La Révolte du Cheïkh Sidi Yahia ben Soliman el-Aourassi / Constantine – vers 1600

15092020

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est vers la fin du seizième siècle que nous devons placer la révolte du Cheïkh Sidi Yahia ben Soliman el-Aourassi (des Aurès), dont une chronique locale nous a conservé le souvenir avec assez de détails.

 

Ce cheïkh, qui s’était formé à l’école de Sidi el-Ouzzan, et plus tard à celle de Sidi Kassem ben Lefgoun, devint un des jurisconsultes les plus éminents de Constantine. Sa réputation le fit appeler à la cour des sultans d’Alger, où il eut ses entrées libres. Les pachas ne prenaient aucune décision importante, dans les questions concernant les affaires de la justice, sans l’avoir au préalable consulté, et son avis prévalait toujours. Les Arabes du dehors n’avaient également foi qu’en lui.

 

Une telle considération ne pouvait manquer de lui attirer des envieux. Il en eut, et leur attitude devint telle, qu’il dut retourner à Constantine, mais la calomnie l’y poursuivit encore. Ses ennemis firent courir le bruit qu’il avait secoué le joug de l’obéissance, et qu’en sous main il fomentait une révolte. Pour échapper aux poursuites ordonnées contre lui, il s’enfuit de Constantine avec son frère, Aboul Abbas Ahmed, et se retira dans les montagnes de l’Aurès. Une foule d’Arabes, parmi ceux qui vivaient encore en état d’insoumission, et particulièrement les Ouled Aïssa et les Guerfa, l’y suivirent et Ahmed se mit à leur tête. Bien que le cheïkh Sidi Yahia ne parut pas ostensiblement prendre fait et cause pour les révoltés, personne ne douta qu’il ne fût l’instigateur et l’âme du mouvement, tant on savait grandes son influence et son autorité sur les esprits.

 

L’insurrection prit bientôt des proportions telles, qu’on jugea nécessaire d’envoyer des troupes d’Alger pour en arrêter le cours. Nous ne savons qui commandait ces troupes; seulement le narrateur ajoute qu’après plusieurs combats livrés inutilement à l’ennemi, les Turcs durent se retirer, sans avoir remporté aucun succès. Les révoltés continuèrent à vivre pendant quelque temps dans cet état d’insurrection; mais bientôt la discorde se mit entre eux. Une faction contraire parvint à attirer traîtreusement chez elle le cheikh Sidi Yahia, sous prétexte de lui donner une soirée. Le cheïkh n’hésita pas à s’y rendre, bien qu’il sut d’avance, dit-on, le sort qui l’y attendait, et dans la nuit il fut tué. Il devait sans doute en être ainsi dans les décrets de Dieu (réflexion du chroniqueur).

 

Son fils, Abou Abdallah Ahmed, du même nom que son frère, se mit après lui à la tête des révoltés ; mais, soit que les divisions intestines qui avaient amené le meurtre de son père se continuassent et qu’il craignît de subir un même sort, soit pour tout autre motif, il ne tarda pas à se séparer des insurgés et à venir à Constantine faire sa soumission. L’aman lui fut accordé, et il vécut dans cette ville pendant assez longtemps.

 

L’auteur de la chronique dont nous extrayons ce récit, ajoute : « J’ai entendu dire par le taleb Mohammed en-Negaoussi, alors relieur à Constantine, qu’il avait lu dans un livre traitant des choses passées et des choses futures, que le cheikh Yahia ben Soliman se révolterait dans les Aurès et qu’il mourrait martyr de sa foi, ce qui arriva en effet plus tard. Cette communication me fut faite avant que le cheïkh ne se fût mis en révolte.

 Plus tard, son fils Ahmed m’a confirmé que son père avait connaissance de cette prédiction, et qu’il y était même dit que ce serait lui qui, après la mort de son père, se mettrait à la tête des révoltés. »

 

Ce cheïkh Yahia était présent au lit de mort de Sidi Abd el-Kerim el-Fegoun. Celui-ci mourut le 13 août 1580. Le fait de la révolte de Sidi Yahia est donc postérieur à cette date. D’un autre côté, si nous considérons que Sidi Abd el-Kerim ben Mohammed el-Fegoun, auquel nous empruntons ce récit, est né en janvier 1581, et que lorsque le relieur Mohammed lui fit sa communication, Sidi Yahia ne s’était point encore mis en révolte, nous ne devons pas être très éloigné de la vérité en plaçant cet événement vers l’année 1600 de notre ère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’Aménokal du Hoggar

29062020

 

 

 

 

 

 

L’aménokal, littéralement le possesseur du pays en tamacheq, est le roi, l’empereur, le prince, en un mot, le chef suprême qui ne dépend de personne. Chez les Hoggar, les Ajjer et les Ouelleminden, c’est le chef de la fédération, reconnu par toutes les tribus qui la composent. Chaque tribu touarègue est dirigée par un chef qui est appelé amghar, ce qui fait écrire au Père Foucauld dans son dictionnaire que tout aménokal est un amghar et que la réciproque n’est pas vraie.

 

Les Touaregs avaient la caractéristique d’être très belliqueux et de se complaire dans une relative anarchie. C’est pourquoi le statut d’aménokal était à la fois confortable et précaire puisqu’il impliquait la possession de pouvoirs et de privilèges étendus, à condition d’être reconnu par les notables des tribus dominantes et aussi par ceux des tribus dominées.

 

La désignation de l’aménokal se faisait selon une procédure toute particulière. Celui-ci devait être choisi au sein de la tribu noble qui seule détenait le droit immuable, de par ses origines, de le fournir. Pour la fédération des Hoggar qui regroupait sept tribus nobles et neuf tribus vassales, l’aménokal devait appartenir à la tribu des Kel Rela. D’après le Père Foucauld, celle-ci comptait de soixante à quatre-vingts familles au tout début du vingtième siècle.

 

Selon les règles matriarcales en vigueur chez les Hoggar, le successeur de l’aménokal était d’abord son frère, puis en l’absence de frère, son cousin germain, fils aîné de sa tante maternelle et enfin en l’absence de frère et de cousin germain, le fils aîné de la fille aînée de sa sœur aînée. Une fois le successeur désigné selon cet ordre successoral, les chefs et autres notables de l’ensemble des tribus de la fédération approuvaient ou refusaient le prétendant. A cette occasion, ce dernier courait toujours le risque d’être remplacé par un chef plus populaire qu’il ne l’était lui-même. Ses attributions font de annuel, la tioussé, soit sous forme de vivres, grain, beurre, animaux domestiques, soit sous forme de peaux ou d’objets travaillés. De plus, chaque activité à caractère économique donne lieu à une taxe. En 1948, l’aménokal du moment, Meslah ag Amaïas, dispose des ressources suivantes: les caravanes lui paient un droit de passage, ainsi que les gens qui vont extraire le sel à la saline d’Amadror. C’est ainsi que chaque homme qui a été à la saline verse une mesure de trois litres de sel par charge de chameau laquelle est de cent quatre-vingts litres. Chaque homme qui revient du Soudan avec ses bêtes engraissées doit donner un sac, une outre à eau, un pot de beurre, une corde en poil de chèvre et s’il le peut une chèvre.

De plus, chaque homme portant le voile, c’est-à-dire chaque adulte considéré comme guerrier, doit payer un dourou d’argent soit cinq francs. De la part des cultivateurs, il reçoit quatre mesure de grain par jardin et par récolte, il y en a deux par an. Les utilisateurs de terrains de chasse lui donnent, en échange de leur privilège, trois mouflons séchés par an. Il reçoit les revenus de certaines terres et de certains troupeaux qui sont son apanage, car l’aménokal a droit de regard sur les successions. En contrepartie, il doit entretenir son entourage: ses parents et sa clientèle au sens antique du terme. Il doit aussi nourrir les parents de son prédécesseur.

 

Les pouvoirs de l’aménokal sont ceux d’un chef de guerre. En temps normal, il arbitre les conflits intertribaux portant sur l’utilisation des terrains de pâturage et les vols de troupeaux. Son rôle est plus important dans les relations avec les tribus étrangères à la fédération, toutefois ses décisions sont soumises à l’aval de l’assemblée des notables, l’arollan. L’aménokal vit simplement comme ses sujets, un peu mieux cependant cas c’est le seul personnage ayant les ressources alimentaires lui permettant d’afficher de l’embonpoint. Plus simplement, il est l’un des rares à pouvoir manger tous les jours à sa faim. Aucun cérémonial particulier ne caractérise la vie sous la tente de l’aménokal. Seul le tobol, tambour en arabe, placé à l’entrée de la tente signale la qualité de son occupant.

 

Le tobol est un tambour de forme hémisphérique, de grande dimension, en général quatre-vingts centimètres de diamètres, que seul l’aménokal a le droit de faire battre pour appeler au rassemblement dans d’importantes circonstances. Le tambour, muni de deux poignées latérales, est porté par deux hommes qui le frappent alternativement avec un battant en peau de chameau. Le son d’un tel instrument est réputé porter jusqu’à une vingtaine de kilomètres et chaque guerrier qui l’entend se doit d’obéir à son appel et de prévenir son entourage d’en faire de même. L’aménokal ne se déplace jamais très loin sans son tobol qui est porté par un homme de confiance. En temps de guerre, les roulements du tobol sont modulés pour annoncer un ennemi à pied ou un ennemi à chameau. L’injure suprême que l’on puisse faire à un aménokal, donc à la tribu toute entière, est de crever son tobol.

Les différents aménokal, la forme du pluriel en tamacheq est iménokalen, nous sont plus ou moins connus en fonction des événements historiques qui ont marqué leur règne. La liste des aménokal des Hoggar, telle qu’elle est couramment admise, est la suivante:

 

Inouès ag Sidi, vers 1790.

