La légende de Bent El Khass

13122017

 

 

 

 

 

La légende de Bent El Khass dans Littérature 1509527325-7c480ccbd30c8d2c3111642d1c5bdf17138299510201592438545628435389493n

 

 

 

 

 

Les traditions des Arabes du Sahara algérien, issus de la grande famille des Beni Hilâl, ont conservé le souvenir d’une femme appelée tantôt Bent El Khass, tantôt Embarka Bent El Khass . elle personnifie le bon sens naturel et la sagesse populaire, aussi lui a-t-on attribué un certain nombre de maximes applicables à la vie quotidienne : de là, sa réputation d’habilité a fait d’elle l’héroïne d’un stratagème ingénieux, grâce auquel un ennemi dupé se retire au moment où ses adversaires sont près du succomber ; enfin elle a été représentée comme ayant construit des ouvrages dont il ne reste que des ruines.

 

Son père, toujours suivant la légende, était cultivateur et très généreux. Elle avait pour cousine la fille d’un nomade, propriétaire de chameaux. Cette dernière dit un jour à Bent El Khass : Celui qui est riche possède des chameaux et non des cultures. La jeune fille rapporta ces paroles à son père qui lui dit : Réponds-lui « Le fumier rend fou ; S’il vient, il t’emporte et emporte les chameaux. »

 

الزبـــــــــل يهبــــــــــــــــــــــــل

إذا جاء يجيبك و يجيب البل (الإبل)

 

(C’est-à-dire qu’une culture qui réussit permet de tout acheter). En effet, une bonne récolte survint et le père de Bent El Khass acheta tous les chameaux de son frère.

 

 

 

Une autre fois, Bent El Khass se disputa encore avec sa cousine. Celle-ci lui dit : Mon père est un brave, chaque jour il tue dix hommes ; qu’a tué ton père ? – Bent El Khass lui redit ces propos. Un jour qu’il était chez lui, cinquante cavaliers vinrent lui demander l’hospitalité. Il les fit entrer, les hébergea, les débarrassa de leurs fusils qu’il remit à sa fille en lui disant : Va les montrer à ta cousine et dis-lui : Ton père a-t-il jamais rapporté un pareil trophée ? – A cette question, la cousine demeura muette et fut obligée de reconnaître la supériorité de son oncle.

 

 

 

 

Dans les récits qui précèdent, la sagesse appartient au père de Bent El Khass ; dans ceux qui suivent, c’est celle-ci qui se distingue par son esprit de répartie.

 

Son père lui demanda un jour : les nuits sont-elles plus nombreuses que les jours ?

-          Les jours sont plus nombreux que les nuits.

-          Et pourquoi ?

-          Parce que les nuits de lune sont (semblables à) des jours.

 

 

 

 

Une autre fois, elle dit à son père : il y a trois choses qui jaunissent la face et trois choses qui la rougissent.

 

قالت ثلاثة يصفروا الوجه و ثلاثة يحمروا الوجه

 

Quelles sont celles qui jaunissent la face ?

قال لها اما هما الثلاثة الي يصفروا الوجه

 

-          Marcher pieds nus, avoir le dos chargé et une femme dépensière.

 

قالت له:

مشية الحفه

و رفود القفا

و المراة التالفة

 

Et quelles sont celles qui rougissent la face ?

قال لها اما هما الثلاثة الي يحمروا الوجه

 

-          Connaître le lignage, connaître les filles illustres et se contenter de ce qu’on possède.

 

قالت له:

الي يعرف النسب

و الي يعرف بنات النسب

و الي يقنع بالنصيب الي يكسب

 

 

 

 

 

 

Un jour qu’elle était avec son père, elle lui dit : « La générosité se fait avec ce qu’on trouve (الجود من الموجود). Il répondit : La générosité est supérieure (الجود أعظم). Des cavaliers vinrent lui demander l’hospitalité. Comme il était pauvre, il se cacha. Sa fille lui dit : Va trouver tes hôtes et ne crains rien. Il sortit au devant d’eux, les introduisit chez lui et les fit asseoir. Pendant ce temps, Bent El Khass allait tirer des bâts des chameaux les épis de blé avec lesquels ils étaient rembourrés. Elle s’en servit pour préparer du couscous pour ses invités. Quand ils eurent fini de manger, elle dit à son père : La générosité n’est pas supérieure (ما شي أعظم). Il comprit l’allusion et répondit : La générosité se fait avec ce que l’on trouve.

 

 

 

 

En se promenant avec son père, elle lui dit en passant près d’un champ de blé :

Une belle culture ! Que son propriétaire ne la défend-il !

Son père lui demanda : Pourquoi cette culture est-elle prête ?

-          Que ne la défend-il de la dette ?

 

قالت مزينة فلاحة الا منعها مولاها

قال بوها علاش هذه الفلاحة راهي واجدة

قالت له الا منعها من الدين

 

 

 

 

On cite encore d’elle ce dicton sur l’agriculture :

Tous les fruits précoces sont bons.

Sauf le blé et l’orge – je ne sais.

 

كل شي من البكري مليح

غير القمح و الزرعة لا ادرى

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vint le moment de la marier. Un jour de printemps, elle alla se promener avec son père dans les cultures. L’orge verte avait une coudée de long ; il avait plu pendant la nuit. Elle dit à son père : La terre a passé la nuit avec son étalon (الارض بايتة مع فحلها). Il comprit que sa fille, jusque là hostile au mariage, s’était décidée à accepter un mari.

 

 

 

 

 

La tradition ne nous a rien conservé sur ce mari, pas même son nom ; mais elle nous apprend que Bent El Khass eut un fils à qui elle ne ménagea pas les sages maximes qui l’ont rendue célèbre.

 

Quand il se préparait à monter à cheval pour aller à la chasse ou en expédition, elle lui disait : Mon fils, déjeune le matin. Si on ne t’invite pas (en route), tu ne défailliras pas, et si on te repousse, on ne t’atteindra pas.

افطر يا وليدي مع الصباح الا عرضوك ما تستخف و الا طردوك ما يقبضوك

 

 

 

 

 

 

Un jour, il lui demanda de l’argent pour acheter des chevaux. Elle lui dit :

-          Quelle sorte de chevaux achèteras-tu ?

-          J’achèterai un cheval répandu, dont la croupe soit rembourrée sous les tapis de la selle, dont l’œil ne voie pas et l’oreille n’entende pas, qu’une musette nourrit et qu’un sac couvre.

Elle lui répondit : Il est impossible qu’on en introduise un pareil au marché : les juments des pauvres n’en portent pas et le riche n’en vend pas.

 

قالت له اش تشري من الخيل

قال لها:

نشري شي فاشي الي يكون تحت الطرحة محشي

عينه ما تشوف شي و اذنه ما تسمع شي

عمارة تعيشه و غرارة تغطيه

 

قالت محال يدخله للسوق

عودات المزاليط ما تجيبه شي و الغاني ما يبيعه شي

 

 

 

 

 

 

Dans les Gnomes de Sidi Abd er Rahman el Medjedoub, M. de Castries cite un dicton de Bent El Khass sur les chevaux, mais il est différent :

O vendeur de blé, qu’achèteras-tu ? – J’achèterai des chevaux. – Achètes-en, mais en petit nombre ; sur leur dos, on va vite, mais leurs ventres sont ruineux.

 

 

  

 

 

 

Elle fit la même réponse à son fils qui lui demandait de l’argent pour acheter des bœufs.

Lesquels veux-tu acheter ? lui demanda-t-elle.

-          Rouge-prune, ou noir foncé, ou gris avec les lèvres blanches.

Elle lui répondit : « On n’en amène pas de tels au marché : la vache des pauvres n’en produit pas de pareils et le riche ne les vend pas ».

 

 

 

قالت له اش تشري من بقري

قال لها:

احمر برقوق و اكحل مغلوق

و الا ازرق بيض الشوارب

 

قالت له هذوا ما يجيبوهمش للسوق

بقرة المزاليط ما تولدهم شي

و الغاني ما يبيعهم شي

 

 

 

M. de Castries cite un dicton  sur les chameaux « O vendeur de blé, qu’achèteras-tu ? – J’achèterai des chameaux. – Elle reprit : Achètes-en beaucoup ; leur dos est fort et leur lait est un trésor. Ils t’emporteront du pays de l’abaissement et te déposeront dans le pays de la considération. »

 

 

 

 

 

 

Ce fils, dont le nom est inconnu, mérita les éloges de sa mère qui disait de lui :

 

   Mon fils est toujours sur pied,

   Il ne soupe pas la nuit où il a des hôtes,

   Il ne dort pas la nuit où il craint.

 

 

ولدي عــكـــــــاف

ما يتعشى شي ليلة الضياف

و ما يرقد شي ليلة الي خاف

 

 

 

 

 

On cite encore les maximes suivantes de Bent El Khass :

 

Un sult’âni (pièce d’or) dans la main

Vaut mieux que dix dépensées.

 

 

سلطاني في الكف

خير من عشر في التلف

 

 

 

 

- Lève-toi le matin, tu accompliras ce que tu as à faire et écoute ce que dit le présage.

 

 

بكر لحاجتك تقضيها

و صنت ما يقول الفال

 

 

 

 

Donne ta fille (en mariage) avant le jeûne (avant qu’elle ait atteint l’âge du jeûne) ; on ne tiendra pas de propos sur elle.

 

بنتك قبل الصوم اعطيها

لا يخلق فيها قولة قال (قول لا قال)

 

 

 

 

 

Sur Tlemcen :

Salue les gens de Tlemcen et dis-leur :

Leur printemps est leur hiver.

Ils soignent leur graisse et leurs conserves de viande.

 

سلموا (سلم) على ناس تلمسان

و قل لهم ربيعهم هي مشتتهم

يحضيوا سمنهم و خليعهم

 

 

 

 

 

 

Lorsque l’époque des labours arrivait, elle disait à ses khammès : « Les labours ne doivent durer que quarante jours ; hâtez-vous pour ne pas labourer pendant trois mois. – Pourquoi ?- L’hivers dure deux mois et le troisième mois fait partie du printemps » (المشتا فيها شهرين و الثالث مقبل)

 

 

 

 

Aux autres cultivateurs qui demandaient des renseignements, elle répondait : « Vous avez du temps ; l’hiver dure trois mois ».

 

 

 

 

C’est en raison de cette réputation de sagesse qu’on lui attribua l’invention d’une ruse de guerre qu’on retrouve sous une forme différente dans les traditions d’un grand nombre de peuples. Une ville assiégée est à bout de ressources : il s’agit de décourager l’assiégeant et de lui faire croire qu’on a des vivres et de l’eau en abondance. Tantôt, on chasse dans le camp ennemi un bœuf, un veau, une chèvre ou un porc nourri avec ce qui reste de grains ; tantôt, on expose aux yeux d’un espion ou d’un parlementaire des monceaux de sable couverts d’une mince couche de blé ou des tables largement servie ; ou encore, on jette des pains par-dessus les murs. C’est une ruse semblable qui sauve les habitants d’El-Goléa. « On prétend que Guélea a été assiégée pendant sept ans par les Touaregs qui s’entêtaient à vouloir la prendre par la famine. Les provisions commençaient, en effet, à s’épuiser, mais une ruse sauva les assiégés. Un matin, les Touaregs virent les murs de la place tapissés de burnous blancs fraichement lavés qui séchaient au soleil ; donc elle ne manquait pas d’eau. La nuit suivante, de grands feux allumés sur divers points l’éclairaient tout entière, donc elle ne manquait pas de bois. Le lendemain, ils trouvèrent, sous les murailles et presque aux portes du camp, des galettes de belle farine, des dattes, du couscous, dernières ressources que les assiégés avaient sacrifiées pour faire croire à leur abondance. Les Touaregs y crurent et se retirèrent. »

 

 

 

 

 

 

Le nom de Bent El Khass n’est pas prononcé, mais sa réputation de sagesse était trop bien établie pour qu’on ne lui fit pas honneur d’un stratagème qui courait dans les légendes du désert. « On raconte qu’Embarka Bent El Khass fut assiégée sur la rive gauche de l’Oued Seggar, au sud du qsar de Brezina, par un sultan de Gharb dont elle avait repoussé les avances et qui, en la bloquant, comptait la prendre par le manque d’eau. Mais, voyant un jour les femmes des assiégés étendre au soleil du linge mouillé pour le faire sécher, il s’imagina qu’ils avaient de l’eau en abondance et leva le siège, trompé par la ruse d’Embarka ».

 

 

 

Nous voyons que Bent El Khass finit par être considérée comme la souveraine de sa tribu. Une forme postérieure de la légende rapporte qu’elle était la famille d’un roi des Arabes. Celui-ci, devenu vieux incapable de se tenir debout et se faisant porter en litière, laissa tout le pouvoir à sa fille de qui ses sujets appréciaient la sagesse. En conséquences, on lui attribua la fondation d’une ville à As’bih’, près d’El Beyyodh (Géryville), d’une à Banaqt (بنقط) au sommet de la montagne d’Arbi (اربي), d’une à Aïn el ‘Amri (عين العمري ), enfin des constructions que les nomades sont incapables de réparer, bien loin d’avoir pu les élever. Ainsi la séguia située au S. E. de Lioua et parallèle au cours de l’Oued Djedi. Elle est aujourd’hui bouleversée, mais parait avoir une origine romaine.

