‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne

21032017

 

 

 

 

La poésie, chez les Arabes de l’Algérie, est aussi à son déclin, quoique l’on puisse dire qu’elle leur soit restée familière et qu’ils aient l’imagination chaude et facile à l’exaltation.

L’Arabe sent les beautés de la nature, mais ses sensations et sa verve s’exercent plus particulièrement sur la beauté, les charmes de la femme, l’excellence des chevaux, la bonté et le luxe des armes, les faits de guerre, chasse, etc.

Cette poésie se manifeste par des Gais et Ghrazels, sortes de lais.

Quelques-uns s’écrivent, la plupart se chantent dans l’inspiration, se répètent de mémoire, et vont ainsi de tribu en tribu à travers l’Algérie, colportés par les Diseurs, derniers vestiges des anciens bardes et trouvères d’autrefois.

Ces diseurs se divisent en GoualsAïats et Meddah’s.

 

 

 

 

‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne  dans Littérature 1486030065-57

 

 

 

 

 

Les Gouals, ou poètes ambulants, doués du don de l’improvisation, vont de douar en douar, au foyer hospitalier des grands et des riches, chanter, en s’accompagnant de la flûte primitive et du tambourin, les exploits des guerriers en renom, les amours d’amants célèbres.

Ils fréquentent les marchés, les réunions, les noces et les fêtes.

Mais comme tout passe en ce monde, ils vont tous les jours s’éclipsant, et, moins heureux que leurs devanciers de l’ancienne Grèce ou des régions du Nord, les derniers diseurs arabes voient finir avec eux leurs chants et leur récits héroïques. — On’en excepte toutefois ceux qui ont été tirés de l’oubli par plusieurs ouvrages sur l’Algérie, entre autres par les livres du général Daumas.

Le Goual est généralement de mœurs pacifiques, il n’a point de costume particulier; il se reconnaît néanmoins à une physionomie rêveuse et souvent inspirée, à ses modestes instruments qu’il porte dans le capuchon de son bernous. — On le désigne aussi sous le nom de Sahab-elSenâ, ami du métier, de la gaie science.

 

 

 

 

 

L’Aïat* a plus d’analogie avec les bardes belliqueux de la vieille Irlande, qui savaient aussi bien manier la lourde épée que la lyre.

Les Aïats ont a peu près disparu à la fin du XIXe siècle, et c’est à peine si de loin en loin on en rencontrait encore quelques-uns dans les tribus guerrières du Sud.

L’Aïat, homme de cheval et de poudre, — comme il aime à s’en vanter, — possède une voix d’un timbre aigu, d’une immense portée.

Dans la mêlée des combats, il jette des appels, des excitations scandées et rythmées, qui exaltent jusqu’à la frénésie le courage des guerriers.

Véritables clairons humains, avec leurs voix de cuivre, — ces inspirés de la lutte ont souvent, comme les héros d’Ossian, déterminé la victoire par leurs chants énergiques.

Les cris, les appels des Aïats agissent sur les nerfs avec un effet semblable à celui que nous produit la charge battue par le tambour; ils donnent cette horripilation que l’on définit souvent en disant : avoir la chair de poule.

J’ai été soumis à l’action du chant des Aïats, et me suis rendu compte de sa stimulante énergie.

Les lambeaux de phrases ou de vers lancés par les Aïats dans les moments décisifs du combat sont des appels aux sentiments élevés, à la gloire des guerriers, à leurs anciens exploits. — Quelquefois même il est fait allusion à l’amour des plus braves pour des beautés en renom.

Après ces indiscrétions, que l’on peut appeler suprêmes, au moment du péril, — un guerrier doit vaincre ou être mis hors de combat; il n’oserait jamais se représenter vaincu devant la femme qu’il aime, lorsqu’elle a été invoquée en son honneur pour déterminer la victoire de son parti.

 

 

 

 

 

Les Meddah’s** chantent particulièrement la poésie religieuse, les prouesses des compagnons du Prophète. Les Mehds, d’où ils tirent leur nom, sont de petits poèmes sacrés en l’honneur de l’Islam et des hauts faits accomplis par ses Oualis et Moudjaheds***.

Les Meddahs se distinguent par un fanatisme outré.

Pénétrés et convaincus de la véracité des dires et gestes de leurs héros, de la supériorité de leur religion sur celle des infidèles, ils s’enivrent à leurs propres chants et entraînent leurs auditeurs par le récit extraordinaire des faits célèbres et par le mode sur lequel ils sont rythmés.

La cadence, monotone au début, violente et heurtée par progression, finit par opérer une sorte d’enivrement mystique, dont l’effet va toujours croissant, et entraîne jusqu’à l’extase les sectateurs du Prophète.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : De aïet (عيط), crier, appeler haut

** : Meddah, louangeur; — medh, louange.

*** : Oualis, saints; — Moudjaheds, combattants pour la foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le « Dhik’r » est cause de tout bien – قصيدة الذكــر أسباب كل خير : Cheikh Ahmed al-Alawi

5022017

 

 

 

 

 

 

 

الذكــر أسباب كل خير

 

ما ذا فرطت في الاوقات الخالية **** ضاعت الايام كي ندير
نغنم وقتي اليوم نذكر بالنية **** نحظر بالقلب و الضمير

الذكر احسن من التجارة **** لو كان نقول واش فيه
افضل من الملك و الوزارة **** و الناس محرفة عليه
و الدنيا كلها اخسارة **** حاطت بالعدل و السفيه
 ربي من حرها يجير

 

 

نخشى نفسي تصير لها معطية **** نبقى في يدها اسي

بعدالتوفيق والاوصاف المرضية **** الذكر اسباب كل خير

يا رب عمت المصايب **** و الذكر اثقال في اللسون
والخلق سعات في الغرايب **** و الناس احوالها فتون
غاص المطلوب في المطالب **** و الصدق قليل ما يكون
الناس قلوبها ذكير

 

 

ما ينفع وعض في ارباب المعصية **** اعييت انا من النذير
اين اقوالي مع اقوال الانبياء **** الذكر اسباب كل خير

النايم في القريب يفطن **** و الميت ما لو احساس
كيفاش القول فيه يمكن **** راني نبني بلا اساس
الناس احوالها تجنن **** تسعى في المقت والفلاس
معلوم نهارها كبير

 

 

يوم الحساب اش هذ الدهية **** لوكان تشوف ما يصير
تسمع قولي تعواج عن المعصية **** الذكر اسباب كل خير

يا خوتي هيا انتوبو **** نذكرو ربنا جميع
في الاخرة ذاك ما انصيبو **** و الوقت عزيز لا يضيع
و الشاقي ربنا احسبو **** ما يسمع قول ما يطيع
يعصي ملاه بالكبير

 

 

الذكرة نافعة للمومن شافية **** تنهض بالقلب و الضمير
يخرج للعز بعد ذل المعصية **** الذكر اسباب كل خير

يا ربي وفق الجماعة **** لافعال الخير و الصلاح
و انسج المعصية بطاعة **** واجه العباد بالسماح
جميع الخلق للشفاعة **** نحتاجو كلنا قباح
بغيت انتوب يا قدير

 

 

كم من سية عصيت ظاهر وخفية **** و النا س تعدني بخير
لو لا فضلك عمني و ظهر فيا **** الذكر اسباب كل خير

صيرت كلامنا حقايق **** راهو منقول في الكتوب
يظهر منسوم للخلايق **** ياخذ بالروح و القلوب
صاحب الصدق ليه شايق **** يا ربي تستر العيوب
العلاوي يظن خير

 

 
ادركني يا لطيف عند المنية **** بجاه الصادق البشير
انا والحاظرين و اصحاب النية **** الذكر اسباب كل خير

 

 

 

 

 

 

 

Traduction

 

Le Dhikr est cause de tout bien
Traduit par Abdul-Jamil (Johan Cartigny)

 

 

 

***

Ah ! Combien ai-je été négligent et perdu de temps !
Et ces jours sont à jamais perdus et que faire maintenant ?
Des aujourd’hui, je dois mettre mon temps à profit
Et mentionner Dieu sincèrement
Et par mon cœur et par ma conscience être présent.

