Un Proverbe Rifain

21072018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« ad ggnfan iyzzimn ura aye awarn.« 
 

Toutes les blessures sont guérissables sauf celles que causent certaines paroles. 

 

 

 

 

 

 

 

Il était une fois un homme qui vivait dans une grotte. Pendant la journée, il cultivait ses terres comme le reste des villageois, mais dès que la nuit tombait, il se transformait en lion. Car dans sa jeunesse il avait été maudit par une ermite qu’il dérangeait dans ses prières et effrayait en imitant le lion. 

 

 

 

Cet homme se maria et il vécut très heureux pendant deux mois. Mais ses disparitions nocturnes intriguaient sa femme de plus en plus. Lorsqu’il eut épuisé tous les mensonges et les prétextes, il décida de lui dire toute la vérité. Auparavant il lui fit jurer sur ce qu’elle avait le plus cher de ne jamais trahir sa confiance. 

 

 

 

Quelques jours plus tard, en revenant de son travail, il surprit sa femme en train de dire à sa mère :

« je suis vraiment heureuse avec lui ; le seul moment où je ne le supporte pas, c’est lorsqu’il revient de la forêt à l’aube, le ventre plein de charognes et qu’il commence à roter et à répandre une odeur de fauve dans toute la maison. »

 

 

 

 

Mortellement blessé dans son amour propre et indignement trahi par la femme qu’il adorait, il attendit que sa belle mère fût partie pour rentrer chez lui. Une fois dans la grotte il demanda à sa femme de chauffer au rouge le soc de la charrue, et la força ensuite à lui piquer le sommet de la tête avec ce soc embrasé. 

 

 

 

Chaque jour pendant des mois, il demandait à sa femme de venir voir l’état de sa blessure qui cicatrisait petit à petit. Le jour où elle lui dit que la blessure était entièrement guérie, il lui répondit d’une voix pleine de grief: « Toutes les blessures sont guérissables sauf celles que causent certaines paroles. «  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

   
 




La Servante et la Vingt Septième nuit du Ramadan

3062018

Conte arabe de Mauritanie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il était une fois une esclave, dans les premiers temps. Les esclaves en ce temps-là étaient encore possédés et à portée de main, et les gens en faisaient tout ce qu’ils voulaient, leurs maîtres les écrasaient de travail et les fatiguaient, toute la journée ils les insultaient. Chacun d’eux l’appelait, celui qui voulait de l’eau l’appelait, celui qui voulait qu’on lui donne quelque chose l’appelait, celui qui voulait qu’elle mette de l’eau à chauffer l’appelait. Elle ne pouvait même plus faire son travail. A peine se dirigeait-elle vers un mortier pour piler ou vers une marmite pour la poser sur feu qu’on l’appelait cent fois. Et tout cela la fatiguait. 

 

Et elle a dit…..

 

 

Elle a entendu les gens dire qu’au mois de Ramadan, la vingt-septième nuit, le ciel se déchire au-dessus de chacun et que ce qu’il demande à Dieu. Il le lui donne en entier. Elle s’est dit en elle-même : « Moi, il faut que je reste assise jusqu’à ce que le ciel se déchire au-dessus de moi. Je demanderai à Dieu qu’aucun de mes maîtres ne m’appelle sans qu’il pète* ». 

 

 

 

Elle a continué jusqu’à la vingt septième nuit, qu’elle a passée assise, assise, assise, à veiller, jusqu’à ce qu’arrive ce moment où le ciel se déchire, et il s’est déchiré au-dessus d’elle. Elle a dit qu’elle souhaitait de Dieu que cette histoire arrive, que chaque fois que quelqu’un l’appellerait, dirait son nom, il pète. 

 

Le lendemain, son maître l’a appelée. Il a dit : « Eh ! El- ‘Aviye** ! Eh ! El- ‘Aviye ! » A peine a-t-il dit « Eh ! El- ‘Aviye ! » qu’il a fait prout. Il a pété. Sa femme ne pouvait pas rire, les enfants non plus, ni personne, ils se sont tus. Et lui, il ne pouvait plus l’appeler à nouveau. Il a dit à sa femme : « Appelez-moi cette esclave, qu’elle vienne me voir ». Elle, elle lui a dit : «Eh ! El- ‘Aviye ! » Elle aussi a fait prout. Elle s’est tue. Elle a appelé un de ses enfants et lui a dit : « Appelle-moi El- ‘Aviye ! » 

 

 

 

 

Celui qui l’appelait, il lui arrivait cette histoire, toute la journée. Chaque fois qu’un de ses maîtres l’appelait pour quelque chose, il lui arrivait cette histoire. Jusqu’à ce qu’ils comprennent que ça leur arrivait quand ils disaient son nom. 

Ils ont alors dit qu’ils ne diraient plus son nom. Ils l’ont laissée en paix, elle a fini par être tranquille. Elle faisait sortir le mil, en faisait de la farine, mettait la marmite sur le feu et faisait tout ce qu’elle avait à faire comme travail, allait chercher l’eau. Mais on ne l’appelait pas, elle n’était pas fatiguée et on ne l’appelait pas à tout instant. Elle s’est reposée. C’est la fin de l’histoire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

N.B: 

 

*: La traduction littérale aurait été : « son dos se déchire ». C’est une tournure périphrastique habituelle pour signifier ‘péter’. Il existe un verbe ayant ce sens, (Zrat) mais sa grossièreté en proscrit l’usage, plus encore par un locuteur appartenant à un groupe dominant, ce qui est le cas ici. 

 

 

 

 

 

**: Le prénom de l’esclave, fréquent dans cette catégorie sociale, signifie « paix, tranquillité ». esclave mal nommée, mais qui va, à travers les péripéties du conte, enfin éprouver l’accord de son prénom et de sa vie quotidienne. Ce même prénom, dans son usage de nom commun cette fois, va se retrouver dans le dernier paragraphe, dans « ils l’ont laissée en paix ». (litt. « ils lui ont donné la paix »), expression d’un emploi fréquent lorsque le verbe y est mis à l’impératif. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
  

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Néo-Littérature Kabyle et ses rapports à la Littérature Traditionnelle

20042018

 

 

 

 

 

L’arrivée des Français en Kabylie a été un tournant important sur le plan socio-économique que sur le plan culturel. Sur le plan politico-économique, la conséquence majeure a été la destruction de l’organisation politique et l’effritement de l’économie locale. Sur le plan culturel, l’ouverture progressive des écoles va avoir pour impact principal la forte scolarisation des Kabyles. L’élite kabyle qui sortira de ces écoles va opérer une transformation très importante dans le champ culturel kabyle : le passage à l’écrit.  Ce dernier va conduire progressivement à la naissance de la néo-littérature kabyle. 

 

 

 

Le concept de ‘néo-littérature kabyle’ a été forgé par S. Chaker pour désigner la littérature qui a commencé à émerger dans les années 1940, un peu plus d’un demi-siècle après l’ouverture des premières écoles françaises en Kabylie. La marque essentielle de cette littérature est d’être prise en charge par l’écrit, contrairement à la littérature ancienne qui, elle, est exclusivement orale. L’écrite va bousculer le champ littéraire et lui faire subir des transformations très importantes que nous examinerons tout au long de ce texte. 

 

 

 

 

 

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Une salle de classe en Kabylie fin du 19° siècle

 

 

 

 

 

 

Selon S. Chaker (1992), l’une des inspirations de la néo-littérature kabyle est le modernisme, ‘’Un effort permanent d’inscrire la culture berbère [kabyle] dans un champ de références modernes et universelles, pour les faire sortir de leurs sphères traditionnelles, rurales et familiales. La néo-culture et la néo-littérature berbères [kabyles] tendent, depuis au moins 1945, à faire du berbère un moyen d’expression et de création en prise avec les courants de pensée du monde moderne et de la culture universelle.’’ (Chaker, 1992) 

 

 

 

Les marques de ce modernisme sont principalement la création néologique et l’émergence de nouveaux genres littéraires. Nous verrons que ces derniers reprennent le background de la littérature traditionnelle et le réutilisent, et c’est là le renouveau, à de nouvelles fins esthétiques.   

La nouvelle littérature kabyle est composée des genres littéraires suivants : le roman, la nouvelle, la poésie écrite et le théâtre. 

Voyons -à titre d’exemple- comment le roman exploite le fond littéraire traditionnel. 

 

 

 

 

Dans le nouveau paysage littéraire kabyle, le roman est sans doute le genre littéraire le plus prisé par les écrivains kabyles. Si le corpus de romans kabyles publiés jusqu’ici ne dépasse pas les vingt-cinq, ce n’est certainement pas par manque de création, mais à cause des problèmes que rencontrent les écrivains kabyles pour se faire éditer. Plusieurs dizaines de romans sont encore à l’état de manuscrits. 

 

 

L’adoption du roman comme genre littéraire de prédilection peut s’expliquer par la possibilité qu’il offre, en tant que genre littéraire sans règles précises, aux écrivains de s’exprimer en toute liberté. C’est du moins l’explication que nous a donnée Salem Zenia*, romancier, auteur de deux romans.

 

Dans le roman Lwali n Wedrar [le Saint de la montagne], datant de 1946 et publié à titre posthume en 1963, Belaid At-Ali reprend un récit traditionnel, en l’occurrence le récit de vie d’un saint dénommé Bu Leɣțuț [la chiffe molle], pour fabriquer une trame romanesque. Le récit raconte le parcours initiatique d’un personnage qui, de sa condition de risée du village, accède à la sainteté. Le lecteur suit ce parcours en ballottant entre le merveilleux qui caractérise les miracles du personnage et le réalisme auquel invite, sans cesse, le regard ironique du narrateur.

 

B. At-Ali reprend un genre littéraire ancré dans la tradition orale kabyle, à savoir le récit hagiologique, pour lui faire subir une transformation générique. Cette transformation repose sur le procédé littéraire de la substitution.En effet, au personnage légendaire du saint traditionnel, il substitut un personnage ordinaire, déplaçant ainsi la sainteté de l noblesse au cœur.

  »La seule noblesse qui vaille n’est pas celle du sang, mais celle du cœur. Si la première est un privilège de naissance, la seconde est une qualité que chacun est en mesure d’acquérir » Cette citation correspond au message qui se dégage du texte de B. At-Ali : la seule sainteté qui vaille est celle du cœur. Le romancier démystifie ainsi le saint traditionnel et contribue, par la même occasion, à donner le droit de cité aux personnages ordinaires qui ont une place toute secondaire dans la littérature traditionnelle. Le personnage du récit traditionnel, incarnant les valeurs recherchées par le groupe, cède la place à un nouveau type de personnage : il s’agit d’un individu ayant une consistance psychologique.

 

 

 

 

 

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Bélaïd AT ALI (1909-1950)

  

 

 

 

 

De son côté, dans Faffa, un de ses deux romans, Rachid Aliche reprend la thématique de l’exil. Jusque-là, celle-ci a été véhiculée par l’oralité, que ce soit l’oralité primaire actualisée par les chants des femmes kabyles pleurant le départ en exil de leurs maris et enfants, ou l’oralité médiatisée incarnée par la chanson kabyle prise en charge par les chanteurs kabyles vivant en milieu d’émigration. Ces derniers ont utilisé les moyens modernes d’enregistrement pour fixer et diffuser leurs chansons. 

 

 

R. Aliche fait nommément référence aux chanteurs de l’exil. Cette intertextualité, explicite avec ‘’la chanson de l’exil’’ (2001), donne un ancrage thématique au roman Faffa. R. Aliche relaie ainsi la tradition existant chez les chanteurs de l’exil tels El Hesnaoui, Zerrouki Alloua ou encore Slimane Azem pour démystifier l’émigration et dire les déboires que subissent ceux qui débarquent dans l’hexagone.  Le titre du roman à lui seul suggère une portée ironique. Faffa est un terme créé à partir de ‘Fransa’ (La France) et qui suggère le désillusionnement des émigrés. Faffa** est le diminutif ironique de  »Fransa ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Belgasmia (2001) fait remarquer que la reprise de ce fond thématique traditionnel emprunte trois voies : l’emprunt du vocabulaire, la citation et le développement de sous-thèmes. Le roman de R. Aliche est rempli de vocables que l’on retrouve dans la chanson de l’exil : inigimenfiamjab, etc. ‘’Ces vocables restituent un univers sémantique autour du thème de l’exil et comportent un degré de connotation dont l’auteur tire profit. En effet, ils permettent de tisser une relation dialogique avec la Chanson de l’Exil par développement’’ (Belgasmia: 2001) Les citations sont parfois reprises intégralement, d’autres fois par le biais de la paraphrase. R. Aliche insère dans son roman tantôt des passages entiers des textes chantés de S. Azem, tantôt des paraphrases de ceux-ci. 

 

 

 

Sur la base du fond déjà existant, R. Aliche développe la thématique de l’exil. C’est d’ailleurs l’un des procédés les plus usités par tous les romanciers kabyles. Sur le plan formel, la transformation est d’autant plus importante qu’elle consiste en une inversion formelle, passant de la poésie à la prose. 

 

 

Belgasmia (2001) note par ailleurs qu’en s’inspirant de la ‘chanson de l’exil’, R. Aliche développe les sous-thèmes qui se rattachent à elle. Ils peuvent servir à ouvrir un chapitre. C’est le cas du chapitre II du roman qui s’ouvre sur un discours exhortatif, s’adressant à l’émigré et lui conseillant vivement d’éviter les tentations de la vie citadine. Il y a cependant une différence notable : alors que dans la chanson de l’exil, le discours exhortatif est direct, dans le roman Faffa, il est repris sur un mode indirect, le romancier opérant une sorte de mise en narration.  

 

 

Si la figure centrale de l’amjab, est une image déjà construite dans l’imaginaire collectif, dans le roman de R. Aliche, elle se construit au fur et à mesure. La description des différentes scènes d’errance et perdition permet, en somme, de décomposer l’image figée du personnage pour en donner les multiples facettes. La longueur du genre romanesque offre cette possibilité de développement et d’élaboration de sous-thèmes traités de manière suggestive et elliptique dans la ‘chanson de l’exil’.  On assiste à une forme de mise en scène détaillée d’un personnage qui a marqué l’imaginaire collectif kabyle. 

