L’Animal-Totem

25062020

 

 

 

 

 

Pour comprendre l’astrologie amérindienne, il est indispensable d’essayer d’appréhender leur vision du Monde.

 

Vivant au cœur même de la nature – qu’ils soient nomades comme les Lakotas ou sédentaires comme les Zunis – tous les amérindiens partageaient le croyance animiste selon laquelle toute créature qu’elle soit minérale, végétale, animale ou humaine possédait une âme et que toutes ces âmes étaient reliées sur la grande toile de l’univers.

 

«Mitakuyé Oyasin» nous sommes tous apparentés, ont coutume de dire les Lakotas; ce qui implique que la vie d’un être humain est à la fois aussi insignifiante et unique que celle de n’importe laquelle des ‘créatures’ misent sur la terre par le Grand Esprit.

Ainsi, le rôle de chacun dans la communauté était de développer ses compétences propres tout en s’intégrant à la vie du clan auquel il appartenait dans un cheminement d’harmonie avec la Terre-Mère.

 

Il en ressort deux éléments de la pensée amérindiennes apparemment antinomiques: un profond individualisme d’une part qui permettait à chacun de vivre selon ses aspirations et un mode de vie communautaire d’autre part axé souvent autour d’un conseil de sages plutôt que érigé par un chef.

 

Afin de pouvoir réaliser pleinement, chaque individu avait besoin non seulement de guides humains mais aussi de guides spirituels symbolisés par les esprits des animaux, végétaux ou minéraux qui les entouraient et vers lesquels ils se sentaient attirés soit par le biais de rencontres soit par le biais de vision spontanée ou recherchée.

 

Afin de matérialiser ces aides spirituelles, chaque homme et femme se construisait un Bouclier de médecine qu’on appelons communément un Totem et dont le but était à la fois de protéger et de l’aider à progresser dans sa vie sur Terre.

 

Ce bouclier était soit peint, soit brodé sur la peau (généralement de la peau de bison) et souvent enrichi de perles, de plumes, ou de petites pièces appartenant à l’animal en question: croc, griffe……..

 

 

 

L'Animal-Totem  dans Croyances & Légendes version-80001848-30x40cm-loup-totem-main-diama

 

 

 

 

Les amérindiens considéraient que plusieurs de ces animaux nous accompagnaient au cœur de nos vies chacun représentant une facette de nos talents cachés ou des aspects à améliorer et que ceux-ci étaient de véritables guides auxquels on pouvait s’adresser par la prière.

 

Les animaux de l’astrologie amérindienne participent à un cheminement de conscience. En effet, très logiquement, leur astrologie découlait de leur observation de la nature et du rythme des saisons et était lié à des animaux Totem contrairement à l’astrologie occidentale basée sur les constellations.

Néanmoins le parallèle existant entre les ‘signes’ occidentaux et les animaux que nous vous proposons est troublant et prouve une fois encore la profonde connaissance et la sagesse de ces peuples.

 

 

 

 

 

Calendrier astrologique

 

Découvrez ici sous l’influence de quelle animal-totem vous êtes né.

 

 

 

Dates

Animal-totem

Clan

Élément

Du 22 décembre au 19 janvier

Du 20 janvier au 18 février

Du 19 février au 20 mars

Du 21 mars au 19 avril

Du 20 avril au 20 mai

Du 21 mais au 20 juin

Du 21 juin au 22 juillet

Du 23 juillet au 22 août

Du 23 août au 22 septembre

Du 23 septembre au 23 octobre

Du 24 octobre au 21 novembre

Du 22 novembre au 21 décembre

Oie des Neiges

Loutre

Loup

Faucon

Castor

Cerf

Pic vert

Saumon

Ours brun

Corbeau

Serpent

Chouette

Tortue

Papillon

Grenouille

Oiseau-tonnerre

Tortue

Papillon

Grenouille

Oiseau-tonnerre

Tortue

Papillon

Grenouille

Oiseau-tonnerre

Terre

Air

Eau

Feu

Terre

Air

Eau

Feu

Terre

Air

Eau

Feu  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Morts de Saints et Tombeaux Miraculeux chez les Derviches des Balkans -2ème partie-

8052020

 

 

 

 

 

Morts de Saints et Tombeaux Miraculeux chez les Derviches des Balkans -2ème partie-  dans Croyances & Légendes 200105102903623254 

Le tekke de Derviche Hatixhe – Albanie

©AZA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saints se levant de leur tombe, au cours de la nuit, pour faire leurs ablutions

 

Selon une croyance extrêmement courante, les saints se lèveraient de leur tombe, au cours de la nuit, pour faire leurs ablutions rituelle. C’est pour cette raison que l’on voit dans les türbe des récipients contenant de l’eau, ainsi que des serviettes étalées sur les sanduka, offertes par des visiteurs. Dans certains tekke du Kosovo et de Macédoine ex-Yougoslave, le nombre de ces serviettes est tel que le cheikh en offre parfois une ou deux aux hôtes de marque, en signe de bénédiction.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le manteau (hırka) du Cheikh (disparu sans laisser de traces) accomplit des miracles

 

Un cheikh (peut-être nakshbandi) de Bitolj, nommé Cheikh Mahmud, aurait disparu un jour, de façon mystérieuse, en ne laissant dans la cour de sa maison (ou de son tekke?) que sa hırka et son couvre-chef (son tadj?) qui ont été recueillis et conservés par ses descendants. Or, cette hırka accomplit depuis lors des miracles: si quelqu’un est malade de longue date, on verse de l’eau sur la hırka, puis on la fait boire au malade qui, soit guérit, soit meurt peu de temps après.

 

 

 

 

 

 

 

 

Corps d’un mort resté intact

 

On cite parfois le cas d’un saint, ou d’un cheikh, dont le corps a été retrouvé intact au moment de l’ouverture de sa tombe, très longtemps après son inhumation. On connais pour l’instant trois cas de ce genre: le premier est celui d’un «juste», nommé Ram Sali de Dečani au Kosovo, enterré vers le début du XIXe siècle (?), sur la tombe duquel on a fait construire par la suite un türbe; le deuxième est celui d’un cheikh halveti de Skoplje, Salih Baba, dont le corps, resté intact jusqu’au moment de son exhumation, avait été vu, pendant quelques brefs instants, avant de tomber en poussière (vers 1954-1955) par Cheikh Haydar, cheikh rifâ’i bien connu de Skoplje. Le troisième cas révèle d’une croyance populaire liée au fameux cadi (et auteur de plusieurs ouvrages renommées), Hassan Kâfî de Prusac en Bosnie (mort en 1616), dont le corps serait intact jusqu’à nos jours!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Malheur frappant ceux qui s’attaquent aux cheikhs et aux derviches, ainsi qu’à leurs tombes

 

Comme on peut s’y attendre, le malheur frappe obligatoirement ceux qui s’attaquent aux cheikhs et aux derviches, ou à leurs türbe, et nous en connaissons plusieurs exemples: un pacha de Novi Pazar (Serbie) ayant voulu faire assassiner, par jalousie, le saint bektachi local nommé Gurbi Baba, devint muet, ainsi que ses hommes de main, mais grâce à son prompt repentir l’affaire se termina bien; un passant ayant injurié le cheikh halveti Nuh Baba de Gostivar tomba gravement malade le soir même et ne retrouva la santé qu’après s’être repenti, puis devint le serviteur de celui-ci pendant quatre ans; un officier (miralay, commandant) arrivé à Kosovska Mitrovica, ordonna de détruire le türbe du saint bektachi Gülbaba, afin de faire construire des écuries à cet endroit, mais il fut impossible de détruire le türbe: les soldats qui avaient entrepris de le faire devinrent tous fous, et l’officier en question mourut sur le champ; un autre officier turc ayant injurié un saint rifâ’i albanais, le cheikh Mehemet- efendi de Shkodër, et ayant frappé de son sabre la porte du tekke de celui-ci, tomba mort de son cheval, peu de temps après; enfin, un officier autrichien qui avait voulu photographier la tombe de Kâ’imî Baba (un cheikh kadiri de Sarajevo, enterré dans un türbe au-dessus de la ville de Zvornik) fut blessé au visage, car l’appareil explosa au moment où il prit la photo. Visiblement le saint ne voulait pas se laisser photographier!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commémoration d’un mort illustre et vie dans l’au-delà

 

Chez les Bektachis (de même chez les Rifâ’is et les Sa’dis albanais du Kosovo et de la Macédoine ex-Yougoslave, mais peut-être aussi chez quelques autres derviches des Balkans) la plus grande commémoration collective d’un mort illustre est sans conteste le mâtem chiite. Il s’agit des nuits de deuil (mâtem geceleri) des dix premiers jours du mois de Muharrem, durant lesquelles on commémore les événements tragiques qui se déroulèrent en l’an 63 de l’Hégire, à Kerbela, et notamment la mort de l’Imam Hussein, petit-fils du Prophète, combattu par Yazid, fils de Mu’âwiya. On trouvera chez N. Clayer une description détaillée de cette commémoration: jeûne et abstinence, réunions quotidiennes au tekke, le soir ou la nuit, au cours desquelles on lit ou on récite la Hadika (1) selon un programme très précis; puis, pour marquer la fin de cette période d’abstinence et de deuil, consommation en commun de l’ashure (plat sacré à base d’un mélange de céréales et de fruits secs de toutes sortes). Il faut signaler cependant que le mâtem n’est apparemment pas ou peu pratiqué dans les tarikat plus «orthodoxes», en particulier chez les musulmans non-albanais, comme par exemple chez les musulmans de Bosnie-Herzégovine, où cependant l’on commémore souvent la mort d’un cheikh local par une cérémonie ayant lieu quarante jours après, ou avec de plus grands intervalles (six mois ou un an après, etc., suivant la situation et l’occasion).

 

Quant à la vie dans l’au-delà, les Bektachis balkaniques (comme les autres, bien entendu), croient comme on le sait à la métempsycose, doctrine d’après laquelle l’âme peut animer successivement des corps différents. À ce sujet, et concernant plus particulièrement les Bektachis d’Albanie, N. Clayer écrit:« En outre, il n’y a pas de mort véritable, car l’homme se transforme et se retrouve en Dieu, dans son fils, dans le corps d’un animal. La revue Albania de Faik Konitza publia une ‘’notice sur la métaphysique des Bektachis’’, où l’on expliquait que les Bektachis emploient le mot ‘’passage’’ pour signifier la mort et qu’après sa mort apparente, l’homme passe dans le corps d’un animal plus ou moins exposé aux souffrances en fonction du mal qu’il a fait dans sa vie…».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mesures contre les inhumations hors-cimetière

 

À propos des tombes, il faut signaler que l’arrivée des «temps nouveaux», à savoir les débuts de la période post-ottomane, a apporté quelques perturbations dans certaines traditions séculaires, comme par exemple dans le domaine de l’inhumation des cheikhs et des derviches (ainsi que de leurs proches), notamment lorsque les nouvelles autorité interdisent (ne serait-ce que pendant un temps, car visiblement ces interdits ont pu être contournés par la suite) les enterrements en dehors des cimetières, empêchant ainsi quelques cheikhs connus d’être ensevelis dans le türbe de leur tekke, auprès de leurs prédécesseurs. Signalons, parmi les cas de ce genre, ceux notés par Djordjević, au sujet des Sinânis de Prizren, ainsi qu’à propos du cheikh rifâ’i de la même ville, Cheikh Hussein, qui fut enterré solennellement, en 1929, non pas dans le türbe de son tekke, mais dans le cimetière communal.

Selon A. Popovic, on a entendu parler plus d’une fois de faits similaires, comme, en septembre 1985, à Djakovica, où l’on me raconta comment un cheikh sa’di du tekke dit Tekke de Cheikh Vehbi (ou parfois Tekke de Cheikh Salih), Cheikh Hussein, fut enterré dans le cimetière se trouvant juste en face de son tekke.

On sait par ailleurs que le cimetière de Foča, en Bosnie, qui se trouve devant le tekke nakshbandi situé à la périphérie de l’agglomération, n’existe que depuis 1878, date à laquelle les autorités austro-hongroises interdirent de procéder à des enterrements dans la ville même.