 

 

***

 Le Dhikr est mieux que la vente et l’achat.
Ah ! Si je vous disais ce qu’il vaut.
Il vaut mieux que la royauté‚ et le vizirat ;
Mais les gens (dans l’ignorance) le négligent.
Ce monde-ci tout entier est perte
N’a envahi (ensemble) et le juste et l’injuste.
Que Dieu nous préserve de son feu !

 

 

***

Je crains que mon Âme ne devienne pour ce (monde) monture,
Et qu’entre ses mains je ne reste captif:
Aprèsl’Assistance divine et les bonnes vertus
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Mon Dieu! partout les maux se sont répandus
Et le Dhikr est devenu si lourd pour les langues.
Les gens se sont donnes à d’étranges conduites,
Aussi, leurs états sont multiples et divers.
La Recherche est immergée dans les recherches,
Car la sincérité‚ est si rare.
Les gens ont le cœur dur.

 

 

***

Les bons conseils sont vains pour les maîtres du pêché
Et moi je suis las d’avertir.
Que valent mes paroles comparées a celles des prophètes ?
Le Dhikr est cause de tout bien.

 

 

***

Celui qui dort peut être réveillé
Mais celui qui est mort est insensible ;
A son propos, le discours n’a aucun sens ;
Je suis en train de bâtir sur du sable.
Le comportement des gens peut rendre insensé
Ils courent à la colère de Dieu ; ils courent à leur faillite.
Aussi leur jour sera-t-il un grand jour.

 

 

***

Le jour du jugement dernier, quelle tragédie !
Ah ! Si tu savais ce qui se passera.
Si je te le disais, tu fuirais le péché :
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Repentons-nous, mes frères !
Et ensemble, mentionnons Dieu !
Dans l’autre monde, c’est tout ce que nous trouverons,
Et le temps est si cher ; ne le gaspillons pas !
Le damne aura Dieu pour juge.
Refusant tout conseil, il ne veut obéir.
Il désobéira son Seigneur en commettant de grands péchés.

 

 

***

Le rappel est utile et bénéfique pour le croyant.
Il fortifie son cœur et sa conscience,
Ainsi il connaîtra l’honneur après avoir connu le péché humiliant.
Le Dhikr est cause de tout bien!

 

 

***

Mon Dieu! Assiste notre communauté
Et aides-la à pratiquer le bien et la vertu !
Abroge les mauvais actes par les bons !
Dispense à Tes serviteurs Ton pardon !
Pour nous et les créatures, Ton pardon Est nécessaire,
Car nous sommes tous méchants.
Je voudrais me repentir, Tout-Puissant !

 

 

***

Combien de mauvaises actions ai-je commises en public et en secret !
Et les gens croient que je vais bien!
Si Ta grâce ne m’avait envahi et ne s’était manifestée en moi…
Le Dhikr est cause de tout bien.
Tu as rendu mes paroles vérités ;

 

 

***

Et elles sont transcrites dans des livres.
Elles se manifestent aux gens comme un zéphyr ;
Elles subjuguent les Âmes et les cœurs.
L’homme sincère les désire ;
Oh! Mon Dieu, cache nos défauts.
Al-Alawî a de l’espoir.

 

 

***

Mon Dieu! Viens à notre secours au moment de la mort,
Par le véridique Annonciateur de la bonne nouvelle ;
Aux miens, a celui des gens présents et de tous les gens bien intentionnés.
Le Dhikr est cause de tout bien !

 

 

 

 

 

 

Version Samaà soufi  

 

  

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Prisonniers d’Agouni Ouadella ‘Imehbas n ugwni wadella’

23122016

 

 

 

 

Poème kabyle chanté par les prisonniers lors de la guerre de libération.

 

 

 

 

Prisonniers d’Agouni Ouadella ‘Imehbas n ugwni wadella’  dans Littérature 1480685233-prisonniers2

 

 

 

 

 

Je suis à Agouni Ouadella

Constamment assis sur la terrasse ;

La lampe au dessus de ma tête,

Le courant électrique siffle.

Courage, oh ! Frères !

Mourrons, plutôt qu’informer l’ennemi !

 

 

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Je suis à Agouni Ouadella

Constamment au balcon ;

Mon gardien (prison), c’est MOHAMED

L’autre s’appelle Mico ;

Je t’implore, oh ! Gardien de la prison !

Libère-nous, c’est déjà la mi-journée ! 

 

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Je suis à Agouni Ouadella

Constamment à la fenêtre ;

Mon chef, s’appelle MOHAMED,

L’autre, c’est le « maigre » sergent.

Je t’implore, oh ! Gardien de prison !

Libère-moi, j’ai hâte de revoir le village !

 

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Lundja (conte de grande kabyle)

9112016

 

 

 

 

 Lundja (conte de grande kabyle)  dans Littérature 1478440255-161025111025945763

 

 

 

 

Il était une fois un Roi qui avait un fils..un seul fils. Il l’enferma à clef dans une chambre et mit à sa disposition une gouvernante. Elle le servit..lui donna à manger et à boire. Il ne manqua de rien mais resta toujours dans sa chambre.

Les années passèrent et le voici devenu homme. Les voix des gens du dehors parvinrent jusqu’à lui. Il pensa :

-« Pourquoi suis-je toujours ici ?…moi aussi j’aimerais sortir…parler avec d’autres…me marier.»

 

Un jour, lorsque sa gouvernante lui apporta son repas, il trouva un os dans la viande. Avec celui-ci, il creusa un trou dans le mur et regarda. Il vit des hommes et des femmes, des filles et des garçons qui discutaient entre eux, riaient. Il pensa :

-« Eh oui ! moi je suis ici toujours triste, parce que la porte de cette chambre est fermée. J’aimerais tellement en sortir ! »

 

Lorsque la gouvernante revint, il demanda à voir sa mère. Celle-ci vint :

 Qu’est ce que tu veux ?… »

-« Maman, je veux sortir. Lorsque j’étais enfant, ça ne faisait rien que je sois toujours ici. Mais maintenant je suis un homme. Je veux sortir. »

 

Elle refusa. Lui, sortit quand même, descendit à la maison de ses parents et demanda un cheval. Il emporta deux bidons, partit à la fontaine chercher de l’eau. Là il rencontre une vieille femme. Il ne put remplir ses bidons car elle avait placé un tamis sur le robinet.

