Aïd-el Foul

4042018

 

 

 

 

 

Aïd-el Foul  dans Coutumes & Traditions 1516633383-fete-des-feves

 

 

 

 

 

 

 

A quelques pas du jardin d’essai, sur la plage, et non loin de l’Oued-Krenis, plus connu sous le nom du ruisseau, on voyait la koubba de Sidi-Belal, à moitié enfoncée sous les sables. C’est là, dit M. de Rouzé, que les nègres d’Alger venaient, chaque année, célébrer l’Aïd-el Foul, la fête des Fèves. Cette fêle avait lieu un mercredi, à l’époque appelée Nissam par les indigènes, c’est-à-dire, celle où commence à noircir la plante qui porte les fèves. Jusque-là les nègres s’abstenaient de manger de ce légume. 
   

 

Les traditions ne sont nullement d’accord au sujet de Sidi Belal, si fort en honneur parmi les nègres : quelques uns 

croient pouvoir le rattacher au Belal, esclave noir de Mohammed, qui embrassa l’islamisme l’un des 
premiers. Celte version ne paraît guère admissible, malgré l’identité du nom de Belal, qui fut effectivement le 
premier noir musulman. 
   

 

Affranchi par Mohammed, il avait été chargé par lui de la surveillance des fontaines. Mais les sacrifices et les 
cérémonies de la fête s’accordaient peu avec l’honneur qu’on voulait lui faire. Les nègres, dans leur pays natal, 
sont encore tous adonnés à l’idolâtrie : ils ne reconnaissent en rien la religion de Mohammed, à laquelle ils ne sont initiés qu’après être tombés au pouvoir des musulmans. 

 

 

 

1516633647-s-l1600 dans Coutumes & Traditions 

  

 

 
   

En reproduisant donc à Alger, une fêle qui leur rappelait leur pays natal, il est peu probable qu’ils eussent en 
vue de glorifier un souvenir des premiers jours de l’islamisme. Si l’on considère en outre que, sous le gouvernement des Turcs, alors que toutes les fêtes musulmanes étaient célébrées avec une rigoureuse observation, jamais les nègres n’avaient évoqué la mémoire de leur patron, et qu’ils n’avaient commencé à la faire qu’à l’abri de la tolérance des cultes, on sera conduit à chercher une autre origine. 
Le nom de Belal semble rappeler Belus ou Baal, ou Bel, ce dieu importé en Afrique par les Phéniciens, et à qui on offrait des sacrifices d’animaux de toutes espèces; et l’Aïd-el-Foul pourrait bien n’être autre chose qu’une trace, persistant à travers les siècles, du culte rendu à ce faux dieu. Du reste, le sacré était mêlé au 
profane dans le cérémonial de cette fête. 
   

 

Elle consistait d’abord à célébrer le Fatha ou prière initiale du Coran et à égorger ensuite un boeuf, des moutons, des poulets, au milieu de danses et de chants. Le bœuf destiné au sacrifice était préalablement couvert de fleurs; sa tète était ornée de foulards, et ce n’était qu’après que les sacrificateurs avaient exécuté des danses, dans lesquelles ils tournaient sept fois dans un sens et sept fois dans un autre, que l’animal recevait le coup 
mortel. La manière dont l’animal subissait la mort, soit qu’il tombât subitement sous le couteau qui l’avait 
frappé, soit qu’il s’agitât dans une pénible et lente agonie, était le sujet de pronostics heureux ou malheureux qu’interprétaient aussitôt les aruspices noirs. 
   

 

Après le sacrifice, commençait la danse nègre. La troupe des enfants du Soudan se dirigeait vers un bassin carré rempli d’eau, consacré à Lella-Houa, sainte femme qui est également en grande vénération chez eux. Dans ce moment, on voyait des individus, hommes ou femmes, se précipiter, ruisselants de sueur, dans les eaux de la 
mer, d’où leurs compagnons avaient grand’ peine à les retirer. 
   

 

D’un autre côté, et sous des tentes improvisées, les négresses s’occupaient à faire cuire les fèves, les premières que les nègres devaient manger de l’année, et qui servaient d’assaisonnement au mouton et au couscoussou, base du festin. Tout le reste de la journée se passait en danses et en chants, auxquels la musique appelée 
derdeba, c’est-à-dire l’horrible tapage si aimé des nègres, servait d’accompagnement. Les autres musulmans, habitants d’Alger, s’abstenaient en général d’assister à ce spectacle. Il n’en était pas de même des femmes qui, probablement excitées par les récits de leurs négresses y venaient en foule. Il est juste de dire cependant que les femmes qui appartenaient aux principales familles ne figuraient pas dans ces réunions. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Bouqâla

23022018

 

 

 

 

 

La Bouqâla dans Coutumes & Traditions 1514802884-338

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 On choisit, pour pratiquer la bouqâla, une des nuits « chaudes » de la semaine, la vigile du vendredi, du dimanche ou du mercredi. Mais c’est avec le mercredi qu’elle semble présenter le plus d’affinités, si l’on en croit les matrones d’expérience. Elle ne s’est étendue aux deux autres jours qu’à cause de sa vogue et de leur puissance d’attraction. On s’y livre dans le gynécée entre soi, comme à un mystère féminin. Le mardi soir, les hommes étant sortis à leur ordinaire, devant les voisines réunies ou des parentes en visite, on apporte la cruche en terre appelée bouqâla (le bocal français, le boukalion grec). On la remplit d’eau et l’on y dépose un anneau d’argent, ou bien un bracelet. « C’est pour y faire entrer les génies, ceux-ci ayant la passion des bijoux ». Chacune des assistantes reçoit une fève, à laquelle elle fait une marque nui lui permettra de la reconnaître. Il faut relever ici la relation de la fève (foul) avec les présages (fâl) elle sert à un tirage au sort. 

 

Toutes les fèves ayant reçu leur signe, elles sont rassemblées dans la bouqâla, dont on recouvre l’ouverture avec la chachia d’une jeune fille vierge. On jette alors sur la braise d’un réchaud du benjoin, du henné, des effilures enlevées au vêtement d’une femme sans mari, quelques  gouttes d’huile et des esquilles de bois arrachées aux chambranles de sept portes différentes dans le voisinage du gond inférieur. On expose la cruche aux fumées du réchaud, de manière à ce qu’elles l’enveloppent de toute part, en prononçant cette incantation : « Nous t’avons fumigée avec le benjoin, apporte-nous de bons (présages) des cafés. — Nous t’avons fumigée avec le henné, apporte- nous de bons (présages) d’Alger. —Nous t’avons fumigée avec les effilures de la femme sans mari, apporte-nous de bons (présages) de chez les hommes. — Nous t’avons fumigée avec de l’huile, apporte-nous de bons (présages) de chaque maison. — Nous t’avons fumigée avec les esquilles du gond, apporte-nous de bons (présages) de chez les pèlerins ». Après cet encensement, le vase est déposé à terre au milieu de l’assistance. Alors les femmes qui savent des « bouqâla » les récitent. On désigne ainsi, du nom même de l’ustensile qui sert à la cérémonie, de petites pièces de vers en langue populaire, traditionnelles la plupart du temps, rarement composées pour la circonstance . 

 

Quand la récitation d’une bouqâla prend fin, une fille vierge de la compagnie tire une fève ; et la personne dont la marque est sortie se fait l’application de l’oracle qui lui est tombé en lot. Il est rare que, sa subtile imagination de maghrébine et son sens du symbolisme aidant, elle ne découvre pas d’étranges rapports entre les paroles fatidiques qui lui sont échues et des préoccupations intimes. Toutes les fèves étant sorties, on les replonge dans l’eau de la cruche, pour recommencer, car l’épreuve doit être renouvelée trois fois. 

 

 

 

 

On donne aussi, par assimilation, le nom de bouqâla à un autre procédé divinatoire fondé, non plus sur la vertu prophétique de l’eau, mais sur celle de l’enfance et de la virginité. C’est la bouqâla du cordon-ceinture de la vierge (1). Une fillette, d’ordinaire âgée de dix ans au plus, prenant dans ses mains le cordon de coulisse de son pantalon bouffant (serouâl), y fait un nœud en nommant mentalement l’une des assistantes. Celles-ci récitent à tour de rôle les épigrammes qui leur viennent à la mémoire. Quand elles ont fini, ou auparavant, à son choix, elle doit sur ce point n’écouter que son inspiration, l’enfant dénoue son cordon en déclarant : « Cela s’applique à ma tante une Telle (2) ». Toutes ayant eu leur consultation, « elle noue la tekka », à son propre sujet et elle tire de ce qui est dit à son intention un présage pour « ce qu’elle a dans l’esprit ». 

 

 

 

La bouqâla peut se passer en principe du concours de la poésie. Deux femmes, se plaçant en face l’une de l’autre, soulèvent la cruche et la tiennent en suspens entre elles au bout de leurs quatre doigts majeurs. La consultante s’avance alors vers elles, pense fortement à la question qu’elle se propose d’élucider et la formule à haute voix, en regardant et interrogeant la cruche. « Me naîtra-t-il un garçon ? Me marierai-je ? Préfère-t-il ma rivale ? Si ce que je désire doit se réaliser, tourne à droite ; sinon, tourne du côté gauche ». Et la cruche « d’elle- même » esquisse un mouvement dans l’un ou l’autre sens ; son immobilité compte pour une réponse négative (3)

 

 

 

L’eau qui a servi à la bouqâla ne se jette dans la rue que dans la nuit profonde après que tout bruit de pas a cessé sur les trottoirs ; on ne vaudrait pas que le pied d’un homme la foulât, par respect pour elle et par crainte pour lui. On la répand dans un jardin clos, dans un parterre de fleurs de la cour intérieure et, le plus souvent, en ville, sur la terrasse. C’est la coutume que les consultantes se la partagent en fin de séance, chacune en emportant une gorgée qu’elle garde dans la bouche autant qu’elle le peut, sans l’absorber cependant, dans la pensée de bénéficier de quelque nouvelle révélation au cours de la nuit. Dans les nuits d’encensements (lîlt el bkhour), il n’est pas rare que les gens de la maison aient des songes. Ils s’entretiennent avec les djnoun ; ceux-ci les conseillent : « Allez visiter tel marabout pour telle maladie » ; ils leur révèlent le sort d’un absent, etc. Mais dans la nuit du mercredi, après la cérémonie de la bouqâla, immanquablement, avec la permission d’Allah, vous recevez un avertissement du ciel sur la question qui vous préoccupe. La femme qui se couche, après avoir rejeté en lieu propre et sûr sa gorgée d’eau sacralisée, si elle demande un enfant, croit en entendre un pleurer dans les environs : ce sont les génies qui lui promettent une progéniture. Une autre, qui désire se marier, distingue des youyou ténus imperceptibles pour les autres : ils annoncent ses noces prochaines qui auront lieu dans la ville même, tandis que le sifflet d’une locomotive l’avertit qu’elle trouvera un mari bientôt, mais au loin. Les hallucinations ne sont pas les seuls moyens dont disposent les Esprits. Les rêves viennent souvent d’eux et ils sont fréquents et explicites après la bouqâla. Enfin, les incidents réels ont. aussi leurs significations que l’on déduit d’après un système traditionnel d’interprétation. Ainsi, à Douera, « quand on a jeté les présages dans là cruche » (4), si l’on entend aboyer des chiens dans la nuit, c’est que l’on a des ennemis à ses trousses. Bref, les prédictions des génies empruntent, dans les circonstances dont nous parlons, toutes les formes ; ou plutôt dans l’état d’esprit où se trouvent les femmes, la nature entière se peuple, pour elles, de prodiges : un bourdonnement d’oreilles devient un oracle, le phénomène le plus commun un signe, tout songe une révélation. 