 

Ag Mâma ag Sidi, vers 1830

 

El Hadj Ahmed ag el Hadj el Bekri (1830-1877).

 

Ahitarel ag Mohamed Biska (1877-1900) est celui qui réussit à interdire le Sahara central aux étrangers.

 

Attici ag Amellal nommé en même temps que Mohammed ag Ourzig (1900-1905).

 

Moussa ag Amastane (1905-1920) qui se soumit a la France où il fit un voyage officielle en 1910.

 

Akhamouk ag Ihemma (1920-1941) était le cousin de son prédécesseur.

 

Meslah ag Amaïas (1941-1950).

 

Bey ag Akhamouk (1950-1970) qui fut le dernier aménokal des Hoggar.

 

 

Le plus célèbre des aménokal est incontestablement Moussa ag Amastane. Il côtoya le Père Foucauld pendant une dizaine d’années. Voici ce que ce dernier écrivait sur lui dans son journal à la date du 25 juin 1905 à l’issue de leur première rencontre: «Il est bien, très intelligent, très ouvert, très pieux musulman, voulant le bien en musulman libéral, mais en même temps ambitieux et aimant argent, plaisirs, honneurs, comme Mahomet, la plus parfaite créature à ses yeux. En résumé, Moussa est un bon et pieux musulman, ayant les idées et la vie, les qualités et les défauts d’un musulman logique et en même temps l’esprit aussi ouvert que possible. Il désire beaucoup aller à Alger et en France. D’accord avec lui, mon installation au Hoggar est décidée».

 

 

 

 

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Moussa ag Amastan à Alger en 1922

Source: Musée Saharien 

 

 

 

 

Les faits parlent d’eux-mêmes, homme de paix et de dialogue, il favorisa le renforcement de la pratique de l’islam en suivant les conseils de son secrétaire Ba Hammou El Ansâri, fils du caïd de la ville de Rhat, lequel parlait l’arabe et le tamacheq et avait été secrétaire de tous les aménokal depuis vingt-cinq ans. Il ne prit pas part officiellement au soulèvement senoussiste de 1916-1917 et ce malgré l’avis d’une partie des siens.

 

Il est à noter que les Kel Rela et leurs vassaux les Dag Rali, qui habituellement nomadisaient à proximité de Tamanrasset, étaient partis au loin faire paître les troupeaux de chameaux lorsque le rezzou de Touaregs Ajjer vint pour enlever le Père Foucauld et finalement le tuer, sans doute par accident, le 1er décembre 1916. personne n’est en mesure de savoir avec certitude si les Hoggar se sont éloignés de Tamanrasset pour laisser le champ libre aux Ajjer dissidents, ou si au contraire, ces derniers sont venus enlever le Père de Foucauld parce qu’ils le savaient seul dans son fortin, sans personne pour lui venir en aide. Compte tenu de la situation du moment, qui était qu’après avoir chassé les Italiens de Tripolitaine, les Touaregs dissidents s’étaient emparés de la place forte de Djanet, porte du Sahara central, et compte tenu aussi du profond désir d’indépendance dont les tribus ont toujours fait preuve, il est possible de pencher pour la première hypothèse qui cadre bien avec la mentalité orientale. Ceci est corroboré par le fait que les Dag Rali, à l’inverse de leurs suzerains, entrèrent en dissidence peu de temps après. Moussa ag Amastane repose à proximité de Tamanrasset dans un mausolée du plus pur style mauresque.

 

On dispose d’une description d’un autre Aménokal ayant vécu à une époque plus récente, il s’agit du jugement porté sur Bey ag Akhamouk par le capitaine commandant la compagnie méhariste du Hoggar en 1957, à un moment où la rébellion algérienne (la guerre de libération) commençait à monter en puissance dans le grand Sud-saharien: «L’aménokal Bey Akhamok était un géant énigmatique. Je l’avais rencontré pour la première fois dans son campement mais j’avais été gêné pas ma méconnaissance du tamacheq. Je crois, plus de son titre respecté par tous que de sa propre personnalité». Cet officier jugeait d’ailleurs qu’en cas de conflit, l’aménokal aurait eu sur les méhariste une autorité supérieure que la sienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

La fin de l’aménokalat

 

Le gouvernement de la jeune République démocratique algérienne fut obligé de prendre des gants avec les Touaregs. Le dernier aménokal, Bey ag Akhamouk fut nommé au poste honorifique de troisième vice-président de l’Assemblée nationale et ce n’est qu’à sa mort, en 1977, que le titre d’aménokal du Hoggar fut officiellement supprimé et qu’un préfet fut mis en place. La fin de l’aménokalat a marqué une étape très importante dans le processus d’acculturation des Touaregs, elle est venue compléter les effets d’une politique d’arabisation, d’islamisation et de sédentarisation visant à faire disparaître la culture touarègue.

 

 

 

 

 

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Bey Ag Akhamouk, amenokal du Hoggar, présenté au Président de la République, à Paris, France le 13 juillet 1961.

 

 

 

 

 

 

 

Une autre fédération touarègue, plus attachée encore à ses traditions que les Hoggar eux-mêmes, celle des Ouelleminden Kel Attaram, surnommées les irréductibles, a su conserver les noms, la généalogie et la chronologie de ses vingt-trois aménokal qui se sont succédé de 1580 à 1981. Parmi eux, vingt ont été de la lignée des Kel Talataye. Les trois autres furent Firhoun ag Al Insar (1902-1916) de la tribu des Idaragarène et deux de ses descendants. Firhoun, qui conduisit la révolte de 1916 dans ce qui deviendra le Mali en 1960, est à juste titre le plus célèbre d’entre tous les chefs Ouelleminden.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




‘Abd Al-Hamid Ibn Yahia (VIIIe s.)

12052020

 

 

 

 

 

 

‘Abd Al-Hamid Ibn Yahia (VIIIe s.)  dans Histoire

 

 

 

 

 

La célébrité de ‘Abd al-Hamid tient au fait qu’il est les premier «secrétaire» dont l’existence historique soit confirmée par une œuvre littéraire passant pour l’une des premières manifestations de la littérature arabe en prose.

 

 

 

 

 

La Tradition des «secrétaires» arabes

 

La dynastie omeyyade qui, en 661 de notre ère (41 de l’hégire), prend la direction de la communauté islamique et choisit Damas pour capitale, se signale par l’implantation d’une administration centrale cohérente et hiérarchisée, notamment à partir du début de notre VIIIe siècle, sous le règne du calife ‘Abd al-Malik (685-705). la réforme fondamentale consiste alors dans l’introduction de l’arabe comme langue administrative, alors que les souverains précédents avaient prudemment maintenu l’usage du grec et du persan, consacré par les administrations antérieures.

 

Le personnel, hérité des administrations byzantine et sassanide, va dès lors s’arabiser et s’islamiser de plus en plus, mais le processus ne s’achèvera que beaucoup plus tard.

D’une certaine façon, on peut même dire que seule l’arabisation sera complète: des fonctionnaires chrétiens – voire parfois juifs, comme sous les Fatimides – continueront d’occuper les postes dans les administrations arabes du Proche-Orient jusqu’à l’époque actuelle.

 

C’est parmi ces fonctionnaires, qui portent le nom de «secrétaires» (katib; pluriel, kuttab) pratiquement à tous les échelons, souvent originaires de communautés minoritaires, que se recrute une bonne partie des cadres lettrés. Par la force des choses, ils enrichissent le patrimoine arabe d’une masse d’éléments provenant de la tradition hellénistique et byzantine d’une part, indo-iranienne et sassanide d’autre part.

 

 

 

 

‘Abd al-Hamid et le genre de l’épître

 

Natif des bords de l’Euphrate, il n’est sans doute pas d’origine arabe, mais client d’une famille apparentée à la tribu du prophète Muhammad. Il aurait débuté comme maître d’école itinérant avant d’entrer dans l’administration omeyyade. Il y conquiert une place de premier plan sous le dernier calife de cette dynastie, Marwan ibn Muhammad (744-749). Lorsque les ‘Abbasides balayent les Omeyyades, il semble avoir partagé leur sort et avoir été exécuté en 750 (132 de l’hégire) au cours de la fuite des derniers survivants de la dynastie en Égypte.

 

On lui connaît dans ce pays des descendants qui joueront un rôle dans l’administration tulunide.

 

‘Abd al-Hamid est le fondateur du genre épistolaire en arabe. Il faut distinguer deux sortes d’épîtres (risala; pluriel, rasa’il):

 

- les pièces de chancellerie proprement dites, celles qui – de façon plus ou moins authentique – entrent dans la catégorie des documents d’archives;

 

- les épîtres littéraires qui sont composées, en général, dans un but didactique et véhiculent les principes d’une éthique qui s’incorporera à la tradition arabo-islamique.

 

 

Les écrits de ‘Abd al-Hamid comprennent quelques pièces de chancellerie et lettres privées. Ces documents sont rédigés en prose rimée (sadj’ سجع ) et, par leur style recherché et parfois obscur, n’ont aucun des caractères de la correspondance administrative telle que nous la concevons. C’est pourtant ce style qui l’emportera définitivement dans l’administration des pays arabes, notamment lorsqu’il aura été brillamment illustré par de hauts fonctionnaires épistoliers au Xe sièle (Sahib ibn ‘Abbad, Ibn al-’Amid, Badi’ al-Zaman al-Hamadhani), au point qu’il caractérise la totalité des pièces d’archives des pays arabo-islamiques jusqu’à une époque relativement récente.

