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Tribu des Dreïdes (cercle de Biskra)

20022021

 

 

 

 

 

 

 

Les Dreïdes n’ont conservé qu’un souvenir confus de leur origine; ils prétendent cependant venir du nord, ou leurs pères Djouala ( idolâtres ) occupaient une grande partie du Tell, et même le Sahel. Ceux que nous trouvons dans les Ziban et qui sont, disent-ils, les descendants d’une très-petite fraction de leur grande famille, se vantent d’être parvenus dans le désert à un haut degré de puissance, et devoir fait des expéditions jusqu’à G’redamez. Constitués makhzenia par les Turcs, ils perdirent plus tard ce titre et les prérogatives qui y étaient attachées pour avoir refusé à leurs maîtres de leur livrer un Turc proscrit, réfugié chez eux.

 

Quand le premier Gannah fut élevé à la dignité de cheikh el arab, les Dreïdes, toujours attachés de cœur à leur ancien chef, subirent tant de vexations, qu’une partie de la tribu se sauva dans le Djerid de Tunis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tribu des G’ramera (cercle de Biskra)

16022021

 

 

 

 

 

 

 

Les G’ramera font remonter aux temps la plus reculés leur migration en Afrique. Leurs ancêtres, disent-ils habitaient et habitent encore les bords du Seguia el Amera (le canal rouge), la mer Rouge sans doute.

 

Arrivés au pays des Nails, ils y campèrent et vécurent d’abord en bonne intelligence avec les premiers occupants. Mais, entre voisins, surtout entre voisins arabes, la guerre est toujours imminente, et la guerre les refoula dans les Ziban. La cause futile de cet événement offre un trait caractéristique de mœurs arabes:

Un de leurs bergers, faisant paître son troupeau dans la plaine, eut l’imprudence de tuer un chien des Nails qui s’était jeté sur un de ses moutons et l’avait étranglé. Aux cris du chien, le maître accourut et frappa le berger d’un coup de sabre à la tête; cette scène se passait en vue des deux tribus. Les parents du blessé voulurent le venger, les parents du vainqueur coururent à son secours, puis vinrent les amis de chacun, si bien qu’en un instant la mêlée devint générale, et que les G’ramera perdirent quatre cents hommes.

 

Cette journée fatale, qu’ils appellent encore le combat des quatre cents et du chien noir, les réduisit à l’impossibilité matérielle de se maintenir plus longtemps chez les Nails, et ils vinrent dans les Ziban, où ils se partagèrent entre chaque tribu. Ils vécurent ainsi, louant leurs services, jusqu’à ce que, devenus plus nombreux, ils pussent se reconstituer en tribu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tribu Des Cherfa (cercle de Biskra)

12022021

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Cherfa sont originaires du royaume de Fez, et il existe encore à Tafilet une fraction considérable de leur famille.

 

Cette tribu, dont le nom indique une origine religieuse noble, n’avait cependant pas autrefois un seul membre qui put faire preuve authentique de noblesse.

Aussi, les tribus voisines l’appelaient-elles ironiquement cherfa ble cherif ( cherif sans cherif). Pour en finir avec ces plaisanteries, les Cherfa assemblés réunirent une somme d’argent considérable et la confièrent aux plus dignes avec mission d’aller à la Mecque chercher un cherif dont la généalogie fût incontestable. Un saint homme de Médine, nommé Abderahmann, descendant de père et de mère du prophète, consentit à suivre les ambassadeurs, à la condition qu’on lui donnerait son pesant d’or. Le marché conclu, Abderahmann partit pour le Tafilet, où les Cherfa le reçurent à genoux et l’élurent sultan. Selon la tradition, il envahit le pays jusqu’à Merakech, et c’est de lui que la famille impériale du Maroc.

 

La fraction des Cherfa, maintenant établie dans les Ziban, se serait détachée du gros de la tribu parce que son chef, Sidi Ndejim, ayant tué un de ses frères, aurait été obligé de fuir. De nouveaux émigrants, chassés par les guerres qui désolaient alors le sud du Maroc, rallièrent bientôt Sidi Ndejim, et il devint si puissant que toutes les tribus des Ziban se liguèrent contre lui. Cette haine, encore active, força, dans l’origine., quelques familles des Cherfa à s’exiler jusque dans le beylik de Tunis, et beaucoup d’autres à venir s’établir dans le Tell.

Le noyau de la tribu habite les Ziban, mais, chaque année, des émigrations nouvelles viennent planter leur tente auprès des douars de leurs frères les Tellia. Il est remarquable que les nomades ne s’acclimatent que très difficilement dans le Tell, et qu’ils y perdent beaucoup de monde pendant les deux premières années de séjour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tribu des Hal Ben Ali (cercle de Biskra)

8022021

 

 

 

 

 

 

Tribu des Hal Ben Ali (cercle de Biskra)  dans Attributs d'Algérienneté 2012300859318852

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Hal Ben Ali disent descendre d’une colonie djouala (idolâtre) qui habitait jadis Tobna, sur le versant sud du Djebel Ouled Sultan. C’est une opinion accréditée chez eux et chez tous les Arabes, que leurs pères se seraient faits chrétiens avant de se faire musulmans, et qu’ils auraient ainsi subi les influences de tous les dominateurs de l’Afrique.

 Ils semblent, en effet, entachés de réprobation aux fois après leur soumission à la France, ils marchèrent au combat, les Arabes ennemis les insultaient en leur criant « Chiens de chrétiens! vous êtes bien dignes de votre origine! infidèles! fils d’infidèles! »

 

Selon leurs tolbas, voici leur histoire:

Autrefois, vivait à Tobna une ancienne famille en grande vénération dans tout le pays et dont le chef s’était acquis une juste réputation de sagesse. C’était a l’époque de l’invasion musulmane. Cet homme, aimé de Dieu bien qu’il fût idolâtre, reçut en songe cet avertissement, que Tobna serait menacée le jour où l’on découvrirait dans les environs la trace d’un chameau.

Or, un jour qu’il avait envoyé un domestique chercher, avec un âne, des fruits dans un jardin à quelques lieues de la ville, il vit sur le soir l’âne revenir sans son guide et les paniers inégalement charges donc on avait tué son serviteur, donc on avait pris des fruits dans panier à moitié vide. Son rêve lui revenant à l’esprit, il partit le lendemain pour visiter les environs, et découvrit avec effroi les pas d’un chameau empreints dans le sable. A quelques jours de là, ses préparatifs de fuite étaient faits, il avait réalisé tous ses biens en numéraire, et il allait chercher sur la montagne un refuge hospitalier. Cependant l’homme sage ne pouvait pas partir sans prévenir ses compatriotes du malheur qui les menaçait il prit donc un couple de pigeons pluma la femelle et

la renferma sous un vase avec ce billet « Qui fera comme le compagnon de ce pigeon fera bien qui ne fuira pas, sera dépouillé comme celui-ci». Et il alla se réfugier sur le Bou Taleb, d’ou il lâcha le second pigeon après lui avoir attaché au cou un billet sur lequel ce seul mot, Bou Taleb était écrit.

 

Les habitants de Tobna qui n’avaient pu s’expliquer l’avertissement symbolique du pigeon plumé, en comprirent le sens en voyant revenir le pigeon messager. Tous cependant n’y voulurent pas croire; les esprits forts bravèrent l’oracle, les plus peureux se sauvèrent sur le Bou Taleb; ceux-ci furent les plus sages, car Tobna, assiégée quelque temps après par Ali, chef de l’armée musulmane, fut prise, pillée, saccagée.