 

 

 

 

 

 

 

 

Saints à tête coupée

 

On relate souvent, dans les milieux des derviches balkaniques, la légende d’un saint (d’un «juste», ou encore d’un simple derviche) qui, ayant été tué au cours d’une bataille (ou exécuté injustement), se met à cheminer en portant sa tête sous le bras. Quelqu’un l’aperçoit et s’écrie généralement «Regardez l’homme sans tête qui marche»: il s’effondre alors immédiatement en rendant l’âme pour de bon; ensuite on construit sur place un türbe, au-dessus de sa tombe. Djordjević mentionne plusieurs variantes de cette légende, à propos des personnages suivants: un certain Cheikh Mujo et son fils, tués tous deux au cours d’une bataille qui aurait en lieu «à Modrič en Bosnie»; un Arabe, dont on ne connaît pas le nom, enterré à Novi Pazar; deux saints (veli) «originaires de Bagdad», enterrés à Rogačica près de Gnjilane; deux frères, originaires d’Anatolie, nommés «Evliya» et «Mevliya», tués au cours de la conquête («au temps du Sultan Fatih») et enterrés dans le village Divač (?) situé près de Zvornik, sur la rivière Drina; un autre saint tombé comme şehit au moment de la conquête de la Bosnie par Mehmed II, nommé Veis [Üveys] Dede, enterré dans le village de Teočak (arrondissement de Zvornik); deux autres şehit, dont on ignore les noms, enterrés à côté de la mosquée «Fetije» [Fethiyye] et de la mosquée «Hajrije» [Hayriyye] de Zvornik; un célèbre guerrier nommé Imer [Ömer] Baba, tué (pendant qu’il dormait) dans la ville de Serrès en Macédoine grecque, et enterré près du mont Cviljen (sur la route menant de Prizren vers les villages de Leskovac et de Ljubičevo); un autre guerrier illustre (qui était également un derviche rifâ’i), Šukri Baba de Sinop, tombé selon la légende en 1389, lors de la bataille du Champ des Merles («Kosovo Polje»), enterré dans le village de Daljardovac (arrondissement de Kumanovo); un dénommé Dalga Baba dont le corps aurait été rejeté à Ohrid (sur les rives du lac du même nom) par une vague (dalga en turc) alors qu’il tenait sa tête coupée sous son bras; enfin, Hassan Baba, le célèbre saint de Manastir/Bitolj, qui fut mis à mort à l’âge de 23 ans, au XVIIe siècle, à la place de son maître, un certain Djer Baba.

 

 

 

 

 

 

 

 

Türbe «ne supportant pas de toit»

 

D’après une autre légende très courante dans les milieux des derviches du Kosovo et de la Macédoine ex-Yougoslave, certains türbe «ne supportent pas de toit», celui-ci s’effondrant chaque fois qu’on le construit, car, dit-on, le saint qui y est enterré désire reposer à ciel ouvert. C’est le cas notamment du türbe du village de Trnovac (près de Bujanovac); du türbe du village de Beleg (arrondissement de Djakovica); des tombes du tekke halveti de Cheikh Osman de Kumanovo, du türbe de Cheikh Šerif de Kumanovo; du türbe d’un bektachi nommé Šukri Baba de Kumanovo; du türbe d’un tekke disparu, dit tekke de «Cheikh Rama» situé dans la rue principale de Djakovica; des türbe du tekke (disparu) des Nakshbandis de Štip, situé rue Cvetan Dimov; etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort annoncée

 

Plusieurs cheikhs et derviches auraient prédit leur mort et leurs prédictions auraient été suivies d’effet. En voici quelques exemples: le célèbre cheikh halveti du XVIIIe siècle, dont nous avons déjà parlé plus haut, Cheikh Mehmed d’Užice, aurait dit à son entourage, le jour où il allait être tué: «Je périrai aujourd’hui»; un «juste» dont on ignore le nom, enterré à Livno (Bosnie du sud-ouest), qui était «originaire d’Arabistan» d’où il était arrivé à Livno «en une seule journée», il y a de cela «cinq cent ans»; un autre «juste» déguisé en mendiant, enterré non loin de Livno, dans le village de Strupnić; un certain Hadži-imam, de Prizren, qui avait fait construire une mosquée et une école dans cette ville, un certain Veli-baba, également de Prizren, dont la mort provoqua la guérison d’un enfant gravement malade qui allait mourir; le célèbre cheikh halveti du village de Njivokaz (situé non loin de Djakovica dans le Kosovo), Cheikh Štara (Tara) qui était un homme «juste» (njer i mir en albanais) et qui avait dit: «Demain je vais mourir, enterrez-moi ici»; le fondateur du tekke rifâ’i de Skoplje, Mehmed Efendi (dit «Haziedar») auquel son muršid, Cheikh Hadji Hatifi Abdulatif, avait prédit (un an à l’avance) qu’il mourrait trois jours après son retour du pèlerinage à La Mecque; et enfin un certain Baba Arif, derviche shâdhili de Djakovica (venu soit de l’«Arabistan», soit du «Khorasan») qui se serait couché sur le sol, à l’endroit de sa future tombe, en disant: «Vous allez voir comment on meurt», aurait fermé les yeux, puis serait mort.

Ajoutons enfin un cas très particulier, celui d’un «juste» du village de Brina, près de Livno, qui, au moment où il se sentit mourir, sauta avec son cheval du haut d’une montagne et s’écrasa sur le sol.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mort au cours d’un zikr

 

Certains derviches seraient morts au cours d’un zikr, c’est-à-dire au cours d’un rituel collectif où les affiliés se livrent à des pratiques qui varient d’une confrérie à une autre, tout en remémorant les noms de Dieu. C’est le cas notamment de quelques derviches blessés mortellement, de façon accidentelle, lors des zikr dits «violents», durant lesquels les participants se transpercent le corps, à divers endroits, au moyen d’ustensiles employés à cet effet. Il s’agit cependant d’un sujet dont on n’aime pas beaucoup parler….. (2)

 

Deux autres cas nous ont été racontés (à D. Tanasković et A. Popovic) dans le tekke sa’di de Djakovica dit «Tekke de Cheikh Tebdil», en septembre 1985. le premier concerne un derviche de ce tekke, nommé Miftar, qui «était parti» alors qu’il était dans le hâl (ce mot désigne chez les derviches un «état spirituel», que les profanes assimilent à l’«état de trase») à l’époque de Mahmud II, donc dans la première moitié du XIXe siècle. Le second concerne un autre derviche de ce tekke, un certain Baba Dan Nakib. Celui-ci s’opposait à une guerre fratricide et refusait en l’occurrence d’aller combattre les musulmans de Bosnie-Herzégovine qui s’étaient révoltés contre les réformes que voulait introduire ce même sultan. Il mourut en şehit (martyr) : lors d’un zikr, alors qu’il était dans le hâl, il sauta la tête la première, à travers une fenêtre, du haut de la semâ’-hâne (salle où se déroule le zikr) située au premier étage du tekke. Mort sur le coup, il fut enterré de l’autre côté de la rue, en face du tekke.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nom du cheikh mort devenu tabou

 

Une très curieuse croyance a cours dans le village de Damnjane au Kosovo (village situé à l’ouest de la route allant de Djakovica à Prizren, tout près de la frontière albanaise). Dans ce village, la personnalité du second cheikh du tekke halveti local, Cheikh Mustafa, était tellement forte de son vivant (il passait son temps en retraite spirituelle [halvet], faisant continuellement le zikr) qu’elle y est toujours présente: depuis sa mort, aucun enfant du village n’a reçu le nom du Mustafa, car dans le cas contraire il serait mort!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un taj pas comme les autres!

 

Le taj (la coiffe) surmontant la sanduka se trouvant au-dessus de la tombe d’un cheikh kadiri de Köprülü/Veles («Titov Veles») était tout à fait particulier. On dit que lorsque le saint enterré à cet endroit voulait honorer tout particulièrement le visiteur venu s’incliner sur sa tombe, le tadj en question tournait «d’un cran»!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mort récalcitrant

 

Ali Dede, un «juste» de Kosovska Mitrovica (qui de son vivant avait fait preuve de son pouvoir miraculeux), mort très âgé, fut enterré dans le cimetière de la ville, se trouvant non loin du türbe du célèbre saint Djul-Baba (Gülbaba). mais au lendemain de son enterrement, on retrouva son corps dans le türbe en question (dont le mur avait été détruit pendant la nuit), à côté de la tombe du saint. On l’enterra donc de nouveau dans le cimetière, mais rien n’y fit, car il recommença! De guerre lasse, et après plusieurs tentatives, on décida finalement de le laisser à l’intérieur du türbe, et on l’enterra (pour de bon!) à gauche de la tombe du saint.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)Sur la Hadika qui est une traduction/adaptation en albanais de l’ouvrage bien connu Hadiqatû’s-su’adâ du poète Fuzuli (mort en 1556).

 

 

(2)On enregistre également parfois des cas de mort naturelle survenue au cour d’un zikr, comme par exemple au tekke kadiri de Sarajevo en 1980.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 




Morts de Saints et Tombeaux Miraculeux chez les Derviches des Balkans -1ère partie-

29032020

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme partout ailleurs dans le monde musulmans, la mort (sous ses divers aspects) est omniprésente dans les milieux des derviches balkaniques. Car la visite des tombes (türbe, ou parfois kubur) des saints et des cheikhs pour chercher guérison, mais aussi pour la simple bénédiction (baraka) ou encore pour les demandes les plus diverses (fécondité, succès en amour, réussite sociale, etc.), est un acte extrêmement répandu, qui tend à prouver non seulement que le pouvoir de ces saints (ou de ces cheikhs) morts est multiple, mais aussi qu’il est peut-être encore plus grand que celui dont ils disposaient de leur vivant…..

 

On signale ici quelques croyances populaires ayant cours dans les milieux des confréries musulmans (tarikat) et des derviches des Balkans, croyances liées, d’une façon ou d’une autre, aux tombes et à la mort en général.

 

Les renseignements présentés ici et regroupés en un certain nombre de rubriques proviennent soit de lectures, et notamment des notes prises par le grand ethnologue serbe Tihomir R. Djordjević (1868-1944), consignées dans son monumental ouvrage intitulé Notre vie populaires, soit de ce que Alexandre Popovic (auteur de cet article) a pu entendre, ici et là, lors de ses pérégrinations chez les musulmans des Balkans et du Sud-Est européen, ou encore chez ceux qui ont émigré de ces régions et se sont installés en Turquie ou dans les pays arabes du Proche-Orient. Il s’agit donc d’un échantillon qui ne vise nullement à l’exhaustivité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Saints à multiples tombes

 

 

Quelques saints musulmans balkaniques ont la particularité d’avoir plusieurs tombes connues.

Le «champion» incontestable dans ce domaine, aussi bien par le nombre de ses tombes (plus d’une dizaine en l’occurrence), que par sa popularités et sa renommée, est naturellement Sarı Saltı (ou Saltuk) sur lequel on a beaucoup écrit.

 

On ne sait pas grand chose de sa vie, mais ses cénotaphes sont signalés: en Thrace orientale (à Baba Eski et à Edirne), en Roumanie (à Buzeu, et surtout à Babadag, dans la Dobroudja), en Bulgarie (à Kaliakra), en Grèce ( dans l’île de Corfou), en Albanie (à Kruja, et dans le Has, région située entre Kruja et la ville de Djakovica au Kosovo), en Macédoine ex-Yougoslave (dans le couvent de Saint-Naum, sur la côte sud du lac d’Ohrid), en Herzégovine (à Blagaj, près de Mostar) et ailleurs, jusqu’à….Gdansk! Il s’agit là, bien entendu, d’une «Ur Legende» par excellence, selon l’expression employée par H. J. Kissling.

 

On connaît cependant quelques autres cas qui, tout en étant beaucoup moins célèbres, s’inscrivent dans la même lignée. Peu de gens savent par exemple que selon des légendes qui circulaient il y a une soixantaine d’années, dans les milieux musulmans du Kosovo (vers 1932 plus exactement), Gülbaba, le fameux saint bektachi de Budapest du XVIe siècle, aurait eu sept tombes à travers le monde, dont une à Kosovska Mitrovica, tombe qui jouissait d’une grande renommée dans toute la région.

 

 

 

 

Morts de Saints et Tombeaux Miraculeux chez les Derviches des Balkans -1ère partie-  dans Croyances & Légendes 200105073355186345

Tombeau de Sari Saltuk, İznik

 

 

 

 

 

 

 

Quant à Hasan Baba de Manastir/Bitolj, un saint nakshbandi de la première moitié du XVIIe siècle, il aurait sept cénotaphes: tout d’abord à Bitolj, où se trouve également sa mosquée, puis (quelque part) au Kosovo, à Skoplje, à Edirne, à Istanbul (sur Divan Yolu), en Anatolie et en Égypte.