 

 

 

La pratique de la bouqâla tombe en décadence sous nos yeux. Elle ne se perd pas, mais elle évolue. On peut le constater dans le langage : certains milieux, les plus rustiques, où elle conserve son caractère primitif, lui gardent son ancien nom de d’erb el bouqâla, de consultation magique de la cruche, tandis que d’autres, plus modernisés, dans les villes principalement, oubliant son origine ou la cachant, la désignent sous la dénomination de jeu de la bouqâla (la’b el bouqâla). La vieille opération de sorcellerie se transforme insensiblement en un petit jeu de société. Les dames de la classe instruite ne croient à sa vertu prophétique qu’à demi, par déférence, comme on croit aux anciens préjugés de son pays ; mais 
elles se plaisent à la perpétuer comme une tradition et un divertissement. Elle est la bienvenue dans le programme d’une soirée féminine. Elle fournit l’occasion, dans les longues veillées, de parler de l’amour entre femmes, de pronostiquer ou préparer des mariages, de glisser de délicats compliments, des critiques voilées, des allusions piquantes, tout en se procurant ce petit frisson mystérieux que causent encore aux nerfs les superstitions ancestrales que la raison n’admet plus. Surtout, elle permet de montrer son esprit, ce qu’aucun monde ne dédaigne. Enfin, elle donne satisfaction à certains penchants naturels, plus développés qu’on ne croit chez la mauresque, le goût du bien dire, le culte de la langue, la recherche de l’art. C’est ainsi qu’une pratique née des croyances animistes se survit à elle-même en se faufilant dans les usages du monde musulman et en se faisant une place dans la littérature populaire du Maghreb. 

 

 

 

 

 

 

On donne ici quelques échantillons des bouqâla recueillies à Blida de 1902 à 1913

 

 

 

 



Moi, mon cœur, à cause de ses soucis, est devenu un foyer ; 

 — les tisons du feu à chaque instant s’y enflamment. 

— Mon cœur a supporté ce que supportent les baies de l’olivier (dans le pressoir) ,

— ou le petit de l’autruche sur lequel l’aigle s’est abattu — ou la tourterelle emprisonnée dans sa cage :

— pour voir, elle voit, mais il lui est défendu de sortir ;

— ou encore le musulman que les troupes des chrétiens ont mis en une geôle :
— pour travailler, il travaille, mais les fers aux pieds.

— Cela s’applique à la personne qui m’a fait ses adieux et
à qui je n’ai pas la force de faire les miens. 

 

 

 

 

 

II 

Mon bouquet, je le flairais au milieu de mes amis ; 

— mais, quand il s’est flétri, je l’ai jeté au fumier.

— On le disait du miel : il n’en reste que du goudron. 

— Ce qui m’en revenait, je l’ai absorbé ; et j’ai laissé ce qui était à d’autres.

— Qu’est-il resté dans ma gazelle le jour où je l’ai rejetée ?  

 

 

 

 

 

 

III

L’amour est chez nous ; l’amour nous a nourri.

— L’amour est dans notre puits, si bien que notre eau en est douce.

—L’amour est un pot de basilic, si bien qu’il a jeté des rameaux nouveaux.

— L’amour ! ni cadi ni sultan ne peut le déraciner. 

 

 

 

 

 

 

IV

L’oiseau pour lequel j’avais dressé un treillis de soie 
— et qui, je le croyais, ne devait pas s’envoler après s’y être habitué,

— m’a abandonné ma cage et habite la cage d’un autre. 

— Il m’a jeté dans les mers ; il m’a laissé désespéré. 

— Telles sont, les vicissitudes du temps : il nous montre le but et nous égare. 

 

 

 

 

 

 

V

J’étais tranquille avant de vous connaître. 

— Je régnais sur nies terres comme le roi.

—- Et aujourd’hui, les arrêts de Dieu par vous m’ont atteint. 

— Vous me possédez comme les génies possèdent (un homme). 

— Par Allah ! je ne vous oublierai que dans le linceul. 

 

 

 

 

 

 

VI

Pied de jasmin, qui as poussé dans la maison, 

— tes racines sont du gingembre, tes branches du verdet. 

—Feuilles d’amour sur feuilles d’amour 

 Comme il est doux de s’aimer entre voisins 

— Les yeux croisent, leurs regards et le cœur est plein de feu. 

 

 

 

 

 

 

VII

Toi, qui es assise dans le parterre avec un métier à broder à tes côtés, 

— bois d’aloès se dressant entre deux masses de musc, 

— pendant le jour je le désire et pendant la nuit je t’attends, 

— et mon œil te regarde sans cesse et mon cœur n’ose t’aborder. 

 

 

 

 

 

 

VIII

Passant devant la porte de notre maison en criant : « Un esclave blanc ! 

—, il m’a dit : « Mademoiselle, votre père, ne veut-il pas m’acheter ?

— 11 ne t’achètera pas, lui ai-je dit ; un homme libre n’est pas à vendre.

— Amasse de l’or sur de l’or et ne sois pas avare.

— Je travaillerai pour vous, m’a-t-il dit, je ferai les plus fortes dépenses, 

— et pour les filles des hommes j’emploierai 
tout mon bien ». 

 

 

 

 

 

 

IX

Ta joue est du kermès, ton sourcil ne peut s’empêcher de décocher des œillades ! 

— Bouche sans défaut et lèvre de vermillon ; poitrine hors des rangs que je compare aux petits de l’oie, 

— lorsqu’elle marche en piaffant dans les campagnes, ô mon frère !

— Tu m’as torturé le cœur, Dieu t’en demandera compte, ô jeune fille ! 

 

 

 

 

 

 

X

Mon cœur t’aime et moi je ne te le dis pas.

— Et mon œil te guette aussi loin qu’il peut aller.

— Là Mecque, le puits de Zemzem et le Prophète Koréïchite ! 

— Je ne t’oublierai que lorsqu’on soulèvera ma civière mortuaire. 

 

 

 

 

 

 

XI

Mon cœur, ne te rétrécis pas : la consolation d’Allah est proche.

— Dieu rend la liberté à qui est en prison. 

— Regarde le petit du pigeon, après qu’on lui a rogné les pennes : 

— la divinité lui en donne d’autres et il bat des ailes. 

— L’amoureux aussi, Dieu le délivrera bien-tôt !  

 

 

 

 

 

 

 

 

En principe, le Klam el bouqâla (proprement la parole de la bouqâla), peut n’être qu’un mot échappé à un assistant, mot considéré comme inspiré par les génies que l’on interroge et comme exprimant leur réponse. Et, de fait, dans certains milieux plus agrestes, on voit souvent prendre pour présage une sentence dite au hasard, une phrase irréfléchie, même une exclamation. Bien différents de ce genre d’oracles primitifs, les petits poèmes dont nous venons de donner des spécimens accusent une préoccupation artistique assez raffinée. Aussi représentent-ils un type de poésie particulier. Ils revêtent une forme consacrée, ou variable dans d’étroites limites : ce sont presque toujours des quatrains, parfois redoublés, complétés d’un envoi ou d’une pointe ; plus rarement des sixains. Leurs vers est l’hexamètre ou, le plus souvent, le pentamètre. Leur sujet roule sur tous les événements de la vie féminine, de préférence normaux et heureux. Leur perfection consiste à provoquer des applications ingénieuses et des interprétations spirituelles. N’était le caractère sibyllin qu’ils gardent de leur origine, ils se rapprocheraient de madrigal par leur tournure galante et mignarde, ou, mieux encore, de l’épigramme grecque ancienne, avec son inspiration variée, sentimentale, morale, satirique. Les jeunes moresques les apprennent comme un élément de leur éducation.; elles se piquent d’en composer. Les hommes ne les ignorent pas. Bref, la bouqâla nous présente un genre littéraire aussi caractérisé, aussi développé qu’aucun autre dans cette région indécise de la poésie populaire du Maghreb dont nul ne peut dire aujourd’hui si c’est un pays de larves ou de morts-nés, s’il faut y voir un Tartare d’attente ou des Limbes définitifs. Et n’est-il pas curieux et digne de notre attention qu’elle sorte d’une pratique de sorcellerie ? De même que, dans l’antiquité (si porva licet componere magnis), l’histoire nous montre la tragédie grecque naissant d’un cérémonie de la fête de Bacchus, de même l’observation nous permet de voir aujourd’hui encore, en Algérie, la Magie, mère de tant d’arts et de sciences, donner naissance à une forme originale de poésie, sous l’influence lointaine de l’astre de Mercure, dans la « chaleur » mystique de la nuit du mercredi.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1): البوقالة متاع تكت العاتق 

 

(2): هذي على خاتي فلانة

 

(3): On retrouve un emploi du même procédé pour la découverte des voleurs ; la bouqâla est remplacée par un broc (ibriq) l’opération s’accompagne de la lecture de la sourate Yassine ; le nom du voleur soupçonné est écrit sur le vase : c’est le même principe paré de quelques accessoires savants. 


(4): ارمي الفال فالبوقالة

 

 

 

 

 

 

 

 

eeeeeeeeeeee

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



Anciennes Coutumes & Traditions Algériennes relatives à la célébration d’ Ennayer

10012018

 

 

 

 

 

La durée de la fête est variable, généralement elle est de trois jours. A Tlemcen le premier jour s’appelle يوم نفقة اللحم)), le deuxième jour (يوم نفقة الكرموس), le troisième (راس العام). Les moulins restent fermés pendant trois jours. A Tlemcen, les fours publics chôment pendant les 3 jours qui suivent la première nefqa. On apporte à la ville, pour les vendre, du lait, des tiges de palmier nain (دوم) dont on mange le cœur. Les fermiers offrent ces mêmes produits à leurs propriétaires qui leur donnent en retour des fruits. L’année sera ainsi blanche comme le lait et vertes comme le palmier.