 

« Aune époque fort reculée, d’après la traduction, les Arabes étaient commandés par une femme nommée Bent El Khass : celle-ci avait dû souvent lutter contre ses sujets qui ne voulaient pas reconnaitre la souveraineté d’une femme. Pour leur être agréable, et aussi pour rehausser son prestige, Bent El Khass fit construire une immense séguia jusqu’à la Mecque, afin que les pèlerins puissent avoir toujours de l’eau à leur disposition ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ……A suivre

 

 

 

 

 

 

 




Maqamat Badi’ al-Zamān al-Hamadāni

29102017

 

 

 

 

 

Abu el Fadhl Ahmed, fils de Hussein Al-Hamadhânî, surnommé, à cause de son éloquence, بديع الزمان la merveille de son siècle (le Prodige du Siècle). II composa des Maqamatou séances, avant le célèbre Hariri, qui se fit gloire de marcher sur ses traces et de le prendre pour modèle. Ce genre de composition, dont Hamadhânî n’est peut-être pas l’inventeur, se perfectionna entre les mains de Hariri. Celui-ci est plus fleuri, plus abondant, plus éloquent et plus riche en images que Hamadhânî, dont l’extrême concision fait le supplice de ses lecteurs.

Ibn-Khilkân a tracé en peu de mots l’éloge de Hamadhânî. Suivant ce biographe, il mourut à Hérat, ville du Khorasan, l’an 398 de l’hégire (de J. C. 1007). Ibn-Khilkân dit tenir de gens dignes de foi que Hamadhânî, ayant été frappé d’apoplexie, fut enterré aussitôt; mais qu’ensuite étant revenu de son état, il poussa des cris aigus pendant la nuit. On accourut et on le retira de terre: il avait saisi sa barbe dans ses mains, et il était mort de l’effroi que lui avait causé le tombeau. Voici à la suite trois maqamat de cet auteur.

 

 

 

 

 

Maqamat Badi' al-Zamān al-Hamadāni dans Littérature 1506761440-1237-al-harith-companions

Page des Maqamat Badi’ al-Zamān al-Hamadāni remonte au 9ème siècle 

 

 

 

 

 

 

(مقامة الدينار (المقامة البلخية

حَدَّثَنَا عِيسى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: نَهَضَتْ بِي إِلى بَلخَ تِجَارَةُ الْبَزِّ فَوَرَدْنُهَا وَأَنَا بِعُذْرَةِ الشَّبَابِ وَبَالِ الفَرَاغِ وَحِلْيَةِ الثَّرْوَةِ، لا يُهِمُّنِي إِلاَّ مُهْرَةُ فِكْرٍ أَسْتَقِيدُهَا، أَوْ شَروُدٌ مِنَ الْكَلِمِ أَصِيدُهَا، فَمَا اسْتَأْذَنَ عَلَى سَمْعِي مَسَافَةً مُقَاِمي؟؟، أَفْصَحُ مِنْ كَلاِمي، وَلمَّا حَنَى الْفِراقُ بِنَاقَوْسَهُ أَو كَادَ دَخَلَ عَليَّ شَابٌّ في زَيٍّ مِلءِ العَيْنِ، وَلْحَيةٍ تَشُوكُ الأَخْدَعَيْنِ، وَطَرفٍ قْد شَرِبَ مَاءَ الرَّافِدَيْنِ، وَلَقِيَنِي مِنَ الْبرِّ فِي السَّناءِ، بِمَا زِدْتُهُ فِي الثَّناءِ، ثُمَّ قَالَ: أَظَعْناً تُرِيدُ؟ فَقُلْتُ: إِيْ وَاللهِ، فَقَالَ: أَخْصَبَ رَائِدُكَ، وَلاَ ضَلَّ قَائِدُكَ، فَمَتَى عَزَمْتَ؟ فَقُلْتُ: غَدَاةَ غَدٍ، فَقَالَ:

صَبَاحُ اللهِ لا صُبْحُ انطِـلاقٍ *** وَطَيرُ الوَصْلِ لا طَيْرُ الفِراقِ

فأَيْنَ تُريدُ؟ قُلْتُ: الوَطَنَ، فَقَالَ:بُلِّغْت الوَطَنَ، وَقَضَيْتَ الوَطَرَ، فَمَتَى العَوْدُ؟ قُلْتُ: القَابِلَ، فَقَالَ: طَوَيْتُ الرَّيْطَ، وَثَنَيْتَ الْخيْطَ، فَأَيْنَ أَنْتَ مِنَ الكَرَمِ؟ فَقُلْتُ: بِحَيْثُ أَرَدْتَ، فَقَالَ: إِذَا أَرْجَعَكَ اللهُ سَالِماً مِنْ هَذَا الطَّريقِ، فَاسْتَصْحِبْ لي عَدُوّاً في بُرْدَةِ صَديقٍ، مِنْ نِجار الصُّفْرِ، يَدْعُو إِلى الكُفْرِ، وَيَرْقُصُ عَلَى الظُّفرِ، كَدَارَةِ العَيْنِ، يَحُطُّ ثِقَلَ الدَّيْنِ، وَيُنافِقُ بِوَجْهَيْنِ. قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَعَلِمْتُ أَنَّهُ يَلْتَمِسُ دِيناراً، فَقُلْتُ: لَكَ ذلِك نَقْداً، وَمِثْلُهُ وَعْداً، فَأَنْشأَ يَقُولُ:

رَأيُكَ مِمَّا خَطَبْتُ أَعْـلَـى *** لا زِلْتَ لِلمَكْرُمَاتِ أَهْـلا

صَلُبْتَ عُوداً، وَدُمْتَ جُوداً *** وَفُقْتَ فَرْعاً، وَطِبْتَ أَصْلا

لا أَسْتَطيعُ العَطَاءَ حَمْـلاً *** وَلا أُطيقُ السُّؤَالَ ثِـقْـلا

قَصُرْتُ عَنْ مُنْتَهَاكَ ظَنّـاً *** وَطُلْتَ عَمَّا ظَنَنْتُ فِعْـلا

يا رُجْمَةَ الدَّهْر والمَعَالـي *** لا لَقِىَ الدَّهْرُ مِنْكَ ثُكْـلا

قَالَ عِيسَى بْنُ هِشَام: فَنُلْتُهُ الدِّينَارَ، وَقُلتُ: أَينَ مَنْبِتُ هَذا الفَضْلِ؟ فَقَالَ: نَمَتْنِي قُرَيشٌ وَمُهِّدَ لِيَ الشَّرفُ فِي بَطَائِحِهَا، فَقالَ بَعْضُ مَنْ حَضَرَ: أَلَسْتَ بِأَبِي الْفَتْحِ الإْسْكَنْدَريِ؟ أَلَمْ أَرَكَ بِالْعِراقِ، تَطُوفُ فِي الأَسْواقِ، مُكَدِّياً بِالأَوْرَاقِ؟ فَأَنْشِأَ يَقُولُ:

إِنَّ لـلـهِ عَـبِـيدَاً *** أَخَذُوا الْعُمْرَ خَلِيطاً

فَهُمُ يُمْسُونَ أَعْـرَا *** باً، وَيُضْحُونَ نَبِيطا

 

 

 

 

 

Séance de la pièce d’or

 

Issa, fils de Hicham, nous a raconté l’aventure suivante: Le commerce que je faisais de la soie m’engagea à porter mes pas vers la ville de Balkh: je m’y rendis. J’étais alors dans l’innocence de la jeunesse, libre de soucis et dans une situation prospère. Je ne songeais qu’à recueillir des pensées vives, pleines d’agréments, qui pussent m’être utiles, et qu’à saisir au passage des traits fugitifs d’éloquence. Mais pendant la durée de mon séjour à Balkh, il ne parvint à mes oreilles aucun discours qui fût plus éloquent que les miens. Lorsque la séparation eut tendu son arc sur nous, ou fut sur le point de le tendre, un jeune homme se présenta à moi avec un extérieur rempli de charmes. Une barbe épaisse couvrait son menton, et ses regards avoient puisé leur douceur dans les eaux du Tigre et de l’Euphrate. Il m’adressa des compliments auxquels je répondis par des actions de grâces. Ensuite il me dit: Est-ce-que tu désires t’en aller Oui, certes, lui répondis-je. II reprit: Puisse ton guide te montrer des pâturages abondants, et ton conducteur ne point t’égarer! Mais quand comptes-tu partir! Demain matin, répliquai-je. Alors il dit:

« Que ce soit la matinée de Dieu, et non celle du départ! » l’augure de l’union et non celui de la séparation ! »

Où désires-tu donc aller! Dans ma patrie, lui dis-je. Puisses-tu, reprit-il, y arriver sans encombre, et y terminer heureusement tes affaires! Mais quand reviendras-tu! Je lui répondis: L’année prochaine, II reprit: Puisses-tu derechef quitter ta patrie et revenir ici! Mais quelle est la mesure de ta générosité! Je lui dis: Ce que tu voudras. Eh bien! répliqua-t-il, lorsque Dieu te ramènera à Balkh, apporte-moi un ennemi qui porte la marque d’un ami, jaune de sa nature, qui mène à l’incrédulité, et qui échappe facilement aux doigts qui le tiennent; qui ressemble à la prunelle de l’œil, qui débarrasse du fardeau des dettes, et qui a deux faces comme l’hypocrisie. Alors, dit Isa, fils de Hicham, je vis qu’il me demandait une pièce d’or. Je lui dis: Tiens, je te donne cette pièce, et je t’en promets une semblable. Aussitôt il dit:

« Tes sentiments sont au dessus des éloges que je t’ai don» nés. Puisses-tu être toujours orné des plus nobles vertus!

Puisse ton bois être plein de force! Puissent les pluies qui  t’arrosent ne jamais cesser, tes rameaux être touffus et tes  racines embaumer!

Je ne puis consentir à porter le fardeau  des dons: demander est pour moi une charge trop lourde.

Mon imagination est demeurée loin de ton mérite, et ton  action a surpassé de beaucoup ma pensée.

O toi, qui fais le  bonheur du siècle et des vertus sublimes, puisse le siècle  ne te perdre jamais! »

Lorsqu’il eut ainsi parlé, dit Issa, fils de Hicham, je lui donnai la pièce d’or et je lui dis: Quel pays a donné naissance à de si grands talents! II répondit: Je tire mon origine de Koraïch, et c’est dans la vallée qu’habite cette tribu que la gloire m’a été préparée. Alors un de ceux qui étaient présents se mit à dire: N’es-tu pas Abu el fatah Aliskandery ! Ne l’ai-je pas vu rôder dans les marchés de l’Iraq, cherchant à séduire les esprits avec des papiers que tu tenais à la main ! II répondit:

« Certes, Dieu a des serviteurs dont la vie n’est que changements: le soir Arabes errants, et le matin Nabatéens. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(مقامة الصوفي (المقامة الكوفية 

حَدَّثَنَا عِيسَى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: كُنْتُ وَأَنَا فَتِىُّ السِّنِّ أَشُدُّ رَحْلِي لِكُلِّ عَمَايَةٍ، وَأَرْكُضُ طِرْفَي إِلَى كلِّ غِوَايَةٍ، حَتَّى شَرِبْتُ مِنَ العُمْرِ سَائِغَهُ، وَلَبِسْتُ مِنَ الدَّهْرِ سابِغَهُ، فَلَمَّا انْصَاحَ النَّهَارُ بِجَانِبِ لَيْلَى، وَجَمَعْتُ للمَعَادِ ذَيْلي، وَطِئتُ ظَهْرَ المَرُوضةِ، لأداءِ المَفْرُوضَةِ، وَصَحِبَني فِي الطَّريقِ رَفيقٌ لَمْ أُنْكِرْهُ مِنْ سُوءٍ، فَلَمَّا تجَالَيْنا، وَخَبَّرْنا بحالَيْنا، سَفَرَتِ القِصَّةُ عَنْ أصْلٍ كُوفيّ، وَمَذْهَبٍ صُوفِيّ، وَسِرْنا فَلَمَّا أَحَلَّتْنا الكُوفَةُ مِلْنا إِلى دَارِهِ، وَدَخلْنَاهَا وَقَدْ بَقَلَ وَجْهُ النَّهَارِ وَاخْضَرَّ جَانِبُهُ وَلَّما اغْتَمَضَ جَفْنُ اللَّيْلِْ وَطَرَّ شَارِبُهُ، قُرِعَ عَلَيْنا البابُ، فَقُلْنا: مَنِ القارِعُ المُنْتابُ؟ فقالَ: وَفْدُ اللَّيْلِ وَبَريدُهُ، وَفَلُّ الجُوعِ وَطَريدُهُ، وَحُرُّ قَادَهُ الضُّرُّ، والزَّمَنُ المُرُّ، وَضَيْفٌ وَطْؤُهَ خَفيفٌ، وَضَالَّتُهُ رَغيفٌ، وَجَارٌ يَسْتَعْدِى عَلى الجُوعِ، وَالجْيبِ المَرْقُوعِ، وَغَرِيبٌ أَوقِدَتِ النَّارُ عَلى سَفَرِهِ، وَنَبَحَ العَوَّاءُ عَلَى أَثَرِهِ، وَنُبِذَتْ خَلْفَهُ الحُصَيَّاتُ، وَكُنِسَتْ بَعْدَهُ العَرَصاتُ، فَنِضْوُهُ طَليحٌ ، وَعَيْشُهُ تَبْريحٌ، وَمِنَ دُونِ فَرْخَيْهِ مَهَامِهُ فِيحٌ.

قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَقَبَضْتُ مِنْ كِيسي قَبْضَةَ اللَّيْثِ، وَبَعَثْتُها إِلَيهِ وَقُلْتُ: زِدْنا سُؤَالاً، نَزِدْكَ نَوَالاً، فَقَالَ: ما عُرِضَ عَرْفُ العُودِ، عَلى أَحَرَّ مِنْ نَارِ الجُودِ، وَلا لُقِيَ وَفْدُ البِرِّ، بأَحْسَنَ مِنْ بَريدِ الشُّكْرِ، وَمَنْ مَلَكَ الفَضْلَ فَلْيُؤَاسِ، فَلَنْ يَذْهَبَ العُرْفُ بَيْنَ اللهِ وَالنَّاسِ، وَأَمَّا أَنْتَ فَحَقَّقَ اللهُ آمَالَكَ، وَجَعَلَ اليَدَ العُلْيا لَكَ.

قَالَ عِيسى بْنُ هِشامٍ: فَفَتَحْنا لَهُ البَابَ وَقُلْنا: ادْخُلْ، فَإِذا هُوَ وَاللهِ شَيْخُنا أَبُو الفَتْحِ الإِسْكَنْدَريُّ، فَقُلْتُ: يا أَبَا الفَتْح، شَدَّ مَا بَلَغتْ مِنْكَ الخصَاصَةُ. وَهذَا الزِّيِّ خَاصَّةٌ، فَتَبَسَّمَ وَأَنْشأَ يَقولُ:

 

لاَ يَغُـرَّنَـكَ الـذِي *** أَنَا فيهِ مِنَ الطَّلَـبْ

أَنَا فِي ثَـرْوَةٍ تُـشَ *** قُّ لَهَا بُرْدَةُ الطَّرَبْ

أَنَا لَوْ شِئْتُ لاَتَّـخَـذْ *** تُ سُقُوفاً مِنَ الذَهَبْ

 

 

 

 

 

Séance du Soufi

Issa, fils de Hicham, nous a raconté ce qui suit: Tandis que j’étais jeune, je dirigeais aveuglément ma monture vers tous les plaisirs, et poussais mon coursier du côté des égarements: ainsi je m’enivrais de tout ce que la vie a de plus doux, et je me revêtais de la robe la plus ample de la fortune. Mais lorsque la vieillesse eut commencé à blanchir ma noire chevelure, et que j’eus relevé le pan de ma robe flottante pour entrer dans la bonne voie, je pressai le dos de ma docile jument, afin d’accomplir les devoirs prescrits par la religion. J’eus pour compagnon de voyage un homme en qui je n’aperçus aucun défaut qui méritât ma haine. Lorsque nous nous fûmes découverts l’un à l’autre et que l’amitié se fut établie entre nous, notre entretien aboutit à me faire connaître qu’il tirait son origine de Koufa, et qu’il était de la secte des soufis. Nous continuâmes notre route. Arrivés à Koufa, nous nous dirigeâmes vers la maison de mon compagnon de voyage, et nous y entrâmes au moment où la face et les flancs du jour commençaient à brunir. Lors donc que la paupière de la nuit se fut fermée, et que sa noire moustache se fut montrée, quelqu’un frappa à la porte. Nous dîmes: Quel est cet importun qui vient frapper à notre porte! C’est, répondit-on, l’envoyé de la nuit et son courrier, celui que la faim a mis en déroute et chassé loin de chez lui, un homme libre que le besoin et la fortune cruelle ont conduit, un hôte dont la présence n’est pas incommode, qui n’a pas un seul pain à lui, un ami qui implore l’assistance d’autrui contre la faim, et qui se plaint de sa poche qui n’est que pièces; un étranger sur le chemin duquel le feu a été allumé, sur les traces duquel les chiens ont aboyé, et derrière lequel des pierres ont été lancées; dont la place, après son départ, a été balayée. Son chameau est exténué, sa vie n’est qu’affliction, et de vastes déserts le séparent de ses deux enfants. Issa, fils de Hicham, dit : Alors je pris dans ma bourse quelques monnaies de l’extrémité de mes doigts, et je la lui donnai en lui disant : Demande encore, et nous te donnerons de nouveau. Alors il dit :

« Le parfum de l’aloès ne peut être exposé sur un feu plus actif que celui de l générosité ; Et cette vertu prévenante ne peut rien rencontrer de mieux que le courrier de la reconnaissance. Que celui qui est doué des plus nobles qualités vienne au secours des malheureux ; Car les bienfaits ne se perdent jamais entre Dieu et les hommes. Pour toi, que Dieu remplisse tes espérances ! Qu’il t’accorde un haut rang parmi les hommes !

 

Issa, fils de Hicham, dit : Nous lui ouvrîmes la porte en lui disant :

Entre ; et voilà qu’à l’instant je reconnais Abu el Fatah Aliskandery. Abu el Fatah, lui dis-je, l’état ou la pauvreté t’a réduit, est bien affligeant ; ton extérieur surtout inspire la compassion. Il sourit et répliqua de la sorte :

« Que l’état de détresse où tu me vois ne te trompe pas.

Je jouis d’une aisance si grande, que la joie, tant elle est vive, déchire ses vêtements.

Ah ! Si je l’avais voulu, j’aurais habité sous des lambris dorés. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

مقامة بغير اسم **

حَدَّثَنَا عِيسَى بْنُ هِشَامٍ قَالَ: كُنْتُ بِبَغْذَاذَ وَقْتَ الاَزَاذِ، فَخَرَجْتُ أَعْتَامُ مِنْ أَنْواعِهِ لاِبْتِيَاعِهِ، فَسِرْتُ غَيْرَ بَعِيدٍ إلى رَجُلٍ قَدْ أَخَذَ أَصْنَافَ الفَوَاكِهِ وَصَنَّفَهَا وَجَمَعَ أَنْوَاعَ الرُّطَبِ وَصَفَّفَهَا، فَقَبَضْتُ مِنْ ُكلِ شَيءٍ أَحْسَنَهُ، وَقَرَضْتُ مِنْ كُلِ نَوعٍ أَجْوَدَهُ، فَحِينَ جَمَعْتُ حَوَاشِيَ الإِزَارِ، عَلى تِلْكَ الأَوْزَارِ أَخَذَتْ عَيْنَايَ رَجُلاً َقدْ لَفَّ رَأْسَهُ بِبُرْقُعٍ حَيَاءً، وَنَصَبَ جَسَدَهُ، وبَسَطَ يَدَهُ وَاحْتَضَنَ عِيَاَلهُ، وَتَأَبَّطَ أَطْفَالَهُ، وَهُوَ يَقُولُ بِصَوْتٍ يَدْفَعُ الضَّعَفَ فِي صَدْرِهِ، وَالْحَرضَ فِي ظَهْرِهِ:

وَيْلِي عَلَى كَفَّينِ مِنْ سَويقِ *** أوْ شَحْمَةٍ تُضْرَبُ بالدَّقِيقِ

أَوْ قَصْعَةٍ تُمْلأُ مِنْ خِرْدِيقِ *** يَفْتَأُ عَنَّا سَطَواتِ الـرِّيقِ

يُقِيمُنَا عَنْ مَنْهَجِ الطَـرِيقِ *** يَارَازِقَ الثَّرْوَةِ بَعْدَ الضِّيقِِ

سَهِّلْ عَلى كَفِّ فتىً لَبِـيقِ *** ذِي نَسَبٍ فِي مَجْدِهِ عَرِيقِ

يَهْدي إِلَيْنا قَدَمَ التَّـوْفـيقِ *** يُنْقِذُ عَيِشي مِنْ يَدِ التَّرْنيقِ

قالَ عِيسى بْنُ هِشامِ: فَأخَذْتُ مِنَ الكِيس أَخْذَةً وَنُلْتُهُ إِياهَا، فَقَالَ:

يَا مَنْ عَنَانِي بِجَمِـيلِ بِـرِّهِ *** أَفْضِ إِلى اللهِ بِحُسْنِ سِرِّهِ

وَاسْتَحْفظِ الله جَمِيلَ ستْـرِهِ *** إِنْ كانَ لا طَاقَةَ لِي بِشُكْرِهِ

فَاللهُ رَبِّي مِنْ وَرَائي أَجْرِهِ قَالَ عِيسى بْنُ هِشَامٍ: فَقُلْتُ لَهُ: إِنَّ فِي الكيسِ فَضْلاً فَاُبْرُزْ لِي عَنْ بَاطِنِكَ أَخْرُجْ إِلَيْكَ عَنْ آخِرِهِ، فَأَمَاطَ لِثَامَهُ، فَإِذَا وَاللهِ شَيْخُنَا أَبُو الفَتْحِ الإِسْكَندريُّ، فَقُلْتُ: وَيْحَكَ أَيُّ دَاهِيَةٍ أَنْتَ؟ فَقَالَ:

فَقَضِّ العُمْرَ تَشْبيهَاً *** عَلَى النَّاسِ وَتَمْويهَا

أَرَى الأَيَّامَ لا تَبْقَـى *** عَلَى حَالٍ فَأَحْكِيهَا

فَيَوْماً شَرُّهَـا فِـيَّ *** وَيَوْماً شِرَّتِي فِيهَا

 

 

 

 

 

Séance  qui ne porte point de nom

Issa, fils de Hicham, nous a raconté l’aventure suivante: Me trouvant à Bagdad dans la saison de Yazâd, je sortis avec l’intention de choisir les meilleures espèces de fruits et de les acheter. Je m’approchai d’un homme qui avait mis chaque espèce à part, et rangé avec ordre plusieurs sortes de dattes. Je pris de tous ces fruits ce qui me parut le plus beau et le meilleur. Comme je relevais le pan de ma robe pour les y placer, mes yeux rencontrèrent un homme qui avait caché sa tête sous le voile de la honte. II tenait son corps droit, et tendait la main. Sa famille était à ses côtés, et il portait sous ses bras ses enfants en bas âge: il disait d’une voix semblable à celle d’un homme que l’on frapperait alternativement sur la poitrine et sur le dos:

« Malheureux que je suis! Qui me donnera deux poignées  d’orge moulu, ou de la graisse battue avec de la farine,

 Ou une écuelle remplie de bouillon, pour que je puisse calmer la violence de la faim

Qui nous éloigne de la droite  voie ! O toi qui répands l’abondance après la détresse,

Rends  généreuse la main d’un homme sage, noble par sa naissance et par ses actions !

Qu’il dirige vers nous le pied de la bonne fortune, et qu’il arrache ma vie des mains de  l’affliction! »

 

Lorsque j’eus entendu ces mots, dit Issa, fils de Hicham, je pris une poignée de ce qu’il y avait de meilleur dans ma bourse, et je le lui donnai. II dit aussitôt:

« O toi dont la générosité m’a été secourable, puisses-tu arriver jusqu’à Dieu par le mérite de ta bonne conscience!

 Que Dieu lui-même prenne ta vertu sous sa protection!  Si je ne puis te témoigner ma reconnaissance,

Dieu mon maître te récompensera largement. »

 

Alors je lui dis: « J’ai encore quelque chose dans ma bourse: dis-moi qui tu es, et je te donnerai tout ce qui me reste. » Aussitôt il écarta le voile qui lui cachait le visage, et à l’instant je reconnus Abu el fatah Aliskandéry. Je lui dis: « Malheureux! Tu es un monstre! » II répliqua sur-le-champ:

« Passe ta vie parmi les hommes dans le déguisement et  la dissimulation.

Je vois bien que la fortune ne reste jamais  dans le même état; c’est pourquoi je cherche à lui ressembler. Tantôt j’éprouve ses malices, tantôt elle éprouve  les miennes. » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

**: يطلق عليها في بعض المراجع المقامة الأزاذية 




Les Filles D’EL-FACI (conte Algérien)

14092017

 

 

 

Les Filles D'EL-FACI (conte Algérien)  dans Littérature 1503219843-80d0dcf8753ac414b7a9ae60867565c1

 

 

 

 

 

 

Autrefois (c’était soixante ans avant l’entrée des Français à Alger), il y avait dans la ville un vieillard qu’on appelait El-Faci, parce qu’il venait de Fez, et qui possédait de grands biens. Ce vieillard gardait près de lui ses trois filles, qui étaient belles comme la lune, car il n’avait pas d’autres enfants. Les fils des principaux habitants de la ville et des plus riches demandèrent en mariage les filles d’El-Faci. Il refusa leurs propositions, parce qu’il ne voulait pas, en se séparant d elles, tomber dans la solitude et dans la tristesse.

Pendant l’été, il montait, avec ses filles, au beau jardin qu’il possédait hors de la ville et il s’y établissait. Quand il avait affaire à Alger, elles restaient seules sous la garde des négresses et des nègres. Elles s’ennuyaient si fort, qu’elles résolurent de trouver quelque distraction et qu’elles firent venir dans le jardin des étrangers et des étrangères, malgré la défense expresse d’El-Faci.

Un jour il s’en aperçut, et fut très-irrité contre ses filles; mais il dissimula sa colère. Le lendemain il fit semblant de sortir pour aller à la ville, annonçant qu’il ne reviendrait pas jusqu’au soir; et il revint au contraire se cacher parmi les arbres. Il vit alors ce qu’il voulait voir, son jardin envahi par les étrangers, et la gaieté des enfants qui riaient en son absence. Plein de rage, il s’en alla à Alger, sans rien trahir de ses intentions. Quand il rentra, le soir, personne ne surprit sur son visage aucun signe d’irritation; il laissa ses filles aller se coucher à l’heure habituelle. Mais au milieu de la nuit il se leva, il entra dans leur chambre, suivi d’un esclave noir. Sans prononcer une parole, il les frappa de mort toutes les trois. Aucun des nègres, aucune des négresses ne l’entendit; il regagna son lit sans éveiller qui que ce fût.

 

Le lendemain il dit à ses serviteurs:

Rassemblez les bagages, mettez-les sur les mules et descendez à la ville. Mais que personne n’entre dans la chambre de mes filles.

