Les fondations mythiques de Sanaa

8082019

  

 

 

 

 

 

 

 

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L’origine mythique de Sanaa est directement liée à la fondation du palais de Gumdàn. Celui-ci est, selon la légende, le premier édifice à avoir été construit par Sem après qu’il ait choisi le site pour fonder la première ville après le déluge. Le savant yéménite, al-Hamdànï (décédé dans la deuxième moitié du Xe siècle) est un des premiers à en faire le récit :

 

« Sem, fils de Noé, a fondé Gumdân. Il a creusé son puits qui sert, aujourd’hui, de réservoir à la Grande mosquée de Sanaa. Ayant parcouru les terres du nord, il se rendit dans le sud, visitant les pays les plus agréables, et arriva dans le premier « climat ». Là, le Yémen lui apparut comme l’endroit le plus propice pour y élire domicile. Après un si long voyage, il arriva dans la plaine de Sanaa. Il posa son cordeau entre les deux montagnes surplombant Gumdân à l’ouest de la plaine de Sanaa et construisit « al-zibr » qui existe encore aujourd’hui. Lors de sa construction, Dieu envoya un oiseau qui enleva le cordeau. Sem le suivit pour voir où il tomberait. Il s’arrêta au sud du Na’îm au pied de la montagne Nuqum et le lâcha mais quand Sem l’atteignit, l’oiseau le reprit et le posa sur les tells volcaniques de Gumdân. Lorsque le cordeau fut fixé sur la plaine de Gumdân, Sem comprit qu’il lui avait donné l’ordre de construire en ce lieu. Il fonda donc Gumdân puis creusa son puits appelé « karâma » et utilisé encore de nos jours bien que son eau soit saumâtre.« 

 

 

 

 

 

Ibn al-Dayba’ propose une autre variante moins riche en détails mais apportant, en liaison avec Sanaa, des données inédites sur la progéniture de Sem. Sur ordre de son père Noé, celui-ci se dirigea avec ses enfants en direction du Yémen à la recherche d’un endroit où élire sa demeure. Négligeant le Hédjaz, le Nejd et la région d’al-’Arûd dont les climats ne lui convenaient pas, il s’arrêta à Sanaa pour y fonder la ville et y creuser un puits qui porte son nom. Pendant ce temps, son frère Yâfit (Japhet) s’établissait dans les terres du nord et Hâm (Chem), ancêtre des Africains, dans les régions sud de la terre. A Sanaa, Sem eut cinq enfants, Arfahsad, Asûd, Lâwad, Iram et ‘Awilam qui, sous l’influence du climat, virent leur langage et leurs aspects physiques se transformer. Ils acquirent ainsi le type ethnique des Arabes et en devinrent les ancêtres.

 

 

 

 

 

 

 

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Le géographe Ibn al-Mugâwir nous rapporte des versions quelque peu différentes de ce mythe en se fondant sur l’autorité d’auteurs anciens. Selon l’un d’eux, ce serait Seth, un des fils d’Adam qui aurait construit Sanaa et aurait planté, à sa périphérie, deux jardins placés des deux côtés d’une route et dont la longueur équivalait à sept journées de marche entre Sanaa et l’Irak. Un autre rapporte sa fondation à l’œuvre de Sem qui, à la recherche d’un lieu pouvant alléger sa douleur et pourvu d’un climat tempéré, d’eau douce et d’une terre bénéfique, découvrit que Sanaa était l’endroit le plus propice. Il monta sur la montagne Nuqum et ordonna à ses gens de se construire chacun une maison. La ville atteignit bientôt une largeur et une longueur de sept parasanges et ses dépendances s’étendirent jusqu’à Basra. Une route reliait ces deux cités ; elle resta praticable « jusqu’à ce qu’elle fut recouverte par les sables » . Le premier puits de la Création y fut creusé par Hûd, un prophète pré-islamique dont le corps reposerait, dit-on, dans le sanctuaire qui lui est consacré près de Tarim (Hadramawt). Le palais de Gumdân est lui-aussi mentionné comme ayant été fondé par Sem puis rehaussé d’une demeure royale par chaque tubba’ yéménite jusqu’à atteindre  » 72 ou 93 niveaux ».

 

 

 

Le dernier à l’avoir surélevé fut As’ad al-Kâmil, un des tubba’ les plus célèbres dont les exploits légendaires sont souvent empruntés à l’épopée d’Alexandre le Grand et qui, dans les anciennes légendes yéménites, est identifié au tubba ‘ coranique . Dans la version d’ al-Hamdànï, un oiseau manifeste la toute puissance de Dieu en guidant l’acte fondateur. Ce thème n’est pas propre à Sanaa, il se retrouve dans d’autres récits de fondation de villes musulmanes, Le Caire et Alexandrie notamment. Dans le cas de Sanaa, la volonté de valoriser la civilisation des Arabes du sud, les Qahtàn, est sous-jacente à son origine mythique qui allie l’âge d’or pré-islamique, Gumdân et As’ad al-Kàmil, et une généalogie sacrée, Sem, Seth et Hûd. Elle pénètre aussi le thème de la protection divine de Sanaa que plusieurs légendes viennent illustrer. Al-Hamdànï rapporte que ses habitants, lors d’un combat avec leurs ennemis, entendirent une voix surnaturelle les assurer de la miséricorde de Dieu pour Azâl, le nom légendaire du Sanaa anté-islamique. C’est le chant d’un oiseau, répétant « le village est protégé », que Wahb b. Munabbih entendait chaque jour à l’extérieur de la ville. Le témoignage de ce personnage est invoqué par al-Râzi, un auteur yéménite du XIe siècle, pour relater comment une gazelle provoqua le massacre des assiégeants de Sanaa, des hommes de tribu de Hamdân, qui s’entretuèrent pour sa possession. L’armée d’un gouverneur omeyyade campant aux portes de la cité connut le même sort, prenant pour une attaque nocturne l’arrivée de montures échappées de la ville. Les serpents même ne pouvaient pénétrer en ville :

 

« Sanaa est protégée par deux talismans représentant des serpents et peu s’en faut qu’un habitant de cette ville en ait été victime. De mémoire d’homme, aucun de ceux qui en ont été mordus n’en est mort et cette victoire reste unique. Posés sur les portes de la ville, un de ces talismans était en fer et l’autre en cuivre… » (al-Razï).

 

 

 

 

Tel un microcosme réfléchissant par réfraction la mythologie coranique ou le temps mythique de la complétude religieuse, l’enceinte de la ville devient le théâtre d’une histoire sainte enracinant le lieu dans un temps primordial où se succédaient les envoyés de Dieu. Ibn Rustah rapporte ainsi une tradition qui accrédite la volonté de sacralisation de la ville par ses habitants :

« Une grande arcade en pierre se dresse près du marché des bouchers : ce fut là, prétend la population, que furent égorgés autrefois seize prophètes » (Ibn Rustah).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Légende d’Imrou’lqaïs.

3072019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les sept poètes auteurs des Mo’allaqahs, le plus connu et le plus renommé à juste titre est Imrou’lqaïs, surnommé le « roi des poètes. » La vie de ce poète antéislamique a fourni aux nombreux commentateurs qui se sont occupés de ses œuvres, le thème de plusieurs légendes dont nous nous contenterons de citer deux des plus intéressantes à notre point de vue.

 

 

 

 

 

 

 

 La Légende d'Imrou'lqaïs. dans Croyances & Légendes

Calligraphie du nom d’Imrou’l Qays

 

 

 

 

 

 

 

 

Imrou’lqaïs (l’homme de la déesse Qaïs), était le fils du roi des Kindites, Hodjr. Ses talents poétiques se développèrent rapidement, à la grande colère du roi Kindite. Ne pouvant arriver à combattre les dispositions précises que manifestait Imrou’lqaïs, le roi Hodjr bannit son fils, puis ne trouvant pas cette punition suffisante, il chargea un de ses serviteurs nommé Rabi’a de rejoindre Imrou’lqaïs et de le tuer. Rabi’a avait été justement l’un des amis du jeune poète. Il partit néanmoins avec l’intention bien arrêtée de tuer le fils de son souverain. Mais vaincu par les supplications du poète et surtout en souvenir de son ancienne amitié, il ne lui fit rien. Hodjr avait demandé les yeux de son fils comme preuve que la mission de Rabi’a serait remplie. Le serviteur tourna la difficulté en tuant une gazelle et en en rapportant les yeux au roi des Kindites.