 

Les épîtres ayant plus spécialement un caractère littéraire ne diffèrent guère des précédentes par leur style. Elles ont pour particularité de faire passer en arabe, sans doute pour la première fois, les éléments d’une éthique individuelle et sociale héritée des traditions antérieures, mais revêtus d’un vernis islamique. C’est ainsi que la longue épître adressée à ‘Abd Allah, fils du calife Marwan, accumule des conseils de conduite privée, d’étiquette et d’art militaire. D’inspiration plus nettement pédagogique encore est l’Épître aux Secrétaires, rédigée dans une langue plus simple et plus fluide. C’est le premier exemple attesté d’un genre qui fleurira dans la littérature arabe, au point de tourner rapidement aau poncif, mais qui sera d’autre par le noyau de la littérature à la fois didactique et récréative dite «littérature d’adab»: le genre de l’adab al-kuttab, ou du «manuel du parfait secrétaire». Ce genre trouve sa justification dans l’incontestable impréparation – d’un point de vue arabe et islamique s’entend – du personnel administratif, le plus souvent non arabe et non musulman, hérité des régimes précédents. Les règles de l’administration sassanide, mais aussi les méthodes militaires byzantines, inspirent nettement cette épître de ‘Abd al-Hamid, et s’incorporent ainsi à la nouvelle éthique du monde islamique sédentaire en gestation.

 

 

L’influence de ‘Abd al-Hamid en qualité d’épistolier, dans le domaine du style, se fera sentir dans la prose de chancellerie de toutes les époques. Pour ce qui est plus précisément de son influence sur la littérature d’adab, les idées qu’il véhicule, par l’intermédiaire de son disciple et émule Ibn al-Muqaffa’, vont se retrouver chez les grands polygraphes du IXe siècle qui sont les créateurs d’un adab élargi, comme al-Djahiz et Ibn Qutayba.

 

 

 

 

 

Gérard LECOMTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Révolution Islamique en Iran (janvier – mars 1979)

25032020

 

 

 

 

 

 

 

 

Au pouvoir en Iran depuis 1953, le Shah, Mohammed Reza Pahlavi, veut engager son pays dans la voie d’une modernisation à marche forcée. En 1962, le Shah lance la révolution blanche: l’Iran adopte une réforme agraire destinée à améliorer le rendement de son agriculture, bientôt suivie par une politique d’industrialisation à outrance. Le Shah peut compter sur la manne des revenus pétrolier dont dispose l’Iran. En outre, le souverain iranien entend doter son pays d’une infrastructure moderne (ponts, ports, autoroutes, métros). Un effort est effectué en faveur de l’éducation et de l’émancipation de la femme iranienne.

 

En politique extérieure, le shah d’Iran mène une ambitieuse politique d’hégémonie régionale. Armée et formée par les États-Unis, l’armée iranienne devient l’une des armées les plus puissantes du monde. L’Iran entend s’imposer comme «le gendarme du Golfe», chargé de protéger le libre accès aux voies d’approvisionnement pétrolières et d’assurer la stabilité de la région.

 

 

 

 

 

 

 

La Révolution Islamique en Iran (janvier - mars 1979)  dans Histoire 220px-Mohammad_Reza_Pahlavi_2

Mohammad Reza Pahlavi dans les années 1970.

 

 

 

 

 

 

La politique de modernisation du Shah provoque troubles et mécontentements. La révolution blanche n’améliore guère le sort de la paysannerie. Au contraire, elle accélère l’exode des paysans vers les grandes villes où ils vont grossir la masse des chômeurs. L’industrialisation du pays creuse le fossé entre une petite élite de privilégiés (banquiers, hommes d’affaires, hauts fonctionnaires, technocrates, officiers, grande bourgeoisie) et la masse des déshéritées (paysans, artisans, commerçant du Bazar, chômeurs). La population iranienne est durement touchée par la hausse du chômage et de l’inflation. En outre, les Iraniens sont choqués par la corruption et le luxe ostentatoire du régime. En octobre 1971, les fêtes de Persépolis, marquant le 2500e anniversaire de l’Empire perse, indignent les Iraniens par leur débauche de faste et de clinquant. La subordination de l’Iran aux États-Unis, matérialisée par la présence de 40 000 conseillers militaires et techniciens américains en Iran, blesse l’orgueil national.

 

Enfin, le régime du Shah réprime impitoyablement toute opposition à l’aide de sa redoutable police politique, la Savak. Celle-ci recourt aux arrestations arbitraires, aux jugements expéditifs, à la torture et aux exécutions sommaires. Le clergé chiite, fort de 180 000 mollahs, constitue la principale force d’opposition à la monarchie iranienne. 90% des Iraniens se réclament de l’islam chiite. Les mollahs vitupèrent contre la corruption du régime et la déliquescence des mœurs.

 

La contestation chiite s’organise autour de l’ayatollah Khomeiny. Issu d’une famille d’imams, chef de la communauté chiite, l’ayatollah Khomeiny vit réfugié en France depuis 1978 après un long exil en Irak (1963-1978). Il appelle au renversement de la monarchie, stigmatisant dans ses discours un régime stipendié par l’étranger. L’année 1978 constitue une année cruciale pour l’opposition iranienne. Les différents partis politiques surmontent leurs divergences et se rallient au dignitaire religieux. Des émeutes éclatent en janvier 1978 à Qom. En septembre, les Iraniens manifestent en masse dans les rues de Téhéran. La police intervient, tuant des centaines de personnes. En décembre 1978, à l’occasion d’une fête religieuse chiite, des millions de personnes manifestent leur opposition au régime du Shah. Le souverain iranien tente de composer en faisant des concessions. Le 31 décembre, il nomme au poste de Premier ministre Chapour Bakhtiar, un opposant démocrate et patriote. La mesure arrive trop tard. Les États-Unis adoptent une attitude ambiguë, alternant proclamations de soutien et critiques voilées au régime du Shah.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rouhollah Khomeini

 

 

 

 

 

 

Finalement, Jimmy Carter renonce à soutenir un régime devenu par trop impopulaire. Le 16 janvier 1979, le Shah prend la route de l’exil. Le régime de Chapour Bakhtiar ne tarde pas à s’effondrer. Le 1er février 1979, l’ayatollah Khomeiny effectue un retour triomphal à Téhéran sous les acclamations d’une foule de quatre millions de personnes.

 

Le 31 mars 1979, le chef religieux chiite proclame la république islamique d’Iran. Le nouveau régime s’appuie sur les gardiens de la révolution, véritable milice armée, et sur le clergé chiite (les mollahs). Khomeiny plonge l’Iran dans la révolution islamique. La charia est rétablie, l’adultère et la consommation d’alcool sont sévèrement punis. Khomeiny cherche à éradiquer toute influence occidentale. Les films, la musique, les vêtements occidentaux sont proscrits. Les femmes iraniennes sont astreintes à porter le tchador. La république islamique s’avère être tout aussi répressive et intolérante que la monarchie, les arrestations arbitraires et les exécutions sommaires. La classe moyenne iranienne, d’abord favorable à Khomeiny, se dissocie du régime. Mais la masse des déshérités, qui a obtenu des avantages sociaux, lui reste fidèle. C’est d’ailleurs parmi elle que sont recrutés les gardiens de la révolution.

 

Sur le plan extérieur, la révolution islamique iranienne qui agite les thèmes de la justice sociale, de l’orgueil national et du rejet de l’Occident, fait preuve d’un prosélytisme qui vise non seulement les pays où vivent des communautés chiites significatives (Liban, Irak, Koweït, Afghanistan) mais plus largement l’ensemble du monde musulman. La révolution islamique inquiète aussi bien les États-Unis, qui perdent leur meilleur allié dans la région du Golfe, que l’URSS, qui craint une possible contagion de la propagande chiite à ses propres républiques musulmanes. En novembre 1979, Khomeiny organise, ou tout du moins tolère, la prise en otages des diplomates américains restés en Iran par des «étudiants» islamiques. Ceux-ci réclament l’extradition du Shah, réfugié aux États-Unis, afin qu’il puisse être jugé en Iran. En avril 1980, les Américains organisent une opération commando pour libérer les otages qui échoue lamentablement. La mort du Shah en juillet 1980 facilite la résolution de la crise: les otages américains sont libérés en janvier 1981. en septembre 1980. le déclenchement de la guerre avec l’Irak radicalise la révolution iranienne tout en provoquant un sursaut patriotique. Le conflit fournit un prétexte à Khomeiny pour éliminer ses anciens alliés politiques (libéraux, moujahidine du peuple des Bani Sadr, communistes). Le régime islamique procède à des milliers d’arrestation suivies de plusieurs centaines d’exécutions. Entrées en rébellion depuis août 1979, les minorités turkmène, azérie et surtout kurde font l’objet d’une répression sanglante.

 

La fin de la guerre avec l’Irak en 1988 suivie par le décès de l’ayatollah Khomeiny en juin 1989 marquant le déclin de la révolution islamique. Tenants d’une ligne plus réaliste, les nouveaux dirigeants iraniens tentent de se rapprocher des pays du Golfe et de se concilier l’Occident. L’arrivée au pouvoir du «modéré» réformateur Khatami en 1997 ouvre la voie à une timide libéralisation du régime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Nom de BARBEROUSSE Dérive-t-il de BABA-AROUDJ?