 

Ils obéirent, et en quelques heures ils étaient partis. El-Faci resta avec l’esclave noir; il creusa trois tombes, il enterra ses trois filles; puis il ferma tout et revint à Alger, où il dit à ses gens qu’il avait conduit ses filles à une ferme éloignée. Cela fait, il s’en alla en pèlerinage avec son esclave. Le jardin resta vide; personne n’y montait plus. La maison se lézarda: l’herbe croissait alentour. On disait que la nuit les revenants hantaient le jardin, que des lumières paraissaient dans la maison et qu’on entendait des gémissements, comme si quelqu’un demandait grâce. La terreur était grande; on n’osait plus passer près du jardin.

Deux jeunes gens de la ville, entendant raconter cela, se mirent à rire. Ils annoncèrent qu’ils iraient au jardin d’El-Faci et qu’ils emmèneraient un de leurs amis, qui était grand joueur de guitare. Ils devaient emporter de quoi manger, de quoi boire et de quoi s’éclairer. Chacun irait de son côté et l’on passerait la nuit à faire de la musique.

Le joueur de guitare, qui s’appelait Omar, était un homme de bien, pieux et craignant le Seigneur. Il alla sans hésiter au rendez-vous, où il arriva le premier. La maison était vide; pas une trace d’être vivant, pas un bruit, pas une voix. Omar attendit ses amis pendant deux heures sans les voir arriver. La peur les avait pris, et ils n’osaient plus venir. La nuit était plus épaisse; il entendit bientôt le cri de la chouette dans le jardin et le vol des chauves-souris sous le toit. Las de se promener, il entra dans une chambre, il alluma la bougie qu’il avait apportée, il s’assit au milieu de la pièce avec ses provisions pour souper et sa guitare pour jouer.

Il soupa, il joua et il chanta, sans que rien d’abord répondit à sa voix. Mais tout à coup, au-dessus de sa tète, un petit craquement se fit entendre; des pas ébranlaient le plafond; on marchait à l’étage supérieur ; puis on descendit l’escalier.

Omar se recommanda au Dieu tout-puissant… Quand il leva les yeux vers l’escalier, il vit trois jeunes femmes sur le seuil. Elles étaient belles, mais pales comme la neige et enveloppées de linceuls arrosés de sang : elles avaient des perles et des bijoux sans prix autour du cou, des bracelets d’or aux mains, aux pieds des anneaux d’or; elles tenaient des oranges entre leurs doigts, et on eût dit à leur démarche qu’elles étaient entraînées par une personne invisible.

Il reconnut les filles d’El-Faci.

Elles entrèrent dans la chambre; De la main elles saluèrent Omar silencieusement et lui firent signe de continuer. Omar leur rendit leur salut et se remit à jouer de la guitare en continuant sa chanson.

 

Elles écoutaient, debout, mais leur ligure ne marquait aucune satisfaction. La plus jeune s’avança, et elle parla, avec beaucoup d’efforts, d’une voix embarrassée:

Omar, le chant et les paroles ne vont pas bien. Chante plus vivement et dis ces vers:

 

Chez toi je joue, et chez toi c’est la fêté,
0 jardin d’El-Faci!
Chez toi l’on m’a coupé la tête.

 

Le musicien accomplit le désir de la jeune fille et se mit à chanter les paroles qui lui plaisaient. Alors elle dansa dans la chambre avec rapidité, tout en jetant près de lui des écorces de l’orange qu’elle tenait; ses pas redoublaient toujours de vitesse, et sur sa figure descendait la sueur. Après elle, ce fut le tour de ses sœurs, qui dansèrent de même, et de même jetèrent à Omar des écorces d’orange.

Quand elles s’arrêtèrent, la plus jeune parla encore à Omar:

Omar, nous désirons que l’an prochain, à pareil jour, tu reviennes. Ne l’oublie pas, car si tu ne viens pas à nous, nous irons à toi.

J’ai entendu et j’obéirai, dit Omar.

 

 

Les filles d’El-Faci se retirèrent en silence, d’un pas léger. Omar, resté seul et saisi d’épouvante, les écoutait encore, quand il entendit dans la chambre au-dessus un cri, le cri (l’une personne qui meurt et qui demande grâce. Cela dura un instant, le bruit cessa; on n’entendit plus que la chouette dans le jardin.

Le guitariste, épuisé de fatigue, céda peu à peu au sommeil. Le soleil était monté dans le ciel et le jour était à son milieu quand Omar se réveilla. II prit ses effets, et au lieu d’écorces d’orange il y trouva des diamants, des perles, des sultanines d’or, qu’il emporta à la ville. De ce qu’il avait vu, il ne dit rien. Mais il pensait toujours aux jeunes filles et prenait leur sort en pitié, priant Dieu de leur pardonner et de leur rendre leur première forme.

L’année révolue, il se rappela sa parole, et, sans n’en informer personne, il remonta au jardin d’El-Faci, comme l’année précédente. Arrivé là, il récita deux séries de prières et dit en pleurant:

Pardonne-leur, ô Miséricordieux! Et délivre-les du démon.

Presque toute la nuit se passa à chanter des prières, et déjà s’approchait le jour. Il n’avait vu personne et il était heureux de ce calme. Il loua Dieu, il fit la prière du matin, et il se leva. Alors il vit, debout près de lui, les jeunes filles. Leurs linceuls avaient disparu et fait place à des habits plus beaux. La plus jeune avait la parure d’une mariée.

Elles le saluèrent de la main. La plus jeune lui tendit la sienne, qui était froide comme la neige et toute roidie. Elle lui montra le jardin. On sortit de la chambre, on marcha jusqu’à un endroit où il y avait trois tombeaux ouverts. Omar regarda, et il vit dans les tombeaux les linceuls de l’année précédente.

Prends-les, dit la plus jeune, brûle-les, et prie encore. Omar rassembla des broussailles et des herbes sèches.

 

Il battit le briquet, il alluma le feu, il y jeta les linceuls et il pria. Les jeunes filles tout à coup poussèrent un cri et tombèrent évanouies, Omar priait toujours. Peu à peu elles revinrent à elles, leurs yeux s’entrouvrirent, leur langue se délia, elles louèrent Dieu et remercièrent Omar. Leur âme était revenue.

Omar admira la puissance de Dieu et fut rempli de joie. Les filles d’El-Faci lui dirent qu’il avait le cœur fort et lui racontèrent ce qui était arrivé. Puis elles le chargèrent de leur rapporter de la ville les choses dont elles auraient besoin en attendant le jour où elles partiraient du jardin.

Va, dirent-elles, et achète sans compter. Nous n’avons pas seulement nos bijoux ; nous avons aussi le trésor de notre père. Il l’a enterré ici, car il ne pouvait l’emporter avec lui. L’esclave noir peut-être l’aurait tué pour s’emparer de son or.

 

Omar obéit. Il acheta ce qu’elles voulaient. Il revint chaque jour et il prépara tout pour leur départ. Elles décidèrent qu’elles iraient habiter une grande ville au loin.

 

Omar, dit la plus jeune, tu es notre bienfaiteur; tu nous as rappelées à la vie. Que Dieu te récompense. Nous emportons avec nous ce qui peut s’emporter et de quoi vivre pendant la durée de notre existence. Voici les actes de propriété de cette maison; ils étaient avec le trésor. Voici l’argent. Cela est a toi. Demeure ici en possession de tout.

 

Omar lui répondit:

Je ne prendrai ni votre bien, ni celui de votre père. Que ferais-je de l’argent quand j’aurai le deuil dans le cœur et l’inquiétude dans l’esprit? Vous parties, je n’ai besoin de rien. Dieu n’a pas voulu me donner ce que je lui demandais. Qu’il soit glorifié ! je me résigne, et, s’il lui plaît, bientôt je sortirai de ce monde.

 

La jeune fille le regarda et vit des larmes clans ses yeux.

Frère, lui dit-elle. il faut louer Dieu de nous avoir fait connaître ton cœur. Si tu redoutes de nous quitter, nous craignons que tu ne nous quittes. Ton désir est-il que nous restions ensemble:’ Choisis une d’entre nous qui sera ta femme. Nous consentons d’avance à ton choix.

 

Comment choisir? dit Omar. Vous êtes belles toutes les trois, et je ne puis pas désigner l’une plutôt que l’autre.

 

Choisis pourtant. Nous t’approuverons toujours.

 

Eh bien, dit Omar. Mon cœur a choisi celle qui m’a parlé la première pendant la peur de la nuit.

 

La jeune fille se réjouit. Car elle y pensait de son côté. Ses sœurs ne furent pas moins heureuses. Elles aussi se marièrent dans la ville qu’on alla habiter tous ensemble. Et le bonheur fut avec eux, comme Dieu le sait.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




LAMIAT-ALARAB Poème de Schanfari – لامية العرب – للشنفرى

9062017

 

 

 

 

 

Le poète Schanfari* était de la tribu d’Azd, et du nombre de ceux qui se distinguaient par leur légèreté à la course. Parmi les coureurs célèbres entre les Arabes, il y en avait qu’un cheval n’aurait pu atteindre : tels étaient Schanfari, Solaïc fils de Salaca, Omar fils de Barrak, Asir fils de Djaber, et Taabbata-scharran.

 

Schanfari avait juré de tuer cent hommes des Bénou-Salaman, et il en tua effectivement quatre-vingt-dix-neuf. Toutes les fois qu’il rencontrait un homme de cette tribu, il lui disait, à ton œil, puis il tirait sa flèche, et attrapait justement son œil. En conséquence ils lui tendirent des embûches, et réussirent à se rendre maîtres de sa personne.

 

Ce fut Asir ben-Djaber, l’un de ces fameux coureurs, qui se saisit de lui. Il ne cessa de le guetter jusqu’à ce que Schanfari étant descendu dans une gorge pour boire, il l’y surprit à la faveur de la nuit. Les Bénou-Salaman firent donc mourir Schanfari ; mais ensuite un d’entre eux passant auprès de son crâne, et lui ayant donné un
coup de pied, une esquille du crâne lui entra dans le pied, et lui fit une blessure dont il mourut. Ainsi fut complété le nombre de cent que Schanfari avait juré de faire périr.

 

 

 

 

 

 

 

**لامية العرب – للشنفرى

1- أَقِيمُـوا بَنِـي أُمِّـي صُـدُورَ  مَطِيِّـكُمْ         فَإنِّـي  إلى قَـوْمٍ سِـوَاكُمْ  لَأَمْيَـلُ

2- فَقَدْ  حُمَّتِ  الحَاجَاتُ  وَاللَّيْـلُ   مُقْمِـرٌ         وَشُـدَّتْ لِطِيّـاتٍ  مَطَايَـا  وَأرْحُلُ

3- وفي الأَرْضِ مَنْـأَى لِلْكَرِيـمِ  عَنِ  الأَذَى         وَفِيهَا  لِمَنْ  خَافَ  القِلَـى  مُتَعَـزَّلُ

4- لَعَمْـرُكَ مَا بِالأَرْضِ ضِيـقٌ على  امْرِىءٍ           سَرَى رَاغِبَـاً أَوْ رَاهِبَـاً وَهْوَ يَعْقِـلُ

5- وَلِي دُونَكُمْ  أَهْلُـون : سِيـدٌ  عَمَلَّـسٌ           وَأَرْقَطُ زُهْلُـولٌ  وَعَرْفَـاءُ  جَيْـأََلُ

6- هُـمُ الأَهْلُ  لا مُسْتَودَعُ  السِّـرِّ  ذَائِـعٌ           لَدَيْهِمْ وَلاَ  الجَانِي  بِمَا جَرَّ  يُخْـذَلُ

7- وَكُـلٌّ  أَبِـيٌّ   بَاسِـلٌ   غَيْـرَ  أنَّنِـي           إذا عَرَضَتْ أُولَى  الطَرَائِـدِ  أبْسَـلُ

8- وَإنْ مُـدَّتِ الأيْدِي إلى  الزَّادِ  لَمْ  أكُـنْ           بَأَعْجَلِهِـمْ إذْ  أَجْشَعُ  القَوْمِ  أَعْجَلُ

9- وَمَـا ذَاكَ  إلّا  بَسْطَـةٌ  عَـنْ   تَفَضُّـلٍ          عَلَيْهِـمْ وَكَانَ  الأَفْضَـلَ  المُتَفَضِّـلُ

10- وَإنّـي كَفَانِـي فَقْدَ  مَنْ  لَيْسَ   جَازِيَاً           بِحُسْنَـى  ولا  في  قُرْبِـهِ  مُتَعَلَّـلُ

11- ثَـلاَثَـةُ أصْحَـابٍ : فُـؤَادٌ  مُشَيَّـعٌ           وأبْيَضُ  إصْلِيتٌ  وَصَفْـرَاءُ  عَيْطَـلُ

12- هَتُـوفٌ مِنَ المُلْـسَِ  المُتُـونِ  تَزِينُـها           رَصَائِعُ قد نِيطَـتْ  إليها  وَمِحْمَـلُ

13- إذا زَلََّ عنها  السَّهْـمُ حَنَّـتْ  كأنَّـها           مُـرَزَّأةٌ  عَجْلَـى تُـرنُّ   وَتُعْـوِلُ

14- وَأغْدو  خَمِيـصَ  البَطْن لا  يَسْتَفِـزُّنيِ           إلى الزَادِ حِـرْصٌ أو فُـؤادٌ مُوَكَّـلُ

15- وَلَسْـتُ بِمِهْيَـافٍ  يُعَشِّـي  سَوَامَـه          مُجَدَّعَـةً   سُقْبَانُهـا  وَهْيَ   بُهَّـلُ