 

Enfin, Ali Baba du Khorasan, un saint bektachi de Kumanovo, de la première moitié du XIXe siècle, aurait (selon une légende locale recueillie sur place par Djordjević, le 5 juillet 1933) cinq tombes connues: à Kumanovo, Bursa, Eskişehir, Bergama et Yenişehir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saints dont la Tombe se trouve sur l’emplacement d’un sanctuaire chrétien ou pré-chrétien

 

 

Quelques tombes de saints ont la particularité d’être situées sur l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien, chrétien ou pré-chrétien (païen). les cas les plus célèbres dans les Balkans se trouvent tous en Albanie. Il s’agit des tombes de trois saints bektachis: la tombe de Sarı Saltık, située dans la montagne près de Kruja (à une heure d’escalade depuis la ville, dans une grotte où, selon la légende, le saint aurait tué un dragon à sept têtes avec une simple épée de bois); la tombe de Balım Sultan, située dans la montagne au nord d’Elbasan, près de Martanesh; et enfin la tombe de Abbas Ali (demi-frère présumé des petits-fils du Prophète, Hassan et Hussein), située sur les pentes du mont Tomor, à l’endroit où «Abbas Ali, venu d’Arabie sur un grand cheval blanc, avait délivré la région des barbares».

 

À signaler que selon la croyance locale ces trois tombes communiquaient ensemble. Ainsi lorsque J. Swire visita le tekke de Balım Sultan, vers 1937, on le conduisit dans une galerie située derrière la tombe du saint, galerie qui menait à des souterrains allant d’un côté au sommet du mont Tomor et de l’autre au rocher dominant Kruja, c’est-à-dire aux deux autres tombes mentionnées ci-dessus.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tombes servant de «sanctuaire mixte» aux musulmans et aux chrétiens

 

 

 

On connaît le cas de beaucoup de tombes de saints, de cheikhs ou de derviches, servant comme «sanctuaire mixte», donc aussi bien aux populations musulmanes qu’aux populations chrétiennes. La plupart du temps, il s’agit de sanctuaire bektachis, mais pas toujours, comme on le verra un peu plus loin.

 

En Albanie, le sanctuaire de ce genre le plus connu était (jusqu’à la période communiste et la fermeture de tous les lieux de culte, en 1967), celui du mont Tomor, dont on vient de parler. «Les chrétiens continuaient d’ailleurs à y venir lors d’un grand pèlerinage qui avait lieu à la fin du mois d’août pour y célébrer la ‘’Shem Ri’’, c’est-à-dire la Sainte-Vierge; alors que les Bektachis, au même moment, vénéraient le türbe que la légende attribuait à Abbas Ali… À cette occasion, Bektachi et Chrétiens (jusqu’à huit à neuf mille personnes selon J. Swire) venaient en pèlerinage

 

Pour la Bulgarie, Bernard Lory écrit:

«Certains lieux de cultes étaient communs aux deux religions. L’exemple le plus célèbre est sans doute celui de l’église St. Dimitri à Thessalonique, transformée en mosquée, mais où le tombeau du saint restait accessible aux chrétiens. L’origine chrétienne de certains bâtiments musulmans était même signalée par une petite croix, inscrite dans le croissant, qui les surmontait: nous en avons l’attestation pour le teke de Demir Baba, dans le Deli Orman, la mosquée de Draganovtsi dans le Gerlovo, celle de Kărk Djami à Varna, l’église des 40 Martyrs à Tărnovo.

Mais le monde ottoman tolérait des paradoxes, plus déroutants encore: en certains endroits, chrétiens et musulmans (chiites) célébraient le même jour, auprès du même tombeau attribué à un saint portant deux noms différents, une cérémonie à peu près identique de kourban suivie de réjouissances. Ainsi, le 2 août, les Kăzălbachi du Deli Orman se rassemblaient au tekke de Demir Baba, saint musulman que les chrétiens vénéraient sous le vocable de St. Élie, le détenteur du tonnerre. Ou bien les 1er et 2 mai, Turcs, Gagaouzes et Bulgares se retrouvaient au tekke d’Ak Azălă Baba, au nord de Varna, dont le patron était assimilé à St. Athanase, invoqué en cas de bétail disparu. Ailleurs Sară Saltăk et St. Nicolas se confondaient, tout comme Kasăm et St. Dimităr. Ce syncrétisme populaire se retrouve dans tous les Balkans.»

 

 

 

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D’autre «sanctuaires mixtes» (un peu moins fameux certes, mais bien connus quand même) se trouvent en Macédoine ex-Yougoslave et au Kosovo.

Citons pour la Macédoine: le monastère de Saint-Naum d’Ohrid, déjà mentionné, qui servait de lieu de pèlerinage aux Bektachis de Koritza/Korça; le tekke bektachi de Kalkandelen/Tetovo, dont le saint enterré à cet endroit, Sersem Ali, était confondu par les chrétiens avec saint Elias; le türbe bektachi de Makedonski Brod (agglomération située à l’est de Kičevo, sur la route de Kičevo-Prilep) transformé en église (ou plutôt en chapelle?) dédiée à saint Nicolas; le sanctuaire bektachi (plus exactement la tombe de Karadja Ahmed) du village appelé Tekija, près de Kumanovo, que les chrétiens visitaient à la Sain-Georges; et enfin, le türbe du tekke rifâ’i de Daljardovac (village situé près de Kumanovo) où, d’après le témoignage de Jovan Hadži Vasiljević, «il y avait à un moment donné plus de chrétiens dans le tekke de Daljardovac que dans n’importe quelle église [de la région]…..».

 

Quant à la région du Kosovo, on pourrait mentionner les cas du tekke sa’di de Daždinci (village se trouvant non loin de Gnjilane); du türbe (seule survivance d’un ancien tekke) sinâni de Kačanik; du türbe d’Imer [Ömer] Baba situé sur les pentes de «Šar-Planina» près du mont Cviljen, non loin de Prizren; ainsi que du türbe d’un tekke shâdhili de Djakovica (tekke de Cheikh Ćuli, situé dans le quartier dit Mula Yusuf) qui est encore très visité par des gens venant chercher la guérison, et cela non seulement par des musulmans, mais aussi par des chrétiens (catholiques et orthodoxes) «venant même de Belgrade».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visites aux tombeaux des Saints

 

 

Les derniers exemples cités nous amènent directement à un thème bien connu. Il s’agit de la guérison éventuelle que l’on vient chercher sur les tombeaux des saints (ainsi que des «miracles» [keramet] qui se sont produits à certains endroits), et en règle générale des vœux que l’on vient formuler au-dessus de la tombe du saint, des offrandes que l’on y fait, etc. Contentons-nous de signaler rapidement quelques observations précises, se rapportant à la manière dont cela se fait.

 

La plus courante semble être celle qui consiste à mener le malade sur la tombe, à lui faire dire des prières et allumer des bougies, puis à le faire dormir pendant quelque temps sur ou auprès de la tombe. Parfois une heure ou deux, parfois trois fois une demi-heure, mais dans le cas des malades mentaux beaucoup plus longtemps (quarante jours au maximum). À certains endroits, on croit que si le malade s’endort sur la tombe, c’est signe qu’il va guérir. Selon A. Popovic, il a pu voir d’ailleurs, dans le türbe de l’un des plus célèbres tekke sa’di de la ville de Djakovica (au Kosovo), le tekke «Tebdil», une sanduka dont un côté peut être soulevé grâce à l’existence de charnières (donc tout à fait comme une porte) afin de permettre au malade de s’allonger directement sur la tombe, pour y passer la nuit, à l’intérieur même de la sanduka.

 

Parmi les autres pratiques très courantes, on apporte de l’eau dans un récipient qu’on laisse pendant la nuit sur la tombe du saint, puis on la fait boire au malade; on laisse la chemise (ou un autre vêtement) du malade sur la tombe pendant une nuit, puis on la remet sur le malade; etc.

 

Signalons enfin, à propos de la visite aux tombeaux des saints, un épisode en quelque sorte complètement à rebours, qui est, semble-t-il, unique en son genre, à savoir la visite officielle, en 1980, de la tombe du maréchal Tito à Belgrade (endroit nommé «Kuća Cveća»/« La maison des fleurs») par une délégation de quarante-sept cheikhs, vekil et derviches du Kosovo et de Macédoine (qui étaient venus à Belgrade, il est vrai, pour un tout autre motif: l’installation du nouveau Reis ul-ulema de Yougoslavie de l’époque, Naim ef. Hadžiabdić).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Türbe construit à l’endroit où a coulé le sang d’un «juste»

 

 

Certains türbe n’ont pas été construits sur la tombe réelle ou supposée d’un saint, cheikh ou derviche, mais à l’endroit où aurait coulé un peu de sang du corps d’un «juste». On connaît plusieurs cas de ce genre et notamment ceux-ci: le türbe de Kamber Baba de Drishti (Drivast ou Drivasti près de Shkodër), bâti à l’endroit où celui-ci avait perdu un doigt, alors que le türbe édifié sur sa tombe se trouve à environ 300 mètres de là; au Kosovo, sur la route entre Gračanica et Janjevo, on avait fait construire un petit tekke à l’endroit où avait coulé un peu de sang du corps de Sultan Murat [Ier], au moment où on le transportait à Bursa; selon la tradition populaire, plusieurs türbe auraient été construits le long du Danube, en amont de la ville de Smederevo, à savoir à tous les endroits où le héros musulman Alibeg avait subi des blessures infligées par le héros chrétien Zmaj Ognjeni Vuk; le türbe de Djul-Baba (Gülbaba) de Kosovska Mitrovica aurait été bâti à l’endroit où un peu de sang de ce saint bektachi avait coulé de son corps, lorsqu’on le transportait de Buda à Bursa; enfin, toujours au Kosovo, dans le village nommé Beleg, non loin de Djakovica, existe un très vieux türbe sur lequel on ne possède aucun renseignement précis, hormis le fait qu’il fut élevé à l’endroit où avait coulé le sang d’un «juste» dont on ignore le nom.

 

 

 

 

 

 dans Croyances & Légendes

Tombe du Sultan Murad Khan I

 

 

 

 

 

 

 

 

Tombes miraculeuses

 

 

Plusieurs tombes de saints ont des particularités miraculeuses. Ainsi, sur la tombe d’un très célèbre cheikh halveti d’Užice, Cheikh Mehmed, qui fut tué dans le village de Balotići, près de Rožaj au Monténégro, au XVIIIe siècle, aurait poussé immédiatement une rose. Lorsqu’on a transporté plus tard le corps de ce cheikh à Rožaj, afin de l’enterrer près de la mosquée de la ville, on a réussi à y transplanter également la rose en question. Elle s’y trouverait encore, exhalant toujours le même parfum. Beaucoup de gens auraient essayé depuis, paraît-il, de la greffer ailleurs, mais sans véritable succès, car ailleurs son parfum ne serait plus du tout le même.

 

D’une autre tombe de cheikh, un certain Kaplan Baba d’Ohrid, on entendrait souvent, au cours de la nuit, provenir une étrange musique, à savoir le bruit d’un tumbelek (sorte de tam-tam en terre) qui viendrait directement de la tombe.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lumière brillant la nuit au-dessus des tombes de saints.

 

 

On prétend, dans les milieux de derviches, dans beaucoup d’endroits des Balkans, que l’on voit parfois briller la nuit une lumière au-dessus de certaines tombes. Selon la croyance populaire, cela signifie que le cheikh ou le derviche enterré en ce lieu est devenu un saint. Citons par exemple le cas de Nuh Baba, derviche halveti enterré à Gostivar; celui du célèbre türbe «des sept» (Yediler) de Sarajevo (que certains auteurs veulent attribuer à la confrérie [tarikat] des Nakshbandis, ce qui semble faux); le cas de la tombe d’un certain Baba Arif, derviche shâdhili enterré à Djakovica au Kosovo, venu selon les uns de l’«Arabistan», et selon d’autres du «Khorasan», et qui aurait été un «ami de Dieu» (veli).

 

 

 

 

 

 

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Yediler Türbesi – Sarajevo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à suivre………….

 

 




La Main et la «Segmentante» Quinaire chez les Berbères

18022020

Gabriel Camps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Associé aux doigts et à la main, le nombre cinq a une importance particulière reconnue dans la plupart des ethnies et des cultures. Chez les Berbères, en plus de la valeur prophylactique et surtout apotropaïque de la main grande ouverte opposée au mauvais œil, le nombre cinq tient une place particulière dans l’organisation sociale.