 Laissez-moi prendre de l’eau, le tamis m’en empêche. »

Elle refusa…Lui, insista. Elle le regarda en ricanant :

-« On dirait que tu vas te marier avec Lundja, la fille de la sorcière. »

…et enleva le tamis.

Il remplit les bidons pour sa mère et rentra chez lui…

…mais il était fiévreux. Sa mère s’inquiéta :

-« Qu’est ce que tu as mon fils ?..tu es malade ?..qu’as-tu vu ?..

-Maman, si tu veux que je guérisse, va me chercher la vieille femme, près de la fontaine, et tu me prépareras à manger. »

La mère s’en alla à la fontaine et revint avec la vieille femme :

-« La voici mon fils. Que veux-tu que je te prépare à manger ?

-Prépare-moi de la galette avec du bouillon. »

Lorsque le bouillon fut très chaud, le fils prit la main de la vieille femme, la trempa dedans :

-« Dis-moi où habite la sorcière, sinon je ne te lâche pas. »

-Elle habite par-là…non elle habite par ici…

-Ce n’est pas vrai. Donne-moi l’endroit exact. »

 

Finalement, elle eut tellement mal à la main, qu’elle lui dit la vérité. Il la lâcha. Il était guéri. Il monta sur son cheval et partit à la recherche de la maison de la sorcière. Il traversa de nombreux villages et pays sans rien trouver.

De temps en temps, il questionnait les gens qu’il rencontrait :

-« Savez-vous où habite la sorcière ?…Connaissez-vous la maison de la sorcière ?.. »

Il finit parla trouver.

-« Comment vais-je faire pour entrer », se demanda-t-il.. »

Il se cacha, attendit qu’elle sortit..et vint frapper à la porte. Lundja, sa fille, lui ouvrit. Elle était très belle.

 Que veux-tu ?.. »

-J’ai rêvé de toi. Je veux t’épouser.

-Je veux bien..mais ma mère a eu quatre-vingt-dix-neuf garçons. Elle les a mangés. Si elle te trouve ici elle risque de te manger toi aussi. Tu seras le centième !.. »

Il s’inquiéta :

-« Que puis-je faire ?.. »

Il discuta avec Lundja jusqu’au moment du retour de la sorcière.

-« Rentre dans la maison et cache toi dans le trou qui est ici. Je vais le fermer avec une gasâa que je vais clouer..mais si ma mère parle fort, s’énerve..attention, tu sors ! »

La sorcière arriva..renifla :

-« Hum ! ça sent quelque chose…quelqu’un est arrivé ici.. »

-Mais non, maman, pas du tout, il n’y a personne.

_Si, je sens que quelqu’un se cache.

-Mais non..mais non.. »

 

La sorcière ne dit plus rien, mangea avec sa fille. Le repas terminé, elle réclama du henné.

Sa fille lui apporta. Elle le mit dans une assiette et prononça une parole magique :

-« Toute la vaisselle arriva. La gasâa voulut venir mais les clous l’en empêchèrent. La sorcière s’en étonna :

 Que se passe-t-il ?..

-Ce n’est rien maman, la gasâa est fatiguée. Donne-moi un peu de henné, je vais lui en porter. »

Lundja lui en donna. La gasâa resta tranquille. La vaisselle regagna sa place..et ce fut l’heure d’aller dormir.

Lundja avait de très longs cheveux. Pour l’empêcher de bouger et de sortir, sa mère les mettait sous sa tête et dormait ainsi. Ce soir-là, Lundja refusa :

 Tu sais maman, j’ai mal à la tête. Laisse mes cheveux.

-Non, je veux dormir comme d’habitude. »

Lundja pleura :

-« S’il te plaît maman, je suis malade aujourd’hui. Je dors à côté de toi, mais laisse mes cheveux. »

Voyant sa fille pleurer, la sorcière accepta. Elle s’endormit..mais Lundja resta éveillée. -Lorsque sa mère dormait profondément, tous les crapauds, les serpents, les rats, les animaux qu’elle avait dans le ventre se mettaient à faire du bruit.- Cette nuit-là, dès qu’elle les entendit, elle se leva, appela le fils du Roi..et les voilà partis tous deux.

Mais le mortier de la maison s’en aperçut, réveilla la sorcière :

 Ta fille s’est enfuie avec un garçon. »

La sorcière se leva, s’en alla à leur recherche.

Sur la route, une fée appela Lundja.

-« Lundja, Lundja, attention…ta mère est derrière toi.

-Vite, dit Lundja à son fiancé, transformons-nous. Je deviens une mosquée et toi le ‘Taleb’. »

La sorcière arriva, se dirigea vers la mosquée :

-« Hé..Taleb..tu n’as pas vu un homme et une femme en fuite ?..

-Non, je n’ai rien vu. Je suis toujours dans la mosquée. Mais peut-être sont-ils passés par là ?..

La sorcière prit la route indiquée. La mosquée et le Taleb redevinrent Lundja et son fiancé. Ils recommencèrent à marcher. De nouveau la fée leur apparut :

_ « Lundja, Lundja..attention ta mère arrive.

-Vite, dit Lundja à son fiancé. Transformons-nous, toi en oiseau et moi en arbre. »

La sorcière passa sans les remarquer. Ils recommencèrent à marcher…marcher…et rencontrèrent une rivière :

-« Rivière, laisse-nous passer. »

Les eaux s’ouvrirent, laissèrent passer Lundja et son fiancé puis se refermèrent derrière eux.

Mais la sorcière arriva avec un chien :

-« Chien, bois de l’eau, bois de l’eau, bois toute l’eau de la rivière. »

Le chien but, but but..en creva..et il y avait toujours autant d’eau ! Ne pouvant traverser la rivière, elle appela sa fille :

-« Lundja..Lundja..attention ! Si tu trouves des vaches qui se bagarrent, ne les sépare pas. Fais de même pour tous les animaux. »

Lundja et son fiancé continuèrent leur route en suivant les conseils de la sorcière. Mais lorsqu’ils rencontrèrent des autruches, Lundja dit à son fiancé :

-« Attention, ne les sépare pas. »

Il lui répond :

-« Si, je vais les séparer..regarde, elles n’ont pas de plumes sur le cou, elles vont se blesser. »

L’autruche emporta le fiancé sous son aile, tourna, tourna dans le ciel :

-« Lundja, Lundja..pars et prends les devants. Tu trouveras une fontaine. Tu y resteras jusqu’à ce que la bonne du Roi vienne y puiser de l’eau avec son chien. Tu la tueras et tu te couvriras de sa peau. Tu prendras le bidon plein d’eau et tu suivras le chien. »

Lundja obéit, tua la bonne, se recouvrit de sa peau, suivit le chien et arriva dans la maison du Roi. Elle fit tout le travail de la bonne. Le Roi ne remarqua rien.

La troisième nuit, l’autruche portant le fiancé se posa sur le toit de la maison du Roi :

 Lundja..Lundja..où es-tu ?..qu’est ce que tu bois ?..qu’est-ce que tu manges ?..où est-ce que tu dors ?

