Célébration officielle d’El Mawlid Nabaoui sous le règne (Abdeloudide) zianide

1122017

 

 

 

 

 

Célébration officielle d’El Mawlid Nabaoui sous le règne (Abdeloudide) zianide  dans Coutumes & Traditions 1508748989-el-mechour-palace-tlemcen-1

 Méchouar 

 

 

 

 

 

 

Le Méchouar servait de demeure aux rois de Tlemcen, entourés de leurs officiers, dont le personnel nombreux formait leur cour.
 

 

Pour rendre leur personne plus respectable, ils se montraient rarement à leurs sujets ; ce n’était que dans certaines circonstances qu’ils voulaient bien leur octroyer cette insigne faveur, et la chose se faisait alors avec tout l’apparat, la magnificence du trône et la majesté du pouvoir souverain. Mais de toutes les fêtes données par la cour, aucune n’égalait celle dont le méchouar était témoin lors de la solennité du Mawled (naissance du prophète, fondateur de l’Islam). Elle mérite une description particulière.

 

Dans la soirée du 12 de rebie-el-awel, jour de la fête, le sultan donnait aux grands de l’État, aux officiers de la cour, aux notables de la cité, aux syndics des arts et des métiers, un banquet splendide et somptueux. On y apportait, dit un historien arabe, des tables servies qui, par leur forme circulaire, ressemblaient à des lunes, et par leur splendeur à des parterres fleuris. Elles étaient chargées des plats les plus exquis et les plus variés. Il y en avait pour satisfaire tous les goûts, faire l’admiration de tous les yeux, charmer toutes les oreilles par leurs noms, exciter l’appétit et l’envie de manger à ceux qui n’avaient pas faim, les engager à s’approcher et à prendre part au festin commun.

 

Le sol était garni d’une quantité innombrable de tapis et de coussins rangés avec ordre et proprement, pour servir de sièges et d’appui aux convives. D’immenses flambeaux fixés dans des chandeliers de cuivre doré répandaient des flots de lumière dans toute la salle, pareils à des colonnes de feu.

 

Le sultan était assis sur son trône, dans le lieu le plus honorable de la salle du banquet. La vue de sa personne réjouissait tout le monde : l’éclat de sa majesté dilatait toutes les poitrines, la grandeur de sa gloire remplissait l’esprit de stupéfaction ; il éclipsait par sa magnificence les grands et les nobles de son peuple qui environnaient son trône. Les notables de la ville et les syndics des métiers occupaient chacun une place distincte, suivant le rang et la condition à laquelle il appartenait. Ils formaient des groupes et des bandes qu’on aurait pris volontiers pour les compartiments divers d’un jardin parsemé de fleurs. Leurs yeux, peu accoutumés à tant de magnificence et de splendeur, avaient de la peine à rester ouverts, et lorsqu’ils parlaient, le respect inspiré par le lieu leur faisait baisser le ton de la voix, en sorte qu’on n’entendait que des chuchotements, et que les esprits étaient dominés par le sentiment de l’admiration et saisis de ravissement.

 

Des pages, revêtus de longues tuniques de soie rayée, parcouraient tous les rangs, tenant dans leurs mains des cassolettes où brûlaient des parfums, et aspergeaient l’assistance avec des eaux de senteur. On respirait partout l’odeur de l’ambre gris, dont la fumée remplissait l’air. Partout les convives recevaient des aspersions d’eau de rose de Nisibe.

 

 

Au festin succédait le chant des louanges de Mohammed, qui durait jusqu’au lever du jour. À une certaine distance du trône s’élevait une estrade en guise de chaire. Près du bord de cette estrade se tenait le chantre, chargé officiellement de célébrer les louanges du prophète, qui étaient toujours en vers. On choisissait pour cette fonction une personne douée d’une voix douce et agréable, versée dans la connaissance des règles de la Poésie et de la musique arabes. Quand le chantre n’était pas lui-même l’auteur de la pièce, il se contentait de réciter les compositions d’autrui. Dans la récitation du Poème, il faisait sentir la mesure en frappant des pieds, et il exprimait fidèlement les diverses modulations qu’exigeaient le commencement, le milieu et la fin du Vers, suivant le rythme sur lequel le poème avait été composé. Quand le chant était fini, il était rare qu’il ne se présentât pas quelque poète de la ville ou de la cour, avec une pièce de sa composition, faite pour la circonstance. Celui-ci était aussi quelquefois remplacé Par un autre, et il arrivait souvent que, dans la même nuit, on entendait cinq ou six poèmes en l’honneur de Mohammed. Les rois eux-mêmes, quand ils étaient poètes, ne dédaignaient pas d’apporter à cette solennité le tribut de leur muse et le fruit de leurs inspirations religieuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Promenade au lit de Lalla Mansoura

11112017

Ancien Rituel des Rouagha*

 

 

 

 

 

Elle connut aussi, cette jeune épousée des temps passés, les joies de la « takouka** », dit la légende, durant de longues nuits de printemps, autour des grands feux, exposée à l’admiration des amoureux, car elle était belle, elle se maria avec l’un des plus riches propriétaires de la tribu des Béni Sissine ; mais l’infidèle, parjure aux serments d’amour, disparut subitement sans que l’attention de ceux qui la transportaient en fut éveillée, le jour où on la conduisit à la demeure de son époux impatient; elle était couchée dans son lit nuptial, ce ( gous قوس), fait de tiges sèches de palmiers, de djerids, qui lui donnent à première vue l’aspect d’une cage, voilée aux regards de la foule admiratrice par de longues melhafa, de couleurs éclatantes qui la recouvrait comme d’une coupole : l’époux consterné ne trouva plus que la couche vide, où la belle Mansoura n’était plus, — ô prodige!

 

 

 

 

Promenade au lit de Lalla Mansoura dans Coutumes & Traditions 1507198325-sans-titre

 

 

 

Depuis ce temps la coutume veut que l’on promène dans les rues du Ksar, pendant l’époque des mariages, ce symbole de l’infidélité, en dansant. Le don surnaturel d’avoir pu se dérober aux regards de ceux qui la transportaient valut à Mansoura, le titre de «Lalla»; elle est considérée comme maraboute. Cette procession, au milieu de laquelle s’agite sur les épaules de quatre d’entre eux le lit nuptial, parcourt les rues du Ksar et les principaux quartiers pour se rendre, toujours au son delà «rèïtha» et du bruit des « tebboul », à l’une des portes de la ville, «Bab-Ammar», où l’époux de Lalla Mansoura, l’attendit, vainement, pendant longtemps. Quiconque oserait soulever le voile qui recouvre le lit de Lalla Mansoura, pour y jeter des regards curieux deviendrait immédiatement aveugle; on ne peut ni ne doit le faire. Telle est la croyance généralement admise par les sédentaires. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*: les Rouagha c’est les sédentaires d’Ouargla 

**: fêtes des Mariages qui durent 8 jours chez les Rouagha 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La fête d’Achoura : Abiannou au M’zab

26092017

 

 

 

 

 

Abiannou est le nom du neuvième jour du mois qui commence l’année. Le dixième jour c’est Achoura. On fait des applications de henné, on se pare, on se change les vêtements et on mange beaucoup : on doit manger cent bouchées, on doit faire cent prostrations de prière.  

Ce jour-là les futures mariées reçoivent de leurs futurs maris « le triomphe ». c’est des cacahuètes, des pois grillés, des pâtisseries, des raisins secs, des figues. On leur offre de l’argent, des habits. Elle « trône ».  

Depuis Abiannou jusqu’au jour d’Achoura (les femmes) ne pilent pas, ne moulent pas, elles craignent que la terre ne vienne se renverser dans la mer. Elles remplissent le centre de leur moulin à bras avec du blé, elles prennent de ce blé et en jettent sur leurs réserves, afin qu’elles soient bénies (abondantes), afin, dit-on, que le blé surabonde.  

 

 

 

 

La fête d’Achoura : Abiannou au M’zab dans Coutumes & Traditions 1504963140-sfouf01  

 

 

 

 

On prépare pour le souper du couscous aux dattes, on n’y met ni oignon, ni piment afin que l’année soit bonne et heureuse. Pour le souper on prépare du « refiss » (sorte de met sucré, semoule et sucre) en grande quantité, avec beaucoup de beurre et des œufs. On sert des plats de refiss à des orphelins que l’on convoque, à des enfants qui ont perdu leur père, aux démunis, tous mangent le refiss et on leur oint la tête d’huile, et on leur offre de l’argent.  