 

La main et ses cinq doigts, à la fois individualisés et solidaires de la paume, donnent l’image idéale de la tribu et cette relation étroite entre la main et la tribu apparaît clairement en touareg, où la tribu porte précisément le nom de tawsit qui désigne aussi la paume de la main ou le poignet.

Afus, qui désigne la main, est un terme pan-berbère connu dans l’ensemble du domaine. Dans plusieurs parlers du Nord (Kabyle, Tachelhit, Tamazit), afus désigne certains groupements et plus précisément l’association de cinq clans constituant une tribu. Cette notion quinaire peut s’étendre à d’autres formes de regroupements. C’est ainsi que le « peuple » touareg se présente idéalement sous forme d’une main aux doigts écartés dont chacun s’identifie à l’un des groupes traditionnels (Kel Ahaggar, Kel Ajjer, Kel Air, Iulemmeden…). D’après K.A. Mariko (renseignement oral), cette représentation porte le nom d’azimzim.

 

Mais c’est dans l’organisation politique de la « super-tribu » des Ayt Atta (Jbel Sarho, Maroc) que le système quinaire atteint sa perfection et son plus haut degré de complexité. D. Hart a su analyser et expliquer cette curieuse structure en « cinq cinquièmes » : chaque khoms (cinquième) comprend plusieurs clans mais ne constitue pas d’unité territoriale, ainsi peuvent se regrouper sur le même terrain des clans appartenant à des khoms différents. L’Amar n’ufella, chef suprême de la confédération ou super-tribu (selon l’appellation proposée par D. Hart), était élu chaque année lors d’un choix revenant à tour de rôle, à chacun des khoms, mais cette élection était faite par les membres des quatre autres khoms qui ne pouvaient, cette année-là, fournir l’élu. L’élection avait lieu dans le Jbel Sarho ; les candidats du khoms qui devait fournir le chef suprême s’asseyaient en rond tandis que les électeurs des quatre autres khoms fixaient leur choix. Celui-ci étant acquis, ils tournaient autour du cercle jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’élu qu’ils faisaient lever. On lui présentait un bol de lait qu’il buvait maladroitement afin d’en provoquer l’écoulement sur sa barbe et ses vêtements, image d’abondance… La rotation du pouvoir entre les khoms et l’élection annuelle étaient ressenties comme de sages précautions contre l’établissement d’un pouvoir tyrannique.

 

 

La Main et la «Segmentante» Quinaire chez les Berbères dans Croyances & Légendes 1574068036-sans-titre

 

D. Hart a retrouvé des reliques du système quinaire dans l’organisation politique et les structures sociales de plusieurs super-tribus ou confédérations du Nord du Maroc. Chez les Ayt Ouriaghel (Ayt Wariaar) du Rif oriental, le souvenir de la constitution de la tribu en cinq cinquièmes explique la répartition en cinq parts égales de l’amende tribale que les membres du conseil infligeaient à un meurtrier ayant commis son forfait au souk ou sur le chemin menant au souk, un jour de marché.

 

 

Dans la province de Nador (Rif oriental), les Guelaya sont d’origine berbère diverse, Nefza, Matmata, Beni Snassen, Beni Merin et autres Zénètes auxquels s’étaient ajoutés, au XIIIe siècle, quelques contingents d’Arabes Maqil. Jean Léon l’Africain ne donne pas un tableau très précis de cette importante confédération ; mais heureusement pour les historiens, un auteur anonyme décrit, en 1533, ses structures politiques : la tribu se composait de cinq parties ou fractions désignées sous le nom d’ai khumus (cinquième) suivi de l’appellation de chacun des groupes : Beni Chikar, dans la presqu’île des Trois Fourches, Beni Bûgâfar, entre la mer et l’oued Kert, Beni Sîdâl à l’est de l’oued Kert, Mazzûja, le long de la lagune de Bû Areg et Beni Bûyafrûr dans le jbel Wisân et dans la région de Salwân.

 

Chez les Doukkala, tribu berbère arabisée anciennement, établie au sud-ouest de Casablanca, le cas est encore plus curieux puisque c’est le Maghzen lui même qui, s’appuyant sans doute sur une tradition tribale non complètement oubliée, réorganisa les neuf clans en cinq cinquièmes qui fournissaient chacun un nombre fixé de cavaliers pour la barka du Sultan.

 

Plus au sud, les Ait Khoms avaient de bonnes terres dans le bassin de l’oued Ifni. Occupant le versant ouest de l’Anti-Atlas, ils ne pouvaient moins atteindre l’Océan dont les séparaient les Sbouia, leurs adversaires de toujours.

 

La tribu comptant cinq clans se retrouve en Mauritanie où la tseshesemsha (de semmes = cinq) désigne le groupement politique de cinq tribus zwawa (zwahia). On peut être surpris de retrouver, en Mauritanie et en Grande Kabylie, le même nom qui désigne habituellement un important groupement de tribus distant de quelque trois mille cinq cent kilomètres. La tradition mauritanienne attribue à ce groupement un ancêtre commun dont les cinq fils seraient, chacun, à l’origine d’une des cinq tribus. Il est aussi surprenant de retrouver la même tradition précisément chez les Zwawa de Kabylie selon Boulifa, le premier habitant de Djurdjura était un géant, père de cinq fils qui furent chacun à l’origine d’un clan lignager. Bientôt à ces cinq familles vinrent s’agréger de nouveaux venus et ainsi chacun des clans primitifs donna naissance à une tribu et ces cinq tribus formèrent la confédération zwawa. Nous retrouvons le souvenir de cette organisation quinaire jusque dans la littérature moderne, dans Le fils du pauvre, M. Feraoun voit dans les Kabyles les descendants des cinq fils de Mezoug, c’est-à-dire Amazi, l’ancêtre des Branes.

 

Ainsi du Nord marocain, où nous la reconnaissons chez les Rifains Guelaya, les Ghiaia, les Ait Wariaghar, la structure quinaire de la société a laissé des traces jusqu’au Sahara méridional. À la tseshesemsha mauritanienne, correspondent les confédérations zwawa homonymes de Kabylie et de l’Adrar mauritanien. Plus à l’est, les Iberkoreyan sont cités dans les Chroniques d’Agadèz comme l’une des cinq tribus qui au XIIIe siècle constituaient la confédération Santal. Il ne fait pas de doute qu’une enquête systématique apporterait bien d’autres exemples de cette organisation.

 

 

II était tentant de rechercher chez les Paléo-berbères de l’Antiquité les témoignages d’une telle organisation. En 1970, L. Galand avait, avec prudence, proposé de rapprocher de cette division/regroupement par cinq, le nom des Quinquegentanei donné par les Romains à un ensemble de cinq tribus (gentes) de Kabylie. Julius Honorius situe cette importante confédération entre Saldae (Béjaïa/Bougie) et Rusuccuru (Dellys), c’est exactement le territoire qu’Ibn Khaldoun attribuera, dix siècles plus tard, aux Zwawa, entre Béjaïa et Tedelès (Dellys). On est même tenté de donner les noms des tribus constitutives des Quinquegentanei, puisque nous connaissons précisément cinq tribus qui aux IIe-IIIe siècles occupaient cette région, ce sont les Toulensii, les Baniouri, les Tyndenses, les Nababes et les Massinissenses.

 

Quelle que soit l’origine du nom des Quinquegentanei, comment ne pas mettre en rapport cette dénomination administrative et les traditions quinaires si répandues aujourd’hui encore chez les Berbères ?

Il paraît possible de localiser ces tribus montagnardes Pline situe les Nababes à l’est du fleuve Usar (Isser) jusqu’à la Sava (oued Soumam) mais une autre tribu homonyme, à moins qu’il ne s’agisse d’un rameau détaché des Nababes de Kabylie, appartient, à notre avis, à la confédération des Misiciri aux confins de la Numidie et de l’Africa. On est tenté de localiser les Massinissenses à l’Est de la Soumam, chez les Msisna de la région de Mlakou. Les Tyndenses étaient leurs voisins. Les Toulensii étaient une fraction établie auprès du Castellum Tulei. Quant aux Baniouri, ils semblent avoir occupé la Kabylie maritime.

Les Quinquegentanei prirent une part importante aux révoltes du IIIe siècle. Leur alliance avec les Bavares orientaux, en 259, n’empêcha point C. Macrinius Decianus, le légat de Numidie dont la province avait été envahie, de les battre successivement, d’abord les Bavares conduits par quatre rois dans la région de Mila, ensuite aux confins de la Numidie et de la Maurétanie Césarienne, en troisième lieu les Quinquegentanei venus de cette province. Au cours de l’insurrection de la fin du siècle, les Quinquegentanei constituent l’élément principal de la rebellions. Seule, l’intervention en 297 de l’Empereur Maximien mit fin aux actions des Quinquegentiens qui furent déportés et dispersés.

 

Le regroupement des cinq tribus qui caractérise la confédération des Quinquegentanei n’est peut être pas isolé durant l’Antiquité. Il m’a semblé qu’une grande tribu, celle des Misiciri qui, aux confins de l’Algérie et de la Tunisie, occupait la région montagneuse au nord de la Médjerda connaissait la même organisation quinaire. Notre hypothèse s’appuie sur une soixantaine d’inscriptions libyques citant les MSKRH et trois inscriptions latines nommant les Misiciri (et non point Misictri comme avait lu S. Gsell ). L’examen des inscriptions libyques donnant le groupe de lettres MSKRH, conduit le lecteur à reconnaître que ce mot n’a pas la valeur d’une formule funéraire, mais qu’il peut avoir un sens ethnique ; ce que confirme l’épitaphe bilingue de Chinidal de la tribu Misiciri.

 

La consultation du Recueil des Inscriptions libyques nous apprend aussi que le groupe de lettres MSKRH se trouve rassemblé dans un territoire bien délimité, dans la région forestière et montagneuse de la Cheffia, au nord de la Médjerda. La zone occupée par les Misiciri est assez vaste pour qu’on puisse y reconnaître des divisions territoriales correspondant à cinq clans respectivement nommés NNDRMH, NBIBH, NFZIH, NSFH et SRMMH. Les trois premiers sont des toponymes ou ethnonymes connus ailleurs dans le Maghreb ainsi, le toponyme actuel de la ville de Nédroma s’écrirait en libyque NDRM. Nababes, semble-t-il, est le nom d’une tribu de Grande Kabylie citée et localisée par Pline. Les NBIBH (Nababes) fraction des Misiciri habitaient dans le voisinage de Mechta Djenaïne. À l’autre extrémité du territoire, à Kef beni Fredj, autour de l’antique Thullio, se trouvaient les SRMMH. Les NSFH, contrairement aux précédents, ont un territoire étendu ; on les trouve à la fois à Ain el-Hofra et à Ain Kerma. Un peu plus au sud, dans la vallée de l’oued Bayada, vivaient les NNDRMH. Sur un territoire exigu, à Ain Karmat Smine, résidaient les NFZIH, dont le nom est conservé dans celui de la région de Kebili Nefzaoua ; la même racine se retrouve dans le nom de Nefza entre la Kroumirie et les Mogods. Ainsi tout porte à croire que les Misiciri étaient organisés en cinq clans ayant chacun sa nécropole.

 

Il est possible également de faire appel à l’étymologie et de retrouver peut-être, comme le suggère L. Galand, dans le nom des Zimises établis entre Jijel et l’embouchure de l’oued el-Kébir, le rappel de l’organisation par cinquièmes puisque cinq se dit semmes en berbère. Il n’est pas impossible que les Zamazii, qui selon Ptolémé semblent avoir occupé la Haute Moulouya, en Maurétanie Tingitane, tiraient leur nom de la même racine.

 

Retrouvée depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours et dans des régions aussi éloignées les unes des autres que la Kabylie, le Maroc, la Mauritanie et les pays touaregs, l’organisation quinaire paraît un élément sociologique parfaitement caractéristique du monde berbère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Lion dans la Croyance Populaire Algérienne

9012020

 

 

 

 

 

Le lion est en Afrique , dit le général Daumas, un être redoutable, sur lequel on raconte un grand nombre de mystérieuses et terribles légendes, dont une superstition épouvantée protège la formidable majesté. Avec cet esprit observateur qui les distingue, les Arabes (Algéries) ont fait sur le lion une sérié de remarques dignes d’être recueillies et conservées.

 

 

 

 

 

 

 

Le Lion dans la Croyance Populaire Algérienne dans Croyances & Légendes 1573206712-ct0372-1 

Algérie, La lionne de Sidi M’Hamed Benaouda 1900

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant le jour , le lion cherche rarement a attaquer l’homme ; d’ordinaire même, si quelque voyageur passe auprès de lui il détourne la tête et fait semblant de ne pas l’apercevoir. Cependant, si quelque imprudent, côtoyant un buisson où il est couché, s’écrie tout à coup : « Il est là (ra hena), » le lion s’élance sur celui qui vient troubler son repos.