 

Au milieu du désordre, une femme se sauvait à travers les rues ensanglantées, en pressant sur son cœur un fardeau, enveloppé dans ses vêtements; comme un soldat voulait le lui arracher, elle tomba à genoux en s’écriant « C’est mon fils, Mouloud!» et elle entrouvrit son haïck; l’enfant sourit au soldat en lui tendant les bras. Ali passait par là la mère était belle, il la fit conduire dans sa tente. Plus tard, il adopta l’orphelin et lui donna son nom.–Ce fut le père des Hal Ben Ali.

 

Mouloud Ali parvint à une haute fortune dans le Tell, et, à sa mort, son commandement fut partagé entre ses trois fils.

Saoula, l’aîné, fut hakem de Constantine; Ali Ben Ali, le second, commanda dans le Tell depuis Sétif jusqu’au Roumel; Dif Allah, le troisième, placé directement sous les ordres d’Ali Ben Ali, partageait avec lui l’autorité.

Des querelles leur mirent bientôt les armes à la main. Ali Ben Ali, battu d’abord, puis abandonné par ses troupes, se vit enfin contraint de fuir dans le Sahara, où l’accueillirent les Dreïdes, alors maîtres absolus du désert.

 

Selon la chronique, il dut ce bienveillant accueil à cette circonstance, que les Dreïdes n’avaient pas de chevaux à cette époque, et qu’il arriva citez eux monté sur un très-beau cheval. Hardi cavalier, Ali fixa sur lui l’attention de ses hôtes, qui lui donnèrent une tente et le marièrent à l’une des plus belles filles de la tribu. Son courage à la guerre aidant sa fortune, il fut bientôt, et d’une voix unanime, élevé à la dignité de cheikh el arab dignité héréditaire qui devait se perpétuer dans sa famille, mais qui, par suite de guerres et de révolutions dont il est difficile de suivre les phases, passa, vers l’époque de l’invasion turque, chez les Gannah, descendants de Dif Allah.

 

Hal Ben Ali, restés au désert, y devinrent si puissants, bien que leur chef eut été déshérité du titre de cheikh el arab, qu’ils prélevaient des impôts jusque chez les Beni Mzab. Vaincus plus tard et soumis par les Turcs, ces nouveaux conquérants les tinrent néanmoins en si grande estime, qu’ils les constituèrent makhzenia, titre qui les exemptait de tout impôt.

 

Cette tribu, vraiment aristocratique, très orgueilleuse de son antique noblesse, a conservé sa race dans toute sa pureté; ses familles ne s’allient qu’entre elles; il n’est permis aux jeunes gens de déroger à cette règle qu’en faveur des belles filles de la tribu des Abd el Nour.

 

L’arbre généalogique des Hal Ben Ali était déposé dans la mosquée de Sidi Okba; il a disparu, et toutes les recherches pour le trouver ont été vaines. Ils accusent les Hal Ben Dif Allah, leurs frères de la branche cadette, de l’avoir brûlé lorsque Ben-Gannah, le cheikh el arab, fit en 1840 une expédition à Sidi Okba.

 

La tribu des Ben Ali est du nombre de celles où se recrutent ces audacieux aventuriers, qui courent le désert pour piller les voyageurs. Des espions disséminés dans toutes les oasis informent exactement leurs bande de l’arrivée d’une caravane, de la nature et de l’importance de son chargement, du nombre de cavaliers qui l’accompagnent, de la direction qu’elle doit prendre.

 

De leur côte, les chameliers étudient le terrain; ils ont eux aussi leurs espions, hommes spéciaux, roués au métier d’éventer la marche des flibustiers du Sahara. C’est par eux que la caravane sait où croisent la bande Doudène, celles de Mamraf, de Nami, et surtout celle de Refèze, la plus redoutée de l’est. Si le péril est imminent, si la caravane est trop faible, elle attendra, dans l’oasis où elle est campée, pendant trois, quatre, six mois au besoin, que d’autres voyageurs viennent la renforcer, ou que les pillards, fatigués, soient allés chercher fortune ailleurs mais, quand ils ont flairé la proie, quand ils savent qu’elle est là sous les palmiers, à l’horizon, sous les murs de cette ville, protégée par une tribu amie, et qu’il faudra bien enfin qu’elle reprenne la route, ils luttent avec elle dé patience: feignant une retraite, ils la provoquent à la confiance et ce sont alors des marches et des contre-marches dans tous les sens au jour, ils décampent à grand bruit et s’enfoncent à l’est si la caravane est à l’ouest, au sud si elle est au nord; mais ils laissent en partant un espion, couché dans le sable comme un chacal au guet, ou recouvert de branches comme un buisson, gardant jusqu’à la nuit l’immobilité la plus complète. Ils reviendront alors, au grand galop de leurs chevaux ou de leurs chameaux, au bivouac de la veille, interroger leur vedette. Ces hommes de fer manœuvrent ainsi pendant des mois entiers, sous le soleil ardent, mangeant un peu de farine buvant un peu d’eau saumâtre; et si enfin, les chameliers abusés, ont plié leurs tentes et se sont remis en voyage « alors, disait Refèze, dont nous citons textuellement les paroles, il se fait dans l’air un changement que je ne puis définir; mais la solitude du désert est troublée, et, quoique toute une journée de marche nous sépare de la caravane, un bruit imperceptible m’apprend que le moment d’agir est arrivé. Légers comme la gazelle, nous nous élançons dans une direction qui n’est jamais la mauvaise, et nous découvrons bientôt à l’horizon de la grande plaine le bienheureux nuage de sable qui achève de nous orienter.»

 

Ces rencontres sont d’horribles luttes où l’un des deux partis est anéanti.

 

Une de ces expéditions fut entreprise en 1843 par cinquante cavaliers, ils avaient été avertis du prochain passage d’une riche caravane sur la route du Djerid à Souf. Leur première halte, en sortant de Biskra, fut à El Haouch, nom que prend la rivière de Biskra à dix ou douze lieues de cette ville, au sud-est de Sidi Okba. Comme dans le lit desséché de beaucoup d’autres rivières, on trouve de l’eau dans celui de l’Oued Haouch en creusant à quelques centimètres de profondeur.

La seconde halte fut à Bou Loutet où l’on se procure de l’eau par le même procédé, peine qu’évitent souvent aux voyageurs les nombreux sangliers qui fouillent le ravin pour se désaltérer.

La troisième halte fut à Ben Mel où l’eau est rare et saumâtre.

Le quatrième jour au matin, la caravane était en vue; elle se composait de 69 chameaux à midi, elle était pillée. Une partie des objets volés appartenait à des marabouts vénérés elle leur fut religieusement renvoyée par l’intermédiaire du cheikh el arab.

 

Les Ziban fournissent deux bandes de ces voleurs; elles se réunissent pour faire leurs coups de main si les caravanes sont bien escortées.

Refèze, chef de la bande à laquelle il a donné son nom est un homme vraiment extraordinaire c’est une célébrité. On dit de lui qu’il a une si grande habitude du désert, qu’il lui suffit de flairer le sable pour reconnaître, sans jamais se tromper et quelle que soit d’ailleurs l’obscurité de la nuit, le lieu où il se trouve. La teinte plus ou moins foncée du terrain lui indique où gît un filet d’eau et à quelle profondeur.