16- ولا  جُبَّـأٍِ  أكْهَـى مُـرِبٍّ   بعِرْسِـهِ           يُطَالِعُهـا في  شَأْنِـهِ كَيْفَ  يَفْعَـلُ

17- وَلاَ خَـرِقٍ هَيْـقٍ  كَـأَنَّ   فــؤادَهُ           يَظَـلُّ به المُكَّـاءُ  يَعْلُـو  وَيَسْفُـلُ

18- ولا  خَالِــفٍ  دارِيَّــةٍ  مُتَغَــزِّلٍ           يَـرُوحُ وَيغْـدُو داهنـاً  يَتَكَحَّـلُ

19- وَلَسْـتُ  بِعَـلٍّ  شَـرُّهُ  دُونَ  خَيْـرِهِ           ألَفَّ إذا ما رُعْتَـهُ اهْتَـاجَ  أعْـزَلُ

20- وَلَسْـتُ بِمِحْيَارِ  الظَّـلاَمِ  إذا  انْتَحَتْ          هُدَى الهَوْجَلِ العِسّيفِ  يَهْمَاءُ  هؤجَلُ

21- إذا  الأمْعَـزُ الصَّـوّانُ  لاقَـى مَنَاسِمِي          تَطَايَـرَ   منـه   قَـادِحٌ   وَمُفَلَّـلُ

22- أُديـمُ مِطَـالَ الجُـوعِ حتّـى أُمِيتَـهُ           وأضْرِبُ عَنْهُ الذِّكْرَ  صَفْحاً  فأُذْهَـلُ

23- وَأَسْتَـفُّ  تُرْبَ الأرْضِ كَيْلا يُرَى  لَـهُ           عَلَـيَّ مِنَ الطَّـوْلِ امْـرُؤٌ مُتَطَـوِّلُ

24- ولولا اجْتِنَابُ الذَأْمِ لم يُلْـفَ  مَشْـرَبٌ           يُعَـاشُ بـه  إلاّ  لَـدَيَّ  وَمَأْكَـلُ

25- وَلكِنّ  نَفْسَـاً  مُـرَّةً  لا تُقِيـمُ  بـي           علـى الـذامِ إلاَّ رَيْثَمـا  أَتَحَـوَّلُ

26- وَأَطْوِي على الخَمْصِ الحَوَايا كَما انْطَوَتْ          خُيُوطَـةُ  مـارِيٍّ  تُغَـارُ   وتُفْتَـلُ

27- وأَغْدُو على القُوتِ الزَهِيـدِ كما غَـدَا           أَزَلُّ  تَهَـادَاهُ   التنَائِـفَ   أطْحَـلُ

28- غَدَا طَاوِيـاً يُعَـارِضُ  الرِّيـحَ  هَافِيـاً          يَخُـوتُ  بأَذْنَابِ الشِّعَابِ ويُعْسِـلُ

29- فَلَما لَوَاهُ  القُـوتُ  مِنْ  حَيْـثُ  أَمَّـهُ          دَعَـا  فَأجَابَتْـهُ   نَظَائِـرُ   نُحَّـلُ

30- مُهَلَّلَـةٌ   شِيـبُ   الوُجُـوهِ  كأنَّـها           قِـدَاحٌ  بأيـدي  ياسِـرٍ  تَتَقَلْقَـلُ

31- أوِ الخَشْـرَمُ المَبْعُـوثُ حَثْحَثَ  دَبْـرَهُ           مَحَابِيـضُ أرْدَاهُـنَّ سَـامٍ مُعَسِّـلُ

32- مُهَرَّتَـةٌ   فُـوهٌ   كَـأَنَّ    شُدُوقَـها           شُقُوقُ العِصِـيِّ كَالِحَـاتٌ وَبُسَّـلُ

33- فَضَـجَّ وَضَجَّـتْ  بالبَـرَاحِ  كأنَّـها           وإيّـاهُ  نُوحٌ  فَوْقَ  عَلْيَـاءَ  ثُكَّـلُ

34- وأغْضَى وأغْضَتْ  وَاتَّسَى  واتَّسَتْ  بـه          مَرَامِيـلُ عَـزَّاها  وعَزَّتْـهُ  مُرْمِـلُ

35- شَكَا وَشَكَتْ ثُمَّ ارْعَوَى  بَعْدُ  وَارْعَوَتْ           وَلَلْصَبْرُ  إنْ  لَمْ  يَنْفَعِ  الشَّكْوُ  أجْمَلُ

36- وَفَـاءَ  وَفَـاءَتْ  بَـادِراتٍ   وَكُلُّـها           على نَكَـظٍ  مِمَّا  يُكَاتِـمُ مُجْمِـلُ

37- وَتَشْرَبُ  أسْآرِي  القَطَا  الكُـدْرُ  بَعْدَما          سَرَتْ قَرَبَـاً  أحْنَاؤهـا  تَتَصَلْصَـلُ

38- هَمَمْتُ وَهَمَّتْ  وَابْتَدَرْنَـا  وأسْدَلَـتْ           وشَمَّـرَ   مِنِّي   فَـارِطٌ   مُتَمَهِّـلُ

39- فَوَلَّيْـتُ  عَنْها  وَهْيَ  تَكْبُـو  لِعُقْـرِهِ           يُبَاشِـرُهُ  منها  ذُقُـونٌ   وَحَوْصَـلُ

40- كـأنَّ  وَغَـاها  حَجْرَتَيـْهِ   وَحَوْلَـهُ          أضَامِيـمُ مِنْ سَفْـرِ القَبَائِـلِ  نُـزَّلُ

41- تَوَافَيْـنَ  مِنْ  شَتَّـى  إِلَيـْهِ  فَضَمَّـهَا          كما ضَـمَّ أذْوَادَ الأصَارِيـمِ مَنْهَـلُ

42- فَغَـبَّ غِشَاشَـاً  ثُمَّ  مَـرَّتْ  كأنّـها          مَعَ  الصُّبْحِ رَكْبٌ  مِنْ  أُحَاظَةَ  مُجْفِلُ

43- وآلَفُ  وَجْـهَ  الأرْضِ  عِنْدَ  افْتَراشِـها          بأَهْـدَأَ   تُنْبِيـهِ  سَنَاسِـنُ   قُحَّـلُ

44- وَأعْدِلُ  مَنْحُوضـاً  كـأنَّ  فُصُوصَـهُ           كعَابٌ  دَحَاهَا لاعِـبٌ  فَهْيَ  مُثَّـلُ

45- فإنْ  تَبْتَئِـسْ  بالشَّنْفَـرَى أمُّ  قَسْطَـلٍ           لَمَا اغْتَبَطَتْ بالشَّنْفَرَى  قَبْلُ  أطْـوَلُ

46- طَرِيـدُ  جِنَايَـاتٍ  تَيَاسَـرْنَ  لَحْمَـهُ           عَقِيرَتُــهُ   لأِيِّـها   حُـمَّ    أَوَّلُ

47- تَنَـامُ إذا  مَا  نَـامَ  يَقْظَـى  عُيُونُـها          حِثَاثَـاً   إلى   مَكْرُوهِـهِ   تَتَغَلْغَـلُ

48- وإلْـفُ هُمُـومٍ مـا  تَـزَالُ  تَعُـودُهُ           عِيَاداً كَحُمَّـى الرِّبْـعِ أو  هِيَ أثْقَلُ

49- إذا  وَرَدَتْ   أصْدَرْتُـها   ثـمّ   إنّـها          تَثُـوبُ فَتَأتي  مِنْ تُحَيْتُ ومِنْ  عَـلُ

50- فإمّا  تَرَيْنِي  كابْنَـةِ  الرَّمْـلِ  ضَاحِيَـاً          على  رِقَّـةٍ  أحْفَـى   ولا   أَتَنَعَّـلُ

51- فإنّي  لَمَولَى  الصَّبْـرِ أجتـابُ   بَـزَّهُ           على مِثْلِ  قَلْبِ  السِّمْعِ  والحَزْمَ  أفْعَلُ

52- وأُعْـدِمُ   أَحْيَانـاً   وأَغْنَـى  وإنَّمـا           يَنَـالُ  الغِنَى ذو  البُعْـدَةِ  المُتَبَـذِّلُ

53- فلا  جَـزِعٌ  مِنْ   خَلَّـةٍ   مُتَكَشِّـفٌ           ولا  مَـرِحٌ  تَحْتَ  الغِنَى   أتَخَيَّـلُ

54- ولا تَزْدَهِي الأجْهـالُ حِلْمِي  ولا  أُرَى           سَؤُولاًَ  بأعْقَـاب  الأقَاويلِ  أُنْمِـلُ

55- وَلَيْلَةِ  نَحْـسٍ  يَصْطَلي  القَوْسَ  رَبُّـها           وَأقْطُعَـهُ  اللَّاتـي  بِـهَا    يَتَنَبَّـلُ

56- دَعَسْتُ على غَطْشٍ  وَبَغْشٍ  وَصُحْبَتـي          سُعَـارٌ  وإرْزِيـزٌ  وَوَجْـرٌ   وَأفَكَلُ

57- فأيَّمْـتُ  نِسْوَانَـاً  وأيْتَمْـتُ   إلْـدَةً          وَعُـدْتُ كما  أبْدَأْتُ واللَّيْلُ  ألْيَـلُ

58- وأصْبَـحَ عَنّـي بالغُمَيْصَـاءِ  جَالسـاً           فَرِيقَـانِ: مَسْـؤُولٌ وَآخَرُ  يَسْـألُ

59- فَقَالُـوا: لَقَدْ  هَـرَّتْ  بِلَيْـلٍ  كِلَابُنَـا          فَقُلْنَـا: أذِئْبٌ عَسَّ أمْ  عَسَّ  فُرْعُـلُ

60- فَلَمْ  يَـكُ  إلاَّ  نَبْـأةٌ  ثُـمَّ  هَوَّمَـتْ           فَقُلْنَا: قَطَـاةٌ رِيـعَ أمْ رِيعَ  أجْـدَلُ

61- فَإِنْ يَـكُ مِنْ جِـنٍّ  لأبْـرَحُ  طارِقـاً          وإنْ يَكُ إنْسَـاً ما كَها  الإنسُ  تَفْعَلُ

62- وَيومٍ  مِنَ  الشِّعْـرَى  يَـذُوبُ  لُعَابُـهُ          أفاعِيـهِ  فـي  رَمْضائِـهِ  تَتَمَلْمَـلُ

63- نَصَبْـتُ له وَجْهي  ولا  كِـنَّ  دُونَـهُ          ولا سِتْـرَ إلاَّ  الأتْحَمِـيُّ  المُرَعْبَـل

64- وَضَافٍ إذا  طَارَتْ  له  الرِّيحُ  طَيَّـرَتْ           لبائِـدَ  عن  أعْطَافِـهِ  ما   تُرَجَّـلُ

65- بَعِيـدٌ بِمَسِّ الدُّهْـنِ  والفَلْيِ  عَهْـدُهُ           لـه عَبَسٌ عافٍ مِنَ الغِسْل مُحْـوِلُ

66- وَخَرْقٍ كظَهْرِ  التُّـرْسِ  قَفْـرٍ  قَطَعْتُـهُ          بِعَامِلَتَيْـنِ ،  ظَهْـرُهُ  لَيْسَ  يُعْمَـلُ

67- فألْحَقْـتُ   أُوْلاَهُ   بأُخْـرَاهُ   مُوفِيَـاً          عَلَى  قُنَّـةٍ  أُقْعِـي  مِرَارَاً   وَأمْثُـلُ

68- تَرُودُ  الأرَاوِي  الصُّحْـمُ حَوْلي كأنّـها          عَـذَارَى  عَلَيْهِـنَّ  المُلاَءُ   المُذَيَّـلُ

69- ويَرْكُـدْنَ بالآصَـالِ  حَوْلِي  كأنّنـي           مِنَ العُصْمِ أدْفى  يَنْتَحي  الكِيحَ  أعْقَلُ

 

 

 

 

 

TRADUCTION

 

Enfant de ma mère, préparez-vous à partir, et hâtez le pas de vos montures : pour moi, je vais chercher une autre société que celle de votre famille.

 

Déjà toutes choses sont prêtes : l’astre des nuits brille de son éclat, les chameaux sont sanglés, la selle est placée sur leur dos : rien n’arrête plus votre départ.

 

II est sur la terre une retraite éloignée, où l’homme généreux peut être à l’abri des insultes; un asile solitaire prêt à recevoir quiconque veut se soustraire à la haine des siens.

 

Jamais, non, jamais il ne se trouvera à l’étroit sur la terre, l’homme prudent, et qui sait employer les heures de la nuit à courir après l’objet de ses désirs, ou à s’éloigner de ce qui cause sa frayeur.

 

D’autres compagnons me dédommageront de la perte de votre société, un loup endurci à la course, un léopard au poil ras, une hyène à l’épaisse crinière. En leur compagnie on ne craint point de voir trahir son secret: le malheureux qui a commis une faiblesse, n’appréhende point de se voir lâchement abandonné en punition de sa faute.

 

Tous ils repoussent les insultes, tous ils combattent avec bravoure; aucun d’eux cependant n’égale l’intrépidité avec laquelle je m’élance au premier aspect de l’ennemi.

 

Mais quand il s’agit d’étendre la main pour partager les aliments, alors que le plus lâche est le plus diligent, je ne les devance plus en vitesse.

 

C’est l’effet de ma générosité par laquelle je m’élève au-dessus d’eux celui qui cherche à se distinguer ainsi à droit au premier rang.

 

Je supporterai sans peine la perte de ces compagnons que les bienfaits même ne peuvent subjuguer, et dont le voisinage ne procure aucune agréable diversion.