Le matin on se rend aux cimetières. On gâche du plâtre blanc. On fait des distributions pieuses, on enduit de blanc les dalles des tombeaux. C’est le matin d’Achoura avant que ne monte le soleil que l’on enduit de plâtre blanc les dalles des tombeaux.  

Alors deux morceaux de viande conservés de la Grande Fête (العيد الكبير) sont mis ce jour d’Achoura dans la marmite. Un de ces morceaux est appelé « la planche », l’autre « le chien ». Ils sont consommés ce jour-là. Aux os de ces morceaux de viande on applique le henné et on les met sous un plat à couscous, on les gardera pour le premier de l’an.  

Les gens appellent Achoura Abiannou.  

Ce jour-là est le neuvième du mois. C’est le jour que Notre Seigneur Noë a reçu, descendu du ciel, l’arche et que le déluge s’est terminé. Il fit sortir un oiseau et il lui dit :  

  • Va, sors, l’herbe a poussé sur la terre.  

Il fit descendre l’arche, en fit sortie les enfants, les femmes et les hommes, les chèvres et les boucs, les ânes et les ânesses, le chameau et la chamelle, le chien et la chienne, le chat et la chatte, la jument et le cheval, le mulet et la mule, le lièvre et la hase, la tourterelle et son mâle, le moineau et sa femelle, le pigeon et la pigeonne, le passereau et sa femelle et les animaux sauvages : le lion et la lionne, le chacal et sa femelle, l’hyène et son mâle, et le monde se trouva créé de nouveau.  

Les enfants ayant faim se mirent à dire (à Noë) :  

  • O Noë ! Noë ! donne-nous à manger !  

Il leur dit :  

  • Mangez de l’herbe.  

Et c’est depuis ce temps-là que l’on appelle ce jour « Abiannou » (jeu de mots en berbère) c’est-à-dire « ô père Noë », ou bien (en langage enfantin) « donne, ô Noë ! ».  

Les enfants disent « Abiannou » et vont quémander aux portes des maisons prenant avec eux un grand bol ou un petit couffin, ils quémandent et y ramassent la nourriture (quêtée) : fèves, dattes, pain, grosse semoule, refiss, petits morceaux de viande, œufs. Ils apportent cela à leur maman et à leur papa, ils en mangent et le lendemain jour d’Achoura ils jeûneront. Ils se lavent tout le corps à grande eau, se mettent des vêtements propres, rituellement purs.  

Les femmes et les filles s’arrangent la tête, les hommes vont chez le coiffeur. La coiffure au parfum se fait avec de la rose, de la racine odorante, de grains odorants, de clous de girofle, de lavande, de musc, d’une sorte d’écorce odorante et de nard indien. 

Ce jour-là on blanchit la laine au lait de chaux, de même les grandes pièces, les fichus, les tuniques des hommes, parce que ce jour-là est béni, il apporte l’abondance, on y confectionne aussi des lissoirs de tissage. 

  

Un gigot de la Grande Fête de ce jour sera conservé, disséqué, salé, mis sur une corde à sécher, enfermé dans un pot pour Abiannou. Il sera utilisé en trois fois : on en met une partie dans la marmite ce jour-là même premier Mouharrem, le jour d’Achoura et Abiannou prochains. Ce jour-même on met dans la marmite le morceau appelé « la planche », on le ronge bien, puis on applique le henné à l’os « planche » de la fête, on le met sous un plat à couscous pendant la nuit d’Achoura et au matin on le retrouve avec des écritures jaunes.  

Voilà ce qui se fait en ce mois de Mouharrem.  

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage de H.M, homme 36 ans –recueilli à Ghardaïa en 1947 par  J. Delheure auteur du livre Faits et dires du Mzab 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

  

   

  

  

  

  




Le jeu rituel : Mata

29062017

 

 

 

 

Une étrange coutume subsiste parmi les habitants de la compagne marocaine (la tribu des Beni Arous en particulier et d’autres tribus voisines :Beni Gorfet, Souk Tolba, etc.), et ça paraît un legs de leurs prédécesseurs païens, qui firent de ce pays et des régions environnantes, dans le nord de l’Afrique, le principal grenier de Rome.

 

 

 

 

Le jeu rituel : Mata  dans Coutumes & Traditions 1111

 

 

 

 

 

 

Quand les jeunes pousses de blé sont sorties de terre, ce qui arrive vers la mi-février, les villageoises façonnent, en figure de femme, une grande et grosse poupée, et l’habillent le plus somptueusement qu’elles peuvent, la couvrant de toutes sortes de clinquants et d’ornements, et l’affublant d’un haut bonnet pointu. Elles la promènent en procession tout autour des cultures, criant et chantant sans relâche un chant particulier. La femme qui marche en tête porte cette image, qu’elle doit céder à celle de ses compagnes assez agile pour la dépasser : ce qui devient l’occasion de beaucoup dé courses et de luttes. Les hommes exécutent également la même cérémonie, mais à cheval : ils nomment l’image Mata. 

 

 

 

 

 

1510 dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

 

D’après les croyances populaires, ces cérémonies portent bonheur. Leur efficacité doit être grande, à en juger par la foule de gens que vous voyez se ruer en galopant sur les jeunes pousses de froment et d’orge qu’ils écrasent sans pitié.

 

Ces coutumes sont en opposition directe avec la foi de l’islamisme ; aussi jamais n’est-on trouvé qui pût donner quelques lumières sur leur origine. On est assez portés, en pareil cas, à attribuer à la superstition, à l’ignorance, des usages fondés sur l’observation, et que les anciens n’ont rendus religieux que pour qu’ils devinssent obligatoires. Socrate, dans les Économiques de Xénophon, conseille à Ischomaque, pour doubler sa récolte, de renverser son blé en herbes, en lui donnant un léger labour. Pline, qui joint volontiers les récits aux préceptes, raconte qu’autrefois les habitants de Saluces et de Verceil, étant en guerre avec ceux du val d’Oste, couraient les terres de leurs ennemis pour les ravager. Comme ils ne pouvaient en brûler les blés encore en herbe, ils imaginèrent de labourer de nouveau, avec des bœufs, les champs tout couverts de vertes céréales. Ils se flattaient d’affamer l’ennemi en détruisant ainsi tout espoir de récolte. Mais le résultat fut tout autre. Les tiges provignèrent, et s’épandirent en branches terminées par de riches épis. Cet incident fut depuis érigé en une coutume qui dure encore en Italie. Retrouvant en Afrique l’antique manière de dépiquer le grain, l’antique vénération pour l’aire,  semble naturel de penser que l’usage de fouler aux pieds le blé vert est venu aussi des Romains.

 

Certains d’autres pensent que le Mata  est probablement inspiré du bouzkachi, un jeu similaire mais plus violent, importé, selon la légende, par Moulay Abdessalam Ben Machich lors de sa visite à Ibn Boukhari.

 

 

 

 

 

 

 

 

Source photos : mata

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le rituel de puberté des jeunes filles chez les APACHES de l’Ouest

16052017

 

 

 

 

Les APACHES de l’Ouest  sont  ces groupes d’Indiens, comprenant les  bandes  de  Tonto, White Mountain, Cibecue et San Carlos, dont le territoire traditionnel faisait partie de l’actuel Etat d’Arizona. On kes distingue des Chiricahua (appartenant au groupe culturel des Geronimo) ainsi que des Apaches Mescalero et Jicarilla du Nouveau-Mexique. Les Apaches de l’Ouest vivent aujourd’hui dans la partie centre-est de l’Arizona, dans deux grandes réserves – Fort Apache et San Carlos – ainsi que dans la petit réserve de Tonto, située près de la ville de Payson.   

 Quelques Apaches vivent aussi à Camp Verde, dans une réserve qu’ils partagent avec les Yavapais. La population totale de la tribu s’élève à quelque 20 000 habitants.

Les Apaches de l’Ouest parlent l’athapascan du Sud, tout comme leurs voisins les Navaho.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rituel de puberté des jeunes filles chez les APACHES de l’Ouest  dans Coutumes & Traditions 1493304513-apache1

source: indianz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les animaux jouent un rôle marquant dans la cérémonie de puberté, tout particulièrement le cerf et l’aigle. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le costume porté par la jeune fille, soit une jupe et une cape, est confectionné en daim. Dès que les Apaches commencent à porter des vêtements de tissu, la jeune fille ne revêt plus qu’un poncho de daim par-dessus sa robe de tissu.