 

Nous avons entendu répéter cela si souvent par tant d’autres Arabes, et particulièrement ‘par des gens de Souf, que, sans oser le donner comme un fait acquis, noua n’oserions pas non plus le révoquer complètement en doute.

Avant l’occupation de Biskra par l’armée française, le cheikh el arab et les cheikhs des tribus avaient une part de prise dans ces expéditions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le caïdat en Algérie au XIXe siècle – 3ème partie –

4022021

Abderrazak DJELLALI (Université d’Annaba)

 

 

 

 

 

 

 

Le caïdat en Algérie au XIXe siècle - 3ème partie -  dans Attributs d'Algérienneté 201223082848189317

El Habib Caïd des Hassasnas 1895

 

 

 

 

 

 

 

III – Position Sociale et Styles de Vie

 

Examinons à présent la position sociale et le style de vie des caïds engendrés par leur pouvoir tant décisionnel qu’économique durant les deux périodes (ottomane et française). Rappelons que le corps caïdal durant la période turque était formé de quatre catégories distinctes par la jonction et le statut social puisque on trouvait des caïds simples fonctionnaires du beylik et des caïds qui avaient un rôle administratif important et qui faisaient partie de la notabilité. Bien que celle-ci ne puisse être saisie uniquement à travers le pouvoir administratif puisque la notabilité est fondée aussi sur d’autres critères: la civilité (exemple les maures) (1) la descendance religieuse (les chorfa ) ou la capacité guerrière (el adjoud ) ou la fortune (certains commerçants israélites). A cette représentation collective se juxtaposaient des agrégats hiérarchisés par le groupe social dominant : les turcs occupaient le sommet de la pyramide, ensuite venaient par ordre dégressif les koulouglis, les maures et puis les baranis (étrangers à la cité comme les mozabites, les biskris ) les berbères, les chrétiens, les juifs et enfin les esclaves au bas de la société (2).

 

Dans ce contexte d’agrégats hiérarchisés le caïdat n’a pu former un corps homogène en tissant des relations de type horizontal notamment par des alliances matrimoniales (3). Ce cloisonnement était l’apanage du système en place qui renfermait en plus chaque groupe social dans un métier : les turcs dans l’armée, les koulouglis dans l’administration, les biskris dans la vente de l’eau, les mozabites dans les bains-maures et les boucheries, les juifs dans le commerce, et les esclaves dans la servitude de el assied (les seigneurs). Par ailleurs, chaque groupe social occupait et habitait un espace bien délimité, soumis à sa propre législation (4) et se distinguait par ces traits vestimentaires. Les effets pervers d’une société régie par le jeu des rapports raciaux cultivant les différences allant dans le sens du compartimentage ont permis à chaque groupe ethnique de préserver ses traits culturels (la langue d’origine, la religion, les coutumes, etc.).

 

Sous la colonisation française les membres du caïdat étaient parvenus à entretenir des relations internes par des échanges matrimoniaux et économiques grâce à une certaine homogénéisation de leurs corps, à leur appartenance raciale (indigènes) et à la nature du système colonial basé sur le centralisme qui gommait toute velléité d’autonomie régionale. L’élargissement de la propriété privée a effrité le système de Nisba en introduisant l’état civil et a par conséquent disloqué la tribu (5), affaibli la solidarité et fait admettre la richesse comme élément essentiel dans la désignation de la notabilité.

 

Si par son pouvoir décisionnel et économique le caïdat appartenait de fait à la notabilité, néanmoins il évoluait socialement et politiquement en seconde zone du fait de l’idéologie coloniale fondée sur l’exclusion sociale (6). Considérés à l’instar de leurs coreligionnaires comme des gens à civiliser, les caïds n’ont pas pu s’intégrer à la classe dominante et évoluer d’égal à égal avec les européens. Leurs tentatives soit par « l’école républicaine » qui a ouvert ses portes aux loyaux serviteurs désireux d’acquérir un savoir moderne opposé au savoir traditionnel (apprentissage du Coran, hadit, charia) synonyme d’arriération, soit par les mariages mixtes qui sont restés très limités ou soit par l’acquisition de la citoyenneté, sont restées vaines.

 

Leur loyauté envers la présence coloniale leur permettait seulement de bénéficier de certains avantages économiques et sociaux et de se distinguer par rapport aux autres indigènes. Si cette distinction prend les formes citées (le savoir moderne, le mariage mixte) elle apparaît aussi dans le lieu de résidence et la sédentarisation. En effet, les caïds ont bâti de grandes demeures Bordj qui représentaient le pouvoir, symbolisaient la richesse et le statut social par rapport à leurs coreligionnaires qui vivaient dans des tentes ou des gourbis.

 

C’est ainsi que les caïds ont été un élément important dans l’apparition du changement social en introduisant dans leur communauté de nouvelles habitudes architecturales, linguistiques, vestimentaires, alimentaires, lors des cérémonies officielles ils étaient amenés à boire de l’alcool: à consommer des plats différents, etc.. Ils étaient les agents intermédiaires entre deux communautés, deux styles de vie : européen (moderne) et indigène (traditionnel). Les rapports avec leur communauté étaient complexes car régis par des facteurs endogènes et exogènes du fait que les caïds se trouvaient confrontés aux intérêts et aux exigences des deux communautés en présence. On ne peut apprécier la valeur intrinsèque des rapports sociaux si on n’isole pas les principaux partenaires. Ainsi s’ils entretenaient des alliances avec d’autres caïds pour accroître leur emprise sur les régions, il n’en allait pas de même avec les caïds issus d’anciennes tribus rivales avec lesquelles ils avaient des rapports conflictuels.

 

Les autres notables de la communauté à savoir les cadis, muphtis, et marabouts étaient des partenaires privilégiés dans les échanges matrimoniaux et économiques, ce qui a abouti au renforcement de cette classe en formant de ce fait (Ayane el beld ou el Akbar ) des détenteurs de tous les pouvoirs (décisionnel, économique, intellectuel) et à qui on demande conseil, protection et privilèges. Les, membres de leurs clans tiraient avantage de leur lien de parenté et l’utilisaient lors des conflits avec d’autres clans ou tribus. En revanche, avec le reste de la population les rapports étaient exclusivement d’ordre institutionnel, en effet les caïds vivaient parmi eux mais loin d’eux, de leurs préoccupations (7).

 

Pourtant, les premières années de la colonisation étaient caractérisées par l’admiration et le respect que leur portait la population du fait de leurs attributs à savoir le cheval, le burnous rouge porté lors des revues ou des tournées d’inspection. Mais par la suite, l’image du caïd s’est dégradée lorsque la population autochtone prit conscience des intentions du colonialisme et du rôle oppressif des caïds surtout à l’apparition des partis nationalistes.

 

Désormais, les caïds ne symbolisent plus que l’appauvrissement, l’injustice, la corruption. Ils deviennent même synonyme de l’esprit du mal, ce n’est pas pas hasard si dans le langage populaire on qualifie les chefs de bandes de caïds (8).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Sous la Régence, les Maures se moquaient des Turcs les traitant de brutes et d’incultes et affirmaient bien haut leur appartenance à l’Andalousie.

 

(2) Voir P. BOYER, La ville d’Alger à la veille de la conquête, Hachette, 1962.

