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Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Intérieurs : Le Vendredi

5072020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. – Vendredi des Aït-Ahmed-Gâret (canton de Bou-Daoud). Très-peu achalandé; fréquenté par les Aït-Saïd (Bou-Daoud).

 

 

 

 

 

2. – Vendredi des Oulâd-Sidi-Yahia-ou-Sa’âd-Allah (canton de Zeffoun). Situé près du village de R’arrou, à côté et sous la protection d’un marabout qui sert de sépulture au patron de la tribu.

 

 

 

 

 

3.- Vendredi des Beni-‘Azzouz (canton de Zeffoun). Très achalandé; se tient autour de la mosquée de Sidi-Ahmed-bou-Châfa‘, et auprès d‘un village appelé lui-même El-Djema‘, du nom du marché. On désigne quelquefois le marché des Beni-‘Azzouz par le nom de Djema’-bou-Châfa’ (le vendredi des Bou-Chàfa’). La mosquée est blanchie à la chaux, et renferme une zaouïa dans laquelle sont entretenus dix à douze tâlebs. Ce marché est fréquenté par les Beni-Aïâd, marabouts; par les Beni-Yahia-ou-Youcef, par les marabouts de Tazrout, par les Aït-ou-Mâlek, par les Beni-H’açaïn. Ces diverses tribus appartiennent au canton de Bou-Daoud. Il est fréquenté, en outre, par les Oulâd-Sidi-Ahmed-ben-Youcef et par les Zekhfaoua, deux tribus du canton de Zeffoun, et enfin par les Beni-bou-H’aï (Zouaoua); ces derniers y vendent un peu d’huile, du blé, de l’orge et des bestiaux.

 

 

 

 

 

4. – Vendredi des Beni-H’amsi (Zouaoua).Très-achalandé. Beni-H’amsi est un village des Beni-Kebîla, auprès duquel se tient le marché de la tribu; c’est de là que lui vient son nom; on l’appelle aussi quelquefois le vendredi de K’ebîl, a cause du nom de la tribu. Il est fréquenté surtout par les Zouaoua, et en particulier par les Beni-Manguellât, par les Beni-bou-Drar et par les Beni-Yahia. Les Beni-Our’lis (Akfâdou) s’y montrent eux-mêmes assidûment, ainsi que les Beni-Ouakkour (Jurjura méridional). Ces derniers y vendent des ligues, un peu d’huile et des fèves, et prennent en échange du blé.

 

 

 

 

 

5.- Vendredi des Beni-Fraoucen (canton des Zouaoua). C’est un des principaux marchés, sinon le principal, de la Kabylie; il se tient à Djema’t-es-Sahridj (le vendredi du bassin), petite ville qui lui doit son nom. Ce marché est fréquenté par presque toutes les tribus de la Kabylie, et même par des tribus étrangères. Voici, parmi les populations qui s’y montrent le plus assidûment, celles qui nous ont été signalées: les Beni-Djennâd ( Zeffoun ) , les Beni-Ouarguennoun (Taksebt), les Amraoua (Dellis); enfin, dans le canton des Zouaoua, les Beni-Khelili, les Beni-Ir’ât’en, les Beni-Yahia , les Beni-bou-Cha’îb et les Beni-R’oubri. On y trouve encore habituellement les Beni-Chelmoun (Flîcet-Mellîl) , et enfin les Isser (extérieur). Ces derniers y achètent de l’huile et des figues, qu’ils prennent en échange du blé, pour les aller vendre a Alger.

 

 

 

 

 

6. – Vendredi des Nezlioua (canton de Ben-Hini). Se tient en un lieu appelé Bou-Seggâcen , à la limite du territoire des Nezlioua, près du village de Beni-Matas, qui appartient aux Frek’ât, canton de Bou-R’ni. Il est fréquenté par les Beni-Dja’âd (extérieur), qui vraisemblablement y apportent du blé.

 

 

 

7. – Vendredi de Kolla (canton du Bîbân). Se tient à Kolla même, village qui a donné son nom à la tribu de Kolla-ou-Satour, dont il fait partie. Il est fréquenté par les trois tribus voisines de Tafreg, de Bounda et de Dja’fra, comprises dans le canton d’Ilmaïn.

 

 

 

 

 

8.- Vendredi des Beni-Ourtilân (canton d’Ilmaïn). Voici encore un des marchés les plus achalandés de la Kabylie; il se tient au village d’El-Djema’ (le vendredi), qui lui doit son nom. Sur leur marché, les Beni-Ourtilân vendent des bernous, de l’huile et des fruits secs. Le marché des Beni-Ourtilân est fréquenté par presque toutes les tribus de la rive droite de l’Ouad-Akbou et aussi par des tribus étrangères à la Kabylie. On signale, comme paraissant le plus régulièrement sur le marché, les Beni-Our’lis (Akfâdou), les Beni-Aïdel (Ilmaïn), les Beni-Khiâr (Ilmaïn), les Beni-Mouah’li (Ilmaïn). Toutes ces tribus apportent, comme marchandises à vendre, de l’huile et des fruits secs; elles trouvent là, pour les acheter, les négociants de Bou-Sa’da et les tribus de l’Ouennour’a et de la Medjâna.

 

Les négociants de Bou-Sa’da apportent de la laine, du h’enna, des dattes, des cordes en poil de chameau, dont les hommes font des turbans, des ceintures de laine pour les femmes. Ils prennent, en échange de ces produits, des fruits secs, de l’huile, des bernous communs , des plats (gâça’) et des petites tables en bois (mtâred). Ils vont vendre ces divers objets dans le Sahara, et surtout dans l’Ouad-Mzâb.

 

Les tribus de l’Ouennour’a qui fréquentent le plus assidûment le vendredi des Beni-Ourtilân sont les Kherâbcha, les Oulàd-Slâma et les Oulâd-Djellâl. Les Kherâbcha y vendent des moutons, des bœufs, de la laine, du h’alfa pour les fabricants de paillassons et du blé; ils y achètent des fruits secs, des olives et de l’huile. Les Oulâd-Slâma font le même commerce. Les Oulâd-Djellâl vendent du blé, de l’orge et des bestiaux; ils en rapportent des fruits secs, du fer et de la poudre. Les tribus du Djebel-Dre’ât, et en particulier la tribu de Hel-el-Hamra, fréquentent aussi le vendredi des Beni-Ourtilân; elles y font le même commerce que celles de l’Ouennour’a.

