 fut sûrement un de ces comptoirs qui permettait une économie de troc avec les autochtones du pays moyennant des redevances annuelles. Il est possible qu’elle soit mentionnée dans le périple de Scylax parmi les villes maritimes appartenant à Carthage. Nous savons que la ville et son territoire dépendaient du royaume de Massinissa au IIIe siècle avant l’ère chrétienne. On a trouvé sur le site des monnaies numides et carthaginoises ainsi que des stèles dont les frontons sont invariablement sculptés de soleils et de lunes. Par ailleurs, des textes libyques découverts dans cette région attestent de la survivance d’un usage écrit, donc d’une occupation très ancienne.

 

 

La ville accède, selon Pline, au statut de colonie (Colonia Julia Saldantium) à l’époque d’Octave, en 33 av. J.-C, qui y installe des vétérans d’une septième légion. C’est aussi à cette époque qu’est élevée l’agglomération de Tiklat (Tubusuptu). Strabon mentionne le port de Saldae en ajoutant qu’il marquait la limite du royaume de Juba II à qui Auguste venait de donner la Maurétanie en gestion. On a trouvé à Béjaia une dédicace au roi Ptolémée, fils de Juba II. À la suite du géographe grec, de nombreux auteurs ont mentionné Saldae dans leurs récits : Ptolémée le géographe d’Alexandrie (140 ap. J.-C), l’Itinéraire d’Antonin écrit sous le règne de Dioclétien (284-305), la table de Peutinger, le Géographe de Ravenne…

 

 

Au milieu du IIe siècle, des classici milites furent employés pour creuser le tunnel de l’aqueduc devant amener l’eau à la ville. De grands réservoirs, creusés sur le plateau supérieur de la cité, distribuaient ensuite cette eau. À la même époque Saldae est appelée civitas splendidissima. Un episcopus Saldi- tanus, du nom de Paschasius, assiste au concile provoqué par le roi vandale Hunéric à Carthage en 484. Il est probable que les Vandales et les Byzantins occupèrent la cité, mais nous n’avons aucune preuve archéologique de cette occupation pour le moment.

 

La ville romaine, tournée au sud, sur la pente de la montagne Gouraya, occupait les deux contreforts de Bordj Moussa à l’ouest et de Bridja à l’est que sépare le ravin des Cinq Fontaines (oued Abzaz). Le tracé du rempart romain était reconnaissable en beaucoup d’endroits au début de la conquête française. Long d’environ 3000 m, ce rempart avait pour mission de contenir les tribus montagnardes environnantes qui s’accommodaient difficilement du joug de l’occupant. Tout au long de l’intermède romain des révoltes éclatèrent dans le territoire de Saldae.

 

Interprète dans l’armée, Ferraud dresse un inventaire des vestiges archéologiques antiques trouvés lors de la pénétration française. Il signale de grandes citernes d’époque romaine pratiquement dans toute la ville et particulièrement dans le quartier ‘Azib Bakchi, entre le fort Barrai et la porte du Grand Ravin ; les vestiges du cirque-amphithéâtre furent reconnus en-dessous de la porte du Grand Ravin ; sur la place Fouka furent extraites de nombreuses pierres taillées et de belles colonnes en calcaire, un édifice assez important avait dû être construit là. Même dans la Qasbah des constructions antiques furent mises au jour comme dans les différents quartiers de la ville, près de Sidi Touati ou sur la route du fort Abd El Kader vers le port. . . Des mosaïques et des inscriptions furent découvertes lors de constructions coloniales.

 

Les alentours de Béjaia attestent aussi de cette présence antique : tronçons de voies romaines menant vers Jijel (Igilgilt), Tiklat (Tubusuptu), Rusuc- curu (Dellys) ; arches de l’aqueduc de Toudja.

 

Les récits des historiens ne parlent pas de Béjaia aux premiers temps de l’Islam. Les différents conquérants de l’Afrique du Nord ont eu des itinéraires qui, d’une ligne partant de Kairouan, la première base musulmane, se dirigeait vers le Maghreb extrême en empruntant la route des hauts plateaux et délaissaient ainsi la route côtière et ses villes. Au milieu du XIe siècle, c’est-à-dire juste au moment du choix d’Al Nasir, Al Bekri met en évidence les avantages du site : « au-delà de Mersa el-Dedjadj, on trouve le port de Bougie, Mersa Béjaia, ville très ancienne qui a pour habitants des Andalous. À l’orient est un grand fleuve qui admet des navires chargés. Ce port est sûr et offre un bon hivernage… Béjaia est le port de Qal’at Abi Tawil. Dans les montagnes qui dominent ce mouillage se trouvent des tribus kotamiennes qui professent la doctrine des chiites. Elles respectent les gens qui ont du penchant pour leurs croyances et traitent généreusement ceux qui font profession de leur religion. Avant d’arriver au port de Béjaia, on rencontre l’île de Djouba (île Pisan)… ». Dans sa narration, Al Bekri montre bien que le territoire de Béjaia est sous contrôle des Fatimides, puisqu’il fait référence aux tribus kotamiennes qui soutinrent le Da’i Abu Abdallah Al Chi’i dans son entreprise de conquête du Maghreb pour le compte du Mahdi ‘Obaïd Allah. Le point de départ du mouvement fatimide était Ikjan, petite ville entre Sétif et Béjaia. En 1067, Al Nasir (1062-1082), le cinquième souverain de la dynastie, jeta son dévolu sur le territoire des Bgayet et installa sa capitale à Béjaia qu’il voulut nommer Al Nassiriya. Tout en continuant de résider en partie à la Qal’a, il s’attacha à développer sa future capitale en construisant un splendide palais, Qasr al-Lu’lu’ (le palais de la Perle). Il y transféra tous ses biens, ses bibliothèques et exhorta les savants, les écrivains et les artistes à venir y habiter. Le fils d’Al Nasir, Al Mansûr (1090-1104) quitta définitivement la Qal’a et s’installa à Béjaia avec ses troupes et sa cour. Il y bâtit la Grande Mosquée dont parle le voyageur Al Abdari (XIIIe-XIVe siècle) quand il décrit Béjaia : « Elle possède une merveilleuse mosquée unique dans sa beauté, originale ; elle domine la plaine et la mer et constitue un spectacle qui vous enchante et remplit d’admiration. Les fidèles y sont assidus et ils l’entretiennent avec dévouement… ». L’intérieur de la mosquée était entièrement pavé de marbre ; son minaret avait soixante coudées de haut et vingt coudées de large à la base. Mais les autres cultes monothéistes comme le judaïsme et le christianisme, existant déjà à la Qal’a des Beni Hammad, étaient  également présents dans la nouvelle capitale. Les communautés chrétiennes des différentes villes hammadides (Buna-Annaba, la Qal’a, Béjaia) étaient dotées d’un évêque et vivaient en parfaite sécurité. L’histoire a gardé une correspondance du Pape Grégoire VII répondant favorablement à une demande d’Al Nasir, « roi de la Maurétanie et de la province de Sétif », pour la désignation d’un guide pour la communauté chrétienne de Hippone. Les deux pontifes s’échangèrent des cadeaux. Dès cette époque, des marchands d’Amalfi et de Gaëte fréquentaient le port de Béjaia. Ils seront suivis plus tard par des Génois, Pisans, Vénitiens, Florentins, Aragonnais, Catalans, Marseillais…. Tous ces négociants européens étaient installés dans la Kaïssaria située près de Bab al-Bahr. Al Nasir fit planter des jardins et construire les palais d’Amimûn et de l’Étoile. Il améliora le système d’alimentation en eau de la ville. On pouvait compter jusqu’à soixante-douze mosquées dont la Djama’ al-A’dham, la Djama’ al-Qasaba, la mosquée al-Mordjani, la mosquée Abu Zakariya al-Zawawi. . . La capitale médiévale comprenait de nombreux quartiers : Abû-1-Abbas Ahmad al-Ghobrini parle de huit quartiers, Ferraud en a compté plus de vingt. Parmi eux, on peut citer les quartiers de Brija, al-Maqdassi, Bab al-Bahr, Sidi Bou Ali, Acherchour, Sidi Abd el-Hadi, El Kenitra, Zaouïat Sidi Touati… Ce fut l’âge d’or de la ville qui accueillit à ce moment-là l’élite intellectuelle, les savants et les artistes qui avaient quitté la Qal’a déchue et les villes d’Ifriqiya, d’Andalousie… Béjaia rayonnait sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Par elle, l’art maghrébin était imité particulièrement en Sicile et en Italie. Les demeures et les palais de Palerme s’inspiraient de ceux de Béjaia dont le poète sicilien Ibn Hamdis nous fournit une description admirative.