 

 

 

‘’C’est (…) l’écho, pour ainsi dire, de cet ‘arrière-plan’ thématique de la Chanson de l’Exil, avec ses stéréotypes, ses sous-thèmes et ses lieux communs, qui rend ce second roman recevable pour lecteur kabylophone » (Belgasmia, 2001). La tradition orale, on le voit, peut offrir un ancrage thématique pour la néo-littérature. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le romancier Amar Mezdad exploite, lui aussi, le fond littéraire traditionnel pour alimenter ses textes. Dans son roman Iv d wass (1990), il aborde une thématique toute nouvelle dans le paysage littéraire kabyle, à savoir les mutations sociales survenues au lendemain de l’industrialisation de l’Algérie, mais le texte est émaillé de fragments formels puisés directement de la tradition orale kabyle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dans une étude sur le roman Iv d wass, nous avons vérifié (Ameziane, 2002) que Mezdad utilise les éléments de la tradition orale pour féconder son écriture. Les fragments réutilisés deviennent des procédés littéraires, alors que dans le contexte de l’oralité, ils font office de genres littéraires à part entière. Les éléments mythologiques perdent le caractère mythique qui était le leur dans le contexte de l’oralité. Insérés dans l’écriture romanesque, ils contribuent à construire une poétique de parodie et de démystification. Les personnages légendaires connus dans la tradition orale sont évoqués, non à des fins de glorification, mais pour être ridiculisés. 

 

 

Parfois, certains personnages des contes merveilleux, tels awayezniw (l’ogre) ou tteryel (l’ogresse), sont évoqués pour établir des rapports d’analogie sémantique avec d’autres actants. La machine dont s’occupe Muhend Amezyan est souvent comparée à l’ogresse. Elle lui broie le mental comme la seconde broie les personnes qu’elle dévore. L’élément fantastique de l’ogresse est utilisé, ici, pour décrire la réalité vécue à l’usine. 

 

 

A côté des éléments des mythes, des légendes ou encore des contes traditionnels, c’est le proverbe qui est repris de façon très marquée dans le roman de Mezdad. Pas moins de soixante sept proverbes émaillent le texte. Si dans quelques cas, ils reproduisent les fonctions qui leur sont connues – l’argumentation, l’explication, la synthèse, etc.-, dans la plupart, ils sont pourvus de nouvelles fonctions qui répondent à la logique du discours romanesque. Ils subissent par ailleurs un certain nombre de transformations d’une importance non négligeable. En oralité, le proverbe est utilisé pour clore le discours. Mezdad, quant à lui, en fait l’usage inverse : ouvrir le discours. Par ailleurs, le proverbe sert à énoncer une vérité générale. Mezdad, lui, s’évertue à l’utiliser a contrario, apportant chaque fois une exception au discours normatif de l’oralité. Toutefois, la transformation capitale que Mezdad fait subir au proverbe est son defigement. En oralité, le proverbe est un énoncé figé dans sa forme. Dans le roman de Mezdad, il perd son figement et devient un énoncé ordinaire. De coup, le contenu sémantique sacralisé se retrouve désacralisé, ordinaire à son tour. 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 
 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 
  

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*: Zenia est l’auteur de Tafrara (1995) et Iyil d wefru (2002)

**: Dans le même registre ironique, le poète Si Moh a écrit un texte qu’il intitule Faffa, dont lequel il forge un autre vocable tout aussi ironique que le précédent: Öumistan. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Histoire de la Gazelle et du Lion de Mansoura

7032018

Conte de Tlemcen

 

 

 

 

 

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Tlemecen est une ville florissante et riche où s’arrêtent les caravanes du grand désert; ses guerriers sont nombreux et intrépides, les beys des princes magnifiques; ils sont aimés d’Allah et adorés des tribus. Ali, le bey, avait une fille plus belle que la plus belle Heur de ses jardins; sa voix était plus douce que la voix de l’ange, ses yeux étaient fendus et timides comme ceux d’une gazelle effrayée. Lorsque, par hasard, un mortel la voyait, il en devenait fou s’il n’en perdait la vie.

 

Elle s’entourait toujours d’un long voile qui couvrait sa tête et son corps, et retombait sur la pointe de ses sandales, laissant entrevoir le pied d’une biche. — Les femmes esclaves la suivaient dans ses promenades et ne la quittaient jamais.

 

Mais le Seigneur Dieu avait mis dans la florissante ville de Tlemecen, en même temps que le bey Ali et sa fille, un homme pauvre qui gagnait sa vie à de petits trafics avec les chameliers des caravanes. Il s’appelait Kaddour, les pauvres l’aimaient, les riches ne le connaissaient pas, car les riches ne sont pas bons mahométans, et ne vont pas au devant des pauvres. Kaddour avait un fils jeune, déjà renommé dans les guerres, et beau comme l’ange des batailles. Sa taille était droite et hardie comme celle d’un pin de la montagne, ses yeux vifs et braves comme ceux du lion magnanime, et sa voix forte, comme celle d’un soldat du Prophète. Un jour, après s’être promené dans les grands et magnifique jardins qui entourent la ville, le fils de Kaddour s’assit près d’un ruisseau et s’endormit sous le feuillage d’un citronnier chargé de fleurs. Le Seigneur lui apparaissait en songe, car ses lèvres laissaient échapper un doux sourire. — Tout-à-coup un bruit léger le réveille; il aperçoit une femme à demi-voilée qui venait à lui. Il se cache, et cette femme, appelant ses esclaves, leur donne son voile. — C’est la fille du Bey ; le jeune homme la voit, sa raison s’égare, il veut sortir du bosquet, mais la jeune fille, effrayée par le bruit des feuilles, s’enfuit et disparaît à ses yeux.

 

 

Depuis, le malheureux enfant de Kaddour ne put chasser l’amour qui s’était glissé dans son âme. Il revenait à chaque heure du jour dans les jardins, mais sans rencontrer celle qu’il y cherchait.

Le pauvre marchand, qui voyait dépérir son fils, voulut savoir la cause de son chagrin, et n’y parvint qu’après l’avoir bien tourmenté. Effrayé des dangers qu’il affrontait, craignant la colère du Bey, il va trouver le fou Ben-Meida, saint homme que tout le monde adorait, et qui faisait des miracles.—Après s’être prosterné devant le saint, Kaddour lui conta ses peines et lui demanda conseil. — Je sais, répondit le fou, que la fille du Bey, est amoureuse comme une tourterelle, de ton fils, l’heureux Salem; mais les deux amants ne pourront parler de leurs amours qu’en échangeant leurs formes humaines contre celles des animaux qui courent la plaine et le désert. Si ton fils veut prendre la peau d’un lion, elle prendra la tunique d’une gazelle, et le bois d’oliviers de Mansoura sera le heu de leurs rendez-vous amoureux.

 

Après avoir baisé les haillons du fou, le marchand le remercia, et fut trouver son fils auquel il raconta les paroles saintes et prophétiques du marabout. Salem, au comble du bonheur, consentit avec joie aux conditions imposées, et disparut aussitôt de la maison de son père. Les gardes de la porte de Maghreb furent effrayés par l’apparition subite d’un lion qui s’élança vers Mansoura, et les soldats qui gardaient la porte du Levant (men el-Chark), ne furent pas moins surpris du passage rapide d’une jeune gazelle qui franchit les barrière et se perdit dans la plaine.

 

Dès le lendemain, tout le beylick fut en grande rumeur, les cavaliers couraient les plaines et les montagnes, pour retrouver la jeune fille du bey, disparue. Le bey Ali, après l’avoir redemandée au Seigneur Dieu et à tous les hommes, mourut de chagrin.

 

Le marchand Kaddour riait seul dans sa barbe. Cependant, ne voyant pas revenir son fils chéri, le seul espoir de sa vieillesse, il fut trouver le saint, pour lui demander à faire redevenir homme le lion.—Mais le fou fit d’horribles grimaces, et se mit à rire aux éclats, en lui disant qu’il ne le comprenait pas. — Jamais il ne put se ressouvenir de la métamorphose qu’il avait faite !!!

 

Souvent les chasseurs ont poursuivi une jolie gazelle, légère comme le vent qui souille sur la mer des tourbillons du désert. Mais ils ont toujours entendu des rugissements terribles qui grondaient dans les ruines de Mansoura et qui effrayaient leurs chevaux. — On voit souvent dans la forêt des oliviers, un lion superbe, qui protège et défend une timide gazelle, —c’est le malheureux Salem près de sa belle amante.

 

 

Dieu seul est Dieu, il est juste et punit les ambitieux comme les femmes infidèles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La légende de Bent El Khass

22012018

(Suite et fin)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A quelle époque peut-on placer l’existence de cette héroïne visiblement légendaire, même dans la tradition algérienne ?

 

M. de Castries, sans citer de sources, nous dit qu’Embarka Bent El Khass ( الخص), femme célèbre de la tribu de B. Amer, vivait dans le Sahara oranais au XVe siècle.

 

Mais la connaissance de la littérature arabe classique nous permet de remonter plus haut : l’existence de Bent El Khass est mentionnée, sans en être d’ailleurs le moins du monde plus plus certaines, par des auteurs bien antérieurs au XVe siècle et c’est là une preuve de plus qu’on en saurait étudier d’une façon sérieuse et complète le folklore arabe du Maghreb, si l’on n’a pas une connaissance suffisante de la littérature ancienne.

 

La première mention qui soit faite d’elle se trouve dans un vers du poète El Farazdaq, né en l’an 20 de l’hégire (641 ap. J. –C.) et mort vers 110 (728 de J. –C.), c’est-à-dire sept siècles avant la date supposée plus haut.

 

 

Tu as été honorablement fidèle à un serment

Comme Hind fut fidèle à Bent El Khoss – El Iyâdi-.

 

 

 

 

Certaines commentateurs ont cru que la Hind dont il s’agissait ici était la fille du dernier roi de Hira, En No’mân, mais cette opinion est combattue par Ibn Nobata qui voit avec vraisemblance dans cette Hind (nom très répandu dans l’ancienne Arabie) une autre femme que la princesse de Hira. En Orient, elle est appelée Hind et on lui donne pour sœur une certaine Djom’ah contre qui elle plaida devant un juge des Arabes, El Qalmas (القلمس). Celui-ci rendit un jugement en sa faveur, si l’on en croit un vers attribué à Ben El Khoss :

 

Si Dieu récompense l’homme bienfaisant pour sa fidélité,

Qu’il récompense généreusement Qalmas de ma part.

 

 

 

 

On voit que partout son père est nommé El Khoss (ou El Khass). Ibn el A’rabi lui donne le nom d’El Khoss ben Djabir ben Qoraït’ el Iyâdi, d’où le surnom d’El Iyâdyah, porté par sa fille. Mais cette liste de d’ascendants de Bent El Khoss est inconnue aux généalogistes Ibn Doraïd et Ibn Qotaïbah. Ce dernier mentionne seulement un Qoraït’ (قريط), frère de Qort (قرط) fils d’Abou Bekr, remontant par Kilâb, Haouâzin et Nizâr à Adnan, l’ancêtre des Arabes, tandis qu’Iyâd, de qui serait descendu Khoss, était le frère de Nizâr. Le Qoraït’ d’Ibn Qotaïbah ne peut donc pas être l’ancêtre de Bent El Khoss.

 

 

 

Du reste cette désignation d’Iyâdyah a-t-elle quelque valeur ?

 

 

On ne le pense pas, et les auteurs arabes semblent avoir partagé cette opinion, car quelques-uns font de Bent El Khoss une ‘Amaliqa (Amalécite), issue des débris du peuple de ‘Ad, ce qui nous rapporte aux temps fabuleux et nous donne lieu de croire qu’elle n’a jamais existé, pas plus en Arabie que dans le Sud algérien.

 

Mais en Orient, comme en Occident, les traits caractéristiques de sa légende sont identiques et les maximes en prose rimée qu’on lui attribue ont le même cachet. Elle est appelée à donner son avis sur les chevaux, les chameaux, le mariage, et ses sentences ont le même caractère de simplicité du fonds et de recherche de forme. 

 

 

 

 

 

 

On lui demanda : Quel est l’homme que tu préfère ? Elle répondit :

L’homme facile et généreux, bienfaisant et illustre, habile et intelligent, le seigneur redouté.  – - Y a-t-il quelqu’un qui surpasse celui-là ?

-          Oui,  l’homme svelte et mince, fier et élégant, bienfaisant et prodigue, qu’on craint et qui ne craint pas.

-          Et quel est l’homme le plus haïssable à ton avis ?

-          L’homme lourd et endormi, qui se décharge des affaires sur les autres, indifférent, faible de poitrine, vil et blâmable.

-          Et y a-t-il quelqu’un de pire ?

-          Oui, le sot querelleur, négligent et négligé, qui n’est ni craint ni obéi.

 

 

 

 

On lui demande encore : Quelle femme est préférable suivant toi ?

-          Celle qui est blanche et parfumée

-          Et celle qui déplaît le plus

-          Celle qui se tait si on veut la faire parler et qui parle si on veut la faire taire.

 

 

 

 

 

Un homme alla trouver Bent El Khoss pour la consulter sur la femme qu’il devait épouser :

-          Cherche-la brune et belle de visage, lui dit-elle, dans une famille brave, ou dans une famille noble, ou dans une famille puissante.

-          Il ajouta : Tu n’as laissé de côté aucune sorte de femme ?

-          Si fait, j’ai laissé de côté la pire de toutes : la noiraude toujours malade, aux menstrues prolongées, querelleuse.

 

 

 

 

 

On demanda à Bent El Khoss : «  Quelle est la femme la plus méritante ?

-          Elle répondit : Celle qui demeure dans sa cour, qui remplit les vases, qui mélange d’eau le lait qui est dans l’outre.

-          Quelle est la femme la plus méprisable ?

-          Celle qui soulève la poussière en marchant, qui a une voix aiguë en parlant, qui porte une fille dans ses bras, qui est suivie d’une autre et qui enceinte d’une troisième.

-          Quel est le jeune homme préférable ?

-          Le jeune homme aux longues jambes et au long cou, qui a grandi sans malice.

-          Et quel est le plus méprisable ?

-          Celui qui a le cou enfoncé, les bras courts, le ventre énorme, qui est couvert de poussière, qui a des vêtements déchirés, obéit à sa mère et se révolte contre son oncle paternel ».

 

 

 

 

 

 

Comme dans les traditions du Sahara, elle est consultée pour l’achat d’animaux domestiques. Son père, voulant acheter un étalon pour son troupeau de chamelles, lui dit : « Indique-moi comment je dois l’acheter ».

Elle répondit : « Achète-le avec le bas de la joue marqué, les joues douces, les yeux enfoncés, le cou épais, le milieu du corps développé, très haut, très généreux, qui regimbe quand il est frappé du bâton et allonge la tête quand il est chargé entièrement ».

 

 

 

 

Les chameaux paraissent avoir eu sa prédilection, ce qui n’a rien d’étonnant chez des nomades, si on en juge par les réponses qu’on lui attribue : «  Quelle est la chamelle la plus vive ?

-          C’est, dit-elle, celle qui mange tout en marchant et dont les yeux sont brillants comme ceux d’un fiévreux.

-          Et quelle est celle qui a le moins de valeur ?

-          Celle qui est prompte à aller au pâturage de bonne heure et qui ne donne que peu de lait le matin.

-          Quel est le meilleur des chameaux ?

-          C’est l’étalon au corps énorme, robuste, habitué aux voyages, vigoureux.