 

 

 

 

 

9. – Vendredi des Beni-Chebâna (canton d’Ilmaïn). Peu achalandé. Fréquenté par les Beni-Khâteb.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Intérieurs : Le Jeudi

1072020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.- Jeudi des Mezzaïa (canton de Bougie). Se tient à Tala-ou-Drar. Sans importance.

 

 

 

 

 

2. – Jeudi des Aït-‘Amer (canton de Bou-Daoud). Peu achalandé.

 

 

 

 

 

3. – Jeudi des Beni-Tour (canton de Dellis). Se tient à Dellis même; les Beni-Tour y vendent les mêmes articles que le lundi. Il est encore fréquenté par les Amraoua (Dellis), par les Beni-Ouarguennoun (Taksebt) , par les Isser (extérieur). Il s’y fait les mêmes affaires que le lundi.

 

 

 

 

 

4. – Jeudi d’Illoula (canton des Zouaoua). Assez achalandé. Il est fréquenté par les Zouaoua, habitant la région supérieur du Jurjura, et en particulier par les Beni-Yahia, les Beni-Illilten, les Beni-bou-Adnân; les Beni-bou-Cha’ïb et les Beni-Khelîli.

 

 

 

 

 

5. – Jeudi des Ma’tka (canton de Bou-R’ni). Se tient au centre de la tribu. Les Ma’tka y vendent de l’huile et des figues sèches; il est en outre fréquenté par les Amraoua (Dellis) et par les tribus de la confédération de Guechtoula (Bou-R’ni).

 

 

 

 

 

6. – Jeudi des Mkîira (canton de Flîcet-Mellîl). Fréquenté par les tribus du canton. Les Beni-Mekla y vendent du blé, de l’huile et des figues.

 

 

 

 

 

7.- Jeudi des Beni-Mlîkech (canton du Jurjura méridional). Peu achalandé, à cause du voisinage du jeudi des Beni-’Abbês, qui lui fait concurrence.

 

 

 

 

 

8. – Jeudi des Beni-‘Abbês (canton du Bîbân). L’un des principaux marchés de la Kabylie. Il se tient à K’ala’ même, qui est le chef-lieu de la tribu et l’une des villes les plus considérables de cette contrée. Ce marché est fréquenté par presque toutes les tribus kabyles, et aussi par un grand nombre de tribus arabes. C’est là que les Beni-Ir’ât’en et plusieurs des tribus zouaoua viennent acheter les armes et objets de luxe, tels que soieries , cotonnades, essences, merceries, quincaillerie. Il est fréquenté, en outre, par la tribu d’Illoul-Açammer (Jurjura méridional). Les Beni-Mlikech (Jurjura méridional) y apportent de l’huile et des fruits secs. On y voit aussi, tous les jeudis, des marchands des Beni-Aïdel, de Kolla-ou-Satour, de Tafreg, de Bounda et de Dja’fra.

 

Parmi les trafiquants qui viennent du dehors, on cite les Oulâd-Sidi-Brahim-bou-Bekker, qui habitent au pied de l’Ouennour’a. Les négociants de Bou-Sa’da, l’une des principales villes du Sahara, viennent fréquemment au marché de K’ala’; ils y apportent de la laine, du h’enna et des dattes, des brîma ou cordes en poil de chameau, qui servent de turbans aux hommes, et des ceintures de laine teintes en lek (*) pour les femmes.

 

 

Ils en rapportent de l’huile, des figues et des raisins secs, des bernous, des platines de fusil, des gâça’ ou grands plats en bois , dans lesquels se sert le Kouskouçou, et des mtâred ou petites tables en bois; enfin des bois de fusil. Ils vont vendre ces divers articles dans le Sahara, et surtout dans l’Ouad-Mzab, d’où ils sont expédiés encore vers le Sud.

 

 

 

 

 

9. – Jeudi des Beni-Aïdel (canton d’Illmaïn). Se tient au village de Tensaout. Ce marché souffre de la concurrence de K’ala‘.

 

 

 

 

 

10. – Jeudi des Beni-Meh’ammed (canton du Kendirou). Établi depuis environ trois ans. Il se tient au pied des montagnes, près de la mer. Fréquenté par les Aït-ouart-ou-’Ali, les Beni-bou-’Affân et les Aït-‘Ali.

 

 

 

 

 

11. – Jeudi de Djermouna (canton du Kendirou). Se tient à côté du village de Djermouna, autour d’un amas de pierres de taille, reste d’une fontaine construite par les anciens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) Le lek est le kermès (coccu-ilicis), que l’on trouve sur le chêne nain (quercus coccifera) en Espagne. en Provence et en Grèce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Intérieurs : Le Mercredi

27062020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 . – Mercredi des Beni-bou-Msa’oud (canton de Bougie). Se tient près du village d’Ir’îl-ou-Berouag (le plateau de l’asphodèle). L’emplacement du marché est indiqué par une mosquée couverte en chaume.

 Fréquenté par les Mezzaïa, les Beni-Mîmoun, les Oulâd-Amrïoub (canton de Bougie), les Sanhadja (canton d’Amacin) , les Beni-Meh’ammed (canton du Kendirou).

 

 

 

 

 

2. – Mercredi des Beni-Ouargaennoun (canton de Taksebt). Se tient près de la limite des Beni-Tour (Dellis) , dans la fraction des Beni-H’aceb-Allah.

 

 

 

 

 

3. – Mercredi des Beni-lr’ât’en (canton des Zouaoua). Se tient auprès de Charrîta; c’est pourquoi on l’appelle souvent le Mercredi de Charrîta.

 

 

 

 

 

4. – Mercredi des Beni-’Aïci (canton des Zouaoua). Se tient dans la fraction des Beni-Douâla.

 

 

 

 

 

5.- Mercredi des Beni-Ouâcif (canton des Zouaoua). Peu achalandé.

 

 

 

 

 

6. – Mercredi des Beni-Our’lis (canton d’Ak’fâdou). Se tient près de la petite ville d’Aourir’-ou-Sammer, où l’on trouve d’ailleurs toutes les marchandises qui se voient dans les villes . Très-achalandé. Il est fréquenté par les Beni-Aïdel et toutes les tribus de la vallée de l’Akbou, et par les tribus du canton de Bou-Daoud, les Beni-H’açaïn, les Tazrout, etc.