Une plume d’aigle orne la chevelure de la jeune pubère. L’initiée utilise une canne décorée de plumes d’aigle et, souvent, d’un loriot mort. Elle porte autour du cou une lanière de cuir à laquelle sont attachés, au moyen de tendons, un grattoir est une paille. Ces accessoires lui sont utiles puisque pendant les quatre jours que dure la cérémonie, la jeune fille n’est pas autorisée à se toucher ni à porter de contenant à ses lèvres.

La plume d’aigle dans les cheveux est pour assurer que la jeune fille vive en santé jusqu’à ce que ses cheveux deviennent aussi blancs qu’elle. La canne est aussi un symbole de longévité car elle pourra l’aider à marcher lorsqu’elle sera vieille. Quant au loriot mort, il permettra à la jeune fille de développer un bon tempérament, car les Apache prétendent que les loriots sont des oiseaux heureux.

 

 

 

 

Un autre élément important du rituel est cette grande peau de diam sur laquelle la jeune fille dans pendant la cérémonie pour s’assurer d’abondantes provisions de cerf tout au long de son existence. A une certaine étape du rituel, elle s’agenouille sur la peau de diam, dans la position où se trouvait la « Femme Changeante » au moment d’avoir ses premières menstruations. C’est également dans la position agenouillée que la « Femme Changeante » se fit féconder par le Soleil, après quoi elle donna naissance au héros « Tueur de Monstres », ainsi que par l’Eau, ce qui l’amena à donner le jour à « Né de l’Eau ». Finalement, la jeune fille s’allonge sur la peau de diam pour recevoir un message rituel de sa marraine de cérémonie, un acte qui lui donnera la force nécessaire pour marcher longtemps, transporter de lourds fardeaux et ne jamais ployer sous le poids des années.

 

Autrefois, la peau de diam était une façon courante de rémunérer le chaman qui dirigeait la cérémonie.

La robe de diam portée pour le rituel de puberté est décorée de breloques de métal. Des galons de broderies perlées sont souvent ajoutés comme garniture au bas de la jupe et du poncho. Certaines parties de l’ensemble du vêtement peuvent être colorés en jaune avec de l’ocre.

La peau doit traditionnellement provenir d’un cerf à queue noire ; on fixe la peau d’une patte au bas de la cape pour montrer qu’on a utilisé le bon type de cerf. Vers les années 1850, les boîtes de conserve ramenées des raids effectués au Mexique constituaient la principale source de fer-blanc. Lorsqu’une bande se cachait, on se passait des breloques pour ne pas alerter l’ennemi.

 

C’est la mère de la jeune fille qui fait les démarches pour acheter la peau nécessaire à la confection du vêtement. On donne souvent à la couturière des peaux supplémentaires en guise de paiement. Il faut trois peaux pour la cape et trois autres pour la jupe. La taille des franges demande énormément de temps. Une femme racontait dans les années 1930 qu’elle avait payé un garçon cinquante sous pour qu’il l’aide à tenir une peau durant une demi-journée, alors qu’elle y découpait les franges.

Après la cérémonie, la jeune fille peut continuer de porter sa robe aussi souvent qu’elle le désire jusqu’à son mariage ou sa première grossesse, après quoi elle s’habille plus modestement. Elle peut garder en sa possession la robe comme porte-bonheur, ou encore en faire profiter une jeune sœur ou une proche parente.

 

Il n’est pas rare de voir une famille louer d’une autre famille une robe, lorsqu’elle n’a pas les moyens de s’en faire une.

A plusieurs reprises au cours de la cérémonie, des groupes de danseurs masqués font leur apparition. Par groupes de cinq, ils personnifient Gan, les « Esprits des Montagnes », vivant en montagne dans des grottes. Ils viennent apprendre au groupe à suivre la Voie apache et peuvent être implorés pour apporter la guérison, la bonne fortune à la chasse (le cerf est l’animal d’élevage des esprits Gan) et la protection en général. Leur présence à la cérémonie contribue à l’efficacité du rituel.

Les danseurs Gan portent une coiffe de bois en forme d’éventail fixée à un capuchon. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les capuchons sont en daim ; on les remplace ensuite par des capuchons en tissu. Les coiffes, confectionnées à l’aide de tiges de sotol (une plante), sont blanchies à la chaux puis peintes de divers symboles. Parmi ces symboles, on retrouve le colibri, messager du peuple et du monde surnaturel, le soleil et la pluie, de même que, très souvent, le serpent associé à la foudre.

 

Certaines espèces de serpents, les unes vivant sur terre, les autres imaginaires, volent juste au-dessous du ciel avec le porc-épic, le lézard et la mouffette. Certaines de ces animaux amènent la foudre, dangereuse. Un grand serpent du monde terrestre échange avec un éclair au-dessus de lui, au sujet de certains événements survenus sur terre.

 

On attribue au serpent un très grand pouvoir et les chamans qui ont le Pouvoir du Serpent sont considérés comme étant les plus puissants.

 

Les danseurs entrent en scène vêtus d’une jupe courte, autrefois faite en peux de diam, mais aujourd’hui faite de tissu ou de cuir commercial. On retrouve sur leur torse divers motifs peints rattachés au thème de la foudre ; ils dansent en s’appuyant sur des bâtons de bois. Un des danseurs Gan est un clown. Il porte une coiffe en forme de croix et possède une corne de bœuf dont le bruit rappelle le vent.

 

Les avantages du rituel de puberté des jeunes filles s’étendent bien au-delà de l’individu. En effet, ce rituel donne aux clans l’occasion de se réunir et de consolider leurs liens. Comme la marraine de la jeune fille ne fait pas partie du même clan, le rituel permet également de tisser des liens avec des membres d’autres clans. De plus, l’identification à la « Femme changeante » vécue par la jeune fille pendant quatre jours, donne à cette dernière des pouvoirs de guérison et d’apport de bonne fortune qui profitent à la communauté dans son ensemble.

 

De nos jours, des rituels de puberté s’organisent toutes les fins de semaine dans plusieurs localités, d’avril à septembre.

Edgar Perry, directeur du centre culturel White Mountain, à Fort-Apache, se réjouit de constater à quel point ce rituel a conservé toute sa validité. « C’est notre tradition. Ma mère, âgée de 75 ans, a eu sa cérémonie, et sa mère avant elle. Nous savons qu’il est bon de bénir la jeune fille pubère et sa famille. C’est bon pour elle, et ça l’est pour nous. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diane Dittemore : conservatrice Arizona State Museum, Tucson     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le collier prophylactique d’enfant ‘haziu n-kafo’ dans l’oasis de Tabelbala

6042017

 

 

 

Les enfants en bas âge offrent aux maladies, aux jnun et au mauvais œil, des proies faciles, toutes désignées par leur faiblesse. La tendresse maternelle, les prévenances dont ils sont l’objet de la part de l’ensemble du milieu social, n’apparaissent en aucun cas suffisantes. En un domaine aussi périlleux, aucune précaution n’est superflue. Aussi met-on en œuvre toutes les forces naturelles, magiques ou religieuses, concurrentes, dont on dispose et que l’on canalise dans un même but : la sauvegarde de l’enfant. La plupart d’entre elles exercent et développent des fonctions multiples et c’est souvent en raison même de leur polyvalence qu’elles sont choisies et utilisées. D’apparence hétéroclite, les colliers que l’on voit au cou de tous les enfants non sevrés, sans distinction de sexe, remplissent un rôle essentiel : chacun de leurs éléments est employé dans un but bien déterminé et assure la continuité d’une protection vigilante, indispensable à l’heureuse croissance des enfants.

 

Les colliers de ce type peuvent être observés sporadiquement dans l’axe Guir- Saoura. Ils sont répandus dans toute l’Afrique du Nord. (Sans parler de très nombreuses régions du monde ancien et moderne.) Cependant leurs composantes et le symbolisme de celles- ci sont variables.

 

 

 

 

 

Le collier prophylactique d’enfant ‘haziu n-kafo’ dans l’oasis de Tabelbala  dans Coutumes & Traditions 1489560361-img-5

Père portant son bébé sur le bras. Une amulette ‘ayyâcha’ est fixée à la main droite de l’enfant, une autre est attachée à l’épaule gauche ; autour du cou se trouve un collier fait de petits sachets. Le tout sert à protéger l’enfant du mauvais œil/ dans le sud tunisien 

 

 

 

 

 

Le septième jour après la naissance, jour de l’imposition du nom, le père de l’enfant demande au Taleb d’écrire des amulettes : sept pour un garçon, six pour une fille. Ces nombres sont constants. Les écrits ne sont pas toujours des originaux, destinés précisément à cette occasion particulière. A Tabelbala, oasis des plus déshéritées, il n’y eût pas, depuis longtemps et jusqu’en 1954, de Taleb connaissant vraiment la lecture et l’écriture, aussi le privilégié qui en tenait lieu, empruntait-il ses écrits à des feuillets manuscrits ou imprimés en Arabe.