-          Quel est le chameau de moindre valeur ?

-          C’est celui qui est court de taille et qui a une bosse aussi petite que le dos d’une autruche ».

 

 

 

 

 

 

El Khoss demanda à sa fille : «  Est-ce que le chameau de moins de cinq ans féconde la femelle ?

-          Oui, dit-elle, mais sa fécondation est lente.

-          Et celui qui a perdu deux incisives ?

-          Oui, et de la largeur d’une coudée.

-          Et celui à qui pousse sa première dent de devant ?

-          Oui, mais il est sans force ».

 

 

 

 

 

Un jour elle dit à El Khoss : « Une telle éprouve les douleurs de la parturition, en parlant d’une chamelle de son père.

-          Qui t’en a informée ?

-          Elle a un tressaillement dans les os de l’utérus, son regard est vit et elle marche en écartant les jambes.

-          Ma fille, elle va mettre bas ».

 

 

 

 

 

 

« Quel cheval préfères-tu ? lui demanda-t-on.

-          Celui qui a un toupet, qui est bien soigné, robuste, de forte encolure, solide, vigoureux, ardent et rapide ».

 

On lui demanda : « Que dis-tu de cent chèvre ? ». Elle répondit : « C’est un petit bien derrière lequel s’attache la pauvreté, richesse de faible, gagne-pain de misérable.

-          Et cent brebis ?

-          C’est une ville sans défense.

-           Et cent chameaux ?

-          Quelle excellente richesse que les chameaux ! c’est ce que désirent les hommes.

-          Et cent chevaux ?

-           C’est l’orgueil de qui les possède et il ne s’en contente pas.

-          Et cent ânesses ?

-          Éloignées la nuit, honte de la réunion ; elles n’ont pas de lait qu’on puisse traire, pas de laine qu’on puisse tondre ; si on attache leur mâle, il est interdit ; si on le lâche, il s’en retourne ».

 

 

 

 

 

 

On lui attribue aussi une réponse un peu différente au sujet de la valeur des différents biens. Le père de Bent El Khoss lui demanda : Quelle est la meilleure richesse ?

-          Des palmiers solidement plantés dans des terrains humides, qui nourrissent en temps de disette.

-          Et quoi encore ?

-          Des brebis à l’abri de l’épizootie, qui te fournissent des agneaux, que tu trais plusieurs fois par jour et te donnent des toisons ; je ne connais pas de richesse comme celles là

-          Et les chameaux ?

-          Ce sont les montures des guerriers, le rachat du sang versé, le douaire des femmes.

-          Quel est l’homme le meilleur ?

-          Le plus visité, comme les collines d’un pays sont les plus foulées aux pieds.

-          Qui est-il ?

-          C’est celui à qui on demande et qui ne demande pas, qui donne l’hospitalité et ne la reçoit pas, qui rétablit la paix et à qui on ne l’impose pas.

-          Quel est le pire des hommes ?

-          L’imberbe bavard qui tient un petit fouet et qui dit : Retenez-moi loin de l’esclave des Benou un tel, car je le tuerai ou il me tuera.

-          Et quelle est la meilleure des femmes ?

-          C’est celle qui a un fils dans son sein, qui en pousse un autre devant elle, qui en porte un troisième dans ses bras, tandis qu’un quatrième marche derrière elle.

 

 

 

 

 

 

On lui demanda un jour : Qu’y a-t-il de mieux ?

-          Le nuage du matin qui suit le nuage de la nuit sur une terre élevée.

 

 

 

 

 

 

 

On lui attribue aussi un grand nombre de dictons en prose rimée (سجع) entre autres ceux-ci qui sont devenus proverbes : Le pire des loups est le loup du ghadha (arbuste épineux) ; le pire des serpents et celui d’un sol aride, la plus rapide des gazelles est celle qui pait la h’allabah ; le plus fort des hommes est celui qui est mince ; la plus belle des femmes est celle qui a des formes potelées et le visage ovale ; la plus laide est celle qui est renfrognée et sèche ; la plus vorace des montures est celle qui allaite, le meilleur morceau de viande est celui qui est près de l’os ; le plus dur des endroits pour la marche est celui où les cailloux sont sur les rochers ; les pires des troupeaux sont ceux qu’on ne peut donner en aumône ni égorger (comme les ânes) ; la meilleure des richesses est une jument soumise ou une série de palmiers fécondés.

 

 

 

 

 

 

 On lui demanda : Quel est le nuage que tu préfères ?

-          Celui dont le bord retombe comme une frange, qui verse la pluie à torrents, énorme, sillonné d’éclairs, bruyant et qui envahit tout.

-          Quel est l’homme le plus important à tes yeux ?

-          Celui dont j’ai besoin.

 

 

 

 

 

 

 

Elle aurait eu aussi, suivant certaines traditions, l’habitude de poser des énigmes à ceux qu’elle rencontrait, c’est ainsi qu’Ibn Nobata, dans son commentaire de l’épitre d’Ibn Zeïdoun lui attribue la série d’énigmes que, d’après Hariri une djinnah (comme la Sphynge des Grecs) proposait aux passants. Tout comme la djinnah, elle n’aurait cessé ses interrogations qu’après avoir été couverte de confusion par la réponse d’un de ses interlocuteurs qui devait compléter une série de phrases commençant par « je m’étonne » عجبت.

 

 

 

On a vu plus haut comment elle appréciait l’homme et la femme au point de vue du mariage. Il semblerait que, malgré son désir de se marier, indiqué aussi dans la légende saharienne, elle en ait été empêchée par son père et qu’elle ait cherché des consolations en dehors d’une union légitime. Surprise avec un esclave, elle se contente de donner pour excuse à ceux qui lui reprochaient sa faute, ces mots devenus proverbes : «  La proximité du coussin et la longueur de l’entretien à l’oreille » (c’est l’occasion qui fait le larron). Les savants disent que si elle avait cité le proverbe complet, elle aurait ajoute « et le plaisir de la débauche ».

 

 

 

 

 

C’est sans doute à cet ordre d’idées qu’il faut attribuer deux bers attribués à Bent El Khoss :

 

(Un jeune homme) droit comme la pointe d’une épée, généreux, brave, de qui je suis éprise, si c’était à ma portée.

Je le jure, si on me donnait à choisir entre sa rencontre et mon père, je préférerais n’avoir pas de père.

 

 

 

 

On comprend que cette réputation de finesse ait fait attribuer à Bent El Khoss dans l’ancienne Arabie, la solution d’un problème dont on fit honneur à une autre femme célèbre par sa perspicacité et non moins fabuleuse que notre héroïne. La plus ancienne version de ce problème se trouve dans une pièce du poète antéislamique, En Nâbighah Edz Dzobyâni (النابغة الذبياني) :

 

« Sois perspicace comme la jeune fille de la tribu, quand elle vit les pigeons cherchant de l’eau, descendre vers la mare.

« Ils étaient resserrés entre les parois de la montagne, et pourtant elle les suivait d’un (œil clair) comme du verre, qui n’a jamais été enduit de koh’eul contre la chassie.

« O si seulement, dit-elle, ces pigeons et la moitié (de leur nombre) étaient ajoutés à notre pigeon, cela suffirait.

« On les compta et on trouva qu’ils formaient le nombre qu’elle avait dit, ni plus, ni moins. »

 

 

 Les pigeons était au nombre de 66 ; 66 + 66/2 (= 33) + 1 = 100.

 

 

 

 

 

La plupart des commentateurs attribuent ce calcul à la célèbre Zarqâ El Yemâmah (زرقاء اليمامة), de la tribu de Djadis, et elle aurait dit en prose rimée :

 

ليت الحمام ليه

و نصفه فديه

الى حمامتيه

تم الحمام ميه

 

 

 

 

Ce sont ces paroles qu’aurait reprises En Nâbighah, d’après Mohamed ben El Abbas El Yezidi. Mais El Asma’i rapportait avoir entendu des Arabes du désert attribuer la solution de ce problème à Bent El Khoss (en remplaçant les pigeon par les qat’as), dont ils citaient ainsi les paroles :

 

يا ليت ذا القطا ليه

و مثل نصف معيه

الى قطاة اهليه

اذا لنا قطا ميه

 

 

 

 

 

 

De ce qui précède, on peut donc conclure que la légende de Bent El Khoss fait partie de cette collection de traditions que, dans leur émigration, les Beni Hilal apportèrent avec tant d’autres dans le Maghreb où ils la localisèrent, et que ses origines remontent aux plus anciens temps de la littérature arabe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

René BASSET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La légende de Bent El Khass

13122017

 

 

 

 

 

La légende de Bent El Khass dans Littérature 1509527325-7c480ccbd30c8d2c3111642d1c5bdf17138299510201592438545628435389493n

 

 

 

 

 

Les traditions des Arabes du Sahara algérien, issus de la grande famille des Beni Hilâl, ont conservé le souvenir d’une femme appelée tantôt Bent El Khass, tantôt Embarka Bent El Khass . elle personnifie le bon sens naturel et la sagesse populaire, aussi lui a-t-on attribué un certain nombre de maximes applicables à la vie quotidienne : de là, sa réputation d’habilité a fait d’elle l’héroïne d’un stratagème ingénieux, grâce auquel un ennemi dupé se retire au moment où ses adversaires sont près du succomber ; enfin elle a été représentée comme ayant construit des ouvrages dont il ne reste que des ruines.

 

Son père, toujours suivant la légende, était cultivateur et très généreux. Elle avait pour cousine la fille d’un nomade, propriétaire de chameaux. Cette dernière dit un jour à Bent El Khass : Celui qui est riche possède des chameaux et non des cultures. La jeune fille rapporta ces paroles à son père qui lui dit : Réponds-lui « Le fumier rend fou ; S’il vient, il t’emporte et emporte les chameaux. »

 

الزبـــــــــل يهبــــــــــــــــــــــــل

إذا جاء يجيبك و يجيب البل (الإبل)

 

(C’est-à-dire qu’une culture qui réussit permet de tout acheter). En effet, une bonne récolte survint et le père de Bent El Khass acheta tous les chameaux de son frère.

 

 

 

Une autre fois, Bent El Khass se disputa encore avec sa cousine. Celle-ci lui dit : Mon père est un brave, chaque jour il tue dix hommes ; qu’a tué ton père ? – Bent El Khass lui redit ces propos. Un jour qu’il était chez lui, cinquante cavaliers vinrent lui demander l’hospitalité. Il les fit entrer, les hébergea, les débarrassa de leurs fusils qu’il remit à sa fille en lui disant : Va les montrer à ta cousine et dis-lui : Ton père a-t-il jamais rapporté un pareil trophée ? – A cette question, la cousine demeura muette et fut obligée de reconnaître la supériorité de son oncle.

 

 

 

 

Dans les récits qui précèdent, la sagesse appartient au père de Bent El Khass ; dans ceux qui suivent, c’est celle-ci qui se distingue par son esprit de répartie.

 

Son père lui demanda un jour : les nuits sont-elles plus nombreuses que les jours ?

-          Les jours sont plus nombreux que les nuits.

-          Et pourquoi ?

-          Parce que les nuits de lune sont (semblables à) des jours.

 

 

 

 

Une autre fois, elle dit à son père : il y a trois choses qui jaunissent la face et trois choses qui la rougissent.

 

قالت ثلاثة يصفروا الوجه و ثلاثة يحمروا الوجه

 

Quelles sont celles qui jaunissent la face ?

قال لها اما هما الثلاثة الي يصفروا الوجه

 

-          Marcher pieds nus, avoir le dos chargé et une femme dépensière.

 

قالت له:

مشية الحفه

و رفود القفا

و المراة التالفة

 

Et quelles sont celles qui rougissent la face ?

قال لها اما هما الثلاثة الي يحمروا الوجه

 

-          Connaître le lignage, connaître les filles illustres et se contenter de ce qu’on possède.

 

قالت له:

الي يعرف النسب

و الي يعرف بنات النسب

و الي يقنع بالنصيب الي يكسب

 

 

 

 

 

 

Un jour qu’elle était avec son père, elle lui dit : « La générosité se fait avec ce qu’on trouve (الجود من الموجود). Il répondit : La générosité est supérieure (الجود أعظم). Des cavaliers vinrent lui demander l’hospitalité. Comme il était pauvre, il se cacha. Sa fille lui dit : Va trouver tes hôtes et ne crains rien. Il sortit au devant d’eux, les introduisit chez lui et les fit asseoir. Pendant ce temps, Bent El Khass allait tirer des bâts des chameaux les épis de blé avec lesquels ils étaient rembourrés. Elle s’en servit pour préparer du couscous pour ses invités. Quand ils eurent fini de manger, elle dit à son père : La générosité n’est pas supérieure (ما شي أعظم). Il comprit l’allusion et répondit : La générosité se fait avec ce que l’on trouve.

 

 

 

 

En se promenant avec son père, elle lui dit en passant près d’un champ de blé :

Une belle culture ! Que son propriétaire ne la défend-il !

Son père lui demanda : Pourquoi cette culture est-elle prête ?

-          Que ne la défend-il de la dette ?

 

قالت مزينة فلاحة الا منعها مولاها

قال بوها علاش هذه الفلاحة راهي واجدة

قالت له الا منعها من الدين

 

 

 

 

On cite encore d’elle ce dicton sur l’agriculture :

Tous les fruits précoces sont bons.

Sauf le blé et l’orge – je ne sais.

 

كل شي من البكري مليح

غير القمح و الزرعة لا ادرى

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vint le moment de la marier. Un jour de printemps, elle alla se promener avec son père dans les cultures. L’orge verte avait une coudée de long ; il avait plu pendant la nuit. Elle dit à son père : La terre a passé la nuit avec son étalon (الارض بايتة مع فحلها). Il comprit que sa fille, jusque là hostile au mariage, s’était décidée à accepter un mari.

 

 

 

 

 

La tradition ne nous a rien conservé sur ce mari, pas même son nom ; mais elle nous apprend que Bent El Khass eut un fils à qui elle ne ménagea pas les sages maximes qui l’ont rendue célèbre.

 

Quand il se préparait à monter à cheval pour aller à la chasse ou en expédition, elle lui disait : Mon fils, déjeune le matin. Si on ne t’invite pas (en route), tu ne défailliras pas, et si on te repousse, on ne t’atteindra pas.

افطر يا وليدي مع الصباح الا عرضوك ما تستخف و الا طردوك ما يقبضوك

 

 

 

 

 

 

Un jour, il lui demanda de l’argent pour acheter des chevaux. Elle lui dit :

-          Quelle sorte de chevaux achèteras-tu ?

-          J’achèterai un cheval répandu, dont la croupe soit rembourrée sous les tapis de la selle, dont l’œil ne voie pas et l’oreille n’entende pas, qu’une musette nourrit et qu’un sac couvre.