 

 

 

 

 

7 . – Mercrerli des Beni-Khalfoun ( canton de Ben-Hini). Se tient sur le bord de I’Isser, près des Beni-Ma’ned. Assez achalandé; il est fréquenté par les Beni-Ma’ned et les Nezlioua (Ben-Hini), par les Beni-Mekla (Flîcet-Mellîl), et enfin par quelques tribus des Beni-Dja’âd (extérieur), qui y apportent du blé et de l’orge.

 

 

 

 

 

 

8 et 9. – Les deux Mercredis des Beni-’Abbês (canton du Bîban). Deux marchés très importants , quoique ayant lieu le même jour et non loin l’un de l’autre, dans la même tribu. L’un se tient au-dessus du village de Talefsa, l’autre entre Tazaïrt et Ir’îl-’Ali. Ils sont fréquentés par un grand nombre de tribus, les unes intérieures, les autres extérieures.

 

Parmi les tribus intérieures, on signale les Beni-bou-Drar et les Beni-Ir’ât’en (Zouaoua); les Beni-Ouakkour (Jurjura méridional); ils y vendent des figues, un peu d’huile , des fèves; ils achètent du blé; les Beni-Mansour (Jurjura méridional); ils vendent de l’huile et achètent des blés; la tribu d’Illoul-Açammer (Jujura méridional), qui fait probablement le même commerce; les Beni-Mlîkech (Jurjura méridional); les tribus de Kolla-ou-Satour (Bîbân); Tafreg, Bounda et Dja’fra (Ilmaïn).

 

Parmi les tribus extérieures qui fréquentent les deux mercredis des Beni-’Abbês, on signale les Oulàd-Sidi-Brahim-bou-Bekker, marabouts habitant au pied de l’Ouennour’a, à côté du passage des Bibân; la plupart des tribus de l’Ouennour’a , et particulièrement les Oulâd-Djellâl, qui viennent y vendre du blé, de l’orge, des moutons, des bœufs et des ânes, et qui emportent en échange du fer, des pierres à feu, de la poudre, des ligues, des olives, de l’huile; les Oulàd-’Ali, qui y vendent du h’alfa pour les fabricants de paillassons, de la laine, des burnous communs et des haïk, des moutons et des bœufs, du blé et de l’orge, et qui prennent en échange des figues et des raisins secs, de l’huile et des cotonnades, des soieries, des calottes rouges (chachïa), des essences et divers autres articles de mercerie. Les deux mercredis des Beni-’Abbès sont aussi fréquentés par d’autres tribus de l’Ouennour’a, telles que les Slâtna, les Khrabcha et les Oulâd-Slâma; ces tribus s’y livrent aux mêmes opérations. Parmi les populations étrangères à la Kabylie qui fréquentent les deux mercredis, on cite encore les deux tribus des Oulâd-el-’Abbès et de Hel-el-Hamra , habitant le Djebel-Dre’ât, l’un des contre-forts annexes de l’Ouennour’a. Enfin les Rbia‘ du Djebel-Mzila s’y montrent aussi. et y apportent surtout une grande quantité de h’alfa pour les ouvriers en paillassons qui viennent s’y approvisionner.

 

 

 

 

 

10.- Mercredi des Beni-Ia’la (canton d’Ilmaïn). Se tient près du village de Guerzât; les Beni-Ia’la y vendent des bernous, de l’huile et des fruits secs. Ce marché est fréquenté par la tribu de Kolla-ou-Satour (Bibân) et par celle des Beni-Khiar (Ilmaïn). Cette tribu y vend de l’huile et des fruits. Il est probable que les tribus de la Medjâna y apportent des grains.

 

 

 

 

 

11. – Mercredi des Guifsar (canton d’Amacin). Se tient au-dessous du village ‘d’Ir’il-Iguifsar. Fréquenté particulièrement par les Beni-Khàteb.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Intérieurs : Le Mardi

23062020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. – Mardi des Beni-Mîomun (canton de Bougie). Se tient au pied Nord du Djebel-Djoua , près du village appelé Tlâta, du jour où se tient le marché. Là , suivant l’usage, est le cimetière de la tribu, et, au milieu, une mosquée entourée d’une galerie extérieure.

 Il est fréquenté par les Oulâd-Amrïoub et tribus circonvoisines.

 

 

 

 

 

2. – Mardi de Fliça-sur-Mer (canton de Zeffoun). Peu achalandé.

 

 

 

 

 

3. – Mardi des Beni-Sêdka (canton des Zouaoua). Se tient près du village d’Aït-’Ali , appartenant à la fraction des Beni-bou-Chennâcha : c’est pourquoi on l’appelle souvent le mardi des Beni-bou-Chennâcha. Peu achalandé.

 

 

 

 

 

4. – Mardi des Beni-Ianni (canton des Zouaoua). Se tient sur le bord de l’Ouad-el-H’ad, près du village de Taourir’t-el-H’adjadj.

 

 

 

 

 

5. – Mardi des Beni-Ir’ât’en (canton des Zouaoua). Très achalandé. Ce marché se tient à Tizi-Râched; il est fréquenté par les Beni-Ouarguennoun (Taksebt). qui y portent des grains et prennent en échange de ligues sèches et des glands; par les Beni-Djennâd (Zeffoun); par les Amraoua (Dellis); par les Beni-Khelîfi et les Beni-Fraoucen (Zouaoua).

 

 

 

 

 

6. – Mardi de Hel-Taïa (canton de Flîcet-Mellîl). Se tient près d’une mosquée couverte en tuiles appelée Djâma’-Settini-Mouna. Il est fréquenté par les Ma’tk’a (Bou-R’ni), par les Isser (extérieur) et les Amraoua (Dellis). Les Kabyles y apportent de l’huile , des fruits secs et des meules à main; les Arabes, du blé, de la laine et des légumes.