14022020

 

 

 

 

 

Beaucoup de personnes estimeront peut-être que cette question est peu importante, et qu’il est inutile de consacrer trois ou quatre pages à la résoudre; nous ne saurions être de cet avis, et nous répondrons qu’Aroudj ayant été le fondateur de la domination turque en Algérie, il est fâcheux pour l’histoire de ce pays d’avoir à débuter par une erreur, ce qui n’arrive que trop souvent, depuis qu’a prévalu la singulière théorie que nous allons chercher à détruire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Nom de BARBEROUSSE Dérive-t-il de BABA-AROUDJ? dans Histoire Arolsen_Klebeband_01_465_4

Arudj Reïs: Gouverneur de la Régence d’Alger – Gravure de 1590

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyons d’abord d’où vient le nom de Barberousse et où il nous apparaît pour la première fois :

 

Dans le commencement du XVIe siècle, les populations côtières de l’Espagne, de l’Italie, de la Sicile et des îles du bassin occidental de la Méditerranée voient, à chaque instant, apparaître sur leurs rivages les galères des quatre fils d’un potier de Mételin, Aroudj, Kheir-ed-Din, Elias et Isaac; ces hardis corsaires ravagent le littoral chrétien, déploient une audace inouïe, s’attaquant aux bâtiments de guerre, enlevant les galiotes du Pape, prenant d’assaut et pillant des villes fortifiées, prêtant leur appui aux insurrections et aux évasions des Maures d’Espagne. Bientôt une légende se forme autour d’eux; le peuple se les représente comme des êtres surnaturels, moitié géants, moitié démons; personne ne connaît leurs véritables noms et on les appelle les Barberousses, appliquant à tous le surnom donné d’abord à un d’eux.

 

Quelques années après, on apprend qu’ils se sont établis à Alger, puis que l’un d’eux à occupé Tlemcen; c’est alors que les Espagnols, inquiets pour leur récente conquête d’Oran, se décident à agir. Mais savent-ils seulement le nom d’Aroudj? Non.

Qu’on lise les lettres adressées à la Régente et à Charles-Quint par les commandants des armées et par les gouverneurs de Bougie et du Peñon d’Argel; on n’y trouve pas une seule fois le nom du corsaire. Les pièces officielles elles-mêmes n’emploient que le vocable Barbaroja, soit qu’elles nomment Aroudj, soit qu’elles parlent de son frère Kheir-ed-Din. En Italie, on dit Barbarossa; en France, le Roi et ses ambassadeurs écrivent Barberousse. Mais (qu’on remarque bien ceci!) tous, Espagnols, Italiens et Français, lorsqu’ils se servent de la langue latine, disent :  Œnobarbus Turchus , le Turc à la barbe rouge, ce qui est formel et ne comporte pas de confusion, avec le vocable Baba-Aroudj. Et qui s’exprime ainsi? La Forest, Saint Blancart, Moulue, qui ont tous été envoyés auprès de Kheir-ed-Din; car, c’est celui-ci, et non son frère, qui reçut le premier le surnom appliqué plus tard à tous les fils de Yacoub, ce que nous allons démontrer un peu plus loin.

 

D’ailleurs, les chrétiens connaissent-ils seulement le nom d’Aroudj ? Nullement. Les uns le nomment Orux, d’autres Omiche et Horruk; cent ans plus tard, Haëdo sera encore forcé de rectifier ces appellations vicieuses , et c’est seulement depuis la publication de son bel ouvrage que les historiens donnent au fondateur de la Régence son véritable nom. Mais pas un seul d’entre eux ne fait précéder le nom d’Aroudj du vocable Baba, et cette unanimité est d’autant plus probante que presque tous ces historiens ont vécu dans le pays, ont pris leurs renseignements auprès des indigènes, et qu’ils eussent, sans aucun doute, employé une dénomination qui eût été en usage. S’ils ne s’en sont pas servi, c’est parce qu’on ne s’en est pas servi devant eux, et cela seul suffirait à prouver que personne ne connaissait cette dénomination. Objectera-t-on qu’elle était d’un usage familier et que les auteurs ont répugné à l’introduire dans le style historique? Mais, en ce cas, pourquoi nous ont-ils parlé de Baba-Ali, Baba-Mohammed, Baba-Hassen, et tant d’autres ?

 

Les choses en étaient donc là, et personne n’avait songé à la singulière étymologie contre laquelle nous nous élevons (2), lorsque, en 1840, M. Walsin Esterhazy, alors capitaine d’artillerie, proposa l’hypothèse suivante dans son excellent ouvrage : De la domination turque dans l’ancienne Régence d’Alger: « Il est probable que le surnom donné au conquérant d’Alger est dû au mot Baba-Aroudj, mal prononcé par les Européens, et non à la couleur contestée de sa barbe. » Cette proposition, qui n’a en réalité d’autre base qu’une vague similitude d’assonance, et qui a contre elle la tradition de trois siècles, eut un singulier succès. Elle fut admise sans contrôle, reproduite, à partir de ce moment, dans presque toutes les œuvres où il fut question des origines de la domination turque dans les États barbaresques, et donna lieu quelquefois à des méprises fort curieuses (1).

Il eut, sans doute, été logique de consulter les ouvrages orientaux contemporains des Barberousses : c’est évidemment là qu’on avait le plus de chances de trouver la vérité. On ne le fit pas, et nous allons réparer cet oubli.

 

1° Léon l’Africain, qui, nous dit-il, se trouvait à Alger au moment même où Aroudj s’empara du pouvoir ne lui donne pas une seule fois la qualification de Baba;

 

2° dans le Doujat-Nacher (2) (biographie des hommes illustres du Xe siècle de l’hégire), on lit : le reïs Aroudj, le Turc Aroudj, Aroudj l’adjem (étranger), et jamais Baba-Aroudj.

 

Enfin, le troisième et le plus important des ouvrages de cette époque est encore bien plus explicite à ce sujet. Je veux parler du Razaouat, œuvre de Sinan-Chaouch, qui nous dit dans sa préface : « Tout ce que je raconte clans ce livre, je l’ai entendu raconter par Kheir-ed-Din lui-même, ou par son frère, ou par leurs compagnons d’armes, ou, enfin, j’en ai été moi-même le témoin oculaire (3). » Nous voilà donc cette fois en présence d’un historien qui a personnellement connu Aroudj et Kheir-ed-Din, et qui, chargé par le sultan de raconter leurs exploits, a méticuleusement recueilli les moindres détails, auprès de ceux qui les connaissaient le mieux. Or, non seulement Sinan-Chaouch ne se sert jamais du nom Baba-Aroudj, mais encore il nous apprend formellement que le surnom de Barberousse fut donné, non à Aroudj, mais à son frère: « Ses quatre enfants (de Yacoub) apprirent sous lui l’art de la navigation, dans lequel Aroudj et Kheir-ed-Din se firent une réputation immortelle. Ce dernier était le cadet des fils de Yacoub, et c’est celui que les infidèles distinguent par le surnom de Barba-roucha. » J’estime que cette phrase d’un historien qui a vécu dans: l’intimité des fondateurs de la Régence et de leurs compagnons est de nature à clore à jamais la discussion et à faire abandonner dorénavant une dénomination fausse, qui n’a été adoptée que grâce au goût dangereux qu’ont trop de gens pour les étymologies par assonance.

 

Ajoutons, à titre de curiosité, que plusieurs personnages connus à Alger ont porté le surnom de Barberousse; je citerai entre autres deux reïs célèbres : l’un, qui se laissa prendre par les galères de Naples et qui fut pendu dans cette ville en 1642. « Le nommé Barbe rousse, ci-devant arrêté, comme vous avez su, a été ici pendu, non seulement pour avoir renié sa foi, mais pour ce -qu’il faisait souffrir de grandes cruautés à tous les chrétiens qui tombaient entre ses mains. » (Naples, 8 décembre 1642).

 

Un autre Barberousse faillit un instant devenir Dey d’Alger; il était chef de la Taïffe des Reïs en 1684, possédait d’énormes richesses et se posait en compétiteur d’Hadj-Hussein (Mezzomorto), son ancien compagnon d’armes. Il avait fait construire, à peu de distance de Mers-ed-Debban, un château-fort et y avait, sans doute, amassé tout ce qui était nécessaire à la réussite de ses projets ambitieux. Il crût que le moment de l’action était arrivé, lorsque M. de Tourville vint conclure la paix en avril 1684, et se mit à la tête du parti qui voulait la continuation de la guerre. Cette faction était soutenue par l’argent de l’Angleterre et de la Hollande, désireuses de voir continuer des hostilités qui leur assuraient le commerce du Levant. Le 18 avril, l’émeute éclata; mais Mezzomorto, en sa qualité de vieux conspirateur, avait des espions partout et se tenait sur ses gardes; il réprima la révolte avec sa cruauté accoutumée, fit étrangler son rival et signa le traité cinq jours après.

 

 

 

 

 

 H.-D. DE GRAMMONT. Revue africaine 1885

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Voir, entre autres, dans l’ouvrage de M. Playfair, The scourge of christendom, la singulière transformation de Babaruez en Baba-Aroudj, qui se trouve désigné (en 1579!) comme habitant une mosquée située au centre de la ville, alors que nous savons qu’il occupa la Jénina pendant son court séjour à Alger, et qu’il était mort depuis soixante et un ans, à la date où le plan II fut dessiné.

 

 

 

(2) Ou Douhat en Nacher, par Abou Abdallah Mohammed ben Asker, tué à la bataille dite d’Alcassar-el-Kebir.

 

(3) Sinan-Chaouch avait été chargé par le sultan de rédiger l’histoire des exploits d’Aroudj et de Kheir-ed-Din ; cet ouvrage a été traduit en arabe sur la demande du mufti d’Alger, Sidi Mohammed ben Ali El-Galgali.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Bombardement d’Alger sous Louis XIV

5012020

 

 

 

 

 

 

 

 

Bombardement d’Alger sous Louis XIV dans Histoire

Alger que les Français bombardent en 1682. Gravure hollandaise de 1689

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis XIV, voulant réprimer les corsaires algériens qui mettait des entraves au commerce français, chargea l’amiral Duquesne du soin de les réprimer. Il s’en acquitta avec gloire et succès : deux fois Alger fut bombardée par ce dernier. Louis XIV ne pouvait donc ajourner davantage le châtiment qu’avaient encouru les Algériens.