 

 

 

 

Cette légende n’a sans nul doute aucun fondement historique.

 

 

Cette légende qui, comme le fait remarquer M. René Basset dans sa Poésie arabe anté-islamique, se trouve dans maint récit d’Orient et d’Occident et rappelle celle de Geneviève de Brabant et de plusieurs récits des Mille et une Nuits, semble avoir été imaginée pour expliquer le passage suivant du divan d’Imrou’lqaïs:

 

« Ne me trahis pas, à Rabi’a, moi qui auparavant eus toujours confiance en toi. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imrou’lqaïs avait obtenu des secours de l’empereur grec et se préparait à retourner en Arabie «lorsqu’un des Benou Asad, nommé Thammâh, qui était allé à Constantinople combattre ces projets, dénonça au César une intrigue que le poète aurait eue avec sa fille ; suivant d’autres, il l’aurait averti de se méfier des intentions d’Imrou’lqaïs. L’empereur envoya à ce dernier, comme pour l’honorer, un de ses propres vêtements qu’il avait fait imprégner d’un poison violent ; dès qu’il se fut revêtu de cette tunique de Nessus, le prince kindite vit son corps tomber en lambeaux et mourut à Ancyre dans de cruelles souffrances »

 

 

 

 

Cette légende, véritable mythe héracléen, est donnée par le Kitâb Al Aghani, d’après les récits traditionnels qui avaient cours chez les Benou-Asad, sujets de Hodjr et d’Imrou’lqaïs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Légende Musulmane Sur La Mort De Mariam Bint Imran

28052019

                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légende suivante est tirée d’un petit opuscule imprimé plusieurs fois à Kazan (Russie) sous le titre suivant : حضرت مريم رضي الله تعالى عنها كتابي. Cette légende est prise de l’édition de 1896.        

 

 

Ce texte a déjà été réimprimé avec une traduction russe par M. Matvjeev. M. Matvjeev a fait suivre le texte de quelques notes dans lesquelles il a rappelé les passages du Coran où il est fait allusion à Marie, Marie fille d ‘Imran (III, 30, 31; LXVI, 12) et sœur d’Aaron (XIX, 29) fut élevée sous la surveillance du prophète Zacharie (III, 32), frère de Jean le Précurseur. Marie reçut une nourriture céleste (III, 39) et vécut dans l’état de virginité (XXI, 91 , LXVI, 12) : les anges lui annoncèrent qu’elle était choisie par Dieu (III, 37) et serait mère de Jésus-Christ (III, 32-42) : elle enfanta Jésus (XIX, 18-31) né du souffle divin (XIX, 17) et fut pour cela insultée par les Juifs (IV, 155; XIX, 28-29). Le Coran parle de sa vie avec Jésus-Christ (XXIII, 52), dit qu’elle a été un signe pour le monde (XXI, 91), etc.        

 

 

 

M. Matvjeev remarque que Solaiman, l’auteur du livre,a très peu emprunté au Coran. Ainsi il n’y est pas question dans le Coran de la montagne sur laquelle se retirent Jésus et sa mère, et que le texte publié par M. Matvjeev appelle Tabian (تبيان). Cette montagne porte le nom de لم لم (lamlam) dans la variante de la légende recueillie chez les Tatars de la Chine par M. Katanov. Mais il est visible que ce nom propre est simplement une altération de l’arabe لبنان (Liban) : Jésus en effet descend de la montagne après la mort de sa mère pour aller trouver les Juifs, il est donc vraisemblable de croire que cette montagne n’est pas située loin de la Judée et c’est en effet le nom que donne l’édition de Kazan de 1896. C’est sur cette montagne qu’Azrail, l’ange de la mort, vient annoncer à la Vierge que sa dernière heure est arrivée. Comme un épisode analogue se trouve dans des récits chrétiens où Gabriel annonce à la Vierge, sur le mot Eleon (des Oliviers) qu’elle doit mourir, il en a conclu que cet épisode avait été emprunté au christianisme. Mais cette opinion nous paraît peu vraisemblable, les emprunts directs faits au christianisme étant fort rares ; il n’y a là qu’une pure coïncidence et l’intervention d’Azrail s’explique tout naturellement par les croyances musulmanes.        

 

 

 

Dans le récit de Solaiman, la Vierge meurt avant Jésus : on ne rencontre cependant rien de semblable ni dans l’histoire des prophètes de Kisa’i', ni dans son manuels intitulé : أنباء الأنبياء عليهم السلام و تاريخ الخلفاء ni dans Tha’lebi (قصص الأنبياء) Voici ce que dit ce dernier au sujet de la mort de la Vierge, d’après Wahb-ibn Monabbih :    

 

 

 

 

 

   

لما أراد الله تعالى أن يرفع عيسى عليه السلام آخى بين الحواريين فأمر رجلين منهم يقال لأحدهما شمعون الصفار و للآخر يحي أن يلتزما أمه و لا يفارقاها فانطلقا و معهما مريم إلى ماروت ملك الروط يدعونه إلى الله تعالى و قد بعث الله تعالى إليه قبل ذلك يونس عليه السلام فلما أتوه أمر شمعون و اندراوس فقتلا و صبا منكسين و هربت مريم و يحي حتى إذا كانا في بعض الطريق لحقهما الطلب فخافا فانشقت لهما الأرض فغابا فيها و أقبل ماروت ملك الروم و أصحابه فحفروا ذلك الموضع فلم يجدوا شيئا فردوا التراب على حاله و علموا أنه أمر من الله تعالى فسأل ملك الروم عن حال عيسى فأخبروه به فأسلم كما ذكرنا

 

                

 

 

 

 

Toutefois cette légende sur la mort de la Vierge n’a pas été imaginée de toutes pièces par Solaiman. Il n’a fait que mettre en vers en la développant et y ajoutant quelques épisodes une légende arabe dont nous possédons une rédaction en aljamiado. L’épisode de la retraite de Jésus sur la montagne et de la mort de Marie font partie d’un récit intitulé « Relato del nacimiento de Jésus». Après les miracles de Jésus chez le teinturier, il est chassé par les Juifs comme sorcier et se retire avec sa mère sur une montagne.    

 

« Et les Juifs les chassèrent de la ville et Jésus s’en alla avec sa mère servant Dieu, combien il est élevé! du mieux qu’ils pouvaient.

Après être partis de cette ville, voici qu ils arrivèrent à une montagne élevée et Jésus et sa mère vinrent à une caverne qui était au pied de la montagne et Jésus trouva des herbes tendres et bonnes, et il vint à sa mère et ils en mangèrent et reposèrent leurs cœurs.    

 

Ensuite Jésus fit une demeure afin que sa mère y pût servir Dieu; il fit une autre demeure pour lui et ils suivaient Allah chacun en son logis. Puis quand les ténèbres de la nuit venaient, Jésus adorait Dieu, en son logis, et sa mère dans le sien : au milieu de la nuit, Jésus alla voir sa mère et la trouva endormie, du moins il le croyait, et en la voyant, il l’appela ainsi en disant :  

« Louange à Allah, ô mère, de ce qu’il t’a fait la faveur d’un tel sommeil, jamais je ne t’avais vue tant dormir. »

 

Ensuite Jésus revint à l’endroit où il servait Dieu jusqu’au moment où l’aube parut; alors étant revenu vers sa mère il la trouva dans l’état où il l’avait laissée et lui dit :  

« O mère, lève-toi, déjà l’aube commence à poindre, voici un sommeil comme je n’en avais jamais vu en toi ».  

