La légende de Bent El Khass

13122017

 

 

 

 

 

La légende de Bent El Khass dans Littérature 1509527325-7c480ccbd30c8d2c3111642d1c5bdf17138299510201592438545628435389493n

 

 

 

 

 

Les traditions des Arabes du Sahara algérien, issus de la grande famille des Beni Hilâl, ont conservé le souvenir d’une femme appelée tantôt Bent El Khass, tantôt Embarka Bent El Khass . elle personnifie le bon sens naturel et la sagesse populaire, aussi lui a-t-on attribué un certain nombre de maximes applicables à la vie quotidienne : de là, sa réputation d’habilité a fait d’elle l’héroïne d’un stratagème ingénieux, grâce auquel un ennemi dupé se retire au moment où ses adversaires sont près du succomber ; enfin elle a été représentée comme ayant construit des ouvrages dont il ne reste que des ruines.

 

Son père, toujours suivant la légende, était cultivateur et très généreux. Elle avait pour cousine la fille d’un nomade, propriétaire de chameaux. Cette dernière dit un jour à Bent El Khass : Celui qui est riche possède des chameaux et non des cultures. La jeune fille rapporta ces paroles à son père qui lui dit : Réponds-lui « Le fumier rend fou ; S’il vient, il t’emporte et emporte les chameaux. »

 

الزبـــــــــل يهبــــــــــــــــــــــــل

إذا جاء يجيبك و يجيب البل (الإبل)

 

(C’est-à-dire qu’une culture qui réussit permet de tout acheter). En effet, une bonne récolte survint et le père de Bent El Khass acheta tous les chameaux de son frère.

 

 

 

Une autre fois, Bent El Khass se disputa encore avec sa cousine. Celle-ci lui dit : Mon père est un brave, chaque jour il tue dix hommes ; qu’a tué ton père ? – Bent El Khass lui redit ces propos. Un jour qu’il était chez lui, cinquante cavaliers vinrent lui demander l’hospitalité. Il les fit entrer, les hébergea, les débarrassa de leurs fusils qu’il remit à sa fille en lui disant : Va les montrer à ta cousine et dis-lui : Ton père a-t-il jamais rapporté un pareil trophée ? – A cette question, la cousine demeura muette et fut obligée de reconnaître la supériorité de son oncle.

 

 

 

 

Dans les récits qui précèdent, la sagesse appartient au père de Bent El Khass ; dans ceux qui suivent, c’est celle-ci qui se distingue par son esprit de répartie.

 

Son père lui demanda un jour : les nuits sont-elles plus nombreuses que les jours ?

-          Les jours sont plus nombreux que les nuits.

-          Et pourquoi ?

-          Parce que les nuits de lune sont (semblables à) des jours.

 

 

 

 

Une autre fois, elle dit à son père : il y a trois choses qui jaunissent la face et trois choses qui la rougissent.

 

قالت ثلاثة يصفروا الوجه و ثلاثة يحمروا الوجه

 

Quelles sont celles qui jaunissent la face ?

قال لها اما هما الثلاثة الي يصفروا الوجه

 

-          Marcher pieds nus, avoir le dos chargé et une femme dépensière.

 

قالت له:

مشية الحفه

و رفود القفا

و المراة التالفة

 

Et quelles sont celles qui rougissent la face ?

قال لها اما هما الثلاثة الي يحمروا الوجه

 

-          Connaître le lignage, connaître les filles illustres et se contenter de ce qu’on possède.

 

قالت له:

الي يعرف النسب

و الي يعرف بنات النسب

و الي يقنع بالنصيب الي يكسب

 

 

 

 

 

 

Un jour qu’elle était avec son père, elle lui dit : « La générosité se fait avec ce qu’on trouve (الجود من الموجود). Il répondit : La générosité est supérieure (الجود أعظم). Des cavaliers vinrent lui demander l’hospitalité. Comme il était pauvre, il se cacha. Sa fille lui dit : Va trouver tes hôtes et ne crains rien. Il sortit au devant d’eux, les introduisit chez lui et les fit asseoir. Pendant ce temps, Bent El Khass allait tirer des bâts des chameaux les épis de blé avec lesquels ils étaient rembourrés. Elle s’en servit pour préparer du couscous pour ses invités. Quand ils eurent fini de manger, elle dit à son père : La générosité n’est pas supérieure (ما شي أعظم). Il comprit l’allusion et répondit : La générosité se fait avec ce que l’on trouve.

 

 

 

 

En se promenant avec son père, elle lui dit en passant près d’un champ de blé :

Une belle culture ! Que son propriétaire ne la défend-il !

Son père lui demanda : Pourquoi cette culture est-elle prête ?

-          Que ne la défend-il de la dette ?

 

قالت مزينة فلاحة الا منعها مولاها

قال بوها علاش هذه الفلاحة راهي واجدة

قالت له الا منعها من الدين

 

 

 

 

On cite encore d’elle ce dicton sur l’agriculture :

Tous les fruits précoces sont bons.

Sauf le blé et l’orge – je ne sais.

 

كل شي من البكري مليح

غير القمح و الزرعة لا ادرى

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vint le moment de la marier. Un jour de printemps, elle alla se promener avec son père dans les cultures. L’orge verte avait une coudée de long ; il avait plu pendant la nuit. Elle dit à son père : La terre a passé la nuit avec son étalon (الارض بايتة مع فحلها). Il comprit que sa fille, jusque là hostile au mariage, s’était décidée à accepter un mari.

 

 

 

 

 

La tradition ne nous a rien conservé sur ce mari, pas même son nom ; mais elle nous apprend que Bent El Khass eut un fils à qui elle ne ménagea pas les sages maximes qui l’ont rendue célèbre.

 

Quand il se préparait à monter à cheval pour aller à la chasse ou en expédition, elle lui disait : Mon fils, déjeune le matin. Si on ne t’invite pas (en route), tu ne défailliras pas, et si on te repousse, on ne t’atteindra pas.

افطر يا وليدي مع الصباح الا عرضوك ما تستخف و الا طردوك ما يقبضوك

 

 

 

 

 

 

Un jour, il lui demanda de l’argent pour acheter des chevaux. Elle lui dit :

-          Quelle sorte de chevaux achèteras-tu ?

-          J’achèterai un cheval répandu, dont la croupe soit rembourrée sous les tapis de la selle, dont l’œil ne voie pas et l’oreille n’entende pas, qu’une musette nourrit et qu’un sac couvre.

Elle lui répondit : Il est impossible qu’on en introduise un pareil au marché : les juments des pauvres n’en portent pas et le riche n’en vend pas.

 

قالت له اش تشري من الخيل

قال لها:

نشري شي فاشي الي يكون تحت الطرحة محشي

عينه ما تشوف شي و اذنه ما تسمع شي

عمارة تعيشه و غرارة تغطيه

 

قالت محال يدخله للسوق

عودات المزاليط ما تجيبه شي و الغاني ما يبيعه شي

 

 

 

 

 

 

Dans les Gnomes de Sidi Abd er Rahman el Medjedoub, M. de Castries cite un dicton de Bent El Khass sur les chevaux, mais il est différent :

O vendeur de blé, qu’achèteras-tu ? – J’achèterai des chevaux. – Achètes-en, mais en petit nombre ; sur leur dos, on va vite, mais leurs ventres sont ruineux.

 

 

  

 

 

 

Elle fit la même réponse à son fils qui lui demandait de l’argent pour acheter des bœufs.

Lesquels veux-tu acheter ? lui demanda-t-elle.

-          Rouge-prune, ou noir foncé, ou gris avec les lèvres blanches.

Elle lui répondit : « On n’en amène pas de tels au marché : la vache des pauvres n’en produit pas de pareils et le riche ne les vend pas ».

 

 

 

قالت له اش تشري من بقري

قال لها:

احمر برقوق و اكحل مغلوق

و الا ازرق بيض الشوارب

 

قالت له هذوا ما يجيبوهمش للسوق

بقرة المزاليط ما تولدهم شي

و الغاني ما يبيعهم شي

 

 

 

M. de Castries cite un dicton  sur les chameaux « O vendeur de blé, qu’achèteras-tu ? – J’achèterai des chameaux. – Elle reprit : Achètes-en beaucoup ; leur dos est fort et leur lait est un trésor. Ils t’emporteront du pays de l’abaissement et te déposeront dans le pays de la considération. »

 

 

 

 

 

 

Ce fils, dont le nom est inconnu, mérita les éloges de sa mère qui disait de lui :

 

   Mon fils est toujours sur pied,

   Il ne soupe pas la nuit où il a des hôtes,

   Il ne dort pas la nuit où il craint.