 

Et je ne m’apercevrai pas de cette perte, pourvu que ces trois autres ne m’abandonnent point, un cœur intrépide, un glaive étincelant, un arc aussi long que robuste qui rende un son éclatant, du nombre de ces arcs polis et forts en même temps, dont le mérite soit relevé par la beauté des courroies et du baudrier auquel il est suspendu: qui gémit à l’instant où la flèche s’échappe, et semble imiter les cris et les hurlements d’une mère accablée d’infortune, à laquelle le sort a ravi ses enfants.

 

Je ne suis pas de ces gens incapables de supporter la soif, qui en menant leurs troupeaux à la pâture, éloignent les petits de leurs mères, pour épargner le lait, tandis que celles – ci paissent librement.

 

Je me suis pas non plus du nombre de ces hommes pusillanimes et poltrons, qui ne s’éloignent jamais de la compagnie de leurs femmes, et délibèrent avec elles sur toutes leurs démarches; de ces hommes qu’un rien étonne, aussi timides que l’autruche, dont le cœur palpitant semble un passereau qui s’élève et s’abaisse tour-à-tour à l’aide de ses ailes; rebut de leurs familles, lâches casaniers, qui passent tout leur temps à causer d’amourettes avec les femmes et que l’on voit à tous les moments du jour parfumés et fardés.

 

Je ne suis pas de ces hommes faibles et petits, dont les défauts ne sont rachetés par aucune vertu, incapables de tout, qui n’étant protégés par aucune arme, prennent l’épouvante à la moindre menace; de ces âmes sans énergie que les ténèbres saisissent d’effroi, quand leur robuste et agile monture entre dans une solitude affreuse qui n’est propre qu’à égarer le voyageur.

 

Quand mes pieds rencontrent une terre dure et semée de cailloux, ils en tirent des étincelles et les font voler en pièces. Je sais supporter la faim avec une constance généreuse, je fais semblant de ne pas la sentir, j’en détourne ma pensée et je l’oublie entièrement.

 

Je dévore la poussière de la terre sèche, et sans aucune humidité, de peur que la faim ne s’imagine avoir quelque avantage sur moi, et ne se vante de m’avoir vaincu.

 

Si la crainte d’essuyer quelque outrage ne m’avait fait embrasser cette vie pénible et errante, tout ce que l’on peut désirer pour apaiser la faim ou la soif, ne se trouverait que chez moi; mais mon âme généreuse, qui ne peut souffrir aucune insulte, se séparerait de moi, si je ne m’éloignais promptement.

 

Mes entrailles, tourmentées de la faim, se tortillent et se resserrent sur elles-mêmes, comme les fils torts par la main ferme et adroite d’une habile fileuse.

 

Je sors dès le matin, n’ayant pris qu’une légère nourriture , tel qu’un loup aux poils grisâtres, qu’une solitude a conduit à une autre solitude, et qui, pressé de la faim, se met en course dès la pointe du jour avec la rapidité du vent : dévoré par le besoin , il se jette dans le fond des vallées et précipite sa marche; fatigué de chercher en vain dans des lieux où il ne trouve aucune proie, il pousse des hurlements auxquels répondent bientôt ses semblables, des loups maigres comme lui, décharnés, dont le visage porte l’empreinte de la vieillesse ; on dirait, à la rapidité de leurs mouvements, que ce sont les flèches qu’agite dans ses mains un homme qui les mêle pour tirer au sort , ou que le chef d’un jeune essaim mis en liberté, hâte le vol de la troupe qui le suit, vers les bâtons qu’a placés, pour les recevoir, dans un endroit élevé, l’homme qui s’occupe à recueillir le produit du travail des abeilles.

 

Ces loups ouvrent une large gueule; leurs mâchoires écartées ressemblent aux deux parties d’une pièce de bois que l’on a fendue; ils ont un aspect affreux et terrible. Aux hurlements de ce loup, les autres répondent par des hurlements dont retentissent au loin les déserts; on les prendrait pour autant de mères éplorées, dont les cris déchirants se font entendre du sommet d’une colline élevée.

 

A ses cris succède le silence, et le silence succède à leurs cris; toujours constants à imiter son exemple, ils se consolent de la faim qui les dévore, par celle qu’endure celui-là, et leurs tourments servent aussi à soulager sa douleur.

 

Se plaint-il : ils font entendre leurs plaintes; s’il renonce à des plaintes superflues, les autres y renoncent aussi ; et certes, là où les plaintes ne servent de rien, la patience est de beaucoup préférable.

 

Il retourne sur ses pas, et les autres retournent pareillement sur leurs pas : ils précipitent leur course, et quoique pressés par la violence de la faim, ils cachent les maux qu’ils endurent sous une bonne contenance.

 

Les kata qui volent en troupe vers une citerne, en faisant retentir l’air du bruit de leurs ailes, ne boivent
que les restes des eaux que j’ai troublées.

 

Nous courions en même temps pour apaiser notre soif ; nous nous hâtions, à l’envi, d’atteindre cet objet de nos désirs : ils déploient toutes leurs forces, tandis que, sans me presser, je les devance lestement, et je semble être le chef de leur troupe.

 

Déjà je les ai quittés, et je me suis retiré, après avoir étanché ma soif : épuisés de fatigue, ils tombent avec précipitation sur les bords humides de la citerne, et plongent dans la fange le cou et le jabot.

 

Le bruit qu’ils font tout à l’entour de cette mare est comme celui d’une troupe de voyageurs
au moment où leur caravane s’arrête pour camper.

 

Ils accourent de toutes parts vers la citerne : elle réunit vers un centre commun leurs troupes éparses, de même que les troupeaux d’un campement d’Arabes se réunissent autour d’un abreuvoir.

 

Ils boivent avec précipitation, et, reprenant leur vol, ils partent aussitôt, semblables, au moment où les premiers rayons du jour éclairent leur retraite, à une caravane de la tribu d’Ohadha qui précipite son départ.

 

Lorsque je prends la terre pour mon lit, j’étends sur sa surface un dos bossu que soulèvent des vertèbres saillantes et desséchées, et un bras décharné, dont toutes les articulations semblent être autant de dés jetés par un joueur, qui se tiennent debout devant lui.

 

Si les destins malins de la guerre se plaignent, aujourd’hui que Schanfari échappe à leurs coups, assez longtemps ils ont joui de son malheur.

 

II a été en proie à toutes les injustices qui se sont partagé sa chair comme celle d’un chameau dont les portions sont tirées au sort; et toutes les fois que quelque malheur est survenu, il en a toujours été la première victime.

 

Si par hasard le sort malin semblait fermer ses yeux vigilants, dans son sommeil même ses yeux s’ouvraient, et s’empressaient de le frapper de quelque nouveau malheur.

 

Les soucis, ses compagnons assidus, n’ont cessé de se succéder avec autant et plus d’exactitude que le retour régulier des accès d’une fièvre quarte.

 

Lorsqu’ils approchaient, je les éloignais de moi; mais ils revenaient, et fondaient sur moi de toutes parts.

 

Si tu me vois, semblable à l’animal qui vit au milieu des sables, me montrer au grand jour, malgré ma délicatesse, les pieds nus et dépourvus de chaussure, sache que je suis un homme dévoué à la patience : elle est la cuirasse sous laquelle je couvre un cœur de lion, et la fermeté d’âme me tient lieu de sandales.

 

Tantôt je manque de tout, tantôt je suis dans l’abondance : car celui-là est véritablement riche qui ne craint point l’exil, et qui n’épargne point sa vie.

 

Le besoin et l’indigence ne m’arrachent aucun signe d’impatience, et les richesses ne me rendent point insolent.

 

Ma sagesse n’est point le jouet des passions insensées: on ne me voit point rechercher les bruits défavorables que sème la renommée, pour ternir, par des rapports malins, la réputation d’autrui.

 

Combien de fois, pendant une nuit rigoureuse où le chasseur brûlait, pour se chauffer, et son arc et ses flèches, son unique trésor, je n’ai pas craint de voyager malgré l’épaisseur des ténèbres et la pluie, n’ayant pour toute compagnie que la faim, le froid, la crainte et les alarmes!

 

J’ai rendu des femmes veuves et des enfants orphelins, et je suis revenu comme j’étais parti, tandis que la nuit conservait encore toute son obscurité.

 

Au matin qui la suivait, pendant que j’étais tranquillement assis à Gomaïsa, deux troupes causaient ensemble, à mon sujet : Nos chiens, disaient-ils, ont aboyé cette nuit; nous nous sommes demandés à nous-mêmes : ne serait-ce point un loup qui erre à la faveur des ténèbres, ou une jeune hyène !

 

Mais, après un instant de bruit, ils se sont rendormis, et alors nous nous sommes tranquillisés en disant : c’est sans doute un milan, ou peut-être un épervier, qui a eu une frayeur passagère .

 

Si c’est un génie malin qui a passé par ici, certes il nous a fait un grand mal par sa
visite nocturne ; si c’est un homme. .. ..; mais un homme ne peut pas faire tant de ravages.

 

Pendant les jours brûlants de la canicule, où les vapeurs formées par l’ardeur du soleil sont en fusion, où les reptiles ne pouvant supporter sa violence, s’agitent sur le sable brûlant, j’ai exposé hardiment mon
visage à tous ses feux, sans qu’aucun voile me couvrît, et n’ayant pour tout abri contre sa fureur, qu’une toile déchirée, et une longue chevelure, qui, agitée par le vent, se séparait en touffes épaisses, dans laquelle le peigne n’avait point passé, qui n’avait point été , depuis longtemps, ni parfumée, ni purgée de vermine, enduite d’une crasse épaisse, sur laquelle une année entière avait passé sans qu’elle eut été lavée et nettoyée.

 

Combien de fois n’ai-je pas traversé, à pied, des déserts immenses, aussi nus que le dos d’un bouclier, qui n’avaient point accoutumé de sentir le pied des voyageurs!

 

J’en ai parcouru toute l’étendue d’une extrémité jusqu’à l’autre, et je me suis traîné jusqu’au sommet d’une hauteur inaccessible, que j’ai gravie tantôt debout et tantôt assis, comme un chien.

 

Autour de moi rôdaient de noirs bouquetins que l’on eût pris, à leurs longs poils, pour de jeunes filles vêtues d’une robe traînante: ils s’arrêtaient autour de moi sur le soir, et semblaient me prendre pour
un grand chamois tacheté de blanc, aux jambes torses, qui gagnait le penchant de la colline.

 

 

 

 

 

 

 

 

: Le mot Schanfari signifie celui qui a de grosses lèvres.

** : Ce poème porte le nom de Lamia لامية parce que tous les vers se terminent par un lam (ل). C’est à l’imitation de ce poème célèbre que Tograï a intitulé le sien لامية العجم .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Chant populaire

30042017

 

 

 

 

 

Chant populaire dans Littérature 1492596015-899444s080820

 

 

 

 

 

 

 

Cette ancienne berceuse était chantée par les femmes de Guelma pour endormir leurs enfants.  

 

 

 

 

Mon fils dort dans le berceau

Et je le berce.

Quand il sera grand il lira sur la planche

Et le professeur l’instruira.

 

 

Mon chéri est parmi les garçonnets

Le plus agile d’entre eux.

Lorsque vient le coucher du soleil

Il part les laissant seuls.

 

 

O postillon ! Conduis bien,

Prends garde de faire tomber mon fils ;

Je te prie de veiller sur lui

Et te paierai de mes deniers.

 

 

Son père est satisfait

Quand il commence à lire

Et son frère le caresse

D’un coup amical sans lui faire mal.

 

 

Mon fils nage sur la mer

Comme un capitaine marin,

S’il voyage sur terre

Il monte la chamelle coureuse.

 

 

Mon fils est cavalier de goum

Monté sur une jument ;

Si le sommeil arrive

Il se repose un peu.

 

 

Mon fils est parti chasser.

Il me rapporta un porc-épic ;

Lorsqu’il voulut recommencer

Il rencontra les voleurs.

 

 

Mon fils est toujours propre

Il se lave au bain maure.

Lorsque vient l’époque de l’été

Il mange de la chair de colombe.

 

 

Les amis de mon fils sont raisonnables

Et il est le plus sérieux d’entre eux ;

Si la bataille se déclare

C’est lui qui est le premier !

 

 

Dès le matin de bonne heure

Il se lève et travaille ;

Lorsqu’arrive la fin de la matinée

La gazelle revient dans son parc.

 

 

O gens comment vais-je faire !

Mon fils m’a quitté,

Mon esprit s’égare

En songeant au peu de temps que je l’ai vu.

 

 

Mon fils est cadi,

Il tranche les différends,

Il juge par une décision sûre

Entre les partisans des délits.

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne

21032017

 

 

 

 

La poésie, chez les Arabes de l’Algérie, est aussi à son déclin, quoique l’on puisse dire qu’elle leur soit restée familière et qu’ils aient l’imagination chaude et facile à l’exaltation.

L’Arabe sent les beautés de la nature, mais ses sensations et sa verve s’exercent plus particulièrement sur la beauté, les charmes de la femme, l’excellence des chevaux, la bonté et le luxe des armes, les faits de guerre, chasse, etc.

Cette poésie se manifeste par des Gais et Ghrazels, sortes de lais.

Quelques-uns s’écrivent, la plupart se chantent dans l’inspiration, se répètent de mémoire, et vont ainsi de tribu en tribu à travers l’Algérie, colportés par les Diseurs, derniers vestiges des anciens bardes et trouvères d’autrefois.

Ces diseurs se divisent en GoualsAïats et Meddah’s.