 

(3) D’après les informations fournies par H. de GRAMMONT, il existait des alliances surtout pour le partage du pouvoir lors de l’assassinat de hauts responsables du deylik ou du beylik, mais d’une manière générale, elles étaient limitées. H. de GRAMMONT, Histoire d’Alger sous la domination turque, Paris, 1987.

 

(4) Chaque groupe social est présidé par un amin qui règle les différends entre les membres du groupe et sert d’intermédiaire avec l’administration beylicale. Pour les litiges entre deux groupes on se réfère à la législation beylicale. Voir à ce propos P. BOYER, La ville d’Alger, op. cit.

 

(5) Voir à ce propos la communication de A. NOUSCHI lors du colloque sur Bourgeoisie et Notables au XIXème siècle, tenu à Nice les 17 et 18 Mai 1990.

 

(6 ) Pour illustrer cette ségrégation il faut souligner : le décret du 21 avril 1886 qui autorisait les indigènes à accéder à la fonction publique. Cependant il contient une discrimination flagrante puisqu’il distinguait deux sortes de musulmans : le musulman-citoyen qui a droit aux mêmes fonctions et emplois publics et le musulman-sujet pour lesquels existe une liste de fonctions limitatives. Les musulmans qui ont obtenu la citoyenneté de 1865 à 1915 sont au nombre de 1726.

Selon les statistiques de 1951 on dénombre 60 à 80 professeurs dont la moitié enseignant l’arabe, une centaine d’officiers, 7 magistrats dont 4 exercent en Algérie et 2 à la cour d’appel d’Alger, une vingtaine de cadres de l’administration civile (préfets, sous-préfets, administrateurs) mais 20 ingénieurs, 78 avocats, 75 médecins, 36 pharmaciens, 11 chirurgiens-dentistes et environ 400 instituteurs . Voir à ce sujet C. COLLOT, op. cit.

 

(7) Un dicton populaire laisse entendre que si le caïd mange le couscous, il ne se prépare pas et ne se mange pas de la même manière, le leur est fait avec de la viande et du beurre, le nôtre avec du lait et de la graisse.

 

(8) Il convient de souligner que cette image ne s’applique pas à toutes les périodes, ni à tous les caïds puisque certains parmi eux ou leurs descendants ont participé d’une manière directe ou indirecte à la guerre de libération. D’ailleurs, cette option n’était ni fortuite, ni calculée, elle était le fruit d’une prise de conscience de l’appartenance à une communauté indigène méprisée par un système colonial oppressif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le caïdat en Algérie au XIXe siècle – 2ème partie –

31012021

Abderrazak DJELLALI (Université d’Annaba)

 

 

 

 

 

 

 

Le caïdat en Algérie au XIXe siècle - 2ème partie -  dans Attributs d'Algérienneté 201223080840287795

Caïd de Tindouf et Officiers Français en 1961

 

 

 

 

 

 

II – Du Capital Décisionnel au Capital Economique

 

Comment le pouvoir dont dispose le caïd a-t-il pu déboucher sur des privilèges économiques démesurés ? Ce qui frappe lorsqu’on étudie le caïdat c’est que même si les caïds aoutans (1) occupaient des fonctions supérieures par rapport aux autres caïds et avaient pour principales attributions, le recouvrement des impôts, le maintien de l’ordre, et la participation aux razzias, leurs champs d’intervention n’étaient pas clairement définis faute de textes administratifs et juridiques qui explicitent leurs fonctions, c’était le cas également des hauts-fonctionnaires du beylik (le bey et de dey).

 

Pour mieux appréhender les rouages de cette structure rappelons que l’attribution de tous les postes depuis le bey en passant par le caïd était fonction de la valeur de l’impôt que pouvait verser le prétendant au trésor de l’Etat (2). Les possibilités d’accès, les chances de maintien et de reconduction étaient liées à la valeur des taxes prélevées aux tribus assujetties, en d’autres termes la valeur des taxes est un paramètre utilisé pour déterminer l’aptitude et la capacité du caïd à administrer et/ou gouverner, d’autant plus que la richesse des tribus et le nombre de ses clans sont connus par administration beylicale.

 

Le système d’imposition extrêmement diversifié constitue en fait l’ossature du régime turc et détermine les rapports entretenus entre chaque responsable et sa hiérarchie (caïd/bey ; bey/Dey ; Dey/Porte sublime) (3). En effet, le système local n’est ni unifié, ni organisé c’est pourquoi on distingue une multitude de taxes d’origines diverses. Aux impôts coraniques (zakat, aïd el fitr, aïd el Kébir, achoura, mouloud ) qui constituaient l’élément de base de la fiscalité s’ajoutaient les impôts fonciers kharadjan, hokr et enfin les taxes mobilières (gharama et lezma )(4). Pour être complet, il faut mentionner les impôts relatifs à la conjoncture : audifa (impôt d’invitation), bak el burnous (impôt d’investiture) audifa el ada (impôt coutumier) hak el hekad (impôt sur le cheval) (5).

 

Faut-il rappeler aussi que l’impôt à lui seul ne suffisait pas au maintien dans le poste d’où le recours fréquent aux pratiques de présents et offrandes. Force est de constater que cette situation contraignante a abouti inexorablement à l’affaiblissement économique et au redéploiement des tribus abandonnant leurs terres fertiles et n’hésitant pas quelquefois à fomenter des résistances larvées pouvant déboucher facilement sur une insoumission déclarée (6). Les maintiens devenant incertains bon nombre de caïds et autres fonctionnaires amassèrent des fortunes rapides dans l’intention de s’assurer contre une éventuelle déchéance surtout à la fin de la régence (7). Cependant du fait du climat d’intrigues, des emprisonnements et confiscations des biens qui touchaient également les membres de son entourage, toute accumulation était impossible ; d’autant que les charges n’étaient pas héréditaires. De surcroît le poids de la fiscalité, l’instabilité politique, le compartimentage de la société sont des facteurs entre autres qui ont empêché l’accumulation du capital et partant l’apparition d’une classe bourgeoise

 

Voyons à présent l’époque française et ce qui a changé. L’administration française a octroyé de larges pouvoirs aux caïds surtout lors de la création des communes mixtes (8). En effet, le caïd avait une double fonction paradoxalement inconciliable car il devait veiller aux intérêts des deux parties antagoniques (l’administration coloniale et les autochtones). Donc, il était d’une part l’agent de l’administration française du fait qu’il surveillait politiquement son douar et aidait les percepteurs au recensement et au recouvrement des impôts, et d’autre part, il représentait la population indigène de son douar en présidant les réunions de la djémaa et en présentant leurs demandes et leurs revendications auprès de la S.I.P. (Société indigène de prévoyance) (9).

 

Ces larges prérogatives ont permis au caïd de tirer des avantages matériels (terre et bétail) et financiers surtout dans les périodes de récoltes puisqu’il était récompensé au détriment des personnes dont les biens ont été confisqués. De surcroît, vu son salaire insuffisant par rapport aux tâches multiples auxquelles il s’adonnait, abus et offrandes étaient largement répandus d’où un renforcement du caractère quasi-féodal de l’institution caïdal. Son pouvoir décisionnel, qui était étendu du fait qu’il était l’unique intermédiaire entre l’administration coloniale et ses coreligionnaires notamment auprès du conseil de révision créé le 7 septembre 1927, lui permettait soit d’exiger soit de ne pas refuser les dons lors par exemple de son intervention pour exempter de jeunes appelés, ou lors de la mobilisation des jeunes remplaçants (10). De plus, le caïd recevait des dons en argent ou en nature (bétail, céréales) pour ses services en déclarant des mariages ou des naissances lorsqu’ils ne répondent pas aux lois en vigueur (le cas des femmes mineures ou des naissances qui n’avaient pas été enregistrées au moment voulu).