 

 

ولدي عــكـــــــاف

ما يتعشى شي ليلة الضياف

و ما يرقد شي ليلة الي خاف

 

 

 

 

 

On cite encore les maximes suivantes de Bent El Khass :

 

Un sult’âni (pièce d’or) dans la main

Vaut mieux que dix dépensées.

 

 

سلطاني في الكف

خير من عشر في التلف

 

 

 

 

- Lève-toi le matin, tu accompliras ce que tu as à faire et écoute ce que dit le présage.

 

 

بكر لحاجتك تقضيها

و صنت ما يقول الفال

 

 

 

 

Donne ta fille (en mariage) avant le jeûne (avant qu’elle ait atteint l’âge du jeûne) ; on ne tiendra pas de propos sur elle.

 

بنتك قبل الصوم اعطيها

لا يخلق فيها قولة قال (قول لا قال)

 

 

 

 

 

Sur Tlemcen :

Salue les gens de Tlemcen et dis-leur :

Leur printemps est leur hiver.

Ils soignent leur graisse et leurs conserves de viande.

 

سلموا (سلم) على ناس تلمسان

و قل لهم ربيعهم هي مشتتهم

يحضيوا سمنهم و خليعهم

 

 

 

 

 

 

Lorsque l’époque des labours arrivait, elle disait à ses khammès : « Les labours ne doivent durer que quarante jours ; hâtez-vous pour ne pas labourer pendant trois mois. – Pourquoi ?- L’hivers dure deux mois et le troisième mois fait partie du printemps » (المشتا فيها شهرين و الثالث مقبل)

 

 

 

 

Aux autres cultivateurs qui demandaient des renseignements, elle répondait : « Vous avez du temps ; l’hiver dure trois mois ».

 

 

 

 

C’est en raison de cette réputation de sagesse qu’on lui attribua l’invention d’une ruse de guerre qu’on retrouve sous une forme différente dans les traditions d’un grand nombre de peuples. Une ville assiégée est à bout de ressources : il s’agit de décourager l’assiégeant et de lui faire croire qu’on a des vivres et de l’eau en abondance. Tantôt, on chasse dans le camp ennemi un bœuf, un veau, une chèvre ou un porc nourri avec ce qui reste de grains ; tantôt, on expose aux yeux d’un espion ou d’un parlementaire des monceaux de sable couverts d’une mince couche de blé ou des tables largement servie ; ou encore, on jette des pains par-dessus les murs. C’est une ruse semblable qui sauve les habitants d’El-Goléa. « On prétend que Guélea a été assiégée pendant sept ans par les Touaregs qui s’entêtaient à vouloir la prendre par la famine. Les provisions commençaient, en effet, à s’épuiser, mais une ruse sauva les assiégés. Un matin, les Touaregs virent les murs de la place tapissés de burnous blancs fraichement lavés qui séchaient au soleil ; donc elle ne manquait pas d’eau. La nuit suivante, de grands feux allumés sur divers points l’éclairaient tout entière, donc elle ne manquait pas de bois. Le lendemain, ils trouvèrent, sous les murailles et presque aux portes du camp, des galettes de belle farine, des dattes, du couscous, dernières ressources que les assiégés avaient sacrifiées pour faire croire à leur abondance. Les Touaregs y crurent et se retirèrent. »

 

 

 

 

 

 

Le nom de Bent El Khass n’est pas prononcé, mais sa réputation de sagesse était trop bien établie pour qu’on ne lui fit pas honneur d’un stratagème qui courait dans les légendes du désert. « On raconte qu’Embarka Bent El Khass fut assiégée sur la rive gauche de l’Oued Seggar, au sud du qsar de Brezina, par un sultan de Gharb dont elle avait repoussé les avances et qui, en la bloquant, comptait la prendre par le manque d’eau. Mais, voyant un jour les femmes des assiégés étendre au soleil du linge mouillé pour le faire sécher, il s’imagina qu’ils avaient de l’eau en abondance et leva le siège, trompé par la ruse d’Embarka ».

 

 

 

Nous voyons que Bent El Khass finit par être considérée comme la souveraine de sa tribu. Une forme postérieure de la légende rapporte qu’elle était la famille d’un roi des Arabes. Celui-ci, devenu vieux incapable de se tenir debout et se faisant porter en litière, laissa tout le pouvoir à sa fille de qui ses sujets appréciaient la sagesse. En conséquences, on lui attribua la fondation d’une ville à As’bih’, près d’El Beyyodh (Géryville), d’une à Banaqt (بنقط) au sommet de la montagne d’Arbi (اربي), d’une à Aïn el ‘Amri (عين العمري ), enfin des constructions que les nomades sont incapables de réparer, bien loin d’avoir pu les élever. Ainsi la séguia située au S. E. de Lioua et parallèle au cours de l’Oued Djedi. Elle est aujourd’hui bouleversée, mais parait avoir une origine romaine.

 

« Aune époque fort reculée, d’après la traduction, les Arabes étaient commandés par une femme nommée Bent El Khass : celle-ci avait dû souvent lutter contre ses sujets qui ne voulaient pas reconnaitre la souveraineté d’une femme. Pour leur être agréable, et aussi pour rehausser son prestige, Bent El Khass fit construire une immense séguia jusqu’à la Mecque, afin que les pèlerins puissent avoir toujours de l’eau à leur disposition ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ……A suivre

 

 

 

 

 

 

 




Les Filles D’EL-FACI (conte Algérien)

14092017

 

 

 

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Autrefois (c’était soixante ans avant l’entrée des Français à Alger), il y avait dans la ville un vieillard qu’on appelait El-Faci, parce qu’il venait de Fez, et qui possédait de grands biens. Ce vieillard gardait près de lui ses trois filles, qui étaient belles comme la lune, car il n’avait pas d’autres enfants. Les fils des principaux habitants de la ville et des plus riches demandèrent en mariage les filles d’El-Faci. Il refusa leurs propositions, parce qu’il ne voulait pas, en se séparant d elles, tomber dans la solitude et dans la tristesse.

Pendant l’été, il montait, avec ses filles, au beau jardin qu’il possédait hors de la ville et il s’y établissait. Quand il avait affaire à Alger, elles restaient seules sous la garde des négresses et des nègres. Elles s’ennuyaient si fort, qu’elles résolurent de trouver quelque distraction et qu’elles firent venir dans le jardin des étrangers et des étrangères, malgré la défense expresse d’El-Faci.

Un jour il s’en aperçut, et fut très-irrité contre ses filles; mais il dissimula sa colère. Le lendemain il fit semblant de sortir pour aller à la ville, annonçant qu’il ne reviendrait pas jusqu’au soir; et il revint au contraire se cacher parmi les arbres. Il vit alors ce qu’il voulait voir, son jardin envahi par les étrangers, et la gaieté des enfants qui riaient en son absence. Plein de rage, il s’en alla à Alger, sans rien trahir de ses intentions. Quand il rentra, le soir, personne ne surprit sur son visage aucun signe d’irritation; il laissa ses filles aller se coucher à l’heure habituelle. Mais au milieu de la nuit il se leva, il entra dans leur chambre, suivi d’un esclave noir. Sans prononcer une parole, il les frappa de mort toutes les trois. Aucun des nègres, aucune des négresses ne l’entendit; il regagna son lit sans éveiller qui que ce fût.

 

Le lendemain il dit à ses serviteurs:

Rassemblez les bagages, mettez-les sur les mules et descendez à la ville. Mais que personne n’entre dans la chambre de mes filles.

 

Ils obéirent, et en quelques heures ils étaient partis. El-Faci resta avec l’esclave noir; il creusa trois tombes, il enterra ses trois filles; puis il ferma tout et revint à Alger, où il dit à ses gens qu’il avait conduit ses filles à une ferme éloignée. Cela fait, il s’en alla en pèlerinage avec son esclave. Le jardin resta vide; personne n’y montait plus. La maison se lézarda: l’herbe croissait alentour. On disait que la nuit les revenants hantaient le jardin, que des lumières paraissaient dans la maison et qu’on entendait des gémissements, comme si quelqu’un demandait grâce. La terreur était grande; on n’osait plus passer près du jardin.