-Je dors par terre. Je mange des graines… »  

Le lendemain, l’oiseau revint. Un voisin, ayant tout entendu, en parla au Roi. Le Roi appela Lundja..qu ‘il prenait toujours pour sa bonne :

-« Ce matin ne vas pas checher de l’eau. Mais viens ici. Raconte-moi ce qui se passe… »

Lundja ne répondit pas. Le Roi insista, la menaça. Elle lui dit :

-« Si tu veux savoir, cette nuit ne dors pas et écoute… »

Le Roi entendit l’oiseau parler et comprit qu’il portait son fils sous son aile :

-« Ma bonne, cette soirée tu vas tuer une génisse…et tu la laisseras sur place. Les oiseaux viendront pour la manger. Tu prendras un bâton et tu les frapperas…jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un, le plus grand, celui qui porte mon fils. Tu le frapperas sur l’aile –mon fils en tombera. »

Ainsi fut fait. Le fils du Roi était devenu comme un nouveau-né. Lundja prit son fiancé dans ses bras, l’emmena dans sa chambre, le soigna. Chaque fois qu’elle sortait de la chambre, elle revêtait la peau de la bonne, continuant ainsi à tromper le roi. Lorsque le fils du Roi fut guéri, il dit à son père :

-« Père je veux me marier avec la bonne.

-Jamais.. ce serait une honte ! Elle est laide…tous les gens vont se moquer de nous. »

Il insista :

_ «Ma vie est avec elle. Je veux l’épouser. Si tu veux, elle ira ce soir dans ta chambre. Tu lui diras d’enlever sa peau et tu verras. »

Le lendemain, le Roi la reçut. Il lui demanda d’enlever sa peau. Ebloui par sa grande beauté, le Roi voulut lui-même l’épouser…mais son fils refusa. Devant son obstination, le Roi finit par accepter. Et les préparatifs de la fête commencèrent.

Les gens du village ne connaissaient pas Lundja et se moquaient du fils du Roi –sa femme était si laide…Un jour, il dit à sa ma mère :

-« Maman roule du couscous et fais le sécher au soleil. Lorsque les gens se réuniront autour, lâche le taureau…et laisse-le piétiner le couscous. Je crierai –maman, attention le taureau ! – alors tu donneras un bâton à ma femme pour qu’elle le chasse. »

Ainsi fut fait. Lundja sortit…comme elle était. Les gens rassemblés furent tellement éblouis pas sa grande beauté, que le barbier s’en coupa les joues…le coiffeur, la tête..et le menuisier, les doigts !..

Lundja et le fils du Roi purent vivre heureux et en paix très longtemps.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Proverbes et devinettes en « Tazenatit »: Dialecte amazight des oasis du Gourara (Sahara algérien)

7102016

 

 

 

 

 

I Proverbes: 

 

 

 

 

1-      Mi tɣib tziri, ad jahren itran.

 

Quand disparaît la pleine lune, apparaissent les étoiles.

         

 

 

 

 

2-      Aqellal n tmuḥt wa iṣṣuŗi

 

Un joueur de tambourin du pays ne fait pas danser (les gens du ksar).

 

 

 

 

 

3-      Neɣl amman ɣa wexbu ad ifeɣ ma d-es illan

 

Verse de l’eau dans le trou tout ce qui s’y trouve en sortira

 

 

 

 

 

 

4-      Wa yiriw deggid ma yiffen yes

 

La nuit n’a rien enfanté de mieux que le sommeil

 

 

 

 

 

 

5-      Wa țissaɣ deggid ɛussaɣ bayzun s uneda d uṣṣuḍ

 

Je n’ai dormi de la nuit guettant le hibou avec gémissements et soupirs

 

 

 

 

 

 

6-      Wi ɣa nekkaz ad ikkaz tiɛẓa n tfuyt 

 

Qui veut semer le fasse dans un champ exposé au soleil *

 

 

 

 

 

 

7-      Wi ɣa nenqel ad inqel timliḥa d uḥaḍan

 

Qui veut planter plante timliha et ahaddan **

 

 

 

 

 

8-      Agrud n ul-inu xsaɣ-t ljemɛet tḥuz-iyi

 

J’aimerai rester avec cette compagnie qui m’est chère mais c’est le moment de la prière du vendredi

 

 

 

 

 

9-      Tiddeṭ muccumyet

         Wi ṭ-innan ad iḥir

         Wa i t wa nenni

         La ixadeɛ maziɣ-ns

         Wi gdden i Ṛebbi

         A ṭ-inni izma-yas

 

 

 

La vérité est dure

Qui la dit est angoissé

Qui ne la dit pas

Trahit son Dieu

Mais qui craint le seigneur

La dira sans hésitation

 

 

 

 

 

 

10-   Wi mezgat uɣil-ns

         Ad imud lbaṭel

         Wi mgezzel meskin

         leḥeq-ns ad iŗaḥ

 

 

Qui a le bras long

Fera du mal

Et le pauvre

Verra son droit bafoué

 

 

 

 

 

 

 

11-   Ẓŗiɣ ma illan g jujju

        Wa ṭ-jujjuɣ ula g anu

 

 

Sachant qu’épier les autres est mal

Je n’épie pas même les puits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : puisque la récolte y sera meilleure.

** : il s’agit de deux variétés de dattes, particulièrement appréciées parce qu’elles sont les dernières à mûrir.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II Devinettes:

 

 

 

 

 

1-       Utfaɣ igga-nu

 

         Tlussi la tbed

 

        S ujenna n azba

 

 

 

 

 

 

Je suis entré dans mon jardin

 

Le fromage blanc est debout

 

Sur une palme

 

 

 

 

 

R : Ay d srendi / C’est l’oiseau blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-       Alem u-Telmin

 

         Twayt-ns dadi

 

 

 

 

Le chameau est à Talmin

 

Et ses rênes sont ici

 

 

 

 

 

R : Ay d ifeli  /  C’est la foggara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-       Yis-inu dadi

 

          iḥenḥinen-ns baŗŗa

 

 

 

 

Mon cheval est ici

 

Et ses hennissements dehors

 

 

 

 

 

R : Ay d ameqqus  /  C’est la fumée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4-       Nanna ṭiwi-d

 

         Yemma tḥaŗez

 

         Baba iɣeṭṭu

 

 

 

 

 

 

Ma sœur ramène

 

Ma mère garde

 

Mon père conserve

 

 

 

 

 

R : ay ṭiɣuni, tijjent d tabbut

 

C’est la séguia, le bassin et le bouchon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5-       Anu f anu

 

         Sag anu

 

         S umadun-ns

 

 

 

 

Puits après puits

 

Chaque puis

 

Avec son couvercle

 

 

 

 

 

R : ay d aɣanim   C’est la séguia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6-       Zenz miya

 

         ṭassi leḥmel

 

         bla ḥwiya

 

 

 

 

Vends cent

 

Et apporte les charges

 

Sans la selle

 

 

 

 

 

R : ay ṭazzayt /  C’est le palmier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7-       Tinelli tejbed alem

 

 

Une ficelle tire un chameau

 

 

 

 

 

R : Ay ṭunfist  /  C’est le conte   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’AFRIQUE * : Chant populaire allemand

10072016

 

 

 

 

 

L’AFRIQUE * : Chant populaire allemand dans Littérature 1478771748-16070910581320257

Peinture de la montagne de la Table en 1683 / cap de Bonne—Espérance

 

 

 

 

 

 

 

Courage, frères. De la fermeté! Le jour de l’adieu est venu, il pèse sur l’âme. Il faut partir, il faut quitter les pays, il faut aller dans la brûlante Afrique.