L’expédition dont le brave Duquesne fut chargé se composait de onze vaisseaux de guerre, de quinze galères, de cinq galiotes à bombes, de deux brûlots et de quelques tartanes.

 

C’était la première fois que sur mer on allait se servir de mortiers à bombes, inventés par un jeune Navarrais nommé Renaud d’Éliçagarray.

 

«On n’avait pas d’idée, dit Voltaire. que des mortiers pussent n’être pas posés sur un terrain solide : sa proposition révolta. Renaud essuya les contradictions et les railleries que tout inventeur doit attendre ; mais sa fermeté et son éloquence déterminèrent le roi à permettre l’essai de celle nouveauté. »

 

Les galiotes proposées par Renaud étaient des bâtiments de la force des vaisseaux de cinquante canons, mais ils avaient un fond plat et étaient très-garnis de bois pour résister à la réaction de la bombe.

Chacune de ces galiotes était armée de deux mortiers placés en avant du grand mât, et de huit pièces de canon placées à l’arrière du bâtiment, quatre de chaque bord. Dans le combat, elles présentaient la pointe à l’ennemi, de manière à offrir une moindre surface à ses coups. Les mortiers de douze ou quinze pouces étaient établis sur une plateforme de bois supportée par des couches de madriers et de câbles.

 

La flotte parut devant Alger vers la fin d’août 1682 ; mais la grosse mer empêcha l’attaque pendant quelques jours : il fallut attendre le calme pour que les vaisseaux pussent prendre leur poste de combat.

 

Le feu s’ouvrit alors; mal dirigé d’abord, il fit peu de mal aux corsaires de la Régence: un mortier, chargé d’une bombe, laissa même tomber son projectile enflammé dans l’intérieur du navire d’où il devait être lancé.

 

Duquesne ordonna aux galiotes de se rapprocher de la ville, et le tir recommença avec plus de justesse et de vivacité que la première fois.

 

Cette attaque dura pendant toute la nuit et causa des dégâts considérables dans la ville et dans le port. Le jour suivant, le mauvais temps força l’amiral à rompre ses lignes; mais le 5 septembre, il y eut un nouveau bombardement plus terrible que les précédents. Le

lendemain, on vit le père Levacher, vicaire apostolique qui remplissait à Alger les fonctions de consul de France, s’approcher du vaisseau amiral pour faire des propositions de paix. Duquesne ne voulut pas le recevoir : « Si les Algériens, dit-il, désirent la paix, ils n’ont qu’à venir eux-mêmes à bord pour la demander. » Et le bombardement fut repris avec une nouvelle vigueur. Le 5, des envoyés du dey se présentèrent : l’amiral exigea qu’au préalable tous les esclaves français fussent rendus, condition qui ne fut pas acceptée. Mais, le mauvais temps s’étant déclaré et la saison étant fort avancée, Duquesne fit voile, le 12 septembre, pour rentrer dans le port de Toulon.

 

Cette expédition, dont le succès était loin d’être complet, eut néanmoins un grand retentissement en Europe, tant à cause de l’innovation des mortiers employés à bord des galiotes qu’à cause des désastres essuyés parles Algériens; car leur ville était pour ainsi dire détruite. Cependant leur audace ne les abandonnait point encore : ils se vantaient d’être assez riches pour en rebâtir une nouvelle.

Louis XIV résolut donc de renouveler l’attaque au printemps de l’année suivante. L’hiver fut employé à radouber les vaisseaux, à perfectionner les galiotes.

 

La nouvelle expédition prit la mer vers la fin de juin 1685.

 

A son arrivée devant Alger, elle rallia cinq vaisseaux français commandés par le marquis d’Amfreville. Le 28 juin, les galiotes, s’étant embossées devant Alger, commencèrent le bombardement et jetèrent un grand nombre de projectiles dans ta ville.

 

La consternation des Algériens fut si grande, que le divan envoya aussitôt le père Levacher pour solliciter la paix.

 

Celui-ci, que l’amiral avait refusé de recevoir à son bord l’année précédente, était cette fois accompagné d’un Turc et d’un interprète. Duquesne demanda, avant d’entamer aucune négociation, que tous les esclaves français et étrangers, pris à bord des bâtiments français, lui fussent livrés, menaçant de recommencer le bombardement si cette condition préliminaire n’était pas acceptée. Le divan, auquel l’envoyé turc transmit la demande de l’amiral, s’empressa d’y faire droit, et, dans la matinée du jour suivant, une partie des esclaves français qui étaient à Alger furent rendus.

 

Duquesne demanda ensuite que Mezzomorte, amiral de la flotte algérienne, et Ali, raïs de la marine, lui fussent remis comme otages. Sa demande fut également accordée, avec d’autant plus d’empressement, que le dey était jaloux de l’influence de Mezzomorte.

 

La condition la plus rigoureuse pour les Algériens était le payement de l’indemnité d’un million cinq cent mille francs que Duquesne réclamait, indemnité des prises faites sur ses compatriotes. Baba-Hassan déclara à l’amiral français qu’il lui serait impossible de remplir cette dernière condition; mais Mezzomorte, qui voulait à tout prix sortir de la position où il se trouvait, l’engagea à le laisser aller à terre, en lui disant : « Dans une heure j’en ferai plus que Baba-Hassan en quinze jours. » Duquesne, ne comprenant pas le double sens de ces paroles, lui accorda la faveur qu’il demandait. Au moment ou il quittait le vaisseau français, il toucha la main de l’amiral, lui promettant bien-tôt de ses nouvelles. En effet, dès qu’il fut à terre, Mezzomorte se rendit auprès du dey et le fit poignarder par quatre de ses affidés; il endossa son kaftan, fit annoncer son élection au peuple, ordonna d’arborer des drapeaux rouges sur tous les forts et de faire feu de toutes les batteries sur la flotte ennemie. Puis il envoya un officier français, M. Hayet, à l’amiral, avec recommandation de lui dire que, s’il lançait encore des bombes, il ferait mettre les chrétiens à la bouche des canons.

 

Les négociations étant rompues, le bombardement recommença. Mais les nouveaux ravages que faisaient les galiotes exaspérèrent à tel point la milice et le peuple, qu’un Anglais, homme influent, en profita pour provoquer les sanglantes exécutions dont Mezzomorte avait menacé l’amiral. Les domestiques du père Levacher ayant mis du linge à sécher sur la terrasse de la maison consulaire, l’Anglais fit accroire au peuple que c’étaient des signaux qu’on faisait à la flotte.

 

Les portes du consulat furent aussitôt enfoncées; on pilla tout ce qui s’y trouvait. Le consul était perclus de ses membres depuis qu’il avait eu la peste à Tunis; les forcenés le portèrent sur sa chaise, et dit un ouvrage du temps, « ils conduisirent cette innocente victime à la mort qu’ils voulaient lui faire souffrir sans aucune formalité; car, l’ayant mené sur le môle, le dos tourne à la mer, ils chargèrent un canon de poudre, et, après avoir mis le serviteur de Dieu à la bouche, toujours assis dans sa chaise, ils lui firent mille indignités, et, ayant fait mettre le feu au canon, ils sacrifièrent ce saint homme à leur rage et à leur désespoir. Le canon creva, mais il avait eu tout l’effet que ces misérables en avaient attendu, car il consuma la plus grande partie de cette victime. Les restes de son corps et de ses habits furent ramassés par des chrétiens, qui les conservèrent comme de précieuses reliques; il y eut même des Turcs qui en voulurent avoir, pour se ressouvenir d’un homme dont les vertus et la rare prudence les avaient charmés pendant sa vie. »

 

Ce meurtre fut suivi de celui de vingt autres chrétiens, qui périrent de la même manière.

 

Il y avait, parmi les prisonniers français que l’on conduisait au lieu du supplice, un jeune homme appelé Choiseul, plein de calme et de résignation. Dans des temps plus heureux, il avait fait prisonnier un raïs algérien et l’avait traité avec beaucoup d’égards. Celui-ci, redevenu libre, conserva le souvenir de ces bons traitements, et, au moment où Choiseul fut mis à la bouche du canon, il le reconnut. Aussi-tôt il s’élança pour embrasser le malheureux Français, déclarant qu’il mourrait avec lui si on ne lui faisait pas grâce. Cet acte de fraternel dévouement aurait dû les sauver tous deux; mais la férocité des Algériens était tellement excitée par le carnage, qu’ils n’écoutèrent pas même les prières de leur compatriote, et, au lieu d’une victime, le même coup de canon en fit deux.

 

Tel était l’état des choses, lorsque les bombes vinrent à manquer. Une soixantaine de maisons et quelques mosquées avaient été renversées: les rues étaient pleines de décombres; quatre cents personnes avaient péri, et trois gros corsaires avaient été coulés dans le port. Mais les Algériens résistaient encore et ne faisaient pas de propositions. M. de Seignelay envoya M. Dussault auprès du dey pour sonder ses dispositions; celui-ci déclara que, l’amiral Duquesne n’ayant pas traité après la remise des esclaves, il s’ensevelirait sous les ruines d’Alger plutôt que d’entamer de nouvelles négociations avec lui.

Après une telle réponse, l’escadre française, se trouvant hors d’état d’agir, partit, et rentra à Toulon le 25 octobre, ramenant un grand nombre de captifs.

 

 

L’année suivante, M. Dussault fut envoyé à Alger pour prendre des arrangements avec Mezzomorte; celui-ci était alors en butte à diverses conspirations et avait été grièvement blessé à la figure dans une émeute provoquée par les agents du bey de Tunis.