Deux jeunes gens de la ville, entendant raconter cela, se mirent à rire. Ils annoncèrent qu’ils iraient au jardin d’El-Faci et qu’ils emmèneraient un de leurs amis, qui était grand joueur de guitare. Ils devaient emporter de quoi manger, de quoi boire et de quoi s’éclairer. Chacun irait de son côté et l’on passerait la nuit à faire de la musique.

Le joueur de guitare, qui s’appelait Omar, était un homme de bien, pieux et craignant le Seigneur. Il alla sans hésiter au rendez-vous, où il arriva le premier. La maison était vide; pas une trace d’être vivant, pas un bruit, pas une voix. Omar attendit ses amis pendant deux heures sans les voir arriver. La peur les avait pris, et ils n’osaient plus venir. La nuit était plus épaisse; il entendit bientôt le cri de la chouette dans le jardin et le vol des chauves-souris sous le toit. Las de se promener, il entra dans une chambre, il alluma la bougie qu’il avait apportée, il s’assit au milieu de la pièce avec ses provisions pour souper et sa guitare pour jouer.

Il soupa, il joua et il chanta, sans que rien d’abord répondit à sa voix. Mais tout à coup, au-dessus de sa tète, un petit craquement se fit entendre; des pas ébranlaient le plafond; on marchait à l’étage supérieur ; puis on descendit l’escalier.

Omar se recommanda au Dieu tout-puissant… Quand il leva les yeux vers l’escalier, il vit trois jeunes femmes sur le seuil. Elles étaient belles, mais pales comme la neige et enveloppées de linceuls arrosés de sang : elles avaient des perles et des bijoux sans prix autour du cou, des bracelets d’or aux mains, aux pieds des anneaux d’or; elles tenaient des oranges entre leurs doigts, et on eût dit à leur démarche qu’elles étaient entraînées par une personne invisible.

Il reconnut les filles d’El-Faci.

Elles entrèrent dans la chambre; De la main elles saluèrent Omar silencieusement et lui firent signe de continuer. Omar leur rendit leur salut et se remit à jouer de la guitare en continuant sa chanson.

 

Elles écoutaient, debout, mais leur ligure ne marquait aucune satisfaction. La plus jeune s’avança, et elle parla, avec beaucoup d’efforts, d’une voix embarrassée:

Omar, le chant et les paroles ne vont pas bien. Chante plus vivement et dis ces vers:

 

Chez toi je joue, et chez toi c’est la fêté,
0 jardin d’El-Faci!
Chez toi l’on m’a coupé la tête.

 

Le musicien accomplit le désir de la jeune fille et se mit à chanter les paroles qui lui plaisaient. Alors elle dansa dans la chambre avec rapidité, tout en jetant près de lui des écorces de l’orange qu’elle tenait; ses pas redoublaient toujours de vitesse, et sur sa figure descendait la sueur. Après elle, ce fut le tour de ses sœurs, qui dansèrent de même, et de même jetèrent à Omar des écorces d’orange.

Quand elles s’arrêtèrent, la plus jeune parla encore à Omar:

Omar, nous désirons que l’an prochain, à pareil jour, tu reviennes. Ne l’oublie pas, car si tu ne viens pas à nous, nous irons à toi.

J’ai entendu et j’obéirai, dit Omar.

 

 

Les filles d’El-Faci se retirèrent en silence, d’un pas léger. Omar, resté seul et saisi d’épouvante, les écoutait encore, quand il entendit dans la chambre au-dessus un cri, le cri (l’une personne qui meurt et qui demande grâce. Cela dura un instant, le bruit cessa; on n’entendit plus que la chouette dans le jardin.

Le guitariste, épuisé de fatigue, céda peu à peu au sommeil. Le soleil était monté dans le ciel et le jour était à son milieu quand Omar se réveilla. II prit ses effets, et au lieu d’écorces d’orange il y trouva des diamants, des perles, des sultanines d’or, qu’il emporta à la ville. De ce qu’il avait vu, il ne dit rien. Mais il pensait toujours aux jeunes filles et prenait leur sort en pitié, priant Dieu de leur pardonner et de leur rendre leur première forme.

L’année révolue, il se rappela sa parole, et, sans n’en informer personne, il remonta au jardin d’El-Faci, comme l’année précédente. Arrivé là, il récita deux séries de prières et dit en pleurant:

Pardonne-leur, ô Miséricordieux! Et délivre-les du démon.

Presque toute la nuit se passa à chanter des prières, et déjà s’approchait le jour. Il n’avait vu personne et il était heureux de ce calme. Il loua Dieu, il fit la prière du matin, et il se leva. Alors il vit, debout près de lui, les jeunes filles. Leurs linceuls avaient disparu et fait place à des habits plus beaux. La plus jeune avait la parure d’une mariée.

Elles le saluèrent de la main. La plus jeune lui tendit la sienne, qui était froide comme la neige et toute roidie. Elle lui montra le jardin. On sortit de la chambre, on marcha jusqu’à un endroit où il y avait trois tombeaux ouverts. Omar regarda, et il vit dans les tombeaux les linceuls de l’année précédente.

Prends-les, dit la plus jeune, brûle-les, et prie encore. Omar rassembla des broussailles et des herbes sèches.

 

Il battit le briquet, il alluma le feu, il y jeta les linceuls et il pria. Les jeunes filles tout à coup poussèrent un cri et tombèrent évanouies, Omar priait toujours. Peu à peu elles revinrent à elles, leurs yeux s’entrouvrirent, leur langue se délia, elles louèrent Dieu et remercièrent Omar. Leur âme était revenue.

Omar admira la puissance de Dieu et fut rempli de joie. Les filles d’El-Faci lui dirent qu’il avait le cœur fort et lui racontèrent ce qui était arrivé. Puis elles le chargèrent de leur rapporter de la ville les choses dont elles auraient besoin en attendant le jour où elles partiraient du jardin.

Va, dirent-elles, et achète sans compter. Nous n’avons pas seulement nos bijoux ; nous avons aussi le trésor de notre père. Il l’a enterré ici, car il ne pouvait l’emporter avec lui. L’esclave noir peut-être l’aurait tué pour s’emparer de son or.

 

Omar obéit. Il acheta ce qu’elles voulaient. Il revint chaque jour et il prépara tout pour leur départ. Elles décidèrent qu’elles iraient habiter une grande ville au loin.

 

Omar, dit la plus jeune, tu es notre bienfaiteur; tu nous as rappelées à la vie. Que Dieu te récompense. Nous emportons avec nous ce qui peut s’emporter et de quoi vivre pendant la durée de notre existence. Voici les actes de propriété de cette maison; ils étaient avec le trésor. Voici l’argent. Cela est a toi. Demeure ici en possession de tout.

 

Omar lui répondit:

Je ne prendrai ni votre bien, ni celui de votre père. Que ferais-je de l’argent quand j’aurai le deuil dans le cœur et l’inquiétude dans l’esprit? Vous parties, je n’ai besoin de rien. Dieu n’a pas voulu me donner ce que je lui demandais. Qu’il soit glorifié ! je me résigne, et, s’il lui plaît, bientôt je sortirai de ce monde.

 

La jeune fille le regarda et vit des larmes clans ses yeux.

Frère, lui dit-elle. il faut louer Dieu de nous avoir fait connaître ton cœur. Si tu redoutes de nous quitter, nous craignons que tu ne nous quittes. Ton désir est-il que nous restions ensemble:’ Choisis une d’entre nous qui sera ta femme. Nous consentons d’avance à ton choix.

 

Comment choisir? dit Omar. Vous êtes belles toutes les trois, et je ne puis pas désigner l’une plutôt que l’autre.

 

Choisis pourtant. Nous t’approuverons toujours.

 

Eh bien, dit Omar. Mon cœur a choisi celle qui m’a parlé la première pendant la peur de la nuit.

 

La jeune fille se réjouit. Car elle y pensait de son côté. Ses sœurs ne furent pas moins heureuses. Elles aussi se marièrent dans la ville qu’on alla habiter tous ensemble. Et le bonheur fut avec eux, comme Dieu le sait.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Chant populaire

30042017

 

 

 

 

 

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Cette ancienne berceuse était chantée par les femmes de Guelma pour endormir leurs enfants.  

 

 

 

 

Mon fils dort dans le berceau

Et je le berce.

Quand il sera grand il lira sur la planche

Et le professeur l’instruira.

 

 

Mon chéri est parmi les garçonnets

Le plus agile d’entre eux.