 

Un cercle d’amis nous entoure. Bien des liens chéris nous unissent à notre patrie allemande. C’est pourquoi l’adieu nous coûte tant.

 

A celui-ci de vieux parents tendent la main pour la dernière fois; des frères, des sœurs, des amis, embrassent celui-là. Tous se taisent, tous pleurent, et se détournent pâles comme la mort.

 

Notre amante s’enlace comme une ombre autour de nous: «Cher amour, tu vas me quitter, me quitter » pour toujours!» Et la douleur amère la rend muette.

 

Oh! Que c’est dur! Roule donc, tambour, bat vite la générale; cet adieu nous attendrit trop. Nous pleurons comme de petits enfants. Il faut partir!

 

Adieu, amis! Et si c’est pour la dernière fois, pensons que l’amitié n’est pas pour la vie, mais pour l’éternité. Dieu est partout!

 

Aux frontières de l’Allemagne, nous remplirons nos mains de terre et nous la baiserons. Que ce soit notre remerciement pour tes soins, tes aliments, tes breuvages, patrie chérie!

 

Quand les vagues de la mer se briseront contre notre vaisseau, nous voguerons tranquillement. Dieu est ici, Dieu est la. Il ne nous abandonnera pas.

 

Quand le mont de la Table** sortira des brouillards, nous étendrons la main en criant : Camarades, terre, terre! Notre vaisseau en tremblera.

 

Alors, soldats et officiers sauteront sains et saufs sur le rivage; nous crierons tous : «Hourra! Hourra!  Nous sommes dans la brûlante Afrique ! » Nous chanterons et nous rendrons grâce.

 

Nous vivrons en lointain pays comme de bons et braves Allemands. Au long et au large on dira : « Les, Allemands sont de braves gens; ils ont du sens et du courage. »

 

Quand au cap de Bonne—Espérance nous boirons le vin des dieux, alors, attendris par le désir, amis, nous penserons à vous, et des larmes tomberont dans nos verres !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) Chanté par les colons qui partaient pour le cap de Bonne— Espérance.

 

(**) La montagne de la Table est le seul objet terrestre à avoir donné son nom à une constellation, la Table. C’est l’astronome français Nicolas-Louis de Lacaille qui a proposé à l’origine le nom de Mensæ mons (montagne de la Table), qui deviendra ensuite simplement Mensa, après un séjour au Cap en 1752 où il réalisait des relevés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Histoire du Bûcheron et de l’Afrît de la forêt

22042016

Conte populaire marocain de Marrakech

 

 

 

 

 

 

Un pauvre bûcheron, ayant beaucoup d’enfants, allait tous les jours à la forêt pour couper du bois. Quand il avait travaillé péniblement la plus grande partie du jour, il chargeait le bois sur son épaule, car il était trop pauvre pour avoir un âne, et allait porter au souk du bois pour le vendre et acheter de quoi nourrir tous ses enfants.

 

 

Histoire du Bûcheron et de l’Afrît de la forêt  dans Littérature 1478771802-160414064841936573

 

 

 
 
Un jour, qu’il cognait dur et suait toute sa sueur en travaillant, un grand Afrît, à l’aspect terrible, lui apparut soudain. D’une voix tonnante, lui dit : « Je suis le génie de la forêt. La forêt et moi nous somme fatigués de t’entendre frapper du matin au soir. Pourquoi viens-tu troubler notre repos ? »
Et le pauvre bûcheron, tout tremblant, lui raconta sa triste histoire. « Ah ! Ah ! dit l’Afrît, ce n’est pas cela ! Tiens, prends ce moulin de pierre et tu vivras, toi et tes enfants, de ce qu’il te moudra. Mais que je ne te revoie plus ici. » Le bûcheron emporta son moulin et s’en fut. Arrivé chez lui, il le donna à sa femme qui, curieuse, se mit aussitôt à moudre sans avoir mis un grain de blé entre les meules. O surprise, la farine et la semoule coulent en abondance de tous les côtés du moulin. Voilà les pauvres gens assurés de leur pain quotidien et le bûcheron, au lieu d’aller à la forêt, passe ses jours à se promener comme un riche. Intriguées, les voisines bavardent entre elles et ont vite fait de surprendre me secret. Profitant de l’absence du bûcheron, l’une d’elles vient un jour trouver sa femme et lui dit : « prête-moi ton moulin. J’ai envoyé mes meules chez le mâallem(1) pour les faire piquer et je n’ai plus de farine ni de semoule à la maison. »
La femme de bûcheron était sotte et timide. Elle n’osa pas refuser le moulin et le prêta à l’indiscrète, qui lui en rapporta le soir un autre identique. Mais ce n’était pas le même. A l’heure du dîner, le bûcheron, sa femme et ses enfants s’en aperçurent bien, car il leur fallut se coucher sans dîner.
 
 
Le lendemain, le bûcheron, reprenant sa cognée, retourna à la forêt, car il n’avait pas d’autre métier, et malgré la terreur que lui inspirait l’Afrît, il fallait bien donner à manger à tous ses petits enfants qui pleuraient à la maison.
Au premier coup de hache, l’Afrît lui apparut ; fort en colère, il lui dit : « C’est encore toi ? Ne t’ai-je pas dit que la forêt et moi nous sommes fatigués de t’entendre ? »
Mais le bûcheron avait quand même moins peur que la premières fois. Il lui répondit : « O bon Afrît, le meilleur des Afrît, je suis ici pour telle raison. » Alors l’Afrît tira du fond de la terre une grande guesâa de bois et, d’une voix tonitruante, qu’il croyait très douce, il lui dit : «  Va, pauvre, avec cette guesâa, dont ru tireras ta vie et celle des tiens. Tu n’auras qu’à la recouvrir d’un mekebb(2), à l’heure des repas, et à la porter sur la table. Mais ne reviens plus troubler notre repos. »
Et il s’enfonça sous terre avec un grand bruit, et le bûcheron repartit chez lui, emportant la guesâa enchantée. A l’heure du repas de dohor, même un peu avant car ils avaient tous très faim, il mit le mekebb sur la guesâa et la porta sur la table. Puis, avec cérémonie, il enleva le mekebb, et la guesâa leur apparut pleine d’un tajine délicieux de viande cuite à point, d’oignons, de tomates et de pain chaud sentant une odeur de four exquise, et tous, le bûcheron, sa femme et ses enfants, se mirent à manger jusqu’à ce qu’ils aient vidé le plat. Et, à partir de ce jour, le bûcheron ne retourna plus à la forêt et passa une existence de plaisirs et de promenades. Aussi la curiosité des voisines fut de nouveau éveillée, et de nouveau, profitant de l’absence du mari, l’une d’elles emprunta à la sotte la gusâa enchantée et la remplaça par une autre tout ordinaire, et le soir les pauvres gens eurent beau mettre le mekebb suivant le rite, ils durent se coucher sans dîner. Et le lendemain, le pauvre bûcheron retourna à la forêt sous l’œil moqueur des voisines qui s’étaient régalées de bons tajines pendant qu’il avait le ventre vide.
 