 

Le palais de Amimûn devait se situer non loin du tombeau de Sidi Touati ; le fort Barrai a succédé au palais de l’Étoile ; le château de la Perle occupait l’emplacement des casernes de Bridja. Des citernes, une partie de l’enceinte orientale et la porte sarrasine, Bab al-Bahr, peuvent être attribuées aux souverains hammadides. Béjaia avait, comme Honaine, Mahdia et Salé, la particularité d’avoir un port intérieur auquel on accédait par une arche. La métropole hammadide était étendue en surface. Nous connaissons les noms des sept ou huit portes dont certaines peuvent être localisées : Bab Amsiwan à l’est sur la route qui mène à la vallée des Singes, Bab al-Bunûd à l’emplacement de la porte Fouka, Bab el-Lawz sur la même face, Bab al-Sina’a, la porte de l’Arsenal, qui a disparu après la prise de la ville par les Espagnols. D’autres portes sont citées par les historiens du Moyen Âge comme Bab Ilân, Bab al- Debaghine, Bab al-Jadid et Bab Bâtina, Bab al-Rouah. . . En-dehors de la ville s’étendaient sur les deux rives de la Soummam les jardins créés au XIIe et restaurés au XIIIe siècle : le Badi’ à l’ouest et le Rafi’ à l’est.

 

Un siècle plus tard, Al Idrissi lui consacre une description plus longue du fait de son nouveau statut : « De nos jours, Béjaia est la métropole du Maghreb central et la capitale du territoire des Bani Hammad vers laquelle les navires mettent les voiles, les caravanes dirigent leurs pas ; les produits et marchandises sont expédiés par voie de terre et par voie de mer, le négoce y est particulièrement actif, les habitants sont de riches commerçants, l’artisanat et les artisans sont d’un niveau inégalable. Les négociants de Béjaia traitent avec ceux du Maroc, du Sahara et du Moyen Orient. C’est à Béjaia que sont entreposés des ballots et que sont vendues des marchandises pour des sommes colossales. Dans ses campagnes et exploitations agricoles, le froment, l’orge, les figues et tous les autres fruits sont cultivés en quantités suffisantes pour la consommation de plusieurs pays. Béjaia possède un chantier de constructions navales d’où sortent navires de guerre, paquebots, vaisseaux, galères. C’est que dans ses vallées et dans ses montagnes, il y a du bois à profusion. De ses environs, proviennent de la poix et du goudron d’excellente qualité. On y trouve des gisements de fer de bonne teneur. Son artisanat produit toutes sortes d’articles originaux, finement ouvragés. À un mille de la ville, coule une rivière venant de l’ouest, du côté des massifs montagneux de Djardjra (Djurdjura). C’est un cours d’eau important qu’on ne traverse, à son embouchure, que sur des embarcations… ». Et le géographe de citer les villes qui gravitent autour de cette métropole : Ikjan, Belezma, Sétif, Baghaï, Tobna, Qalama, Tébessa, Biskra….     

Si Al Idrissi lui consacre tout un développement, c’est que la ville a acquis une dimension méditerranéenne que personne ne lui conteste. En plus de ses activités économiques et portuaires, la ville abrita, sous l’impulsion d’Al Mansûr et de ses descendants, une importante université où des professeurs de renom venaient enseigner. En 1152 (546 de l’hégire), Abdel Mumin s’empara de la ville et le dernier souverain hammadide, Yahya Ibn al-Aziz, finira ses jours, traité comme un prince, d’abord à Marrakech la capitale almohade, ensuite à Salé où il mourut en 1163 (558 de l’hégire). Béjaia fut déchue de son rôle de capitale et devint le chef-lieu d’une province almohade gouvernée par un fils du khalife. Mais elle n’en continua pas moins d’attirer les savants durant tout le Moyen Âge. En 1228, à la chute de l’empire almohade, Béjaia passa sous l’autorité des Hafsides tout en gardant une certaine autonomie du fait de son éloignement par rapport à Tunis. Ibn Khaldun, dans son histoire des Berbères, donne le détail de cette période (XIIIe-XIVe siècles) riche en retournements et en rivalités entre les dynasties mérinide, zayanide et hafside. Cela n’empêchait pas le port d’être fréquenté par des navires marchands grâce aux traités de commerce signés avec les nations européennes.

 

 

Cet effort d’urbanisation apparaît sur la côte. Un certain nombre de villes portuaires Stora, Djidjel (antique Igilgili), Marsat El Kull (antique Chullu, Collo), Bûna (antique Hippone) apparaissent dans le récit des historiens ainsi que dans les portulans42. Il semble qu’au départ le conquérant utilise l’aménagement du territoire tel que l’a laissé l’occupant romain ou byzantin. Par la suite, au gré des nécessités ou des nouveaux centres d’intérêt, il fonde de nouvelles villes, la plupart du temps sur les ruines d’un établissement ancien, en utilisant le matériau de l’ancienne agglomération, qui deviennent de nouveaux centres de rayonnement.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (1ère partie)

16012017

 

 

 

 

Quand on lit les textes relatifs à la conquête musulmane du Maghreb, on est frappé par l’indigence des informations liées à la géographie urbaine de cette région. On l’est encore plus quand il s’agit du Maghreb central qui semble le parent pauvre par rapport à l’Ifriqiya, au Maghreb extrême et à al- Andalus. En fait trois écoles se distinguent par leurs traditions divergentes : une école orientale représentée par l’Égyptien Ibn Abd El Hakam. C’est la tradition la plus ancienne car c’est à partir de l’Egypte que s’est effectuée la conquête (le gouverneur d’Egypte étant chargé des affaires du Maghreb à cette époque) : une école ifriquienne elle-même assez orientalisée ; enfin une école hispano-maghrébine. Étant donné les intérêts régionaux de ces trois écoles, le Maghreb central est très mal pris en compte et les sources ne le citent presque pas. Elles parlent par exemple de la chevauchée de Oqba Ibn Nafi’ en le faisant partir de Kairouan et en le faisant arriver à Tanger sans citer la moindre ville sur plus de mille kilomètres. Pourtant le réseau de villes existant dans les provinces romaines de Proconsulaire, de Numidie ou de Maurétanie césarienne est suffisamment important pour ne pas être ignoré. De plus la recherche archéologique, telle qu’elle s’est pratiquée durant la période coloniale, n’a pas essayé, à de rares exceptions près, de montrer un continum dans l’occupation du territoire. Tout était fait pour donner au chercheur ou au lecteur l’idée d’une rupture définitive entre deux périodes d’une histoire occupant le même espace.

 

 

 

 

 

LE DEVENIR DES CITÉS ANTIQUES DE L’ALGÉRIE ORIENTALE

 

Dès le début de la conquête les troupes musulmanes axent leurs offensives dans la région des Aurès où l’on sait que des villes comme Tobna, Baghaï, Belezma, sont des forteresses assez importantes dans le dispositif de défense mis en place par les Byzantins et repris par les Berbères qui déploient une forte résistance. Si l’effort de guerre est orienté sur cette région, c’est parce qu’il existe dans cet espace des zones urbaines assez importantes et des structures étatiques que l’on devine dans les différents récits relatifs à l’époque vandale et surtout byzantine. Nous savons par exemple qu’à la veille de la conquête musulmane, il existait dans les Aurès, un chef berbère du nom de Mastiès, qui s’était proclamé imperator vers 476/477 et qui avait régné pendant quarante ans.