Lorsque vient le coucher du soleil

Il part les laissant seuls.

 

 

O postillon ! Conduis bien,

Prends garde de faire tomber mon fils ;

Je te prie de veiller sur lui

Et te paierai de mes deniers.

 

 

Son père est satisfait

Quand il commence à lire

Et son frère le caresse

D’un coup amical sans lui faire mal.

 

 

Mon fils nage sur la mer

Comme un capitaine marin,

S’il voyage sur terre

Il monte la chamelle coureuse.

 

 

Mon fils est cavalier de goum

Monté sur une jument ;

Si le sommeil arrive

Il se repose un peu.

 

 

Mon fils est parti chasser.

Il me rapporta un porc-épic ;

Lorsqu’il voulut recommencer

Il rencontra les voleurs.

 

 

Mon fils est toujours propre

Il se lave au bain maure.

Lorsque vient l’époque de l’été

Il mange de la chair de colombe.

 

 

Les amis de mon fils sont raisonnables

Et il est le plus sérieux d’entre eux ;

Si la bataille se déclare

C’est lui qui est le premier !

 

 

Dès le matin de bonne heure

Il se lève et travaille ;

Lorsqu’arrive la fin de la matinée

La gazelle revient dans son parc.

 

 

O gens comment vais-je faire !

Mon fils m’a quitté,

Mon esprit s’égare

En songeant au peu de temps que je l’ai vu.

 

 

Mon fils est cadi,

Il tranche les différends,

Il juge par une décision sûre

Entre les partisans des délits.

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne

21032017

 

 

 

 

La poésie, chez les Arabes de l’Algérie, est aussi à son déclin, quoique l’on puisse dire qu’elle leur soit restée familière et qu’ils aient l’imagination chaude et facile à l’exaltation.

L’Arabe sent les beautés de la nature, mais ses sensations et sa verve s’exercent plus particulièrement sur la beauté, les charmes de la femme, l’excellence des chevaux, la bonté et le luxe des armes, les faits de guerre, chasse, etc.

Cette poésie se manifeste par des Gais et Ghrazels, sortes de lais.

Quelques-uns s’écrivent, la plupart se chantent dans l’inspiration, se répètent de mémoire, et vont ainsi de tribu en tribu à travers l’Algérie, colportés par les Diseurs, derniers vestiges des anciens bardes et trouvères d’autrefois.

Ces diseurs se divisent en GoualsAïats et Meddah’s.

 

 

 

 

‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne  dans Littérature 1486030065-57

 

 

 

 

 

Les Gouals, ou poètes ambulants, doués du don de l’improvisation, vont de douar en douar, au foyer hospitalier des grands et des riches, chanter, en s’accompagnant de la flûte primitive et du tambourin, les exploits des guerriers en renom, les amours d’amants célèbres.

Ils fréquentent les marchés, les réunions, les noces et les fêtes.

Mais comme tout passe en ce monde, ils vont tous les jours s’éclipsant, et, moins heureux que leurs devanciers de l’ancienne Grèce ou des régions du Nord, les derniers diseurs arabes voient finir avec eux leurs chants et leur récits héroïques. — On’en excepte toutefois ceux qui ont été tirés de l’oubli par plusieurs ouvrages sur l’Algérie, entre autres par les livres du général Daumas.

Le Goual est généralement de mœurs pacifiques, il n’a point de costume particulier; il se reconnaît néanmoins à une physionomie rêveuse et souvent inspirée, à ses modestes instruments qu’il porte dans le capuchon de son bernous. — On le désigne aussi sous le nom de Sahab-elSenâ, ami du métier, de la gaie science.

 

 

 

 

 

L’Aïat* a plus d’analogie avec les bardes belliqueux de la vieille Irlande, qui savaient aussi bien manier la lourde épée que la lyre.

Les Aïats ont a peu près disparu à la fin du XIXe siècle, et c’est à peine si de loin en loin on en rencontrait encore quelques-uns dans les tribus guerrières du Sud.

L’Aïat, homme de cheval et de poudre, — comme il aime à s’en vanter, — possède une voix d’un timbre aigu, d’une immense portée.

Dans la mêlée des combats, il jette des appels, des excitations scandées et rythmées, qui exaltent jusqu’à la frénésie le courage des guerriers.

Véritables clairons humains, avec leurs voix de cuivre, — ces inspirés de la lutte ont souvent, comme les héros d’Ossian, déterminé la victoire par leurs chants énergiques.

Les cris, les appels des Aïats agissent sur les nerfs avec un effet semblable à celui que nous produit la charge battue par le tambour; ils donnent cette horripilation que l’on définit souvent en disant : avoir la chair de poule.

J’ai été soumis à l’action du chant des Aïats, et me suis rendu compte de sa stimulante énergie.

Les lambeaux de phrases ou de vers lancés par les Aïats dans les moments décisifs du combat sont des appels aux sentiments élevés, à la gloire des guerriers, à leurs anciens exploits. — Quelquefois même il est fait allusion à l’amour des plus braves pour des beautés en renom.

Après ces indiscrétions, que l’on peut appeler suprêmes, au moment du péril, — un guerrier doit vaincre ou être mis hors de combat; il n’oserait jamais se représenter vaincu devant la femme qu’il aime, lorsqu’elle a été invoquée en son honneur pour déterminer la victoire de son parti.

 

 

 

 

 

Les Meddah’s** chantent particulièrement la poésie religieuse, les prouesses des compagnons du Prophète. Les Mehds, d’où ils tirent leur nom, sont de petits poèmes sacrés en l’honneur de l’Islam et des hauts faits accomplis par ses Oualis et Moudjaheds***.

Les Meddahs se distinguent par un fanatisme outré.

Pénétrés et convaincus de la véracité des dires et gestes de leurs héros, de la supériorité de leur religion sur celle des infidèles, ils s’enivrent à leurs propres chants et entraînent leurs auditeurs par le récit extraordinaire des faits célèbres et par le mode sur lequel ils sont rythmés.

La cadence, monotone au début, violente et heurtée par progression, finit par opérer une sorte d’enivrement mystique, dont l’effet va toujours croissant, et entraîne jusqu’à l’extase les sectateurs du Prophète.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : De aïet (عيط), crier, appeler haut

** : Meddah, louangeur; — medh, louange.

*** : Oualis, saints; — Moudjaheds, combattants pour la foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le « Dhik’r » est cause de tout bien – قصيدة الذكــر أسباب كل خير : Cheikh Ahmed al-Alawi

5022017

 

 

 

 

 

 

 

الذكــر أسباب كل خير

 

ما ذا فرطت في الاوقات الخالية **** ضاعت الايام كي ندير
نغنم وقتي اليوم نذكر بالنية **** نحظر بالقلب و الضمير

الذكر احسن من التجارة **** لو كان نقول واش فيه
افضل من الملك و الوزارة **** و الناس محرفة عليه
و الدنيا كلها اخسارة **** حاطت بالعدل و السفيه
 ربي من حرها يجير

 

 

نخشى نفسي تصير لها معطية **** نبقى في يدها اسي

بعدالتوفيق والاوصاف المرضية **** الذكر اسباب كل خير

يا رب عمت المصايب **** و الذكر اثقال في اللسون
والخلق سعات في الغرايب **** و الناس احوالها فتون
غاص المطلوب في المطالب **** و الصدق قليل ما يكون
الناس قلوبها ذكير

 

 

ما ينفع وعض في ارباب المعصية **** اعييت انا من النذير
اين اقوالي مع اقوال الانبياء **** الذكر اسباب كل خير

النايم في القريب يفطن **** و الميت ما لو احساس
كيفاش القول فيه يمكن **** راني نبني بلا اساس
الناس احوالها تجنن **** تسعى في المقت والفلاس
معلوم نهارها كبير

 

 

يوم الحساب اش هذ الدهية **** لوكان تشوف ما يصير
تسمع قولي تعواج عن المعصية **** الذكر اسباب كل خير

يا خوتي هيا انتوبو **** نذكرو ربنا جميع
في الاخرة ذاك ما انصيبو **** و الوقت عزيز لا يضيع
و الشاقي ربنا احسبو **** ما يسمع قول ما يطيع
يعصي ملاه بالكبير

 

 

الذكرة نافعة للمومن شافية **** تنهض بالقلب و الضمير
يخرج للعز بعد ذل المعصية **** الذكر اسباب كل خير

يا ربي وفق الجماعة **** لافعال الخير و الصلاح
و انسج المعصية بطاعة **** واجه العباد بالسماح
جميع الخلق للشفاعة **** نحتاجو كلنا قباح
بغيت انتوب يا قدير

 

 

كم من سية عصيت ظاهر وخفية **** و النا س تعدني بخير
لو لا فضلك عمني و ظهر فيا **** الذكر اسباب كل خير

صيرت كلامنا حقايق **** راهو منقول في الكتوب
يظهر منسوم للخلايق **** ياخذ بالروح و القلوب
صاحب الصدق ليه شايق **** يا ربي تستر العيوب
العلاوي يظن خير

 

 
ادركني يا لطيف عند المنية **** بجاه الصادق البشير
انا والحاظرين و اصحاب النية **** الذكر اسباب كل خير

 

 

 

 

 

 

 

Traduction

 

Le Dhikr est cause de tout bien
Traduit par Abdul-Jamil (Johan Cartigny)

 

 

 

***

Ah ! Combien ai-je été négligent et perdu de temps !
Et ces jours sont à jamais perdus et que faire maintenant ?
Des aujourd’hui, je dois mettre mon temps à profit
Et mentionner Dieu sincèrement
Et par mon cœur et par ma conscience être présent.