Jusqu’au quarantième jour, deux de ces écrits déterminés par simple choix, noués dans un chiffon noir, sont attachés dans la chevelure de la mère.

Les autres, cinq ou quatre, selon qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, sont enfermés dans un sachet de cotonnade noire qui ne quitte pas la proximité de l’enfant , et qui contient le cordon ombilical, des petits cailloux de sel récemment rapportés de la sebkha, des feuilles et des graines de tabellat (Peganum Harmela), quelques fragments d’écorce de grenade et des dattes : trois pour un garçon, quatre pour une fille. Le sel et tabellat ont mission d’écarter les jnun. L’écorce de grenade, à défaut du fruit entier, joue un rôle important dans la symbolique de fécondité. Les dattes, synonymes d’abondance, de prospérité, de multiplicité, véhiculent une force bénéfique.

La veille du quarantième jour, les femmes amies se réunissent dans la maison de la naissance pour préparer le collier dénommé « haziu n-kafo » (haziu : amulettes, de l’arabe harz ; kafo : corde en belbali*), en même temps que les galettes de blé ou d’orge, cuites dans le « tinzia** » qu’il est coutume de distribuer le quarantième jour, et la chemise de henné : « henna n-teysept ».

 

A la plus âgée de ces femmes, la plus vénérable, autant que possible de souche maraboutique, revient le soin de coudre les écrits du Taleb à l’intérieur de petits sachets de cuir rectangulaires : filali rouge importé si la famille est aisée, simples petits morceaux de peau de chèvre ou de gazelle tannés et teints en rouge à la maison si la famille est modeste. La tradition veut que les amulettes soient préparées à la maison, mais le souci de paraître fait emprunter la mode des portes amulettes faits par le cordonnier et décorés au fer. Des tendons de gazelle dilacérés sont employés comme fil. Il faut veiller à ne point piquer l’écrit en même temps que le cuir sous peine d’en neutraliser l’effet. Les femmes qui ont préparé colliers et chemises de henné ne sont pas rétribuées.

Une seule pourrait suffire à cette besogne. Mais le quarantième jour est une étape, aussi bien pour le nouveau-né que pour la mère. Aussi convient-il de « socialiser » les relevailles de la mère comme l’entrée du nouveau-né dans le village. (La première sortie officielle et rituelle de l’enfant s’effectuant au matin du quarantième jour). Une collation généreuse : thé, cacahuètes, beignets, est offerte dans l’allégresse. Quatre des amulettes gainées de cuir sont placées parmi les perles et les éléments prophylactiques de haziu n-kafo, de part et d’autre de l’élément central hamuysa aux cinq cauris accompagnés ou non de perles rouges figurant du corail. Deux autres accompagneront taɤəforť, deuxième collier, spécifique du dernier né de la famille, porté jusqu’à la naissance suivante qu’il est censé appeler sinon susciter.

Les garçons porteront la septième amulette au majeur de la main droite, comme une bague, jusqu’au moment où s’éveille en eux le sens de la préhension. Cette amulette sera alors fixée au bras droit, à hauteur du biceps par un lien de laine blanc et noir. Quand l’enfant commencera à se dresser sur ses jambes, elle sera fixée au takudəs, mèche de cheveux réservée par le rasoir sur le sommet ou sur l’un des côtés de la tête (disposition qui semble ressortir d’une convention de lignée, plutôt que de l’appartenance à telle ou telle confrérie religieuse).

Dès que les colliers sont prêts, on les passe au cou de l’enfant. Soulignons que jusqu’au quarantième jour, le nouveau-né est démuni de tout collier. On pourrait s’étonner, en raison même de l’importance attribuée à haziu n-kafo et du soin extrême présidant à sa confection, de ne le voir intervenir que si tard. Mais, s’il en est ainsi, c’est que jusqu’au quarantième jour l’enfant reste en principe à l’intérieur de la maison ou de la jériba, tenu à l’abri de tous les dangers du dehors. Au contraire, à partir du quarantième jour, pouvant alors sortir à toute occasion avec sa mère, il va se trouver exposé à de nouveaux et innombrables périls contre lesquels, précisément, haziu n-kafo est l’élément de protection indispensable.

Haziu n-kafo est porté jusqu’à sa rupture naturelle après le sevrage. On attend que le fil se rompe et on n’en réenfile pas les éléments, bien qu’ils soient soigneusement récupérés par la mère. Si le fil se rompt avant le sevrage, il est remplacé aussi souvent qu’il est nécessaire. La durée moyenne du support est d’environ un an : la crasse la prolonge en lutant le fil. Il est admis qu’après le sevrage, la rupture naturelle du collier est le signe que son rôle est terminé, sa tâche menée à bien : l’enfant devenu assez fort pour manger, marcher et parler n’est guère plus vulnérable qu’un adulte. Ses moyens de défense ne différeront plus de ceux des adultes.

Si un enfant porteur de haziu n-kafo vient à mourir, son collier sera enterré à la tête de la tombe, du côté droit, le troisième jour après la mort.

Après le sevrage, les éléments du collier de l’enfant, (en dehors des amulettes écrites), bien que théoriquement incessibles, pourront être réutilisés en raison de leur rareté, à la condition formelle qu’ils aient séjourné au moins sept jours dans un sachet de cotonnade noire contenant du sel et des graines de tabellat. Là ils perdent ce qu’ils ont pu condenser d’influences extérieures nuisibles et d’émanations directes du porteur : ils s’y dépersonnalisent et y retrouvent leur pureté première. Pratiquement, certains éléments dont l’acquisition est difficile, sont transmis dans des limites exclusivement familiales, de frère à frère ou sœur, puis de mère à fille.

 

 

 

1489560310-img-12 dans Coutumes & Traditions

Collier à amulettes de l’oasis de Tabelbala (d’après D. Champault).

 

 

 

 

 

 

Exemple d’ordre d’enfilage d’un collier haziu n-kafo :

 

 

— une perle de verre vert

— une pièce d’argent, dite ‘ayašet, provenant d’un diadème féminin, enfilée par l’une des deux perforations excentriques qui servaient à sa fixation

— un cauri, dont la face dorsale a été éliminée par abrasion

— deux perles de Briare, une bleue, une jaune

— une perle de céramique ancienne dite muka-mo

— une pièce de nickel belge de 10 centimes

— une perle de faïence rouge

— un sachet de cuir, porte amulette écrite

— une perle de Venise, pâte de verre à insertions blanches : type plus récent de muka-mo

— deux métacarpiens de fennec (Fennecus Zerda), montés dans une ligature de cuir

— un cauri (face dorsale évidée)

— un rhizome d’iris sauvage :

— une perle, pâte de verre bleu turquoise

— un second sachet de cuir porte amulette

— deux perles de faïence, une ambrée, l’autre bleue

— le motif central hamuysa : pendentif de cinq cauris montés sur cuir

— une perle de faïence rouge, une perle de verre vert

— un troisième sachet de cuir porte amulette

— une perle de faïence ambrée

— un rhizome d’iris

— un cauri

— une broche (clou de fer à cheval) : biy n-keygi «épine de cheval»

— une perle de verre bleu foncé, ancienne

 — une perle de faïence ambrée

 — une noix de galle : taya

— une perle de verre noir, ancienne

 — une perle de faïence rouge

— un petit gastéropode marin, dit Vudď

— une perle de faïence bleue, une de faïence rpuge

— un quatrième sachet de cuir porte amulette

— une perle de faïence ambrée, une de faïence rouge, une de faïence verte

— un cauri

— une perle de faïence bleue, une de faïence verte

 

 

Ces quarante éléments divers sont supportés par deux fils de laine de brebis, chacun à double toron :

— l’un noir dit : kika n-kafo « corde de nuit »

— l’autre blanc : zayd n-kafo « corde de jour »

  

Cette alliance de fil noir et de fil blanc n’est pas le fruit d’un hasard ou d’une recherche esthétique. La majorité des ligatures amulétiques combine en effet ces deux couleurs. Elles sont aussi associées, kaolin blanc appliqué sur de vieux pots noirs, lorsqu’il s’agit d’écarter le mauvais œil des jardins ou des palmiers les plus productifs. Le nom même des fils pourrait indiquer l’intervention d’une idée cosmogonique. L’explication de mes informatrices est très simple : « que le jour et la nuit protègent mon enfant ».