 

 

 

 

 

7. – Mardi des Oulâd-el-’Azïz (canton de Ben-Hini). Assez achalandé; l’un des points par où les grains entrent en Kabylie. Ce marché se tient près du village de Ma’alla, au centre de la tribu. Ce point est situé vers le col de passage qui conduit de la vallée du haut Akbou dans celle de l’Amraoua. Il est fréquenté par les tribus de Bou-R’ni et en particulier par celle des Frek’ât. En outre, depuis l’occupation française, il est fréquenté par les Arib; du temps des Turcs, il leur était interdit, afin de frapper de séquestration les Kabyles insoumis. Depuis que l’interdiction est levée, les Arib y portent du blé, de l’orge, de la laine; ils prennent en échange de l’huile, des figues et des raisins secs, des armes et de la poudre.

 

 

 

 

 

8. – Mardi des Oulâd-Djelîl (canton d’Amacin). Se tient à côté du village d’Aït-Sekher; fréquenté par les Beni-Khiâr (Ilmaïn), qui y vendent de l’huile et des fruits, les Sanhadja et les Beni-Khâteb (Amacin).

 

 

 

 

 

9. – Mardi des Barbâcha (canton du Kendirou). Fréquenté par les Beni-Slîmân et tribus circonvoisines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Intérieurs : Le Lundi

19062020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. – Lundi des Beni-Tour (canton de Dellis). Ce marché se tient à Dellis même. Les Beni-Tour y vendent du blé , de l’orge , des moutons , des bœufs, du miel, du beurre et quelques légumes. Il est fréquenté par les lsser (extérieur), par les Amraoua (Dellis), et par les Beni-Ouarguennoun (Taksebt). Ces derniers y portent des poules, des œufs, du beurre, de l’huile, des glands , des moutons, des bœufs, du blé et de l’orge; ils en rapportent des essences, des merceries, du sel; ils y achetaient aussi, du temps des Turcs, du fer et de l’acier apportés d’Alger par les tribus intermédiaires et par les Amraoua.

 

 

 

 

 

 

2. – Lundi des Beni-Djennâd (canton de Zeffoun). C’est un des marchés les plus achalandés. Il se tient à côté du village d’Agrib, près d’un bois d’oliviers, autour d’une mosquée couverte en tuiles, où siègent, les jours de marché, le kâd’i et les notables de la tribu. Agrib est situé au centre des trois fractions qui composent la tribu des Beni-Djennâd, à peu près à moitié chemin entre la mer et l’Ouad-Amraoua.

 

Il est particulièrement fréquenté par les Oulâd-Sidi-Ahmed-ben-Youcef et les Zekhfaoua (Zeffoun); ces derniers y portent de l’huile, des figues sèches, du savon et du blé; par les Fliça-sur-Mer (Taksebt); par les Amraoua (Dellis); par les Beni-R’oubri, les Beni-Khelili et les Beni-lr’ât’en (Zouaoua).

 

 

 

 

 

3. – Lundi des Beni-Ouarguennoun (canton de Taksebt). Ce marché se tient sur une colline, dans la fraction des Beni-Khelîfa, sur la limite des Flîça-sur-Mer, auprès de deux marabouts appelés, l’un Tifilkout, l’autre Tlâta, du nom du jour où se tenait jadis le marché. Il est fréquenté par un bon nombre de tribus, et, en particulier, par les Beni-Djennâd (Zeffoun) , Flîça-sur-Mer (Tak’s'ebt), et Amraoua (Dellis).

 

 

 

 

 

4. – Lundi des Beni-’Aïci (canton des Zouaoua). Se tient près de Taguemmount-’Azzouz , dans la fraction des Beni-Mah’moud.

 

 

 

 

 

 

5. – Lundi des Fenaïa (canton d’Ak’fâdou). Très achalandé; se tient à côté et au-dessous du village d’Aït-Ahmed-ou-Mansour, dans la fraction des Aït-Zeïàn.

 

Il est fréquenté par les Mezzaïa, par les riverains de l’Akbou et par les tribus du canton de Bou-Daoud , de l’autre côté de la montagne, et, en particulier, par les marabouts de Tazrout, par les Aït-Sa’ïd, par les Aït-ou-Mâlek, les Aït-Ahmed-Gâret, les Beni-K’sila et les Beni-H’açaïn. Ces diverses tribus appartiennent au canton de Bou-Daoud.

 

 

 

 

 

6. – Lundi des Mechras (canton de Bou-R’ni). Se tient prés du village d’lh’asnaouen; peu achalandé; fréquenté parles tribus de Guechtoula, et particulièrement par les Frek’ât.

 

 

 

 

 

7. – Lundi des Beni-’Amrân (canton de Flîcet-Mellîl). Ce marché s’appelle aussi Lundi de Za’moum, du nom du chef de la confédération dont il est le siège principal d’autorité. Il se tient près du village de Beni-’Amrân, où Za’moum fait sa résidence habituelle; très achalandé. Les Kabyles y portent de l’huile, des figues et des raisins secs , des meules à main; ils achètent aux Arabes des légumes , du blé et de la laine. Il est particulièrement fréquenté par les Ma’tk’a (Bou-R’ni) , les Isser (extérieur), les Amraoua, Oulâd-bou-Hinoun et Beni-Khelifa (Dellis).

 

 

 

 

 

 

8. – Lundi Illoula (canton du Jurjura méridional). Se tient près du village de Taralât, à quelque distance de l’Ouad-Akbou (rive gauche); fréquenté par les tribus voisines, et en particulier par les Beni-Mlikech; sur la route des Zouaoua à K’ala’ des Beni-’Abbès.

 

 

 

 

 

9. – Lundi des Beni-‘Abbès (canton du Bîbân). Se tient à Bou-Djelîl, près de la rivière; fréquenté par la tribu de Kolla-ou-Satour (Bîbân) et par les tribus de Tafreg, Bounda et Dja’fra (Ilmaïn).

 

 

 

 

 

10. – Lundi des Beni-H’açaïn (canton du Kendirou). Se tient sur le bord de l’Ouad-Aguerioun; peu achalandé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Intérieurs : Le Dimanche

15062020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. – Dimanche des Toudja, canton de Bougie.

 

Ce marché est désigné sous le nom de H’ad-ou-Akli (le dimanche du nègre), parce que, dit-on, un nègre apparut un jour au milieu des Toudja, les conduisit en ce lieu, y planta son bâton et leur dit : « Voici la place du marché. »

 

Fréquenté par les Aït-Ahmed-Gâret et les Mezzaïa.

 

 

 

 

 

2.- Dimanche des Aït-ou-Mâlek, canton de Bou-Daoud.