 

 

***

 Le Dhikr est mieux que la vente et l’achat.
Ah ! Si je vous disais ce qu’il vaut.
Il vaut mieux que la royauté‚ et le vizirat ;
Mais les gens (dans l’ignorance) le négligent.
Ce monde-ci tout entier est perte
N’a envahi (ensemble) et le juste et l’injuste.
Que Dieu nous préserve de son feu !

 

 

***

Je crains que mon Âme ne devienne pour ce (monde) monture,
Et qu’entre ses mains je ne reste captif:
Aprèsl’Assistance divine et les bonnes vertus
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Mon Dieu! partout les maux se sont répandus
Et le Dhikr est devenu si lourd pour les langues.
Les gens se sont donnes à d’étranges conduites,
Aussi, leurs états sont multiples et divers.
La Recherche est immergée dans les recherches,
Car la sincérité‚ est si rare.
Les gens ont le cœur dur.

 

 

***

Les bons conseils sont vains pour les maîtres du pêché
Et moi je suis las d’avertir.
Que valent mes paroles comparées a celles des prophètes ?
Le Dhikr est cause de tout bien.

 

 

***

Celui qui dort peut être réveillé
Mais celui qui est mort est insensible ;
A son propos, le discours n’a aucun sens ;
Je suis en train de bâtir sur du sable.
Le comportement des gens peut rendre insensé
Ils courent à la colère de Dieu ; ils courent à leur faillite.
Aussi leur jour sera-t-il un grand jour.

 

 

***

Le jour du jugement dernier, quelle tragédie !
Ah ! Si tu savais ce qui se passera.
Si je te le disais, tu fuirais le péché :
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Repentons-nous, mes frères !
Et ensemble, mentionnons Dieu !
Dans l’autre monde, c’est tout ce que nous trouverons,
Et le temps est si cher ; ne le gaspillons pas !
Le damne aura Dieu pour juge.
Refusant tout conseil, il ne veut obéir.
Il désobéira son Seigneur en commettant de grands péchés.

 

 

***

Le rappel est utile et bénéfique pour le croyant.
Il fortifie son cœur et sa conscience,
Ainsi il connaîtra l’honneur après avoir connu le péché humiliant.
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Mon Dieu! Assiste notre communauté
Et aides-la à pratiquer le bien et la vertu !
Abroge les mauvais actes par les bons !
Dispense à Tes serviteurs Ton pardon !
Pour nous et les créatures, Ton pardon Est nécessaire,
Car nous sommes tous méchants.
Je voudrais me repentir, Tout-Puissant !

 

 

***

Combien de mauvaises actions ai-je commises en public et en secret !
Et les gens croient que je vais bien!
Si Ta grâce ne m’avait envahi et ne s’était manifestée en moi…
Le Dhikr est cause de tout bien.
Tu as rendu mes paroles vérités ;

 

 

***

Et elles sont transcrites dans des livres.
Elles se manifestent aux gens comme un zéphyr ;
Elles subjuguent les Âmes et les cœurs.
L’homme sincère les désire ;
Oh! Mon Dieu, cache nos défauts.
Al-Alawî a de l’espoir.

 

 

***

Mon Dieu! Viens à notre secours au moment de la mort,
Par le véridique Annonciateur de la bonne nouvelle ;
Aux miens, a celui des gens présents et de tous les gens bien intentionnés.
Le Dhikr est cause de tout bien !

 

 

 

 

 

 

Version Samaà soufi  

 

  

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Prisonniers d’Agouni Ouadella ‘Imehbas n ugwni wadella’

23122016

 

 

 

 

Poème kabyle chanté par les prisonniers lors de la guerre de libération.

 

 

 

 

Prisonniers d’Agouni Ouadella ‘Imehbas n ugwni wadella’  dans Littérature 1480685233-prisonniers2

 

 

 

 

 

Je suis à Agouni Ouadella

Constamment assis sur la terrasse ;

La lampe au dessus de ma tête,

Le courant électrique siffle.

Courage, oh ! Frères !

Mourrons, plutôt qu’informer l’ennemi !

 

 

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Je suis à Agouni Ouadella

Constamment au balcon ;

Mon gardien (prison), c’est MOHAMED

L’autre s’appelle Mico ;

Je t’implore, oh ! Gardien de la prison !

Libère-nous, c’est déjà la mi-journée ! 

 

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Je suis à Agouni Ouadella

Constamment à la fenêtre ;

Mon chef, s’appelle MOHAMED,

L’autre, c’est le « maigre » sergent.

Je t’implore, oh ! Gardien de prison !

Libère-moi, j’ai hâte de revoir le village !

 

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Lundja (conte de grande kabyle)

9112016

 

 

 

 

 Lundja (conte de grande kabyle)  dans Littérature 1478440255-161025111025945763

 

 

 

 

Il était une fois un Roi qui avait un fils..un seul fils. Il l’enferma à clef dans une chambre et mit à sa disposition une gouvernante. Elle le servit..lui donna à manger et à boire. Il ne manqua de rien mais resta toujours dans sa chambre.

Les années passèrent et le voici devenu homme. Les voix des gens du dehors parvinrent jusqu’à lui. Il pensa :

-« Pourquoi suis-je toujours ici ?…moi aussi j’aimerais sortir…parler avec d’autres…me marier.»

 

Un jour, lorsque sa gouvernante lui apporta son repas, il trouva un os dans la viande. Avec celui-ci, il creusa un trou dans le mur et regarda. Il vit des hommes et des femmes, des filles et des garçons qui discutaient entre eux, riaient. Il pensa :

-« Eh oui ! moi je suis ici toujours triste, parce que la porte de cette chambre est fermée. J’aimerais tellement en sortir ! »

 

Lorsque la gouvernante revint, il demanda à voir sa mère. Celle-ci vint :

 Qu’est ce que tu veux ?… »

-« Maman, je veux sortir. Lorsque j’étais enfant, ça ne faisait rien que je sois toujours ici. Mais maintenant je suis un homme. Je veux sortir. »

 

Elle refusa. Lui, sortit quand même, descendit à la maison de ses parents et demanda un cheval. Il emporta deux bidons, partit à la fontaine chercher de l’eau. Là il rencontre une vieille femme. Il ne put remplir ses bidons car elle avait placé un tamis sur le robinet.

 Laissez-moi prendre de l’eau, le tamis m’en empêche. »

Elle refusa…Lui, insista. Elle le regarda en ricanant :

-« On dirait que tu vas te marier avec Lundja, la fille de la sorcière. »

…et enleva le tamis.

Il remplit les bidons pour sa mère et rentra chez lui…

…mais il était fiévreux. Sa mère s’inquiéta :

-« Qu’est ce que tu as mon fils ?..tu es malade ?..qu’as-tu vu ?..

-Maman, si tu veux que je guérisse, va me chercher la vieille femme, près de la fontaine, et tu me prépareras à manger. »

La mère s’en alla à la fontaine et revint avec la vieille femme :

-« La voici mon fils. Que veux-tu que je te prépare à manger ?