 

Les perles de faïence ont un rôle actuellement plus décoratif que prophylactique. Il ne leur faut point nier cependant le sens, répandu dans le monde entier, d’une magie des couleurs. Les perles rouges et les perles jaunes figurent dans ce collier des éléments traditionnels : corail et ambre, aujourd’hui fort dispendieux sinon introuvables, en dehors des grands centres de marché.  Les vertus du corail et surtout de l’ambre, découvertes par le monde occidental dès l’énéolithique, vantées par les auteurs anciens, sont encore très largement reconnues.

 

La petite pièce d’argent dont le nom vient de l’arabe ‘ayaša, « celle qui fait vivre », n’est pas considérée à Tabelbala comme primordiale. Du moins, sa brillance et son éclat paraissent-ils efficaces pour arrêter et détourner de l’enfant le mauvais œil. De plus, l’argent est un métal « pur ». On dit de lui : ebkwarenda tayazèt, « il rend blanc le chemin », c’est-à-dire : il apporte de la chance dans la vie- Le plus souvent encore, cette pièce provient d’un diadème ayant appartenu à la propre mère de l’enfant ou à une femme réputée heureuse à la fois par sa fécondité et par l’abondance qui règne dans sa maison. Elle a donc participé à une vie harmonieuse et ne peut manquer à l’avenir d’assurer à son porteur la continuité du bonheur qu’elle suscite. Quand à la pièce de nickel, on ignore ou non si elle n’a plus cours. Elle représente le pouvoir de la monnaie. Elle est là pour aider l’enfant à évoluer dans la vie et à y être par tous, aussi bien accueilli qu’elle-même.

 

Les cauris isolés, tiagmuš (pluriel : tiagmušiú), sont au nombre de quatre dans un collier de fille, de cinq dans un collier de garçon. Ces cauris ont déjà été utilisés cousus, ce qui explique la disparition de toute leur partie dorsale. Lorsque l’on dispose de cauris entiers, on ne leur fait, pour les placer dans les colliers, qu’une perforation dans la partie supérieure. Préparée par frottement sur une pierre gréseuse, cette perforation est finalement pratiquée à l’aide d’un poinçon en métal. Seules les femmes et les jeunes filles pubères préparent les cauris.

 

Hamuysa, le pendentif aux cinq cauris disposés verticalement, par groupes superposés de trois et de deux, est reconnu dans le pays comme une représentation de la main. A celui des cauris, s’ajoute donc le symbolisme actif de la main. Dans l’oasis, le classique « hamsa fi l’aynik » n’est pas usité. A sa place, l’interjection plus directe : « ndey dfun », « sois percé», parfois accompagné d’un geste de menace de la main rappelle que les cinq doigts ne sont qu’une emphatisation de l’index. Tout ce qui est pointu peut être utilisé pour blesser, même à distance, le mauvais œil. La main a d’autres aspects magiques, mais, à ce point de vue particulier, elle apparaît comme une arme singulièrement redoutable.

 

Contraindre le mauvais œil à se détourner des objets indécents qu’on lui présente est un des buts qui peuvent justifier l’utilisation des cauris. Les métacarpiens de fennec pourraient paraître relever de la même proposition, comme d’ailleurs l’emploi amulétique des cornillons de gazelle, les uns et les autres étant le plus souvent identifiés comme représentations phalliques. Aux métacarpiens de fennec, parfois remplacés dans les colliers d’enfant par une mâchoire inférieure du même animal, ou à la rigueur de souris, on donne à Tabelbala d’autres justifications. Le fennec, petit renard des sables, est à la fois recherché et redouté. Comme de la plupart des animaux qui creusent des terriers, on croit communément qu’il a partie liée avec les jnun : alliance d’autant plus redoutable qu’il chasse impunément la nuit et risque alors d’être en rivalité avec eux, à la fois aux mêmes heures, sur le même terrain de chasse et dans le choix des proies. Mais il est d’autre part résistant à la faim et à la soif, agile, rusé : toute qualités appréciées des sahariens. La peau de fennec 3 est utilisée en amulettes dans tous les cas d’épilepsie, maladie qui passe précisément pour être une aliénation d’un corps aux jnun. (Les chutes spectaculaires des épileptiques sont interprétées comme l’attraction irrésistible du corps par les jnun, vers la terre qu’ils possèdent). Les métacarpiens sont employés ici, semble-t-il, non seulement pour leurs vertus prophylactiques, en tant qu’éléments pointus, mais aussi comme moyen d’action homéopathique : aux jnun on oppose en même temps comme un signe de reconnaissance, un mot de passe, un peu de leur alliés.

 

La perle de céramique ancienne et la perle de Venise moderne sont appelées toutes deux Muka mo « œil de chouette ». Alors que dans le folklore nord africain la chouette tient une place défavorisée et de mauvais augure, à Tabelbala elle a le rôle d’un oiseau intelligent qui se tire honorablement de toute situation périlleuse, même quand c’est Dieu en personne qui l’y a placé.

Beaucoup de perles en pâte de verre composite rappellent l’œil par leurs insertions le plus souvent circulaires. Là encore, par une sorte de jeu homéopathique, l’œil devient un sûr garant du mauvais œil.

 

Les deux rhizomes d’iris (amba) ont été apportés du Dra par des nomades Ait Khabbach. Leur prix dans l’oasis varie de deux à cinq douros pièce. Avant qu’ils ne se soient patines au cou du bébé, leur couleur est franchement blanche. La première nourriture symbolique de l’enfant est un mélange de l’amba pilé finement et de beurre de brebis frais, non cuit. Les Belbala donnent de sa présence dans le collier l’explication suivante : « Que les dents sortent aussi facilement de leur chair que tiges, feuilles et fleurs sortent du rhizome ». Mais l’on ajoute qu’à l’âge de la poussée dentaire, les enfants mordillent le rhizome et que cette action mécanique facilite grandement la sortie des dents. Dans ce même but, on adjoint d’ailleurs souvent aux rhizomes, un petit paquet de boyaux du Mouton tué le jour de l’Aïd, tordus et longuement séchés. L’action mécanique n’est pas seule en cause : il est manifeste que les boyaux conservent la vertu religieuse du mouton du sacrifice.

 

La noix de galle : taɤa, est très généralement utilisée pour la coiffure féminine, en bouillie délayée à l’huile. Elle a la réputation de contribuer à l’allongement de la chevelure. Elle est employée ici pour l’odeur qu’elle dégage. En effet, les jeunes enfants soumis à celle qu’exsudent les aisselles de certaines femmes, dépérissent et refusent de s’alimenter. Telle est du moins l’explication la plus communément donnée de l’inappétence des bébés. Taɤa, comme nua le clou de girofle, surmonte heureusement toute mauvaise odeur.

 

Le gastéropode marin est à la fois une chose pure comme tout ce qui vient de la mer, et salée. Rien n’est plus efficace contre les maléfices que le sel. C’est en même temps un objet blanc et pointu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : Dialecte parlé à Tabelbala, où dominent par ordre d’importance décroissant : le songay, le berbère et l’arabe.

** : Poterie grossière, noire, hémisphérique, enfouie dans la terre ou maçonnée grossièrement à environ 70 cm de hauteur, que l’on chauffe au bois. Quand les parois sont grises, la température est convenable. On extrait les braises du tinzia au moyen d’un bâton, on badigeonne hâtivement les parois internes d’une palme mouillée puis on y applique les galettes rondes et plates qui cuisent en moins de vingt minutes. tinzia répond à la description du kribanos de la Grèce ancienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La coutume de l’Anaya (Kabylie)

25022017

 

 

 

 

La coutume de l'Anaya (Kabylie)  dans Coutumes & Traditions 1484918956-ecole-coranique-kabylie-roger-viollet-fin19eme

 

 

 

 

Les marabouts ont institué, en Kabylie, une coutume sublime, qui n’existe chez aucun autre peuple, et dont pourraient s’enorgueillir, à bon droit, les nations les plus civilisées; l’Anaya, espèce de sauf-conduit donné par un Kabyle à un voyageur, à un proscrit, à un hôte, et qui doit le rendre sacré pour tous. Ce sauf-conduit se manifeste toujours par un signe ostensible : une lettre, si c’est un Taleb qui a donné l’anaya; un bâton, un burnous,, un fusil, connus, et qui, dans les tribus, servira de sauvegarde au voyageur, plus persécuté, poursuivi, sous le coup d’un danger, réclame la protection d’un Kabyle; celui-ci, fier de la confiance dont il est l’objet, engage sa parole, et souvent il fera lui-même une longue course pour exercer son patronage accidentel au profit de celui qui lui était inconnu un instant avant. Un meurtrier se jette dans une tribu voisine, et, qu’il le réclame ou qu’il se cache, l’anaya lui est accordé. Si le crime commis n’a eu pour but que le vol, la tribu ne lui accordera pas l’anaya mais elle ne le livrera pas. Elle lui fixera un jour pour sortir de son territoire; si le meurtrier n’a commis le crime que pour venger son honneur outragé, par suite d’une oussiga, la tribu dont il aura réclamé l’anaya, le prendra sous sa protection, et lui donnera les moyens de vivre, de travailler, de fréquenter les marchés et de voyager dans les villages de la confédération.