 

Malgré les restrictions apportées à la fonction de caïd par l’administration militaire leur avidité et leur convoitise remontaient aux premières années de la colonisation même lorsqu’ils étaient choisis parmi les notables (11). Si la France, en effet, a recouru dans un premier temps à ceux-ci (guerriers ou religieux, voire même déchus par l’administration turque) vu leur influence auprès de leur population afin d’éviter des troubles, la logique du système colonial n’en reposait pas moins sur la spoliation et l’appauvrissement des tribus par l’usage de la force ou de la loi (12).

 

Ce paradoxe a donné l’occasion aux caïds de constituer ou d’augmenter leur fortune du fait de leur collaboration avec le colonialisme, accroissement tributaire de l’extension de l’occupation française (13) surtout durant les premières décennies caractérisées par l’absence de lois régissant leur carrière. Ainsi ils s’appropriaient le dixième des impôts arabes perçus et le cinquième du montant des amendes infligées par eux aux contrevenants aux ordres de l’administration (14). Ces revenus recherchés par les caïds se heurtaient à la résistance des tribus surtout dans les conjonctures économiques difficiles (mauvaises récoltes, disettes, épidémies) recourant parfois à l’assassinat de leurs caïds puis à la rébellion ouverte systématisée (révoltes de cheikh el Mokrani, el Haddad, ouled sidi cheikh, zaâtcha, aures etc…)- Et même lorsque des lois ont été instaurées, devenant des fonctionnaires de l’administration, leur avidité n’a pas cessé.

 

Pourtant grâce à cette réglementation la promotion leur était assurée puisqu’ils pouvaient accéder aux statuts supérieurs (caïd, caïd des caïds, agha, bachagha) et percevoir par conséquent une augmentation de salaire (15) qui inexorablement continuait de dépendre des services rendus à l’administration française. Ajoutons à cela que la promotion de leurs supérieurs (administrateurs et administrateurs-adjoints) était elle-même conditionnée par les mêmes critères et par conséquent les services du caïd devenaient utilitaires pour ne pas dire nécessaires.

 

C’est ainsi que les caïds étaient parvenus à accumuler des fortunes importantes d’autant plus que cette fonction était devenue quasiment héréditaire (16). Avec l’évolution économique la richesse se diversifiait (commerce, immobilier), or le caïdat n’a pu devenir une réelle force économique car le capital était resté entre les mains d’une poignée de colons qui régissait les mécanismes de l’économie coloniale et ses lois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes:

 

(1) Les caïds aoutane avaient de larges prérogatives qui selon certains témoignages pouvaient atteindre pour leurs administrés un parcours de vie et de mort, l’exemple du caïd de bordj Sebou en est un exemple.

 

(2) II faut signaler que les attributions de fonctions ne s’appuient pas sur des critères objectifs mais plutôt sur des rapports de force, les alliances allant parfois jusqu’à des cas de succession caricaturaux chez les deys comme ce laveur de cadavre devenu simple Khodja (secrétaire) et peu après le successeur du dey Ahmed.

 

(3) Les cadeaux offerts par le Dey à la Porte sublime ne signifient pas la soumission à celle-ci car de longue date les deys d’Alger sont désignés par l’oudjak et ne sont pas toujours turcs. Les présents s’inscrivent plutôt dans l’idéologie de la Umma islamique puisque la Porte sublime offre en contrepartie des armes surtout pendant les conflits avec les espagnols, anglais et danois. De même l’Algérie et la Tunisie ont offert des aides en troupes et en nature à Istanbul lors de sa guerre contre la Russie en 1759.

 

(4) Tarfik el MADANI cite dans les Mémoires de Hadj Ahmed Cherif Zahar, SNED, Alger, 1980, la valeur des impôts religieux donnés au trésor d’Alger.

 

1 – Le beylik de l’ouest :

- 10.000 SAA (plus d’un quintal) de blé et 1000 quintaux aux hauts fonctionnaires.

- 10.000 SAA d’orge et 1000 (q.) aux hauts fonctionnaires et 6.000 têtes de moutons,

 

2 – Le Beylik de l’est verse en plus :

- 2.000 têtes de bovins,

- une barque de graisse, de dattes et d’olives.

 

3 – Le beylik de Titeri : sa région est pauvre et ne versait en impôt que des moutons.

 

4 – Le beylik de Sebou :

- 1.000 paires d’huile,

- 1.000 quintaux de figures,

- 100 quintaux de cire,

- 500 SAA (q.) de blé,

- 500 SAA (q.) d’orge.

 

(5) Sur ces multiples impôts voir A. TEMIMI, op. cit.

 

(6) Pour la collecte des impôts, le beylik mobilise plusieurs Mhalas en s’appuyant sur les tribus zouaves.

- Les Mhalas de l’ouest exercent au mois d’avril,

- les Mhalas de Titeri exercent en été et durant trois mois,

-les Mhalas de l’Est exercent au début de l’été et durant six mois.

 

(7) Le beylik de Constantine a connu durant la période (1772-1836) plusieurs assassinats et des changements rapides avec une vingtaine de beys successifs alors que de 1713-1792 seuls cinq beys ont été désignés. Pour de plus amples détails voir Leïla BABÉS, op. cit.

 

(8) II faut rappeler que l’administration française pour organiser le territoire algérien a pris en 1863 comme base la tribu et cela afin de la maintenir au sol, de la contrôler et donc de la désorganiser. Puis elle a crée le système de douar qui est doté d’une djemaa (sorte de Conseil) présidé par le caïd. Enfin avec l’avènement de la république en 1890 l’administration française a créé les communes mixtes et les communes de plein exercice peuplées en majorité de colons.

 

(9) Voir C. COLLOT, op. cit.

 

(10) Généralement les notables ( cheikh, mufti, caïd, cadi, etc. . .) ne veulent pas envoyer leurs enfants au service militaire, de sorte qu’ils recourent à des remplaçants, en offrant à de jeunes volontaires 1.500 F ; on les appelle d’ailleurs les hommes de 1.500 F.

 

(11) Sur les 721 caïds des communes exerçant en 1937, une centaine sont issus de familles appartenant à la noblesse guerrière ou djouads, 200 de familles de la noblesse religieuse ou chorga, 350 de la petite bourgeoisie rurale, 60 autres sont d’anciens officiers de l’armée française. Voir à ce propos C. COLLOT, op. cit.

 

(12) Exemple : le Senatus-Consulte du 22 avril 1863 ; loi Warnier 26 juillet 1873.

 

(13) Nombre de douars et de représentants indigènes en 1895

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Voir pour de plus amples informations les archives nationales d’Outre-Mer et les archives du gouvernement général, Aix-en-Provence K K 17.

 

(14) Les Algériens paient jusqu’en 1918 des impôts directs et indirects de type européen, plus des impôts arabes auxquels s’ajoutent des corvées (gardiennage des forêts, lutte contre les sauterelles, transport, etc…).