Elle lui répondit : Il est impossible qu’on en introduise un pareil au marché : les juments des pauvres n’en portent pas et le riche n’en vend pas.

 

قالت له اش تشري من الخيل

قال لها:

نشري شي فاشي الي يكون تحت الطرحة محشي

عينه ما تشوف شي و اذنه ما تسمع شي

عمارة تعيشه و غرارة تغطيه

 

قالت محال يدخله للسوق

عودات المزاليط ما تجيبه شي و الغاني ما يبيعه شي

 

 

 

 

 

 

Dans les Gnomes de Sidi Abd er Rahman el Medjedoub, M. de Castries cite un dicton de Bent El Khass sur les chevaux, mais il est différent :

O vendeur de blé, qu’achèteras-tu ? – J’achèterai des chevaux. – Achètes-en, mais en petit nombre ; sur leur dos, on va vite, mais leurs ventres sont ruineux.

 

 

  

 

 

 

Elle fit la même réponse à son fils qui lui demandait de l’argent pour acheter des bœufs.

Lesquels veux-tu acheter ? lui demanda-t-elle.

-          Rouge-prune, ou noir foncé, ou gris avec les lèvres blanches.

Elle lui répondit : « On n’en amène pas de tels au marché : la vache des pauvres n’en produit pas de pareils et le riche ne les vend pas ».

 

 

 

قالت له اش تشري من بقري

قال لها:

احمر برقوق و اكحل مغلوق

و الا ازرق بيض الشوارب

 

قالت له هذوا ما يجيبوهمش للسوق

بقرة المزاليط ما تولدهم شي

و الغاني ما يبيعهم شي

 

 

 

M. de Castries cite un dicton  sur les chameaux « O vendeur de blé, qu’achèteras-tu ? – J’achèterai des chameaux. – Elle reprit : Achètes-en beaucoup ; leur dos est fort et leur lait est un trésor. Ils t’emporteront du pays de l’abaissement et te déposeront dans le pays de la considération. »

 

 

 

 

 

 

Ce fils, dont le nom est inconnu, mérita les éloges de sa mère qui disait de lui :

 

   Mon fils est toujours sur pied,

   Il ne soupe pas la nuit où il a des hôtes,

   Il ne dort pas la nuit où il craint.

 

 

ولدي عــكـــــــاف

ما يتعشى شي ليلة الضياف

و ما يرقد شي ليلة الي خاف

 

 

 

 

 

On cite encore les maximes suivantes de Bent El Khass :

 

Un sult’âni (pièce d’or) dans la main

Vaut mieux que dix dépensées.

 

 

سلطاني في الكف

خير من عشر في التلف

 

 

 

 

- Lève-toi le matin, tu accompliras ce que tu as à faire et écoute ce que dit le présage.

 

 

بكر لحاجتك تقضيها

و صنت ما يقول الفال

 

 

 

 

Donne ta fille (en mariage) avant le jeûne (avant qu’elle ait atteint l’âge du jeûne) ; on ne tiendra pas de propos sur elle.

 

بنتك قبل الصوم اعطيها

لا يخلق فيها قولة قال (قول لا قال)

 

 

 

 

 

Sur Tlemcen :

Salue les gens de Tlemcen et dis-leur :

Leur printemps est leur hiver.

Ils soignent leur graisse et leurs conserves de viande.

 

سلموا (سلم) على ناس تلمسان

و قل لهم ربيعهم هي مشتتهم

يحضيوا سمنهم و خليعهم

 

 

 

 

 

 

Lorsque l’époque des labours arrivait, elle disait à ses khammès : « Les labours ne doivent durer que quarante jours ; hâtez-vous pour ne pas labourer pendant trois mois. – Pourquoi ?- L’hivers dure deux mois et le troisième mois fait partie du printemps » (المشتا فيها شهرين و الثالث مقبل)

 

 

 

 

Aux autres cultivateurs qui demandaient des renseignements, elle répondait : « Vous avez du temps ; l’hiver dure trois mois ».

 

 

 

 

C’est en raison de cette réputation de sagesse qu’on lui attribua l’invention d’une ruse de guerre qu’on retrouve sous une forme différente dans les traditions d’un grand nombre de peuples. Une ville assiégée est à bout de ressources : il s’agit de décourager l’assiégeant et de lui faire croire qu’on a des vivres et de l’eau en abondance. Tantôt, on chasse dans le camp ennemi un bœuf, un veau, une chèvre ou un porc nourri avec ce qui reste de grains ; tantôt, on expose aux yeux d’un espion ou d’un parlementaire des monceaux de sable couverts d’une mince couche de blé ou des tables largement servie ; ou encore, on jette des pains par-dessus les murs. C’est une ruse semblable qui sauve les habitants d’El-Goléa. « On prétend que Guélea a été assiégée pendant sept ans par les Touaregs qui s’entêtaient à vouloir la prendre par la famine. Les provisions commençaient, en effet, à s’épuiser, mais une ruse sauva les assiégés. Un matin, les Touaregs virent les murs de la place tapissés de burnous blancs fraichement lavés qui séchaient au soleil ; donc elle ne manquait pas d’eau. La nuit suivante, de grands feux allumés sur divers points l’éclairaient tout entière, donc elle ne manquait pas de bois. Le lendemain, ils trouvèrent, sous les murailles et presque aux portes du camp, des galettes de belle farine, des dattes, du couscous, dernières ressources que les assiégés avaient sacrifiées pour faire croire à leur abondance. Les Touaregs y crurent et se retirèrent. »

 

 

 

 

 

 

Le nom de Bent El Khass n’est pas prononcé, mais sa réputation de sagesse était trop bien établie pour qu’on ne lui fit pas honneur d’un stratagème qui courait dans les légendes du désert. « On raconte qu’Embarka Bent El Khass fut assiégée sur la rive gauche de l’Oued Seggar, au sud du qsar de Brezina, par un sultan de Gharb dont elle avait repoussé les avances et qui, en la bloquant, comptait la prendre par le manque d’eau. Mais, voyant un jour les femmes des assiégés étendre au soleil du linge mouillé pour le faire sécher, il s’imagina qu’ils avaient de l’eau en abondance et leva le siège, trompé par la ruse d’Embarka ».

 

 

 

Nous voyons que Bent El Khass finit par être considérée comme la souveraine de sa tribu. Une forme postérieure de la légende rapporte qu’elle était la famille d’un roi des Arabes. Celui-ci, devenu vieux incapable de se tenir debout et se faisant porter en litière, laissa tout le pouvoir à sa fille de qui ses sujets appréciaient la sagesse. En conséquences, on lui attribua la fondation d’une ville à As’bih’, près d’El Beyyodh (Géryville), d’une à Banaqt (بنقط) au sommet de la montagne d’Arbi (اربي), d’une à Aïn el ‘Amri (عين العمري ), enfin des constructions que les nomades sont incapables de réparer, bien loin d’avoir pu les élever. Ainsi la séguia située au S. E. de Lioua et parallèle au cours de l’Oued Djedi. Elle est aujourd’hui bouleversée, mais parait avoir une origine romaine.

 

« Aune époque fort reculée, d’après la traduction, les Arabes étaient commandés par une femme nommée Bent El Khass : celle-ci avait dû souvent lutter contre ses sujets qui ne voulaient pas reconnaitre la souveraineté d’une femme. Pour leur être agréable, et aussi pour rehausser son prestige, Bent El Khass fit construire une immense séguia jusqu’à la Mecque, afin que les pèlerins puissent avoir toujours de l’eau à leur disposition ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ……A suivre

 

 

 

 

 

 

 




Maqamat Badi’ al-Zamān al-Hamadāni

29102017

 

 

 

 

 

Abu el Fadhl Ahmed, fils de Hussein Al-Hamadhânî, surnommé, à cause de son éloquence, بديع الزمان la merveille de son siècle (le Prodige du Siècle). II composa des Maqamatou séances, avant le célèbre Hariri, qui se fit gloire de marcher sur ses traces et de le prendre pour modèle. Ce genre de composition, dont Hamadhânî n’est peut-être pas l’inventeur, se perfectionna entre les mains de Hariri. Celui-ci est plus fleuri, plus abondant, plus éloquent et plus riche en images que Hamadhânî, dont l’extrême concision fait le supplice de ses lecteurs.

Ibn-Khilkân a tracé en peu de mots l’éloge de Hamadhânî. Suivant ce biographe, il mourut à Hérat, ville du Khorasan, l’an 398 de l’hégire (de J. C. 1007). Ibn-Khilkân dit tenir de gens dignes de foi que Hamadhânî, ayant été frappé d’apoplexie, fut enterré aussitôt; mais qu’ensuite étant revenu de son état, il poussa des cris aigus pendant la nuit. On accourut et on le retira de terre: il avait saisi sa barbe dans ses mains, et il était mort de l’effroi que lui avait causé le tombeau. Voici à la suite trois maqamat de cet auteur.

 

 

 

 

 

Maqamat Badi' al-Zamān al-Hamadāni dans Littérature 1506761440-1237-al-harith-companions

Page des Maqamat Badi’ al-Zamān al-Hamadāni remonte au 9ème siècle 

 

 

 

 

 

 

(مقامة الدينار (المقامة البلخية

حَدَّثَنَا عِيسى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: نَهَضَتْ بِي إِلى بَلخَ تِجَارَةُ الْبَزِّ فَوَرَدْنُهَا وَأَنَا بِعُذْرَةِ الشَّبَابِ وَبَالِ الفَرَاغِ وَحِلْيَةِ الثَّرْوَةِ، لا يُهِمُّنِي إِلاَّ مُهْرَةُ فِكْرٍ أَسْتَقِيدُهَا، أَوْ شَروُدٌ مِنَ الْكَلِمِ أَصِيدُهَا، فَمَا اسْتَأْذَنَ عَلَى سَمْعِي مَسَافَةً مُقَاِمي؟؟، أَفْصَحُ مِنْ كَلاِمي، وَلمَّا حَنَى الْفِراقُ بِنَاقَوْسَهُ أَو كَادَ دَخَلَ عَليَّ شَابٌّ في زَيٍّ مِلءِ العَيْنِ، وَلْحَيةٍ تَشُوكُ الأَخْدَعَيْنِ، وَطَرفٍ قْد شَرِبَ مَاءَ الرَّافِدَيْنِ، وَلَقِيَنِي مِنَ الْبرِّ فِي السَّناءِ، بِمَا زِدْتُهُ فِي الثَّناءِ، ثُمَّ قَالَ: أَظَعْناً تُرِيدُ؟ فَقُلْتُ: إِيْ وَاللهِ، فَقَالَ: أَخْصَبَ رَائِدُكَ، وَلاَ ضَلَّ قَائِدُكَ، فَمَتَى عَزَمْتَ؟ فَقُلْتُ: غَدَاةَ غَدٍ، فَقَالَ:

صَبَاحُ اللهِ لا صُبْحُ انطِـلاقٍ *** وَطَيرُ الوَصْلِ لا طَيْرُ الفِراقِ

فأَيْنَ تُريدُ؟ قُلْتُ: الوَطَنَ، فَقَالَ:بُلِّغْت الوَطَنَ، وَقَضَيْتَ الوَطَرَ، فَمَتَى العَوْدُ؟ قُلْتُ: القَابِلَ، فَقَالَ: طَوَيْتُ الرَّيْطَ، وَثَنَيْتَ الْخيْطَ، فَأَيْنَ أَنْتَ مِنَ الكَرَمِ؟ فَقُلْتُ: بِحَيْثُ أَرَدْتَ، فَقَالَ: إِذَا أَرْجَعَكَ اللهُ سَالِماً مِنْ هَذَا الطَّريقِ، فَاسْتَصْحِبْ لي عَدُوّاً في بُرْدَةِ صَديقٍ، مِنْ نِجار الصُّفْرِ، يَدْعُو إِلى الكُفْرِ، وَيَرْقُصُ عَلَى الظُّفرِ، كَدَارَةِ العَيْنِ، يَحُطُّ ثِقَلَ الدَّيْنِ، وَيُنافِقُ بِوَجْهَيْنِ. قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَعَلِمْتُ أَنَّهُ يَلْتَمِسُ دِيناراً، فَقُلْتُ: لَكَ ذلِك نَقْداً، وَمِثْلُهُ وَعْداً، فَأَنْشأَ يَقُولُ:

رَأيُكَ مِمَّا خَطَبْتُ أَعْـلَـى *** لا زِلْتَ لِلمَكْرُمَاتِ أَهْـلا

صَلُبْتَ عُوداً، وَدُمْتَ جُوداً *** وَفُقْتَ فَرْعاً، وَطِبْتَ أَصْلا

لا أَسْتَطيعُ العَطَاءَ حَمْـلاً *** وَلا أُطيقُ السُّؤَالَ ثِـقْـلا

قَصُرْتُ عَنْ مُنْتَهَاكَ ظَنّـاً *** وَطُلْتَ عَمَّا ظَنَنْتُ فِعْـلا

يا رُجْمَةَ الدَّهْر والمَعَالـي *** لا لَقِىَ الدَّهْرُ مِنْكَ ثُكْـلا

قَالَ عِيسَى بْنُ هِشَام: فَنُلْتُهُ الدِّينَارَ، وَقُلتُ: أَينَ مَنْبِتُ هَذا الفَضْلِ؟ فَقَالَ: نَمَتْنِي قُرَيشٌ وَمُهِّدَ لِيَ الشَّرفُ فِي بَطَائِحِهَا، فَقالَ بَعْضُ مَنْ حَضَرَ: أَلَسْتَ بِأَبِي الْفَتْحِ الإْسْكَنْدَريِ؟ أَلَمْ أَرَكَ بِالْعِراقِ، تَطُوفُ فِي الأَسْواقِ، مُكَدِّياً بِالأَوْرَاقِ؟ فَأَنْشِأَ يَقُولُ:

إِنَّ لـلـهِ عَـبِـيدَاً *** أَخَذُوا الْعُمْرَ خَلِيطاً

فَهُمُ يُمْسُونَ أَعْـرَا *** باً، وَيُضْحُونَ نَبِيطا

 

 

 

 

 

Séance de la pièce d’or

 

Issa, fils de Hicham, nous a raconté l’aventure suivante: Le commerce que je faisais de la soie m’engagea à porter mes pas vers la ville de Balkh: je m’y rendis. J’étais alors dans l’innocence de la jeunesse, libre de soucis et dans une situation prospère. Je ne songeais qu’à recueillir des pensées vives, pleines d’agréments, qui pussent m’être utiles, et qu’à saisir au passage des traits fugitifs d’éloquence. Mais pendant la durée de mon séjour à Balkh, il ne parvint à mes oreilles aucun discours qui fût plus éloquent que les miens. Lorsque la séparation eut tendu son arc sur nous, ou fut sur le point de le tendre, un jeune homme se présenta à moi avec un extérieur rempli de charmes. Une barbe épaisse couvrait son menton, et ses regards avoient puisé leur douceur dans les eaux du Tigre et de l’Euphrate. Il m’adressa des compliments auxquels je répondis par des actions de grâces. Ensuite il me dit: Est-ce-que tu désires t’en aller Oui, certes, lui répondis-je. II reprit: Puisse ton guide te montrer des pâturages abondants, et ton conducteur ne point t’égarer! Mais quand comptes-tu partir! Demain matin, répliquai-je. Alors il dit:

« Que ce soit la matinée de Dieu, et non celle du départ! » l’augure de l’union et non celui de la séparation ! »

Où désires-tu donc aller! Dans ma patrie, lui dis-je. Puisses-tu, reprit-il, y arriver sans encombre, et y terminer heureusement tes affaires! Mais quand reviendras-tu! Je lui répondis: L’année prochaine, II reprit: Puisses-tu derechef quitter ta patrie et revenir ici! Mais quelle est la mesure de ta générosité! Je lui dis: Ce que tu voudras. Eh bien! répliqua-t-il, lorsque Dieu te ramènera à Balkh, apporte-moi un ennemi qui porte la marque d’un ami, jaune de sa nature, qui mène à l’incrédulité, et qui échappe facilement aux doigts qui le tiennent; qui ressemble à la prunelle de l’œil, qui débarrasse du fardeau des dettes, et qui a deux faces comme l’hypocrisie. Alors, dit Isa, fils de Hicham, je vis qu’il me demandait une pièce d’or. Je lui dis: Tiens, je te donne cette pièce, et je t’en promets une semblable. Aussitôt il dit:

« Tes sentiments sont au dessus des éloges que je t’ai don» nés. Puisses-tu être toujours orné des plus nobles vertus!