 

Un Kabyle abandonnera sa femme, ses enfants, sa maison, mais il n’abandonnera jamais son anaya. Tels sont les ternes passionnés dans lesquels le Kabyle exprime son attachement pour une coutume véritablement sublime, qu’on ne trouve chez nul autre peuple.

L’anaya tient du passeport et du sauf-conduit tout ensemble, avec la différence que ceux-ci dérivent essentiellement d’une autorité légale, d’un pouvoir constitué, tandis que tout Kabyle peut donner l’anaya ; avec la différence encore, qu’autant l’appui moral d’un préjugé l’emporte sur la surveillance de toute espèce de police, autant la sécurité de celui qui possède l’anaya dépasse celle dont un citoyen peut jouir sous la tutelle ordinaire des lois.

Non-seulement l’étranger qui voyage en Kabylie sous la protection de l’anaya défie toute violence instantanée, mais encore il brave temporairement la vengeance de ses ennemis, ou la pénalité due à ses actes antérieurs. Les abus que pourraient entraîner une extension si généreuse du principe sont limités, dans la pratique, par l’extrême réserve des Kabyles à en faire l’application.

Loin de prodiguer l’anaya, ils le restreignent à leurs seuls amis ; ils ne l’accordent qu’une fois au fugitif ; ils le regardent comme illusoire s’il a été vendu ; enfin ils en puniraient de mort la déclaration usurpée. Pour éviter cette dernière fraude, et en même temps pour prévenir toute infraction involontaire, l’anaya se manifeste en général par un signe ostensible. Celui qui le confère délivre, comme preuve à l’appui, quelque objet bien connu pour lui appartenir, tel que son fusil, son bâton ; souvent il enverra l’un de ses serviteurs ; lui-même escortera son protégé, s’il a des motifs particuliers de craindre qu’on ne l’inquiète.

L’anaya jouit naturellement d’une considération plus ou moins grande, et surtout il étend ses effets plus ou moins loin, selon la qualité du personnage qui le donne. Venant d’un Kabyle subalterne, il sera respecté dans son village et dans les environs ; de la part d’un homme en crédit chez les tribus voisines ; il y sera renouvelé par un ami qui lui substituera le sien, et ainsi de proche en proche. Accordé par un marabout, il ne connaît point de limites. Tandis que le chef arabe ne peut guère étendre le bienfait de sa protection au delà du cercle de son gouvernement, le sauf-conduit du marabout kabyle se prolonge même en des lieux où son nom serait inconnu. Quiconque en est porteur peut traverser la Kabylie dans toute sa longueur, quels que soient le nombre de ses ennemis ou la nature des griefs existants contre sa personne. Il n’aura, sur sa route, qu’à se présenter tour à tour aux marabouts des diverses tribus ; chacun s’empressera de faire honneur à l’anaya du précédent, et de donner le sien en échange. Ainsi, de marabout en marabout, l’étranger ne pourra manquer d’atteindre heureusement le but de son voyage.

 

Un Kabyle n’a rien plus à cœur que l’inviolabilité de son anaya : non-seulement il y attache son point d’honneur individuel, mais ses parents, ses amis, son village, sa tribu tout entière en répondent aussi moralement. Tel homme ne trouverait pas un second pour l’aider à tirer vengeance d’une injure personnelle, qui soulèvera tous ses compatriotes s’il est question de son anaya méconnu. De pareils cas doivent se présenter rarement, à cause de la force même du préjugé; néanmoins, la tradition conserve cet exemple mémorable

L’ami d’un zouaoua se présente à sa demeure pour lui demander l’anaya. En l’absence du maître, la femme, assez embarrassée, donne au fugitif une chienne très-connue dans le pays. Celui-ci part avec le gage de salut. Mais bientôt la chienne revient seule ; elle était couverte de sang. Le zouaoua s’émeut, les gens du village se rassemblent, on remonte sur les traces de l’animal, et l’on découvre le cadavre du voyageur. On déclare la guerre à la tribu sur le territoire de laquelle le crime avait été commis ; beaucoup de sang est versé, et le village compromis dans cette querelle caractéristique porte encore le nom de dacheret el kelba, village de la chienne.

 

L’anaya se rattache même à un ordre d’idées plus général. Un individu faible ou persécuté, ou sous le coup d’un danger pressant, invoque la protection du premier Kabyle venu. Il ne le connaît pas, il n’en est point connu, il l’a rencontré par hasard; n’importe, sa prière sera rarement repoussée. Le montagnard, glorieux d’exercer son patronage, accorde volontiers cette sorte d’anaya accidentel. Investie du même privilège, la femme, naturellement compatissante, ne refuse presque jamais d’en faire usage. Ou cite l’exemple de celle qui voyait égorger par ses frères le meurtrier de son propre mari. Le malheureux, frappé de plusieurs coups et se débattant à terre, parvint à lui saisir le pied, en s’écriant : « Je réclame ton anaya ! » La veuve jette sur lui son voile ; les vengeurs lâchent prise.

 

Il est connu dans tout Bougie qu’au mois de novembre 1833, un brick tunisien fit côte, en sortant de la rade, et que ses naufragés furent tous mis à mort, comme amis des Français, à l’exception de deux Bougiotes, plus compromis encore que les autres, mais qui eurent la présence d’esprit de se placer sous la sauvegarde des femmes.

 

Ces traits épars, et qu’il serait facile de multiplier, indiquent une assez large part faite aux sentiments de fraternité, de merci. Leur présence au milieu d’une société musulmane, si âpre d’ailleurs ne saurait être constatée sans éveiller quelque surprise. Chez un peuple très-morcelé, très-peu gouverné, fi er, et toujours en armes, où doivent abonder par conséquent les dissensions intestines, il était nécessaire que les mœurs suppléassent à l’insuffisance des moyens de police, pour rendre à l’industrie et au commerce la sécurité du transit. L’anaya produit cet effet. Il assoupit en outre bien des vengeances, en favorisant l’évasion de ceux qui les ont suscitées.

 

Si l’anaya est violée, la famille de celui qui l’a donnée, sa kharrouba, son çof, son village, sa tribu et même dans certains cas toute la confédération à laquelle il appartient devront venger l’insulte qui leur a été faite, et le mal qu’a subir leur protégé.
 

D’ailleurs la plus grande sévérité est déployée vis-à-vis de celui qui violerait l’anaya de son village ou de sa tribu :il expie son crime par la mort et la confiscation de tous ses biens ;sa maison est en outre démolie ;il ne faut pas que dans le village il reste trace de celui qui a trahi la parole donnée .On ne sera pas des lors surpris d’apprendre que bien souvent une anaya brisée, violée , a entraîné des guerres acharnées .

 

 

 

Voici un exemple:
 

Vers la fin du 18 ème siècle, Youssef Oukaci poète renommé de la confédération des At Jennad avait accordé son anaya à des marchands d’huile des at waghlis qui allaient à Alger. Arrives à Tamda, sur le territoire des amraouas, ces marchands furent dépouillés par Ben Ali naït Kaci de la puissante famille des Aït Oukaci.
Le poète, indigné de cet outrage, provoque aussitôt une réunion générale des tribus de la confédération, et la tête ceinte d’une corde de paille, signe de deuil, improvisa un poème qui se terminait ainsi :

 

 

Ddur-a nedda d tedjar 
Irza yagh l’anaya ben ali
Ma nsers as nugad lâar
Ma nrefed its bezzaf umri
L’anaya d adrar n tmes
Lâaz degs I getsili 

 

 

Récemment nous accompagnions des marchands ;
Ben Ali a brisé notre anaya
Si nous la laissons fouler aux pieds, nous avons à craindre la honte
Si nous la faisons respecter, il peut en résulter de grands malheurs
L’anaya est une montagne de feu,
Mais c’est sur elle qu’est notre honneur

 

 

 Les At Jennad sans aucune hésitation récitèrent la Fatiha et envoyèrent déclarer la guerre aux amraouas. Les hostilités, commencées le jour suivant ne s’arrêtèrent qu’après que ben Ali eut rendu ce qu’il avait volé.