 

(15) Selon l’arrêté du 8 Mars 1826 et du 29 Avril 1927 le corps des caïds se divisait en 6 rangs

- 6ème rang le caïd perçoit 6.000 F

- 5ème rang le caïd perçoit 6.500 F

- 4ème rang le caïd perçoit 7.000 F

- 3ème rang le caïd perçoit 7.600 F

- 2ème rang le caïd perçoit 8.400 F

- rang spécial le caïd perçoit 12.000 F.

L’agha perçoit en plus 3.600 F et le bachagha 6.000 F. Voir J. DARGNAC, L’administration de commune mixtes en Algérie, 1927.

 

(16) On compte 13 caïds chez les Michri et 6 chez les Gaba à Tebessa, 10 chez les Bardiaf à M’Sila.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Caïdat en Algérie au XIXe siècle – 1ère partie -

27012021

Abderrazak DJELLALI (Université d’Annaba)

 

 

 

Le Caïdat en Algérie au XIXe siècle - 1ère partie - dans Attributs d'Algérienneté 20122307464537419

Caïd d’Alger 1870

 

 

 

 

 

 

Étudier le système du caïdat dans l’Algérie du XIXème siècle revient à le saisir simultanément et durant la période finissante turque, et durant la première partie de la colonisation française, afin d’aboutir à une vision générale de cette institution qui soulève encore bien des questions eu égard aux équivoques et au rejet dont elle a fait l’objet au moment de la montée du nationalisme algérien, et d’une manière générale dans la mémoire collective.

 

Cette approche comparative, devrait même si ce champ d’étude reste peu abordé, conduire à expliciter les multiples sens que véhicule la notion de caïdat pour témoigner de l’objectivité, et des mécanismes qui ont présidé au maintien de ce système de commandement tant décrié durant la colonisation française. Si cette institution a connu une longévité importante, l’étude des systèmes turcs et français, bien que les deux régimes politico-administratifs diffèrent à maints égards, met en évidence les fluctuations du rôle administratif du caïd avec ses avantages et ses privilèges économiques qui déterminent son statut social et son style de vie.

 

C’est autour de ces phases que s’articule notre étude qui a vu surgir immédiatement une difficulté relative à l’évocation des dernières années du régime turc où l’administration en décomposition n’est pas représentative de plus de trois siècles de domination car les institutions au sens moderne du terme ont varié de même que la terminologie. Ceci témoigne donc du caractère très complexe du système de caïdat qui varie selon les époques en fonction de l’influence croissante ou décroissante de l’administration centrale et de ses représentants.

 

 

I – Pluralité et Diversité du Caïdat

 

L’approche du caïdat en tant que système administratif nécessite au préalable une définition du mot caïd car la notion est vague et imprécise d’autant plus que dans le langage du sens commun il traduit l’idée d’agents omnipotents et d’un corps administratif homogène, alors que le contenu de (cette motion renvoie en fait à l’hétérogénéité de la fonction caïdale aussi bien sous la période ottomane, que française (1). Le terme de caïd est générique pour ne pas dire polysémique puisqu’il véhicule des significations diverses. Etymologiquement le mot caïd vient du verbe arabe (qad) guider. Le caïd est celui qui vient en premier et qui guide, il signifie aussi gérer et diriger. Le terme caïd ne prend sa véritable signification qu’à travers (2) la fonction occupée qui elle-même attribue le statut administratif et social du récipiendaire.

 

Les travaux relatifs à la période turque révèlent parfaitement la diversité de cette fonction du fait que chaque caïd a pour charge un aspect précis de la vie sociale ce qui engendre une classification entre un caïd Eddar numéro deux du Makhzen chargé des affaires administratives et sécuritaires de l’ensemble du beylik, équivalent aujourd’hui d’un ministre, et les autres caïds, dont l’autorité de certains ne dépasse pas le périmètre d’un marché hebdomadaire : ainsi le caïd Essouk chargé des taxes et du maintien de l’ordre dans les marchés, le caïd Ezzabel au service des ordures de la ville, le caïd el Cassaba à la sécurité de la ville, le caïd el Aioun chargé des fontaines publiques, etc.. D’autres encore exercent les fonctions qui ne dépassent pas la servitude du bey tels le caïd Essouina s’occupant du parasol du bey lors de ses déplacements le caïd Ettassa de la taxe et le caïd Esebssi de la pipe du bey.

 

Cette hiérarchie trouve aussi ses fondements dans la nature même du système administratif turc basé sur le dualisme ville/campagne et la gestion binominale. Les campagnes peuplées par des tribus sont du ressort du caïd el Aoutane (3) chargé des déplacements, emplacements et prélèvement des impôts. De même, selon l’importance des tribus administrées, et l’espace géographique surveillé, la hiérarchie et la fonction varient car elles sont déterminées par la nature des liens entretenus avec l’administration beylicale et les possibilités de promotion dans ce corps par des alliances matrimoniales ou par des intrigues (4).

 

Néanmoins la puissance turque n’était pas aussi étendue et hégémonique comme on semble le croire, des régions entières étaient soustraites à son autorité comme celles dirigées par les béni Djelab à Touggourt où les chefs ont refusé même l’appellation de caïd et lui ont substitué celle de sultan. Il n’était pas rare de voir des pouvoirs locaux forts comme les harrar chez Henancha (région de Souk-ahras) et les ouled Amokrane de Bejaïa (région de la petite Kabylie) avec lesquels le pouvoir central a essayé de collaborer pour soumettre les tribus réfractaires d’où reconnaissance des chefs autoproclamés ou encore exemption d’impôts (5).

 

 

 

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Maintenu pendant la colonisation française, le système du caïdat a été uniformisé en ce sens que la fonction de caïd devenait essentiellement administrative et les prérogatives se précisaient progressivement; les autres domaines de la gestion de la vie sociale étant confiés à des employés contrairement à l’époque turque. Néanmoins, la hiérarchie de ce corps (caïd, caïd des caïds, agha, bachaghas) était demeurée inchangée.

 

Même si les fonctions exercées par les caïds diffèrent d’une phase politico-administrative à une autre, allant d’un pouvoir étendu (juridico-financier) à des tâches d’exécution de simple police où le grade supplante la fonction, il convient de s’interroger sur les causes de la pérennisation de ce système malgré les différences entre les deux systèmes ottoman et français quant à la nature de l’occupation et les objectifs visés.

 

Quatre raisons peuvent être avancées.

 

1 – Combattre les notabilités dont le caïd fait partie, et plus particulièrement le caïd el Aoutane, aurait engendré un risque de soulèvement, risque que l’administration française ne pouvait courir surtout durant les premières années vu leur influence, leur statut social et la solidarité tribale ; pour assurer sa sécurité elle a recouru au moment de la conquête (6) à l’octroi de garanties aux interlocuteurs importants même lorsqu’ils étaient turcs et donc la cible privilégiée de la France.

 

2 – L’occupation de l’Algérie n’a pas fait l’unanimité sur la nature du système à mettre en place. Si l’intention de coloniser demeurait, les formes de gestion et d’administration n’étaient guère définies d’autant plus que la France était confrontée à de graves problèmes internes et externes (Monarchie de Juillet 1830-1848, insurrection de la IIème république de 1848, guerre de la défense nationale 1870-1871). C’est pourquoi de maintes spéculations eurent lieu sur la forme que devait prendre la colonisation : colonie de peuplement, royaume arabe, département français ou unité administrative autonome ? (7).