 

Avec la nuit, l’humeur du lion change complètement. Quand le soleil est couché , il est dangereux de se hasarder dans les pays boisés, accidentés, sauvages : c’est là que le lion tend ses embuscades, qu’on le rencontre sur les sentiers qu’il coupe en les barrant de son corps.

 

Voici, suivant les Arabes, quelques-uns des drames nocturnes qui se passent alors habituellement. Si l’homme isolé, courrier, voyageur, porteur de lettres, qui vient à rencontrer le lion, a le cœur solidement trempé, il marche droit à l’animal en brandissant son sabre ou son fusil, mais en se gantant de tirer ou de frapper. Il se borne à crier: Oh ! le voleur, le coupeur de routes , le fils de celle qui n’a jamais dit non! Crois-tu m’effrayer? Tu ne sais donc pas que je suis un tel , fils d’un tel? Lève-toi et laisse-moi continuer ma route.

 

Le lion attend que l’homme se soit approché de lui, puis il s’en va se coucher à mille pas plus loin. C’est toute une série d’effrayantes épreuves que le voyageur est obligé de supporter. Toutes les fois qu’il a quitté le sentier, le lion disparaît, mais pour un moment seulement; bientôt on le voit reparaître, et, dans toutes ses manœuvres, il est accompagné d’un terrible bruit. Il casse dans la forêt d’innombrables branches avec sa queue, il rugit, il hurle, il grogne, il lance des bouffées d’une haleine empestée, il joue avec l’objet de ses multiples et bizarres attaques, qu’il lient continuellement suspendu entre la crainte et l’espérance, comme le chat avec la souris. Si celui qui est engagé dans cette lutte ne sent pas son courage faiblir, s’il parvient, suivant l’expression arabe, à bien tenir son âme, le lion le quitte et s’en va chercher fortune ailleurs.

 

Si le lion, au contraire, s’aperçoit qu’il a affaire à un homme dont la contenance est effrayée, dont la voix est tremblante, qui n’a pas osé articuler une menace, il redouble , pour l’effrayer davantage encore, le manège que nous avons décrit. Il s’approche de sa victime, la pousse avec son épaule hors du sentier, qu’il intercepte à chaque instant, s’en amuse enfin de toute manière, jusqu’à ce qu’il finisse par la dévorer à moitié évanouie.

 

Rien d’incroyable, du reste, dans le phénomène que tous les Arabes ont constaté. L’ascendant du courage sur les animaux est un fait incontestable.

 

Suivant les Arabes, quelques-uns de ces voleurs de profession, qui marchent la nuit armés jusqu’aux dents, au lieu de redouter le lion, lui crient, quand ils le rencontrent:

 

Je ne suis pas ton affaire. Je suis un voleur comme toi; passe ton chemin , ou , si tu veux, allons voler ensemble.

 

On ajoute que quelquefois le lion les suit et va tenter un coup sur le douar où ils dirigent leurs pas. On prétend que cette bonne amitié entre les lions et les voleurs se manifeste souvent d’une manière assez frappante. On a vu, dit on, des voleurs, aux heures de leurs repas, traiter les lions comme des chiens, en leur jetant, à une certaine distance, les pieds et les entrailles des animaux dont ils se nourrissaient.

 

Des femmes arabes ont aussi, à ce qu’on raconte, employé avec succès l’intrépidité contre le lion. Elles l’ont poursuivi au moment où il emportait des brebis, et lui ont fait lâcher sa prise en lui donnant des coups de bâton, accompagnés de ces paroles : « Voleur ! fils de voleur !»

 

La honte, disent les Arabes, s’emparait alors du lion , qui s’éloignait au plus vite. Ce dernier trait prouve que le lion, chez les Arabes, est une sorte de créature à part, tenant le milieu entre l’homme et l’animal; une créature qui, en raison de sa force, leur paraît douée d’une intelligence toute particulière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi Croyances autour de la chasse au lion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Kil es Souf: Une Superstition Touarègue

30112019

 

 

 

 

 

Les Kil es Souf: Une Superstition Touarègue dans Croyances & Légendes tombeau-neolithique-algerie1 

 

©Photo Yann Arthus Bertrand

Sépulture néolithique à enclos, au sud de Djanet, Tassili n’Ajjer, Algérie 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Kil es Souf, ou Ahl et Trab (revenants); sont ,des êtres, facétieux qui, alliés aux djenoun et aux ogres, s’ingénient à trouver le moyen d’être désagréables aux voyageurs ; sous prétexte que tout ce qui est sous.,terre leur appartient, ils accaparent toute l’eau des, puits, mangent, les racines des plantes qui ne peuvent plus pousser, etc., etc.; leurs mauvais tours vont jusqu’à la cruauté, témoin la légende que voici :

 

Deux frères fort pauvres, voyageant ensemble, rencontrèrent une caravane venant du Soudan. Les gens de la caravane, pris de pitié pour eux, leur firent don,d’une brebis. Les deux frères continuèrent leur route et s’arrêtèrent, pour y passer la nuit, dans un endroit complètement désert et dépourvu de végétation. Il n’y avait là qu’une tombe dont les chouahed (témoins) (1), faute de pierre aux environs, avaient été faits de deux blocs de bois.

 

Les voyageurs égorgèrent leurs brebis, puis l’aîné, ne voyant aucun moyen de la faire cuire, dit à son frère :

« Va me chercher une de ces bûches, pour faire le feu. »

 

— Le jeune homme obéit; mais, quand il voulut ébranler la bûche, il entendit une voix plaintive qui, du fond de la tombe, poussait des Ahan ! déchirants à chaque secousse.

 

— Effrayé, il vint raconter ce qui se passait à son frère qui, haussant les épaules, lui renouvela l’ordre déjà donné.

 

—Après trois tentatives infructueuses, l’aîné dit à son frère: « Reste auprès de la brebis, j’y vais », et, à son tour, il se mit en devoir d’arracher la bûche.

 

— « Ahan ! » fit le mort.

 

— « Eh ! Ahan toi-même ! » dit l’autre; «j’ai besoin de ton bois pour faire cuire notre brebis et tu n’en as que faire ! »

 

D’un vigoureux coup d’épaule, il jeta la bûche à terre, l’emporta et, trouvant son frère endormi auprès de la brebis égorgée, il alluma le feu et fit cuire la bête.

 

— Quand le feu commença à pétiller, le mort sortit de son tombeau et vint s’asseoir entre les deux frères. La brebis fut bientôt à point, et le rôtisseur, trouvant assez naturel que son fournisseur de bois revendiquât sa place au festin, fit trois parts de la viande.

 

— « Pourquoi fais-tu trois parts? » demanda le défunt.

 

— Mais, dit celui auquel il s’adressait, parce que nous sommes trois : «Toi, mon frère et moi. »

 

Ton frère est mort. — « Il dort. — Il est mort. — Il dort.»

 

— Bientôt le mort et le vivant en vinrent à discuter, puis à s’injurier.

 

A la fin, impatienté, ce dernier s’écria : « Si mon frère est mort, tu l’es aussi », et, prenant son fusil, il fit feu sur son interlocuteur qui s’enfuit vers sa tombe où il disparut.

 

Le voyageur, qui l’avait poursuivi, revint vers son frère qui paraissait toujours dormir, mais il ne put le réveiller : comme l’avait dit le revenant, il était mort. La balle tirée par l’aîné des deux frères n’avait traversé qu’une ombre, et était venue frapper en plein cœur l’homme endormi.

 

On ne sait pas au juste où ce tragique événement s’est passé, pas plus qu’on ne se rappelle le nom des deux frères héros de l’aventure.

 

Les Kil es Souf ne sont pas beaucoup plus sociables; ils vont quelquefois jusqu’à se montrer a deux voyageurs marchant ensemble, mais jamais à trois et encore moins à un plus grand nombre.

 

Quel que soit le scepticisme des Touareg de l’Ouest. ils ne s’en couvrent pas moins le corps d’amulettes, en tout semblables à celles que portaient les musulmans d’Algérie. Toutefois, il est nécessaire que le cordon qui les supporte soit jaune ou rouge, c’est un fait établi, mais on n’a pu nous en donner la raison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Les chouahed sont, ordinairement, deux pierres placées debout, l’une à la tête et l’autre aux pieds.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le cheval de Troie

25102019

 

 

 

 

 

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Grande fut la joie de l’archéologue et helléniste allemand, Schielmann, lorsque, en 1879, il découvrit, sur une colline, l’emplacement et les vestiges de la célèbre cité que fut Troie (ou Ilion, Pergama).

 

 

Sur cet emplacement historique s’élève, aujourd’hui, Hissarlik , bourgade turque d’Asie Mineure. Après avoir procédé à d’importantes fouilles et trouvé des couches de ruines, superposées et d’une hauteur de 15 mètres, l’archéologue analysa consciencieusement ces ruines et tira de précieuses conclusions.

 

 

Ces ruines superposées étaient celles de sept villes différentes et bâties successivement au cours des siècles. Selon les déductions du savant, les restes de l’ancienne Troie d’Homère semblaient être ceux qui constituaient la dernière couche, placée sous les six autres et profondément enfouie dans le sol et les cendres.

 

 

Elle portait d’amples et profondes traces d’incendie. Ainsi que le lierre s’accroche au mur et finit par faire corps avec lui, par le feu et les attaques du temps, des armes et des boucliers se trouvaient agglutinés avec les ruines. Dans ces décombres, l’archéologue découvrit de nombreux bijoux et objets en or.

 

 

 

 

Etait-ce là le trésor de Priam, roi de Troie ?

 

 

Tout à côté de la citadelle de Pergame, Troie (1) était construite sur une colline dominant la plaine, où coulait le Scamandre, fleuve de la Troade, chanté magistralement par Homère dans l’Iliade. La cité se situait presque à l’entrée de l’Hellespont (2) et à peu de distance de l’île Samothrace. On imagine aisément la joie de vivre sur ces terres grecques antiques, où la limpidité de l’atmosphère et la pureté de l’air enchantaient les poètes grecs et influençaient si heureusement leur caractère.

 

 

 

 

Mais quelle était l’histoire de cette étrange ville, qui fut détruite et incendiée par Agamemnon, généralissime et « roi des rois » ? Cette histoire se trouve surtout composée par deux faits principaux : la guerre de Troie et la fameuse légende du Cheval de Troie.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pièces du « trésor de Priam » (Troie II) découvert par Heinrich Schliemann. Cette photographie est présumée avoir été prise avant la dispersion du trésor en 1880.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En mêlant adroitement la légende et l’histoire, lorsqu’ils entreprirent la plus célèbre des expéditions que fut cette guerre de Troie, les Grecs, et les héros qu’ils avaient rassemblés,créèrent la source intarissable où Homère puisa l’inspiration pour enfanter ses deux immortels poèmes, l’Iliade et l’Odyssée.

 

 

 

En la résumant brièvement, il nous paraît intéressant de rappeler cette légendaire expédition en Troade, immortalisée par les récits épiques d’Homère, le mystérieux poète errant et aveugle, natif de Smyrne.

 

 

 

Depuis le XIIe siècle, chassés du Péloponèse par les Doriens, les Achéens et les Ioniens avaient émigré et cherchaient à pénétrer en Asie Mineure. Mais il leur fallait lutter contre les Dardaniens, peuplades asiatiques établies en Troade (région troyenne). Vraisemblablement, ce fut là la première cause de la « guerre de Troie ». Mais il y en eut une autre : celle de l’enlèvement d’une « reine » grecque par le fils du roi de Troie. Pâris, fils de Priam, roi de Troie, avait audacieusement capturé Hélène, épouse de Ménélas, roi de Sparte et frère d’Agamemnon.

 

 

Considérant ce rapt comme un affront insupportable, les Grecs décidèrent de se venger en faisant l’assaut de Troie. Agamemnon, roi de Mycènes et d’Argos, réunit en conseil les rois et héros grecs : le « bouillant » Achille, roi des Myrmidons, de Thessalie ; Ulysse, roi d’Ithaque ; Nestor, le sage et vieux roi de Pylos ; Philoctète, détenteur des redoutables flèches que lui avait confiées Héraclès en mourant ; les deux Ajax, rois des Locriens et de Salamine ; Patrocle, l’ami d’Achille ; Diodème, impétueux roi de Calydon, etc.