 

 

 

 

‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne  dans Littérature 1486030065-57

 

 

 

 

 

Les Gouals, ou poètes ambulants, doués du don de l’improvisation, vont de douar en douar, au foyer hospitalier des grands et des riches, chanter, en s’accompagnant de la flûte primitive et du tambourin, les exploits des guerriers en renom, les amours d’amants célèbres.

Ils fréquentent les marchés, les réunions, les noces et les fêtes.

Mais comme tout passe en ce monde, ils vont tous les jours s’éclipsant, et, moins heureux que leurs devanciers de l’ancienne Grèce ou des régions du Nord, les derniers diseurs arabes voient finir avec eux leurs chants et leur récits héroïques. — On’en excepte toutefois ceux qui ont été tirés de l’oubli par plusieurs ouvrages sur l’Algérie, entre autres par les livres du général Daumas.

Le Goual est généralement de mœurs pacifiques, il n’a point de costume particulier; il se reconnaît néanmoins à une physionomie rêveuse et souvent inspirée, à ses modestes instruments qu’il porte dans le capuchon de son bernous. — On le désigne aussi sous le nom de Sahab-elSenâ, ami du métier, de la gaie science.

 

 

 

 

 

L’Aïat* a plus d’analogie avec les bardes belliqueux de la vieille Irlande, qui savaient aussi bien manier la lourde épée que la lyre.

Les Aïats ont a peu près disparu à la fin du XIXe siècle, et c’est à peine si de loin en loin on en rencontrait encore quelques-uns dans les tribus guerrières du Sud.

L’Aïat, homme de cheval et de poudre, — comme il aime à s’en vanter, — possède une voix d’un timbre aigu, d’une immense portée.

Dans la mêlée des combats, il jette des appels, des excitations scandées et rythmées, qui exaltent jusqu’à la frénésie le courage des guerriers.

Véritables clairons humains, avec leurs voix de cuivre, — ces inspirés de la lutte ont souvent, comme les héros d’Ossian, déterminé la victoire par leurs chants énergiques.

Les cris, les appels des Aïats agissent sur les nerfs avec un effet semblable à celui que nous produit la charge battue par le tambour; ils donnent cette horripilation que l’on définit souvent en disant : avoir la chair de poule.

J’ai été soumis à l’action du chant des Aïats, et me suis rendu compte de sa stimulante énergie.

Les lambeaux de phrases ou de vers lancés par les Aïats dans les moments décisifs du combat sont des appels aux sentiments élevés, à la gloire des guerriers, à leurs anciens exploits. — Quelquefois même il est fait allusion à l’amour des plus braves pour des beautés en renom.

Après ces indiscrétions, que l’on peut appeler suprêmes, au moment du péril, — un guerrier doit vaincre ou être mis hors de combat; il n’oserait jamais se représenter vaincu devant la femme qu’il aime, lorsqu’elle a été invoquée en son honneur pour déterminer la victoire de son parti.

 

 

 

 

 

Les Meddah’s** chantent particulièrement la poésie religieuse, les prouesses des compagnons du Prophète. Les Mehds, d’où ils tirent leur nom, sont de petits poèmes sacrés en l’honneur de l’Islam et des hauts faits accomplis par ses Oualis et Moudjaheds***.

Les Meddahs se distinguent par un fanatisme outré.

Pénétrés et convaincus de la véracité des dires et gestes de leurs héros, de la supériorité de leur religion sur celle des infidèles, ils s’enivrent à leurs propres chants et entraînent leurs auditeurs par le récit extraordinaire des faits célèbres et par le mode sur lequel ils sont rythmés.

La cadence, monotone au début, violente et heurtée par progression, finit par opérer une sorte d’enivrement mystique, dont l’effet va toujours croissant, et entraîne jusqu’à l’extase les sectateurs du Prophète.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : De aïet (عيط), crier, appeler haut

** : Meddah, louangeur; — medh, louange.

*** : Oualis, saints; — Moudjaheds, combattants pour la foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le « Dhik’r » est cause de tout bien – قصيدة الذكــر أسباب كل خير : Cheikh Ahmed al-Alawi

5022017

 

 

 

 

 

 

 

الذكــر أسباب كل خير

 

ما ذا فرطت في الاوقات الخالية **** ضاعت الايام كي ندير
نغنم وقتي اليوم نذكر بالنية **** نحظر بالقلب و الضمير

الذكر احسن من التجارة **** لو كان نقول واش فيه
افضل من الملك و الوزارة **** و الناس محرفة عليه
و الدنيا كلها اخسارة **** حاطت بالعدل و السفيه
 ربي من حرها يجير

 

 

نخشى نفسي تصير لها معطية **** نبقى في يدها اسي

بعدالتوفيق والاوصاف المرضية **** الذكر اسباب كل خير

يا رب عمت المصايب **** و الذكر اثقال في اللسون
والخلق سعات في الغرايب **** و الناس احوالها فتون
غاص المطلوب في المطالب **** و الصدق قليل ما يكون
الناس قلوبها ذكير

 

 

ما ينفع وعض في ارباب المعصية **** اعييت انا من النذير
اين اقوالي مع اقوال الانبياء **** الذكر اسباب كل خير

النايم في القريب يفطن **** و الميت ما لو احساس
كيفاش القول فيه يمكن **** راني نبني بلا اساس
الناس احوالها تجنن **** تسعى في المقت والفلاس
معلوم نهارها كبير

 

 

يوم الحساب اش هذ الدهية **** لوكان تشوف ما يصير
تسمع قولي تعواج عن المعصية **** الذكر اسباب كل خير

يا خوتي هيا انتوبو **** نذكرو ربنا جميع
في الاخرة ذاك ما انصيبو **** و الوقت عزيز لا يضيع
و الشاقي ربنا احسبو **** ما يسمع قول ما يطيع
يعصي ملاه بالكبير

 

 

الذكرة نافعة للمومن شافية **** تنهض بالقلب و الضمير
يخرج للعز بعد ذل المعصية **** الذكر اسباب كل خير

يا ربي وفق الجماعة **** لافعال الخير و الصلاح
و انسج المعصية بطاعة **** واجه العباد بالسماح
جميع الخلق للشفاعة **** نحتاجو كلنا قباح
بغيت انتوب يا قدير

 

 

كم من سية عصيت ظاهر وخفية **** و النا س تعدني بخير
لو لا فضلك عمني و ظهر فيا **** الذكر اسباب كل خير

صيرت كلامنا حقايق **** راهو منقول في الكتوب
يظهر منسوم للخلايق **** ياخذ بالروح و القلوب
صاحب الصدق ليه شايق **** يا ربي تستر العيوب
العلاوي يظن خير

 

 
ادركني يا لطيف عند المنية **** بجاه الصادق البشير
انا والحاظرين و اصحاب النية **** الذكر اسباب كل خير

 

 

 

 

 

 

 

Traduction

 

Le Dhikr est cause de tout bien
Traduit par Abdul-Jamil (Johan Cartigny)

 

 

 

***

Ah ! Combien ai-je été négligent et perdu de temps !
Et ces jours sont à jamais perdus et que faire maintenant ?
Des aujourd’hui, je dois mettre mon temps à profit
Et mentionner Dieu sincèrement
Et par mon cœur et par ma conscience être présent.

 

 

***

 Le Dhikr est mieux que la vente et l’achat.
Ah ! Si je vous disais ce qu’il vaut.
Il vaut mieux que la royauté‚ et le vizirat ;
Mais les gens (dans l’ignorance) le négligent.
Ce monde-ci tout entier est perte
N’a envahi (ensemble) et le juste et l’injuste.
Que Dieu nous préserve de son feu !

 

 

***

Je crains que mon Âme ne devienne pour ce (monde) monture,
Et qu’entre ses mains je ne reste captif:
Aprèsl’Assistance divine et les bonnes vertus
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Mon Dieu! partout les maux se sont répandus
Et le Dhikr est devenu si lourd pour les langues.
Les gens se sont donnes à d’étranges conduites,
Aussi, leurs états sont multiples et divers.
La Recherche est immergée dans les recherches,
Car la sincérité‚ est si rare.
Les gens ont le cœur dur.

 

 

***

Les bons conseils sont vains pour les maîtres du pêché
Et moi je suis las d’avertir.
Que valent mes paroles comparées a celles des prophètes ?
Le Dhikr est cause de tout bien.

 

 

***

Celui qui dort peut être réveillé
Mais celui qui est mort est insensible ;
A son propos, le discours n’a aucun sens ;
Je suis en train de bâtir sur du sable.
Le comportement des gens peut rendre insensé
Ils courent à la colère de Dieu ; ils courent à leur faillite.
Aussi leur jour sera-t-il un grand jour.

 

 

***

Le jour du jugement dernier, quelle tragédie !
Ah ! Si tu savais ce qui se passera.
Si je te le disais, tu fuirais le péché :
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Repentons-nous, mes frères !
Et ensemble, mentionnons Dieu !
Dans l’autre monde, c’est tout ce que nous trouverons,
Et le temps est si cher ; ne le gaspillons pas !
Le damne aura Dieu pour juge.
Refusant tout conseil, il ne veut obéir.
Il désobéira son Seigneur en commettant de grands péchés.

 

 

***

Le rappel est utile et bénéfique pour le croyant.
Il fortifie son cœur et sa conscience,
Ainsi il connaîtra l’honneur après avoir connu le péché humiliant.
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Mon Dieu! Assiste notre communauté
Et aides-la à pratiquer le bien et la vertu !
Abroge les mauvais actes par les bons !
Dispense à Tes serviteurs Ton pardon !
Pour nous et les créatures, Ton pardon Est nécessaire,
Car nous sommes tous méchants.
Je voudrais me repentir, Tout-Puissant !

 

 

***

Combien de mauvaises actions ai-je commises en public et en secret !
Et les gens croient que je vais bien!
Si Ta grâce ne m’avait envahi et ne s’était manifestée en moi…
Le Dhikr est cause de tout bien.
Tu as rendu mes paroles vérités ;

 

 

***

Et elles sont transcrites dans des livres.
Elles se manifestent aux gens comme un zéphyr ;
Elles subjuguent les Âmes et les cœurs.
L’homme sincère les désire ;
Oh! Mon Dieu, cache nos défauts.
Al-Alawî a de l’espoir.

 

 

***

Mon Dieu! Viens à notre secours au moment de la mort,
Par le véridique Annonciateur de la bonne nouvelle ;
Aux miens, a celui des gens présents et de tous les gens bien intentionnés.
Le Dhikr est cause de tout bien !

 

 

 

 

 

 

Version Samaà soufi  

 

  

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Prisonniers d’Agouni Ouadella ‘Imehbas n ugwni wadella’

23122016

 

 

 

 

Poème kabyle chanté par les prisonniers lors de la guerre de libération.

 

 

 

 

Prisonniers d’Agouni Ouadella ‘Imehbas n ugwni wadella’  dans Littérature 1480685233-prisonniers2

 

 

 

 

 

Je suis à Agouni Ouadella

Constamment assis sur la terrasse ;

La lampe au dessus de ma tête,

Le courant électrique siffle.

Courage, oh ! Frères !

Mourrons, plutôt qu’informer l’ennemi !

 

 

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Je suis à Agouni Ouadella

Constamment au balcon ;

Mon gardien (prison), c’est MOHAMED

L’autre s’appelle Mico ;

Je t’implore, oh ! Gardien de la prison !

Libère-nous, c’est déjà la mi-journée ! 

 

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Je suis à Agouni Ouadella

Constamment à la fenêtre ;

Mon chef, s’appelle MOHAMED,

L’autre, c’est le « maigre » sergent.

Je t’implore, oh ! Gardien de prison !

Libère-moi, j’ai hâte de revoir le village !

 

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Lundja (conte de grande kabyle)

9112016

 

 

 

 

 Lundja (conte de grande kabyle)  dans Littérature 1478440255-161025111025945763

 

 

 

 

Il était une fois un Roi qui avait un fils..un seul fils. Il l’enferma à clef dans une chambre et mit à sa disposition une gouvernante. Elle le servit..lui donna à manger et à boire. Il ne manqua de rien mais resta toujours dans sa chambre.

Les années passèrent et le voici devenu homme. Les voix des gens du dehors parvinrent jusqu’à lui. Il pensa :

-« Pourquoi suis-je toujours ici ?…moi aussi j’aimerais sortir…parler avec d’autres…me marier.»

 

Un jour, lorsque sa gouvernante lui apporta son repas, il trouva un os dans la viande. Avec celui-ci, il creusa un trou dans le mur et regarda. Il vit des hommes et des femmes, des filles et des garçons qui discutaient entre eux, riaient. Il pensa :

-« Eh oui ! moi je suis ici toujours triste, parce que la porte de cette chambre est fermée. J’aimerais tellement en sortir ! »

 

Lorsque la gouvernante revint, il demanda à voir sa mère. Celle-ci vint :

 Qu’est ce que tu veux ?… »

-« Maman, je veux sortir. Lorsque j’étais enfant, ça ne faisait rien que je sois toujours ici. Mais maintenant je suis un homme. Je veux sortir. »

 

Elle refusa. Lui, sortit quand même, descendit à la maison de ses parents et demanda un cheval. Il emporta deux bidons, partit à la fontaine chercher de l’eau. Là il rencontre une vieille femme. Il ne put remplir ses bidons car elle avait placé un tamis sur le robinet.

 Laissez-moi prendre de l’eau, le tamis m’en empêche. »

Elle refusa…Lui, insista. Elle le regarda en ricanant :

-« On dirait que tu vas te marier avec Lundja, la fille de la sorcière. »

…et enleva le tamis.

Il remplit les bidons pour sa mère et rentra chez lui…

…mais il était fiévreux. Sa mère s’inquiéta :

-« Qu’est ce que tu as mon fils ?..tu es malade ?..qu’as-tu vu ?..