 
 
Il arriva de bonne heure au cœur de la forêt et se mit au travail ; mais il n’avait pas fini de frapper le premier coup de cognée que l’Afrit monstrueux était devant lui et, rugissant d’une colère qui faisait trembler la terre, lui disait : «  Comment faut-il te dire que la forêt et moi sommes fatigués de t’entendre et que nous ne voulons plus que tu troubles notre repos ? » et le pauvre bûcheron, tout tremblant lui aussi, le mit au courant de la nouvelle malice des voisines.
« Bien, dit l’Afrit, je veux encore te prouver mes bonnes dispositions, mais n’y reviens plus surtout », et il lui donna un beau chat noir en disant : « Tu vivras de ses excréments, toi et les tiens, et va-t’en. »
Le bûcheron reprit le chemin de sa maison, emportant son chat. Et en cours de route il faisait d’amères réflexions : «  Cet Afrît veut notre mort, se disait-il, et c’est bien certain, car a-t-on jamais vu des fils d’Adam se nourrir des excréments d’un chat ? »
Tristement il lâcha le chat dans sa chambre et, prenant sa tête dans ses mains, se mit à songer sur sa misère. Tout d’un coup, il vit le chat gratter le sol de la maison, tourner en rond, arrondir son dos et déposer sur le sol un petit tas de cailloux de toute les couleurs.
C’étaient des diamants ; des rubis, des émeraudes, des perles du plus pur orient. Mais le pauvre bûcheron n’en avait jamais vu et ne se doutait pas de la fortune que ce chat bienfaisant lui assurait ainsi. Il ramassa tristement tout ce que le chat avait déposé sur le sol et se rendit au Mellâh, chez un juif, et lui montrant ces cailloux, lui dit : «  Cela a-t-il une valeur et puis-je en tirer de quoi nourrir ma femme et mes petits enfants ? » et le cupide juif, voyant combien ce pauvre était ignorant, lui répondit : « Cela, ô pauvre, n’a aucune valeur et personne ne te les achètera ; mais moi, qui suis un homme de bien et connu pour sa générosité, je te donne un pain en échange de ces mauvais cailloux. »
Et le bûcheron, tout pleurant, repartit à la forêt, car s’il avait bien peur de l’Afrit, il ne pouvait voir non plus mourir ses enfants. Mais, cette fois, l’Afrît ne dit rien quand le bûcheron lui raconta ce qui s’était passé avec le juif.
 

 

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Il prit deux zerwâta (3) bien cloutées dans ses terribles mains, ce que voyant le bûcheron se jeta à terre en invoquant Allah, croyant son heure venue. Mais, à son grand étonnement, il ne reçut aucun coup de bâton des mains de l’Afrît qui le releva, lui donna les deux zerwâta et lui dit : «  Débrouille-toi avec cela. Tu n’auras qu’à dire : « Zerwâta, zerwâta, faites votre besogne », et tu seras tiré d’embarras. Mais n’y reviens jamais. Ceci est mon dernier mot ; ne trouble plus le repos de la forêt. »
 
 
Et le bûcheron partit. Et la malice lui vint, en route, de récupérer tous les dons de l’Afrît en moins d’une journée, car il eut vite compris pourquoi le bon Afrît musulman lui avait donné ces deux bâtons. Il se rendit d’abord chez la femme qui avait pris le moulin enchanté, premier don de l’Afrît. Celle-ci nia énergiquement avoir changé le moulin. Mais les zerwâta, invitées à faire leur besogne, la firent vite changer d’avis, et elle rendit le moulin après avoir été rouée de coups comme il convient.
 
Ensuite, la guesâa revient par le même procédé. Quant au juif, les zerwâta firent une si bonne besogne, que non seulement il rendit en pièces d’or la valeur des pierres précieuses volées, mais il donna, en outre, tout l’argent qu’il avait dans sa boutique et les pierres précieuses elles-mêmes dont il avait déjà fait de magnifiques bijoux.
 
Grâce au moulin enchanté, à la guesâa, au chat noir dont les excréments sont des pierres précieuses, il est le plus riche, et les zerwata qui savent si bien besogner en font l’homme le plus puissant et le plus respecté. Et tout cela grâce au bon Afrît, terrible d’aspect seulement, et pour le grand repos de la forêt.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note: 

(1). L’ouvrier

(2). Le mekebb est un couvercle de sparterie en forme de cône dont on recouvre les plats.

(3). Bâton terminé par une extrémité cloutée qui en fait une arme dangereuse.

 

 

 

 

 

 

N.B : Illustrations de Gustave Doré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La guerre en Crimée et les Algériens

5032016

Par le Cheikh Sidi Mohammed ben Ismaïl d’ALGER 

 

 

 

 

 

 

La guerre en Crimée et les Algériens   dans Littérature 1478771891-160204030956785581

Troupes algériennes en Crimée en 1854
(durant la guerre de Crimée 1854 – 1856)

 photo © Fenton Roger (1819-1869)

 

 

 

 

 

 

L’auteur du poème est le Cheikh Mohammed ben Ismaïl, né vers 1820 à Alger, où il mourut vers 1870.

Ayant peu de goût pour l’étude du Coran, et malgré les réprimandes de son père, il quitta l’école et entra en relations avec les poètes de l’époque. Il parcourut alors, véritable trouvère, tout le pays compris entre le Djurdjura, Médéa, Miliana et Cherchell.

Il se livra de bonne heure à cette poésie populaire pleine de plaisanteries, de frivolités et d’une certaine naïveté, que l’on entend débiter dans les soirées nuptiales et dans ces sortes de concerts où afflue toute la jeunesse arabe.

Devenu homme, il s’adonna à la poésie sérieuse, comme l’on dit, et composa un assez grand nombre de pièces, dont la plupart sont des panégyriques en l’honneur du Prophète ou de quelques saints de l’Islam. Néanmoins, quelques-unes d’entres elles, peu nombreuses, il est vrai, racontent les exploits légendaires de quelques héros musulmans. Et c’est à ces dernières qu’il faut rattacher la « Guerre de Crimée. »

Il semble que notre poète ait sciemment essayé de rendre moins importante l’intervention et surtout l’aide des Français, des Anglais et des Piémontais dans cette mémorable campagne.

Toutefois, il se peut qu’il n’ait entendu parler que des premières attaques des Russes sur les bords du Danube et où ceux-ci eu connaissance que des victoires remportées par Omar Pacha à Eupatoria et pas Selim Pacha à Litate.

Ce chant populaire fut une des pièces qui ont obtenu jusqu’au début du XXe siècle, un grand succès auprès des Algériens.

A noter que l’édition de ce poème comprend 4 manuscrits, recueillis par Mr. Ben Cheneb au début du XXe siècle (1907) dont l’un a été communiqué par le fils de l’auteur.

Les variantes sont peu nombreuses, nonobstant les fautes d’orthographe dont fourmillent les manuscrits, écrits par des illettrés. Quant au nombre de vers, il est partout le même.   