 

3 – La méconnaissance par les occupants européens de la structure interne de la société algérienne — en particulier le rôle de la religion, de la famille, de la tribu, de la propriété, de la langue etc.. hormis les informations limitées contenues dans des rapports de diplomates, de voyageurs et de commerçants — implique la reconduction du système administratif caïdal auquel étaient habituées les tribus. Ceci pour éviter des réactions négatives et l’élargissement du champ de confrontation ; en outre, un nouveau système administratif exigeait des moyens matériels et humains qui auraient pu alourdir la charge et le budget du Ministère de la guerre.

 

4 – La reconduction du système caïdal est liée à l’idéologie discriminatoire et raciale du colonialisme français d’où ségrégation entre européens et « indigènes » sur les plans, politique, juridique et administratif. En effet l’occupation française a instauré deux formes de gestion administrative, l’une régie par les dispositions en vigueur en métropole ayant compétence sur la colonie européenne (dans les communes appelées de plein-exercice) et cela afin d’attirer et d’aider les colons à se stabiliser ; et l’autre organisé par un système caïdal propre aux indigènes dans les communes dites mixtes ou subdivision maires (8). Bien que cette fonction soit réservée uniquement aux algériens, les caïds sont désignés non pour leur compétence mais pour leur audience et leur influence sur les groupes qu’ils doivent administrer, leur loyauté à l’autorité française, et les états de services rendus (9).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes

 

 

(1) II faut signaler que les turcs n’ont pas importé leurs institutions, bien au contraire ils ont conservé les structures existantes tout en les modifiant selon les besoins de la conjoncture et en introduisant d’autres. Quant à la France elle a maintenu au début de la colonisation cette fonction, puis elle y a mis fin par les arrêtés du 20 Mai 1868 et du 24 novembre 1871. Puis elle réapparut sous l’appellation adjoint municipal indigène dans le décret du 24-12-1870, et fut modifiée par les arrêtés du gouverneur général le 13 avril 1898. Enfin elle prend le titre de caïd dans les décrets du gouvernement général en février et août 1919. Voir à ce propos C. COLLOT, Les institutions de l’Algérie durant la période coloniale (1830-1962), CNRS, Paris et OPU, Alger, 1987.

 

 

(2) L’analyse lexicale du verbe qad revêt un sens précis et différent de la traduction littérale française guider, on dit en arabe guider par devant et diriger par derrière : guider renvoyant à l’idée de modèle et d’un chef exposé en premier au danger. Il est opportun d’apporter des précisions sémantiques sur ces diverses nuances. Voir entre autres le dictionnaire arabe Moubitel Mouhit de Boutros El Boustani, librairie Liban, Beyrouth, 1987.

 

(3) El aoutane est le pluriel du mot arabe, watan qui signifie territoire, patrie. Pour exemple nous citons le Beylik de Constantine qui possède 20 caïds et Aoutane, 4 caïds qui dirigent les moubas (petites villes avec garnison) de Tebessa, M’sila, Mila, Zemmoura et 11 cheikhs de tribus. Voir la Revue Africaine n° 3, année 1858-59, op. cit.

 

(4) Nous citons quelques exemples tels Mohamed EL MILI qui après avoir occupé la fonction El Aouissi (tribu haracta ) est devenu bey de 1818 à 1819 ou le caïd de M’Sila CARA MUSTAPHA devenu bey de Constantine pendant un mois en 1818. Voir Histoire des derniers bey s de Constantine, Revue Africaine, n° 6, année 1862, éd. OPU, Alger, 1985.

 

(5) Voir Leila BABES, Etat, pouvoir central, pouvoir local dans le beylik de Constantine, URASC, Université d’Oran, 1988.

 

(6) Voir les déclarations du général de Baumont aux habitants d’Alger, le Duc de Ravigo aux habitants d’Annaba, les garanties données à Ahmed bey, etc..

 

(7) C. COLLOT, op. cit.

 

(8) II faut souligner que pendant les premières décennies caractérisées par la lutte de l’Emir Abdelkader, l’Algérie a connu 3 types d’administration :

A – l’armée française a maintenu le système turc jusqu’en 1840 surtout sur le littoral (Oran, Alger, département de Constantine).

B – La France juxtapose le système de l’Emir Abdelkader qui a essayé d’uniformiser l’administration par la création du système de Khalifa.

C – Sur ces deux types elle superpose une administration militaire, celle des bureaux arabes qui ont été supprimés en 1870 et en 1902 dans le Sud.Pour plus de détails voir C. COLLOT, op. cit.

 

(9) Les renseignements exigés pour le recrutement du personnel administratif indigène chargé de la surveillance politique et administrative des populations musulmanes sont :

1 – Le rôle politique de la famille du candidat durant la période turque.

2 – Les services rendus par la famille du candidat à la France et les contreparties

reçues.

3 – Renseignements sur le candidat :

- âge, intelligence, niveau d’instruction ;

- les titres militaires et administratifs reçus ;

- les relations avec les européens et son influence sur ses coreligionnaires.

A ce propos consulter les fiches de renseignements — affaires indigènes, département de Constantine, gouvernement général, archives d’Aix-en-Provence K.K.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Senaïa dans La Milice

23012021

 

 

 

 

 

 

La Milice existait sous les Turcs. Elle fut créée en 1692 par Chaaban Khodja. La Senaïa (corps des métiers d’Alger) dut, pour sa part, fournir 30 hommes sur les 60 qui étaient exigés pour la garde de nuit.

 

 

 

 

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En 1695, Baba-Ahmed confirma ces dispositions. La milice forma un corps de 360 hommes appelé Senaïa (les métiers) ou eus (le guet). Elle se composa de 12 noubas de 30 hommes chacune. Les contingents de chaque nouba furent ainsi constitués :

 

1ᵉ Nouba : 25 forgerons, 3 chaudronniers.

 

2ᵉ Nouba : 30 épiciers.

 

3ᵉ Nouba : 5 armuriers, 17 bottiers, 3 tourneurs, 5 fourbisseurs.

 

4ᵉ Nouba : 12 hommes fournis par le marché des Kabyles, 7 fabricants de couvertures, 7 hommes de la colonie de Djerba, 4 arroseurs.

 

5ᵉ Nouba : 21 courtiers, 5 fabricants de nattes, 2 marchands de sucrerie, 2 potiers de terre.

 

6ᵉ Nouba : 14 galniers, 2 marchands beurre, 10 fabricants, de babouches, 4 hommes de la R’taya.

 

7ᵉ Nouba : 20 cordonniers, 3 fabricants de savon, 7 fabricants de chéchias.

 

8ᵉ Nouba : 30 barbiers.

 

9ᵉ Nouba : 30 fabricants d’ouvrages de soie.

 

10ᵉ Nouba : 30 corroyeurs.

 

11ᵉ Nouba : 30 boulangers.

 

12ᵉ Nouba : 30 fruitiers.