 

 

A la tête des troupes diverses et coalisées, Agamemnon donna sans tarder l’ordre de départ pour l’expédition punitive. Les guerriers grecs et leur flotte furent concentrés à Aulis (3), port de Béotie et proche de l’île d’Eubée. Avant de « mettre à la voile », Agamemnon voulut s’assurer de la faveur des vents ; il demanda conseil à Calchas, célèbre devin grec. Sur le conseil impératif de ce dernier, Agamemnon sacrifia sa fille, Iphigénie, afin d’apaiser le courroux d’Artémis (Diane) et d’obtenir ainsi que ses navires eussent le vent en poupe.

 

Dès que les troupes d’Agamemnon furent en vue des côtes de la Troade, chacun sentit qu’une grande bataille allait se passer sous les murs de la capitale. A peine débarqués, les guerriers grecs commencèrent le siège de Troie.

 

 

Mais Troie était bien défendue ; Pergame, sa citadelle, était puissamment fortifiée. Mari d’Andromaque, le vaillant Hector, fils aîné du vieux roi Priam, était à la tête des troupes assiégées. La résistance des Troyens était surprenante ; elle fut si tenace que le siège de Troie dura dix ans. Bien qu’ils fussent déconcertés par cette farouche résistance et inquiets du sort réservé à leurs projets, les Grecs redoublèrent leurs furieux assauts. Ils étaient sur le point de triompher, lorsque, brusquement, la discorde régna entre leurs chefs. S’étant querellé avec Agamemnon, Achille, qui était de caractère ombrageux, quitta le camp d’Agamemnon et, furieux, se retira sous sa tente.

 

 

 

Mystérieusement averti de cet état de choses, qui affaiblissait le camp des assaillants, Hector exploita cette situation. Après avoir réussi à envahir le camp des Grecs et à incendier leurs navires, Hector rencontra Patrocle et le tua au cours d’une lutte sans merci. Quand il vit le cadavre de son ami, Achille entra dans une colère terrible ; il résolut de venger sur-le-champ la mort de Patrocle.

 

 

 

Rencontrant Hector, Achille engagea le combat, le tua à coups d’épée et fit déposer le corps devant le roi Priam après l’avoir traîné trois fois autour des murs de la ville.

 

 

Mais le sort des armes est parfois contraire et réserve aux vainqueurs des surprises imprévues.

 

 

A son tour, le « bouillant » Achille fut, d’une flèche lancée par Pâris, blessé mortellement au talon (seule partie de son corps qui fût vulnérable). Les armes d’Achille furent alors l’enjeu qui opposa Ulysse à Ajax. N’ayant pu réussir à posséder ces armes, Ajax fut désespéré et se donna la mort.

 

 

 

Ainsi, par ces divers événements, les Grecs se trouvèrent-ils en fâcheuse posture ; il devenait indispensable de redresser la situation, par force ou par ruse, afin d’en finir avec cette épuisante guerre et d’entrer enfin dans la ville assiégée.

 

 

En ces temps anciens, dans son temple de Delphes, à l’ombre du Parnasse, Apollon rendait gravement des oracles par la bouche de la Pythie, prêtresse de l’oracle d’Apollon. Les Grecs n’entreprenaient guère d’actions importantes sans qu’ils eussent, auparavant, consulté l’oracle.

 

 

Or, un oracle ayant assuré que les soldats d’Agamemnon ne pouvaient vaincre que s’ils étaient en possession du Palladion (4), statue (en bois) de Pallas, divinité de la guerre personnifiée par Minerve, et vénérée à Pergame, Ulysse résolut de s’emparer coûte que coûte de cette statue protectrice.

 

 

 

Déguisé en mendiant, Ulysse réussit à tromper la vigilance de l’ennemi et à entrer dans la citadelle de Pergame. Pendant ce temps, Pyrrhos (Pyrrhus), fils d’Achille, se mettait en devoir de ramener dans le camp d’Agamemnon les flèches (5) que Philoctète avait emportées.

 

 

Parmi les chefs grecs, il était un prince avisé : c’était Palamède (6), roi d’Eubée. Sans doute influencé par le fait que son maître avait été le fameux centaure Chiron, qui éduqua Achille enfant, Palamède eut l’idée ingénieuse de construire un colossal cheval de bois (7), dans lequel s’enfermait l’élite des guerriers grecs. Le plan de cette peu banale coutume de guerre était simple.

 

 

 

Feignant de lever le siège et d’abandonner la lutte, les Grecs laissèrent le cheval sur le rivage et firent répandre le bruit que ce cheval était une offrande à Pallas. Mais les Troyens redoutaient d’être considérés comme des gens naïfs ; Laocoon, l’un des fils de Priam et prêtre d’Apollon à Troie, se montra même particulièrement méfiant. Les Troyens s’interrogèrent. Au lieu d’une réelle offrande, cet énorme cheval n’était-il point une bizarre machine de guerre pour enfoncer leurs murailles défensives ? Craignant un piège, les Troyens hésitaient à faire pénétrer le cheval dans leur ville. Ces indécisions troyennes irritèrent les Grecs d’Agamemnon.

 

 

Alors, se détachant de leurs rangs, un jeune guerrier, nommé Sinon (8), se fit volontairement et adroitement faire prisonnier par les Troyens. Quand il fut dans la ville, Sinon, en comédien consommé, affirma qu’il désertait les rangs grecs pour se ranger sous la bannière du roi Priam. Avec des accents pathétiques, il sut convaincre les Troyens de l’honnêteté de ses intentions, et il leur assura que l’étrange cheval était réellement une offrande à Minerve.

 

 

Rassurés, persuadés, mais abusés par l’astucieux Sinon, les Troyens ouvrirent une brèche dans leurs remparts et firent entrer le redoutable cheval dans la ville, cheval diabolique et qui était comme un « ver dans un fruit ».

 

 

Alors, sortant des flancs du cheval où ils étaient tapis, les guerriers grecs se ruèrent dans la cité, armes à la main, et commencèrent le massacre des Troyens, surpris et désemparés par cette attaque subite. Dans la citadelle, les soldats troyens se défendirent héroïquement, mais en vain, car les renforts grecs affluaient par terre et par mer. De l’île de Ténédos (où ils étaient rassemblés, à peu de distance de Troie), les navires grecs vinrent débarquer leurs guerriers sur la côte et entrèrent rapidement dans la ville, dont les portes avaient été ouvertes par les premiers soldats que le cheval avait déversés.

 

 

Pyrrhus massacra le roi Priam et toute sa famille, puis emmena Andromaque comme captive. Troie fut prise et brûlée. Seuls, parmi les chefs troyens, Anténor, beau-frère de Priam, et Enée, fils de Vénus, réussirent à échapper au massacre et à l’incendie. Après mille aventures dramatiques, ils parvinrent en Italie, fondèrent Padoue et plusieurs villes dans le Latium.

 

 

 

Quant aux chefs grecs, la victoire de Troie ne leur épargna point les vicissitudes. Comme un juste retour des choses, ils connurent des instants pénibles, voire tragiques. Agamemnon fut assassiné par sa femme, Clytemnestre, et son rival, Egisthe ; Ménélas erra lamentablement pendant huit ans avant de regagner son royaume de Sparte ; Ulysse, à bord de son frêle navire, qu’il avait construit « de ses mains », erra, lui aussi, pendant dix années avant de regagner son île royale d’Ithaque, où l’attendaient son fils, Télémaque, et sa femme, la douce et fidèle Pénélope.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Troie : la légende mythologique attribue la fondation de Troie à Dardanus, fils de Zeus et d’Electre.

 

 

(2) Hellespont, nom antique de l’actuel détroit des Dardanelles.

 

 

(3) C’est un nom imaginé par les poètes. En réalité, s’il y avait un port en Béotie, il n’existait nul nom, ou contrée, qui portât celui d’Aulis dans toute la Grèce.

 

 

(4) Palladion (ou palladium). Selon la légende, par la possession de cette statue, le salut de Troie était assuré. Depuis, au figuré, le mot palladium désigne ce qui est une sauvegarde : Les lois sont le palladium des sociétés.

 

 

(5) L’oracle avait également donné à ces fameuses flèches le même pouvoir que celui de Pallas.

 

 

 

(6) Palamède. On lui attribua l’invention du jeu de dés, du disque et des échecs.

 

 

(7) Il est aussi une autre version, selon laquelle ce serait le devin Calchas qui aurait conseillé à Agamemnon de « faire rentrer le loup dans la « bergerie > su construisant le fameux cheval de Troie.

 

 

(8) Sinon. On le désigne couramment comme ayant été un traître, perfide et menteur. Menteur, certes, il le fut, pour les besoins de la cause. Mais le qualificatif de traître est exagéré, semble-t-il. Pour agir en traître, au sens national du mot, il eût fallu qu’il appartînt aux troupes troyennes. Or, Sinon était du camp adverse. Il agissait donc en espion et non en traître.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les fondations mythiques de Sanaa

8082019

  

 

 

 

 

 

 

 

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L’origine mythique de Sanaa est directement liée à la fondation du palais de Gumdàn. Celui-ci est, selon la légende, le premier édifice à avoir été construit par Sem après qu’il ait choisi le site pour fonder la première ville après le déluge. Le savant yéménite, al-Hamdànï (décédé dans la deuxième moitié du Xe siècle) est un des premiers à en faire le récit :

 

« Sem, fils de Noé, a fondé Gumdân. Il a creusé son puits qui sert, aujourd’hui, de réservoir à la Grande mosquée de Sanaa. Ayant parcouru les terres du nord, il se rendit dans le sud, visitant les pays les plus agréables, et arriva dans le premier « climat ». Là, le Yémen lui apparut comme l’endroit le plus propice pour y élire domicile. Après un si long voyage, il arriva dans la plaine de Sanaa. Il posa son cordeau entre les deux montagnes surplombant Gumdân à l’ouest de la plaine de Sanaa et construisit « al-zibr » qui existe encore aujourd’hui. Lors de sa construction, Dieu envoya un oiseau qui enleva le cordeau. Sem le suivit pour voir où il tomberait. Il s’arrêta au sud du Na’îm au pied de la montagne Nuqum et le lâcha mais quand Sem l’atteignit, l’oiseau le reprit et le posa sur les tells volcaniques de Gumdân. Lorsque le cordeau fut fixé sur la plaine de Gumdân, Sem comprit qu’il lui avait donné l’ordre de construire en ce lieu. Il fonda donc Gumdân puis creusa son puits appelé « karâma » et utilisé encore de nos jours bien que son eau soit saumâtre.« 

 

 

 

 

 

Ibn al-Dayba’ propose une autre variante moins riche en détails mais apportant, en liaison avec Sanaa, des données inédites sur la progéniture de Sem. Sur ordre de son père Noé, celui-ci se dirigea avec ses enfants en direction du Yémen à la recherche d’un endroit où élire sa demeure. Négligeant le Hédjaz, le Nejd et la région d’al-’Arûd dont les climats ne lui convenaient pas, il s’arrêta à Sanaa pour y fonder la ville et y creuser un puits qui porte son nom. Pendant ce temps, son frère Yâfit (Japhet) s’établissait dans les terres du nord et Hâm (Chem), ancêtre des Africains, dans les régions sud de la terre. A Sanaa, Sem eut cinq enfants, Arfahsad, Asûd, Lâwad, Iram et ‘Awilam qui, sous l’influence du climat, virent leur langage et leurs aspects physiques se transformer. Ils acquirent ainsi le type ethnique des Arabes et en devinrent les ancêtres.

 

 

 

 

 

 

 

 1563087094-img-8812 dans Croyances & Légendes

 

 

 

 

 

 

 

Le géographe Ibn al-Mugâwir nous rapporte des versions quelque peu différentes de ce mythe en se fondant sur l’autorité d’auteurs anciens. Selon l’un d’eux, ce serait Seth, un des fils d’Adam qui aurait construit Sanaa et aurait planté, à sa périphérie, deux jardins placés des deux côtés d’une route et dont la longueur équivalait à sept journées de marche entre Sanaa et l’Irak. Un autre rapporte sa fondation à l’œuvre de Sem qui, à la recherche d’un lieu pouvant alléger sa douleur et pourvu d’un climat tempéré, d’eau douce et d’une terre bénéfique, découvrit que Sanaa était l’endroit le plus propice. Il monta sur la montagne Nuqum et ordonna à ses gens de se construire chacun une maison. La ville atteignit bientôt une largeur et une longueur de sept parasanges et ses dépendances s’étendirent jusqu’à Basra. Une route reliait ces deux cités ; elle resta praticable « jusqu’à ce qu’elle fut recouverte par les sables » . Le premier puits de la Création y fut creusé par Hûd, un prophète pré-islamique dont le corps reposerait, dit-on, dans le sanctuaire qui lui est consacré près de Tarim (Hadramawt). Le palais de Gumdân est lui-aussi mentionné comme ayant été fondé par Sem puis rehaussé d’une demeure royale par chaque tubba’ yéménite jusqu’à atteindre  » 72 ou 93 niveaux ».