 

Par ailleurs, nous savons que les villes antiques décrites sur la côte ou à l’intérieur du pays continuent de vivre. Nous ne savons pas si elles sont occupées par les nouveaux arrivants. Les données archéologiques ne sont pas suffisantes ou ont été détruites au XIXe siècle lors du dégagement des grandes cités antiques comme Hippone, Cuicul, Calama ou Theveste. Aussi nous ne pouvons que nous appuyer sur les textes des historiens et géographes du Moyen Âge comme Ibn Hawqal ou Al Ya’qubi qui ne donnent pas la mesure exacte des transformations urbaines introduites par les nouveaux conquérants.

 

Nous allons prendre un certain nombre d’exemples pour voir comment les cités antiques évoluent avec les nouveaux maîtres du pays dont les conceptions urbaines diffèrent de celles en vigueur à l’époque antique.

 

Al Ya’qubi a traversé le Maghreb au IXe siècle, c’est-à-dire au moment où les Aghlabides occupaient l’actuelle Tunisie et une partie de l’Algérie orientale, en particulier les hautes plaines constantinoises qui formaient une sorte de frontière militaire tenue par des forteresses plus ou moins remaniées, datant de l’époque byzantine ou même du limes romain. Ainsi dans son Kitab Al Buldan, le livre des pays, il décrit Mila (l’antique Mileu) comme une ville forte disposant de deux citadelles, l’une étant placée au-dessus de l’autre. Le chef de cette citadelle est un arabe des Beni Solaym appelé Moussa Ibn Abbas qui tient son autorité du prince aghlabide de Kairouan. Ses remparts avaient été édifiés à l’époque byzantine. C’est l’une des rares villes où les structures antiques apparaissent dans le tissu urbain moderne. La cité occupait une position stratégique sur la route de Cirta (Constantine) à Sitifis (Sétif). « Elle surveillait au nord la région très accidentée et couverte de forêts qui s’étend dans la direction de Djidjelli et Collo, au sud les massifs montagneux qui la séparent du cours supérieur de l’Oued Rummel». C’est sûrement au début du VIIIe siècle que la ville fut annexée avec les autres citadelles qui défendaient les marches de l’ouest. Elle devint très vite un centre administratif et militaire avant qu’elle ne soit remplacée par Tobna à l’époque des Aghlabides. Sa proximité du centre de la révolte chi’ite, Ikjan, en fit une proie facile pour les tribus Kotama, au début du Xe siècle. Celles-ci se révoltèrent contre le ziride Al Mansûr et firent de Mila le centre de leur dissidence. Al Mansûr réprima lui-même la révolte, fit déporter la population à Baghaya (989). La ville renaîtra au XIe siècle avec les Hammadides et aura un gouverneur sur place. Ses remparts, longs de 1200 m, étaient flanqués de 14 tours. Ils furent très peu remaniés à l’époque musulmane. L’enceinte possédait deux portes : Bab al-Rouous au sud-est et Bab al-Soufli au nord-est. Des fouilles entreprises en 1969 dans la mosquée ont permis de retrouver la structure originelle du bâtiment (alignements des colonnes, mihrab primitif). L’ancienneté de la mosquée est également prouvée par l’armature des arcs et de leurs supports. Les arcs qui longent les nefs sont des arcs outrepassés qui s’appuient sur le chapiteau par l’intermédiaire de parallélépipèdes de briques. Des tirants en bois dont on voyait la trace consolidaient la structure. Des sondages ont permis de reconnaître les niveaux islamiques : une pièce de monnaie idrisside et un fragment de plâtre sculpté en lettres coufiques. Des éléments de décor en stuc, fleurs et rosaces, montrent des ressemblances avec les décors trouvés à la Qal’a. Le niveau antique profondément enfoui fut atteint.

  

 

 

L'urbanisation dans l’Algérie Médiévale (1ère partie)  dans Architecture & Urbanisme

Ruines près de l’ancienne Tobna

 

 

 

 

La citadelle de Sétif semble avoir eu le même statut que Mila. La ville n’a plus l’importance qu’elle avait à l’époque romaine. Les écrits ne nous renseignent pas sur le Sétif des débuts de la conquête musulmane. Des fouilles entreprises au début des années 1980 ont montré des niveaux d’époque musulmane. La ville n’était pas totalement abandonnée et les vestiges des thermes servaient d’abri occasionnel aux hommes et au bétail. Le développement de la ville musulmane se serait fait d’abord au nord de la forteresse byzantine. La fouille a montré que les premières maisons avaient été construites avec des réemplois de pierres de taille renforcées sur leur face intérieure de cailloux liés à du pisé. Les dates données par le carbone 14 varient entre 655 et 970 ap. J.-C.

 

La fouille mit à jour neuf bâtiments qui ont été datés entre 810 et 974. Une monnaie d’Al Mu’izz le fatimide ainsi qu’un tesson de céramique figuré ont été trouvés dans le troisième sol. Mais l’important est que la fouille a pu dégager une typologie de l’habitat des Xe et XIe siècles pour cette région, avec des pièces plus longues que larges.

 

Mais nous savons que ces bastions aux marges du royaume avaient une certaine autonomie et un esprit d’indépendance. Ce fut le cas de la forteresse de Belezma dont la garnison fut passée au fil de l’épée par l’Émir Ibrahim II (893-280). Selon Ibn Idhari « l’affaire de Belezma fut une des causes qui contribuèrent à la ruine de la dynastie ».

 

Après avoir pris deux exemples de villes du Nord- Est, voyons l’évolution de deux autres villes situées plus au sud.

 

Baghaya, « grande et ancienne ville » selon Al Bekri, est située sur la route de Theveste à Lambèse, entre la montagne de l’Aurès au sud et la Garaat al- Tarf au nord, au débouché de la route qui franchit le col de Khenchela (antique Mascula). Obstacle incontournable, elle « constituait un des principaux passages entre le Sahara et le Tell ». Construite sur la première ligne de défense byzantine en Numidie, reconstruite sous Justinien, la ville était au moment de la conquête musulmane une place forte importante avec la présence d’un évêché. Elle était un passage obligé vers l’ouest : « les Berbères et les Romains s’étaient fortifiés dans Baghaya quand ‘Oqba Ibn Nafi’ le Qoreichite les attaqua et leur enleva plusieurs chevaux appartenant à la race que l’on élevait dans l’Aurès ». Lorsque la Kahina s’opposa à Hasan Ibn No’man, elle rassembla ses troupes dans cette ville et de là se dirigea vers le nord-est sur les rives de la Meskiana et de l’oued Nini, proches de Baghaya. La ville ne fut occupée par les troupes musulmanes qu’après 701. La ville tomba sous les assauts d’Abû Abdallah le chi’ite en 907 qui en fit une base stratégique et c’est de là qu’il entama sa marche victorieuse vers Kairouan. À partir de ce moment, Baghaya eut pour rôle, avec Tobna et Belezma, de contenir les révoltes des Berbères de l’Aurès. Après la fondation de Msila comme nouvelle capitale du Zab par le khalife fatimide Abû-1-Qasim, à 4 km de Zabi Justi- niana, Baghaya dépendit des gouverneurs Bani Hamdun. Elle fut la première forteresse à subir les assauts de « l’homme à l’âne », révolté contre le pouvoir fatimide. Par la suite, Bologgin Ibn Ziri, ayant en charge le Maghreb après le départ des Fatimides vers Le Caire, y nomma un gouverneur militaire. En 1017, Baghaya fut un des enjeux qui opposa les dynasties ziride et hammadide. Hammad fut contraint par Al Mu’izz d’en lever le siège. Lors de l’invasion hilalienne, la ville passa sous l’emprise des tribus Athbadj et déclina. Elle est mentionnée uniquement comme étape.