Puisse ton bois être plein de force! Puissent les pluies qui  t’arrosent ne jamais cesser, tes rameaux être touffus et tes  racines embaumer!

Je ne puis consentir à porter le fardeau  des dons: demander est pour moi une charge trop lourde.

Mon imagination est demeurée loin de ton mérite, et ton  action a surpassé de beaucoup ma pensée.

O toi, qui fais le  bonheur du siècle et des vertus sublimes, puisse le siècle  ne te perdre jamais! »

Lorsqu’il eut ainsi parlé, dit Issa, fils de Hicham, je lui donnai la pièce d’or et je lui dis: Quel pays a donné naissance à de si grands talents! II répondit: Je tire mon origine de Koraïch, et c’est dans la vallée qu’habite cette tribu que la gloire m’a été préparée. Alors un de ceux qui étaient présents se mit à dire: N’es-tu pas Abu el fatah Aliskandery ! Ne l’ai-je pas vu rôder dans les marchés de l’Iraq, cherchant à séduire les esprits avec des papiers que tu tenais à la main ! II répondit:

« Certes, Dieu a des serviteurs dont la vie n’est que changements: le soir Arabes errants, et le matin Nabatéens. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(مقامة الصوفي (المقامة الكوفية 

حَدَّثَنَا عِيسَى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: كُنْتُ وَأَنَا فَتِىُّ السِّنِّ أَشُدُّ رَحْلِي لِكُلِّ عَمَايَةٍ، وَأَرْكُضُ طِرْفَي إِلَى كلِّ غِوَايَةٍ، حَتَّى شَرِبْتُ مِنَ العُمْرِ سَائِغَهُ، وَلَبِسْتُ مِنَ الدَّهْرِ سابِغَهُ، فَلَمَّا انْصَاحَ النَّهَارُ بِجَانِبِ لَيْلَى، وَجَمَعْتُ للمَعَادِ ذَيْلي، وَطِئتُ ظَهْرَ المَرُوضةِ، لأداءِ المَفْرُوضَةِ، وَصَحِبَني فِي الطَّريقِ رَفيقٌ لَمْ أُنْكِرْهُ مِنْ سُوءٍ، فَلَمَّا تجَالَيْنا، وَخَبَّرْنا بحالَيْنا، سَفَرَتِ القِصَّةُ عَنْ أصْلٍ كُوفيّ، وَمَذْهَبٍ صُوفِيّ، وَسِرْنا فَلَمَّا أَحَلَّتْنا الكُوفَةُ مِلْنا إِلى دَارِهِ، وَدَخلْنَاهَا وَقَدْ بَقَلَ وَجْهُ النَّهَارِ وَاخْضَرَّ جَانِبُهُ وَلَّما اغْتَمَضَ جَفْنُ اللَّيْلِْ وَطَرَّ شَارِبُهُ، قُرِعَ عَلَيْنا البابُ، فَقُلْنا: مَنِ القارِعُ المُنْتابُ؟ فقالَ: وَفْدُ اللَّيْلِ وَبَريدُهُ، وَفَلُّ الجُوعِ وَطَريدُهُ، وَحُرُّ قَادَهُ الضُّرُّ، والزَّمَنُ المُرُّ، وَضَيْفٌ وَطْؤُهَ خَفيفٌ، وَضَالَّتُهُ رَغيفٌ، وَجَارٌ يَسْتَعْدِى عَلى الجُوعِ، وَالجْيبِ المَرْقُوعِ، وَغَرِيبٌ أَوقِدَتِ النَّارُ عَلى سَفَرِهِ، وَنَبَحَ العَوَّاءُ عَلَى أَثَرِهِ، وَنُبِذَتْ خَلْفَهُ الحُصَيَّاتُ، وَكُنِسَتْ بَعْدَهُ العَرَصاتُ، فَنِضْوُهُ طَليحٌ ، وَعَيْشُهُ تَبْريحٌ، وَمِنَ دُونِ فَرْخَيْهِ مَهَامِهُ فِيحٌ.

قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَقَبَضْتُ مِنْ كِيسي قَبْضَةَ اللَّيْثِ، وَبَعَثْتُها إِلَيهِ وَقُلْتُ: زِدْنا سُؤَالاً، نَزِدْكَ نَوَالاً، فَقَالَ: ما عُرِضَ عَرْفُ العُودِ، عَلى أَحَرَّ مِنْ نَارِ الجُودِ، وَلا لُقِيَ وَفْدُ البِرِّ، بأَحْسَنَ مِنْ بَريدِ الشُّكْرِ، وَمَنْ مَلَكَ الفَضْلَ فَلْيُؤَاسِ، فَلَنْ يَذْهَبَ العُرْفُ بَيْنَ اللهِ وَالنَّاسِ، وَأَمَّا أَنْتَ فَحَقَّقَ اللهُ آمَالَكَ، وَجَعَلَ اليَدَ العُلْيا لَكَ.

قَالَ عِيسى بْنُ هِشامٍ: فَفَتَحْنا لَهُ البَابَ وَقُلْنا: ادْخُلْ، فَإِذا هُوَ وَاللهِ شَيْخُنا أَبُو الفَتْحِ الإِسْكَنْدَريُّ، فَقُلْتُ: يا أَبَا الفَتْح، شَدَّ مَا بَلَغتْ مِنْكَ الخصَاصَةُ. وَهذَا الزِّيِّ خَاصَّةٌ، فَتَبَسَّمَ وَأَنْشأَ يَقولُ:

 

لاَ يَغُـرَّنَـكَ الـذِي *** أَنَا فيهِ مِنَ الطَّلَـبْ

أَنَا فِي ثَـرْوَةٍ تُـشَ *** قُّ لَهَا بُرْدَةُ الطَّرَبْ

أَنَا لَوْ شِئْتُ لاَتَّـخَـذْ *** تُ سُقُوفاً مِنَ الذَهَبْ

 

 

 

 

 

Séance du Soufi

Issa, fils de Hicham, nous a raconté ce qui suit: Tandis que j’étais jeune, je dirigeais aveuglément ma monture vers tous les plaisirs, et poussais mon coursier du côté des égarements: ainsi je m’enivrais de tout ce que la vie a de plus doux, et je me revêtais de la robe la plus ample de la fortune. Mais lorsque la vieillesse eut commencé à blanchir ma noire chevelure, et que j’eus relevé le pan de ma robe flottante pour entrer dans la bonne voie, je pressai le dos de ma docile jument, afin d’accomplir les devoirs prescrits par la religion. J’eus pour compagnon de voyage un homme en qui je n’aperçus aucun défaut qui méritât ma haine. Lorsque nous nous fûmes découverts l’un à l’autre et que l’amitié se fut établie entre nous, notre entretien aboutit à me faire connaître qu’il tirait son origine de Koufa, et qu’il était de la secte des soufis. Nous continuâmes notre route. Arrivés à Koufa, nous nous dirigeâmes vers la maison de mon compagnon de voyage, et nous y entrâmes au moment où la face et les flancs du jour commençaient à brunir. Lors donc que la paupière de la nuit se fut fermée, et que sa noire moustache se fut montrée, quelqu’un frappa à la porte. Nous dîmes: Quel est cet importun qui vient frapper à notre porte! C’est, répondit-on, l’envoyé de la nuit et son courrier, celui que la faim a mis en déroute et chassé loin de chez lui, un homme libre que le besoin et la fortune cruelle ont conduit, un hôte dont la présence n’est pas incommode, qui n’a pas un seul pain à lui, un ami qui implore l’assistance d’autrui contre la faim, et qui se plaint de sa poche qui n’est que pièces; un étranger sur le chemin duquel le feu a été allumé, sur les traces duquel les chiens ont aboyé, et derrière lequel des pierres ont été lancées; dont la place, après son départ, a été balayée. Son chameau est exténué, sa vie n’est qu’affliction, et de vastes déserts le séparent de ses deux enfants. Issa, fils de Hicham, dit : Alors je pris dans ma bourse quelques monnaies de l’extrémité de mes doigts, et je la lui donnai en lui disant : Demande encore, et nous te donnerons de nouveau. Alors il dit :

« Le parfum de l’aloès ne peut être exposé sur un feu plus actif que celui de l générosité ; Et cette vertu prévenante ne peut rien rencontrer de mieux que le courrier de la reconnaissance. Que celui qui est doué des plus nobles qualités vienne au secours des malheureux ; Car les bienfaits ne se perdent jamais entre Dieu et les hommes. Pour toi, que Dieu remplisse tes espérances ! Qu’il t’accorde un haut rang parmi les hommes !

 

Issa, fils de Hicham, dit : Nous lui ouvrîmes la porte en lui disant :

Entre ; et voilà qu’à l’instant je reconnais Abu el Fatah Aliskandery. Abu el Fatah, lui dis-je, l’état ou la pauvreté t’a réduit, est bien affligeant ; ton extérieur surtout inspire la compassion. Il sourit et répliqua de la sorte :

« Que l’état de détresse où tu me vois ne te trompe pas.

Je jouis d’une aisance si grande, que la joie, tant elle est vive, déchire ses vêtements.

Ah ! Si je l’avais voulu, j’aurais habité sous des lambris dorés. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

مقامة بغير اسم **

حَدَّثَنَا عِيسَى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: كُنْتُ بِبَغْذَاذَ وَقْتَ الاَزَاذِ، فَخَرَجْتُ أَعْتَامُ مِنْ أَنْواعِهِ لاِبْتِيَاعِهِ، فَسِرْتُ غَيْرَ بَعِيدٍ إلى رَجُلٍ قَدْ أَخَذَ أَصْنَافَ الفَوَاكِهِ وَصَنَّفَهَا وَجَمَعَ أَنْوَاعَ الرُّطَبِ وَصَفَّفَهَا، فَقَبَضْتُ مِنْ ُكلِ شَيءٍ أَحْسَنَهُ، وَقَرَضْتُ مِنْ كُلِ نَوعٍ أَجْوَدَهُ، فَحِينَ جَمَعْتُ حَوَاشِيَ الإِزَارِ، عَلى تِلْكَ الأَوْزَارِ أَخَذَتْ عَيْنَايَ رَجُلاً َقدْ لَفَّ رَأْسَهُ بِبُرْقُعٍ حَيَاءً، وَنَصَبَ جَسَدَهُ، وبَسَطَ يَدَهُ وَاحْتَضَنَ عِيَاَلهُ، وَتَأَبَّطَ أَطْفَالَهُ، وَهُوَ يَقُولُ بِصَوْتٍ يَدْفَعُ الضَّعَفَ فِي صَدْرِهِ، وَالْحَرضَ فِي ظَهْرِهِ:

وَيْلِي عَلَى كَفَّينِ مِنْ سَويقِ *** أوْ شَحْمَةٍ تُضْرَبُ بالدَّقِيقِ

أَوْ قَصْعَةٍ تُمْلأُ مِنْ خِرْدِيقِ *** يَفْتَأُ عَنَّا سَطَواتِ الـرِّيقِ

يُقِيمُنَا عَنْ مَنْهَجِ الطَـرِيقِ *** يَارَازِقَ الثَّرْوَةِ بَعْدَ الضِّيقِِ

سَهِّلْ عَلى كَفِّ فتىً لَبِـيقِ *** ذِي نَسَبٍ فِي مَجْدِهِ عَرِيقِ

يَهْدي إِلَيْنا قَدَمَ التَّـوْفـيقِ *** يُنْقِذُ عَيِشي مِنْ يَدِ التَّرْنيقِ

قالَ عِيسى بْنُ هِشامِ: فَأخَذْتُ مِنَ الكِيس أَخْذَةً وَنُلْتُهُ إِياهَا، فَقَالَ:

يَا مَنْ عَنَانِي بِجَمِـيلِ بِـرِّهِ *** أَفْضِ إِلى اللهِ بِحُسْنِ سِرِّهِ

وَاسْتَحْفظِ الله جَمِيلَ ستْـرِهِ *** إِنْ كانَ لا طَاقَةَ لِي بِشُكْرِهِ

فَاللهُ رَبِّي مِنْ وَرَائي أَجْرِهِ قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَقُلْتُ لَهُ: إِنَّ فِي الكيسِ فَضْلاً فَاُبْرُزْ لِي عَنْ بَاطِنِكَ أَخْرُجْ إِلَيْكَ عَنْ آخِرِهِ، فَأَمَاطَ لِثَامَهُ، فَإِذَا وَاللهِ شَيْخُنَا أَبُو الفَتْحِ الإِسْكَندريُّ، فَقُلْتُ: وَيْحَكَ أَيُّ دَاهِيَةٍ أَنْتَ؟ فَقَالَ:

فَقَضِّ العُمْرَ تَشْبيهَاً *** عَلَى النَّاسِ وَتَمْويهَا

أَرَى الأَيَّامَ لا تَبْقَـى *** عَلَى حَالٍ فَأَحْكِيهَا

فَيَوْماً شَرُّهَـا فِـيَّ *** وَيَوْماً شِرَّتِي فِيهَا

 

 

 

 

 

Séance  qui ne porte point de nom

Issa, fils de Hicham, nous a raconté l’aventure suivante: Me trouvant à Bagdad dans la saison de Yazâd, je sortis avec l’intention de choisir les meilleures espèces de fruits et de les acheter. Je m’approchai d’un homme qui avait mis chaque espèce à part, et rangé avec ordre plusieurs sortes de dattes. Je pris de tous ces fruits ce qui me parut le plus beau et le meilleur. Comme je relevais le pan de ma robe pour les y placer, mes yeux rencontrèrent un homme qui avait caché sa tête sous le voile de la honte. II tenait son corps droit, et tendait la main. Sa famille était à ses côtés, et il portait sous ses bras ses enfants en bas âge: il disait d’une voix semblable à celle d’un homme que l’on frapperait alternativement sur la poitrine et sur le dos:

« Malheureux que je suis! Qui me donnera deux poignées  d’orge moulu, ou de la graisse battue avec de la farine,

 Ou une écuelle remplie de bouillon, pour que je puisse calmer la violence de la faim

Qui nous éloigne de la droite  voie ! O toi qui répands l’abondance après la détresse,

Rends  généreuse la main d’un homme sage, noble par sa naissance et par ses actions !