 

Il était tellement disposé à faire la paix, qu’il déclara à M. Dussault que, si le roi la voulait une fois, lui la voulait dix; mais le divan entravait toujours les négociations. Enfin, le 1er avril, M. de Tourville arriva devant Alger avec une nombreuse escadre pour presser la conclusion du traité. Après vingt-trois jours de négociations, on s’entendit sur les conditions, et la paix fut signée le 25 avril 1684, au grand dépit des Anglais et des Hollandais, qui avaient mis en jeu toute sorte d’intrigues pour entraver la négociation. Les esclaves furent rendus de part et d’autre, et le dey envoya un ambassadeur à Paris, pour faire ratifier le traité par Louis XIV lui-même.

 

Ce traité portait en substance que le commerce international des deux pays serait fait librement et sans obstacle: que tous les esclaves français retenus en Algérie seraient rendus: que tous les bâtiments naviguant sous pavillon français seraient respectés par les navires algériens, qui, de leur côté, seraient respectés par les vaisseaux du roi de France; que les navires français venant chercher un refuge contre l’ennemi dans le port d’Alger seraient défendus par les Algériens eux-mêmes; que tous les Français pris par les ennemis de la France et conduits à Alger seraient remis en liberté; que si quelque navire se perdait sur les côtes, il serait secouru par les Algériens comme leurs propres navires; que le consul français établi à Alger aurait dans sa maison le libre exercice du culte chrétien, tant pour lui que pour ses coreligionnaires; que les différends survenus entre un Français et un Turc ne seraient pas portés devant les juges ordinaires, mais devant le divan; enfin, qu’un navire de guerre français venant mouiller à Alger, le dey, sur l’avis du consul français, ferait faire les saluts d’usage, etc., etc.

 

Mais les corsaires algériens ne purent rester longtemps dans l’inaction; quelques mois après la signature de ce traité, ils couraient déjà sur les navires anglais, et, dès 1686, ils capturèrent sans le moindre scrupule les bâtiments français. Vers la fin de cette année, leurs expéditions devinrent si nombreuses et les pertes du commerce français si considérables, que le ministre de la marine fut obligé d’ordonner une chasse à outrance contre tout corsaire algérien qui serait rencontré dans la Méditerranée, et une prime considérable fut accordée pour chaque capture. Le pacha qui gouvernait alors l’odjack en l’absence du dey, fit piller, à titre de représailles, la maison consulaire de France, et M. Piolle, consul, fut jeté dans les bagnes.

 

Le pacha se préparait sérieusement à la guerre; il fil commencer la construction d’un fort au cap Matifoux. Mais, afin de gagner du temps, il écrivait à M. de Vauvré, intendant de la marine à Toulon, pour faire des ouvertures de paix. La France ne fut pas dupe du stratagème.

Lorsque ses lettres arrivèrent, une escadre allait mettre à la voile sous le commandement du maréchal d’Estrées, et rien ne suspendit le départ.

 

L’escadre mouilla devant Alger à la fin de juin 1688.

 

Le maréchal adressa aussitôt au pacha la déclaration suivante : « Le maréchal d’Estrées, vice-amiral de France, vice-roi d’Amérique, commandant l’armée navale de l’empereur de France, déclare aux puissance; et aux milices du royaume d’Alger que si, dans le cours de cette guerre, on exerce les mêmes cruautés qui ont été ci-devant pratiquées contre les sujets de l’empereur son maître, il en usera de même avec ceux d’Alger, à commencer par les plus considérables, qu’il a entre les mains, et qu’il a eu ordre d’amener pour cet effet avec lui. Ce 29 juin 1688. »

 

Il paraît que l’emploi des bombes avait singulièrement frappé les Algériens, car Mezzomorte répondit sur le revers de cet écrit : « Vous dites que si nous mettons les chrétiens à la bouche du canon vous mettrez les nôtres à la bombe : Eh bien, si vous tirez des bombes, nous mettrons le roi des vôtres au canon. Et, si vous me dites : — Qui est le roi? — C’est le consul. Ce n’est pas parce que nous avons la guerre, c’est parce que vous tirez des bombes. Si vous êtes assez forts, venez à terre, ou tirez le canon avec les vaisseaux. » Pendant quinze jours, le feu des galiotes ne discontinua pas et fit des ravages affreux dans Alger. Dix mille bombes furent lancées; elles avaient renversé un grand nombre de maisons, tué beaucoup d’habitants, coulé cinq gros corsaires, démantelé la plupart des batteries, et rasé la tour du Fanal.

 

Mezzomorte fut lui-même atteint d’un éclat de bombe à la tête. Ces ravages, au lieu de faire fléchir les Algériens, amenèrent de nouveaux actes de cruauté. Le père Montmasson, vicaire apostolique, ancien curé de Versailles, fut leur première victime; puis on immola successivement à la bouche des canons le consul Piolle, un religieux, sept capitaines et trente matelots.

 

En apprenant ces scènes de carnage, le maréchal d’Estrées ne put contenir son indignation; il fit égorger dix-sept des principaux Turcs qu’il avait à son bord, et placer leurs cadavres sur un radeau qu’on poussa vers le port; puis il rentra à Toulon avec son escadre.

 

Cependant ces actes de cruauté étaient loin d’amener la paix et la sécurité. Le gouvernement français le sentait bien; aussi, l’année suivante, se prévalant des lettres écrites à l’intendant de la marine à Toulon, fit-il de nouvelles tentatives qui eurent un plein succès. Un traité de paix fut conclu, et Mohamed-el-Emin-Cogea se rendit à Paris en qualité d’ambassadeur du dey, avec la mission de demander au roi la ratification de ce traité. Il fut présenté à Louis XIV le 20 juillet 1690, qui y apposa lui-même sa signature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( l’Algérie ancienne et moderne, par Léon Galibert.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Mort du Caïd Turc El-Hadj-Ismaël De Bordj Sebaou

26112019

 

 

 

 

 

La Mort du Caïd Turc El-Hadj-Ismaël De Bordj Sebaou dans Histoire 1572250360-586-001-1

Tizi -Ouzou – Gorges du Sebaou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort du caïd turc de Bordj-Sebaou, qui a donné lieu au chant (Ici), est un des événements qui ont eu le plus de retentissement dans le pays kabyle pendant la période de la domination turque.

 

Bien que cette scène de meurtre remonte au 19ème siècle, il n’a pas été possible d’en déterminer la date d’une manière précise. Les fils de Mehammed-n-Aït-Kassi, l’un des principaux acteurs de cet événement, n’ont pu donner à cet égard que des renseignements très-vagues. Tout ce dont ils ont souvenir, c’est que les faits se passèrent un jeudi du mois de ramadan, à l’époque de la récolte de l’orge et des fèves. Or, cette récolte ayant lieu dans la vallée du Sebaou à la fin de mai, on peut en conclure (que l’événement qui nous occupe se passa vers 1824 ou 1825.

 

A cette époque, les Âmraoua étaient, comme les autres tribus kabyles, divisés en deux partis ou çoffa, qui avaient des ramifications dans tout le pays environnant. Le parti des Âmraoua d’en haut (çoff iâmraouien ou fella), ainsi nommé parce que la plus grande masse de ses adhérents habitait la partie supérieure de la vallée du Sebaou, avait pour chefs principaux Mehammed-n-Aït-Kassi, cheikh de Temda-el-Blat: Ahmed-Azouaou,cheikh de Tikoubaïn: Mançour-Abou-khalfiou, cheikh des Aït-Bou-Khalfa, et Cheikh-ben-Yahia, de Tizi-Ouzzou.

 

Le parti d’en bas (çoff bou adda), composé surtout d’Âmraoua du bas de la vallée, des gens de Taourga, etc. avait à sa tête Ali-ou-Mahiddin, cheikh de Taourga: Mançour-Abelouch, cheikh de deux fractions de Isikhen-ou-Meddour, et Ahmed-Henni, cheikh des Abid de Chemlal.

 

Le gouvernement turc, ayant convoqué le goum du Sebaou pour une expédition dans le sud, plusieurs des chefs du parti d’en haut, pour un motif ou pour un autre, ne répondirent pas à l’appel et restèrent dans leurs villages. Dans le cours de l’expédition, leurs ennemis du parti opposé, mettant à profit leurs relations journalières avec l’agha turc qui commandait le camp, lui présentèrent cette abstention comme un symptôme de mauvais vouloir et même de révolte contre le pouvoir existant. Ces accusations, sans cesse répétées, tirent sur l’esprit du haut fonctionnaire turc une telle impression que, en rentrant à Alger, il fit nommer aux fonctions de caïd du Bordj-Sebaou un Turc nommé El-Hadj-Ismaël, qui occupait un emploi dans le service du port d’Alger, et lui donna pour mission spéciale d’attirer dans un guet-apens et de mettre à mort les chefs du parti d’en haut qui lui étaient le plus suspects.

 

Le nouveau caïd, en arrivant dans son commandement, chercha tout d’abord à faire naître un conflit qui pût lui servir à motiver, sinon à justifier, aux yeux des populations, l’acte de violence qu’il méditait. Etant allé un jour sur le marché du samedi des Âmraoua, il donna l’ordre d’arrêter un homme du village d’Atouch, chez les Aït-Ouaguennoun, qui appartenait au parti d’en haut. Une pareille violation de la neutralité des marchés, toujours respectée des Kabyles, ne pouvait manquer d’exciter du désordre. Les gens du parti d’en haut, indignés, montèrent à cheval, attaquèrent vigoureusement les agents du Makhzen et se firent rendre de force le prisonnier. Le caïd, qui avait quitté le marché avant l’exécution de son ordre, revint sur ses pas, apaisa l’affaire et promit d’oublier ce qui venait de se passer. Ces promesses rassurantes ne trompèrent personne; à partir de ce jour, les Kabyles, habitués à la façon d’agir des Turcs, s’attendirent à voir le caïd tirer une vengeance éclatante de l’atteinte portée à son autorité.