 

En Kabylie, on place dans les champs ensemencés des tiges de laurier-rose pour chasser les insectes. Chez les nomades, on jette des plantes vertes sur les tentes. Les Beni Bou Saïd font, à leurs chevaux et aux agneaux, une litière de verdure de même au Telagh. A Tlemcen, il est des maisons où, pour l’Ennayer, on jonche de feuillage frais le sol de la cour (de même à St-Denis-du-Sig).

 

 

 

 

Anciennes Coutumes & Traditions Algériennes relatives à la célébration d’ Ennayer dans Coutumes & Traditions 1512986071-algerie-archive-labour

 

 

 

Pour que l’année ne soit pas (حار), brûlante, on évite, un peu partout, de manger des aliments épicés pour l’Ennayer (1er jour), ou des aliments amers, tels que les olives.

Pour le deuxième jour, appelé a Tlemcen نفقة اللحم . En Kabylie, il y a, à cette occasion, ‘thimecheret’ (distribution de viande). Dans l’Aurès, on sacrifie moutons et chèvres. Au Khemis (Beni Snous), on égorge dans chaque famille un nombre de volailles égal à celui de ses membres. Une femme qui allaite ou qui se trouve enceinte mange deux poules. A Tlemcen, dans les familles fortunées, les femmes mangent des coqs, les hommes mangent des poules. On engraisse ces volailles longtemps à l’avance. Même coutume dans la Grande Kabylie. Il importe de manger, ce jour-là, de la viande de poule ; ceux qui sont trop pauvre pour en acheter ont soin de se nettoyer les dents avec des os de poulets. A Nédroma, près de Tlemcen, on mange (le deuxième jour) des têtes de mouton. L’on dit :

من ياكل راس فناير يبقى راس

« Celui qui, pour l’Ennayer, mange une tête, reste tête (homme supérieur) ».

 

 

Le dîner se compose uniquement de berkoukes qui se prépare en roulant en gros grains de la semoule grossière. On ne le place pas comme le couscous dans l’ustensile en alfa (ar : كسكاس / berb : انفيف / Nédroma et Tlemcen : قلال ) pour le faire cuire sur une marmite (ar : قدرة / berb : ثايدروث) à la vapeur d’un bouillon (ar : مرقة / berb : ثيسي). On le fait cuire simplement dans du lait. A Géryville, on cuit le berkoukes dans le keskas, mais on le fait en une seule fois (tandis que le couscous se cuit en trois fois) ; on en laisse au fond de la marmite pour les génies ; on en place sur les pierres du foyer, dans le puits, sur la porte d’entrée, sur le moulin à main (قرويشة) ; mais s’il reste beaucoup de berkoukes, on empêche les djenouns de le gâter en plaçant sur le plat du charbon et du sel.

Chez les Beni Ournid pendant les huit jours qui précèdent l’Ennayer, on ne boit pas de lait aigre ; on ne fabrique d’ailleurs pas de beurre durant cette période. On évite de mêler au berkoukes des condiments.

Même coutume chez les nomades ; ils donnent à manger aux pierres du foyer (مناصب), on place du berkous contre la poutre centrale qui soutient la tente, dans les ustensiles, contre les pièces d’étoffe qui la composent.

On laisse un peu de barkoukes dans les ustensiles pour que, selon les uns, les génies (جنون) trouvent à manger, ou bien pour l’Adjoûzat ennâyer selon d’autres, ou bien encore pour les chiens et les chats qui, ce jour-là, ne doivent pas manquer de nourriture ; peut-être aussi pour la même raison qui fait que l’on ne balaie pas la maison pour l’Ennayer.

A Tlemcen, on mange aussi le berkoukes le jour où l’on commence les labours. Le propriétaire en porte, aux champs, à ses fermiers. On place, dans le premier sillon, du levain, des fèves et une grenade (chez les Beni Snous : du levain, des figues, une grenade). A en croire de vieux tlemceniens, on commençait autrefois les labours pour l’Ennayer. On dit encore ici :

خل زيتونك لنّاير * يضمن لك الخساير

« Laisse tes olives jusqu’à Ennayer ; il te donnera une compensation (en qualité) pour la perte subie (en quantité) ».

1512986360-femmes-roulant-du-couscous dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

 

Les kabyles (Djurdjura) sèment leurs légumes et plantent les jeunes arbres pendant les quinze jours du mois de yennayer. Ce moment est choisi pour faire, dans les plantations d’arbres fruitiers, un premier labour.

A Tlemcen, ceux qui font cuire le pain que l’on porte à leur four (طرّاح) gardent une partie des pains et demandent des étrennes (عوايد), on leur donne de l’argent, des fruits ; on donne aussi des étrennes aux hommes chargés d’enlever les ordures (زبّال), ainsi qu’aux garçons des bains maures.

Pour l’Ennayer, on ne donne pas son levain aux voisins, on ne le prête pas, mais il est fait plus volumineux que d’habitude ; cela, afin qui toute l’année, tous jouissent dans la maison s’un grand bien-être dont le levain est le symbole.

Près de Mascara, on réunit pour l’Ennayer, le plus d’hôtes possible. Aux environs de Tlemcen, dans certains douars, les habitants se réunissent sous une même tente, de préférence sous celle d’un homme qui a perdu sa fortune, ils y font un repas ensemble. On ne s’absente pas pour l’Ennayer.

Une jeune tlemcénienne, qui marchait sur des coquilles d’œufs, ne trouverait pas de mari, surtout si cela lui arrivait pendant l’Ennayer. Même croyance à Nedroma.

Saïda, des vieillards vont de porte en porte. Ils font des souhaits :

 

 

عام مبروك. الله يدخله عليكم بالحنة و الرحمة

Bonne année ! Que Dieu vous apporte une année de clémence et de miséricorde !

Des souhaits faits sans sincérité se retournent contre celui qui les a formulés.

 

 

On se fait aussi des cadeaux. A Nedroma, à Tlemcen, le fiancé envoie, à sa promise, un sultani d’or, un foulard de soie. Sa famille offre, aux parents de la fiancée, une corbeille de palmier nain (قطانية) remplie de fruits divers et de pains aux œufs. Elle en reçoit le lendemain un t’ifour (table ronde avec bordure en planches) garni de crêpes et un pot de miel. Même échange entre la famille d’une femme mariée pendant l’année et le nouveau ménage. On s’offre, entre voisins, des assiettes pleines de berkoukes. On porte des fruits et des crêpes aux juifs de leur connaissance qui leur offrent en retour des reqàqàs (à pâte sans sel ni levain), à la fête dite des reqàqàs.

 

Mascara, à Saïda, à Géryville, on doit manger beaucoup le jour d’Ennayer et ainsi, on ne souffrira pas de la faim pendant l’année nouvelle. A Tlemcen les parents recommandent la sobriété aux enfants et menacent les gloutons de l’âdjoûzat ennayer (عجوزة اناير). Cette vieille femme ouvre, pendant la nuit, le ventre des enfants qui ont trop mangé, prend la nourriture qui s’y trouve, et coud la plaie avec du palmier nain (à Nedroma عقوزة), on l’appelle à Geryville la lemmâsâ (لماسة) ; elle chatouille, pendant la nuit, ceux qui n’ont pas suffisamment mangé.

 

 

La coutume de promener un lion (ayred) pour l’Ennayer se rencontre au Khemis, au Bou Hallou, Beni Snous et aussi chez les Beni Bou Saïd, ainsi que dans l’Aurès (voir ici).

 

 

 

Tlemcen, au 19ème siècle, les élèves de chaque école coranique faisaient pour l’Ennayer une quête au profit de leurs maîtres. De vigoureux tolbas, un bâton à la main, conduisaient des ânes chargés de denrées recueillies. L’un des tolbas se plaçait sur le visage un masque taillé dans une citrouille, agrémenté d’une barbe, de sourcils et barbouillé de plâtre. Le talb masqué s’appelait Boubennâni, il parcourrait les rues de la ville, suivi de ses camarades qui criaient : »Boubennâni ! ». Voici leurs paroles :

 

 

بوبنّاني هاهاه ، و ثنّاني هاهاه ، و ثلثلو هاهاه، و ربعلّو هاهاه، و خمسلّو هاهاه……

Et ainsi, jusqu’à dix.

 

 

Sans autrement s’annoncer, Boubennâni entre dans chaque maison et se couche dans la cour. Ses camarades entrés avec lui l’interpellent :

 

 

بـاش اتقوم ابو بنّاني

« Moyennant quoi te lèveras-tu, Boubennâni ? »

 

 

Celui-ci répond :

انقوم بالشريحة و الكرموس، و الحوز الفروقي، و الرمان المشقوق، و فطور الطالب مالفوق.

« Je me lèverai pour des figues sèches, ouvertes ou non ; pour de grosses noix ; pour des grenades que la maturité a fait éclater ; pour le déjeuner du maître par-dessus le marché ».  

 

 

Le maître de la maison donne aux tolbas des fruits mélangés, des grains, de la farine. Les jeunes gens remercient en chantant :

لا اله الا الله

هذا الدار دار الله * و الطلبة عبيد الله

عمّرها و ثمّرها * بجاهك يا رسول الله

« Cette maison est la maison de Dieu * et les tolbas sont les serviteurs d’Allah

Puisse-t-elle pas considération pour toi, ô Envoyé de Dieu, être habitée et prospère. »

 

 

Mais si l’on n’a rien donné à Boubennâni, le vacarme commence. Les jeunes gens hurlent :

المسمار في اللوح، مول الدار مذبوح، شبرية معلقة، مولاة الدار مطلقة

 « Que le maître de la maison soit égorgé ! Et la maîtresse répudiée ! »

 

(Les autres paroles « le clou dans la planche, le pot suspendu » ne paraissent être là que pour la rime)

 

 

Quand les tolbas d’une école se rencontraient avec les élèves d’une autre, une bagarre, souvent sanglante, commençait. Le parti qui l’emportait dépouillait l’autre. Le produit de la quête était apporté au maître qui donnait un repas (زردة) et accordait un jour de congé. Ce genre de quête a été interdit plus tard.  

 

 

Le personnage masqué appelé Bou Bennani ; on prononce aussi بومنّاني Boumennâni. À Nedroma, le personnage déguisé s’appelle المسيح, le Messie ; il porte un masque en peau de lapin. Il est coiffé d’un vieux كسكاس, garni de plumes. On lui passe au cou un collier de coquilles d’escargots (اغلال).  Le Messie danse, un camarade l’accompagne en frappant sur un tambour fait d’une marmite défoncée, recouverte d’une peau. Un individu, portant un sac, suit le Messie et recueille des figues aux portes ; on l’appelle حمار الكرموس, l’âne aux figues. 

 

Dans les environs de la ville, c’est un jeune garçon qui se déguise en femme et demande, à chaque porte, des figues.

Dans la Grande Kabylie, un homme masqué se promène dans le village à la tombée de la nuit.