 

Et elle était morte : et Dieu donna la patience et la résignation à Jésus, au sujet de la mort de sa mère : il la prit sur ses épaules et il l’emportait pour l’ensevelir.  

 

Puis quand le jour parut et que le soleil brilla, il regarda et vit au pied de la montagne des gens d’entre les Beni-Israël. Il descendit vers eux et leur demanda de l’aider à ensevelir sa mère et de faire la prière sur elle.

 

Et quand il fut près d’eux, il déposait des baisers sur son cou et leur disait : « Aidez-moi à ensevelir ma mère, car elle a goûté la mort. »   Et ils lui répondirent : « N’es-tu pas le sorcier chassé des terres du Yémen? »  

 

Et ils lui lançaient des pierres; et quand Jésus vit cela, il s enfuit loin d’eux et revint au pied de la montagne ; et il pensait à sa mère, et à ce moment il entendit une voix venue du ciel qui disait :  

« O Jésus, souffle d’Allah, laisse ta mère car les alhorras de l’alchanna (les houris du ciel) viennent pour la taharrar (pour la purifier). »  

 

Et aussitôt Jésus la laissa, et s’éloigna d’elle, et à ce moment il entendit une voix qui disait :  

« O Jésus, retourne vers ta mère et fais la prière sur elle. »  

 

Et Jésus revint et fit la prière avec les rangées des anges dont personne ne savait le nombre, sauf Dieu (combien il est élevé).  

 

Ensuite il l’ensevelit, et Allah égalisa la terre sur elle, et Jésus loua Allah sur son tombeau et lui fit de nombreuses louanges.  

 

Et après qu’elle eut été ensevelie, il s’en revint vers ceux des Beni-Israël. »  

 

 

 

 

L’auteur de la légende en turc-oriental se désigne à la fin de son livre par le nom de Solaiman. M. Matvjeev n’a point identifié ce personnage qui est cependant fort connu, sous le nom de Hakim Khodjah, de Solaiman atà ou de Solaïman de Baqyrghan. Il fut disciple de Khodja Ahmed Yesevî. On a de lui une biographie mêlée de légendes qui a été publiée en 1846 et 1858 à Kazan sous le titre de حكيم اتا. Solaiman habita la ville de Baqirghan dans le khanat de Khiva. Cette ville qui n’existe pas dans les cartes modernes serait selon M. Salemann la même que celle qui est citée dans Moqadesi’. Riza Qouli Khan dans le récit de son ambassade à Khiva dit que ce cheikh est enterré dans le village de Hakim ata : « Hakim ata, dit-il, est une localité située sur le bord du Djihoun, Hekim ata, qui y est enterré, était l’un des cheikhs turcs de l’ordre des Naqchbendî. Hekim ata est à la limite extrême de la partie cultivée du Kharezm. Quand on dépasse cette localité, on arrive au pays occupé par les Qazaq et les Qara Qalpaq,soumis au Khan de Khiva. » M. Schefer ajoute en note que ce village doit son nom au tombeau de Hakim ata enterré à Ak-Qourghan. Solaiman de Baqirghan vécut, selon M. Salemann, vers la fin du VIe et le commencement du VIIe siècle de l’hégire. On lui attribue les ouvrages suivants :

 

 

 

  باقران كتابي , recueil de poésies religieuses et morales 

حضرت مريم كتابي; Kazan 1878 et 1896.

آخر زمان كتابي p. in-16, 1847. Kazan, et 1856. Cet ouvrage traite des signes annonçant la fin du monde : il porte aussi le titre de تقى العجب parce que tous les deux vers se répètent les mots اندين ارتوق عجب دنكلارى وار. Cet ouvrage a été édité avec trad. par M. Malov sous le titre Kniga o poslĕdnem vremeni, Kazan (XIV, 1, p. 1-96), 1897. La vente de cet ouvrage aux Tatars est interdite par la censure russe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

بسم الله الرّحمن الرّحيم 

Au nom du Dieu clément et miséricordieux. 

   

part1 

Prêtant attention à la puissance du Tout-puissant, je me

souviens d une de mes paroles; il n’est point possible de

la cacher : mon Dieu me la donna en présent.

part2

  Jésus, fils de Marie, fut un serviteur particulier de mon 

maître : mon maître l’ayant appelé lui donna l’Évangile. 

part3

 Comme au descendant des saints, au chef des prophètes, 

 Dieu fit connaître sa bienveillance pour lui et lui donna 

 une place dans le ciel.

part4

Il ne regarda pas le monde, son cœur fut détaché des 

richesses, il ne demeura pas au milieu des hommes : tel

 fut ce Jésus. 

part5

Il répudia ce monde, et se dirigea vers l’autre : il pratiqua

 le culte de Dieu, et passa les nuits sans sommeil.

part6

Marie fut sa mère ; il n’eut point de père ; il fut le prince

 des prophètes et naquit de l’esprit (mot à mot, du vent).

part7

Partout où il allait, s’il voyait un aveugle-né, il disait

les prières et l’aveugle voyait (m. à m. quel que fût le

peuple chez qui il allait).

part8

Il faisait marcher les paralytiques, guérissait toutes les

infirmités, ressuscitait les morts : tel était Jésus.

part9

Jésus dit : « Mère, que je te donne un conseil : écoute-

le ; je me souviens d’une parole.

part10

Mère et fils levons-nous ; revêtons-nous de l’habit de derviche :

laissons ce monde ; le moment est venu de servir Dieu.

part11

Marie lui répond : « Mon fils, ô mon œil clair, ô mon

enfant (mon poulain), cette mort va venir, tu as bien parlé ».

part12

La mère et le fils se levèrent, ils revêtirent l’habit de

derviche; ils quittèrent ce monde; le moment de l’autre

est venu.

 part13

Ils allèrent au mont Liban, ils montèrent sur le sommet

de la montagne. Marie dit à son fils : « Bâtis un édifice où

nous prierons ».

part14

Jésus amassa des pierres, il les disposa en rond et les

recouvrit (d’un toit); il bâtit ainsi une cellule et Marie y

entra.

 part15

Ils passaient le jour dans le jeûne; les nuits à veiller;

ils récitaient les prières du culte ; ils vécurent (ainsi)

quelque temps.

 part16

Les serpents qui se tiennent dans les vallées (?), les

animaux sauvages (1) du désert, les oiseaux dont l’air est le

domaine, les vers (2), tous vinrent les saluer.

part17

Un jour, par hasard, Jésus alla chercher de quoi manger,

il alla chercher des racines et tarda un peu. 

part18

Par Dieu, mon Seigneur, l’ordre fut donné à ‘Azraïl de

prendre l’âme de Marie ; Azraïl ayant reçu cet ordre partit.

part19

Cet Azraïl partit et alla vers Marie; se tenant debout

devant elle, il la salua.

part20

Marie se leva rapidement, répondit en hâte à son salut et

dit : « D’où es-tu venu? Mon âme (corps) a été frappée de

terreur.

 part21

Dans mes os je sens un frisson, mon cœur tremble, ma

pauvre âme est abattue : quel est ton nom?» demanda-t-elle.

 part22

« Je suis, répondit-il, celui qui ravage les demeures, qui

sépare les époux, je suis celui qui va rendre Jésus orphelin,

je suis Azraïl.

 part23

Mon nom est Azraïl, sache-le, Marie; achève vite ce que

tu fais, je vais prendre ton âme », dit-il.

 part24

Il répondit qu’il allait prendre l’âme de Marie, l’emporter

dans les régions supérieures et rendre Jésus orphelin.

 part25

Marie lui dit : « Je t’en prie, ne fais point de telles

choses, attends un instant, que mon fils revienne.

 part26

Que mon fils revienne, que je le voie, que je caresse sa

tête et ses yeux, que je lui donne une bénédiction, (ensuite)

prends mon âme », dit-elle.