 

Se tient près du village de Timizer-H’amed. Peu achalandé.

 

 

 

 

 

3. – Dimanche des Zekhfoua, appelé aussi Dimanche d’Abach, canton de Zeffoun.

 

Établi, depuis l’occupation française, au village d’Abach. Peu achalandé.

 

 

 

 

 

4. – Dimanche des Beni-Ir’ât’en, canton de Zouaoua.

 

Se tient au village d’Adni. Très-achalandé. Il est fréquenté, en temps ordinaire,

 

- Par les Isser (extérieur); ils y portent du blé et des bestiaux, et prennent, en échange, des figues et de l’huile, qu’ils vont revendre à Alger;

 

- Par les Beni-’Aïci (Zouaoua);

 

- Par les Amraoua (Dellis);

 

- Par les Beni-Ouarguennoun. Ils y portent des céréales, et en rapportent des figues et des glands.

 

 

 

 

 

5.- Dimanche des Beni-bou-Cha’ïb, canton de Zouaoua. Se tient près du village de Souâma; très achalandé; fréquenté surtout par:

 

Les Beni-Fraoucen (Zouaoua);

 

Les Beni-Yahia (Zouaoua);

 

Les Beni-Khelili (Zouaoua),

 

Et les Beni-R’oubri (Zouaoua).

 

 

 

 

 

6.- Dimanche des Beni-Sêdka (Zouaoua). Ce marché s‘appelle aussi Dimanche des Oaadïa, du nom de la fraction sur le territoire de laquelle il est situé. Il se tient près du village d’Aït-Helâl, situé sur la limite entre les deux fractions de la tribu.

 

Très-achalandé; fréquenté particulièrement par:

 

Les Amraoua (Dellis);

 

Les Beni-‘Aïci (Zouaoua );

 

Les Ma’tk’a (Bou-R’ni);

 

Les Frek’ât (Bou-R’ni);

 

 

 

 

7.- Dimanche des Beni-bou-Drar (Zouaoua). Fréquenté par les Zouaoua , et, en particulier, parles Beni-Mislaïm et les Beni-K’ebîla.

 

 

 

 

 

8.- Dimanche des Mzâla (Flîcet-Mellîl). Très-achalandé. C’est là qu’Abd-el-Kâder s’est présenté lorsqu’il est venu faire appel au fanatisme des Kabyles, qui l’ont éconduit.

 

Ce marché est fréquenté par toutes les tribus de Flicet-Mellîl, puis par les Beni-Khalfoun (Ben-Hini), qui y apportent leur produit spécial, des raisins secs; par les Nezlioua (Ben-Hini); par les Ma’tk’a (Bou-R’ni), les Isser (extérieur), et les Amraoua (Dellis); par les huit tribus de Guechtoula (Bou-R’ni).

 

Les tribus de Flîça y vendent de l’huile , des figues; il paraît même que la tribu des Beni-Mekla y vend un peu de blé, qu’elle a peut-être acheté aux Isser.

 

Les Kabyles y vendent des fruits secs, de l’huile et des meules de ménage. Ils achètent aux Arabes du blé, de la laine et des légumes.

 

 

 

 

 

9. – Dimanche de Timezrît (Flîcet-Mellîl). Très-achalandé, malgré sa proximité du précédent. Ce marché se tient dans la partie élevée du territoire de Flîça, autour d’un marabout qui porte lui-même le nom de Timezrît; il occupe une position à peu près centrale entre les Rouâfa, les ‘Azàzna, les Oulâd-Yahia-Mouça et les Beni-Hammâd.

 

Il est particulièrement fréquenté par les tribus des Flicet-Mellîl, qui suffisent, à elles seules, pour animer un marché; en outre, par les Ma’tk’a (Bou-R’ni); les lsser (extérieur), et les Amraoua (Dellis).

 

Les Kabyles y vendent, comme au marché précédent, des meules à main, venues des Oulâd-m-bou-Rouba, des fruits secs et de l’huile; ils y achètent aux Arabes du blé, des légumes et de la laine.

 

 

 

 

 

10. – Dimanche de Zammorà (canton d’Ilmaïn). Se tient auprès du village de Souika, au centre de la tribu. Fréquenté par les tribus du voisinage, et nommément par celles de Kolla-ou-Satour (Bîbân) et de Tafreg, Bounda et Dja’fra (Ilmaïn).

 

 

 

 

 

 

11. – Dimanche des Beni-Immel (canton d’Amacin). Se tient un peu au-dessous du village d’Ak’abbïou. Peu achalandé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Caractères Généraux

11062020

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Marché Kabyle d’antan - Caractères Généraux dans Attributs d'Algérienneté 200412074906702045

Kabylie – Café Maure au Marché 1913

 

 

 

 

 

 

 

Dans tous les pays où les hommes vivent en contact journalier, parlent la même langue, suivent les mêmes usages, pratiquent la même religion , il existe, à travers des divergences et des rivalités inévitables, une tendance générale, une volonté dominante qui résume la majorité des tendances et des volontés partielles; c’est ce qu’on appelle l’opinion publique.

 

En Algérie, où les opinions ne s’impriment pas, mais s’expriment, l’opinion publique ne se manifeste pas par les journaux, mais par les marchés. C’est là que les mille voix du peuple se font entendre, que les nouvelles et les idées s’échangent, que les questions se discutent, que l’opinion publique se prononce.

 

Le mercredi des Beni-Mouça et le lundi de Boufarik furent les premiers foyers de résistance à l’autorité française coloniale.

 

Chaque jour encore, sur cent points différents du vaste territoire occupé, il se tient des assemblées où tous les actes de l’administration coloniale sont commentés, contrôlés, jugés. Semblable au bourgeois français qui a lu son journal, le bourgeois indigène qui a fait son marché porte dans sa tribu l’impression qui lui reste; et il en résulte des déterminations hostiles ou bienveillantes.

 

Chaque jour l’autorité française est mise en cause à son insu, et le plus souvent condamnée par défaut.