Qu’il dirige vers nous le pied de la bonne fortune, et qu’il arrache ma vie des mains de  l’affliction! »

 

Lorsque j’eus entendu ces mots, dit Issa, fils de Hicham, je pris une poignée de ce qu’il y avait de meilleur dans ma bourse, et je le lui donnai. II dit aussitôt:

« O toi dont la générosité m’a été secourable, puisses-tu arriver jusqu’à Dieu par le mérite de ta bonne conscience!

 Que Dieu lui-même prenne ta vertu sous sa protection!  Si je ne puis te témoigner ma reconnaissance,

Dieu mon maître te récompensera largement. »

 

Alors je lui dis: « J’ai encore quelque chose dans ma bourse: dis-moi qui tu es, et je te donnerai tout ce qui me reste. » Aussitôt il écarta le voile qui lui cachait le visage, et à l’instant je reconnus Abu el fatah Aliskandéry. Je lui dis: « Malheureux! Tu es un monstre! » II répliqua sur-le-champ:

« Passe ta vie parmi les hommes dans le déguisement et  la dissimulation.

Je vois bien que la fortune ne reste jamais  dans le même état; c’est pourquoi je cherche à lui ressembler. Tantôt j’éprouve ses malices, tantôt elle éprouve  les miennes. » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

**: يطلق عليها في بعض المراجع المقامة الأزاذية 




Les Filles D’EL-FACI (conte Algérien)

14092017

 

 

 

Les Filles D'EL-FACI (conte Algérien)  dans Littérature 1503219843-80d0dcf8753ac414b7a9ae60867565c1

 

 

 

 

 

 

Autrefois (c’était soixante ans avant l’entrée des Français à Alger), il y avait dans la ville un vieillard qu’on appelait El-Faci, parce qu’il venait de Fez, et qui possédait de grands biens. Ce vieillard gardait près de lui ses trois filles, qui étaient belles comme la lune, car il n’avait pas d’autres enfants. Les fils des principaux habitants de la ville et des plus riches demandèrent en mariage les filles d’El-Faci. Il refusa leurs propositions, parce qu’il ne voulait pas, en se séparant d elles, tomber dans la solitude et dans la tristesse.

Pendant l’été, il montait, avec ses filles, au beau jardin qu’il possédait hors de la ville et il s’y établissait. Quand il avait affaire à Alger, elles restaient seules sous la garde des négresses et des nègres. Elles s’ennuyaient si fort, qu’elles résolurent de trouver quelque distraction et qu’elles firent venir dans le jardin des étrangers et des étrangères, malgré la défense expresse d’El-Faci.

Un jour il s’en aperçut, et fut très-irrité contre ses filles; mais il dissimula sa colère. Le lendemain il fit semblant de sortir pour aller à la ville, annonçant qu’il ne reviendrait pas jusqu’au soir; et il revint au contraire se cacher parmi les arbres. Il vit alors ce qu’il voulait voir, son jardin envahi par les étrangers, et la gaieté des enfants qui riaient en son absence. Plein de rage, il s’en alla à Alger, sans rien trahir de ses intentions. Quand il rentra, le soir, personne ne surprit sur son visage aucun signe d’irritation; il laissa ses filles aller se coucher à l’heure habituelle. Mais au milieu de la nuit il se leva, il entra dans leur chambre, suivi d’un esclave noir. Sans prononcer une parole, il les frappa de mort toutes les trois. Aucun des nègres, aucune des négresses ne l’entendit; il regagna son lit sans éveiller qui que ce fût.

 

Le lendemain il dit à ses serviteurs:

Rassemblez les bagages, mettez-les sur les mules et descendez à la ville. Mais que personne n’entre dans la chambre de mes filles.

 

Ils obéirent, et en quelques heures ils étaient partis. El-Faci resta avec l’esclave noir; il creusa trois tombes, il enterra ses trois filles; puis il ferma tout et revint à Alger, où il dit à ses gens qu’il avait conduit ses filles à une ferme éloignée. Cela fait, il s’en alla en pèlerinage avec son esclave. Le jardin resta vide; personne n’y montait plus. La maison se lézarda: l’herbe croissait alentour. On disait que la nuit les revenants hantaient le jardin, que des lumières paraissaient dans la maison et qu’on entendait des gémissements, comme si quelqu’un demandait grâce. La terreur était grande; on n’osait plus passer près du jardin.

Deux jeunes gens de la ville, entendant raconter cela, se mirent à rire. Ils annoncèrent qu’ils iraient au jardin d’El-Faci et qu’ils emmèneraient un de leurs amis, qui était grand joueur de guitare. Ils devaient emporter de quoi manger, de quoi boire et de quoi s’éclairer. Chacun irait de son côté et l’on passerait la nuit à faire de la musique.

Le joueur de guitare, qui s’appelait Omar, était un homme de bien, pieux et craignant le Seigneur. Il alla sans hésiter au rendez-vous, où il arriva le premier. La maison était vide; pas une trace d’être vivant, pas un bruit, pas une voix. Omar attendit ses amis pendant deux heures sans les voir arriver. La peur les avait pris, et ils n’osaient plus venir. La nuit était plus épaisse; il entendit bientôt le cri de la chouette dans le jardin et le vol des chauves-souris sous le toit. Las de se promener, il entra dans une chambre, il alluma la bougie qu’il avait apportée, il s’assit au milieu de la pièce avec ses provisions pour souper et sa guitare pour jouer.

Il soupa, il joua et il chanta, sans que rien d’abord répondit à sa voix. Mais tout à coup, au-dessus de sa tète, un petit craquement se fit entendre; des pas ébranlaient le plafond; on marchait à l’étage supérieur ; puis on descendit l’escalier.

Omar se recommanda au Dieu tout-puissant… Quand il leva les yeux vers l’escalier, il vit trois jeunes femmes sur le seuil. Elles étaient belles, mais pales comme la neige et enveloppées de linceuls arrosés de sang : elles avaient des perles et des bijoux sans prix autour du cou, des bracelets d’or aux mains, aux pieds des anneaux d’or; elles tenaient des oranges entre leurs doigts, et on eût dit à leur démarche qu’elles étaient entraînées par une personne invisible.

Il reconnut les filles d’El-Faci.

Elles entrèrent dans la chambre; De la main elles saluèrent Omar silencieusement et lui firent signe de continuer. Omar leur rendit leur salut et se remit à jouer de la guitare en continuant sa chanson.

 

Elles écoutaient, debout, mais leur ligure ne marquait aucune satisfaction. La plus jeune s’avança, et elle parla, avec beaucoup d’efforts, d’une voix embarrassée:

Omar, le chant et les paroles ne vont pas bien. Chante plus vivement et dis ces vers:

 

Chez toi je joue, et chez toi c’est la fêté,
0 jardin d’El-Faci!
Chez toi l’on m’a coupé la tête.

 

Le musicien accomplit le désir de la jeune fille et se mit à chanter les paroles qui lui plaisaient. Alors elle dansa dans la chambre avec rapidité, tout en jetant près de lui des écorces de l’orange qu’elle tenait; ses pas redoublaient toujours de vitesse, et sur sa figure descendait la sueur. Après elle, ce fut le tour de ses sœurs, qui dansèrent de même, et de même jetèrent à Omar des écorces d’orange.

Quand elles s’arrêtèrent, la plus jeune parla encore à Omar:

Omar, nous désirons que l’an prochain, à pareil jour, tu reviennes. Ne l’oublie pas, car si tu ne viens pas à nous, nous irons à toi.

J’ai entendu et j’obéirai, dit Omar.

 

 

Les filles d’El-Faci se retirèrent en silence, d’un pas léger. Omar, resté seul et saisi d’épouvante, les écoutait encore, quand il entendit dans la chambre au-dessus un cri, le cri (l’une personne qui meurt et qui demande grâce. Cela dura un instant, le bruit cessa; on n’entendit plus que la chouette dans le jardin.

Le guitariste, épuisé de fatigue, céda peu à peu au sommeil. Le soleil était monté dans le ciel et le jour était à son milieu quand Omar se réveilla. II prit ses effets, et au lieu d’écorces d’orange il y trouva des diamants, des perles, des sultanines d’or, qu’il emporta à la ville. De ce qu’il avait vu, il ne dit rien. Mais il pensait toujours aux jeunes filles et prenait leur sort en pitié, priant Dieu de leur pardonner et de leur rendre leur première forme.

L’année révolue, il se rappela sa parole, et, sans n’en informer personne, il remonta au jardin d’El-Faci, comme l’année précédente. Arrivé là, il récita deux séries de prières et dit en pleurant:

Pardonne-leur, ô Miséricordieux! Et délivre-les du démon.

Presque toute la nuit se passa à chanter des prières, et déjà s’approchait le jour. Il n’avait vu personne et il était heureux de ce calme. Il loua Dieu, il fit la prière du matin, et il se leva. Alors il vit, debout près de lui, les jeunes filles. Leurs linceuls avaient disparu et fait place à des habits plus beaux. La plus jeune avait la parure d’une mariée.

Elles le saluèrent de la main. La plus jeune lui tendit la sienne, qui était froide comme la neige et toute roidie. Elle lui montra le jardin. On sortit de la chambre, on marcha jusqu’à un endroit où il y avait trois tombeaux ouverts. Omar regarda, et il vit dans les tombeaux les linceuls de l’année précédente.

Prends-les, dit la plus jeune, brûle-les, et prie encore. Omar rassembla des broussailles et des herbes sèches.

 

Il battit le briquet, il alluma le feu, il y jeta les linceuls et il pria. Les jeunes filles tout à coup poussèrent un cri et tombèrent évanouies, Omar priait toujours. Peu à peu elles revinrent à elles, leurs yeux s’entrouvrirent, leur langue se délia, elles louèrent Dieu et remercièrent Omar. Leur âme était revenue.

Omar admira la puissance de Dieu et fut rempli de joie. Les filles d’El-Faci lui dirent qu’il avait le cœur fort et lui racontèrent ce qui était arrivé. Puis elles le chargèrent de leur rapporter de la ville les choses dont elles auraient besoin en attendant le jour où elles partiraient du jardin.

Va, dirent-elles, et achète sans compter. Nous n’avons pas seulement nos bijoux ; nous avons aussi le trésor de notre père. Il l’a enterré ici, car il ne pouvait l’emporter avec lui. L’esclave noir peut-être l’aurait tué pour s’emparer de son or.

 

Omar obéit. Il acheta ce qu’elles voulaient. Il revint chaque jour et il prépara tout pour leur départ. Elles décidèrent qu’elles iraient habiter une grande ville au loin.

 

Omar, dit la plus jeune, tu es notre bienfaiteur; tu nous as rappelées à la vie. Que Dieu te récompense. Nous emportons avec nous ce qui peut s’emporter et de quoi vivre pendant la durée de notre existence. Voici les actes de propriété de cette maison; ils étaient avec le trésor. Voici l’argent. Cela est a toi. Demeure ici en possession de tout.

 

Omar lui répondit:

Je ne prendrai ni votre bien, ni celui de votre père. Que ferais-je de l’argent quand j’aurai le deuil dans le cœur et l’inquiétude dans l’esprit? Vous parties, je n’ai besoin de rien. Dieu n’a pas voulu me donner ce que je lui demandais. Qu’il soit glorifié ! je me résigne, et, s’il lui plaît, bientôt je sortirai de ce monde.

 

La jeune fille le regarda et vit des larmes clans ses yeux.

Frère, lui dit-elle. il faut louer Dieu de nous avoir fait connaître ton cœur. Si tu redoutes de nous quitter, nous craignons que tu ne nous quittes. Ton désir est-il que nous restions ensemble:’ Choisis une d’entre nous qui sera ta femme. Nous consentons d’avance à ton choix.

 

Comment choisir? dit Omar. Vous êtes belles toutes les trois, et je ne puis pas désigner l’une plutôt que l’autre.

 

Choisis pourtant. Nous t’approuverons toujours.

 

Eh bien, dit Omar. Mon cœur a choisi celle qui m’a parlé la première pendant la peur de la nuit.

 

La jeune fille se réjouit. Car elle y pensait de son côté. Ses sœurs ne furent pas moins heureuses. Elles aussi se marièrent dans la ville qu’on alla habiter tous ensemble. Et le bonheur fut avec eux, comme Dieu le sait.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




LAMIAT-ALARAB Poème de Schanfari – لامية العرب – للشنفرى

9062017

 

 

 

 

 

Le poète Schanfari* était de la tribu d’Azd, et du nombre de ceux qui se distinguaient par leur légèreté à la course. Parmi les coureurs célèbres entre les Arabes, il y en avait qu’un cheval n’aurait pu atteindre : tels étaient Schanfari, Solaïc fils de Salaca, Omar fils de Barrak, Asir fils de Djaber, et Taabbata-scharran.

 

Schanfari avait juré de tuer cent hommes des Bénou-Salaman, et il en tua effectivement quatre-vingt-dix-neuf. Toutes les fois qu’il rencontrait un homme de cette tribu, il lui disait, à ton œil, puis il tirait sa flèche, et attrapait justement son œil. En conséquence ils lui tendirent des embûches, et réussirent à se rendre maîtres de sa personne.

 

Ce fut Asir ben-Djaber, l’un de ces fameux coureurs, qui se saisit de lui. Il ne cessa de le guetter jusqu’à ce que Schanfari étant descendu dans une gorge pour boire, il l’y surprit à la faveur de la nuit. Les Bénou-Salaman firent donc mourir Schanfari ; mais ensuite un d’entre eux passant auprès de son crâne, et lui ayant donné un
coup de pied, une esquille du crâne lui entra dans le pied, et lui fit une blessure dont il mourut. Ainsi fut complété le nombre de cent que Schanfari avait juré de faire périr.