 

 

 

Le dernier à l’avoir surélevé fut As’ad al-Kâmil, un des tubba’ les plus célèbres dont les exploits légendaires sont souvent empruntés à l’épopée d’Alexandre le Grand et qui, dans les anciennes légendes yéménites, est identifié au tubba ‘ coranique . Dans la version d’ al-Hamdànï, un oiseau manifeste la toute puissance de Dieu en guidant l’acte fondateur. Ce thème n’est pas propre à Sanaa, il se retrouve dans d’autres récits de fondation de villes musulmanes, Le Caire et Alexandrie notamment. Dans le cas de Sanaa, la volonté de valoriser la civilisation des Arabes du sud, les Qahtàn, est sous-jacente à son origine mythique qui allie l’âge d’or pré-islamique, Gumdân et As’ad al-Kàmil, et une généalogie sacrée, Sem, Seth et Hûd. Elle pénètre aussi le thème de la protection divine de Sanaa que plusieurs légendes viennent illustrer. Al-Hamdànï rapporte que ses habitants, lors d’un combat avec leurs ennemis, entendirent une voix surnaturelle les assurer de la miséricorde de Dieu pour Azâl, le nom légendaire du Sanaa anté-islamique. C’est le chant d’un oiseau, répétant « le village est protégé », que Wahb b. Munabbih entendait chaque jour à l’extérieur de la ville. Le témoignage de ce personnage est invoqué par al-Râzi, un auteur yéménite du XIe siècle, pour relater comment une gazelle provoqua le massacre des assiégeants de Sanaa, des hommes de tribu de Hamdân, qui s’entretuèrent pour sa possession. L’armée d’un gouverneur omeyyade campant aux portes de la cité connut le même sort, prenant pour une attaque nocturne l’arrivée de montures échappées de la ville. Les serpents même ne pouvaient pénétrer en ville :

 

« Sanaa est protégée par deux talismans représentant des serpents et peu s’en faut qu’un habitant de cette ville en ait été victime. De mémoire d’homme, aucun de ceux qui en ont été mordus n’en est mort et cette victoire reste unique. Posés sur les portes de la ville, un de ces talismans était en fer et l’autre en cuivre… » (al-Razï).

 

 

 

 

Tel un microcosme réfléchissant par réfraction la mythologie coranique ou le temps mythique de la complétude religieuse, l’enceinte de la ville devient le théâtre d’une histoire sainte enracinant le lieu dans un temps primordial où se succédaient les envoyés de Dieu. Ibn Rustah rapporte ainsi une tradition qui accrédite la volonté de sacralisation de la ville par ses habitants :

« Une grande arcade en pierre se dresse près du marché des bouchers : ce fut là, prétend la population, que furent égorgés autrefois seize prophètes » (Ibn Rustah).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Légende d’Imrou’lqaïs.

3072019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les sept poètes auteurs des Mo’allaqahs, le plus connu et le plus renommé à juste titre est Imrou’lqaïs, surnommé le « roi des poètes. » La vie de ce poète antéislamique a fourni aux nombreux commentateurs qui se sont occupés de ses œuvres, le thème de plusieurs légendes dont nous nous contenterons de citer deux des plus intéressantes à notre point de vue.

 

 

 

 

 

 

 

 La Légende d'Imrou'lqaïs. dans Croyances & Légendes

Calligraphie du nom d’Imrou’l Qays

 

 

 

 

 

 

 

 

Imrou’lqaïs (l’homme de la déesse Qaïs), était le fils du roi des Kindites, Hodjr. Ses talents poétiques se développèrent rapidement, à la grande colère du roi Kindite. Ne pouvant arriver à combattre les dispositions précises que manifestait Imrou’lqaïs, le roi Hodjr bannit son fils, puis ne trouvant pas cette punition suffisante, il chargea un de ses serviteurs nommé Rabi’a de rejoindre Imrou’lqaïs et de le tuer. Rabi’a avait été justement l’un des amis du jeune poète. Il partit néanmoins avec l’intention bien arrêtée de tuer le fils de son souverain. Mais vaincu par les supplications du poète et surtout en souvenir de son ancienne amitié, il ne lui fit rien. Hodjr avait demandé les yeux de son fils comme preuve que la mission de Rabi’a serait remplie. Le serviteur tourna la difficulté en tuant une gazelle et en en rapportant les yeux au roi des Kindites.

 

 

 

 

Cette légende n’a sans nul doute aucun fondement historique.

 

 

Cette légende qui, comme le fait remarquer M. René Basset dans sa Poésie arabe anté-islamique, se trouve dans maint récit d’Orient et d’Occident et rappelle celle de Geneviève de Brabant et de plusieurs récits des Mille et une Nuits, semble avoir été imaginée pour expliquer le passage suivant du divan d’Imrou’lqaïs:

 

« Ne me trahis pas, à Rabi’a, moi qui auparavant eus toujours confiance en toi. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imrou’lqaïs avait obtenu des secours de l’empereur grec et se préparait à retourner en Arabie «lorsqu’un des Benou Asad, nommé Thammâh, qui était allé à Constantinople combattre ces projets, dénonça au César une intrigue que le poète aurait eue avec sa fille ; suivant d’autres, il l’aurait averti de se méfier des intentions d’Imrou’lqaïs. L’empereur envoya à ce dernier, comme pour l’honorer, un de ses propres vêtements qu’il avait fait imprégner d’un poison violent ; dès qu’il se fut revêtu de cette tunique de Nessus, le prince kindite vit son corps tomber en lambeaux et mourut à Ancyre dans de cruelles souffrances »

 

 

 

 

Cette légende, véritable mythe héracléen, est donnée par le Kitâb Al Aghani, d’après les récits traditionnels qui avaient cours chez les Benou-Asad, sujets de Hodjr et d’Imrou’lqaïs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Légende Musulmane Sur La Mort De Mariam Bint Imran

28052019

                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légende suivante est tirée d’un petit opuscule imprimé plusieurs fois à Kazan (Russie) sous le titre suivant : حضرت مريم رضي الله تعالى عنها كتابي. Cette légende est prise de l’édition de 1896.        

 

 

Ce texte a déjà été réimprimé avec une traduction russe par M. Matvjeev. M. Matvjeev a fait suivre le texte de quelques notes dans lesquelles il a rappelé les passages du Coran où il est fait allusion à Marie, Marie fille d ‘Imran (III, 30, 31; LXVI, 12) et sœur d’Aaron (XIX, 29) fut élevée sous la surveillance du prophète Zacharie (III, 32), frère de Jean le Précurseur. Marie reçut une nourriture céleste (III, 39) et vécut dans l’état de virginité (XXI, 91 , LXVI, 12) : les anges lui annoncèrent qu’elle était choisie par Dieu (III, 37) et serait mère de Jésus-Christ (III, 32-42) : elle enfanta Jésus (XIX, 18-31) né du souffle divin (XIX, 17) et fut pour cela insultée par les Juifs (IV, 155; XIX, 28-29). Le Coran parle de sa vie avec Jésus-Christ (XXIII, 52), dit qu’elle a été un signe pour le monde (XXI, 91), etc.        

 

 

 

M. Matvjeev remarque que Solaiman, l’auteur du livre,a très peu emprunté au Coran. Ainsi il n’y est pas question dans le Coran de la montagne sur laquelle se retirent Jésus et sa mère, et que le texte publié par M. Matvjeev appelle Tabian (تبيان). Cette montagne porte le nom de لم لم (lamlam) dans la variante de la légende recueillie chez les Tatars de la Chine par M. Katanov. Mais il est visible que ce nom propre est simplement une altération de l’arabe لبنان (Liban) : Jésus en effet descend de la montagne après la mort de sa mère pour aller trouver les Juifs, il est donc vraisemblable de croire que cette montagne n’est pas située loin de la Judée et c’est en effet le nom que donne l’édition de Kazan de 1896. C’est sur cette montagne qu’Azrail, l’ange de la mort, vient annoncer à la Vierge que sa dernière heure est arrivée. Comme un épisode analogue se trouve dans des récits chrétiens où Gabriel annonce à la Vierge, sur le mot Eleon (des Oliviers) qu’elle doit mourir, il en a conclu que cet épisode avait été emprunté au christianisme. Mais cette opinion nous paraît peu vraisemblable, les emprunts directs faits au christianisme étant fort rares ; il n’y a là qu’une pure coïncidence et l’intervention d’Azrail s’explique tout naturellement par les croyances musulmanes.        

 

 

 

Dans le récit de Solaiman, la Vierge meurt avant Jésus : on ne rencontre cependant rien de semblable ni dans l’histoire des prophètes de Kisa’i', ni dans son manuels intitulé : أنباء الأنبياء عليهم السلام و تاريخ الخلفاء ni dans Tha’lebi (قصص الأنبياء) Voici ce que dit ce dernier au sujet de la mort de la Vierge, d’après Wahb-ibn Monabbih :    

 

 

 

 

 

   

لما أراد الله تعالى أن يرفع عيسى عليه السلام آخى بين الحواريين فأمر رجلين منهم يقال لأحدهما شمعون الصفار و للآخر يحي أن يلتزما أمه و لا يفارقاها فانطلقا و معهما مريم إلى ماروت ملك الروط يدعونه إلى الله تعالى و قد بعث الله تعالى إليه قبل ذلك يونس عليه السلام فلما أتوه أمر شمعون و اندراوس فقتلا و صبا منكسين و هربت مريم و يحي حتى إذا كانا في بعض الطريق لحقهما الطلب فخافا فانشقت لهما الأرض فغابا فيها و أقبل ماروت ملك الروم و أصحابه فحفروا ذلك الموضع فلم يجدوا شيئا فردوا التراب على حاله و علموا أنه أمر من الله تعالى فسأل ملك الروم عن حال عيسى فأخبروه به فأسلم كما ذكرنا

 

                

 

 

 

 

Toutefois cette légende sur la mort de la Vierge n’a pas été imaginée de toutes pièces par Solaiman. Il n’a fait que mettre en vers en la développant et y ajoutant quelques épisodes une légende arabe dont nous possédons une rédaction en aljamiado. L’épisode de la retraite de Jésus sur la montagne et de la mort de Marie font partie d’un récit intitulé « Relato del nacimiento de Jésus». Après les miracles de Jésus chez le teinturier, il est chassé par les Juifs comme sorcier et se retire avec sa mère sur une montagne.    

 

« Et les Juifs les chassèrent de la ville et Jésus s’en alla avec sa mère servant Dieu, combien il est élevé! du mieux qu’ils pouvaient.

Après être partis de cette ville, voici qu ils arrivèrent à une montagne élevée et Jésus et sa mère vinrent à une caverne qui était au pied de la montagne et Jésus trouva des herbes tendres et bonnes, et il vint à sa mère et ils en mangèrent et reposèrent leurs cœurs.    

 

Ensuite Jésus fit une demeure afin que sa mère y pût servir Dieu; il fit une autre demeure pour lui et ils suivaient Allah chacun en son logis. Puis quand les ténèbres de la nuit venaient, Jésus adorait Dieu, en son logis, et sa mère dans le sien : au milieu de la nuit, Jésus alla voir sa mère et la trouva endormie, du moins il le croyait, et en la voyant, il l’appela ainsi en disant :  

« Louange à Allah, ô mère, de ce qu’il t’a fait la faveur d’un tel sommeil, jamais je ne t’avais vue tant dormir. »

 

Ensuite Jésus revint à l’endroit où il servait Dieu jusqu’au moment où l’aube parut; alors étant revenu vers sa mère il la trouva dans l’état où il l’avait laissée et lui dit :  

« O mère, lève-toi, déjà l’aube commence à poindre, voici un sommeil comme je n’en avais jamais vu en toi ».  

 

Et elle était morte : et Dieu donna la patience et la résignation à Jésus, au sujet de la mort de sa mère : il la prit sur ses épaules et il l’emportait pour l’ensevelir.  

 

Puis quand le jour parut et que le soleil brilla, il regarda et vit au pied de la montagne des gens d’entre les Beni-Israël. Il descendit vers eux et leur demanda de l’aider à ensevelir sa mère et de faire la prière sur elle.