 

La ville de Baghaya est construite sur « un mamelon aplati qui domine la plaine, en suit fort exactement les contours de manière à assurer à la ville la protection du profond ravin qui la borde au nord ouest… Cette vaste enceinte ayant ainsi avec ses 25 tours un énorme développement de 1172 m ». Le rempart fait de pierres de taille avec des tours rondes et carrées est signalé par Ibn Hawqal et Al Muqa- dassi au Xe siècle 14. La citadelle occupait la partie la plus haute de la colline.

 

Tobna, antique Tubunae, fait exception par sa taille et son importance dans ce chapelet de bastions aux marches de l’empire. Elle semble être au centre de ce dispositif défensif et abrite un gouverneur ayant plus d’importance dans la hiérarchie aghlabide.

 

Il faut attendre Al Bekri pour avoir une description assez complète du territoire. Il mentionne Meskiana « bourg situé sur une rivière », Baghaï « grande et ancienne ville, dont les environs sont couverts d’arbres fruitiers, de champs cultivés et de pâturages… », puis Tobna : « Le château de Tobna, énorme édifice de construction ancienne, est bâti en pierre et couronné par un grand nombre de chambres voûtées ; il sert de logements aux officiers qui administrent la province et touche au côté méridional du mur de la ville ; il se ferme par une porte de fer… Tobna a plusieurs portes : Bab Khacan, beau monument construit en pierre, avec une porte de fer ; Bab El Feth (porte de la victoire), situé dans la partie occidentale de la ville et se fermant aussi par une porte en fer ; une rue, dont les deux côtés sont bordés de maisons, s’étend à travers la ville d’une de ces portes à l’autre ; Bab Téhuda (porte vers l’antique Thabu- deos), qui regarde le midi, est aussi en fer et offre un aspect imposant. Bab el-Djedid (la porte neuve) et Bab Ketama sont situés au nord de la ville … on y voit beaucoup de bazars… Depuis Kairouan jusqu’à Sijil- massa, on ne rencontre pas de ville plus grande. . . ». Cette ville joue un rôle essentiel aux VIIIe-IXe siècles dans le contrôle des zones comprenant en gros les provinces anciennes de Numidie et de Maurétanie sitifienne. ‘Oqba est obligé de l’éviter dans son expédition de 683. Au début du VIIIe s., elle passe sous domination musulmane avec Moussa Ibn Nusayr. C’est le siège du Gouverneur. Elle était déjà suffisamment importante dans l’antiquité puisqu’elle était le chef-lieu de la région du Hodna. Les nouveaux conquérants en font un chef-lieu en 771 dont dépendent les villes de Baghaï, Biskra, Téhuda, Mila, Nikaous, Belezma… Elle est la charnière du système défensif aghlabide et résiste aux attaques des Rosté- mides de Tahert en 767 ou des tribus Kotama, qui occupaient la région de Mila – Sétif, c’est-à-dire les territoires situés à l’est de Constantine. Les différents commandants de la place sont destinés à occuper des postes importants dans l’administration centrale. Ce fut le cas du comte Boniface au Ve siècle. C’est le cas d’Ibrahim Ibn Al Aghlab qui commanda les troupes stationnées à Tobna en 795. Le khalife de Bagdad, Haroun Al Rachid, le confirma dans son poste en 797. Il fut appelé à Kairouan où il fonda la dynastie des Aghlabides. Ce recentrage du territoire se fait au détriment de villes comme Zabi (Zabi Justiniana) qui étaient pourtant des centres économiques très urbanisés. La ville s’agrandit de faubourgs, fut dotée d’un cimetière à l’est de la ville et d’un hammam. À l’intérieur, on construisit le palais du gouverneur, une mosquée cathédrale et une citerne. La ville soutint avec succès les assauts des tribus berbères acquises à la cause fatimide avant de se rendre quelques années plus tard. Elle reçut alors un gouverneur chiite, Yahya Ibn Salini. Élargissant leur domaine vers l’ouest pour contenir les menaces des tribus zénètes Maghrawa soutenues par les Ommeyades de Cordoue, les Fatimides de Kairouan construisirent une nouvelle place forte en 92720, à deux journées au nord ouest de Tobna. Le site fut choisi près de l’ancienne Zabijustiniana, à la limite du Zab, au pied des monts du Hodna. La nouvelle capitale porta le nom d’Al Mohammadiya, la future Msila, qui fut construite en 315/927 par le fils du Mahdi. La ville constitua aux Xe et XIe siècles la limite occidentale du Zab et donc de l’Ifriqiya, puis après du royaume hammadide. Le gouvernement du Zab fut confié à ‘Ali Ibn Hamdun Ibn Al Andalusi par Abu-1-Kasim. Ibn Khaldun nous apprend que ce gouverneur était l’un des premiers partisans de ‘Ubayd Allah qu’il suivit jusqu’à Sijilmassa avant que celui-ci ne devienne Mahdi. Le Zab et Msila furent confiés à la mort de ‘Ali Ibn Hamdun à son fils Ja ‘far qui avait été pressenti par Al Mu’izz pour gouverner le Maghreb, poste qu’il refusa. Al Bekri décrit ainsi la ville : « El Mecila, ville située dans une plaine, est entourée de deux murailles, entre lesquelles se trouve un canal d’eau vive qui fait le tour de la place. Par le moyen de vannes, on peut tirer de ce canal assez d’eau pour l’arrosage des terres. Dans la ville on voit plusieurs bazars et bains et, à l’extérieur, un grand nombre de jardins. On y récolte du coton dont la qualité est excellente. Tout est à bas prix dans El Mecila ; la viande surtout est très abondante. . . Au sud d’El Mecila est un endroit nommé « El Kibab », les coupoles ; on y remarque des voûtes antiques auprès desquelles sont les restes d’une ville antique… »

 

Nous n’avons pas de documents très précis sur cette nouvelle cité même si le poète Ibn Hani glorifie ses palais à l’époque des princes de Msila, descendants de ‘Ali Ibn Hamdun. Tobna contribua à son édification et à son peuplement comme elle le fera plus tard pour Achir.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’architecture des arabes et des maures en Espagne

3122016

 

 

 

 

La première période de l’architecture arabe en Espagne dura un peu plus de deux siècles, et, par les variations auxquelles le goût donna naissance, variations qui sont encore sensibles dans la mosquée de Cordoue, on peut dire que, pendant tout ce temps, elle reproduisit assez fidèlement les tâtonnements et la marche. de l’art chrétien à la même époque. Mais, à partir de la dernière moitié du Xe siècle, on voit se développer le goût pour les décorations éclatantes et surchargées de détails.

 La forme des arcs, jusque-là bornée au plein cintre outrepassé, s’enrichit et se complique dé festons et de courbes variées; l’ornementation byzantine, déjà si recherchée et si somptueuse elle-même, ne suffit plus aux exigences du caprice et de la mode. On cite, comme l’exemple le plus frappant de cette phase de l’art, la chapelle de la mosquée de Cordoue, connue aujourd’hui sous le nom de Villaviciosa. Or, d’après une inscription arabe, cette chapelle fut décorée sous le khalife Hakam, vers l’an 965. La chapelle Villaviciosa résume toutes les connaissances acquises par les Arabes, à la fin du Xe siècle, dans les diverses parties de la construction et de l’ornementation.

 

 

A la chute du khalifat de Cordoue, dans la première moitié du XIe siècle, lorsque l’Espagne musulmane se fut partagée en plusieurs principautés, et que la discorde eut pris la place de l’ordre et d’une puissante concentration de forces, l’art se ressentit nécessairement de cette nouvelle situation. Bientôt les chrétiens, refoulés jusque-là au nord et au nord-est de la Péninsule, se montrèrent menaçants, et, en 1085, les princes musulmans, réunis à Séville, se virent dans la nécessité d’appeler au secours de l’islamisme Youssef, fils de Tachfine, fondateur de la ville de  Marrakech et maître du nord-ouest de l’Afrique. A partir de ce moment, l’Espagne musulmane, soumise à l’influence des Africains, vit s’affaiblir peu à peu l’esprit arabe, et c’est alors que se développa dans les arts un nouveau caractère, auquel on donne le nom de maure ou mauresque.