 

 

 

 

 

 

 

**لامية العرب – للشنفرى

1- أَقِيمُـوا بَنِـي أُمِّـي صُـدُورَ  مَطِيِّـكُمْ         فَإنِّـي  إلى قَـوْمٍ سِـوَاكُمْ  لَأَمْيَـلُ

2- فَقَدْ  حُمَّتِ  الحَاجَاتُ  وَاللَّيْـلُ   مُقْمِـرٌ         وَشُـدَّتْ لِطِيّـاتٍ  مَطَايَـا  وَأرْحُلُ

3- وفي الأَرْضِ مَنْـأَى لِلْكَرِيـمِ  عَنِ  الأَذَى         وَفِيهَا  لِمَنْ  خَافَ  القِلَـى  مُتَعَـزَّلُ

4- لَعَمْـرُكَ مَا بِالأَرْضِ ضِيـقٌ على  امْرِىءٍ           سَرَى رَاغِبَـاً أَوْ رَاهِبَـاً وَهْوَ يَعْقِـلُ

5- وَلِي دُونَكُمْ  أَهْلُـون : سِيـدٌ  عَمَلَّـسٌ           وَأَرْقَطُ زُهْلُـولٌ  وَعَرْفَـاءُ  جَيْـأََلُ

6- هُـمُ الأَهْلُ  لا مُسْتَودَعُ  السِّـرِّ  ذَائِـعٌ           لَدَيْهِمْ وَلاَ  الجَانِي  بِمَا جَرَّ  يُخْـذَلُ

7- وَكُـلٌّ  أَبِـيٌّ   بَاسِـلٌ   غَيْـرَ  أنَّنِـي           إذا عَرَضَتْ أُولَى  الطَرَائِـدِ  أبْسَـلُ

8- وَإنْ مُـدَّتِ الأيْدِي إلى  الزَّادِ  لَمْ  أكُـنْ           بَأَعْجَلِهِـمْ إذْ  أَجْشَعُ  القَوْمِ  أَعْجَلُ

9- وَمَـا ذَاكَ  إلّا  بَسْطَـةٌ  عَـنْ   تَفَضُّـلٍ          عَلَيْهِـمْ وَكَانَ  الأَفْضَـلَ  المُتَفَضِّـلُ

10- وَإنّـي كَفَانِـي فَقْدَ  مَنْ  لَيْسَ   جَازِيَاً           بِحُسْنَـى  ولا  في  قُرْبِـهِ  مُتَعَلَّـلُ

11- ثَـلاَثَـةُ أصْحَـابٍ : فُـؤَادٌ  مُشَيَّـعٌ           وأبْيَضُ  إصْلِيتٌ  وَصَفْـرَاءُ  عَيْطَـلُ

12- هَتُـوفٌ مِنَ المُلْـسَِ  المُتُـونِ  تَزِينُـها           رَصَائِعُ قد نِيطَـتْ  إليها  وَمِحْمَـلُ

13- إذا زَلََّ عنها  السَّهْـمُ حَنَّـتْ  كأنَّـها           مُـرَزَّأةٌ  عَجْلَـى تُـرنُّ   وَتُعْـوِلُ

14- وَأغْدو  خَمِيـصَ  البَطْن لا  يَسْتَفِـزُّنيِ           إلى الزَادِ حِـرْصٌ أو فُـؤادٌ مُوَكَّـلُ

15- وَلَسْـتُ بِمِهْيَـافٍ  يُعَشِّـي  سَوَامَـه          مُجَدَّعَـةً   سُقْبَانُهـا  وَهْيَ   بُهَّـلُ

16- ولا  جُبَّـأٍِ  أكْهَـى مُـرِبٍّ   بعِرْسِـهِ           يُطَالِعُهـا في  شَأْنِـهِ كَيْفَ  يَفْعَـلُ

17- وَلاَ خَـرِقٍ هَيْـقٍ  كَـأَنَّ   فــؤادَهُ           يَظَـلُّ به المُكَّـاءُ  يَعْلُـو  وَيَسْفُـلُ

18- ولا  خَالِــفٍ  دارِيَّــةٍ  مُتَغَــزِّلٍ           يَـرُوحُ وَيغْـدُو داهنـاً  يَتَكَحَّـلُ

19- وَلَسْـتُ  بِعَـلٍّ  شَـرُّهُ  دُونَ  خَيْـرِهِ           ألَفَّ إذا ما رُعْتَـهُ اهْتَـاجَ  أعْـزَلُ

20- وَلَسْـتُ بِمِحْيَارِ  الظَّـلاَمِ  إذا  انْتَحَتْ          هُدَى الهَوْجَلِ العِسّيفِ  يَهْمَاءُ  هؤجَلُ

21- إذا  الأمْعَـزُ الصَّـوّانُ  لاقَـى مَنَاسِمِي          تَطَايَـرَ   منـه   قَـادِحٌ   وَمُفَلَّـلُ

22- أُديـمُ مِطَـالَ الجُـوعِ حتّـى أُمِيتَـهُ           وأضْرِبُ عَنْهُ الذِّكْرَ  صَفْحاً  فأُذْهَـلُ

23- وَأَسْتَـفُّ  تُرْبَ الأرْضِ كَيْلا يُرَى  لَـهُ           عَلَـيَّ مِنَ الطَّـوْلِ امْـرُؤٌ مُتَطَـوِّلُ

24- ولولا اجْتِنَابُ الذَأْمِ لم يُلْـفَ  مَشْـرَبٌ           يُعَـاشُ بـه  إلاّ  لَـدَيَّ  وَمَأْكَـلُ

25- وَلكِنّ  نَفْسَـاً  مُـرَّةً  لا تُقِيـمُ  بـي           علـى الـذامِ إلاَّ رَيْثَمـا  أَتَحَـوَّلُ

26- وَأَطْوِي على الخَمْصِ الحَوَايا كَما انْطَوَتْ          خُيُوطَـةُ  مـارِيٍّ  تُغَـارُ   وتُفْتَـلُ

27- وأَغْدُو على القُوتِ الزَهِيـدِ كما غَـدَا           أَزَلُّ  تَهَـادَاهُ   التنَائِـفَ   أطْحَـلُ

28- غَدَا طَاوِيـاً يُعَـارِضُ  الرِّيـحَ  هَافِيـاً          يَخُـوتُ  بأَذْنَابِ الشِّعَابِ ويُعْسِـلُ

29- فَلَما لَوَاهُ  القُـوتُ  مِنْ  حَيْـثُ  أَمَّـهُ          دَعَـا  فَأجَابَتْـهُ   نَظَائِـرُ   نُحَّـلُ

30- مُهَلَّلَـةٌ   شِيـبُ   الوُجُـوهِ  كأنَّـها           قِـدَاحٌ  بأيـدي  ياسِـرٍ  تَتَقَلْقَـلُ

31- أوِ الخَشْـرَمُ المَبْعُـوثُ حَثْحَثَ  دَبْـرَهُ           مَحَابِيـضُ أرْدَاهُـنَّ سَـامٍ مُعَسِّـلُ

32- مُهَرَّتَـةٌ   فُـوهٌ   كَـأَنَّ    شُدُوقَـها           شُقُوقُ العِصِـيِّ كَالِحَـاتٌ وَبُسَّـلُ

33- فَضَـجَّ وَضَجَّـتْ  بالبَـرَاحِ  كأنَّـها           وإيّـاهُ  نُوحٌ  فَوْقَ  عَلْيَـاءَ  ثُكَّـلُ

34- وأغْضَى وأغْضَتْ  وَاتَّسَى  واتَّسَتْ  بـه          مَرَامِيـلُ عَـزَّاها  وعَزَّتْـهُ  مُرْمِـلُ

35- شَكَا وَشَكَتْ ثُمَّ ارْعَوَى  بَعْدُ  وَارْعَوَتْ           وَلَلْصَبْرُ  إنْ  لَمْ  يَنْفَعِ  الشَّكْوُ  أجْمَلُ

36- وَفَـاءَ  وَفَـاءَتْ  بَـادِراتٍ   وَكُلُّـها           على نَكَـظٍ  مِمَّا  يُكَاتِـمُ مُجْمِـلُ

37- وَتَشْرَبُ  أسْآرِي  القَطَا  الكُـدْرُ  بَعْدَما          سَرَتْ قَرَبَـاً  أحْنَاؤهـا  تَتَصَلْصَـلُ

38- هَمَمْتُ وَهَمَّتْ  وَابْتَدَرْنَـا  وأسْدَلَـتْ           وشَمَّـرَ   مِنِّي   فَـارِطٌ   مُتَمَهِّـلُ

39- فَوَلَّيْـتُ  عَنْها  وَهْيَ  تَكْبُـو  لِعُقْـرِهِ           يُبَاشِـرُهُ  منها  ذُقُـونٌ   وَحَوْصَـلُ

40- كـأنَّ  وَغَـاها  حَجْرَتَيـْهِ   وَحَوْلَـهُ          أضَامِيـمُ مِنْ سَفْـرِ القَبَائِـلِ  نُـزَّلُ

41- تَوَافَيْـنَ  مِنْ  شَتَّـى  إِلَيـْهِ  فَضَمَّـهَا          كما ضَـمَّ أذْوَادَ الأصَارِيـمِ مَنْهَـلُ

42- فَغَـبَّ غِشَاشَـاً  ثُمَّ  مَـرَّتْ  كأنّـها          مَعَ  الصُّبْحِ رَكْبٌ  مِنْ  أُحَاظَةَ  مُجْفِلُ

43- وآلَفُ  وَجْـهَ  الأرْضِ  عِنْدَ  افْتَراشِـها          بأَهْـدَأَ   تُنْبِيـهِ  سَنَاسِـنُ   قُحَّـلُ

44- وَأعْدِلُ  مَنْحُوضـاً  كـأنَّ  فُصُوصَـهُ           كعَابٌ  دَحَاهَا لاعِـبٌ  فَهْيَ  مُثَّـلُ

45- فإنْ  تَبْتَئِـسْ  بالشَّنْفَـرَى أمُّ  قَسْطَـلٍ           لَمَا اغْتَبَطَتْ بالشَّنْفَرَى  قَبْلُ  أطْـوَلُ

46- طَرِيـدُ  جِنَايَـاتٍ  تَيَاسَـرْنَ  لَحْمَـهُ           عَقِيرَتُــهُ   لأِيِّـها   حُـمَّ    أَوَّلُ

47- تَنَـامُ إذا  مَا  نَـامَ  يَقْظَـى  عُيُونُـها          حِثَاثَـاً   إلى   مَكْرُوهِـهِ   تَتَغَلْغَـلُ

48- وإلْـفُ هُمُـومٍ مـا  تَـزَالُ  تَعُـودُهُ           عِيَاداً كَحُمَّـى الرِّبْـعِ أو  هِيَ أثْقَلُ

49- إذا  وَرَدَتْ   أصْدَرْتُـها   ثـمّ   إنّـها          تَثُـوبُ فَتَأتي  مِنْ تُحَيْتُ ومِنْ  عَـلُ

50- فإمّا  تَرَيْنِي  كابْنَـةِ  الرَّمْـلِ  ضَاحِيَـاً          على  رِقَّـةٍ  أحْفَـى   ولا   أَتَنَعَّـلُ

51- فإنّي  لَمَولَى  الصَّبْـرِ أجتـابُ   بَـزَّهُ           على مِثْلِ  قَلْبِ  السِّمْعِ  والحَزْمَ  أفْعَلُ

52- وأُعْـدِمُ   أَحْيَانـاً   وأَغْنَـى  وإنَّمـا           يَنَـالُ  الغِنَى ذو  البُعْـدَةِ  المُتَبَـذِّلُ

53- فلا  جَـزِعٌ  مِنْ   خَلَّـةٍ   مُتَكَشِّـفٌ           ولا  مَـرِحٌ  تَحْتَ  الغِنَى   أتَخَيَّـلُ

54- ولا تَزْدَهِي الأجْهـالُ حِلْمِي  ولا  أُرَى           سَؤُولاًَ  بأعْقَـاب  الأقَاويلِ  أُنْمِـلُ

55- وَلَيْلَةِ  نَحْـسٍ  يَصْطَلي  القَوْسَ  رَبُّـها           وَأقْطُعَـهُ  اللَّاتـي  بِـهَا    يَتَنَبَّـلُ

56- دَعَسْتُ على غَطْشٍ  وَبَغْشٍ  وَصُحْبَتـي          سُعَـارٌ  وإرْزِيـزٌ  وَوَجْـرٌ   وَأفَكَلُ

57- فأيَّمْـتُ  نِسْوَانَـاً  وأيْتَمْـتُ   إلْـدَةً          وَعُـدْتُ كما  أبْدَأْتُ واللَّيْلُ  ألْيَـلُ

58- وأصْبَـحَ عَنّـي بالغُمَيْصَـاءِ  جَالسـاً           فَرِيقَـانِ: مَسْـؤُولٌ وَآخَرُ  يَسْـألُ

59- فَقَالُـوا: لَقَدْ  هَـرَّتْ  بِلَيْـلٍ  كِلَابُنَـا          فَقُلْنَـا: أذِئْبٌ عَسَّ أمْ  عَسَّ  فُرْعُـلُ

60- فَلَمْ  يَـكُ  إلاَّ  نَبْـأةٌ  ثُـمَّ  هَوَّمَـتْ           فَقُلْنَا: قَطَـاةٌ رِيـعَ أمْ رِيعَ  أجْـدَلُ

61- فَإِنْ يَـكُ مِنْ جِـنٍّ  لأبْـرَحُ  طارِقـاً          وإنْ يَكُ إنْسَـاً ما كَها  الإنسُ  تَفْعَلُ

62- وَيومٍ  مِنَ  الشِّعْـرَى  يَـذُوبُ  لُعَابُـهُ          أفاعِيـهِ  فـي  رَمْضائِـهِ  تَتَمَلْمَـلُ

63- نَصَبْـتُ له وَجْهي  ولا  كِـنَّ  دُونَـهُ          ولا سِتْـرَ إلاَّ  الأتْحَمِـيُّ  المُرَعْبَـل

64- وَضَافٍ إذا  طَارَتْ  له  الرِّيحُ  طَيَّـرَتْ           لبائِـدَ  عن  أعْطَافِـهِ  ما   تُرَجَّـلُ

65- بَعِيـدٌ بِمَسِّ الدُّهْـنِ  والفَلْيِ  عَهْـدُهُ           لـه عَبَسٌ عافٍ مِنَ الغِسْل مُحْـوِلُ

66- وَخَرْقٍ كظَهْرِ  التُّـرْسِ  قَفْـرٍ  قَطَعْتُـهُ          بِعَامِلَتَيْـنِ ،  ظَهْـرُهُ  لَيْسَ  يُعْمَـلُ

67- فألْحَقْـتُ   أُوْلاَهُ   بأُخْـرَاهُ   مُوفِيَـاً          عَلَى  قُنَّـةٍ  أُقْعِـي  مِرَارَاً   وَأمْثُـلُ

68- تَرُودُ  الأرَاوِي  الصُّحْـمُ حَوْلي كأنّـها          عَـذَارَى  عَلَيْهِـنَّ  المُلاَءُ   المُذَيَّـلُ

69- ويَرْكُـدْنَ بالآصَـالِ  حَوْلِي  كأنّنـي           مِنَ العُصْمِ أدْفى  يَنْتَحي  الكِيحَ  أعْقَلُ

 

 

 

 

 

TRADUCTION

 

Enfant de ma mère, préparez-vous à partir, et hâtez le pas de vos montures : pour moi, je vais chercher une autre société que celle de votre famille.