-Prépare-moi de la galette avec du bouillon. »

Lorsque le bouillon fut très chaud, le fils prit la main de la vieille femme, la trempa dedans :

-« Dis-moi où habite la sorcière, sinon je ne te lâche pas. »

-Elle habite par-là…non elle habite par ici…

-Ce n’est pas vrai. Donne-moi l’endroit exact. »

 

Finalement, elle eut tellement mal à la main, qu’elle lui dit la vérité. Il la lâcha. Il était guéri. Il monta sur son cheval et partit à la recherche de la maison de la sorcière. Il traversa de nombreux villages et pays sans rien trouver.

De temps en temps, il questionnait les gens qu’il rencontrait :

-« Savez-vous où habite la sorcière ?…Connaissez-vous la maison de la sorcière ?.. »

Il finit parla trouver.

-« Comment vais-je faire pour entrer », se demanda-t-il.. »

Il se cacha, attendit qu’elle sortit..et vint frapper à la porte. Lundja, sa fille, lui ouvrit. Elle était très belle.

 Que veux-tu ?.. »

-J’ai rêvé de toi. Je veux t’épouser.

-Je veux bien..mais ma mère a eu quatre-vingt-dix-neuf garçons. Elle les a mangés. Si elle te trouve ici elle risque de te manger toi aussi. Tu seras le centième !.. »

Il s’inquiéta :

-« Que puis-je faire ?.. »

Il discuta avec Lundja jusqu’au moment du retour de la sorcière.

-« Rentre dans la maison et cache toi dans le trou qui est ici. Je vais le fermer avec une gasâa que je vais clouer..mais si ma mère parle fort, s’énerve..attention, tu sors ! »

La sorcière arriva..renifla :

-« Hum ! ça sent quelque chose…quelqu’un est arrivé ici.. »

-Mais non, maman, pas du tout, il n’y a personne.

_Si, je sens que quelqu’un se cache.

-Mais non..mais non.. »

 

La sorcière ne dit plus rien, mangea avec sa fille. Le repas terminé, elle réclama du henné.

Sa fille lui apporta. Elle le mit dans une assiette et prononça une parole magique :

-« Toute la vaisselle arriva. La gasâa voulut venir mais les clous l’en empêchèrent. La sorcière s’en étonna :

 Que se passe-t-il ?..

-Ce n’est rien maman, la gasâa est fatiguée. Donne-moi un peu de henné, je vais lui en porter. »

Lundja lui en donna. La gasâa resta tranquille. La vaisselle regagna sa place..et ce fut l’heure d’aller dormir.

Lundja avait de très longs cheveux. Pour l’empêcher de bouger et de sortir, sa mère les mettait sous sa tête et dormait ainsi. Ce soir-là, Lundja refusa :

 Tu sais maman, j’ai mal à la tête. Laisse mes cheveux.

-Non, je veux dormir comme d’habitude. »

Lundja pleura :

-« S’il te plaît maman, je suis malade aujourd’hui. Je dors à côté de toi, mais laisse mes cheveux. »

Voyant sa fille pleurer, la sorcière accepta. Elle s’endormit..mais Lundja resta éveillée. -Lorsque sa mère dormait profondément, tous les crapauds, les serpents, les rats, les animaux qu’elle avait dans le ventre se mettaient à faire du bruit.- Cette nuit-là, dès qu’elle les entendit, elle se leva, appela le fils du Roi..et les voilà partis tous deux.

Mais le mortier de la maison s’en aperçut, réveilla la sorcière :

 Ta fille s’est enfuie avec un garçon. »

La sorcière se leva, s’en alla à leur recherche.

Sur la route, une fée appela Lundja.

-« Lundja, Lundja, attention…ta mère est derrière toi.

-Vite, dit Lundja à son fiancé, transformons-nous. Je deviens une mosquée et toi le ‘Taleb’. »

La sorcière arriva, se dirigea vers la mosquée :

-« Hé..Taleb..tu n’as pas vu un homme et une femme en fuite ?..

-Non, je n’ai rien vu. Je suis toujours dans la mosquée. Mais peut-être sont-ils passés par là ?..

La sorcière prit la route indiquée. La mosquée et le Taleb redevinrent Lundja et son fiancé. Ils recommencèrent à marcher. De nouveau la fée leur apparut :

_ « Lundja, Lundja..attention ta mère arrive.

-Vite, dit Lundja à son fiancé. Transformons-nous, toi en oiseau et moi en arbre. »

La sorcière passa sans les remarquer. Ils recommencèrent à marcher…marcher…et rencontrèrent une rivière :

-« Rivière, laisse-nous passer. »

Les eaux s’ouvrirent, laissèrent passer Lundja et son fiancé puis se refermèrent derrière eux.

Mais la sorcière arriva avec un chien :

-« Chien, bois de l’eau, bois de l’eau, bois toute l’eau de la rivière. »

Le chien but, but but..en creva..et il y avait toujours autant d’eau ! Ne pouvant traverser la rivière, elle appela sa fille :

-« Lundja..Lundja..attention ! Si tu trouves des vaches qui se bagarrent, ne les sépare pas. Fais de même pour tous les animaux. »

Lundja et son fiancé continuèrent leur route en suivant les conseils de la sorcière. Mais lorsqu’ils rencontrèrent des autruches, Lundja dit à son fiancé :

-« Attention, ne les sépare pas. »

Il lui répond :

-« Si, je vais les séparer..regarde, elles n’ont pas de plumes sur le cou, elles vont se blesser. »

L’autruche emporta le fiancé sous son aile, tourna, tourna dans le ciel :

-« Lundja, Lundja..pars et prends les devants. Tu trouveras une fontaine. Tu y resteras jusqu’à ce que la bonne du Roi vienne y puiser de l’eau avec son chien. Tu la tueras et tu te couvriras de sa peau. Tu prendras le bidon plein d’eau et tu suivras le chien. »

Lundja obéit, tua la bonne, se recouvrit de sa peau, suivit le chien et arriva dans la maison du Roi. Elle fit tout le travail de la bonne. Le Roi ne remarqua rien.

La troisième nuit, l’autruche portant le fiancé se posa sur le toit de la maison du Roi :

 Lundja..Lundja..où es-tu ?..qu’est ce que tu bois ?..qu’est-ce que tu manges ?..où est-ce que tu dors ?

-Je dors par terre. Je mange des graines… »  

Le lendemain, l’oiseau revint. Un voisin, ayant tout entendu, en parla au Roi. Le Roi appela Lundja..qu ‘il prenait toujours pour sa bonne :

-« Ce matin ne vas pas checher de l’eau. Mais viens ici. Raconte-moi ce qui se passe… »

Lundja ne répondit pas. Le Roi insista, la menaça. Elle lui dit :

-« Si tu veux savoir, cette nuit ne dors pas et écoute… »

Le Roi entendit l’oiseau parler et comprit qu’il portait son fils sous son aile :

-« Ma bonne, cette soirée tu vas tuer une génisse…et tu la laisseras sur place. Les oiseaux viendront pour la manger. Tu prendras un bâton et tu les frapperas…jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un, le plus grand, celui qui porte mon fils. Tu le frapperas sur l’aile –mon fils en tombera. »

Ainsi fut fait. Le fils du Roi était devenu comme un nouveau-né. Lundja prit son fiancé dans ses bras, l’emmena dans sa chambre, le soigna. Chaque fois qu’elle sortait de la chambre, elle revêtait la peau de la bonne, continuant ainsi à tromper le roi. Lorsque le fils du Roi fut guéri, il dit à son père :

-« Père je veux me marier avec la bonne.

-Jamais.. ce serait une honte ! Elle est laide…tous les gens vont se moquer de nous. »

Il insista :

_ «Ma vie est avec elle. Je veux l’épouser. Si tu veux, elle ira ce soir dans ta chambre. Tu lui diras d’enlever sa peau et tu verras. »

Le lendemain, le Roi la reçut. Il lui demanda d’enlever sa peau. Ebloui par sa grande beauté, le Roi voulut lui-même l’épouser…mais son fils refusa. Devant son obstination, le Roi finit par accepter. Et les préparatifs de la fête commencèrent.

Les gens du village ne connaissaient pas Lundja et se moquaient du fils du Roi –sa femme était si laide…Un jour, il dit à sa ma mère :

-« Maman roule du couscous et fais le sécher au soleil. Lorsque les gens se réuniront autour, lâche le taureau…et laisse-le piétiner le couscous. Je crierai –maman, attention le taureau ! – alors tu donneras un bâton à ma femme pour qu’elle le chasse. »

Ainsi fut fait. Lundja sortit…comme elle était. Les gens rassemblés furent tellement éblouis pas sa grande beauté, que le barbier s’en coupa les joues…le coiffeur, la tête..et le menuisier, les doigts !..