 

 

 

 

Telle est la coutume pleine de charité qui, par sa réciprocité, donne pleine sécurité au commerçant, au pèlerin, au voyageur; qui, en empêchant les vengeances de se produire, en favorisant la fuite de ceux qui y sont exposés, tend à assoupir les haines et à éteindre les vengeances particulières; coutume fraternelle qu’on s’étonne de trouver chez un peuple belliqueux, coutume qui suscite chez le Kabyle des sentiments d’humanité, et de charité.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




l’Ennayer chez les Beni Snous

12012017

 

 

 

 

L’édition  en dialecte berbère des Béni Snous été dicté au Kef pendant la fête d’Ennâyer  (en 1905) par le jeune Belkacem ben Mohamed. Le texte est donné en transcription arabe, traduction en français et mise en forme par Edmond DESTAING le professeur à la Médersa de Tlemcen.   

 

 

 

 

« Nous célébrons au Kef la fête d’Ennâyer pendant quatre ou cinq jours ; au Khemis, elle dure sept jours, pendant lesquels les gens ne mangent que des aliments froids.

Avant l’Ennâyer, les hommes se rendent au marché et y achètent les choses nécessaires. Ils partent au moulin y chercher de la semoule. Pendant cinq jours, les femmes vont couper du bois qu’elles rapportent du Taïnet (montagne qui s’élève au N-E du Kef) sur leurs épaules.

Le premier jour, dés le matin, les femmes et les enfants vont à la forêt sur les pentes. Ils en rapportent des plantes vertes : du palmier nain, de l’olivier, du romarin, des asphodèles, des scilles, du lentisque, du caroubier, de la férule, du fenouil. Les femmes jettent, sur les terrasses des maisons, ces plantes qu’on y laisse se dessécher.

Les tiges vertes ont, en effet, une influence favorable sur les destinées de l’année nouvelle, qui ainsi sera verte comme elles. Et pour que l’année soit pour nous sans amertume, nous nous gardons de jeter, sur nos maisons, des plantes, telles que le chêne-vert, le thapsia, le tuya, qui toutes sont amères.

Les enfants rapportent aussi, de la montagne, de petits paquets d’alfa, six, huit, en nombre pair ; deux paquets sont d’alfa sec ; ils se procurent aussi trois grosses pierres ; au pied des pentes, ils recueillent de la terre rouge. Ils apportent le tout à la maison. Alors, au moyen d’une pioche, les femmes démolissent l’ancien foyer, enlèvent les trois vieilles pierres, qui servent de support à la marmite, et les remplacent par celles que les enfants ont apportées. Elles font détremper la terre rouge dans l’eau, la pétrissent, en enduisant les pierres du nouveau foyer et laissant sécher jusqu’au moment de préparer le repas du soir. On allume alors le feu avec l’alfa récolté sur la montagne.

Quant aux hommes, ils se réunissaient autrefois, de grand matin, à Mzaourou, pour faire une battue. On en rapportait des lapins, des perdrix que l’on mangeait le lendemain. De nos jours, on égorge un mouton, une chèvre, pour que les gens soient pourvus de viande (le second jour de la fête). On mange aussi des poules dans chaque famille.

Alors, on s’occupe du dîner. Il se compose uniquement de berkoukes au lait. Après le repas, on en place quelques grains sur les pierres du foyer, ainsi que sur les poutres qui soutiennent le toit. On ne lave pas le plat dans lequel on l’a mangé, ni l’ustensile qui a servi à le faire cuire ; on ne nettoie pas les cuillers ; on ne secoue pas la corbeille à pain, ni l’anfif (en alfa dans lequel se cuit le couscous).

 

 

 

 

l’Ennayer chez les Beni Snous  dans Coutumes & Traditions 1481794082-10632647-10152670756454650-4012880290928021717-n  

 

 

 

 

 

A cette occasion, on fait des سفنج (crêpes) et des ثريد (beignets). On prend des figues, des grenades, des oranges, des noix. On en fait des colliers, auxquels on ajoute un thaja’outh. C’est un pain plus ou moins gros, au milieu duquel on place un œuf, que l’on recouvre de petites baguettes de pâte ; on porte au four beaucoup de ces pains ; quand ils sont cuits, on les retire et on en fait cadeau aux amis qui en rendent d’autres.

Pour faire un gâteau avec des œufs, les femmes en cassent vingt ou trente, y mêlent du levain, des raisins secs, du sucre. Lorsque cette pâte a levé, on la place dans une marmite et on fait cuire dans de l’huile. On enlève le gâteau et, après l’avoir laissé refroidir, on le mange, en compagnie d’invités, avec du pain de froment.

On ne mange pas, ce jour-là, de pain d’orge, mais seulement du pain de farine de blé. Les femmes ont soin de jeter les coquilles au loin, afin  qu’il n’arrive à personne de marcher dessus.

A celui qui n’a rien, nous offrons des figues, des grenades mises en colliers, un petit pain ; de cette sorte, ses enfants ne pleurent pas d’envie en voyant les friandises des autres.

Tous les enfants vont jouer sur la pente des montagnes, ils emportent des crêpes, du pain, des figues et, quand ils ont bien joué, ils mangent et reviennent à la maison.

Parfois ils vont, quand le soleil est chaud, jusqu’à la grotte des Ath Moumen. Au moyen d’une tige de férule, les petites filles font une poupée qu’elles revêtent comme une mariée et jouent, en chantant jusqu’au coucher du soleil.

 

 

 

 

 

186186-carnaval-ayred-beni-snous-personnages-du-carnaval dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

Quand approche la nuit, on fait un lion. Deux hommes, placés l’un devant l’autre, la face tournée vers le sol, se saisissent. Les jeunes gens vont chercher un tellis dont ils les revêtent et qu’ils fixent au moyen de tresses d’alfa ; on n’oublie pas de pouvoir le lion des attributs de son sexe. Alors l’individu placé devant se met à rugir dans un mortier qu’il a à la main. La marmaille emmène le lion dans les maisons et les tentes, où il effraie les petits enfants. Les jeunes gens disent aux habitants : « donnez-nous pour le diner du lion ». On leur donne des figues, des beignets, du pain, des crêpes. Tout ce monde vient ensuite au bordj du caïd. Chemin faisant, le lion danse au son d’un tambourin. Puis on se réunit dans un endroit voisin de la Tafna ; les jeunes gens se partagent le produit de la quête, mangent et se séparent après avoir récité la Fatiha.

Et comme cette année-ci est sèche, nous avons ajouté cette prière : « O Seigneur, donne-nous de la pluie ».

Après le diner, le maître de la maison va vers ses brebis et les appelle ; si elles bêlent, la nouvelle année sera bonne ; si le troupeau se tait, l’homme se rend auprès de ses vaches et leur parle ; un beuglement comme réponse est le présage d’une année passablement prospère. Si les vaches restent silencieuses, le maître se dirige vers ses chèvres. L’année sera médiocre si elles bêlent, mauvaise si elles se taisent.

Le lendemain, nous préparons au village un chameau. On fait un faisceau de perches que l’on lie avec des tresses d’alfa. On apporte alors une tête de cheval, ou d’âne, ou de mulet ; on y adepte une branche que l’on fixe ensuite à l’une des extrémités du faisceau en question. Trois hommes, masqués par une couverture, supportent le tout. Cela représente un chameau. Dans des raquettes de figuiers de Barbarie, on taille à l’animal des oreilles, et aussi des yeux au milieu desquels on place des petites coquilles d’escargots. On fait, de ces coquilles un grand collier que l’on passe au cou du chameau. Enfin, on lui adepte une queue faite d’une branche de palmier. On le promène ensuite comme on l’a fait pour le lion, et la marmaille crie : « Donnez-nous à manger pour le chameau ».

On ne revêt pas, pour l’Ennâyer, des beaux habits, comme on le fait un jour de fête.