 

 

 

 

Le texte en arabe dialectal algérien (Extrait)

قال الشيخ السيد محمد بن اسماعيل الجزائري رحمه الله آمين

 

يسم الإله نبدا الحلة للعاشقين

                                      ببشاير النصر يذهب كل غيار

صلوا على النبي محمد ضاوي الجبين

                                         و ارضوا على اصحابه جملة الابرار

أدعوا بالنصر للأمة المجاهدين

                                    الله ينصر أمة شارق الأنوار

*أدعوا بالنصر لله يا حضار*

 

 

***

 

1

 

يا رافع السما بالقدرة * المومنين ليك تقارع

انعم على الغزاة بنصرة * الاسلام كلها تضارع

اجل على العباد الكشرة * لا منع غير حصنك مانع

 

 

طابت قلوب الاعباد * عيت ما تهترف

في كل يوم جداد * باخبار سوء يزعف

رب بسيد الاسياد * فيما قضيت و الطف

 

رب الطف بحال عبادك و انت الحنين

                    لا خبر زين يحلى به التقصار      

في كل يوم الاخبار انواع مخبلين

      يتخرق العقل من كثرة الاخبار 

 

 

2

 

يا كامل العطآ فرحنا * ببشاير النصر يا ربي

تبرا تزول هذه المحنة * على المومنين يا مرغوبي

بجند من الانلاك انصرنا * و اهزم جيوش قوم الرهب

 

انصر جيوش الاسلام * بالمصطفى حبيبك

أمة شفيع الانام * عزموا لنصر دينك

اتفقوا الخاص و العام * على عابدين غيرك

 

 

انصرعلام عبدك امير المومنين  

  عبد المجيد ناصر الدين المختار

قاموا جنود الاسلام معه مسبلين

  في نصر دين رب تفنى الاعمار

(…………….)

 

 

 

 

 

La traduction de ce passage :

 

Au nom de Dieu, je commence ce « manteau » pour ceux qui aiment (le récit des victoires de l’Islam) ; la nouvelle de la victoire dissipe toute tristesse.

Dites [avec moi] : Que Dieu bénisse le prophète Mohammed, dont le front brille ; que Dieu soit satisfait de ses compagnons, troupe de preux !

Demandez [à Dieu] la victoire pour le peuple vaillant.

Puisse Dieu la donner à la nation de celui qui brille avec tant d’éclat (Mohammed) !

 

[Refrain]. – O vous qui êtes ici, pour l’amour de Dieu, demandez-lui la victoire !

 

 

1

O toi qui, par ta puissance, tient le ciel si élevé,

Les Croyants espèrent en toi ;

Donne la victoire aux guerriers conquérants,

Tous les musulmans te prient humblement [de la leur accorder].

Dissipe la tristesse de (tes) esclaves ;

Il n’y a que ta forteresse qui soit imprenable.

 

Le cœur de (tes) esclaves n’en peut plus, fatigué qu’il est par le rêve qui l’obsède ;

Chaque jour (l’ennemi) sème des nouvelles alarmantes qui irritent.

Dieu, par considération pour le Seigneur des Seigneurs, sois bienveillant dans tes décrets.

Dieu aie pitié de tes esclaves, car tu es miséricordieux.

[Nous n’avons] pas de bonne nouvelle qui adoucisse la « soirée » ;

Chaque jour, les nouvelles sont diverses et contradictoires :

L’esprit se trouble tant elles sont nombreuses.

 

 

2

O toi qui accorde des dons si parfaits,

Réjouis-nous en nous apprenant la victoire, ô mon Seigneur,

Par elle, le malheur des Croyants disparaîtra et cessera,

O toi que j’invoque.

Avec une armée d’anges, rends-nous vainqueurs,

Et mets en fuite les armées du peuple infidèle.

 

Donne la victoire aux armées de l’islam,

Par considération pour l’Elu, ton Ami ;

Le peuple de celui qui intercède [auprès de Dieu] pour tous les hommes, a résolu de défendre ta religion.

Grands et petits s’unissent contre ceux qui adorent un autre que Toi.

 

Donne la victoire au drapeau de ton esclave, le commandeur des Croyants, Abd el-Madjid, le défenseur de la religion de l’Elu.

[Toutes] les classes de l’Islam, prêtes au dévouement, se sont levées à son appel ; pour la défense de la religion de Dieu, les vies disparaissent. 

 

 

 

 

 

 

 

Le texte complet (Edition + Traduction) 

ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Une jeune fille plus ingénieuse que le Tsar (conte populaire Serbe)

21012016

 

 

 

 

 

Une jeune fille plus ingénieuse que le Tsar (conte populaire Serbe) dans Littérature 1478771978-160120090206472404 

Été, 1891 / Jules Breton

 

 

 

 

 

 

Il était une fois un homme pauvre. Il vivait dans une grotte et ne possédait qu’une fille, mais elle était fort intelligente. De tous côtés, elle allait demander l’aumône. Et elle apprenait aussi à son père comment mendier, et parler avec raison. Un jour, le pauvre s’en fut chez le Tsar pour qu’on lui fît la charité. Le Tsar l’interrogea :

-          D’où es-tu, et qui t’a appris à parler si sagement ?

Il indiqua d’où il venait, et que c’était sa fille qui lui avait appris à parler de la sorte.

-          Mais, à elle, qui le lui a enseigné ?

-          Dieu et notre misérable pauvreté l’ont rendue intelligente.

 

 

Le Tsar alors lui confia trente œufs, et ordonna :

-          Rapporte-les à ta fille, qu’elle les fasse couver. Je veux avoir des poussins. Et pour cela, elle sera grandement récompensée. S’il n’en sort rien, tu seras torturé.

 

En pleurant, le pauvre retourna à sa grotte et raconta l’aventure à sa fille. Celle-ci s’aperçut immédiatement que les œufs étaient cuits et durs. Elle conseilla à son père d’aller se reposer pendant qu’elle s’occuperait de tout. Le père obéit et s’en fut dormir. Entre temps, elle prit une marmite, la remplit d’eau et de fèves, et la mit sur le feu. Le matin, quand les fèves furent cuites, elle appela son père :

-          Prends ton araire et tes bœufs, et va labourer juste à côté de la route où doit passer le Tsar. Quand tu le verras, prends les fèves, sème-les et crie : « Ah, mes bœufs, qu’avec l’aide de Dieu poussent ces fèves cuites ! »

Lorsque le Tsar te demandera comment peuvent pousser des fèves bouillies, tu n’as qu’à répondre : « Comme des poussins peuvent sortir d’œufs durs ! »

 

Le pauvre suivit le conseil de sa fille, et partit labourer. Au passage du Tsar, il se mit à crier :

-          Ah ; mes bœufs, qu’avec l’aide de Dieu poussent ces fèves cuites !

A ses cris, le Tsar s’arrêta sur la route et s’adressa au pauvre :

-          Miséreux, comment donc peuvent-elles pousser ?

-          Très noble Tsar, exactement comme des poussins peuvent sortir d’œufs durs.

 

 

 

Le Tsar devina aussitôt que sa fille lui avait fait la leçon. Il ordonna à sa suite de lui amener le pauvre, à qui il tendit un écheveau de lin :

-          Prends cela : je veux que tu en fasses les cordages et les voiles nécessaires à un navire. Faute de quoi tu auras la tête tranchée !