 

 

Tlemcen, on se garde d’aller au bain pendant les trois jours de fête, durant lesquels on ne change ni de linge, ni de vêtements. On ne se rase pas. En Kabylie, on choisit ce jour pour faire aux enfants leur première coupe de cheveux. On ne se taille pas les ongles. Si, par mégarde, on s’est coupé les ongles, on enterre plus soigneusement que d’habitude les parties enlevées (il est de même chez les juifs de Tlemcen). Ceux qui ont de la vermine craignent ; le jour d’Ennayer, de s’en débarrasser. Certains maris évitent d’avoir, pendant la première nuit d’Ennayer, des rapports avec leurs femmes. L’enfant qui en pourrait naître apporterait le malheur dans la famille.

Pendant trois jours, les femmes ne balaient pas les chambres ; ou bien, si elles le font, elles laissent les balayures dans un coin, à l’intérieur de la pièce ; afin, disent-elles, que la prospérité ne sorte pas de la maison ; car une chambre nettoyée à ce moment resterait, toute l’année, nue comme l’aire que l’on a soigneusement balayée après le dépiquage. Chez les Beni Snous, on fait rentrer, pour l’Ennayer, les objets prêtés. A Saïda, on achète pour ce jour un balai neuf, que l’on introduit dans la maison en le jetant, par-dessus les murs, de la rue jusqu’à la cour intérieur. 

 

 

 

 

Se teinter le bord des paupières avec du collyre ; puis la nuit se placer un tamis sur le visage en comptant les étoiles au ciel. Cela, afin de renforcer sa vue. Cette coutume se rencontre un peu partout en Oranie. A Tlemcen les enfants se mettent aux yeux du collyre, les uns pour faire fuir l’adjoûzet-ennayer, d’autres pour préserver l’œil du froid ou d’une lumière trop vive. En Kabylie presque tout le monde fait usage ce jour-là de collyre. A Nedroma, certains se teignent les mains avec du henna.

 

 

 

 

1512988774-138-001-algerie-050-enfants-enfants-kabyles-dos-non-divise
 

 

 

Si dans une famille, un enfant, né avant l’Ennayer, perce des dents, une petite fille le prend sur son dos. Elle se présente ainsi aux portes en demandant de quoi préparer à l’enfant de la bouillie (pour lui faire pousser les dents. Ses compagnes chantent :    

 

 

 

يا سنينة يا بنينة * تخرج لوليدي سنينة * بجاه مكة و مدينة * و رجال الله الكاملين 

 

 

 

« O petite dent, excellente petite dent * tu viendras à mon jeune enfant* par considération pour (les deux villes saintes) La Mecque et Médine et pour tous les saints de Dieu ».   

 

 

 

 

Les enfants des riches, aussi bien que ceux des pauvres, sont ainsi conduits de porte en porte, cette démarche ayant surtout pour but de préserver l’enfant du mauvais œil. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Célébration officielle d’El Mawlid Nabaoui sous le règne (Abdeloudide) zianide

1122017

 

 

 

 

 

Célébration officielle d’El Mawlid Nabaoui sous le règne (Abdeloudide) zianide  dans Coutumes & Traditions 1508748989-el-mechour-palace-tlemcen-1

 Méchouar 

 

 

 

 

 

 

Le Méchouar servait de demeure aux rois de Tlemcen, entourés de leurs officiers, dont le personnel nombreux formait leur cour.
 

 

Pour rendre leur personne plus respectable, ils se montraient rarement à leurs sujets ; ce n’était que dans certaines circonstances qu’ils voulaient bien leur octroyer cette insigne faveur, et la chose se faisait alors avec tout l’apparat, la magnificence du trône et la majesté du pouvoir souverain. Mais de toutes les fêtes données par la cour, aucune n’égalait celle dont le méchouar était témoin lors de la solennité du Mawled (naissance du prophète, fondateur de l’Islam). Elle mérite une description particulière.

 

Dans la soirée du 12 de rebie-el-awel, jour de la fête, le sultan donnait aux grands de l’État, aux officiers de la cour, aux notables de la cité, aux syndics des arts et des métiers, un banquet splendide et somptueux. On y apportait, dit un historien arabe, des tables servies qui, par leur forme circulaire, ressemblaient à des lunes, et par leur splendeur à des parterres fleuris. Elles étaient chargées des plats les plus exquis et les plus variés. Il y en avait pour satisfaire tous les goûts, faire l’admiration de tous les yeux, charmer toutes les oreilles par leurs noms, exciter l’appétit et l’envie de manger à ceux qui n’avaient pas faim, les engager à s’approcher et à prendre part au festin commun.

 

Le sol était garni d’une quantité innombrable de tapis et de coussins rangés avec ordre et proprement, pour servir de sièges et d’appui aux convives. D’immenses flambeaux fixés dans des chandeliers de cuivre doré répandaient des flots de lumière dans toute la salle, pareils à des colonnes de feu.

 

Le sultan était assis sur son trône, dans le lieu le plus honorable de la salle du banquet. La vue de sa personne réjouissait tout le monde : l’éclat de sa majesté dilatait toutes les poitrines, la grandeur de sa gloire remplissait l’esprit de stupéfaction ; il éclipsait par sa magnificence les grands et les nobles de son peuple qui environnaient son trône. Les notables de la ville et les syndics des métiers occupaient chacun une place distincte, suivant le rang et la condition à laquelle il appartenait. Ils formaient des groupes et des bandes qu’on aurait pris volontiers pour les compartiments divers d’un jardin parsemé de fleurs. Leurs yeux, peu accoutumés à tant de magnificence et de splendeur, avaient de la peine à rester ouverts, et lorsqu’ils parlaient, le respect inspiré par le lieu leur faisait baisser le ton de la voix, en sorte qu’on n’entendait que des chuchotements, et que les esprits étaient dominés par le sentiment de l’admiration et saisis de ravissement.

 

Des pages, revêtus de longues tuniques de soie rayée, parcouraient tous les rangs, tenant dans leurs mains des cassolettes où brûlaient des parfums, et aspergeaient l’assistance avec des eaux de senteur. On respirait partout l’odeur de l’ambre gris, dont la fumée remplissait l’air. Partout les convives recevaient des aspersions d’eau de rose de Nisibe.

 

 

Au festin succédait le chant des louanges de Mohammed, qui durait jusqu’au lever du jour. À une certaine distance du trône s’élevait une estrade en guise de chaire. Près du bord de cette estrade se tenait le chantre, chargé officiellement de célébrer les louanges du prophète, qui étaient toujours en vers. On choisissait pour cette fonction une personne douée d’une voix douce et agréable, versée dans la connaissance des règles de la Poésie et de la musique arabes. Quand le chantre n’était pas lui-même l’auteur de la pièce, il se contentait de réciter les compositions d’autrui. Dans la récitation du Poème, il faisait sentir la mesure en frappant des pieds, et il exprimait fidèlement les diverses modulations qu’exigeaient le commencement, le milieu et la fin du Vers, suivant le rythme sur lequel le poème avait été composé. Quand le chant était fini, il était rare qu’il ne se présentât pas quelque poète de la ville ou de la cour, avec une pièce de sa composition, faite pour la circonstance. Celui-ci était aussi quelquefois remplacé Par un autre, et il arrivait souvent que, dans la même nuit, on entendait cinq ou six poèmes en l’honneur de Mohammed. Les rois eux-mêmes, quand ils étaient poètes, ne dédaignaient pas d’apporter à cette solennité le tribut de leur muse et le fruit de leurs inspirations religieuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Promenade au lit de Lalla Mansoura

11112017

Ancien Rituel des Rouagha*

 

 

 

 

 

Elle connut aussi, cette jeune épousée des temps passés, les joies de la « takouka** », dit la légende, durant de longues nuits de printemps, autour des grands feux, exposée à l’admiration des amoureux, car elle était belle, elle se maria avec l’un des plus riches propriétaires de la tribu des Béni Sissine ; mais l’infidèle, parjure aux serments d’amour, disparut subitement sans que l’attention de ceux qui la transportaient en fut éveillée, le jour où on la conduisit à la demeure de son époux impatient; elle était couchée dans son lit nuptial, ce ( gous قوس), fait de tiges sèches de palmiers, de djerids, qui lui donnent à première vue l’aspect d’une cage, voilée aux regards de la foule admiratrice par de longues melhafa, de couleurs éclatantes qui la recouvrait comme d’une coupole : l’époux consterné ne trouva plus que la couche vide, où la belle Mansoura n’était plus, — ô prodige!

 

 

 

 

Promenade au lit de Lalla Mansoura dans Coutumes & Traditions 1507198325-sans-titre

 

 

 

Depuis ce temps la coutume veut que l’on promène dans les rues du Ksar, pendant l’époque des mariages, ce symbole de l’infidélité, en dansant. Le don surnaturel d’avoir pu se dérober aux regards de ceux qui la transportaient valut à Mansoura, le titre de «Lalla»; elle est considérée comme maraboute. Cette procession, au milieu de laquelle s’agite sur les épaules de quatre d’entre eux le lit nuptial, parcourt les rues du Ksar et les principaux quartiers pour se rendre, toujours au son delà «rèïtha» et du bruit des « tebboul », à l’une des portes de la ville, «Bab-Ammar», où l’époux de Lalla Mansoura, l’attendit, vainement, pendant longtemps. Quiconque oserait soulever le voile qui recouvre le lit de Lalla Mansoura, pour y jeter des regards curieux deviendrait immédiatement aveugle; on ne peut ni ne doit le faire. Telle est la croyance généralement admise par les sédentaires. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*: les Rouagha c’est les sédentaires d’Ouargla 

**: fêtes des Mariages qui durent 8 jours chez les Rouagha 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La fête d’Achoura : Abiannou au M’zab

26092017

 

 

 

 

 

Abiannou est le nom du neuvième jour du mois qui commence l’année. Le dixième jour c’est Achoura. On fait des applications de henné, on se pare, on se change les vêtements et on mange beaucoup : on doit manger cent bouchées, on doit faire cent prostrations de prière.  

Ce jour-là les futures mariées reçoivent de leurs futurs maris « le triomphe ». c’est des cacahuètes, des pois grillés, des pâtisseries, des raisins secs, des figues. On leur offre de l’argent, des habits. Elle « trône ».  

Depuis Abiannou jusqu’au jour d’Achoura (les femmes) ne pilent pas, ne moulent pas, elles craignent que la terre ne vienne se renverser dans la mer. Elles remplissent le centre de leur moulin à bras avec du blé, elles prennent de ce blé et en jettent sur leurs réserves, afin qu’elles soient bénies (abondantes), afin, dit-on, que le blé surabonde.  

 

 

 

 

La fête d’Achoura : Abiannou au M’zab dans Coutumes & Traditions 1504963140-sfouf01  

 

 

 

 

On prépare pour le souper du couscous aux dattes, on n’y met ni oignon, ni piment afin que l’année soit bonne et heureuse. Pour le souper on prépare du « refiss » (sorte de met sucré, semoule et sucre) en grande quantité, avec beaucoup de beurre et des œufs. On sert des plats de refiss à des orphelins que l’on convoque, à des enfants qui ont perdu leur père, aux démunis, tous mangent le refiss et on leur oint la tête d’huile, et on leur offre de l’argent.  