Si l’un de nous veut arriver à découvrir, dans les broussailles, les œufs de perdrix, il se teint, le palmier jour d’Ennâyer, le bord des paupières avec du collyre ; puis, la nuit, se plaçant un tamis sur le visage, il compte les étoiles au ciel, cela, afin de renforcer sa vue.

 

 

 

 

1481794621-60304764

 

Une femme est-elle en train de faire une natte aux approches d’Ennâyer ? Elle s’empresse de l’achever pour l’enlever du métier avant la fête : elle détache ensuite le roseau auquel est fixée la trame. Parfois ses voisines viennent l’aider. Si cette femme n’enlevant pas la natte, lui laissait  passer l’Ennâyer sur le métier, un malheur surviendrait, qui éprouverait ses enfants, son mari, ses biens. On agit de même pour un burnous ou une jellaba.

Si une femme n’a pu achever une natte commencée, elle l’enlève avant l’Ennâyer et la fait porter au loin dans la montagne. Puis, la fête passée, on la place de nouveau sur le métier et on l’achève.

Voilà comment se passe le premier de l’an chez les Béni Snous. Que cette année soit heureuse pour vous !  »

 

 

 

 

 

 

L’Ennayer chez les Beni Snous (texte berbère, Dialecte des B.Snous)  ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi: Ayrad N’Yennayer chez les At Snus 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Manecalé un des anciens Jeux des Arabes

27122016

 

 

 

 

Manecalé  un des anciens Jeux des Arabes  dans Coutumes & Traditions 1480505560-wpid-photo-jan-9-2014-819-am

Jeu de manecalé sur le toit du temple funéraire de Séthi I 1279 av.

 

 

 

On appelle Manecalé un jeu dont l’usage n’est pas moins répandu parmi les Arabes que chez les habitants civilisés de l’Egypte et de la Syrie. Il se joue à deux et assis.

 

On creuse à cet effet douze petites fossettes sur deux rangs, et l’on met six petits cailloux dans chacune; ensuite les joueurs enlèvent tour à tour les cailloux de celle des fossettes qu’il leur plaît, et les répandent un à un dans les autres, en comptant toujours de gauche à droite. Les premiers coups n’amènent point de résultat; mais si dès le troisième ou quatrième coup, le dernier caillou amène en tombant dans une fossette, les nombres pairs deux, quatre ou six, le joueur les enlève, et prend en outre tous ceux qui se trouvent consécutivement en nombre pareil dans les fossettes précédentes, et Pou continue ainsi jusqu’à ce que les soixante-douze cailloux soient enlevés.

 

 

 

 

 

1480505906-wpid-photo-jan-9-2014-855-am dans Coutumes & Traditions

Mancalé (4 x 12) de Petra, Jordanie 

 

 

 

 

Le gagnant compte autant de Points qu’il a pris de ces cailloux au dessus de trente-six, nombre auquel la partie serait égale.

Lorsqu’un des joueurs n’en a que trente quatre, il perd la partie bredouille, et pairait double si les Bédouins jouaient quelque chose.

Toute la finesse de ce jeu consiste donc à compter combien il se trouve de cailloux dans chaque fossette après les premières tournées, et à connaître par-là de laquelle il faut partir pour que le dernier des cailloux qu’on y prend tombe en nombre pair dans une autre, sans passer six.

 

Lorsque la chose est impossible, on joue à faux, en livrant le moins possible à son adversaire les moyens de faire un beau coup.

 

 

 

 

 

 

Il y a une autre manière de jouer ce jeu : on appelle cette manière la folle, parce qu’au lieu de calculer les chances, après avoir mis seulement

dans deux fossettes, une de chaque côté, les cailloux partagés inégalement, on les disperse un à un de case en case jusqu’au dernier, en tournant toujours aussi de gauche à droite , et recommençant avec les cailloux de la fossette où l’on s’est arrêté, jusqu’à ce qu’on amène un nombre gagnant ou que l’on tombe à vide; mais lorsqu’on a amené deux , quatre ou six, on prend avec ces nombres tout ce qui se trouve dans les cases vis – à – vis; de sorte qu’un heureux hasard peut faire enlever d’une seule tournée la majeure partie et même la totalité des cailloux.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Buzkashi le jeu traditionnel Afghan par excellence !

17112016

 

 

 

 

Buzkashi le jeu traditionnel Afghan par excellence !  dans Coutumes & Traditions 1477574053-buzkashi

Buzkashi au Tadjikistan

 

 

 

 

Autour du cheval se décline toute une gamme de sports ou activités restés traditionnels dans l’Asie centrale. La forme la plus célèbre, que l’on connaît surtout grâce à l’Afghanistan, est le Buzkashi, appelé Oulak Tarych au Kirghizistan, où il se pratique lors de toutes les fêtes nationales et s’improvise fréquemment lors des mariages.

 

 

Le Buzkashi ou Bouzkachi, ou Bôz-Kachi signifie en persan : « arrache chèvre » ou « lutte du bélier ») est le sport national afghan par excellence. Entre tradition et loisir, il est très populaire dans le pays et les spectateurs sont nombreux à y assister le vendredi. Malheureusement il est peu pratiqué depuis les graves événements qui secouent le pays. Il est superbement décrit dans le roman de Joseph Kessel, Les Cavaliers. C’est un jeu (on pourrait dire une lutte) caractéristique des steppes du Nord, qui a lieu d’octobre à mars, le vendredi ou les jours de fête et autrefois avant 1972, lors de la fête du roi.

 

 

 

 

1477566615-161027012337867642 dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

 

Ce sport très ancien est né dans les armées persanes et servait d’entraînement à la cavalerie d’élite : près de 100 cavaliers pouvait alors s’affronter dans ces batailles en miniature. La veille de la compétition, une chèvre ou un veau est égorgé, décapité, vidé de ses entrailles, la panse lestée de sable mouillé, puis cousue. Le jeu se pratique sur un stade ou sur un vaste espace, la dépouille est placée au centre d’un cercle tracé à la chaux ou à la craie, appelé hallal (cercle de justice).

Les cavaliers de deux équipes, représentatives d’une ville ou d’une région, se rassemblent autour du cercle. Au signal du chef, ils doivent s’emparer de l’animal. Le but est marqué par la saisie de la dépouille de l’animal. Le vainqueur de la mêlée doit ensuite, contourner un mât planté à l’extérieur de l’espace de compétition placé à un kilomètre, puis revenir jusqu’au cercle dans lequel il jettera l’animal. Durant sa chevauchée, ses adversaires vont bien entendu tenter de s’emparer à leur tour du butin, et tous les coups sont alors permis. Le jeu peut donc être très violent, tant pour les cavaliers que pour leurs montures. Les chevaux côte à côte, se cabrent et se dressent dans une poussière épaisse qui empêche de distinguer le vainqueur du vaincu.

 

 

 

 

 

 

1477574278-3f675df5539f5b89b56a7e3bc6929e85

Paires de Bottes

 

1477574468-66233225df98af45811bb510449a9223

Cravache

 

1477574619-f45261e9dace1bf00a6af2a0c4cdfb4f

Chapeau

 

 

Eléments du costume de Tchopendoz 

 

 

 

 

 

Les cavaliers sont appelés Tchopendoz. Ils défendent leur région et portent des uniformes de couleurs différentes. Ils sont coiffés de chapeaux épais et chaussés de grosses bottes à talons. Le Tchopendoz qui réussit l’exploit de placer la bête dans le cercle, jouit ensuite d’une renommée qui peut parfois être nationale.

 

Ce jeu était initialement pratiqué dans le nord, par les Ouzbeks et les Turkmènes. Le nombre d’équipes et de joueurs n’est pas fixe. La saison du Buzkashi commence à l’automne et se termine avant l’arrivée de la chaleur. Passion nationale, ce jeu est d’une violence inouïe. Sous la monarchie, à chaque automne, le premier Buzkashi de la saison était organisé à Kaboul par le roi.

 

 

 

 

 

 

1477573942-7f88af7560057b6d9932a7b2182638fa

Buzkashi, Afghanistan, 1955 © Marc Riboud

 

 

 

 

Une grande compétition de Buzkashi se tient tous les ans en décembre dans la vallée du Ferghana (au Kirghizistan), où viennent s’affronter toutes les nations d’Asie centrale. Chaque équipe est vêtue de ses couleurs traditionnelles, mais il n’y a qu’un seul vainqueur et les rivalités existent également à l’intérieur d’une même équipe. Les festivités de Navrouz vont souvent de pair avec l’organisation de compétitions de Buzkashi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45