 

 

 

 

 

 

L’architecture des arabes et des maures en Espagne  dans Architecture & Urbanisme 161019013142804298

© Brad Hammonds  via Flickr   / La grande mosquée de Cordoue

 

 

 

 

 

Les monuments romains, pendant longtemps avaient fourni des matériaux pour les nouvelles constructions, n’offraient plus les mêmes ressources. Le goût de la variété et un luxe toujours croissant d’ornements avaient fait dédaigner les anciens principes. A côté de l’arc pesant et simple de la Grèce et de Borne, s’élève l’arc à ogive, plus ou moins élancé; à l’ornementation byzantine régulière, succèdent les broderies et les ornements les plus capricieux; aux mosaïques en verre et en marbre de Cordoue, on pourrait dire de Byzance et de Ravenne, sont substituées des pièces de faïence aux couleurs éclatantes, qu’un art nouveau dispose géométriquement‘. L’emploi des mosaïques en faïence se remarque pour la première fois dans la chapelle Villaviciosa. Ce goût devint général, et on le lit servir au Pavement des salles et à la décoration des lambris et des fontaines. Ibn-Sayed nous apprend qu’il existait de nombreuses manufactures de mosaïques de faïence en Andalousie, d’où l’on en emportait de grandes quantités dans tout l’Orient. C’est le genre d’ornements que les écrivains arabes nomment الزلج, et qui répond à l’azulejos des Espagnols. On remarque, à la même époque, sur les parois des édifices, des ornements coulés en stuc, et qui, mariés avec les autres parties de la décoration, produisent le plus bel effet.

On place le moment où le nouveau système acquit tout son développement, dans la dernière moitié du XIIe siècle, sous la dynastie des princes Almohades, qui régnaient également sur l’Espagne et sur la partie nord-ouest de l’Afrique. Les échantillons les plus brillants de cette phase de l’art se trouvent à Séville, alors siège de la puissance des nouveaux maîtres de la Péninsule. Ce sont la Giralda, les débris de la mosquée qui a été remplacée par la cathédrale actuelle, et certaines portions de l’Alcazar. Ces différentes constructions furent élevées sous le règne de Yacoub, surnommé Al-Mansour, qui avait le goût des arts, et de qui il existe encore des monuments analogues à Fez et à  Marrakech.

 

Une circonstance contribua à donner à la deuxième période de l’architecture arabe un caractère nouveau, c’est l’importance qu’acquirent les inscriptions, employées comme: branche d’ornementation. L’on sait que les musulmans, partageant les préjugés des Juifs, s’interdisent toute représentation de ce qui a en vie. Il existe, à la vérité, des exceptions; mais le principe n’en est pas moins absolu, et, en général, on s’y conforme. Pour varier leurs couleurs, les artistes musulmans ont été obligés de s’attacher à des détails qui, pour nous, ne sont que très-secondaires. Sur les parties les plus anciennes de la mosquée de Cordoue, on voit dominer l’écriture coufique, écriture d’un trait mâle, et à lignes droites. Peu à peu l’écriture coufique se mêle aux ornements capricieux qui l’entourent. Enfin cette écriture fait place aux caractères naskhi ou cursifs, caractères bien plus légers de forme, et qui se combinent mieux avec les fleurs et les entrelacs.  L’écriture naskhi, comparée au coufique, rappelle l’élégance de notre écriture cursive, opposée à la sévérité d’aspect des anciennes lettres onciales.

 

Mais la deuxième période de l’art arabe de l’occident ne reçoit que le nom d’époque de transition. En effet, l’art ne tarda pas à subir une nouvelle transformation, et, malheureusement, si ce fut la plus belle, ce fut aussi la dernière.

 

  

 

 

 

 

 

161019011816100121 dans Architecture & Urbanisme

© Jesús Pérez Pacheco  via Flickr   / Ancienne mosquée devenue une église à Tolède

 

 

 

 

 

Tolède, Saragosse, Mérida et plus tard Séville, étaient, rentrées sous la loi de l’Evangile. Cordoue elle-même, Cordoue, le sanctuaire des musulmans de la Péninsule, devait bientôt éprouver le même sort. Au milieu de la décadence générale de l’islamisme en Espagne, il s’était formé un nouvel état au pied des montagnes qui, à l’est de Séville, font face à la mer Méditerranée. La capitale du royaume était Grenade  et le fondateur du nouvel état était un prince éclairé et ami des arts. A mesure qu’une contrée se soumettait à l’Evangile, une partie des habitants cherchaient un refuge dans les provinces de Grenade; le territoire du royaume était fertile; l’industrie y avait acquis un large développement; La population s’accrut prodigieusement, les sources de la richesse publique devinrent de plus en plus abondantes, et le prince, qui présidait au mouvement, profita de ces avantages pour embellir sa capitale. Comme l’impulsion donnée par le fondateur de la dynastie se maintint sous ses descendants pendant un siècle et demi, la ville de Grenade ne tarda pas à devenir le séjour le plus poli et le plus brillant des provinces musulmanes de l’occident. Les plus beaux échantillons de l’art mauresque à cette époque existent à l’Alhambra. On peut encore citer certaines portions de l’Alcazar de Séville, qui fut, à la même époque, restauré par les ordres de Pierre le Cruel; ces portions, exécutées, à ce qu’il paraît, par des artistes musulmans, peuvent, entrer en comparaison avec ce que l’art a produit de plus beau à Grenade.

 

 

 

  

 

 

161019010725742581

Alcazar de Séville

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Alhambra, colline située auprès de Grenade, et où se trouvait la demeure des rois, est ainsi appelée du mot arabe alhamra, qui signifie la rouge. Telle est en effet encore à présent la teinte de ses murailles, qui sont construites en tapia, c’est-à-dire avec une espèce de mortier mêlé de petites pierres, et que le temps et le soleil ont colorées d’une manière admirable. Les constructions commencèrent vers le milieu du XIIIe siècle et se poursuivirent jusque vers la fin du XIVe, époque où, la discorde et les guerres intestines absorbant toutes les ressources, il devint impossible de continuer des travaux si longs et si coûteux.

Une partie de l’ancienne résidence des rois de Grenade est maintenant détruite. Quelques corps de bâtiments furent sacrifiés dans la première moitié du XVIe siècle, pour faire place à un palais bâti dans le goût de l’époque, et que l’empereur Charles-Quint voulait opposer au chef-d’œuvre de l’architecture maure. D’autres parties ont été successivement minées par le temps ou détériorées par des restaurations malhabiles. Mais il reste des débris assez imposants pour donner une idée du goût qui régnait à la cour de Grenade, et cette idée suffit pour justifier et satisfaire le souvenir gracieux que le seul nom d’art mauresque a laissé dans tous les esprits. Qu’on se représente des galeries décorées d’arcades de toute forme, découpées en festons et en stalactites, chargées de dentelles en stuc, et autrefois peintes et dorées; qu’on se figure une forêt de colonnettes, isolées, accouplées, groupées, toujours à formes élégantes, et à travers lesquelles étincellent les eaux jaillissantes de la fontaine des Lions, et la riche parure des appartements royaux.