Le matin on se rend aux cimetières. On gâche du plâtre blanc. On fait des distributions pieuses, on enduit de blanc les dalles des tombeaux. C’est le matin d’Achoura avant que ne monte le soleil que l’on enduit de plâtre blanc les dalles des tombeaux.  

Alors deux morceaux de viande conservés de la Grande Fête (العيد الكبير) sont mis ce jour d’Achoura dans la marmite. Un de ces morceaux est appelé « la planche », l’autre « le chien ». Ils sont consommés ce jour-là. Aux os de ces morceaux de viande on applique le henné et on les met sous un plat à couscous, on les gardera pour le premier de l’an.  

Les gens appellent Achoura Abiannou.  

Ce jour-là est le neuvième du mois. C’est le jour que Notre Seigneur Noë a reçu, descendu du ciel, l’arche et que le déluge s’est terminé. Il fit sortir un oiseau et il lui dit :  

  • Va, sors, l’herbe a poussé sur la terre.  

Il fit descendre l’arche, en fit sortie les enfants, les femmes et les hommes, les chèvres et les boucs, les ânes et les ânesses, le chameau et la chamelle, le chien et la chienne, le chat et la chatte, la jument et le cheval, le mulet et la mule, le lièvre et la hase, la tourterelle et son mâle, le moineau et sa femelle, le pigeon et la pigeonne, le passereau et sa femelle et les animaux sauvages : le lion et la lionne, le chacal et sa femelle, l’hyène et son mâle, et le monde se trouva créé de nouveau.  

Les enfants ayant faim se mirent à dire (à Noë) :  

  • O Noë ! Noë ! donne-nous à manger !  

Il leur dit :  

  • Mangez de l’herbe.  

Et c’est depuis ce temps-là que l’on appelle ce jour « Abiannou » (jeu de mots en berbère) c’est-à-dire « ô père Noë », ou bien (en langage enfantin) « donne, ô Noë ! ».  

Les enfants disent « Abiannou » et vont quémander aux portes des maisons prenant avec eux un grand bol ou un petit couffin, ils quémandent et y ramassent la nourriture (quêtée) : fèves, dattes, pain, grosse semoule, refiss, petits morceaux de viande, œufs. Ils apportent cela à leur maman et à leur papa, ils en mangent et le lendemain jour d’Achoura ils jeûneront. Ils se lavent tout le corps à grande eau, se mettent des vêtements propres, rituellement purs.  

Les femmes et les filles s’arrangent la tête, les hommes vont chez le coiffeur. La coiffure au parfum se fait avec de la rose, de la racine odorante, de grains odorants, de clous de girofle, de lavande, de musc, d’une sorte d’écorce odorante et de nard indien. 

Ce jour-là on blanchit la laine au lait de chaux, de même les grandes pièces, les fichus, les tuniques des hommes, parce que ce jour-là est béni, il apporte l’abondance, on y confectionne aussi des lissoirs de tissage. 

  

Un gigot de la Grande Fête de ce jour sera conservé, disséqué, salé, mis sur une corde à sécher, enfermé dans un pot pour Abiannou. Il sera utilisé en trois fois : on en met une partie dans la marmite ce jour-là même premier Mouharrem, le jour d’Achoura et Abiannou prochains. Ce jour-même on met dans la marmite le morceau appelé « la planche », on le ronge bien, puis on applique le henné à l’os « planche » de la fête, on le met sous un plat à couscous pendant la nuit d’Achoura et au matin on le retrouve avec des écritures jaunes.  

Voilà ce qui se fait en ce mois de Mouharrem.  

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage de H.M, homme 36 ans –recueilli à Ghardaïa en 1947 par  J. Delheure auteur du livre Faits et dires du Mzab 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

  

   

  

  

  

  




Le jeu rituel : Mata

29062017

 

 

 

 

Une étrange coutume subsiste parmi les habitants de la compagne marocaine (la tribu des Beni Arous en particulier et d’autres tribus voisines :Beni Gorfet, Souk Tolba, etc.), et ça paraît un legs de leurs prédécesseurs païens, qui firent de ce pays et des régions environnantes, dans le nord de l’Afrique, le principal grenier de Rome.

 

 

 

 

Le jeu rituel : Mata  dans Coutumes & Traditions 1111

 

 

 

 

 

 

Quand les jeunes pousses de blé sont sorties de terre, ce qui arrive vers la mi-février, les villageoises façonnent, en figure de femme, une grande et grosse poupée, et l’habillent le plus somptueusement qu’elles peuvent, la couvrant de toutes sortes de clinquants et d’ornements, et l’affublant d’un haut bonnet pointu. Elles la promènent en procession tout autour des cultures, criant et chantant sans relâche un chant particulier. La femme qui marche en tête porte cette image, qu’elle doit céder à celle de ses compagnes assez agile pour la dépasser : ce qui devient l’occasion de beaucoup dé courses et de luttes. Les hommes exécutent également la même cérémonie, mais à cheval : ils nomment l’image Mata. 

 

 

 

 

 

1510 dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

 

D’après les croyances populaires, ces cérémonies portent bonheur. Leur efficacité doit être grande, à en juger par la foule de gens que vous voyez se ruer en galopant sur les jeunes pousses de froment et d’orge qu’ils écrasent sans pitié.

 

Ces coutumes sont en opposition directe avec la foi de l’islamisme ; aussi jamais n’est-on trouvé qui pût donner quelques lumières sur leur origine. On est assez portés, en pareil cas, à attribuer à la superstition, à l’ignorance, des usages fondés sur l’observation, et que les anciens n’ont rendus religieux que pour qu’ils devinssent obligatoires. Socrate, dans les Économiques de Xénophon, conseille à Ischomaque, pour doubler sa récolte, de renverser son blé en herbes, en lui donnant un léger labour. Pline, qui joint volontiers les récits aux préceptes, raconte qu’autrefois les habitants de Saluces et de Verceil, étant en guerre avec ceux du val d’Oste, couraient les terres de leurs ennemis pour les ravager. Comme ils ne pouvaient en brûler les blés encore en herbe, ils imaginèrent de labourer de nouveau, avec des bœufs, les champs tout couverts de vertes céréales. Ils se flattaient d’affamer l’ennemi en détruisant ainsi tout espoir de récolte. Mais le résultat fut tout autre. Les tiges provignèrent, et s’épandirent en branches terminées par de riches épis. Cet incident fut depuis érigé en une coutume qui dure encore en Italie. Retrouvant en Afrique l’antique manière de dépiquer le grain, l’antique vénération pour l’aire,  semble naturel de penser que l’usage de fouler aux pieds le blé vert est venu aussi des Romains.

 

Certains d’autres pensent que le Mata  est probablement inspiré du bouzkachi, un jeu similaire mais plus violent, importé, selon la légende, par Moulay Abdessalam Ben Machich lors de sa visite à Ibn Boukhari.

 

 

 

 

 

 

 

 

Source photos : mata

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le rituel de puberté des jeunes filles chez les APACHES de l’Ouest

16052017

 

 

 

 

Les APACHES de l’Ouest  sont  ces groupes d’Indiens, comprenant les  bandes  de  Tonto, White Mountain, Cibecue et San Carlos, dont le territoire traditionnel faisait partie de l’actuel Etat d’Arizona. On kes distingue des Chiricahua (appartenant au groupe culturel des Geronimo) ainsi que des Apaches Mescalero et Jicarilla du Nouveau-Mexique. Les Apaches de l’Ouest vivent aujourd’hui dans la partie centre-est de l’Arizona, dans deux grandes réserves – Fort Apache et San Carlos – ainsi que dans la petit réserve de Tonto, située près de la ville de Payson.   

 Quelques Apaches vivent aussi à Camp Verde, dans une réserve qu’ils partagent avec les Yavapais. La population totale de la tribu s’élève à quelque 20 000 habitants.

Les Apaches de l’Ouest parlent l’athapascan du Sud, tout comme leurs voisins les Navaho.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rituel de puberté des jeunes filles chez les APACHES de l’Ouest  dans Coutumes & Traditions 1493304513-apache1

source: indianz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les animaux jouent un rôle marquant dans la cérémonie de puberté, tout particulièrement le cerf et l’aigle. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le costume porté par la jeune fille, soit une jupe et une cape, est confectionné en daim. Dès que les Apaches commencent à porter des vêtements de tissu, la jeune fille ne revêt plus qu’un poncho de daim par-dessus sa robe de tissu.

Une plume d’aigle orne la chevelure de la jeune pubère. L’initiée utilise une canne décorée de plumes d’aigle et, souvent, d’un loriot mort. Elle porte autour du cou une lanière de cuir à laquelle sont attachés, au moyen de tendons, un grattoir est une paille. Ces accessoires lui sont utiles puisque pendant les quatre jours que dure la cérémonie, la jeune fille n’est pas autorisée à se toucher ni à porter de contenant à ses lèvres.

La plume d’aigle dans les cheveux est pour assurer que la jeune fille vive en santé jusqu’à ce que ses cheveux deviennent aussi blancs qu’elle. La canne est aussi un symbole de longévité car elle pourra l’aider à marcher lorsqu’elle sera vieille. Quant au loriot mort, il permettra à la jeune fille de développer un bon tempérament, car les Apache prétendent que les loriots sont des oiseaux heureux.

 

 

 

 

Un autre élément important du rituel est cette grande peau de diam sur laquelle la jeune fille dans pendant la cérémonie pour s’assurer d’abondantes provisions de cerf tout au long de son existence. A une certaine étape du rituel, elle s’agenouille sur la peau de diam, dans la position où se trouvait la « Femme Changeante » au moment d’avoir ses premières menstruations. C’est également dans la position agenouillée que la « Femme Changeante » se fit féconder par le Soleil, après quoi elle donna naissance au héros « Tueur de Monstres », ainsi que par l’Eau, ce qui l’amena à donner le jour à « Né de l’Eau ». Finalement, la jeune fille s’allonge sur la peau de diam pour recevoir un message rituel de sa marraine de cérémonie, un acte qui lui donnera la force nécessaire pour marcher longtemps, transporter de lourds fardeaux et ne jamais ployer sous le poids des années.

 

Autrefois, la peau de diam était une façon courante de rémunérer le chaman qui dirigeait la cérémonie.

La robe de diam portée pour le rituel de puberté est décorée de breloques de métal. Des galons de broderies perlées sont souvent ajoutés comme garniture au bas de la jupe et du poncho. Certaines parties de l’ensemble du vêtement peuvent être colorés en jaune avec de l’ocre.