Lundja et le fils du Roi purent vivre heureux et en paix très longtemps.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Proverbes et devinettes en « Tazenatit »: Dialecte amazight des oasis du Gourara (Sahara algérien)

7102016

 

 

 

 

 

I Proverbes: 

 

 

 

 

1-      Mi tɣib tziri, ad jahren itran.

 

Quand disparaît la pleine lune, apparaissent les étoiles.

         

 

 

 

 

2-      Aqellal n tmuḥt wa iṣṣuŗi

 

Un joueur de tambourin du pays ne fait pas danser (les gens du ksar).

 

 

 

 

 

3-      Neɣl amman ɣa wexbu ad ifeɣ ma d-es illan

 

Verse de l’eau dans le trou tout ce qui s’y trouve en sortira

 

 

 

 

 

 

4-      Wa yiriw deggid ma yiffen yes

 

La nuit n’a rien enfanté de mieux que le sommeil

 

 

 

 

 

 

5-      Wa țissaɣ deggid ɛussaɣ bayzun s uneda d uṣṣuḍ

 

Je n’ai dormi de la nuit guettant le hibou avec gémissements et soupirs

 

 

 

 

 

 

6-      Wi ɣa nekkaz ad ikkaz tiɛẓa n tfuyt 

 

Qui veut semer le fasse dans un champ exposé au soleil *

 

 

 

 

 

 

7-      Wi ɣa nenqel ad inqel timliḥa d uḥaḍan

 

Qui veut planter plante timliha et ahaddan **

 

 

 

 

 

8-      Agrud n ul-inu xsaɣ-t ljemɛet tḥuz-iyi

 

J’aimerai rester avec cette compagnie qui m’est chère mais c’est le moment de la prière du vendredi

 

 

 

 

 

9-      Tiddeṭ muccumyet

         Wi ṭ-innan ad iḥir

         Wa i t wa nenni

         La ixadeɛ maziɣ-ns

         Wi gdden i Ṛebbi

         A ṭ-inni izma-yas

 

 

 

La vérité est dure

Qui la dit est angoissé

Qui ne la dit pas

Trahit son Dieu

Mais qui craint le seigneur

La dira sans hésitation

 

 

 

 

 

 

10-   Wi mezgat uɣil-ns

         Ad imud lbaṭel

         Wi mgezzel meskin

         leḥeq-ns ad iŗaḥ

 

 

Qui a le bras long

Fera du mal

Et le pauvre

Verra son droit bafoué

 

 

 

 

 

 

 

11-   Ẓŗiɣ ma illan g jujju

        Wa ṭ-jujjuɣ ula g anu

 

 

Sachant qu’épier les autres est mal

Je n’épie pas même les puits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : puisque la récolte y sera meilleure.

** : il s’agit de deux variétés de dattes, particulièrement appréciées parce qu’elles sont les dernières à mûrir.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II Devinettes:

 

 

 

 

 

1-       Utfaɣ igga-nu

 

         Tlussi la tbed

 

        S ujenna n azba

 

 

 

 

 

 

Je suis entré dans mon jardin

 

Le fromage blanc est debout

 

Sur une palme

 

 

 

 

 

R : Ay d srendi / C’est l’oiseau blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-       Alem u-Telmin

 

         Twayt-ns dadi

 

 

 

 

Le chameau est à Talmin

 

Et ses rênes sont ici

 

 

 

 

 

R : Ay d ifeli  /  C’est la foggara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-       Yis-inu dadi

 

          iḥenḥinen-ns baŗŗa

 

 

 

 

Mon cheval est ici

 

Et ses hennissements dehors

 

 

 

 

 

R : Ay d ameqqus  /  C’est la fumée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4-       Nanna ṭiwi-d

 

         Yemma tḥaŗez

 

         Baba iɣeṭṭu

 

 

 

 

 

 

Ma sœur ramène

 

Ma mère garde

 

Mon père conserve

 

 

 

 

 

R : ay ṭiɣuni, tijjent d tabbut

 

C’est la séguia, le bassin et le bouchon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5-       Anu f anu

 

         Sag anu

 

         S umadun-ns

 

 

 

 

Puits après puits

 

Chaque puis

 

Avec son couvercle

 

 

 

 

 

R : ay d aɣanim   C’est la séguia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6-       Zenz miya

 

         ṭassi leḥmel

 

         bla ḥwiya

 

 

 

 

Vends cent

 

Et apporte les charges

 

Sans la selle

 

 

 

 

 

R : ay ṭazzayt /  C’est le palmier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7-       Tinelli tejbed alem

 

 

Une ficelle tire un chameau

 

 

 

 

 

R : Ay ṭunfist  /  C’est le conte   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’AFRIQUE * : Chant populaire allemand

10072016

 

 

 

 

 

L’AFRIQUE * : Chant populaire allemand dans Littérature 1478771748-16070910581320257

Peinture de la montagne de la Table en 1683 / cap de Bonne—Espérance

 

 

 

 

 

 

 

Courage, frères. De la fermeté! Le jour de l’adieu est venu, il pèse sur l’âme. Il faut partir, il faut quitter les pays, il faut aller dans la brûlante Afrique.

 

Un cercle d’amis nous entoure. Bien des liens chéris nous unissent à notre patrie allemande. C’est pourquoi l’adieu nous coûte tant.

 

A celui-ci de vieux parents tendent la main pour la dernière fois; des frères, des sœurs, des amis, embrassent celui-là. Tous se taisent, tous pleurent, et se détournent pâles comme la mort.

 

Notre amante s’enlace comme une ombre autour de nous: «Cher amour, tu vas me quitter, me quitter » pour toujours!» Et la douleur amère la rend muette.

 

Oh! Que c’est dur! Roule donc, tambour, bat vite la générale; cet adieu nous attendrit trop. Nous pleurons comme de petits enfants. Il faut partir!

 

Adieu, amis! Et si c’est pour la dernière fois, pensons que l’amitié n’est pas pour la vie, mais pour l’éternité. Dieu est partout!

 

Aux frontières de l’Allemagne, nous remplirons nos mains de terre et nous la baiserons. Que ce soit notre remerciement pour tes soins, tes aliments, tes breuvages, patrie chérie!

 

Quand les vagues de la mer se briseront contre notre vaisseau, nous voguerons tranquillement. Dieu est ici, Dieu est la. Il ne nous abandonnera pas.

 

Quand le mont de la Table** sortira des brouillards, nous étendrons la main en criant : Camarades, terre, terre! Notre vaisseau en tremblera.

 

Alors, soldats et officiers sauteront sains et saufs sur le rivage; nous crierons tous : «Hourra! Hourra!  Nous sommes dans la brûlante Afrique ! » Nous chanterons et nous rendrons grâce.

 

Nous vivrons en lointain pays comme de bons et braves Allemands. Au long et au large on dira : « Les, Allemands sont de braves gens; ils ont du sens et du courage. »

 

Quand au cap de Bonne—Espérance nous boirons le vin des dieux, alors, attendris par le désir, amis, nous penserons à vous, et des larmes tomberont dans nos verres !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) Chanté par les colons qui partaient pour le cap de Bonne— Espérance.

 

(**) La montagne de la Table est le seul objet terrestre à avoir donné son nom à une constellation, la Table. C’est l’astronome français Nicolas-Louis de Lacaille qui a proposé à l’origine le nom de Mensæ mons (montagne de la Table), qui deviendra ensuite simplement Mensa, après un séjour au Cap en 1752 où il réalisait des relevés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Histoire du Bûcheron et de l’Afrît de la forêt

22042016

Conte populaire marocain de Marrakech

 

 

 

 

 

 

Un pauvre bûcheron, ayant beaucoup d’enfants, allait tous les jours à la forêt pour couper du bois. Quand il avait travaillé péniblement la plus grande partie du jour, il chargeait le bois sur son épaule, car il était trop pauvre pour avoir un âne, et allait porter au souk du bois pour le vendre et acheter de quoi nourrir tous ses enfants.