 

Le marché est donc, pour l’Algérie, l’assemblée politique, le forum indigène. C’est là que, sous l’influence des marabouts, se prennent les résolutions communes. C’est là que toutes les attaques sont concertées. Chez les Kabyles, l’ordre pour la prise d’armes est proclamé en plein marché. Toutes les dispositions y sont arrêtées entre les cheikhs; le jour, l’heure, le signal, le lieu de rassemblement, y sont convenus à l’avance. Ce jour-là tous les travaux demeurent suspendus; les femmes et les enfants restés au village ne travaillent pas; ils songent à ceux qui combattent, et invoquent pour eux le maître de toutes les destinées. Car, suivant l’expression locale, le métier, la charrue, le pressoir, s’arrêtent, se taisent quand la voix de la poudre résonne dans la montagne.

 

Le marché est aussi une cour de justice; cour d’assises, quand y paraît le représentant du prince; tribunal de première instance dans tous les cas. A la vérité, on n’y voit pas, des emblèmes plus ou moins intelligibles, un petit compartiment pour le public, une vaste barre pour les avocats, un banc pour les plaideurs, des fauteuils pour les juges. Non; le juge siégé au pied d’un arbre; tous les objets qui l’entourent le rappellent aux plus graves pensées; à sa droite, un cimetière; à sa gauche, un temple; la terre sous ses pieds; devant lui, un auditoire et un horizon sans bornes; enfin, sur sa tête, le ciel qui le voit, qui l’entend et le juge lui-même.

 

Tel est le marché dans les mœurs musulmanes; telle est la place qu’il occupe dans l’existence politique et morale des peuples de l’Algérie; mais, avant tout, c’est l’organe principal de la vie matérielle; c’est le centre où viennent concourir tous les efforts productifs; c’est le nœud où viennent se joindre tous les fils visibles et palpables , tous les intérêts saisissables de cette contrée.

 

A ce point de vue surtout, les marchés indigènes nous paraissent dignes de la plus haute sollicitude.

 

Pour la Kabylie, nous les divisons en deux classes : les marchés intérieurs et les marchés extérieurs. Voici l’énumération des uns et des autres.

 

Les premiers, à raison de leur nombre, sont classés suivant les jours de la semaine qui leur sont consacrés, ce qui permettra de suivre le mouvement quotidien d’échange et de circulation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Condition d’Établissement

7062020

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Marché Kabyle d’antan - Condition d’Établissement dans Attributs d'Algérienneté 200412074341416877

Kabylie: au marché indigène de Fort-National 1928

 

 

 

 

 

 

 

Quoique les livres relatifs à l’ancienne régence d’Alger aient négligé de s’occuper des marchés, dont leurs auteurs n’appréciaient pas sans doute l’importance, on peut conclure de quelques faits épars, que plusieurs doivent remonter à une époque fort reculée. Le passage suivant en fournit la preuve; il est de Marmol : « Sur la pente d’une montagne qui regarde le midi, est un village de cinq cents feux (Gemaa Xahariz), partagé en divers quartiers, dans lequel se fait un grand marché tous les vendredis. » Le marché des Beni-Fraoucen existait donc déjà au temps de Marmol, c’est-à-dire, il y a trois siècles.

 

Vers la limite de la Kabylie, sur un plateau appelé Dra’-el-Caïd, à l’extrémité du territoire des Oulàd-Chiouk’, se tient, tous les jeudis, un marché appelé le jeudi des Oulâd-Chiouk’. Il existe en ce lieu une source appelée ’Aïn-er-Roua, et des ruines considérables qui appartiennent à l’établissement romain d’Horrea. Le nom dit assez quelle en était la nature: ce devait être un grenier d’abondance et sans doute un lieu de dépôt où venaient s’emmagasiner les blés de l’annone. Peut-être même était-ce déjà un lieu d’échange fondé par les Romains sur la lisière des terres de labour, où les habitants de la région montagneuse trouvaient, sous la surveillance et peut-être par les soins des agents du fisc, le blé que la terre natale leur refusait.

 

A des époques beaucoup plus rapprochées de la notre, quelques marchés se sont établis dans des circonstances dont la tradition locale a conservé le souvenir.

 

Tel est le samedi d’Ali-Khodja, établi par les Turcs au milieu de leurs possessions de l’Amraoua, centre d’approvisionnement de la région kabyle circonvoisine, placé sous la surveillance des proconsuls ottomans, à peu près comme les Romains avaient dû placer le marché d’Horrea sous la surveillance de leurs agents.

 

La tradition produit, en outre, des exemples de marchés dont le jour a été changé, et les circonstances qui ont déterminé ce changement méritent d’être rapportées, parce qu’elles font connaître les conditions générales qui influent sur l’établissement des lieux d’échange.

 

De ce nombre est le marché de Guechtoula (canton de Bou-R’ni). Il se tenait autrefois le dimanche, comme l’indique le nom de Tizi-n-el-H’ad, conservé au village auprès duquel l’assemblée hebdomadaire avait lieu. Elle réunissait les marchands de Guechtoula et ceux de Zouaoua; mais la guerre éclata entre les deux confédérations, et tous les dimanches les villages de Guechtoula se virent privés de leurs défenseurs qui, presque tous, se rendaient à Tizi-n-el-H’ad pour leurs emplettes.

 

 

Les Zouaoua en profitaient pour venir fondre sur les habitations de leurs voisins, qu’ils pillaient sans trouver de résistance. Les Zouaoua eux-mêmes ont un marché qui se tient tous les samedis, chez les Beni-Yahia. Ce jour-là ils s’y rendent en foule et n’ont pas le temps de faire la guerre. Les Beni-Guechtoul auraient pu leur rendre la pareille: ils préférèrent mettre un terme aux collisions, en adoptant pour leurs transactions le même jour que leurs ennemis. C’est ainsi que le marché de Guechtoula fut transporté du dimanche au samedi, ce qui enleva irrévocablement aux deux réunions hebdomadaires une partie de leur ancienne clientèle.

 

En général, le voisinage de deux marchés qui se tiennent le même jour est un indice d’hostilité permanente entre les tribus qui les fréquentent.

 

Entre les Beni-Ouarguennoun et les Flîça-sur-Mer, s’élève une colline surmontée de deux marabouts dont l’un porte tout simplement le nom de Tlàta (mardi); c’est le nom du jour où se tenait autrefois un marché. Aujourd’hui, il a changé de jour et se tient le lundi. Les hostilités entre les Beni-Ouarguennoun et les Beni-Djennâd, qui ont, eux aussi, un lundi, ont sans doute nécessité la transposition des jours; mais le marabout n’a pas changé de nom.