La peau doit traditionnellement provenir d’un cerf à queue noire ; on fixe la peau d’une patte au bas de la cape pour montrer qu’on a utilisé le bon type de cerf. Vers les années 1850, les boîtes de conserve ramenées des raids effectués au Mexique constituaient la principale source de fer-blanc. Lorsqu’une bande se cachait, on se passait des breloques pour ne pas alerter l’ennemi.

 

C’est la mère de la jeune fille qui fait les démarches pour acheter la peau nécessaire à la confection du vêtement. On donne souvent à la couturière des peaux supplémentaires en guise de paiement. Il faut trois peaux pour la cape et trois autres pour la jupe. La taille des franges demande énormément de temps. Une femme racontait dans les années 1930 qu’elle avait payé un garçon cinquante sous pour qu’il l’aide à tenir une peau durant une demi-journée, alors qu’elle y découpait les franges.

Après la cérémonie, la jeune fille peut continuer de porter sa robe aussi souvent qu’elle le désire jusqu’à son mariage ou sa première grossesse, après quoi elle s’habille plus modestement. Elle peut garder en sa possession la robe comme porte-bonheur, ou encore en faire profiter une jeune sœur ou une proche parente.

 

Il n’est pas rare de voir une famille louer d’une autre famille une robe, lorsqu’elle n’a pas les moyens de s’en faire une.

A plusieurs reprises au cours de la cérémonie, des groupes de danseurs masqués font leur apparition. Par groupes de cinq, ils personnifient Gan, les « Esprits des Montagnes », vivant en montagne dans des grottes. Ils viennent apprendre au groupe à suivre la Voie apache et peuvent être implorés pour apporter la guérison, la bonne fortune à la chasse (le cerf est l’animal d’élevage des esprits Gan) et la protection en général. Leur présence à la cérémonie contribue à l’efficacité du rituel.

Les danseurs Gan portent une coiffe de bois en forme d’éventail fixée à un capuchon. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les capuchons sont en daim ; on les remplace ensuite par des capuchons en tissu. Les coiffes, confectionnées à l’aide de tiges de sotol (une plante), sont blanchies à la chaux puis peintes de divers symboles. Parmi ces symboles, on retrouve le colibri, messager du peuple et du monde surnaturel, le soleil et la pluie, de même que, très souvent, le serpent associé à la foudre.

 

Certaines espèces de serpents, les unes vivant sur terre, les autres imaginaires, volent juste au-dessous du ciel avec le porc-épic, le lézard et la mouffette. Certaines de ces animaux amènent la foudre, dangereuse. Un grand serpent du monde terrestre échange avec un éclair au-dessus de lui, au sujet de certains événements survenus sur terre.

 

On attribue au serpent un très grand pouvoir et les chamans qui ont le Pouvoir du Serpent sont considérés comme étant les plus puissants.

 

Les danseurs entrent en scène vêtus d’une jupe courte, autrefois faite en peux de diam, mais aujourd’hui faite de tissu ou de cuir commercial. On retrouve sur leur torse divers motifs peints rattachés au thème de la foudre ; ils dansent en s’appuyant sur des bâtons de bois. Un des danseurs Gan est un clown. Il porte une coiffe en forme de croix et possède une corne de bœuf dont le bruit rappelle le vent.

 

Les avantages du rituel de puberté des jeunes filles s’étendent bien au-delà de l’individu. En effet, ce rituel donne aux clans l’occasion de se réunir et de consolider leurs liens. Comme la marraine de la jeune fille ne fait pas partie du même clan, le rituel permet également de tisser des liens avec des membres d’autres clans. De plus, l’identification à la « Femme changeante » vécue par la jeune fille pendant quatre jours, donne à cette dernière des pouvoirs de guérison et d’apport de bonne fortune qui profitent à la communauté dans son ensemble.

 

De nos jours, des rituels de puberté s’organisent toutes les fins de semaine dans plusieurs localités, d’avril à septembre.

Edgar Perry, directeur du centre culturel White Mountain, à Fort-Apache, se réjouit de constater à quel point ce rituel a conservé toute sa validité. « C’est notre tradition. Ma mère, âgée de 75 ans, a eu sa cérémonie, et sa mère avant elle. Nous savons qu’il est bon de bénir la jeune fille pubère et sa famille. C’est bon pour elle, et ça l’est pour nous. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diane Dittemore : conservatrice Arizona State Museum, Tucson     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le collier prophylactique d’enfant ‘haziu n-kafo’ dans l’oasis de Tabelbala

6042017

 

 

 

Les enfants en bas âge offrent aux maladies, aux jnun et au mauvais œil, des proies faciles, toutes désignées par leur faiblesse. La tendresse maternelle, les prévenances dont ils sont l’objet de la part de l’ensemble du milieu social, n’apparaissent en aucun cas suffisantes. En un domaine aussi périlleux, aucune précaution n’est superflue. Aussi met-on en œuvre toutes les forces naturelles, magiques ou religieuses, concurrentes, dont on dispose et que l’on canalise dans un même but : la sauvegarde de l’enfant. La plupart d’entre elles exercent et développent des fonctions multiples et c’est souvent en raison même de leur polyvalence qu’elles sont choisies et utilisées. D’apparence hétéroclite, les colliers que l’on voit au cou de tous les enfants non sevrés, sans distinction de sexe, remplissent un rôle essentiel : chacun de leurs éléments est employé dans un but bien déterminé et assure la continuité d’une protection vigilante, indispensable à l’heureuse croissance des enfants.

 

Les colliers de ce type peuvent être observés sporadiquement dans l’axe Guir- Saoura. Ils sont répandus dans toute l’Afrique du Nord. (Sans parler de très nombreuses régions du monde ancien et moderne.) Cependant leurs composantes et le symbolisme de celles- ci sont variables.

 

 

 

 

 

Le collier prophylactique d’enfant ‘haziu n-kafo’ dans l’oasis de Tabelbala  dans Coutumes & Traditions 1489560361-img-5

Père portant son bébé sur le bras. Une amulette ‘ayyâcha’ est fixée à la main droite de l’enfant, une autre est attachée à l’épaule gauche ; autour du cou se trouve un collier fait de petits sachets. Le tout sert à protéger l’enfant du mauvais œil/ dans le sud tunisien 

 

 

 

 

 

Le septième jour après la naissance, jour de l’imposition du nom, le père de l’enfant demande au Taleb d’écrire des amulettes : sept pour un garçon, six pour une fille. Ces nombres sont constants. Les écrits ne sont pas toujours des originaux, destinés précisément à cette occasion particulière. A Tabelbala, oasis des plus déshéritées, il n’y eût pas, depuis longtemps et jusqu’en 1954, de Taleb connaissant vraiment la lecture et l’écriture, aussi le privilégié qui en tenait lieu, empruntait-il ses écrits à des feuillets manuscrits ou imprimés en Arabe.

Jusqu’au quarantième jour, deux de ces écrits déterminés par simple choix, noués dans un chiffon noir, sont attachés dans la chevelure de la mère.

Les autres, cinq ou quatre, selon qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, sont enfermés dans un sachet de cotonnade noire qui ne quitte pas la proximité de l’enfant , et qui contient le cordon ombilical, des petits cailloux de sel récemment rapportés de la sebkha, des feuilles et des graines de tabellat (Peganum Harmela), quelques fragments d’écorce de grenade et des dattes : trois pour un garçon, quatre pour une fille. Le sel et tabellat ont mission d’écarter les jnun. L’écorce de grenade, à défaut du fruit entier, joue un rôle important dans la symbolique de fécondité. Les dattes, synonymes d’abondance, de prospérité, de multiplicité, véhiculent une force bénéfique.

La veille du quarantième jour, les femmes amies se réunissent dans la maison de la naissance pour préparer le collier dénommé « haziu n-kafo » (haziu : amulettes, de l’arabe harz ; kafo : corde en belbali*), en même temps que les galettes de blé ou d’orge, cuites dans le « tinzia** » qu’il est coutume de distribuer le quarantième jour, et la chemise de henné : « henna n-teysept ».

 

A la plus âgée de ces femmes, la plus vénérable, autant que possible de souche maraboutique, revient le soin de coudre les écrits du Taleb à l’intérieur de petits sachets de cuir rectangulaires : filali rouge importé si la famille est aisée, simples petits morceaux de peau de chèvre ou de gazelle tannés et teints en rouge à la maison si la famille est modeste. La tradition veut que les amulettes soient préparées à la maison, mais le souci de paraître fait emprunter la mode des portes amulettes faits par le cordonnier et décorés au fer. Des tendons de gazelle dilacérés sont employés comme fil. Il faut veiller à ne point piquer l’écrit en même temps que le cuir sous peine d’en neutraliser l’effet. Les femmes qui ont préparé colliers et chemises de henné ne sont pas rétribuées.

Une seule pourrait suffire à cette besogne. Mais le quarantième jour est une étape, aussi bien pour le nouveau-né que pour la mère. Aussi convient-il de « socialiser » les relevailles de la mère comme l’entrée du nouveau-né dans le village. (La première sortie officielle et rituelle de l’enfant s’effectuant au matin du quarantième jour). Une collation généreuse : thé, cacahuètes, beignets, est offerte dans l’allégresse. Quatre des amulettes gainées de cuir sont placées parmi les perles et les éléments prophylactiques de haziu n-kafo, de part et d’autre de l’élément central hamuysa aux cinq cauris accompagnés ou non de perles rouges figurant du corail. Deux autres accompagneront taɤəforť, deuxième collier, spécifique du dernier né de la famille, porté jusqu’à la naissance suivante qu’il est censé appeler sinon susciter.

Les garçons porteront la septième amulette au majeur de la main droite, comme une bague, jusqu’au moment où s’éveille en eux le sens de la préhension. Cette amulette sera alors fixée au bras droit, à hauteur du biceps par un lien de laine blanc et noir. Quand l’enfant commencera à se dresser sur ses jambes, elle sera fixée au takudəs, mèche de cheveux réservée par le rasoir sur le sommet ou sur l’un des côtés de la tête (disposition qui semble ressortir d’une convention de lignée, plutôt que de l’appartenance à telle ou telle confrérie religieuse).

Dès que les colliers sont prêts, on les passe au cou de l’enfant. Soulignons que jusqu’au quarantième jour, le nouveau-né est démuni de tout collier. On pourrait s’étonner, en raison même de l’importance attribuée à haziu n-kafo et du soin extrême présidant à sa confection, de ne le voir intervenir que si tard. Mais, s’il en est ainsi, c’est que jusqu’au quarantième jour l’enfant reste en principe à l’intérieur de la maison ou de la jériba, tenu à l’abri de tous les dangers du dehors. Au contraire, à partir du quarantième jour, pouvant alors sortir à toute occasion avec sa mère, il va se trouver exposé à de nouveaux et innombrables périls contre lesquels, précisément, haziu n-kafo est l’élément de protection indispensable.