 

 

Peu de temps après, El-Hadj-lsmaël envoya l’ordre à tous les goums de la vallée de se réunir autour du Bordj-Sebaou. Pour écarter les soupçons et faire croire à un projet de razia, il avait prescrit à chaque cavalier de se munir de deux jours de vivres.

 

Tous les chefs furent exacts au rendez-vous; les amis du caïd étaient déjà réunis dans le bordj, lorsque les chefs des Âmraoua d’en haut arrivèrent avec leurs contingents. Le caïd aussitôt fit prévenir ces derniers qu’il désirait leur parler. Cinq d’entre eux se dirigèrent vers le bordj; c’étaient les nommés Mehammed-n-Aït-Kassi, Mançour-Abou-Khalfiou, Ahmed-Azouaou, un de ses frères, et Âmeur-ou-Henda de Temda. Mis en défiance par la scène du marché, ils avaient caché leurs pistolets sous les burnous.

 

A peine étaient-ils entrés dans la cour du bordj (1), que la porte se fermait derrière eux et qu’Ali-ou-Mahiddin de Taourga abattait, d’un coup de tromblon, Mançour-Abou-Khalfiou. En même temps, des gens apostés se jetaient sur les autres chefs pour les égorger.

 

Mehammed-n-Aït-Kassi parvint à se dégager des assaillants qui l’entouraient, et se dirigeant vers le caïd, présent à la scène, l’étendit roide mort d’un coup de pistolet. Grièvement blessé lui-même à la main par son arme, qui avait éclaté, il ne put faire usage de son second pistolet et tomba bientôt sous les coups de yatagan portés par le chaouch du caïd.

 

Mançour-Abou-Khalfiou, blessé par Ali-ou-Mahiddin, n’était pas mort; rassemblant le peu de force qui lui restait, il déchargea un de ses pistolets sur le chaouch qui venait de frapper Mehammed-n-Aït-Kassi et le tua.

 

Ahmed-Azouaou chercha aussi à vendre chèrement sa vie; mais l’un de ses pistolets rata; le chien du second, embarrassé dans les plis du burnous, s’abattit sans mettre le feu à la poudre, et il succomba bientôt sans pouvoir se venger. Son frère eut le même sort.

 

Âmeur ou Henda parvint seul à se sauver. Profilant du désordre occasionné par la lutte, il s’élança vers la terrasse du fort, escalada le rempart et courut vers les cavaliers de son parti, qui, après un court engagement avec les gens du caïd, se dispersèrent et allèrent donner l’alarme dans leurs villages.

 

Le caïd n’avait confié le secret de la trahison qu’il projetait qu’à un seul homme des Âmraoua d’en haut, le nommé Oubadji, originaire des Aït-Iraten, mais établi à Temda-el-Blat, où il avait acquis une certaine influence en se mettant à la tête des ennemis de la famille des Aït-ou-Kassi. Il était convenu entre eux que, aussitôt après la mort des chefs, le caïd ferait tirer un coup de canon, et qu’à ce signal, Oubadji, appelant aux armes les gens de son parti, s’emparerait des femmes, des enfants et des troupeaux des victimes. La mort du caïd ayant empêché de donner le signal, ce plan ne put être mis à exécution. Oubadji n’apprit les événements que par l’arrivée des cavaliers échappés du Bordj-Sebaou, et alors il ne disposait plus de forces suffisantes.

 

Quand les goums des Âmraoua d’en bas arrivèrent, tous les gens qui croyaient avoir quelque chose à craindre avaient eu le temps de se retirer dans la montagne, et ces goums ne parvinrent à saisir que quelques femmes.

 

Le caïd El-Hadj-Ismaël fut remplacé par un Turc nommé Kour-Othman, qui chercha à ramener le calme dans le pays. Les familles des victimes du guet-apens du Bordj-Sebaou, après avoir séjourné quelque temps dans les montagnes insoumises, finirent par faire la paix avec les Turcs et redescendirent dans la vallée.

 

Oubadji vécut tranquille à Temda jusqu’à la fin de la domination turque. Après le départ des garnisons turques de Tizi-Ouzzou et de Bordj-Sebaou, les fils de Mehammed-n-Aït-Kassi, profilant de l’anarchie qui régnait dans les tribus, l’attaquèrent dans sa maison et finirent par le tuer.

 

Les haines soulevées par cette série de meurtres sont restée très-vivaces et divisaient les principales familles de la vallée du Sebaou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) : On a suivi, dans ce récit, la version des fils de Mehammed-n-Aït-Kassi. Un homme firme qui prétend s’être trouvé dans le Bordj-Sebaou, le jour de la scène, et le neveu d’Âli-ou-Mahiddin de Taourga, ont affirmé, d’un autre côté, que les chefs kabyle ne furent assaillis que quelque temps après leur entrée dans le fort, alors qu’ils étaient assis autour d’un plat de couscous servi à leur intention par ordre du caïd.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Expédition d’Alger par l’empereur Charles-Quint, en 1541

21102019

 

 

 

 

 

Alger, dans le quinzième siècle, servit de retraite aux Maures expulsés de l’Espagne. C’était depuis longtemps le refuge des hardis corsaires musulmans maîtres de la Méditerranée.

 

En 1510, les Espagnols s’en emparèrent et y bâtirent, sur un rocher isolé au milieu des flots, le môle et les fortifications qui en protègent le fort. En 1516 Alger recouvra son indépendance sous les deux frères corsaires fameux les Barberousse, qui en firent le chef-lieu de la principauté qu’ils se créèrent sur la côte septentrionale de l’Afrique.

 

Cette ville avait toujours depuis continué à acquérir de l’importance. Elle était sortie libre et souvent victorieuse de toutes les expéditions que le désir de défendre ou de venger la chrétienté fit entreprendre contre elle. Nous allons voir maintenant les différentes expéditions qui furent tentées contre la régence pour chercher à détruire ce repaire de corsaires musulmans.

 

 

 

 

 

 

Expédition d'Alger par l'empereur Charles-Quint, en 1541 dans Histoire 800px-Siege_of_Algiers_1541

Octobre 1941 : siège d’Alger par l’Empereur Charles Quint

 

 

 

 

 

 

 

 

Les alarmes continuelles que les corsaires algériens jetèrent sur les cotes d’Espagne, les réclamations universelles de l’Europe, déterminèrent l’empereur Charles-Quint, en 1541, à tenter une expédition pour détruire cette aire de vautours.

 

Quoique l’empereur voulût hâter les préparatifs de cette expédition, l’armée ne fut en état de partir qu’au mois d’octobre; la saison était on ne peut plus mal choisie, les vents d’équinoxe désolant toujours à cette époque les parages de l’Algérie. L’amiral André Doria objecta à l’empereur que l’état de la saison était trop avancé pour la réussite de l’entreprise, mais rien ne put l’en détourner; l’empereur l’avait décidé, ainsi il fallait obéir.

 

La flotte était composée de soixante-cinq galères et quatre cent cinquante et un navires de transport montés par douze mille trois cent trente matelots; vingt-deux mille hommes de débarquement, dont six mille Allemands, cinq mille Italiens, six mille Espagnols ou Siciliens, trois mille volontaires, quinze cents cavaliers, deux cents gardes de la maison de l’empereur, cent cinquante officiers nobles et cent cinquante chevaliers de Malte : tel était ce formidable armement.

 

Fernand Cortez, le conquérant du Mexique, accompagné de ses deux fils, le duc d’Albe, les princes Colonna, Virginius Urbin d’Anguillra, qui avait accompagné l’empereur dans l’expédition de Tunis ; Ferdinand de Cordoue, Ferdinand Gonzague, vice-roi de Sicile: Bernardin de Mendoza, capitaine général des galères espagnoles, et l’amiral André Doria, qui commandait l’armée navale, brillaient parmi les principaux chefs.

 

Le 21 octobre, la flotte impériale, complètement ralliée, se trouvait dans la baie d’Alger ; l’agitation de la mer et la violence du vent ne lui permirent pas d’opérer immédiatement son débarquement; mais enfin, saisissant une occasion favorable, ce ne fut que le 23 que l’empereur fit débarquer ses troupes non loin d’Alger. Il choisit, à cet effet, la partie de la plage qui avoisine la rive gauche d’El-Harach, située au pied des hauteurs qui dominent la plaine de Mustapha. Après que les troupes eurent pris terre, Charles-Quint, qui avait toujours présente à l’esprit sa conquête de Tunis, envoya un parlementaire à Hassan-Agha pour le sommer de se rendre.

 

Dis à ton maître, répondit celui-ci, qu’Alger s’est déjà illustrée par les défaites successives de Francisco de Vero et de Hugues de Moncade, et qu’elle espère acquérir une gloire nouvelle par celle de l’empereur lui-même. »

 

Cette sommation étant restée sans effet, il fallut employer la force.

 

Hassan-Agha, qui n’avait pu supposer que toutes ces dispositions fussent prises contre lui dans un moment aussi inopportun pour la navigation en Afrique, fut pris au dépourvu; il n’avait à sa disposition que huit cents Turcs de l’odjack. Il se hâta de former un corps de cinq mille hommes, composé d’Algériens, mais surtout de Maures d’Andalousie, très-adroits dans le tir de l’escopette et dans le maniement d’arcs en fer, d’une grande énergie. Dans la plaine, il comptait sur les Arabes et les Kabyles. On le voit, ses moyens de défense étaient bien inférieurs à ceux que les chrétiens allaient employer contre lui; avec ces seules forces, il résolut de tenter de sauver Alger. Il s’attacha à encourager les esprits, leur répétant sans cesse la prédiction d’une devineresse qui annonçait que trois expéditions consécutives, dont une commandée par un grand prince, viendraient échouer contre les remparts d’Alger, “Or. disait-il, il ne faut pas douter, les deux premières ont été celles de Francisco de Véro et de Hugues de Moncade. la troisième est celle-ci. Le grand prince, c’est Charles-Quint. Ayons courage, il sera défait comme l’ont été avant lui ses généraux. Allah lui-même nous l’a révélé !»