 

 

 

En 1700, Baba Hassan-Pacha confirma les décisions précitées. Les Turcs n’y figurèrent que pour un tiers. Le reste fut fourni par les citadins et par les tribus.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Tribu des Oulad Daoud (Aurès) – 2ème partie -

19012021

 

 

 

 

 

 

Fractions

 

 

 

 

 

 

 

 

La Tribu des Oulad Daoud (Aurès) - 2ème partie - dans Attributs d'Algérienneté 201208095719612608

 

 

 

 

 

La tribu des Oulad Daoud se compose de cinq sections dont les habitants, au nombre de 9.225, sont disséminés sur tout son territoire formé par une bande de terrain allant du Nord-Est au Sud-Ouest et d’une longueur de 70 kilomètres environ sur une largeur moyenne de 20 kilomètres.

 Par suite du mélange de ces cinq fractions, il n’est pas possible de présenter une étude particulière de chacune d’elles.

 Les principaux villages de la tribu sont, en commençant par le Sud-Ouest : Guelfen, Tazmalt, Oulad Daoud, Haddada, villages aujourd’hui à peu près abandonnés et qui passent pour être le berceau de la tribu avec Taghit M’Zidane, les villages précités sont les seuls qui ne soient pas situés dans la vallée de l’Oued El Abiod.

 Les autres villages pricipaux sont : Tiranimine, Belhioud, Tabentout, Tagrourt, Amar, El Hamra, Saneuf, Nerkeb, El Beïda, Arris, El El Hammam, Oulad Moussa et, dans la vallée de l’Oued Bacha, principal affluent de l’Oued El Abiod, Hadjedj et Bacha ; enfin, dans la partie nord de la tribu, le village de Foum Toub.

Les Oulad Daoud ont la même origine berbère que les Oulad Abdi ; ils descendent du troisième fils de la seconde femme de Bourek ben Helal ben Ali, originaire de Sidi Okba.

Les indigènes de cette tribu, sont généralement très laborieux. La prostitution, bien qu’y étant moins en honneur que dans l’Oued Abdi, y est pratiquée d’une façon bien marquée.

Les terres de culture des Oulad Daoud sont plus importantes que dans l’Oued Abdi ; elles se composent d’enclaves forestières et des terres de la vallée de l’Oued El Abiod. Les terres de Médina et de Foum Toub, provenant du séquestre et louées aux indigènes, sont d’excellente qualité.

Les jardins dans les Oulad Daoud, sont par contre, bien moindres que ceux situés dans l’Oued Abdi.

L’altitude varie de 800 à 1800 mètres. Le climat, très rigoureux dans la partie nord, est beaucoup plus tempéré dans le sud. La situation sanitaire est bonne.

Le seul personnage religieux de la tribu est le marabout Si Mohammed Saddok ben Tazeronalt, mokkadem de l’ordre des Rahmania, qui dirige la zaouïa d’El-Amra, près Arris. Ce personnage a une influence religieuse très grande, non seulement dans la commune, mais encore dans les Achèches, les Amamras et les Beni Oudjana. il n’a jamais passé pour nous être hostile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Tribu des Oulad Daoud (Aurès) – 1ère partie –

15012021

 

 

 

 

 

 

Historique

 

 

 

 

 

La Tribu des Oulad Daoud (Aurès) - 1ère partie -  dans Attributs d'Algérienneté 201209082508812500

© AURÈS, TERRES DE TRADITIONS.

 

 

 

 

 

L’histoire des Oulad Daoud se trouve intimement liée à celle des Oulad Abdi. Leur point de départ commun est le Djebel Lazerek : ils formèrent deux groupes ; l’un remonta la vallée de l’Oued Abdi et l’autre se dirigea sur l’Oued El-Abiod. C’est ce dernier groupe qui forma la tribu des Oulad Daoud. Ceux-ci s’établirent d’abord dans le cours inférieur de la rivière depuis Tiraminine jusqu’à Arris, puis gagnèrent pied à pied sur les Beni Oudjana tout le territoire compris de la Déchera El Hadjedj jusqu’aux contreforts de Chelia.

 Mais, jusqu’à notre arrivée, ils ne purent occuper ce territoire d’une façon positive ; ils eurent sans cesse à lutter contre les Beni Oudjana au Nord et les Beni Bou Slimane à l’Est et au Sud ; le terrain passa tour à tour entre les mains du plus fort.

 Les Oulad Daoud luttèrent également contre leurs anciens frères de l’Oued Abdi qu’ils voulurent supplanter ; mais leurs efforts furent infructueux : ils ne purent réussir à franchir la passe de Baâli ni les autres points de passage entre les deux vallées.

 Ces guerres de tribus à tribus créèrent des rivalités sourdes qui ne sont pas encore complètement apaisées. Les Oulad Daoud et les Oulad Abdi se tiennent complètement à l’écart et n’ont encore que des relations forcées ; cette situation disparaîtra complètement quand les uns et les autres seront bien pénétrés de leurs droits respectifs.

 Malgré leur résistance rigoureuse, les Oulad Daoud devinrent tributaires des Turcs et formèrent, avec les tribus voisines, un cheikhat appelé Cheikhat de l’Aurès, sous l’autorité de Mohammed Larbi, membre très influent d’une famille des Achèches. Mais on peut affirmer que jamais aucun soldat de la régence ne foula leur sol. Les Turcs n’obtinrent pas de passer à travers la tribu pour descendre vers le Sahara.

 En 1845, en même temps que les Oulad Abdi, les Oulad Daoud firent leur soumission à la France.

 Leur tribu fut érigée en caïdat indépendant dont le titulaire a été Si Bou Diaf, fils de Mohammed Larbi, l’ex-cheikh de l’Aurès sous la domination turque.

 La part prise par les Oulad Daoud dans les différents soulèvements qui agitèrent le pays pendant quarante ans aurait dû nous faire prévoir que leur calme serait de courte durée.

 En 1849, ils s’allièrent aux insurgés des Zibans et leur révolte fut vite réprimée.

 Dix ans plus tard, ils se joignirent avec les Oulad Abdi, aux partisans de Si Saddok et se rendirent à la même époque, après la prise d’El-Ksar.

 Les Oulad Daoud ne prirent aucune part à l’insurrection de 1871 et l’on avait le droit de supposer, après les répressions sévères infligées aux tribus révoltées, que notre domination sur les indigènes était tout à fait consolidée. Mais leur esprit fanatique n’avait rien perdu de son irrésistible empire.

 En 1879, un nommé Mohammed Ben Abderrahmane, dit Ben Djerallah ou Bou Berma, originaire des Beni Bou Slimane, de Biskra, à la tête de quelques partisans recrutés dans les Oulad Daoud, alla assassiner le caïd Si Mustapha ben Bachtarzi, à Tkout, puis revint à Médina attaquer un lieutenant du bureau arabe campé sur ce point avec les trois caïds du Cercle. Le caïd Si Bou Diaf fut tué ; l’officier du bureau arabe s’échappa miraculeusement. Pendant la nuit du 5 au 6 juin, les insurgés, ayant toujours à leur tête le chérif, se rendirent à l’Oued Taga, attaquèrent le bordj du caïd Si M’hamed ben Abbès et tuèrent son fils Si El Hussein.

 Après cette série d’assassinats, toute la tribu des Oulad Daoud se souleva et marcha à la suite du chérif. Trois colonnes, parties simultanément de Batna, Biskra et Khenchela cernèrent les insurgés et les réduisirent rapidement à demander l’aman. Le désarmement fut ordonné et une contribution de guerre de 207,161 fr. fut frappée sur la tribu.

 Depuis, les Oulad Daoud ont enfin compris qu’il était plus sage de vivre paisiblement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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