On aurait tort de comparer l’Alhambra et les autres édifices mauresques aux monuments de l’antique Égypte et de l’ancienne Borne, et aux cathédrales du moyen âge. Ici dominent les grandes masses, là la légèreté; ici une solidité quelquefois accompagnée de lourdeur, là une élégance capricieuse et souvent des proportions mesquines. Mais si les monuments, et c’est là le plus beau privilège de l’architecture, sont faits pour refléter les mœurs, les usages et la civilisation du peuple qui les éleva, nul édifice, mieux que l’Alhambra, ne révèle le caractère d’une nation oisive, galante, ingénieuse, comme l’étaient les Maures de cette époque. L’extérieur des édifices mauresques, simple, presque sans décoration, et à peine percé de quelques fenêtres, fermées par des treillages, rappelle partout la vie sédentaire et purement intérieure que commandaient au Maure sa religion et ses habitudes. Aussi à Grenade, il n’y avait guère, en fait d’édifices publies, que des mosquées, des collèges et des bains, et là encore, comme dans les habitations privées, tout l’éclat des décors, toutes les recherches du luxe, étaient pour l’intérieur. Rien, au dehors de l’Alhambra, n’annonce la salle des Ambassadeurs ou celle des deux Sœurs; l’entrée même de l’Alhambra n’offre qu’un arc immense, orné de quelques emblèmes et d’une inscription renfermant le nom du prince qui l’avait fait élever.

 

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

 

 

 

 

Mais, dans l’intérieur du palais, quel spectacle inattendu! Quelle réunion de tout ce qui peut flatter les sens! L’eau circule partout: ici s’élancent des jets qui rafraîchissant l’air; là roulent des cascades dans des rigoles de marbre, puis, l’eau se recueille au centre de patios ou cours, dans des réservoirs entourés de plates-bandes d’arbustes et de fleurs. Les salles sont percées de nombreuses fenêtres à claire voie et découpées en broderies de stuc, qui tempèrent l’éclat de la lumière. Cette disposition de fenêtres élevées est favorable au renouvellement continuel de l’air, et permet de jouir plus complètement de l’effet des couleurs. Partout la vue est frappée d’inscriptions, tantôt choisies parmi les vers des poètes le plus en faveur, tantôt rappelant certains passages du coran, tantôt exprimant des vœux pour le prince qui a élevé cette partie de l’édifice.

 

Au palais de l’Alhambra étaient annexés des bains, accompagnement nécessaire de toute grande habitation musulmane. Il existe des restes d’édifices semblables à Majorque et ailleurs.                                                                                                                                                                                                                    Les bains de l’Alhambra se trouvaient à quatre mètres au-dessous du niveau de la cour des lions et de celle de l’Alberca; l’humidité, le manque de réparations, d’une part, et, de l’autre, des réparations mal dirigées, les ont dénaturés.

 

On fait quelques observations analogues par rapport à la distribution des maisons de Grenade, dont quelques-unes ont conservé, malgré l’effet du temps et des révolutions, leur aspect primitif; ces maisons ressemblent à celles qu’on voit encore sur les côtes d’Afrique. Elles ont à l’entrée, du côté de la rue, un vestibule plus ou moins étroit et obscur, véritable atrium des Romains, lequel aboutit à un patio ou cavœdium, et celui-ci offre sa fontaine jaillissante entourée d’orangers, ainsi que ses galeries à colonnettes, servant d’entrée aux salles disposées tout autour de la cour. Souvent encore, comme au temps des Maures, les chambres et les salles ne reçoivent du jour que de l’intérieur, du côté du patio; du côté de la rue, les habitations offrent un mur entièrement nu, ayant à peine quelques ouvertures fermées paru des grilles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’ARCHITECTURE MÉSOPOTAMIENNE DU 7e au 4e MILLÉNAIRES (2ème partie)

25092016

 

 

 

 

L’ARCHITECTURE DE PLAN COMPLEXE

 

 

 

L'ARCHITECTURE MÉSOPOTAMIENNE DU 7e au 4e MILLÉNAIRES (2ème partie) dans Architecture & Urbanisme 1478624154-160923112818893132

 

 

 

 

Les deux autres types architecturaux représentés en Mésopotamie marquent, par rapport au précédent, une différence fondamentale et constituent un progrès décisif dans l’histoire de l’architecture. Ils offrent, pour la première fois, une architecture de plan complexe. Plus que l’augmentation spectaculaire de la taille des constructions (8-25 x 6-15 m) ou du nombre de pièces (10-15), il importe de retenir l’organisation du système des circulations internes permettant de se déplacer à l’intérieur même du bâtiment, qui devient ainsi une unité architecturale que l’on peut qualifier véritablement de « monumentale ». Cette « révolution » architecturale paraît liée à une innovation technologique, l’utilisation de la brique crue moulée. C’est en effet aux civilisations de Samarra et d’Obeid que l’on peut attribuer la fabrication, sur une grande échelle, de ce matériau de construction. La fabrication en série répond à la nécessité d’obtenir un nombre suffisant d’éléments de même module pour mettre en œuvre une conception d’ensemble préalable et, d’une certaine manière, standardisée. Mais si les civilisations Samarra et Obeid obéissent toutes deux au même principe d’organisation architecturale, elles diffèrent cependant dans les applications qui en ont été faites, si bien que chacune d’entre elles offre à cet égard une spécificité remarquable.

 

 

 

L’architecture de type Samarra. C’est sur le site de Sawwan que les archéologues irakiens ont mis au jour les exemples les mieux conservés et les plus nombreux de l’architecture de type Samarra. Ce qui frappe, au premier abord, dans ces bâtiments, c’est la dissymétrie dans la disposition des espaces intérieurs, où alternent des pièces barlongues et oblongues de tailles différentes, selon un rythme répétitif (forme générale en T, par exemple), mais irrégulier. Le deuxième trait caractéristique est constitué par le système de communication qui repose le plus souvent sur l’enfilade, c’est-à-dire l’alignement des points de passage sur un même axe. Un dernier point commun, d’ordre technologique, est la présence de contreforts aux angles du bâtiment ainsi qu’à la jonction des murs intérieurs avec les murs extérieurs. Ils peuvent s’expliquer par l’existence d’un niveau supérieur aménagé (terrasse ou étage), hypothèse rarement évoquée, mais rendue plausible par la présence d’escaliers extérieurs signalés par les fouilleurs.

 

 

 

 

 

1478624180-160923111123666637 dans Architecture & Urbanisme

L’évolution de l’habitat à Tell Sawwam en Iraq  

 

 

 

 

 

Peu de sites, à part Sawwan, ont livré des plans de bâtiments complets. Les plans des constructions de Choga Mami, même s’ils ne présentent pas le même degré de complexité, appartiennent bien, cependant, à la même famille architecturale, avec notamment le même souci de la communication en enfilade. Une construction très voisine est signalée à Sungur A dans la région de Hamrin. Au principe de l’enfilade s’ajoute ici, comme à Sawwan, l’alternance des pièces oblongues et barlongues.

 

D’autres plans, incomplets, peuvent être rattachés à la même tradition. C’est le cas du niveau V de Hassuna et des vestiges retrouvés à Baghouz.

 

 Après avoir identifié la spécificité de l’architecture Samarra, on peut s’interroger sur la nature des bâtiments retrouvés. Les constructions de Sawwan ont été interprétées, selon certains fouilleurs, tantôt comme des greniers, tantôt comme des temples. Il paraît plus plausible de les considérer comme de grandes maisons d’habitation, ou comme de grosses fermes, peut-être partiellement couvertes d’un niveau supérieur. La présence simultanée de nombreux exemplaires identiques dans un même niveau (niveau III A de Sawwan, par exemple ne convient pas très bien aux premières hypothèses, car on conçoit mal un village composé uniquement de sanctuaires ou de bâtiments de stockage.

 

L’interprétation des constructions retrouvées à Choga Mami ou Sungur A reste plus délicate, car la petite taille des pièces (1,50 – 2, 00 m) les rend peu propices à l’habitation. On est donc amené à supposer, soit que les maisons d’habitation se trouvaient ailleurs sur le site – l’exiguïté des surfaces fouillées permet au moins de poser l’hypothèse -, soit que les pièces d’habitation se trouvaient au niveau supérieur, les pièces retrouvées par la fouille au niveau du sol servant alors au stockage.