Haziu n-kafo est porté jusqu’à sa rupture naturelle après le sevrage. On attend que le fil se rompe et on n’en réenfile pas les éléments, bien qu’ils soient soigneusement récupérés par la mère. Si le fil se rompt avant le sevrage, il est remplacé aussi souvent qu’il est nécessaire. La durée moyenne du support est d’environ un an : la crasse la prolonge en lutant le fil. Il est admis qu’après le sevrage, la rupture naturelle du collier est le signe que son rôle est terminé, sa tâche menée à bien : l’enfant devenu assez fort pour manger, marcher et parler n’est guère plus vulnérable qu’un adulte. Ses moyens de défense ne différeront plus de ceux des adultes.

Si un enfant porteur de haziu n-kafo vient à mourir, son collier sera enterré à la tête de la tombe, du côté droit, le troisième jour après la mort.

Après le sevrage, les éléments du collier de l’enfant, (en dehors des amulettes écrites), bien que théoriquement incessibles, pourront être réutilisés en raison de leur rareté, à la condition formelle qu’ils aient séjourné au moins sept jours dans un sachet de cotonnade noire contenant du sel et des graines de tabellat. Là ils perdent ce qu’ils ont pu condenser d’influences extérieures nuisibles et d’émanations directes du porteur : ils s’y dépersonnalisent et y retrouvent leur pureté première. Pratiquement, certains éléments dont l’acquisition est difficile, sont transmis dans des limites exclusivement familiales, de frère à frère ou sœur, puis de mère à fille.

 

 

 

1489560310-img-12 dans Coutumes & Traditions

Collier à amulettes de l’oasis de Tabelbala (d’après D. Champault).

 

 

 

 

 

 

Exemple d’ordre d’enfilage d’un collier haziu n-kafo :

 

 

— une perle de verre vert

— une pièce d’argent, dite ‘ayašet, provenant d’un diadème féminin, enfilée par l’une des deux perforations excentriques qui servaient à sa fixation

— un cauri, dont la face dorsale a été éliminée par abrasion

— deux perles de Briare, une bleue, une jaune

— une perle de céramique ancienne dite muka-mo

— une pièce de nickel belge de 10 centimes

— une perle de faïence rouge

— un sachet de cuir, porte amulette écrite

— une perle de Venise, pâte de verre à insertions blanches : type plus récent de muka-mo

— deux métacarpiens de fennec (Fennecus Zerda), montés dans une ligature de cuir

— un cauri (face dorsale évidée)

— un rhizome d’iris sauvage :

— une perle, pâte de verre bleu turquoise

— un second sachet de cuir porte amulette

— deux perles de faïence, une ambrée, l’autre bleue

— le motif central hamuysa : pendentif de cinq cauris montés sur cuir

— une perle de faïence rouge, une perle de verre vert

— un troisième sachet de cuir porte amulette

— une perle de faïence ambrée

— un rhizome d’iris

— un cauri

— une broche (clou de fer à cheval) : biy n-keygi «épine de cheval»

— une perle de verre bleu foncé, ancienne

 — une perle de faïence ambrée

 — une noix de galle : taya

— une perle de verre noir, ancienne

 — une perle de faïence rouge

— un petit gastéropode marin, dit Vudď

— une perle de faïence bleue, une de faïence rpuge

— un quatrième sachet de cuir porte amulette

— une perle de faïence ambrée, une de faïence rouge, une de faïence verte

— un cauri

— une perle de faïence bleue, une de faïence verte

 

 

Ces quarante éléments divers sont supportés par deux fils de laine de brebis, chacun à double toron :

— l’un noir dit : kika n-kafo « corde de nuit »

— l’autre blanc : zayd n-kafo « corde de jour »

  

Cette alliance de fil noir et de fil blanc n’est pas le fruit d’un hasard ou d’une recherche esthétique. La majorité des ligatures amulétiques combine en effet ces deux couleurs. Elles sont aussi associées, kaolin blanc appliqué sur de vieux pots noirs, lorsqu’il s’agit d’écarter le mauvais œil des jardins ou des palmiers les plus productifs. Le nom même des fils pourrait indiquer l’intervention d’une idée cosmogonique. L’explication de mes informatrices est très simple : « que le jour et la nuit protègent mon enfant ».

 

Les perles de faïence ont un rôle actuellement plus décoratif que prophylactique. Il ne leur faut point nier cependant le sens, répandu dans le monde entier, d’une magie des couleurs. Les perles rouges et les perles jaunes figurent dans ce collier des éléments traditionnels : corail et ambre, aujourd’hui fort dispendieux sinon introuvables, en dehors des grands centres de marché.  Les vertus du corail et surtout de l’ambre, découvertes par le monde occidental dès l’énéolithique, vantées par les auteurs anciens, sont encore très largement reconnues.

 

La petite pièce d’argent dont le nom vient de l’arabe ‘ayaša, « celle qui fait vivre », n’est pas considérée à Tabelbala comme primordiale. Du moins, sa brillance et son éclat paraissent-ils efficaces pour arrêter et détourner de l’enfant le mauvais œil. De plus, l’argent est un métal « pur ». On dit de lui : ebkwarenda tayazèt, « il rend blanc le chemin », c’est-à-dire : il apporte de la chance dans la vie- Le plus souvent encore, cette pièce provient d’un diadème ayant appartenu à la propre mère de l’enfant ou à une femme réputée heureuse à la fois par sa fécondité et par l’abondance qui règne dans sa maison. Elle a donc participé à une vie harmonieuse et ne peut manquer à l’avenir d’assurer à son porteur la continuité du bonheur qu’elle suscite. Quand à la pièce de nickel, on ignore ou non si elle n’a plus cours. Elle représente le pouvoir de la monnaie. Elle est là pour aider l’enfant à évoluer dans la vie et à y être par tous, aussi bien accueilli qu’elle-même.

 

Les cauris isolés, tiagmuš (pluriel : tiagmušiú), sont au nombre de quatre dans un collier de fille, de cinq dans un collier de garçon. Ces cauris ont déjà été utilisés cousus, ce qui explique la disparition de toute leur partie dorsale. Lorsque l’on dispose de cauris entiers, on ne leur fait, pour les placer dans les colliers, qu’une perforation dans la partie supérieure. Préparée par frottement sur une pierre gréseuse, cette perforation est finalement pratiquée à l’aide d’un poinçon en métal. Seules les femmes et les jeunes filles pubères préparent les cauris.

 

Hamuysa, le pendentif aux cinq cauris disposés verticalement, par groupes superposés de trois et de deux, est reconnu dans le pays comme une représentation de la main. A celui des cauris, s’ajoute donc le symbolisme actif de la main. Dans l’oasis, le classique « hamsa fi l’aynik » n’est pas usité. A sa place, l’interjection plus directe : « ndey dfun », « sois percé», parfois accompagné d’un geste de menace de la main rappelle que les cinq doigts ne sont qu’une emphatisation de l’index. Tout ce qui est pointu peut être utilisé pour blesser, même à distance, le mauvais œil. La main a d’autres aspects magiques, mais, à ce point de vue particulier, elle apparaît comme une arme singulièrement redoutable.

 

Contraindre le mauvais œil à se détourner des objets indécents qu’on lui présente est un des buts qui peuvent justifier l’utilisation des cauris. Les métacarpiens de fennec pourraient paraître relever de la même proposition, comme d’ailleurs l’emploi amulétique des cornillons de gazelle, les uns et les autres étant le plus souvent identifiés comme représentations phalliques. Aux métacarpiens de fennec, parfois remplacés dans les colliers d’enfant par une mâchoire inférieure du même animal, ou à la rigueur de souris, on donne à Tabelbala d’autres justifications. Le fennec, petit renard des sables, est à la fois recherché et redouté. Comme de la plupart des animaux qui creusent des terriers, on croit communément qu’il a partie liée avec les jnun : alliance d’autant plus redoutable qu’il chasse impunément la nuit et risque alors d’être en rivalité avec eux, à la fois aux mêmes heures, sur le même terrain de chasse et dans le choix des proies. Mais il est d’autre part résistant à la faim et à la soif, agile, rusé : toute qualités appréciées des sahariens. La peau de fennec 3 est utilisée en amulettes dans tous les cas d’épilepsie, maladie qui passe précisément pour être une aliénation d’un corps aux jnun. (Les chutes spectaculaires des épileptiques sont interprétées comme l’attraction irrésistible du corps par les jnun, vers la terre qu’ils possèdent). Les métacarpiens sont employés ici, semble-t-il, non seulement pour leurs vertus prophylactiques, en tant qu’éléments pointus, mais aussi comme moyen d’action homéopathique : aux jnun on oppose en même temps comme un signe de reconnaissance, un mot de passe, un peu de leur alliés.

 

La perle de céramique ancienne et la perle de Venise moderne sont appelées toutes deux Muka mo « œil de chouette ». Alors que dans le folklore nord africain la chouette tient une place défavorisée et de mauvais augure, à Tabelbala elle a le rôle d’un oiseau intelligent qui se tire honorablement de toute situation périlleuse, même quand c’est Dieu en personne qui l’y a placé.

Beaucoup de perles en pâte de verre composite rappellent l’œil par leurs insertions le plus souvent circulaires. Là encore, par une sorte de jeu homéopathique, l’œil devient un sûr garant du mauvais œil.

 

Les deux rhizomes d’iris (amba) ont été apportés du Dra par des nomades Ait Khabbach. Leur prix dans l’oasis varie de deux à cinq douros pièce. Avant qu’ils ne se soient patines au cou du bébé, leur couleur est franchement blanche. La première nourriture symbolique de l’enfant est un mélange de l’amba pilé finement et de beurre de brebis frais, non cuit. Les Belbala donnent de sa présence dans le collier l’explication suivante : « Que les dents sortent aussi facilement de leur chair que tiges, feuilles et fleurs sortent du rhizome ». Mais l’on ajoute qu’à l’âge de la poussée dentaire, les enfants mordillent le rhizome et que cette action mécanique facilite grandement la sortie des dents. Dans ce même but, on adjoint d’ailleurs souvent aux rhizomes, un petit paquet de boyaux du Mouton tué le jour de l’Aïd, tordus et longuement séchés. L’action mécanique n’est pas seule en cause : il est manifeste que les boyaux conservent la vertu religieuse du mouton du sacrifice.

 

La noix de galle : taɤa, est très généralement utilisée pour la coiffure féminine, en bouillie délayée à l’huile. Elle a la réputation de contribuer à l’allongement de la chevelure. Elle est employée ici pour l’odeur qu’elle dégage. En effet, les jeunes enfants soumis à celle qu’exsudent les aisselles de certaines femmes, dépérissent et refusent de s’alimenter. Telle est du moins l’explication la plus communément donnée de l’inappétence des bébés. Taɤa, comme nua le clou de girofle, surmonte heureusement toute mauvaise odeur.