 

A côté des marchés modifiés dans leurs conditions habituelles de fréquentation et d’existence , il faut placer ceux que des circonstances diverses ont fait supprimer. En voici des exemples: outre les deux marchés de Dellis, la tribu des Beni-Tour en avait jadis un troisième, qui se tenait le mercredi, à la source de l’Ouad-el-Hammâm, sur une éminence, auprès d’une source qui a conservé le nom d’Aïn-el-Arba’ (source du mercredi); mais ce marché , situé sur la limite entre les raïa du pacha et les tribus indépendantes, offrait trop d’avantages à ces dernières, et c’est pour ce motif, s’il faut en croire les Kabyles, qu’il fut supprimé par le gouvernement turc.

 

Le village de Tala-Helâl, chez les Oulâd-bou-Rouba, canton de Flîcet-Mellîl, était autrefois le siège d’un marché supprimé depuis longtemps; mais la tradition locale ne dit pas pourquoi.

 

Les désordres qui opèrent des résections ou des ligatures dans les habitudes commerciales, y déterminent aussi quelquefois de nouveaux centres d’activité. Plusieurs tribus n’ont qu’un marché; des dissensions éclatent, elles en établissent deux. C’est ainsi que le lundi d’Illoula a été établi à quelques lieues du lundi des Beni-’Abbês, sans doute à cause des relations habituellement hostiles qui existent entre cette tribu et les Beni-Mlîkech, ses voisins de la rive gauche de l’Akbou.

 

Il est presque inutile de dire le dommage que ces perturbations causent aux tribus qui les éprouvent. Au lieu d’aller chercher les denrées à la source , elles ne les obtiennent que de seconde main, et quelquefois de troisième, et elles les payent plus cher.

 

Mais l’indépendance serait trop belle si elle n’offrait que des avantages; elle a son inconvénient, c’est l’anarchie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Constitution

3062020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Marché Kabyle d’antan - Constitution dans Attributs d'Algérienneté 200411105546815834

 

 

 

 

 

 

La tribu qui aliène, au profit de tous, une partie de son territoire , y conserve cependant encore une certaine autorité. C’est à son cheikh qu’appartient principalement la police du marché.

 

Ordinairement elle n’use de ce droit que pour assurer le maintien de l’ordre et la liberté des transactions; cependant quelques-unes en profitent pour se créer d’assez étranges privilèges. Sur le lundi des Beni-Djennâd, on prétend que les étrangers n’ont que le droit de vendre et ne peuvent rien acheter. Cette singulière restriction apportée à la liberté des échanges a, diton, pour objet d’empêcher les prix de monter.

La police de détail est dévolue aux cheikhs des diverses tribus, chacun en ce qui le concerne; s’il s’élève une difficulté entre un vendeur et un acheteur, leurs cheikhs interviennent et jugent le différend. Si les cheikhs ne s’accordent pas, on a recours à un marabout.

 

Les marabouts figurent toujours comme médiateurs dans les transactions importantes, et ils remplissent leurs fonctions d’experts et d’arbitres sans demander d’autre prix que les bénédictions et les actions de grâces des contractants; mais, s’il y a lieu de passer un acte, le marabout ou le tâleb qui le rédige a droit à des honoraires, ordinairement fort modiques.

 

La surveillance du marché n’appartient au pouvoir local que là où le pouvoir central ne se montre pas, soit qu’il ne puisse y paraître à cause de l’état d’insoumission des tribus, soit qu’il néglige de s’y faire représenter. Là où siège le mandataire du prince, la suprématie lui appartient de plein droit.

 

L’intervention de l’état dans l’administration des marchés est reconnue, par les indigènes eux-mêmes, comme l’attribut légitime de la souveraineté et comme la conséquence naturelle de leur soumission. Les Turcs avaient fait, de cette prérogative, un de leurs principaux moyens de gouvernement. Dans tous les pays soumis à une administration régulière, c’est a côté des centres d’activité commerciale qu’ils avaient posé les centres d’autorité politique. Les bordj ou prétoires de leurs Caïds occupaient les principaux marchés. La raison en était simple : dans une tribu ils ne tenaient que la tribu; sur le marché ils les tenaient toutes.

 

Le droit de haute surveillance des Caïds turcs trouvait une sanction fiscale dans l’institution du meks. C’était une redevance de dix pour cent imposée à toutes les marchandises. Elle se percevait à l’entrée et en nature, au profit, soit du trésor, soit de son mandataire. Dans les contrées qui échappaient à l’action du gouvernement, et en particulier dans la Kabylie insoumise, ce droit d’octroi n’existait pas, mais les Kabyles le payaient sur les marchés arabes, où l’insuffisance des denrées nécessaires et la surabondance des denrées de luxe les appelaient irrémissiblement. On dit que le meks de Bougie produisait un revenu assez considérable.

 

Dans l’impossibilité d’asseoir directement son autorité sur les marchés de la Kabylie insoumise, le gouvernement turc les avait mis en quarantaine. Il était interdit aux tribus raïa de les fréquenter. Elles ne pouvaient s’y rendre qu’en cachette et à l’insu de leur Caïd.

 

Les avantages qu’elles y trouvaient pour le placement de leurs grains et de leurs laines, et la défense même qui leur était faite, les excitaient à la contrebande. Sur les marchés les plus importants de la Kabylie, siège un kâd’i , personnage considérable, non-seulement par son savoir, mais par sa piété et par sa naissance , à la fois marabout, jurisconsulte et grand seigneur. Il ne juge que les affaires civiles. La connaissance des causes criminelles appartient à chaque cheikh dans le ressort de sa tribu.

 

Le kâd’i siège, soit au pied de l’arbre qui ombrage la source , soit à côté du marabout qui occupe le centre du marché. C’est là qu’il tient ses audiences, entouré de quelques marabouts et notables de la contrée qui recueillent ses décisions.