 La répartition géographique des sites offrant de l’architecture de type Samarra, dont on peut situer le floruit vers 5.600 – 5.000 montre une implantation plus centrale, en Mésopotamie, que la civilisation Halaf. Mais c’est pourtant vers le nord et vers l’ouest qu’il semble bien que l’on doive chercher l’origine de cette tradition architecturale. En effet, le double principe sur lequel elle repose est déjà présent dans des constructions néolithiques de la seconde moitié du 7e millénaire (6.600-6.000 B.C.) retrouvées dans la moyenne vallée de l’Euphrate, sur les sites de Abu Hureyra et Bouqras. La parenté des plans et donc de l’organisation intérieure des constructions paraît assez évidente pour pouvoir être prise en considération. Le « relais » qui aurait permis la transmission de cette conception architecturale se trouve sur des sites de la Mésopotamie septentrionale, dans une région déjà évoquée à propos du Halaf. On rencontre en effet, vers le début ou le milieu du 6e millénaire (6.000-6.500 B.C.) à Umm Dabaghiyah et Yarim I la coexistence d’une architecture de plan simple et d’une architecture de plan complexe, composée de petites cellules juxtaposées. Si l’hypothèse selon laquelle ce second type d’architecture constituait non pas une maison d’habitation, mais un bâtiment à usage collectif (entrepôt, magasin etc.), on serait en présence d’un des premiers exemples de « différenciation » architecturale. La « spécialisation » architecturale dont on peut aussi soupçonner l’existence sur des sites comme Choga Mami ou Sungur A, aurait trouvé une première application dans le courant du 6e millénaire, dans le nord de la Mésopotamie.

 

Il semble donc bien, dans l’état actuel des connaissances, que ce soit sur l’Euphrate et dans le Sinjar qu’il faille chercher les origines de l’architecture de type Samarra, dans une région où l’architecture rectangulaire complexe a fait l’objet, plus tôt que partout ailleurs, d’un traitement privilégié. Cette hypothèse permet de reposer la question des rapports entre les différentes civilisations qui s’y sont rencontrées.

 

 

 

L’architecture de type Obeid. Tout en offrant une organisation complexe, l’architecture Obeid répond à des règles antithétiques et, d’une certaine manière, moins originales. Tout, en effet, y paraît subordonné à la recherche d’une symétrie. Le principe consiste à disposer autour d’un espace central, très probablement couvert, des pièces de formes et de tailles variées. Dans leur état le plus achevé, on obtient des constructions de grande taille (15-20 x 5-15 m) dans lesquelles les éléments de contraction (briques crues moulées) participent, dans leur agencement même, au décor architectural. Le décor à redans constitue ainsi l’un des traits remarquables de l’architecture Obeid. La répartition des espaces intérieurs fait que l’on a donné parfois à ce type de plan le nom de « plan tripartite », définition commode, mais qui ne rend pas compte de la totalité de la documentation architecturale, dont la caractéristique reste la volonté de disposer symétriquement un certain nombre de pièces de tailles et de formes différentes, de part et d’autre d’un espace central rectangulaire dont la taille dépasse nettement celle des autres pièces. La présence d’un niveau supérieur, comme dans l’architecture Samarra, est probable. Elle se déduit de l’existence de certaines pièces, étroites et allongées, dont la seule destination logique est de servir de cage d’escalier.

 

Le grand nombre de sites occupés et la durée de l’époque Obeid, qui s’étend sur environ deux millénaires (5.600-3.700) font que ce souci de perfection a atteint, selon les périodes et les endroits, des degrés divers.

 

Si les niveaux profonds d’Eridu (XVII – ХV) n’offrent pas, vers 5.600 – 5.000, de constructions très caractéristiques, avec des maisons monocellulaires rectangulaires ou carrées, on notera cependant la présence d’un foyer central construit et, au niveau XVI, du décrochement dans l’un des murs, traits que l’on retrouvera, amplifiés et transformés dans les niveaux supérieurs. On rencontre, en revanche, dès le niveau XVIII de Gawra, vers 5.000-4.500, un bâtiment offrant une disposition conforme aux principes énoncés. Il succède à une construction moins bien conservée, mais conçue de manière semblable.

 

 Les niveaux XI-VIII d’Eridu (4.500-4.100) n’ont livré que des plans partiels, mais où la conception d’ensemble se laisse parfaitement deviner. Dans le même temps, deux constructions du niveau XV de Gawra reprenaient les dispositions antérieures.

 

Dans la phase finale de la civilisation Obeid (4.100- 3.700), plusieurs constructions «monumentales» ont été fouillées à Eridu, niveaux VII-VI ou à Gawra, niveau XIV, avec un bâtiment posé exceptionnellement sur un soubassement de pierres, mais respectant les mêmes principes de symétrie dans son agencement, ainsi qu’au niveau XIII, avec les trois « temples », tandis qu’au niveau XII, on retrouve, les dispositions connues déjà depuis les niveaux XVII-XV.  

 

Plus récemment, d’autres constructions de la même famille architecturale ont été signalées à Oueili et à Uruk. Les dernières découvertes dans la région de Hamrin viennent enfin d’enrichir considérablement la documentation architecturale de l’époque Obeid, en introduisant même ce qui paraît être une variante régionale.

 

On a retrouvé à Kheit Qasim III, associée à un bâtiment de plan « classique » (10 x 10 m) avec murs à redans, une autre construction (14 x 10,5 m) de plan « cruciforme », composée de trois unités principales, en forme de T, disposées perpendiculairement. Le fouilleur insiste bien cependant, et à juste titre, sur le fait que « malgré quelques petites irrégularités dans la symétrie, c’est l’axe long du hall principal qui est privilégié; en effet, les unités latérales se répondent, ainsi que les éléments constituant l’unité I ». On retrouve donc bien dans cette architecture modulaire, le principe général de l’architecture Obeid.

 

Plusieurs exemplaires de cette variante ont été retrouvés dans un même niveau sur le site de Abbadeh, avec des degrés différents de « pureté » par rapport à un modèle idéal. Ils accompagnent, comme à Kheit Qasim III, une construction pourvue de murs à redans. On possède moins de détails sur Rachid, qui offrirait une architecture analogue à celle d’Abbadeh. Sungur В a livré un bâtiment incomplet de plan plus nettement cruciforme. A Sungur C, les vestiges retrouvés n’offrent pas de plan très cohérent. C’est aussi le cas à Ayyash, où l’on retrouve cependant des murs à redans.

 

A la phase finale d’Obeid appartiennent, dans le Hamrin, les sites de Abu Hussaini et Madhur. Sur le premier, les archéologues italiens ont retrouvé une architecture très mutilée, où l’on distingue de petites cellules carrées. A Madhur, les archéologues anglais ont fouillé quelques pièces d’un grand ensemble dont tout laisse à penser qu’il appartenait à la série des constructions à grande pièce centrale.

 

Ainsi, quel que soit le nom que l’on donne à ces types de plans (tripartite, cruciforme, en forme de T, etc.), l’important est de reconnaître qu’ils appartiennent bien à une seule et même famille architecturale. L’imprécision qui règne encore parfois dans la nomenclature employée pour désigner les phases de la civilisation Obeid ne permet pas encore de situer chronologiquement les types les uns par rapport aux autres. Mais on doit dès maintenant insister sur deux points.

 

On ne peut manquer d’être frappé, tout d’abord, par l’homogénéité, au moins dans sa phase finale, de l’architecture Obeid, d’une extrémité à l’autre de sa zone d’extension : il suffit de comparer, par exemple, les constructions du niveau XIII de Gawra, au nord avec celles des niveaux VI -VII d’Eridu, au sud. D’autre part, grâce aux nouvelles découvertes dans la région de Hamrin, il devient maintenant possible de discerner à l’intérieur d’un même ensemble des variantes régionales, dont il est prématuré de dire si elles avaient aussi une signification chronologique.