 part27

«L’ordre que j’ai reçu ne permet pas d’agir ainsi; je ne

puis attendre que ton fils revienne; je vais prendre ton

âme de suite. » Telle fut la réponse d’Azraïl.

part28

« Je ne reçois pas de l’argent du riche : je ne donne aucun

délai aux pauvres : je ne m’engage dans aucune dispute,

dans aucune querelle, je vais prendre ton âme », ajouta-t-il.

part29

Marie consentit à donner son âme et à la porter au ciel,

les anges, en pleurant, vinrent à la cérémonie funèbre.

part30

La prière du coucher du soleil passa, la prière de la

nuit vint : Jésus en pleurant revint vers sa mère.

part31

«Ma mère, lève-toi, pourquoi dors-tu encore ? c’est le

moment de la prière du matin », dit Jésus en gémissant et

en la suppliant. 

part32

« Ma mère, dit-il, que t’est-il arrivé? Elle s’est endormie

en priant, elle s’est fatiguée à force de prier. » Jésus

attendit quelque temps.

part33

Il ne mangea point des aliments qu’il avait apportés

disant : « Que ma vie soit en offrande, » et, gardant sa

mère, il laissa la nourriture. 

part34

Cette journée Marie ne se leva point : Jésus n’ouvrit

point la bouche; il attendit sa mère jusqu’à ce que parût

l’aube du lendemain.

part35

Une voix se fit entendre du ciel : « Marie a quitté ce

monde, tu es orphelin. » C’est ainsi que parla la voix.

 part36

Jésus en l’entendant gémit et pleura ; il se jeta le visage

(mot à mot le ventre) contre terre et demeura étendu

privé de sentiment.

part37

Les trônes, (r’arch et le koursî) des cieux furent ébranlés :

la tablette, la plume (du destin) pleurèrent, les anges

pleurèrent, en disant : « Que Dieu fasse miséricorde ». 

part38

Jésus dit : « O Marie, je ne t’ai pas connue assez, mes

yeux ne se sont pas rassasiés de ta vue ; tu as pris l’âme

de ma mère (Azraïl), qui la remplacera désormais?

part39

Où irai-je? Qui appellerai-je ma mère? Avec qui vivrai-

je?» C’est ainsi qu’il se lamenta.

part40

« O miséricordieux, donne-lui ta miséricorde; tu es le

juge qui décrète, c’est toi qui a pris l’âme de ma mère,

comment ferai-je désormais? »

part41

Un ordre vint de mon Dieu, le mont Liban trembla :

« Pars, Jésus, vers ton peuple ». Telle fut sa réponse.

part42

Jésus alla vers son peuple, il entra au milieu de son

peuple, aux fils d’Israël il donna le salut. 

part43

Ce peuple se leva, répondit à son salut et lui demanda :

« D’où viens-tu? Quel est ton nom?

part44

« Je suis le bienheureux Jésus, ma mère est morte, et je

suis affligé, je vous demande une pièce d’étoffe pour son

linceul. » C’est en ces termes qu’il se fit connaître (m. à

mot, il fit connaître son secret).

part45

Cette nation lui répond : « Ce n’est qu’un amas de mensonges. »

Ils ne lui donnent rien en disant : « Qu’elle

demeure cent ans » (sans sépulture).

 part46

Quelque fût celui à qui il s’adressât, nul ne voulut lui

donner un linceul : « Personne autre que toi n’ira (au tombeau),

ainsi pars vite », lui dirent-ils.

part47

Jésus entendit leurs paroles, il revint sans espoir ; sans

avoir trouvé de linceul; il s’en revint de nouveau.

 part48

Du ciel descendirent des houris, des tentes furent dressées;

les houris lavèrent Marie et l’enveloppèrent du

linceul.

 part49

Elles lavèrent Marie, elles la revêtirent du linceul et la

déposèrent dans le tombeau ; les anges descendirent

(du ciel).

part50

Soixante-dix mille anges vinrent; ils firent la prière pour 

Marie ; celui qui dirigea la prière fut le fidèle Gabriel.

part51

 « O si, par l’ordre de mon Seigneur, le tombeau de Marie

 s’ouvrait et que je pusse voir son visage » ! telle fut la 

prière de Jésus.

part52

Un ordre vint de mon Dieu, le tombeau de Marie s’ouvrit;

par la puissance de Dieu elle ressuscita et commença

 à parler. 

part53

Cette lumière du tombeau apparut, le tombeau de Marie 

s’ouvrit, des fleurs de toute sorte apparurent, elle se leva 

pleine de force. 

part54

Marie dit : « Pourquoi es-tu tel? Pourquoi n’as-tu point 

de fermeté (dans le malheur)? Ne connais-tu pas les douleurs

de l’âme? » Telle fut sa réponse. 

part55

« Ne jette pas les yeux sur ce monde (méprise-le) : ne 

donne pas ton cœur à la richesse, ne cesse pas de servir 

Dieu, cela est nécessaire pour toi. »

part56

Solaiman le serviteur de Dieu, se compare à un sage qui 

parcourt le désert (du monde) ou à celui qui orne un habit 

de dessins ou qui dispose des perles sur un fil. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. كيك animal sauvage en tatar.  

2. Ou « les loups ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Croyances des anciens sur le Nord de l’Afrique

18042019

 

 

 

 

 

A en croire les auteurs antérieurs à Pline et Pline lui même, la région qui s’étendait au Sud des Gétules renfermait les peuplades les plus extraordinaires et les plus merveilleuses qu’il fût possible d’imaginer. Bien qu’il y ait lieu de s’étonner qu’un homme de l’intelligence du célèbre encyclopédiste romain, ait pu donner dans le fratras d’erreurs, de préjugés et de superstitions que bien souvent il rapporte avec le plus grand sérieux, nous devons pourtant lui savoir bien gré de nous avoir conservé dans ses écrits ces traces lointaines des croyances des peuples passés, jalons posés sur la route et d’une grande utilité pour les études comparées.

 

 

 

 

 

 

Croyances des anciens sur le Nord de l'Afrique dans Croyances & Légendes W7NHuQIhhcfRauPZKHXrcPD7Bvw

Un défilé de personnages avec des paniers énigmatiques sur certaines têtes qui convergent vers vers un « objet » renflé à axe horizontal. Tassili n’ajjer (Sahara algérien)

 

 

 

 

 

 

 

 

Car sans Pline, Strabon et quelques autres, que saurions-nous de l’antiquité en beaucoup de points? Certes, peu de choses. Grâce à eux, nous savons que les moins étranges des peuples de l’Afrique, gazouillaient comme les oiseaux, que d’autres étaient sans pieds, sans sexe ou sans tête. Quelques-uns étaient androgynes. Les Blemmyes étaient acéphales; leur bouche, leur nez, étaient sur leur poitrine. Ainsi que les Satyres, les Ægipans avaient des pieds de bouc. D’autres peuplades n’avaient pour bouche qu’un petit orifice circulaire muni d’une trompe à l’aide de laquelle ils aspiraient l’eau et les graines de millet dont ils faisaient leur nourriture. Les Himantopodes se traînaient et rampaient à l’aide de courroies qui terminaient leurs cuisses. Et à côté de ces singulières populations vivaient la licorne, le scorpion ailé, le sphynx, le crocote à voix humaine, le serpent à deux têtes, le basilic et le catoplebas. Les plantes étaient des simples merveilleux ou des poisons terribles et les pierres précieuses jouissaient de propriétés magiques!!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

N.B:

 

Gétules: (en latin : Gaetuli) désigne en français un ou plusieurs peuples berbères du sud de l’Afrique du Nord.