-Maman, si tu veux que je guérisse, va me chercher la vieille femme, près de la fontaine, et tu me prépareras à manger. »

La mère s’en alla à la fontaine et revint avec la vieille femme :

-« La voici mon fils. Que veux-tu que je te prépare à manger ?

-Prépare-moi de la galette avec du bouillon. »

Lorsque le bouillon fut très chaud, le fils prit la main de la vieille femme, la trempa dedans :

-« Dis-moi où habite la sorcière, sinon je ne te lâche pas. »

-Elle habite par-là…non elle habite par ici…

-Ce n’est pas vrai. Donne-moi l’endroit exact. »

 

Finalement, elle eut tellement mal à la main, qu’elle lui dit la vérité. Il la lâcha. Il était guéri. Il monta sur son cheval et partit à la recherche de la maison de la sorcière. Il traversa de nombreux villages et pays sans rien trouver.

De temps en temps, il questionnait les gens qu’il rencontrait :

-« Savez-vous où habite la sorcière ?…Connaissez-vous la maison de la sorcière ?.. »

Il finit parla trouver.

-« Comment vais-je faire pour entrer », se demanda-t-il.. »

Il se cacha, attendit qu’elle sortit..et vint frapper à la porte. Lundja, sa fille, lui ouvrit. Elle était très belle.

 Que veux-tu ?.. »

-J’ai rêvé de toi. Je veux t’épouser.

-Je veux bien..mais ma mère a eu quatre-vingt-dix-neuf garçons. Elle les a mangés. Si elle te trouve ici elle risque de te manger toi aussi. Tu seras le centième !.. »

Il s’inquiéta :

-« Que puis-je faire ?.. »

Il discuta avec Lundja jusqu’au moment du retour de la sorcière.

-« Rentre dans la maison et cache toi dans le trou qui est ici. Je vais le fermer avec une gasâa que je vais clouer..mais si ma mère parle fort, s’énerve..attention, tu sors ! »

La sorcière arriva..renifla :

-« Hum ! ça sent quelque chose…quelqu’un est arrivé ici.. »

-Mais non, maman, pas du tout, il n’y a personne.

_Si, je sens que quelqu’un se cache.

-Mais non..mais non.. »

 

La sorcière ne dit plus rien, mangea avec sa fille. Le repas terminé, elle réclama du henné.

Sa fille lui apporta. Elle le mit dans une assiette et prononça une parole magique :

-« Toute la vaisselle arriva. La gasâa voulut venir mais les clous l’en empêchèrent. La sorcière s’en étonna :

 Que se passe-t-il ?..

-Ce n’est rien maman, la gasâa est fatiguée. Donne-moi un peu de henné, je vais lui en porter. »

Lundja lui en donna. La gasâa resta tranquille. La vaisselle regagna sa place..et ce fut l’heure d’aller dormir.

Lundja avait de très longs cheveux. Pour l’empêcher de bouger et de sortir, sa mère les mettait sous sa tête et dormait ainsi. Ce soir-là, Lundja refusa :

 Tu sais maman, j’ai mal à la tête. Laisse mes cheveux.

-Non, je veux dormir comme d’habitude. »

Lundja pleura :

-« S’il te plaît maman, je suis malade aujourd’hui. Je dors à côté de toi, mais laisse mes cheveux. »

Voyant sa fille pleurer, la sorcière accepta. Elle s’endormit..mais Lundja resta éveillée. -Lorsque sa mère dormait profondément, tous les crapauds, les serpents, les rats, les animaux qu’elle avait dans le ventre se mettaient à faire du bruit.- Cette nuit-là, dès qu’elle les entendit, elle se leva, appela le fils du Roi..et les voilà partis tous deux.

Mais le mortier de la maison s’en aperçut, réveilla la sorcière :

 Ta fille s’est enfuie avec un garçon. »

La sorcière se leva, s’en alla à leur recherche.

Sur la route, une fée appela Lundja.

-« Lundja, Lundja, attention…ta mère est derrière toi.

-Vite, dit Lundja à son fiancé, transformons-nous. Je deviens une mosquée et toi le ‘Taleb’. »

La sorcière arriva, se dirigea vers la mosquée :

-« Hé..Taleb..tu n’as pas vu un homme et une femme en fuite ?..

-Non, je n’ai rien vu. Je suis toujours dans la mosquée. Mais peut-être sont-ils passés par là ?..

La sorcière prit la route indiquée. La mosquée et le Taleb redevinrent Lundja et son fiancé. Ils recommencèrent à marcher. De nouveau la fée leur apparut :

_ « Lundja, Lundja..attention ta mère arrive.

-Vite, dit Lundja à son fiancé. Transformons-nous, toi en oiseau et moi en arbre. »

La sorcière passa sans les remarquer. Ils recommencèrent à marcher…marcher…et rencontrèrent une rivière :

-« Rivière, laisse-nous passer. »

Les eaux s’ouvrirent, laissèrent passer Lundja et son fiancé puis se refermèrent derrière eux.

Mais la sorcière arriva avec un chien :

-« Chien, bois de l’eau, bois de l’eau, bois toute l’eau de la rivière. »

Le chien but, but but..en creva..et il y avait toujours autant d’eau ! Ne pouvant traverser la rivière, elle appela sa fille :

-« Lundja..Lundja..attention ! Si tu trouves des vaches qui se bagarrent, ne les sépare pas. Fais de même pour tous les animaux. »

Lundja et son fiancé continuèrent leur route en suivant les conseils de la sorcière. Mais lorsqu’ils rencontrèrent des autruches, Lundja dit à son fiancé :

-« Attention, ne les sépare pas. »

Il lui répond :

-« Si, je vais les séparer..regarde, elles n’ont pas de plumes sur le cou, elles vont se blesser. »

L’autruche emporta le fiancé sous son aile, tourna, tourna dans le ciel :

-« Lundja, Lundja..pars et prends les devants. Tu trouveras une fontaine. Tu y resteras jusqu’à ce que la bonne du Roi vienne y puiser de l’eau avec son chien. Tu la tueras et tu te couvriras de sa peau. Tu prendras le bidon plein d’eau et tu suivras le chien. »

Lundja obéit, tua la bonne, se recouvrit de sa peau, suivit le chien et arriva dans la maison du Roi. Elle fit tout le travail de la bonne. Le Roi ne remarqua rien.

La troisième nuit, l’autruche portant le fiancé se posa sur le toit de la maison du Roi :

 Lundja..Lundja..où es-tu ?..qu’est ce que tu bois ?..qu’est-ce que tu manges ?..où est-ce que tu dors ?

-Je dors par terre. Je mange des graines… »  

Le lendemain, l’oiseau revint. Un voisin, ayant tout entendu, en parla au Roi. Le Roi appela Lundja..qu ‘il prenait toujours pour sa bonne :

-« Ce matin ne vas pas checher de l’eau. Mais viens ici. Raconte-moi ce qui se passe… »

Lundja ne répondit pas. Le Roi insista, la menaça. Elle lui dit :

-« Si tu veux savoir, cette nuit ne dors pas et écoute… »

Le Roi entendit l’oiseau parler et comprit qu’il portait son fils sous son aile :

-« Ma bonne, cette soirée tu vas tuer une génisse…et tu la laisseras sur place. Les oiseaux viendront pour la manger. Tu prendras un bâton et tu les frapperas…jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un, le plus grand, celui qui porte mon fils. Tu le frapperas sur l’aile –mon fils en tombera. »

Ainsi fut fait. Le fils du Roi était devenu comme un nouveau-né. Lundja prit son fiancé dans ses bras, l’emmena dans sa chambre, le soigna. Chaque fois qu’elle sortait de la chambre, elle revêtait la peau de la bonne, continuant ainsi à tromper le roi. Lorsque le fils du Roi fut guéri, il dit à son père :

-« Père je veux me marier avec la bonne.

-Jamais.. ce serait une honte ! Elle est laide…tous les gens vont se moquer de nous. »

Il insista :

_ «Ma vie est avec elle. Je veux l’épouser. Si tu veux, elle ira ce soir dans ta chambre. Tu lui diras d’enlever sa peau et tu verras. »

Le lendemain, le Roi la reçut. Il lui demanda d’enlever sa peau. Ebloui par sa grande beauté, le Roi voulut lui-même l’épouser…mais son fils refusa. Devant son obstination, le Roi finit par accepter. Et les préparatifs de la fête commencèrent.

Les gens du village ne connaissaient pas Lundja et se moquaient du fils du Roi –sa femme était si laide…Un jour, il dit à sa ma mère :

-« Maman roule du couscous et fais le sécher au soleil. Lorsque les gens se réuniront autour, lâche le taureau…et laisse-le piétiner le couscous. Je crierai –maman, attention le taureau ! – alors tu donneras un bâton à ma femme pour qu’elle le chasse. »

Ainsi fut fait. Lundja sortit…comme elle était. Les gens rassemblés furent tellement éblouis pas sa grande beauté, que le barbier s’en coupa les joues…le coiffeur, la tête..et le menuisier, les doigts !..

Lundja et le fils du Roi purent vivre heureux et en paix très longtemps.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Proverbes et devinettes en « Tazenatit »: Dialecte amazight des oasis du Gourara (Sahara algérien)

7102016

 

 

 

 

 

I Proverbes: 

 

 

 

 

1-      Mi tɣib tziri, ad jahren itran.

 

Quand disparaît la pleine lune, apparaissent les étoiles.

         

 

 

 

 

2-      Aqellal n tmuḥt wa iṣṣuŗi

 

Un joueur de tambourin du pays ne fait pas danser (les gens du ksar).

 

 

 

 

 

3-      Neɣl amman ɣa wexbu ad ifeɣ ma d-es illan

 

Verse de l’eau dans le trou tout ce qui s’y trouve en sortira

 

 

 

 

 

 

4-      Wa yiriw deggid ma yiffen yes

 

La nuit n’a rien enfanté de mieux que le sommeil

 

 

 

 

 

 

5-      Wa țissaɣ deggid ɛussaɣ bayzun s uneda d uṣṣuḍ

 

Je n’ai dormi de la nuit guettant le hibou avec gémissements et soupirs

 

 

 

 

 

 

6-      Wi ɣa nekkaz ad ikkaz tiɛẓa n tfuyt 

 

Qui veut semer le fasse dans un champ exposé au soleil *

 

 

 

 

 

 

7-      Wi ɣa nenqel ad inqel timliḥa d uḥaḍan

 

Qui veut planter plante timliha et ahaddan **

 

 

 

 

 

8-      Agrud n ul-inu xsaɣ-t ljemɛet tḥuz-iyi

 

J’aimerai rester avec cette compagnie qui m’est chère mais c’est le moment de la prière du vendredi

 

 

 

 

 

9-      Tiddeṭ muccumyet

         Wi ṭ-innan ad iḥir

         Wa i t wa nenni

         La ixadeɛ maziɣ-ns

         Wi gdden i Ṛebbi

         A ṭ-inni izma-yas

 

 

 

La vérité est dure

Qui la dit est angoissé

Qui ne la dit pas

Trahit son Dieu

Mais qui craint le seigneur

La dira sans hésitation

 

 

 

 

 

 

10-   Wi mezgat uɣil-ns

         Ad imud lbaṭel

         Wi mgezzel meskin

         leḥeq-ns ad iŗaḥ

 

 

Qui a le bras long

Fera du mal

Et le pauvre

Verra son droit bafoué

 

 

 

 

 

 

 

11-   Ẓŗiɣ ma illan g jujju

        Wa ṭ-jujjuɣ ula g anu

 

 

Sachant qu’épier les autres est mal

Je n’épie pas même les puits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : puisque la récolte y sera meilleure.

** : il s’agit de deux variétés de dattes, particulièrement appréciées parce qu’elles sont les dernières à mûrir.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II Devinettes:

 

 

 

 

 

1-       Utfaɣ igga-nu

 

         Tlussi la tbed

 

        S ujenna n azba

 

 

 

 

 

 

Je suis entré dans mon jardin

 

Le fromage blanc est debout

 

Sur une palme

 

 

 

 

 

R : Ay d srendi / C’est l’oiseau blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-       Alem u-Telmin

 

         Twayt-ns dadi

 

 

 

 

Le chameau est à Talmin

 

Et ses rênes sont ici

 

 

 

 

 

R : Ay d ifeli  /  C’est la foggara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-       Yis-inu dadi

 

          iḥenḥinen-ns baŗŗa

 

 

 

 

Mon cheval est ici

 

Et ses hennissements dehors

 

 

 

 

 

R : Ay d ameqqus  /  C’est la fumée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4-       Nanna ṭiwi-d

 

         Yemma tḥaŗez

 

         Baba iɣeṭṭu

 

 

 

 

 

 

Ma sœur ramène

 

Ma mère garde

 

Mon père conserve

 

 

 

 

 

R : ay ṭiɣuni, tijjent d tabbut

 

C’est la séguia, le bassin et le bouchon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5-       Anu f anu

 

         Sag anu

 

         S umadun-ns

 

 

 

 

Puits après puits

 

Chaque puis

 

Avec son couvercle

 

 

 

 

 

R : ay d aɣanim   C’est la séguia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6-       Zenz miya

 

         ṭassi leḥmel

 

         bla ḥwiya

 

 

 

 

Vends cent

 

Et apporte les charges

 

Sans la selle

 

 

 

 

 

R : ay ṭazzayt /  C’est le palmier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7-       Tinelli tejbed alem

 

 

Une ficelle tire un chameau

 

 

 

 

 

R : Ay ṭunfist  /  C’est le conte   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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