 

 

Histoire du Bûcheron et de l’Afrît de la forêt  dans Littérature 1478771802-160414064841936573

 

 

 
 
Un jour, qu’il cognait dur et suait toute sa sueur en travaillant, un grand Afrît, à l’aspect terrible, lui apparut soudain. D’une voix tonnante, lui dit : « Je suis le génie de la forêt. La forêt et moi nous somme fatigués de t’entendre frapper du matin au soir. Pourquoi viens-tu troubler notre repos ? »
Et le pauvre bûcheron, tout tremblant, lui raconta sa triste histoire. « Ah ! Ah ! dit l’Afrît, ce n’est pas cela ! Tiens, prends ce moulin de pierre et tu vivras, toi et tes enfants, de ce qu’il te moudra. Mais que je ne te revoie plus ici. » Le bûcheron emporta son moulin et s’en fut. Arrivé chez lui, il le donna à sa femme qui, curieuse, se mit aussitôt à moudre sans avoir mis un grain de blé entre les meules. O surprise, la farine et la semoule coulent en abondance de tous les côtés du moulin. Voilà les pauvres gens assurés de leur pain quotidien et le bûcheron, au lieu d’aller à la forêt, passe ses jours à se promener comme un riche. Intriguées, les voisines bavardent entre elles et ont vite fait de surprendre me secret. Profitant de l’absence du bûcheron, l’une d’elles vient un jour trouver sa femme et lui dit : « prête-moi ton moulin. J’ai envoyé mes meules chez le mâallem(1) pour les faire piquer et je n’ai plus de farine ni de semoule à la maison. »
La femme de bûcheron était sotte et timide. Elle n’osa pas refuser le moulin et le prêta à l’indiscrète, qui lui en rapporta le soir un autre identique. Mais ce n’était pas le même. A l’heure du dîner, le bûcheron, sa femme et ses enfants s’en aperçurent bien, car il leur fallut se coucher sans dîner.
 
 
Le lendemain, le bûcheron, reprenant sa cognée, retourna à la forêt, car il n’avait pas d’autre métier, et malgré la terreur que lui inspirait l’Afrît, il fallait bien donner à manger à tous ses petits enfants qui pleuraient à la maison.
Au premier coup de hache, l’Afrît lui apparut ; fort en colère, il lui dit : « C’est encore toi ? Ne t’ai-je pas dit que la forêt et moi nous sommes fatigués de t’entendre ? »
Mais le bûcheron avait quand même moins peur que la premières fois. Il lui répondit : « O bon Afrît, le meilleur des Afrît, je suis ici pour telle raison. » Alors l’Afrît tira du fond de la terre une grande guesâa de bois et, d’une voix tonitruante, qu’il croyait très douce, il lui dit : «  Va, pauvre, avec cette guesâa, dont ru tireras ta vie et celle des tiens. Tu n’auras qu’à la recouvrir d’un mekebb(2), à l’heure des repas, et à la porter sur la table. Mais ne reviens plus troubler notre repos. »
Et il s’enfonça sous terre avec un grand bruit, et le bûcheron repartit chez lui, emportant la guesâa enchantée. A l’heure du repas de dohor, même un peu avant car ils avaient tous très faim, il mit le mekebb sur la guesâa et la porta sur la table. Puis, avec cérémonie, il enleva le mekebb, et la guesâa leur apparut pleine d’un tajine délicieux de viande cuite à point, d’oignons, de tomates et de pain chaud sentant une odeur de four exquise, et tous, le bûcheron, sa femme et ses enfants, se mirent à manger jusqu’à ce qu’ils aient vidé le plat. Et, à partir de ce jour, le bûcheron ne retourna plus à la forêt et passa une existence de plaisirs et de promenades. Aussi la curiosité des voisines fut de nouveau éveillée, et de nouveau, profitant de l’absence du mari, l’une d’elles emprunta à la sotte la gusâa enchantée et la remplaça par une autre tout ordinaire, et le soir les pauvres gens eurent beau mettre le mekebb suivant le rite, ils durent se coucher sans dîner. Et le lendemain, le pauvre bûcheron retourna à la forêt sous l’œil moqueur des voisines qui s’étaient régalées de bons tajines pendant qu’il avait le ventre vide.
 
 
 
Il arriva de bonne heure au cœur de la forêt et se mit au travail ; mais il n’avait pas fini de frapper le premier coup de cognée que l’Afrit monstrueux était devant lui et, rugissant d’une colère qui faisait trembler la terre, lui disait : «  Comment faut-il te dire que la forêt et moi sommes fatigués de t’entendre et que nous ne voulons plus que tu troubles notre repos ? » et le pauvre bûcheron, tout tremblant lui aussi, le mit au courant de la nouvelle malice des voisines.
« Bien, dit l’Afrit, je veux encore te prouver mes bonnes dispositions, mais n’y reviens plus surtout », et il lui donna un beau chat noir en disant : « Tu vivras de ses excréments, toi et les tiens, et va-t’en. »
Le bûcheron reprit le chemin de sa maison, emportant son chat. Et en cours de route il faisait d’amères réflexions : «  Cet Afrît veut notre mort, se disait-il, et c’est bien certain, car a-t-on jamais vu des fils d’Adam se nourrir des excréments d’un chat ? »
Tristement il lâcha le chat dans sa chambre et, prenant sa tête dans ses mains, se mit à songer sur sa misère. Tout d’un coup, il vit le chat gratter le sol de la maison, tourner en rond, arrondir son dos et déposer sur le sol un petit tas de cailloux de toute les couleurs.
C’étaient des diamants ; des rubis, des émeraudes, des perles du plus pur orient. Mais le pauvre bûcheron n’en avait jamais vu et ne se doutait pas de la fortune que ce chat bienfaisant lui assurait ainsi. Il ramassa tristement tout ce que le chat avait déposé sur le sol et se rendit au Mellâh, chez un juif, et lui montrant ces cailloux, lui dit : «  Cela a-t-il une valeur et puis-je en tirer de quoi nourrir ma femme et mes petits enfants ? » et le cupide juif, voyant combien ce pauvre était ignorant, lui répondit : « Cela, ô pauvre, n’a aucune valeur et personne ne te les achètera ; mais moi, qui suis un homme de bien et connu pour sa générosité, je te donne un pain en échange de ces mauvais cailloux. »
Et le bûcheron, tout pleurant, repartit à la forêt, car s’il avait bien peur de l’Afrit, il ne pouvait voir non plus mourir ses enfants. Mais, cette fois, l’Afrît ne dit rien quand le bûcheron lui raconta ce qui s’était passé avec le juif.
 

 

la-mort-et-le-bucheron-gustave-dorefable- dans Littérature populaire

 

 

 

Il prit deux zerwâta (3) bien cloutées dans ses terribles mains, ce que voyant le bûcheron se jeta à terre en invoquant Allah, croyant son heure venue. Mais, à son grand étonnement, il ne reçut aucun coup de bâton des mains de l’Afrît qui le releva, lui donna les deux zerwâta et lui dit : «  Débrouille-toi avec cela. Tu n’auras qu’à dire : « Zerwâta, zerwâta, faites votre besogne », et tu seras tiré d’embarras. Mais n’y reviens jamais. Ceci est mon dernier mot ; ne trouble plus le repos de la forêt. »
 
 
Et le bûcheron partit. Et la malice lui vint, en route, de récupérer tous les dons de l’Afrît en moins d’une journée, car il eut vite compris pourquoi le bon Afrît musulman lui avait donné ces deux bâtons. Il se rendit d’abord chez la femme qui avait pris le moulin enchanté, premier don de l’Afrît. Celle-ci nia énergiquement avoir changé le moulin. Mais les zerwâta, invitées à faire leur besogne, la firent vite changer d’avis, et elle rendit le moulin après avoir été rouée de coups comme il convient.
 
Ensuite, la guesâa revient par le même procédé. Quant au juif, les zerwâta firent une si bonne besogne, que non seulement il rendit en pièces d’or la valeur des pierres précieuses volées, mais il donna, en outre, tout l’argent qu’il avait dans sa boutique et les pierres précieuses elles-mêmes dont il avait déjà fait de magnifiques bijoux.
 
Grâce au moulin enchanté, à la guesâa, au chat noir dont les excréments sont des pierres précieuses, il est le plus riche, et les zerwata qui savent si bien besogner en font l’homme le plus puissant et le plus respecté. Et tout cela grâce au bon Afrît, terrible d’aspect seulement, et pour le grand repos de la forêt.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note: 

(1). L’ouvrier

(2). Le mekebb est un couvercle de sparterie en forme de cône dont on recouvre les plats.

(3). Bâton terminé par une extrémité cloutée qui en fait une arme dangereuse.

 

 

 

 

 

 

N.B : Illustrations de Gustave Doré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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