 

Et quand il fut près d’eux, il déposait des baisers sur son cou et leur disait : « Aidez-moi à ensevelir ma mère, car elle a goûté la mort. »   Et ils lui répondirent : « N’es-tu pas le sorcier chassé des terres du Yémen? »  

 

Et ils lui lançaient des pierres; et quand Jésus vit cela, il s enfuit loin d’eux et revint au pied de la montagne ; et il pensait à sa mère, et à ce moment il entendit une voix venue du ciel qui disait :  

« O Jésus, souffle d’Allah, laisse ta mère car les alhorras de l’alchanna (les houris du ciel) viennent pour la taharrar (pour la purifier). »  

 

Et aussitôt Jésus la laissa, et s’éloigna d’elle, et à ce moment il entendit une voix qui disait :  

« O Jésus, retourne vers ta mère et fais la prière sur elle. »  

 

Et Jésus revint et fit la prière avec les rangées des anges dont personne ne savait le nombre, sauf Dieu (combien il est élevé).  

 

Ensuite il l’ensevelit, et Allah égalisa la terre sur elle, et Jésus loua Allah sur son tombeau et lui fit de nombreuses louanges.  

 

Et après qu’elle eut été ensevelie, il s’en revint vers ceux des Beni-Israël. »  

 

 

 

 

L’auteur de la légende en turc-oriental se désigne à la fin de son livre par le nom de Solaiman. M. Matvjeev n’a point identifié ce personnage qui est cependant fort connu, sous le nom de Hakim Khodjah, de Solaiman atà ou de Solaïman de Baqyrghan. Il fut disciple de Khodja Ahmed Yesevî. On a de lui une biographie mêlée de légendes qui a été publiée en 1846 et 1858 à Kazan sous le titre de حكيم اتا. Solaiman habita la ville de Baqirghan dans le khanat de Khiva. Cette ville qui n’existe pas dans les cartes modernes serait selon M. Salemann la même que celle qui est citée dans Moqadesi’. Riza Qouli Khan dans le récit de son ambassade à Khiva dit que ce cheikh est enterré dans le village de Hakim ata : « Hakim ata, dit-il, est une localité située sur le bord du Djihoun, Hekim ata, qui y est enterré, était l’un des cheikhs turcs de l’ordre des Naqchbendî. Hekim ata est à la limite extrême de la partie cultivée du Kharezm. Quand on dépasse cette localité, on arrive au pays occupé par les Qazaq et les Qara Qalpaq,soumis au Khan de Khiva. » M. Schefer ajoute en note que ce village doit son nom au tombeau de Hakim ata enterré à Ak-Qourghan. Solaiman de Baqirghan vécut, selon M. Salemann, vers la fin du VIe et le commencement du VIIe siècle de l’hégire. On lui attribue les ouvrages suivants :

 

 

 

  باقران كتابي , recueil de poésies religieuses et morales 

حضرت مريم كتابي; Kazan 1878 et 1896.

آخر زمان كتابي p. in-16, 1847. Kazan, et 1856. Cet ouvrage traite des signes annonçant la fin du monde : il porte aussi le titre de تقى العجب parce que tous les deux vers se répètent les mots اندين ارتوق عجب دنكلارى وار. Cet ouvrage a été édité avec trad. par M. Malov sous le titre Kniga o poslĕdnem vremeni, Kazan (XIV, 1, p. 1-96), 1897. La vente de cet ouvrage aux Tatars est interdite par la censure russe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

بسم الله الرّحمن الرّحيم 

Au nom du Dieu clément et miséricordieux. 

   

part1 

Prêtant attention à la puissance du Tout-puissant, je me

souviens d une de mes paroles; il n’est point possible de

la cacher : mon Dieu me la donna en présent.

part2

  Jésus, fils de Marie, fut un serviteur particulier de mon 

maître : mon maître l’ayant appelé lui donna l’Évangile. 

part3

 Comme au descendant des saints, au chef des prophètes, 

 Dieu fit connaître sa bienveillance pour lui et lui donna 

 une place dans le ciel.

part4

Il ne regarda pas le monde, son cœur fut détaché des 

richesses, il ne demeura pas au milieu des hommes : tel

 fut ce Jésus. 

part5

Il répudia ce monde, et se dirigea vers l’autre : il pratiqua

 le culte de Dieu, et passa les nuits sans sommeil.

part6

Marie fut sa mère ; il n’eut point de père ; il fut le prince

 des prophètes et naquit de l’esprit (mot à mot, du vent).

part7

Partout où il allait, s’il voyait un aveugle-né, il disait

les prières et l’aveugle voyait (m. à m. quel que fût le

peuple chez qui il allait).

part8

Il faisait marcher les paralytiques, guérissait toutes les

infirmités, ressuscitait les morts : tel était Jésus.

part9

Jésus dit : « Mère, que je te donne un conseil : écoute-

le ; je me souviens d’une parole.

part10

Mère et fils levons-nous ; revêtons-nous de l’habit de derviche :

laissons ce monde ; le moment est venu de servir Dieu.

part11

Marie lui répond : « Mon fils, ô mon œil clair, ô mon

enfant (mon poulain), cette mort va venir, tu as bien parlé ».

part12

La mère et le fils se levèrent, ils revêtirent l’habit de

derviche; ils quittèrent ce monde; le moment de l’autre

est venu.

 part13

Ils allèrent au mont Liban, ils montèrent sur le sommet

de la montagne. Marie dit à son fils : « Bâtis un édifice où

nous prierons ».

part14

Jésus amassa des pierres, il les disposa en rond et les

recouvrit (d’un toit); il bâtit ainsi une cellule et Marie y

entra.

 part15

Ils passaient le jour dans le jeûne; les nuits à veiller;

ils récitaient les prières du culte ; ils vécurent (ainsi)

quelque temps.

 part16

Les serpents qui se tiennent dans les vallées (?), les

animaux sauvages (1) du désert, les oiseaux dont l’air est le

domaine, les vers (2), tous vinrent les saluer.

part17

Un jour, par hasard, Jésus alla chercher de quoi manger,

il alla chercher des racines et tarda un peu. 

part18

Par Dieu, mon Seigneur, l’ordre fut donné à ‘Azraïl de

prendre l’âme de Marie ; Azraïl ayant reçu cet ordre partit.

part19

Cet Azraïl partit et alla vers Marie; se tenant debout

devant elle, il la salua.

part20

Marie se leva rapidement, répondit en hâte à son salut et

dit : « D’où es-tu venu? Mon âme (corps) a été frappée de

terreur.

 part21

Dans mes os je sens un frisson, mon cœur tremble, ma

pauvre âme est abattue : quel est ton nom?» demanda-t-elle.

 part22

« Je suis, répondit-il, celui qui ravage les demeures, qui

sépare les époux, je suis celui qui va rendre Jésus orphelin,

je suis Azraïl.

 part23

Mon nom est Azraïl, sache-le, Marie; achève vite ce que

tu fais, je vais prendre ton âme », dit-il.

 part24

Il répondit qu’il allait prendre l’âme de Marie, l’emporter

dans les régions supérieures et rendre Jésus orphelin.

 part25

Marie lui dit : « Je t’en prie, ne fais point de telles

choses, attends un instant, que mon fils revienne.

 part26

Que mon fils revienne, que je le voie, que je caresse sa

tête et ses yeux, que je lui donne une bénédiction, (ensuite)

prends mon âme », dit-elle.

 part27

«L’ordre que j’ai reçu ne permet pas d’agir ainsi; je ne

puis attendre que ton fils revienne; je vais prendre ton

âme de suite. » Telle fut la réponse d’Azraïl.

part28

« Je ne reçois pas de l’argent du riche : je ne donne aucun

délai aux pauvres : je ne m’engage dans aucune dispute,

dans aucune querelle, je vais prendre ton âme », ajouta-t-il.

part29

Marie consentit à donner son âme et à la porter au ciel,

les anges, en pleurant, vinrent à la cérémonie funèbre.

part30

La prière du coucher du soleil passa, la prière de la

nuit vint : Jésus en pleurant revint vers sa mère.

part31

«Ma mère, lève-toi, pourquoi dors-tu encore ? c’est le

moment de la prière du matin », dit Jésus en gémissant et

en la suppliant. 

part32

« Ma mère, dit-il, que t’est-il arrivé? Elle s’est endormie

en priant, elle s’est fatiguée à force de prier. » Jésus

attendit quelque temps.

part33

Il ne mangea point des aliments qu’il avait apportés

disant : « Que ma vie soit en offrande, » et, gardant sa

mère, il laissa la nourriture. 

part34

Cette journée Marie ne se leva point : Jésus n’ouvrit

point la bouche; il attendit sa mère jusqu’à ce que parût

l’aube du lendemain.

part35

Une voix se fit entendre du ciel : « Marie a quitté ce

monde, tu es orphelin. » C’est ainsi que parla la voix.

 part36

Jésus en l’entendant gémit et pleura ; il se jeta le visage

(mot à mot le ventre) contre terre et demeura étendu

privé de sentiment.

part37

Les trônes, (r’arch et le koursî) des cieux furent ébranlés :

la tablette, la plume (du destin) pleurèrent, les anges

pleurèrent, en disant : « Que Dieu fasse miséricorde ». 

part38

Jésus dit : « O Marie, je ne t’ai pas connue assez, mes

yeux ne se sont pas rassasiés de ta vue ; tu as pris l’âme

de ma mère (Azraïl), qui la remplacera désormais?

part39

Où irai-je? Qui appellerai-je ma mère? Avec qui vivrai-

je?» C’est ainsi qu’il se lamenta.

part40

« O miséricordieux, donne-lui ta miséricorde; tu es le

juge qui décrète, c’est toi qui a pris l’âme de ma mère,

comment ferai-je désormais? »

part41

Un ordre vint de mon Dieu, le mont Liban trembla :

« Pars, Jésus, vers ton peuple ». Telle fut sa réponse.

part42

Jésus alla vers son peuple, il entra au milieu de son

peuple, aux fils d’Israël il donna le salut. 

part43

Ce peuple se leva, répondit à son salut et lui demanda :

« D’où viens-tu? Quel est ton nom?

part44

« Je suis le bienheureux Jésus, ma mère est morte, et je

suis affligé, je vous demande une pièce d’étoffe pour son

linceul. » C’est en ces termes qu’il se fit connaître (m. à

mot, il fit connaître son secret).

part45

Cette nation lui répond : « Ce n’est qu’un amas de mensonges. »

Ils ne lui donnent rien en disant : « Qu’elle

demeure cent ans » (sans sépulture).

 part46

Quelque fût celui à qui il s’adressât, nul ne voulut lui

donner un linceul : « Personne autre que toi n’ira (au tombeau),

ainsi pars vite », lui dirent-ils.

part47

Jésus entendit leurs paroles, il revint sans espoir ; sans

avoir trouvé de linceul; il s’en revint de nouveau.

 part48

Du ciel descendirent des houris, des tentes furent dressées;

les houris lavèrent Marie et l’enveloppèrent du

linceul.

 part49

Elles lavèrent Marie, elles la revêtirent du linceul et la

déposèrent dans le tombeau ; les anges descendirent

(du ciel).

part50

Soixante-dix mille anges vinrent; ils firent la prière pour 

Marie ; celui qui dirigea la prière fut le fidèle Gabriel.

part51

 « O si, par l’ordre de mon Seigneur, le tombeau de Marie

 s’ouvrait et que je pusse voir son visage » ! telle fut la 

prière de Jésus.

part52

Un ordre vint de mon Dieu, le tombeau de Marie s’ouvrit;

par la puissance de Dieu elle ressuscita et commença

 à parler. 

part53

Cette lumière du tombeau apparut, le tombeau de Marie 

s’ouvrit, des fleurs de toute sorte apparurent, elle se leva 

pleine de force. 

part54

Marie dit : « Pourquoi es-tu tel? Pourquoi n’as-tu point 

de fermeté (dans le malheur)? Ne connais-tu pas les douleurs

de l’âme? » Telle fut sa réponse. 

part55

« Ne jette pas les yeux sur ce monde (méprise-le) : ne 

donne pas ton cœur à la richesse, ne cesse pas de servir 

Dieu, cela est nécessaire pour toi. »

part56

Solaiman le serviteur de Dieu, se compare à un sage qui 

parcourt le désert (du monde) ou à celui qui orne un habit 

de dessins ou qui dispose des perles sur un fil. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. كيك animal sauvage en tatar.  

2. Ou « les loups ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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