 

 

Les Blemmyes: sont une tribu nubienne qui au IIIe siècle habitait au sud-ouest de l’Égypte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Si Bel Kassem Ben El Hadj Saïd

5032019

Surnommé Bou Kachabïa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si Bel Kassem Ben El Hadj Saïd dans Croyances & Légendes 1545130950-s-l1600

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

Dans le douar Ouaïchaoua de la commune mixte de l’Edough, à trente-sept kilomètres environ de la ville de Bône, vit un marabout très vénéré auquel on attribue naturellement de nombreux miracles. Si Bel Kassem ben el hadj Saïd a reçu le surnom de Bou-Kachabïa par suite du costume qu’il porte.

La Kachabïa est un vêtement de laine en forme de blouse à manches courtes n’ayant que vingt-cinq centimètres de longueur. 

 

 

 

Ce marabout qui est affilié, comme du reste tous les musulmans pratiquants, à une secte religieuse, est Mokaddem (prêtre) de cette confrérie. Il a sous ses ordres un chaouch (introducteur des affiliés) qui lui sert également de domestique attaché à sa personne. 

Les Arabes prétendent que Si Bel Kassem ben el hadj Saïd est l’ami de Dieu el a reçu le don de divination. Il sait ce qui se passe autour et loin de lui et châtie les musulmans qui se rendent coupables d’un méfait quelconque. 

Sa réputation d’homme juste et inspiré lui vaut d’être très souvent choisi comme arbitre et les Arabes de la contrée qui ont des affaires litigieuses demandent toujours à leurs adversaires de jurer à la Zaouïa du marabout sur la tête de Si Bel Kassem ben hadj Saïd

Mais celui-ci met en pratique le vieux proverbe arabe : « La tahlef ou la tahder limene iahlef » (Ne jure pas et n’assiste pas à une prestation de serment). Il se borne à écouter attentivement les dires des parties en cause et sans avoir recours au serment, prononce son jugement et désigne le coupable. Ses décisions sont le plus souvent respectées des indigènes. 

 

 

 

Voici d’après les Arabes, l’un des miracles accompli, par Si Bel Kassem ben el hadj Saïd

Un certain soir, désirant se rendre à une zerda (fête religieuse) qui devait avoir lieu dans une fraction voisine, il appela son chaouch afin qu’il l’accompagnât. Le serviteur dit à son maître qu’il désirait bien le suivre ; mais qu’il craignait en laissant sa femme seule au logis, qu’elle ne cède à des sollicitations de gens mal intentionnés. 
Le marabout lui répondit « Ne crains rien, laisse ta femme et suis moi ». 

Le chaouch écoutant son maître, se rendit avec lui à la zerda. 

Le lendemain, à l’aube, après la fête, le marabout dit au chaouch : « Retournons maintenant chez toi ». Après quelques heures de marche, ils se trouvèrent dans la forêt qui était située près de l’habitation du serviteur. Ils allaient quitter ladite forêt lorsqu’ils aperçurent étendue à terre, presque sans vie, la femme du chaouch. 

« Qu’étais-tu venue faire en ce lieu ? chienne, fille de chien, que le diable ait ton âme ! », s’écria Si Bel Kassem ben el hadj Saïd, et au même instant l’épouse coupable rendit le dernier soupir. 

Le mari stupéfait, interrogea le marabout qui lui répondit : « Ta femme allait commettre le crime de l’adultère, j’ai été averti par Dieu et j’ai alors prié Allah (qu’il soit exalté) de sauvegarder ton honneur et de te venger. Le Tout-Puissant comme tu le vois, a écouté ma prière ». 

Le chaouch remercia le marabout de son intervention et tous deux rendirent gloire au Seigneur et à son prophète Mohammed. 

Cette légende est répandue parmi toutes les populations de la région de Bône. La réputation de sainteté de Si Bel Kassem ben el hadj Saïd grandit de jour en jour. 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 




Légende Kabyle (AthYenni)

20012019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque pays, chaque tribu a ses légendes. Voici celles des Beni Yenni:

 
 

 

 

 

Sidi Ali ou Yahia, père de Sidi El Mouhoub ou Ali, venu du Maroc, se fixa à Takeralt-Tagueraguera. Un jour, sa négresse vint chercher des légumes à Taourirt-Mimoun. Les gens de la tribu des Ait ou Belkassem enlevèrent les légumes à la négresse, qui raconta la chose au marabout. Le lendemain, celui-ci réunit les gens de la tribu des Beni Yenni et les décida à prendre les armes pour venger l’outrage qui venait de lui être fait. Il se mit à leur tête, et durant toute la bataille qui eut lieu, les coups de feu partaient de son bâton. Les Ait ou Belkassem furent battus, et à partir de ce jour rayés de la carte géographique de la Kabylie. Cette tribu, qui n’existe plus, comprenait les villages suivants:

 

 

Taourirt-El-Hadjhadj, actuellement aux Beni Yenni.

 

Aït-Rebat, actuellement aux Beni Ouassif. 

 

Tassaft ou Guemoun, actuellement aux Beni Ouassif.

 

Ait-Ali ou Horzoun, actuellement aux Beni Boudras.

 

Ait-Bou-Adan, actuellement aux Beni Boudras.

 

 

 

 

 

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La mosquée de sidi el mouhoub ouali (Taourirt Mimoun) financer par les ottomanes -en 1972

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Avant de mourir, Sidi El Mouhoub ou Ali avait aussi une grande réputation de sainteté. Un jour, il se rendit à Alger et acheta un tellis [grand sac) de poudre qu’il chargea sur son mulet. En sortant d’Alger et au moment où il allait passer par la porte (Bab-Azoum), les janissaires de garde s’étant aperçus que ce tellis contenait de la poudre, le saisirent. Sidi El Mouhoub ou Ali affirma aux janissaires que ce tellis ne contenait que du couscous. Pour les convaincre, il l’ouvrit, et la poudre, changée en couscous, s’offrit à la vue des janissaires. Le bey, ayant appris la chose, fit jeter Sidi El Mouhoub en prison comme sorcier. La nuit suivante, le bey fut métamorphosé en femme. Sidi El Mouhoud ne lui rendit sa première forme qu’aux conditions suivantes : le bey devait faire construire à Taourirt-Mimoun, à ses frais, une kouba en son honneur, ce qui eut lieu. Cette kouba existe encore.

 

 

 

 

 

 

 

Sidi El Mouhoub et ses descendants obtinrent en outre le privilège de faire librement le commerce des armes et des poudres à Alger sans payer aucune taxe. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 




L’Atlantide – Les Hespérides

7122018

 

 

 

 

 

Peut-on évoquer la très mystérieuse Atlantide, continent fantôme, ou île errante et insaisissable, sans parler de Platon ?  Assurément non.  

 

Les légendes mythologiques ont toujours bercé les Anciens et « incité au voyage » les Grecs épris d’aventures et de conquêtes.  

 

Dans l’art de créer des mythes et fables merveilleuses, Platon fut un maître incontesté. Son imagination (raisonnée et nullement « folle ») l’amena à raconter l’Histoire en idéaliste, à prendre des rêves pour la réalité. Il suggérait et faisait naître habilement l’illusion de telle façon que ses suggestions, fort logiques, fussent peu à peu considérées comme des réalités historiques. En vérité, Platon voulait que ses mythes eussent une valeur morale, instructive.

 

 

 

 

 

L'Atlantide - Les Hespérides  dans Croyances & Légendes 1541064428-1024px-atlantis-kircher-mundus-subterraneus-1678

 Carte fantaisiste de l’Atlantide (1678) de : Athanasius Kircher, Mundus Subterraneus (le nord est en bas).

 

 

 

 

 

 

Depuis le IVe siècle avant notre ère jusqu’à nos jours, bien des savants ont cherché à percer le mystère de l’Atlantide, île prospère et considérée comme un Eldorado.