 

D’un point de vue plus général, il semble bien que la civilisation Obeid offre, comme celle de Samarra, des exemples de « différenciation » architecturale. A côté des « monuments » dont il vient d’être question, on rencontre sur des sites comme Gawra et Abbadeh, des constructions « ordinaires », de plus petite taille, dont l’organisation intérieure est moins caractérisée. Cela ne veut pas dire pour autant que ces « monuments » doivent être systématiquement considérés comme des temples, comme l’on fait les premiers archéologues à les avoir rencontrés à Gawra, Eridu ou Uruk, opinion transmise dans toute la littérature archéologique. L’opinion des fouilleurs anglais de Madhur, d’après les trouvailles faites dans le bâtiment, est qu’il s’agit de maisons d’habitation, et ils proposent la même interprétation pour les bâtiments de Gawra, en particulier. On ne peut que souscrire à cette interprétation, comme on l’a montré en avançant l’hypothèse que ces bâtiments pouvaient être des maisons communautaires, analogues aux mudhif actuels, qui servent de salle de réunion pour les hommes du village et de pièce de réception pour les hôtes de passage.

 

Architecture de prestige, mais à vocation profane ou civile, telle est la signification que l’on peut donner à ces constructions où l’on passe insensiblement, selon les cas, de la simple maison d’habitation au monument chargé d’assurer sa place et son rang dans la communauté, sans pour autant modifier la conception fondamentale de l’espace occupé. Si l’on peut trouver, dès l’époque d’Obeid, des différences entre une architecture « domestique » et une architecture « monumentale », il ne s’agit pas, à ce stade, d’une différence de nature, mais tout au plus d’une différence de degré.

 

 

 

 

 

 

 

La 1ère partie : Ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’Architecture Mésopotamienne du 7e au 4e Millénaires (1ère partie)

1092016

 

 

 

 

 

Dans une synthèse récente sur le Proche-Orient ancien, on a pu mettre en évidence le rôle de la Mésopotamie dans le développement de l’architecture entre le 10e et le 4e millénaires. L’enquête a permis d’isoler trois types principaux, qui ont été mis en rapport avec les trois grandes civilisations traditionnellement reconnues dans cette région entre le 7e et le  4e millénaires : Halaf, Samarra et Obeid.

 

 

 

 

 

L'Architecture Mésopotamienne du 7e au 4e Millénaires (1ère partie)   dans Architecture & Urbanisme 1478624241-160829111953205703

Le site archéologique de Tell Halaf  (Syrie) 

 

 

 

 

 

L’importance particulière de la Mésopotamie vient de ce que, si le premier type (Halaf) appartient encore à une architecture de plan simple, les deux autres types (Samarra et Obeid) offrent, pour la première fois dans l’histoire, une architecture de plan complexe. La distinction repose sur le principe suivant : dans une architecture de plan simple, qui peut être mono- ou pluricellulaire, la communication entre les pièces se fait par l’extérieur, c’est-à-dire que pour se rendre d’une pièce à l’autre on sort de la première vers l’extérieur avant de rentrer dans la seconde. L’espace extérieur intermédiaire permettant la communication reçoit généralement le nom de cour. Dans le plan pluricellulaire complexe, au contraire, la communication se fait directement d’une pièce à l’autre, grâce à un réseau de circulations intérieures permettant d’accéder, sans ressortir, aux différentes parties du bâtiment. Dans ce système, il est fréquent, par exemple, qu’une seule pièce en commande plusieurs autres. Ce schéma architectural, élaboré à partir de la documentation archéologique disponible, s’est trouvé à la fois confirmé et complété par les découvertes récentes dans la région de Hamrin.     

 

 

 

 

 

 

L’ARCHITECTURE DE PLAN SIMPLE

 

 

 

 

 

 

1478624267-160829112200662661 dans Architecture & Urbanisme

 

 

 

 

Le type Halaf . On a depuis longtemps associé à la civilisation de Halaf une architecture de plan circulaire, dont les premiers exemples avaient été découverts à Arpachiyah. Les tholoi sont construites en pisé, parfois sur des soubassements de pierres. Il y a de bonnes chances de penser qu’elles étaient couvertes d’un toit en coupole. On rencontre plusieurs variétés : certaines sont monocellulaires, d’autres monocellulaires avec des divisions intérieures, d’autres enfin sont pourvues d’annexés rectangulaires. Leur taille est en moyenne de 5-6 m de diamètre, les plus grandes mesurant 10-12 m. Selon les archéologues soviétiques de Ya- rim tepe, les tholoi servaient d’habitations. La position des premiers inventeurs, d’après qui il s’agirait de sanctuaires, paraît désormais difficile à tenir.

 

 

La répartition de ce type architectural, d’autant plus remarquable qu’il apparaît brusquement dans un contexte où règne ailleurs dans l’ensemble du Proche Orient une architecture de plan rectangulaire mono- ou pluricellulaire, correspond à la zone d’extension de la civilisation Halaf, dont les limites dépassent la Mésopotamie stricto sensu. Des tholoi ont été signalées vers 5.600-5.000 B.C. (dates «traditionnelles», non calibrées, calculées avec la demi-vie courte de 5.570 ans) à Arpachiyah, Aqab , Hassuna, Turlu et Yarim I . On en trouve vers 5.000-4.500 B.C. à Arpachiyah, Gawra, Gerikihaciyan, Hassuna, Turlu, Yarim II et Chagar Bazar. Cette répartition montre que la zone nucléaire de la civilisation Halaf pourrait bien être la Djezireh septentrionale, entre le Khabur, le Balikh et le Tigre, c’est- à-dire dans la région même du site éponyme où, paradoxalement, la nature et l’exigüité des sondages n’ont pas permis de retrouver d’architecture. Son extension vers le sud atteint Sawwan, où l’on a retrouvé aux niveaux IV-V une tholos sur soubassement de galets, ainsi que la région de Hamrin, sur le site d’Hassan. Cette présence dans une région « nouvelle » n’est pas sans intérêt pour apprécier les contacts avec les autres civilisations mésopotamiennes.

 

 

 

 

 

 

1478624294-160829112303390708

Photo aérienne de Arpachiyah lors de l’excavation . A droite: la reconstruction isométrique de la Maison Brûlée

 

 

 

 

 

 

On oublie parfois de noter que les tholoi ne constituent pas l’unique caractéristique de l’architecture Halaf. Les fouilles de Hassuna, Gawra, Yarim I et Yarim II le montrent clairement. Sur ces derniers sites, qui offrent la plus grande superficie de niveaux Halaf mis au jour, les tholoi, avec ou sans annexes rectangulaires, sont associées à d’autres constructions indépendantes, de plan rectangulaire simple ou formées de petites cellules contiguës. Le même phénomène se reproduit à Hassan, dans le Hamrin. Les plans publiés ne sont pas très explicites, mais il semble que ces bâtiments, tholoi et constructions rectangulaires, soient regroupés à l’intérieur d’ensembles clos de murs. L’origine de la tholos circulaire n’est pas claire. Le type apparaît tout constitué dans un contexte général d’architecture rectangulaire qui, à cette époque, domine dans le Proche-Orient. Les fouilles de Hijara à Arpachiyah ont, de plus, montré que sous les tholoi les plus anciennes, on rencontre une architecture rectangulaire antérieure, caractérisée par la présence de pièces longues et étroites.

 

 

On assiste donc, au 6e millénaire, à un phénomène analogue à celui que l’on observe aujourd’hui en Syrie septentrionale et en Turquie méridionale, où l’on relève, dans un contexte dominant de maisons à toits plats, la présence de villages de maisons à toits en coupole, sur plan circulaire ou carré. Par un phénomène curieux de convergence, la zone actuelle d’extension des maisons à coupoles recouvre en partie la région où régnait, huit millénaires plus tôt, la civilisation Halaf.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45