Epouvanté, le malheureux prit l’écheveau, s’en retourna chez lui et le confia à sa fille. Celle-ci l’envoya dormir, en lui promettant de s’occuper de tout. Le lendemain, elle prit un petit morceau de bois, et réveilla son père :

-          Prends ce morceau de bois, apporte-le au Tsar : et qu’il m’en fasse une quenouille, un fuseau, une ensouple et toutes les autres pièces d’un métier !

Alors je tisserai tout ce qu’il m’ordonne.

 

 

 

 

 

1478771999-160120090812488 conte dans Littérature populaire 

Fileuse, 1872 / Jules Breton

 

 

 

 

 

 

Le pauvre suivit le conseil de sa fille, et parla au Tsar précisément comme elle le lui avait enseigné. Son discours surprit le Tsar. Il ne savait que faire et se perdait en réflexions. Enfin, il attrapa un petit verre :

-          Prends ce petit verre, apporte-le à ta fille. Qu’avec lui elle puise toute l’eau de la mer, pour en faire un pré.

Le pauvre obéit. En pleurant, il rapporta le verre à sa fille et lui annonça ce que le Tsar exigeait. Elle lui dit simplement :

-          Nous verrons demain ; je m’occuperai de tout.

Le lendemain, elle appela son père et lui tendit dix onces d’étoupe :

-          Donne-le au Tsar et dis-lui : Si avec cette étoupe tu parviens à boucher toutes les sources et tous les lacs, alors je viderai la mer avec ton petit verre.

 

 

Le pauvre partit. Et c’est ainsi qu’il parla au Tsar. Celui-ci reconnut que la fille était beaucoup plus avisée qui lui-même, et ordonna au père de la lui présenter. Quand le père et la fille furent devant lui, ils se prosternèrent, et le souverain la questionna :

-          Devine, ma fille : que peut-on entendre de plus loin ?

-          Très noble Tsar, ce qu’on peut entendre de plus loin, c’est le tonnerre, et le mensonge.

 

 

Alors le Tsar saisit sa barbe et se tourna vers ses courtisans :

-          Devinez : combien vaut ma barbe ?

Chacun donna son avis. La jeune fille les laissa parler tant et plus. Enfin elle leur dit que personne n’avait trouvé la réponse :

-          La barbe du Tsar vaut trois pluies d’été.

Le Tsar s’étonna et déclara :

-          C’est la jeune fille qui a le mieux répondu.

 

 

Puis, il lui demanda si elle voulait devenir sa femme, puisque, de toutes manières, elle ne pourrait pas y échapper. La jeune fille s’inclina :

-          Très noble Tsar ! qu’il en soit selon ton désir. Mais je te prie de m’écrire noir sur blanc, de ta propre main, que si un jour tu t’irrites contre moi et que tu me chasses, je serai libre, en quittant ton palais, d’emporter avec moi ce qui m’est le plus cher.

 

Le Tsar consentit, et signa. Quelque temps passa. Un jour, il se fâcha contre elle :

-          Je ne te veux plus pour femme ! quitte le palais, et va-t-en où bon te semblera !

-          Illustre Tsar, je t’obéirai. Mais permets-moi de passer une nuit encore au palais. Demain, je partirai.

 

 

Il lui accorda de passer une dernière nuit. Au dîner, la Tsarine fit un mélange de vin, d’eau de vie et d’herbes aromatiques, et l’offrit à boire à son mari :

-          Bois, Tsar, sois gai ! car demain nous nous séparons ! et, crois-moi je serai plus joyeuse que quand nous nous sommes unis !

Le  Tsar s’enivra, et s’endormir. Sa femme alors fit préparer un carrosse et l’emmena dans une caverne. Réveillé dans la grotte, quand il vit où il était, le Tsar s’écria :

-          Qui m’a amené ici ?

-          C’est moi.

-          Qu’as-tu fait de moi ? ne t’ai-je pas dit que tu n’étais plus ma femme ?

 

 

A ces mots, elle sortit la promesse écrite de la main de son mari :

-          C’est vrai, noble Tsar, tu me l’as dit. Mais jette un coup d’œil sur ce que tu m’as promis là : qu’à mon départ je pourrais emporter ce qui m’est le plus cher.

Alors le Tsar l’embrassa, et ils retournèrent au palais.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Chant Funèbre de la veillée des morts (Nord de L’Angleterre)

7122015

 

 

 

 

 

 

C’est une espèce d’incantation chantée par les paysans catholiques romains du nord de l’Angleterre, lorsqu’ils veillent auprès d’un mort avant l’enterrement. L’air est plaintif et monotone, et joint aux paroles mystérieuses il produit un effet solennel.

 

 

 

On trouve dans un ancien manuscrit un commentaire sur ce chant.

— « Quand une personne meurt, certaines femmes chantent devant le cadavre une chanson dans laquelle on décrit le voyage qu’il ,va faire, et elles croient (tel est leur aveuglement) qu’il est bon de donner une fois dans sa vie une paire de souliers à un pauvre; attendu qu’après cette vie on est obligé de passer nu-pieds au travers d’une grande lande pleine d’épines et d’ajoncs, à moins que par les mérites de l’aumône susdite on ne se rachète de cette pénitence. Au bord de cette lande un vieillard se présente et vous donne les mêmes souliers que vous avez donnés aux pauvres de votre vivant, et quand il vous a chaussé de la sorte, vous pouvez traverser les endroits les plus fourrés sans risque d’être égratigné. »

 

 

 

Les idées mythologiques de ce morceau sont communes à plusieurs nations. Les musulmans, par exemple, croient que tous les morts doivent traverser, en allant au jugement dernier un pont formé par une barre de fer rouge placée au-dessus d’un abime sans fond. Les bonnes œuvres de tout vrai croyant prendront alors une forme substantielle, et s’interposeront entre ses pieds et le pont de la terreur.

 

 

 

 

 

CHANT FUNÈBRE.

 

 

Cette nuit, cette nuit, chaque nuit, toutes les nuits, du feu, du sel et des flambeaux; et Christ reçoive ton âme!

 

Quand tu auras quitté cette terre, chaque nuit, toutes les nuits, tu viendras enfin à la lande des épines; et Christ reçoive ton âme!

 

Si jamais tu donnas chausses et souliers, chaque nuit, toutes les nuits, assieds-toi, et chausse-toi; et Christ reçoive ton âme!

 

Si jamais tu ne donnas ni chausses ni souliers, chaque nuit, toutes les nuits, les épines te piqueront jusqu’à la moelle des os; et Christ reçoive ton âme!

 

Quand tu auras passé la lande dos épines, chaque nuit, toutes les nuits, au pont de la terreur tu parviendras enfin; et Christ reçoive ton âme!

 

 

 

 

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Quand tu auras passé le pont de la terreur, chaque nuit, toutes les nuits, au feu du purgatoire tu parviendras enfin; et Christ reçoive ton âme!

 

Si tu n’as jamais donné à manger ni à boire, chaque nuit, toutes les nuits, le feu te brûlera jusqu’à la moelle; et Christ reçoive ton âme!

 

Cette nuit, cette nuit, chaque nuit, toutes les nuits, du feu, du sel et des flambeaux; et Christ reçoive ton âme!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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