 

 

Parmi eux, l’historien contemporain, J. Lucas-Dubreton, écrit : « Dans le cas de l’Atlantide, par exemple, il est certain qu’en racontant la victoire du petit peuple athénien sur l’innombrable armée des Atlantes, Platon a entendu présenter à ses compatriotes une image de la victoire de la Grèce sur la Perse ; le mythe est pour lui un moyen d’enseigner directement le patriotisme à ses concitoyens et de leur montrer qu’un petit peuple nourri d’héroïsme et d’idéal peut tenir tête à un Etat beaucoup plus fort que lui. Ce qui est remarquable, c’est que cette histoire, échafaudée par Platon au IVe siècle avant J. –C., a eu dans l’avenir un effet pratique : elle a provoqué la découverte, ou la redécouverte de nouvelles contrées. Elle a joué le rôle de stimulant, déterminé la recherche d’îles dans l’immensité des océans ; et chaque fois que les hommes croyaient avoir mis la main sur la terre merveilleuse de l’Atlantide, la légende rebondissait, enrichie d’une vie nouvelle…. »

 

 

Si nous gardons présent à l’esprit que des phénomènes volcaniques naturels ont engendré la disparition, au fond des eaux, de continents et permis à d’autres de remonter à la surface des océans, il apparaît sensé d’accorder quelque crédit à l’existence de cette ancienne terre, l’Atlantide, engloutie à la suite d’un cataclysme, il y a 2500 ans….ou plus. 

 

 

En effet, selon des géologues contemporains, l’Atlantide serait le souvenir d’un vaste continent disparu dans l’Atlantique, à l’ouest de Gibraltar, et dont les îles Açores, Madère et les Canaries (*) seraient les vestiges.

 

 

Jadis, le détroit de Gibraltar et ses eaux environnantes étaient dénommés par les Grecs les colonnes d’Hercule .

 

Dans ces parages, il existait, paraît-il, une île immense, appelée Atlantis, ou Poséïdones. Cette vaste île était entourée de plus petites, voisines, à leur point sud-est, d’un continent. D’aucuns ont voulu placer l’Atlantide dans l’actuel mer. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 (*): Les Canaries s’appelaient alors Les Hespérides, du nom des trois Hespérides, filles du géant Atlas . Ce fut dans les Hespéride qu’Hercule accomplit le onzième de ses douze légendaires travaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

   

 
 
 
 
 
 
 
      
 
  
 
 

 

 

 

 

 




La Légende de ‘Sidi’ Okba Ben Nafi

24102018

 

 

 

 

 

La mosquée de Sidi Okba, construite en maçonnerie, sur le ton gris foncé de tous les monuments du Sahara, est beaucoup moins vaste que la plus petite des mosquées d’Alger ou de Tunis. On traverse une cour, une galerie affectée aux ablutions; on côtoie une piscine — menagée pour servir à laver les cadavres — et on entre dans le sanctuaire où repose le saint Sidi Okba ben Nafi, général du Kalife Moaviah, premier conquérant musulman.

 

 

 

 

 

 

 

 

La Légende de 'Sidi' Okba Ben Nafi  dans Croyances & Légendes 1537186739-s-l16002

La Mosquée Sidi Okba – Biskra 1875

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’endroit où s’élève aujourd’hui la mosquée Sidi Okba fut défait et tué par les Berbères et les Romains alliés. 

 

La légende de Sidi Okba est d’une férocité inouïe : la voici : 

Après avoir conquis la région septentrionale du Zab, le glorieux Émir Sidi Okba fit égorger ceux des Berbères idolâtres qui ne voulurent pas embrasser la vraie foi, à l’exception de l’ancien chef du pays nommé Koceila, qu’il garda près de lui avec cinq de ses enfants. Le roi païen ne voulait pas abjurer son erreur : la prudence ordonnait cependant à Sidi Okba, entouré de barbares encore insoumis, de garder Koceila en otage ; il ne pouvait donc l’envoyer à la mort, et le cœur pieux du saint émir saignait de douleur. Toutefois l’aveuglement de l’idolâtre souillant le camp des fidèles, il n’y avait pas de mauvais traitements que l’émir ne fît endurer à Koceila, pour le mettre dans le droit chemin. 

 

 

 

 

Un jour, Sidi Okba appela l’ancien chef du pays et lui ordonna d’écorcher de ses mains un mouton fraîchement abattu. 

 

— Afin, dit-il, que les nouveaux convertis voient jusqu’où peut aller l’humiliation de leur ancien roi opiniâtre et infidèle. 

 

Pendant cette besogne répugnante et réputée vile dans le Ziban, Koceila, chaque fois qu’il retirait sa main sanglante du corps du mouton, se la passait sur la barbe.  

 — Que fais-tu? demanda Sidi Okba. 

 

 — Cela fait du bien aux poils ! répondit Koceila. 

 

 — Tu songes à te venger. 

 

 — Non ! car je suis ton esclave. 

 

 — Oui ! tu l’es ! mais si tu te convertis, je te traiterai bien. 

 

 Koceila ne répondit pas. Plein de fureur et emporté par sa ferveur religieuse, Sidi Okba cria : 

 — Si en place d’un mouton, je t’ordonnais d’écorcher un de tes fils, que ferais-tu? 

 

 Koceila répondit : 

— Ne suis-je pas forcé de t’obéir? 

 

 — Qu’on amène un des petits infidèles ! ordonna l’émir. 

 

 Sommé d’écorcher son fils ou d’embrasser l’Islamisme, le misérable Berbère préféra sacrifier la chair de sa chair. Il accomplit l’acte d’abomination, et comme il l’avait fait du sang du mouton, il se teignit la barbe du sang de son enfant! Après quoi  il demanda à l’émir : 

 — Veux-tu que j’écorche les autres? 

 

 Vaincu par son opiniâtreté, Sidi Okba se retira sous sa tente. Depuis ce moment, abandonnant la pensée de convertir l’idolâtre, il sembla l’avoir oublié. 

 

Koceila, lui, n’oubliait rien. Laissé, malgré les conseils des chefs arabes, presque libre dans l’intérieur du camp musulman, il noua des relations avec les Berbères insoumis, ses parents et alliés, et réussit à communiquer avec le comte Julien, chef romain. Les Berbères et les Romains réunis firent tomber dans une embuscade l’émir.  

Sidi Okba ben Nafi périt glorieusement, après avoir tué des milliers d’ennemis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Souma bent el-Abri

18092018

 

 

 

 

Ce mausolée antique d’une forme élégante, est situe à soixante kilomètres environ au sud de Tébessa, sur les dernières pentes nord du Djebel-Fouâ. Sa hauteur totale est de six mètres cinquante cm, la largeur de chaque face, de deux mètres dix cm. Il est construit en pierres de taille de trente centimètres d’épaisseur; les blocs qui forment la base ont une hauteur double. Les chapiteaux qui surmontent les deux colonnes de la façade sont d’un style corinthien des plus modestes. La partie supérieure du monument est ouverte sur le devant; elle était fermée à droite et à gauche par deux longues pierres juxtaposées, ornées d’un dessin qui fait, à  distance, très-bon effet. Les deux pierres contiguës avec les colonnes sont tombées. Les angles et le milieu de la façade postérieure sont occupés par trois pilastres en relief, portant les mêmes ornementations que les colonnes. Entre ces pilastres sont engagées des pierres semblables à celles des côtés. L’édifice est surmonté d’un tronc de cône percé parallèlement à la façade principale d’une longue  rainure. 

 

 

 

 

Aucune inscription n’indique en l’honneur de quel personnage ce monument a été élevé, ni à quelle origine on peut le faire remonter. D’où lui vient ce nom de Bent-el-Abri (la fille du grand seigneur)? Voici ce que dit à ce sujet la tradition locale : 

 

 

 

Cette portion du pays était autrefois sous la domination d’un grand seigneur appelé Aurès, lequel était marié à une femme connue sous le nom de Khenchela. Cette puissante famille possédait plusieurs châteaux dont les ruines se retrouvent encore à Daharet-Fouâ, Bahiret-Sbikha et à Khenchela, sa résidence habituelle. La fille d’Aurès, connue seulement de son surnom, El-Kahna (l’habile), était une personne très belle et d’une grande intelligence. Élevée sous la tutelle de son père, elle avait reçu une brillante éducation, en rapport avec le rang élevé qu’elle occupait. Lorsqu’elle fut en âge d’être mariée, son père lui laissa la liberté de choisir elle-même un époux. Parmi les prétendants nombreux qui se présentèrent, El-Kahna choisit un nommé Berzegan, qui a laissé son nom à la grande ruine située au sud d’El-Ma-el-abiod. L’acte de mariage fut dressé, mais Aurès mourut avant l’accomplissement de la cérémonie. C’est probablement en son honneur que fut élevé le mausolée. 