 

Sur les marchés secondaires, la justice civile est administrée soit par les marabouts, soit, à leur défaut, par de simples tâlebs, espèces de licenciés en droit musulman, choisis pour arbitres par les deux parties : mais on ne soumet à la décision de ces derniers que les contestations de peu d’importance. Tous les procès graves sont déférés à la juridiction du kâd’i, que les plaideurs vont chercher sur les marchés où il siège. On comprend que toute cette justice est prompte et gratuite. Quoique chacun soit libre de la demander à qui bon lui semble, cependant il est d’usage de s’adresser, pour le règlement des affaires litigieuses, au siège le plus voisin. Le territoire de l’Algérie, et plus spécialement encore le territoire de la Kabylie, se trouvent ainsi partagés en circonscriptions judiciaires analogues à celles qui existent en France, et elles correspondent aux circonscriptions commerciales, les tribus qui composent la clientèle d’un marché étant justiciables du tribunal dont il est le siège.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Marché Kabyle d’antan – Mode de Désignation et Nature de l’Emplacement

30052020

 

 

 

 

 

 

 

I. Mode de Désignation

 

 

 

Les marchés sont hebdomadaires, et les lieux où ils se tiennent sont désignés, sans laisser la moindre incertitude, par le nom du jour qui leur est consacré, et de la tribu qui leur prête son territoire.

 

Ainsi on dit:

 

H’ad-Mzâla, le dimanche des Mzâla.

Tneïn-Fenaïa, le lundi des Fenaïa.

TIâta-Beni-Ir’ât’en, le mardi des Beni-Ir’âten.

Arba’-Beni-Our’lis, le mercredi des Beni-Our’lis.

Khemis-Beni-’Abbés, le jeudi des Beni-’Abbés.

Djema’-Beni-Ourtilân, le vendredi des Beni-Ourtilân.

Sebt-Beni-Slimân, le samedi des Beni-Slimân.

 

 

Quelquefois le marché, au lieu d’emprunter le nom de la tribu, se désigne par quelque particularité historique ou géographique. Sur la hauteur qui domine le pays des Flîcet-Mellîl, s’élève un marabout appelé Timezrît, autour duquel se tient, tous les dimanches, le marché des Rouâfa. Pour cette raison, on l’appelle presque toujours le dimanche de Timezrît. Djema’t-es-Sahridj (le vendredi du bassin), chef-lieu et marché des Beni-Fraoucen, doit son nom à un bassin de construction antique, dont on y voit, dit-on, les restes. Bou-Chafa‘ est encore un marabout qui occupe l’emplacement du marché des Beni-‘Azzouz, aussi l’appelle t-on souvent le vendredi de Bou-Chafa’. Il arrive parfois que, dans la désignation des marchés, au nom de la tribu l’usage substitue celui du village auprès duquel il se tient. C’est de cette manière que l’on dit: le dimanche d’Adni (Beni-Ir’àt’en) , le mercredi de Charrîta (Beni-Ir’ât’en), le lundi et le jeudi de Dellis.

 

Un Caïd turc, appelé ‘Ali-Khodja, établit jadis, au confluent de l’Ouad-el-Klàb dans L’Ouad-Amraoua, un marché qui devint, dans la suite, fort important, et qui a conservé le nom de son fondateur, car on l’appelle encore le samedi d’Ali-Khodja.

 

Quelquefois c’est le jour de la semaine qui transmet son nom à un accident géographique, à un col, à une source, à un cours d’eau. Ainsi, sans sortir de la Kabylie, nous trouvons, dans le canton de Bou-R’ni, un village appelé Tizi-n-el-H’ad (le col du dimanche), une source appelée ‘Aïn-el-Arba’ (la source du mercredi), chez les Beni-Tour; un ruisseau appelé Ouad-el-Djema’ (la rivière du vendredi), chez les Nezlioua, et, enfin, un ruisseau du dimanche (Ouad-el-H’ad), qui traverse les Beni-Ir’ât’en.

 

La rivière qui va se jeter dans la mer, près du cap Matifou, à l’Est d’Alger, et qui a reçu des Français le nom de Hamise, par corruption du nom arabe Ouad-el-Khemis (ruisseau du jeudi), tire cette dénomination du marché de Khechna qui se tient sur ses bords. Ces indications expliqueront aux personnes qui font usage des cartes de l’Algérie le sens des mots h’ad, tneïn, tlâta, etc. qui s’y reproduisent fort souvent.

 

 

 

 

 

 

Le Marché Kabyle d’antan - Mode de Désignation et Nature de l’Emplacement  dans Attributs d'Algérienneté 200411100331921342

Kabylie ; Adekar Rassemblement d’Algériens sur un marché 1950

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II. Nature de l’Emplacement

 

L’emplacement des marchés est un terrain essentiellement neutre; c’est la condition indispensable pour garantir la sécurité des transactions; il reste donc inculte, et, comme toutes les terres incultes, ne reconnaît d’autre propriétaire que Dieu.

 

Cependant, il est censé dépendre du territoire de la tribu dont il porte le nom, mais il en occupe l’extrémité, et appartient généralement à la limite commune de plusieurs tribus: c’est le signe de leur mitoyenneté.

 

Les marchés se tiennent toujours au bord d’une source ou d’un ruisseau, et souvent à côté d’un bois. Ordinairement un arbre, planté sur la tombe d’un derviche, ombrage la source et indique le centre de la réunion hebdomadaire. Indépendamment de ce signe extérieur, un marabout, qui sert de mosquée, s’élève sur l’emplacement du marché. C’est autour de ce marabout que les habitants des tribus voisines viennent enterrer leurs morts; aussi choisit-on de préférence, pour y établir un lieu de fréquentation commerciale, les ruines d’une ville ou d’une bourgade romaine. C’est une carrière qui fournit, sans le moindre travail, la pierre de l’édifice et des tombeaux.

 

Le marché, sanctuaire des intérêts matériels, devient donc ainsi le sanctuaire des intérêts moraux , placé sous la double sauvegarde du passé et de l’avenir, des souvenirs de la famille et des espérances de la religion.

 

Une plaine déserte, silencieuse et inculte; une source d’eau limpide, ombragée par un tremble colossal; un petit édifice blanc, couvert tantôt d’un dôme en coupole, tantôt d’une toiture en tuiles; des tombes groupées alentour, comme une famille autour de son chef; de vieux pans de mur, des pierres de taille éparses, tombes d’un autre âge, tel est l’aspect du marché pendant six jours, et le voyageur qui le traverse alors ne se doute pas de l’importance de ce lieu, de l’affluence et du brouhaha, des voix tumultueuses et des scènes animées qui, une fois par semaine, en troublent le silence et la solitude.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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