 

Le gastéropode marin est à la fois une chose pure comme tout ce qui vient de la mer, et salée. Rien n’est plus efficace contre les maléfices que le sel. C’est en même temps un objet blanc et pointu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : Dialecte parlé à Tabelbala, où dominent par ordre d’importance décroissant : le songay, le berbère et l’arabe.

** : Poterie grossière, noire, hémisphérique, enfouie dans la terre ou maçonnée grossièrement à environ 70 cm de hauteur, que l’on chauffe au bois. Quand les parois sont grises, la température est convenable. On extrait les braises du tinzia au moyen d’un bâton, on badigeonne hâtivement les parois internes d’une palme mouillée puis on y applique les galettes rondes et plates qui cuisent en moins de vingt minutes. tinzia répond à la description du kribanos de la Grèce ancienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La coutume de l’Anaya (Kabylie)

25022017

 

 

 

 

La coutume de l'Anaya (Kabylie)  dans Coutumes & Traditions 1484918956-ecole-coranique-kabylie-roger-viollet-fin19eme

 

 

 

 

Les marabouts ont institué, en Kabylie, une coutume sublime, qui n’existe chez aucun autre peuple, et dont pourraient s’enorgueillir, à bon droit, les nations les plus civilisées; l’Anaya, espèce de sauf-conduit donné par un Kabyle à un voyageur, à un proscrit, à un hôte, et qui doit le rendre sacré pour tous. Ce sauf-conduit se manifeste toujours par un signe ostensible : une lettre, si c’est un Taleb qui a donné l’anaya; un bâton, un burnous,, un fusil, connus, et qui, dans les tribus, servira de sauvegarde au voyageur, plus persécuté, poursuivi, sous le coup d’un danger, réclame la protection d’un Kabyle; celui-ci, fier de la confiance dont il est l’objet, engage sa parole, et souvent il fera lui-même une longue course pour exercer son patronage accidentel au profit de celui qui lui était inconnu un instant avant. Un meurtrier se jette dans une tribu voisine, et, qu’il le réclame ou qu’il se cache, l’anaya lui est accordé. Si le crime commis n’a eu pour but que le vol, la tribu ne lui accordera pas l’anaya mais elle ne le livrera pas. Elle lui fixera un jour pour sortir de son territoire; si le meurtrier n’a commis le crime que pour venger son honneur outragé, par suite d’une oussiga, la tribu dont il aura réclamé l’anaya, le prendra sous sa protection, et lui donnera les moyens de vivre, de travailler, de fréquenter les marchés et de voyager dans les villages de la confédération.

 

Un Kabyle abandonnera sa femme, ses enfants, sa maison, mais il n’abandonnera jamais son anaya. Tels sont les ternes passionnés dans lesquels le Kabyle exprime son attachement pour une coutume véritablement sublime, qu’on ne trouve chez nul autre peuple.

L’anaya tient du passeport et du sauf-conduit tout ensemble, avec la différence que ceux-ci dérivent essentiellement d’une autorité légale, d’un pouvoir constitué, tandis que tout Kabyle peut donner l’anaya ; avec la différence encore, qu’autant l’appui moral d’un préjugé l’emporte sur la surveillance de toute espèce de police, autant la sécurité de celui qui possède l’anaya dépasse celle dont un citoyen peut jouir sous la tutelle ordinaire des lois.

Non-seulement l’étranger qui voyage en Kabylie sous la protection de l’anaya défie toute violence instantanée, mais encore il brave temporairement la vengeance de ses ennemis, ou la pénalité due à ses actes antérieurs. Les abus que pourraient entraîner une extension si généreuse du principe sont limités, dans la pratique, par l’extrême réserve des Kabyles à en faire l’application.

Loin de prodiguer l’anaya, ils le restreignent à leurs seuls amis ; ils ne l’accordent qu’une fois au fugitif ; ils le regardent comme illusoire s’il a été vendu ; enfin ils en puniraient de mort la déclaration usurpée. Pour éviter cette dernière fraude, et en même temps pour prévenir toute infraction involontaire, l’anaya se manifeste en général par un signe ostensible. Celui qui le confère délivre, comme preuve à l’appui, quelque objet bien connu pour lui appartenir, tel que son fusil, son bâton ; souvent il enverra l’un de ses serviteurs ; lui-même escortera son protégé, s’il a des motifs particuliers de craindre qu’on ne l’inquiète.

L’anaya jouit naturellement d’une considération plus ou moins grande, et surtout il étend ses effets plus ou moins loin, selon la qualité du personnage qui le donne. Venant d’un Kabyle subalterne, il sera respecté dans son village et dans les environs ; de la part d’un homme en crédit chez les tribus voisines ; il y sera renouvelé par un ami qui lui substituera le sien, et ainsi de proche en proche. Accordé par un marabout, il ne connaît point de limites. Tandis que le chef arabe ne peut guère étendre le bienfait de sa protection au delà du cercle de son gouvernement, le sauf-conduit du marabout kabyle se prolonge même en des lieux où son nom serait inconnu. Quiconque en est porteur peut traverser la Kabylie dans toute sa longueur, quels que soient le nombre de ses ennemis ou la nature des griefs existants contre sa personne. Il n’aura, sur sa route, qu’à se présenter tour à tour aux marabouts des diverses tribus ; chacun s’empressera de faire honneur à l’anaya du précédent, et de donner le sien en échange. Ainsi, de marabout en marabout, l’étranger ne pourra manquer d’atteindre heureusement le but de son voyage.

 

Un Kabyle n’a rien plus à cœur que l’inviolabilité de son anaya : non-seulement il y attache son point d’honneur individuel, mais ses parents, ses amis, son village, sa tribu tout entière en répondent aussi moralement. Tel homme ne trouverait pas un second pour l’aider à tirer vengeance d’une injure personnelle, qui soulèvera tous ses compatriotes s’il est question de son anaya méconnu. De pareils cas doivent se présenter rarement, à cause de la force même du préjugé; néanmoins, la tradition conserve cet exemple mémorable

L’ami d’un zouaoua se présente à sa demeure pour lui demander l’anaya. En l’absence du maître, la femme, assez embarrassée, donne au fugitif une chienne très-connue dans le pays. Celui-ci part avec le gage de salut. Mais bientôt la chienne revient seule ; elle était couverte de sang. Le zouaoua s’émeut, les gens du village se rassemblent, on remonte sur les traces de l’animal, et l’on découvre le cadavre du voyageur. On déclare la guerre à la tribu sur le territoire de laquelle le crime avait été commis ; beaucoup de sang est versé, et le village compromis dans cette querelle caractéristique porte encore le nom de dacheret el kelba, village de la chienne.

 

L’anaya se rattache même à un ordre d’idées plus général. Un individu faible ou persécuté, ou sous le coup d’un danger pressant, invoque la protection du premier Kabyle venu. Il ne le connaît pas, il n’en est point connu, il l’a rencontré par hasard; n’importe, sa prière sera rarement repoussée. Le montagnard, glorieux d’exercer son patronage, accorde volontiers cette sorte d’anaya accidentel. Investie du même privilège, la femme, naturellement compatissante, ne refuse presque jamais d’en faire usage. Ou cite l’exemple de celle qui voyait égorger par ses frères le meurtrier de son propre mari. Le malheureux, frappé de plusieurs coups et se débattant à terre, parvint à lui saisir le pied, en s’écriant : « Je réclame ton anaya ! » La veuve jette sur lui son voile ; les vengeurs lâchent prise.

 

Il est connu dans tout Bougie qu’au mois de novembre 1833, un brick tunisien fit côte, en sortant de la rade, et que ses naufragés furent tous mis à mort, comme amis des Français, à l’exception de deux Bougiotes, plus compromis encore que les autres, mais qui eurent la présence d’esprit de se placer sous la sauvegarde des femmes.

 

Ces traits épars, et qu’il serait facile de multiplier, indiquent une assez large part faite aux sentiments de fraternité, de merci. Leur présence au milieu d’une société musulmane, si âpre d’ailleurs ne saurait être constatée sans éveiller quelque surprise. Chez un peuple très-morcelé, très-peu gouverné, fi er, et toujours en armes, où doivent abonder par conséquent les dissensions intestines, il était nécessaire que les mœurs suppléassent à l’insuffisance des moyens de police, pour rendre à l’industrie et au commerce la sécurité du transit. L’anaya produit cet effet. Il assoupit en outre bien des vengeances, en favorisant l’évasion de ceux qui les ont suscitées.

 

Si l’anaya est violée, la famille de celui qui l’a donnée, sa kharrouba, son çof, son village, sa tribu et même dans certains cas toute la confédération à laquelle il appartient devront venger l’insulte qui leur a été faite, et le mal qu’a subir leur protégé.
 

D’ailleurs la plus grande sévérité est déployée vis-à-vis de celui qui violerait l’anaya de son village ou de sa tribu :il expie son crime par la mort et la confiscation de tous ses biens ;sa maison est en outre démolie ;il ne faut pas que dans le village il reste trace de celui qui a trahi la parole donnée .On ne sera pas des lors surpris d’apprendre que bien souvent une anaya brisée, violée , a entraîné des guerres acharnées .

 

 

 

Voici un exemple:
 

Vers la fin du 18 ème siècle, Youssef Oukaci poète renommé de la confédération des At Jennad avait accordé son anaya à des marchands d’huile des at waghlis qui allaient à Alger. Arrives à Tamda, sur le territoire des amraouas, ces marchands furent dépouillés par Ben Ali naït Kaci de la puissante famille des Aït Oukaci.
Le poète, indigné de cet outrage, provoque aussitôt une réunion générale des tribus de la confédération, et la tête ceinte d’une corde de paille, signe de deuil, improvisa un poème qui se terminait ainsi :

 

 

Ddur-a nedda d tedjar 
Irza yagh l’anaya ben ali
Ma nsers as nugad lâar
Ma nrefed its bezzaf umri
L’anaya d adrar n tmes
Lâaz degs I getsili 

 

 

Récemment nous accompagnions des marchands ;
Ben Ali a brisé notre anaya
Si nous la laissons fouler aux pieds, nous avons à craindre la honte
Si nous la faisons respecter, il peut en résulter de grands malheurs
L’anaya est une montagne de feu,
Mais c’est sur elle qu’est notre honneur

 

 

 Les At Jennad sans aucune hésitation récitèrent la Fatiha et envoyèrent déclarer la guerre aux amraouas. Les hostilités, commencées le jour suivant ne s’arrêtèrent qu’après que ben Ali eut rendu ce qu’il avait volé.

 

 

 

 

Telle est la coutume pleine de charité qui, par sa réciprocité, donne pleine sécurité au commerçant, au pèlerin, au voyageur; qui, en empêchant les vengeances de se produire, en favorisant la fuite de ceux qui y sont exposés, tend à assoupir les haines et à éteindre les vengeances particulières; coutume fraternelle qu’on s’étonne de trouver chez un peuple belliqueux, coutume qui suscite chez le Kabyle des sentiments d’humanité, et de charité.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45