 

 

 

Aurès eut pour successeur un des prétendants que sa fille avait repoussés et qui, humilié de cet échec, conçut le projet de se venger. Doué de mauvais instincts, il abusait de son pouvoir pour commettre les plus mauvaises actions. Il avait introduit, entre autres usages, le droit de prélibation que s’arrogeaient autrefois les seigneurs féodaux. El-Kahna, ne voulant pas se soumettre; à cette coutume, retarda pendant quelque temps son mariage. 

 

Indignée enfin de voir le peuple entier victime des exactions de ce nouveau seigneur, elle résolut d’en délivrer le pays. Elle choisit les jeunes gens, les plus braves et quelques membres de sa famille qu’elle convia à un festin. A la fin du repas, elle leur fit part de son projet, qui fut approuvé par tous, et les invita à garder le secret. Aussitôt après, elle fit faire les préparatifs pour la cérémonie du mariage et, suivant la coutume établie, elle se rendit, suivie de ses convives, chez le seigneur qu’elle avait fait prévenir. Elle pénétra seule dans son appartement. Elle chercha d’abord à le ramener à de meilleurs sentiments, puis voyant ses efforts inutiles, elle lui plongea un poignard dans le cœur. 

 

Louée publiquement pour son courage et l’habileté qu’elle avait déployée, elle reçut à ce sujet le surnom qui lui resta. 

 

 

 

 

El-Kahna était à Khenchela avec sa mère, lorsque l’insurrection les surprit. Elles quittèrent l’Aurès et allèrent s’établir d’abord à Bahiret-Sbikha,; puis à Fouà et enfin à Bir-el-Ater, désigné un certain temps du nom de Bir-el-Kahna. 

 

 

Aurès, chassé de son côté par l’insurrection, rejoignit sa famille à Bir-el-Aler, se dirigea avec elle sur Feriabna, et ne reparut plus dans le pays tombé au pouvoir des conquérants. 

 

Cette tradition remet en mémoire les mœurs des Vandales; elle tendrait à faire remonter la construction du mausolée au  commencement du Ve siècle, peu de temps avant l’époque où les Maures de l’Aurès se sont déclarés indépendants. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Terre dans l’Esprit traditionnel Kabyle

1072018

 

 

 

 

 

On oublie de nos jours que la vie de la planète sur laquelle nous vivons est associée et doit son nom à la terre. Dans l’esprit et les comportements des anciens Kabyles, la vie humaine avec l’ensemble de la nature est intimement liée à la terre. Cela n’est pas seulement une conception théorique mais une réalité vécue. 

 

 

 

La terre est véritablement considérée comme un être vivant dont l’évolution suit le même cycle que celui de la vie humaine. Elle représente le ventre du monde où vient et naît la vie, semblable à la femme. A ce sujet, plusieurs énigmes en sont le thème, comme par exemple celle-ci : j’ai semé des graines derrière la montagne, je ne sais pas si ce sera un blé ou de l’orge. La solution de l’énigme est l’enfant dans le ventre de sa mère. La croyance que la terre a engendré les humains se retrouve dans le mythe de la création kabyle, ‘les premiers parents du monde’, qui indique que la vie humaine prend source dans les profondeurs de la vie souterraine. 

 

 

 

la terre au même titre que la femme est créatrice. Ainsi, quand on la décrit pleine de graines au printemps, on utilise les mêmes mots que ceux qui désignent une femme enceinte. Dans l’esprit traditionnel, le fait que la terre soit considérée comme la mère de la vie sur la planète est justifié par les termes que l’on emploie quand on parle d’elle, mais aussi par les précautions et l’attention qu’on lui réserve. A la période de la germination, elle est sensible et les interdits qui l’entourent sont les mêmes que ceux auxquels est soumise la femme fécondée.

 

 

 

En Kabylie, la terre est sacrée parce qu’elle est animée de vie invisible. Cet esprit qui unit l’humain à la terre pure se reflète dans une multitude de comportements. Il transparaît dans l’interdit encore respecté de nos jours qui est illustré par l’expression ‘’ne pas frapper la terre de crainte de lui faire mal’. Cela peut être interprété comme une façon bien naïve de la considérer comme un être vivant. 

Mais les Kabyles ne se sentent pas différents ou de meilleure nature que la terre, car ils savent qu’elle est le support de la vie de la planète et donc de la leur. Ils dépendent d’elle puisqu’elle permet la vie du cycle végétal puis animal et humain. Brutaliser la terre revient dans leur esprit à se brutaliser eux-mêmes parce qu’en faisant partie du même cycle de vie, l’énergie ainsi dispersée a en retour une influence sur les énergies des plantes, des animaux et donc des personnes. Tout cela explique le respect pour ses énergies de vie et en même temps la responsabilité des Kabyles envers elle. Le pouvoir vital attribué à la terre permet de comprendre également le rôle et l’importance de la magicienne et de ses pratiques autour de la maison traditionnelle. Ainsi, à chaque fois que l’on interviendra dans son cycle de vie afin d’y implanter un édifice quelconque ou de la semer, elle sera entourée de gestes rituels. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Terre dans l'Esprit traditionnel Kabyle  dans Croyances & Légendes 1523523603-s-l1600

Laboureur Kabyle 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie de la terre étant de nature sacrée, elle ne peut être appropriée par quiconque sous contrat de droit écrit mais sous contrat d’appartenance. Cela veut dire qu’elle ne revient qu’à ceux qui y vivent et qui doivent se nourrir d’elle. En dehors des jardins accolés aux maisons, les terres fertiles autour du village demeurent en Kabylie la propriété collective du groupe familial élargi à celui de tous les habitants. Malheureusement, depuis le début du siècle, la notion de propriété individuelle s’implante de plus en plus dans l’esprit kabyle. 

Dans la société traditionnelle, celle-ci obéissait à des lois complexes à travers des rites de partage qui respectaient le besoin vital réel de tous les membres de la collectivité que représentait la grande famille du village.Cela explique que le partage des terres à cultiver était renouvelé chaque année à l’ouverture des labours d’automne, après le rite du premier sillon autour d’un sacrifice sanglant. 

 

 

 

 

Grâce au rituel agraire, le droit de propriété des champs était réservé à ceux qui les cultivaient. Mais, il devait être soudé par un contrat d’alliance avec la terre elle-même, car on la croit habitée par un génie gardien qui est son propriétaire invisible. Il fallait donc en obtenir l’accord et les rites des labours apparaissent alors comme un contrat d’association avec les forces invisibles :‘’la culture des céréales rend nécessaire, pour un temps, la prise de possession du sol, l’homme doit donc obtenir la protection des génies gardiens et des morts qui y résident en partageant un sacrifice d’alliance’’.  

 

 

S’il y avait pourtant trop de manifestations anormales, il faudrait abandonner la terre à cultiver, car cela implique dans l’esprit traditionnel que les gardiens invisibles sont réticents et ne sont pas prêts à s’allier aux humains. La terre n’appartient pas aux humains mais à des entités invisibles qui protègent les endroits, les objets et les territoires sacrés. Ces esprits sont toujours vigilants et veillent encore de nos jours à ce que la terre ne soit pas volée ou violée. A ce sujet, il existe plusieurs anecdotes qui attestent leur présence et prouvent qu’ils sont encore respectés. Dans le même esprit, les catastrophes naturelles, les tremblements de terre par exemple, sont toujours associées aux entités invisibles qui sont les habitants originels.Leur agitation est liée aux comportements et aux énergies invisibles des personnes humaines qui les auraient troublées. Il existe une polarité entre la terre et les humains, mais ce sont les femmes, en Kabylie traditionnelle, qui sauront par leur savoir les adoucir et les concilier. 