 

Déjà toutes choses sont prêtes : l’astre des nuits brille de son éclat, les chameaux sont sanglés, la selle est placée sur leur dos : rien n’arrête plus votre départ.

 

II est sur la terre une retraite éloignée, où l’homme généreux peut être à l’abri des insultes; un asile solitaire prêt à recevoir quiconque veut se soustraire à la haine des siens.

 

Jamais, non, jamais il ne se trouvera à l’étroit sur la terre, l’homme prudent, et qui sait employer les heures de la nuit à courir après l’objet de ses désirs, ou à s’éloigner de ce qui cause sa frayeur.

 

D’autres compagnons me dédommageront de la perte de votre société, un loup endurci à la course, un léopard au poil ras, une hyène à l’épaisse crinière. En leur compagnie on ne craint point de voir trahir son secret: le malheureux qui a commis une faiblesse, n’appréhende point de se voir lâchement abandonné en punition de sa faute.

 

Tous ils repoussent les insultes, tous ils combattent avec bravoure; aucun d’eux cependant n’égale l’intrépidité avec laquelle je m’élance au premier aspect de l’ennemi.

 

Mais quand il s’agit d’étendre la main pour partager les aliments, alors que le plus lâche est le plus diligent, je ne les devance plus en vitesse.

 

C’est l’effet de ma générosité par laquelle je m’élève au-dessus d’eux celui qui cherche à se distinguer ainsi à droit au premier rang.

 

Je supporterai sans peine la perte de ces compagnons que les bienfaits même ne peuvent subjuguer, et dont le voisinage ne procure aucune agréable diversion.

 

Et je ne m’apercevrai pas de cette perte, pourvu que ces trois autres ne m’abandonnent point, un cœur intrépide, un glaive étincelant, un arc aussi long que robuste qui rende un son éclatant, du nombre de ces arcs polis et forts en même temps, dont le mérite soit relevé par la beauté des courroies et du baudrier auquel il est suspendu: qui gémit à l’instant où la flèche s’échappe, et semble imiter les cris et les hurlements d’une mère accablée d’infortune, à laquelle le sort a ravi ses enfants.

 

Je ne suis pas de ces gens incapables de supporter la soif, qui en menant leurs troupeaux à la pâture, éloignent les petits de leurs mères, pour épargner le lait, tandis que celles – ci paissent librement.

 

Je me suis pas non plus du nombre de ces hommes pusillanimes et poltrons, qui ne s’éloignent jamais de la compagnie de leurs femmes, et délibèrent avec elles sur toutes leurs démarches; de ces hommes qu’un rien étonne, aussi timides que l’autruche, dont le cœur palpitant semble un passereau qui s’élève et s’abaisse tour-à-tour à l’aide de ses ailes; rebut de leurs familles, lâches casaniers, qui passent tout leur temps à causer d’amourettes avec les femmes et que l’on voit à tous les moments du jour parfumés et fardés.

 

Je ne suis pas de ces hommes faibles et petits, dont les défauts ne sont rachetés par aucune vertu, incapables de tout, qui n’étant protégés par aucune arme, prennent l’épouvante à la moindre menace; de ces âmes sans énergie que les ténèbres saisissent d’effroi, quand leur robuste et agile monture entre dans une solitude affreuse qui n’est propre qu’à égarer le voyageur.

 

Quand mes pieds rencontrent une terre dure et semée de cailloux, ils en tirent des étincelles et les font voler en pièces. Je sais supporter la faim avec une constance généreuse, je fais semblant de ne pas la sentir, j’en détourne ma pensée et je l’oublie entièrement.

 

Je dévore la poussière de la terre sèche, et sans aucune humidité, de peur que la faim ne s’imagine avoir quelque avantage sur moi, et ne se vante de m’avoir vaincu.

 

Si la crainte d’essuyer quelque outrage ne m’avait fait embrasser cette vie pénible et errante, tout ce que l’on peut désirer pour apaiser la faim ou la soif, ne se trouverait que chez moi; mais mon âme généreuse, qui ne peut souffrir aucune insulte, se séparerait de moi, si je ne m’éloignais promptement.

 

Mes entrailles, tourmentées de la faim, se tortillent et se resserrent sur elles-mêmes, comme les fils torts par la main ferme et adroite d’une habile fileuse.

 

Je sors dès le matin, n’ayant pris qu’une légère nourriture , tel qu’un loup aux poils grisâtres, qu’une solitude a conduit à une autre solitude, et qui, pressé de la faim, se met en course dès la pointe du jour avec la rapidité du vent : dévoré par le besoin , il se jette dans le fond des vallées et précipite sa marche; fatigué de chercher en vain dans des lieux où il ne trouve aucune proie, il pousse des hurlements auxquels répondent bientôt ses semblables, des loups maigres comme lui, décharnés, dont le visage porte l’empreinte de la vieillesse ; on dirait, à la rapidité de leurs mouvements, que ce sont les flèches qu’agite dans ses mains un homme qui les mêle pour tirer au sort , ou que le chef d’un jeune essaim mis en liberté, hâte le vol de la troupe qui le suit, vers les bâtons qu’a placés, pour les recevoir, dans un endroit élevé, l’homme qui s’occupe à recueillir le produit du travail des abeilles.

 

Ces loups ouvrent une large gueule; leurs mâchoires écartées ressemblent aux deux parties d’une pièce de bois que l’on a fendue; ils ont un aspect affreux et terrible. Aux hurlements de ce loup, les autres répondent par des hurlements dont retentissent au loin les déserts; on les prendrait pour autant de mères éplorées, dont les cris déchirants se font entendre du sommet d’une colline élevée.

 

A ses cris succède le silence, et le silence succède à leurs cris; toujours constants à imiter son exemple, ils se consolent de la faim qui les dévore, par celle qu’endure celui-là, et leurs tourments servent aussi à soulager sa douleur.

 

Se plaint-il : ils font entendre leurs plaintes; s’il renonce à des plaintes superflues, les autres y renoncent aussi ; et certes, là où les plaintes ne servent de rien, la patience est de beaucoup préférable.

 

Il retourne sur ses pas, et les autres retournent pareillement sur leurs pas : ils précipitent leur course, et quoique pressés par la violence de la faim, ils cachent les maux qu’ils endurent sous une bonne contenance.

 

Les kata qui volent en troupe vers une citerne, en faisant retentir l’air du bruit de leurs ailes, ne boivent
que les restes des eaux que j’ai troublées.

 

Nous courions en même temps pour apaiser notre soif ; nous nous hâtions, à l’envi, d’atteindre cet objet de nos désirs : ils déploient toutes leurs forces, tandis que, sans me presser, je les devance lestement, et je semble être le chef de leur troupe.

 

Déjà je les ai quittés, et je me suis retiré, après avoir étanché ma soif : épuisés de fatigue, ils tombent avec précipitation sur les bords humides de la citerne, et plongent dans la fange le cou et le jabot.

 

Le bruit qu’ils font tout à l’entour de cette mare est comme celui d’une troupe de voyageurs
au moment où leur caravane s’arrête pour camper.

 

Ils accourent de toutes parts vers la citerne : elle réunit vers un centre commun leurs troupes éparses, de même que les troupeaux d’un campement d’Arabes se réunissent autour d’un abreuvoir.

 

Ils boivent avec précipitation, et, reprenant leur vol, ils partent aussitôt, semblables, au moment où les premiers rayons du jour éclairent leur retraite, à une caravane de la tribu d’Ohadha qui précipite son départ.

 

Lorsque je prends la terre pour mon lit, j’étends sur sa surface un dos bossu que soulèvent des vertèbres saillantes et desséchées, et un bras décharné, dont toutes les articulations semblent être autant de dés jetés par un joueur, qui se tiennent debout devant lui.

 

Si les destins malins de la guerre se plaignent, aujourd’hui que Schanfari échappe à leurs coups, assez longtemps ils ont joui de son malheur.

 

II a été en proie à toutes les injustices qui se sont partagé sa chair comme celle d’un chameau dont les portions sont tirées au sort; et toutes les fois que quelque malheur est survenu, il en a toujours été la première victime.

 

Si par hasard le sort malin semblait fermer ses yeux vigilants, dans son sommeil même ses yeux s’ouvraient, et s’empressaient de le frapper de quelque nouveau malheur.

 

Les soucis, ses compagnons assidus, n’ont cessé de se succéder avec autant et plus d’exactitude que le retour régulier des accès d’une fièvre quarte.

 

Lorsqu’ils approchaient, je les éloignais de moi; mais ils revenaient, et fondaient sur moi de toutes parts.

 

Si tu me vois, semblable à l’animal qui vit au milieu des sables, me montrer au grand jour, malgré ma délicatesse, les pieds nus et dépourvus de chaussure, sache que je suis un homme dévoué à la patience : elle est la cuirasse sous laquelle je couvre un cœur de lion, et la fermeté d’âme me tient lieu de sandales.

 

Tantôt je manque de tout, tantôt je suis dans l’abondance : car celui-là est véritablement riche qui ne craint point l’exil, et qui n’épargne point sa vie.

 

Le besoin et l’indigence ne m’arrachent aucun signe d’impatience, et les richesses ne me rendent point insolent.

 

Ma sagesse n’est point le jouet des passions insensées: on ne me voit point rechercher les bruits défavorables que sème la renommée, pour ternir, par des rapports malins, la réputation d’autrui.

 

Combien de fois, pendant une nuit rigoureuse où le chasseur brûlait, pour se chauffer, et son arc et ses flèches, son unique trésor, je n’ai pas craint de voyager malgré l’épaisseur des ténèbres et la pluie, n’ayant pour toute compagnie que la faim, le froid, la crainte et les alarmes!

 

J’ai rendu des femmes veuves et des enfants orphelins, et je suis revenu comme j’étais parti, tandis que la nuit conservait encore toute son obscurité.

 

Au matin qui la suivait, pendant que j’étais tranquillement assis à Gomaïsa, deux troupes causaient ensemble, à mon sujet : Nos chiens, disaient-ils, ont aboyé cette nuit; nous nous sommes demandés à nous-mêmes : ne serait-ce point un loup qui erre à la faveur des ténèbres, ou une jeune hyène !

 

Mais, après un instant de bruit, ils se sont rendormis, et alors nous nous sommes tranquillisés en disant : c’est sans doute un milan, ou peut-être un épervier, qui a eu une frayeur passagère .

 

Si c’est un génie malin qui a passé par ici, certes il nous a fait un grand mal par sa
visite nocturne ; si c’est un homme. .. ..; mais un homme ne peut pas faire tant de ravages.

 

Pendant les jours brûlants de la canicule, où les vapeurs formées par l’ardeur du soleil sont en fusion, où les reptiles ne pouvant supporter sa violence, s’agitent sur le sable brûlant, j’ai exposé hardiment mon
visage à tous ses feux, sans qu’aucun voile me couvrît, et n’ayant pour tout abri contre sa fureur, qu’une toile déchirée, et une longue chevelure, qui, agitée par le vent, se séparait en touffes épaisses, dans laquelle le peigne n’avait point passé, qui n’avait point été , depuis longtemps, ni parfumée, ni purgée de vermine, enduite d’une crasse épaisse, sur laquelle une année entière avait passé sans qu’elle eut été lavée et nettoyée.

 

Combien de fois n’ai-je pas traversé, à pied, des déserts immenses, aussi nus que le dos d’un bouclier, qui n’avaient point accoutumé de sentir le pied des voyageurs!

 

J’en ai parcouru toute l’étendue d’une extrémité jusqu’à l’autre, et je me suis traîné jusqu’au sommet d’une hauteur inaccessible, que j’ai gravie tantôt debout et tantôt assis, comme un chien.

 

Autour de moi rôdaient de noirs bouquetins que l’on eût pris, à leurs longs poils, pour de jeunes filles vêtues d’une robe traînante: ils s’arrêtaient autour de moi sur le soir, et semblaient me prendre pour
un grand chamois tacheté de blanc, aux jambes torses, qui gagnait le penchant de la colline.

 

 

 

 

 

 

 

 

: Le mot Schanfari signifie celui qui a de grosses lèvres.

** : Ce poème porte le nom de Lamia لامية parce que tous les vers se terminent par un lam (ل). C’est à l’imitation de ce poème célèbre que Tograï a intitulé le sien لامية العجم .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Chant populaire

30042017

 

 

 

 

 

Chant populaire dans Littérature 1492596015-899444s080820

 

 

 

 

 

 

 

Cette ancienne berceuse était chantée par les femmes de Guelma pour endormir leurs enfants.  

 

 

 

 

Mon fils dort dans le berceau

Et je le berce.

Quand il sera grand il lira sur la planche

Et le professeur l’instruira.

 

 

Mon chéri est parmi les garçonnets

Le plus agile d’entre eux.

Lorsque vient le coucher du soleil

Il part les laissant seuls.

 

 

O postillon ! Conduis bien,

Prends garde de faire tomber mon fils ;

Je te prie de veiller sur lui

Et te paierai de mes deniers.

 

 

Son père est satisfait

Quand il commence à lire

Et son frère le caresse

D’un coup amical sans lui faire mal.

 

 

Mon fils nage sur la mer

Comme un capitaine marin,

S’il voyage sur terre

Il monte la chamelle coureuse.

 

 

Mon fils est cavalier de goum

Monté sur une jument ;

Si le sommeil arrive

Il se repose un peu.

 

 

Mon fils est parti chasser.

Il me rapporta un porc-épic ;

Lorsqu’il voulut recommencer

Il rencontra les voleurs.

 

 

Mon fils est toujours propre

Il se lave au bain maure.

Lorsque vient l’époque de l’été

Il mange de la chair de colombe.

 

 

Les amis de mon fils sont raisonnables

Et il est le plus sérieux d’entre eux ;

Si la bataille se déclare

C’est lui qui est le premier !

 

 

Dès le matin de bonne heure

Il se lève et travaille ;

Lorsqu’arrive la fin de la matinée

La gazelle revient dans son parc.

 

 

O gens comment vais-je faire !

Mon fils m’a quitté,

Mon esprit s’égare

En songeant au peu de temps que je l’ai vu.

 

 

Mon fils est cadi,

Il tranche les différends,

Il juge par une décision sûre

Entre les partisans des délits.

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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