 

 

La polarité magique de la femme de par son identité avec la terre conditionne les rites et les précautions qui accompagnent la culture de la terre. Il était interdit à une femme enceinte de faire de la poterie, car cela revenait pour elle, dans une même idée, à transformer la création qu’elle portait dans son ventre maternel. Jean Servier qui a étudié les rites autour de la culture des champs a montré la correspondance qui existe entre l’accouplement humain et les labours. Ce rapport se confirme par le rite qui consistait à placer sous le lit conjugal les graines qui vont être semées. 

 

 

 

 

 

Les rites autour des labours, semblables au mariage humain, identifient le début du cycle de vie des céréales à celui de la naissance humaine. Dans le même esprit, la mort des céréales correspond à celle de l’humain. Cela explique pourquoi les moissons sont entourées des mêmes chants et rites funéraires. Après les moissons, la terre profitera des mêmes soins que l’on apporte à un défunt. Les femmes accomplissaient les mêmes visites obligatoires, c’est-à-dire qu’elles se rendaient sur les champs au bout de trois jours, puis au bout de quarante jours. L’analyse des rites agraires montre comment le cycle de la mort et de la naissance humaine se retrouve en correspondance avec le cycle du grain, respectivement à la moisson et aux semailles. Cependant, le mérite revient à J. Servier d’avoir mis en évidence comment la notion de la mort est conçue : ‘’Comme l’indispensable préliminaire de tout cycle d’existence’’. Nous retrouvons d’après cela, les mêmes rites funéraires à la période des labours qui précèdent les semailles. On apporte à la terre que l’on va labourer ou que l’on va moissonner les mêmes offrandes que l’on fait aux morts et que l’on distribue aux passants. Ces rites funèbres indiquent le passage à une nouvelle phase d’un cycle de création. Cela explique pourquoi la période des moissons est appelée Anebdu, c’est-à-dire le commencement.

 

 

 

 

 

La naissance liée à la mort représente le principe spirituel de tous les rites autour de la terre et les conditionne en même temps. Les rites de deuil mettent en évidence le fait que les Kabyles se sentaient de même nature que la terre et que leur organisme fonctionnait suivant les mêmes principes. D’une façon équivalente, si la récolte était mauvaise, cela correspondait aussi à un mauvais augure pour les humains. Cette conception d’ordre religieux imposait aux êtres humains de s’associer à la fin comme au début du cycle de fécondation de la terre en portant le deuil. L’idée qui unit le cycle de la terre à celui de la vie humaine permet alors de mieux comprendre l’interdit qui concerne particulièrement les cheveux de la femme. A la période des premiers labours, les femmes ne doivent pas les nouer, car cela risquait de ‘nouer’ le cycle de végétation et par là d’arrêter la croissance des plantes. 

 

 

Dans l’esprit des anciens, la fécondité de la terre est liée à la pousse du système pileux humain : ‘’ Si le laboureur ne peut se raser ou s’épiler pendant les premiers jours de la saison des labours, si la maîtresse de maison ne peut aller aux champs que les cheveux dénoués, répandus sur ses épaules, c’est bien en vertu de ce même principe qui, dans les interdits de deuil, assimile la mise en terre de l’homme à des semailles pleine de promesses.’’ 

Le principe unitaire de la mort et de la renaissance est mis en évidence grâce aux rites funéraires et de fécondité qui cohabitent suivant la dimension humaine dans le cycle du grain. On comprend alors l’attitude sacrée qui entoure le travail de la terre.

 

Dans l’esprit kabyle, tout ce qui vient de la terre mais aussi tout ce qui meurt doit lui être retourné. Les rites d’enterrement, comme par exemple, celui de la dernière gerbe à la fin des moissons, terminent en le complétant tout cycle de vie terrestre. Suivant le même principe, le placenta, qui ne peut plus nourrir l’enfant qui vient de naître, doit être soigneusement enterré. Cela permet également d’expliquer l’angoisse de tout Kabyle à l’étranger qui souhaite à sa mort retourner à la terre qui l’a fait naître. Encore de nos jours, des collectes sont organisées en France afin de faciliter le transport d’un défunt vers le cimetière de ses ancêtres. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Moissonneurs kabyles 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La terre n’est pas seulement le sanctuaire des corps défunts, mais celui de leurs âmes. Le monde des morts ne se trouve pas dans le ciel, mais bien dans le monde souterrain de la terre. On comprend alors les interdits qui concernent particulièrement le travail de la potière kabyle. Celle-ci n’hésitera pas, si une mort survenait dans sa maison, à détruire toutes ses poteries qui n’ont pas été terminées, c’est-à-dire brûlées. Le feu aurait empêché l’âme du défunt de se déposer par erreur sur la terre encore fraîche des objets façonnés. Le fait que la terre non brûlée soit vivante et qu’elle attire l’âme des morts conditionne tous les interdits et explique notamment celui qui pèse sur les forgerons. Ceux-ci, en Kabylie, ne peuvent pas cultiver la terre, car ils risqueraient de la brûler et donc de mettre fin à sa fécondité. Dans la même pensée, les forces invisibles d’un mort doivent être retournées à la terre afin de féconder son monde souterrain. C’est pour cela que les Kabyles redoutent la mort par le feu et refuse l’incinération. 

 

 

 

Les énergies des morts occupent la terre autant que les vivants. Les âmes de nos ancêtres sont toujours présentes et accompagnent les gestes de notre vie quotidienne. Elles nous aident dans notre existence terrestre et nous leur faisons appel dans nos difficultés et dans notre tristesse. ‘’….les morts et les vivants sont tellement mêlés dans la vie quotidienne, associés aux mêmes gestes et aux mêmes rites qu’il est difficile de dire si les morts sont encore liés à leurs clans terrestres ou si les vivants participent encire ou déjà au plan des choses de l’Invisible.’

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Kabylie, nous saluons les morts auxquels nous rendons visite et, debout sur leurs tombes, nous leur parlons. Nous leur apportons la nourriture qu’ils aimaient, jadis de leur vivant, sous forme d’offrandes distribuées aux passants. La terre sacrée, parce qu’elle est habitée par les invisibles, possède des pouvoirs magiques de fécondité et particulièrement celle de la tombe d’un mort qui intervient dans les pratiques de magie voire de sorcellerie. Dans la pensée traditionnelle, les morts sont liés au monde des vivants d’une façon invisible mais aussi visible. Le cimetière se construisait à proximité du village autour de l’ancêtre le plus éloigné. La distribution au sol des tombes se superposait à celle des maisons que les défunts occupaient de leur vivant dans le village. Les rites kabyles attestent la présence et le pouvoir des forces invisibles issues de la terre et solidifient à la fois le contrat d’unité qui les relie sur le plan terrestre aux humains. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cimetière – Kabylie 

 

 

 

 

 

 

L’analyse des rites aratoires met en évidence le fait que dans la fin d’un cycle de vie s’opère le passage à un cycle de renouveau. Le rituel magique qui les accompagne démontre que c’est à partir du principe de la mort que renaît la vie et que le rite se situe toujours à ce passage. De cette façon, la mort des champs correspond au début du cycle des céréales. Celles-ci vont être stockées dans les maisons. Puis dans un circuit cette fois-ci uniquement féminin, elles seront transformées afin de nourrir le groupe humain. 

 

 

 

 

Dans la société traditionnelle, l’alimentation était entièrement assurée par les entrailles de la terre. Réceptacle de tout ce qui vit sur la planète, la terre servira d’une façon similaire à contenir la nourriture humaine. Tous les récipients, qui recueillent les produits de sa culture avec ceux servant à transporter l’eau et à cuire les aliments, seront façonnés à partir de la terre pure. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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