 

Les Algériens, envoyant paraître à l’horizon l’escadre formidable de Charles-Quint, étaient remplis de confiance, bien persuadés qu’ils triompheraient et remporteraient la victoire sur les Espagnols ; car la même prédiction ajoutait qu’après trois défaites successives de l’armée ennemie Alger ne serait prise que par des soldats habillés en rouge (*).

 

Le 24 octobre, l’armée envahissante, divisée en trois corps, se porta sur Alger, La première division, ou l’avant-garde, se composait des Espagnols, sous les ordres de Ferdinand de Gonzague; les Allemands formaient le corps de bataille et étaient commandés par l’empereur en personne, ayant pour lieutenant le duc d’Albe; l’arrière-garde, où l’on avait réuni la division italienne, les chevaliers de Malte et les volontaires, obéissait à Camille Colonna. L’avant-garde suivait le bord de la mer, le corps de bataille occupait le centre.

 

Dés que l’armée impériale se mit en mouvement, les Arabes ne cessèrent de la harceler, si bien qu’après six heures de marche elle n’avait pas avancé d’un mille. Le soir, elle s’arrêtera à El-Hamma, où des escarmouches renouvelées pendant toute la nuit l’empêchèrent de prendre un seul instant de repos.

 

Le 25, après une marche continuellement entravée par des attaques partielles, elle parvint pointant à gagner les hauteurs qui dominent Alger, L’avant-garde se porta jusqu’auprès du ravin Bab-el-Oued, et Charles-Quint s’établit sur la même colline où, en l’année 1518, Hugues de Moncade avait établi son camp, et où fut construit dans la suite le fort l’Empereur (**) .

 

La position était admirablement choisie et très-avantageuse, car cette manœuvre avait isolé les Arabes de la ville, et des ravins profonds les tenaient trop au loin pour qu’ils pussent venir troubler les travaux de siège.

 

Charles-Quint ordonna qu’on débarquât sa grosse artillerie, et que la flotte vint s’embosser le plus près possible de la côte,.afin de pouvoir canonner simultanément la place par terre et par mer. Ni l’empereur ni ses généraux ne comptaient sur une longue résistance : les murs d’enceinte étaient très-faibles, l’artillerie peu nombreuse et mal servie.

 

Dès le jour même où les troupes prirent position, le second jour de leur débarquement, le ciel se couvrit subitement de nuages noirs, et, sur le soir, une pluie abondante, accompagnée d’un vent violent, vint fondre sur l’armée espagnole. Les soldats manquaient de tentes, le camp était inondé, et ils étaient obligés de se tenir debout, parce qu’ils avaient de l’eau à la ceinture, et dans la nuit, la rafale éclata avec une violence inouïe : chefs, officiers, soldats, tout le monde était épouvanté; on attendait le matin avec anxiété; quand le jour arriva, la pluie n’avait pas cessé; le brouillard était tel, qu’il était impossible de rien distinguer à une faible distance. Dans ce moment de cruelle inquiétude pour le sort de la flotte, tout à coup des cris tumultueux se font entendre vers le bas de la montagne, non loin des murs de la ville assiégée : c’étaient les Turcs et les Maures qui, trouvant le moment favorable, venaient attaquer jusque dans ses retranchements l’arrière-garde de l’armée impériale.

 

Ces troupes coururent aux armes; mais le vent et la pluie leur battaient au visage. Les munitions étaient mouillées, les armes à feu ne rendaient aucun service: tandis que les Maures, au contraire, se servaient d’ares en fer et de flèches acérées qui portaient avec elles la confusion et la mort. Pour faire cesser celte lutte inégale, les chevaliers de Malte et les Italiens s’organisent les premiers, et forcent à se replier sur Alger celte multitude effrénée qu’ils poursuivent avec vigueur jusqu’aux portes de la ville, s’engageant avec elle dans les rues étroites du faubourg Bab-Azoun; un moment, ils espèrent entrer sur ses pas dans Alger. Hassan-Agha voit le péril et fait fermer les portes sur une partie de ses soldats qu’il sacrifie. C’est alors qu’un chevalier de Malte français, au moment où l’ordre d’Hassan-Agha s’exécutait, Ponce de Balagner, qui tenait déployé au vent l’étendard de l’ordre, s’y élança pour s’y opposer; mais la lourde porte était ébranlée, il ne put l’empêcher de se fermer. Furieux, irrité, malgré les traits qui pleuvent de toutes parts contre lui, il saisit son poignard, se jette contre elle, et d’une main vigoureuse enfonce son arme dans le bois en signe de protestation et de défi. Cependant, à la vue du danger que court cette noble partie de son armée, l’empereur était accouru suivi de ses fidèles Allemands. Encouragés par ce puissant renfort, les chevaliers reprennent vigoureusement l’offensive et chargent les Turcs jusqu’au moment où ils se réfugient en ville et se défendent sur leurs remparts.

 

Cependant les Espagnols regagnaient leurs retranchements; toujours avides des postes les plus périlleux, les chevaliers de Malte formaient l’arrière-garde. Tout à coup, ils sont attaqués par Hassan-Agha qui venait d’opérer une sortie. Quoique accablés de fatigue, les chevaliers de Malte étaient trop fiers pour fuir devant ce nouveau danger : ils se formèrent en bataille dans les gorges étroites qui avoisinent le pont des Fours; mais leur courage ne servit qu’à illustrer ce lieu, qui, depuis, a retenu le nom de Tombeau des Chevaliers!

 

Ce fut au retour de ce déplorable engagement que, la brume venant à s’éclaircir, les yeux de Charles-Quint et de son armée découvrirent tous les désastres de la nuit : cent cinquante navires de diverses grandeurs étaient brisés sur la plage ou coulés à quelque distance, ne laissant apercevoir que l’extrémité de leurs mâts. Presque tout ce qu’ils contenaient avait été submergé, et les équipages avaient péri, soit dans les flots, soit sous le yatagan des Arabes.

 

La grosse artillerie, tout le matériel de siège, étaient perdus; car, avant que les ordres donnés pour les conduire à terre pussent s’exécuter, les bateaux de transport avaient été engloutis. Les soldats, qui n’avaient ni vivres ni tentes, contemplaient ce désastre avec effroi ; mais leur douleur s’accrut encore lorsqu’ils virent les bâtiments qui avaient échappé à la tempête mettre à la voile et gagner le large, ayant en tête le vaisseau amiral et s’éloignant à toutes voiles.

 

Mieux que personne, Charles-Quint sentait les difficultés de sa position et, pas plus que les autres, il ne comprenait la manœuvre d’André Doria, qui semblait les abandonner, lorsqu’il reçut un message de ce dernier, que nous allons rapporter textuellement, autant pour donner une juste idée de la position de l’armée que pour faire connaître le genre de rapports qui existaient entre l’empereur et le marin de Venise, “ Mon cher empereur et fils, lui disait-il, l’amour que je vous porte m’oblige à vous annoncer que si vous ne profitez, pour vous retirer, de l’instant de calme que le ciel vous accorde, l’armée navale et celle de terre, exposées à la faim, à la soif et à la fureur des ennemis, sont perdues sans ressources. Je vous donne cet avis parce que je le crois de la dernière importance. Vous êtes mon maître, continuez à me donner des ordres, et je perdrai avec joie, en vous obéissant, les restes d’une vie consacrée au service de vos ancêtres et de votre personne. » Le porteur de cette lettre prévenait en outre Charles-Quint que la flotte allait l’attendre au cap Matifoux, seul endroit où pût s’effectuer avec quelque sûreté un embarquement.

 

Cette lettre décida l’empereur à lever, quoique à regret, le siège commencé avec tant de confiance. La retraite était difficile, surtout pour regagner le cap Matifoux, et c’est peut-être une des plus belles pages de l’histoire de ce prince que celle qui raconte la sollicitude qu’il montra pour le dernier de ses soldats, les précautions de toutes sortes, l’habileté des mouvements, le courage et la présence d’esprit qu’il déploya dans cette circonstance. Enfin, lorsqu’il remît le pied sur le sol européen, la moitié seulement de son armée était avec lui; l’autre moitié était ensevelie entre Alger et le cap Matifoux.

 

Si la défaite du marquis de Moncade avait exalté les espérances et l’audace des Turcs, les résultats de celle-ci, qui est sans contredit un des plus grands faits de l’histoire de l’Algérie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) La dernière partie de cette étrange prédiction ne devait s’accomplir que trois siècles plus tard : les pantalons garance et les retroussis ronges des habits des soldats justifièrent, en 1830, aux yeux de cette population, le pronostic de la devineresse.

 

(**) L’arrière-garde formait l’aile droite, et occupait tout l’espace compris depuis le pied des montagnes jusqu’au bord de la mer, au cap Tafoura, là où existait le fort Kab-Azoun.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Ayyoubides (XIIe – XIIIe S.)

4082019

 

 

 

 

 

 

 

 

Famille princière dont les membres régnèrent sur l’Égypte, la Syrie, la Mésopotamie et le Yémen, les Ayyoubides tirent leur dénomination du Kurde Ayyoub, père du monarque connu en Europe sous l’appellation de Saladin, claquée sur son surnom arabe Salah al-din. Ce dernier avait installé le nouveau régime en Égypte, sans bruit, ordonnant de substituer dans le prône le nom du pontife sunnite de Bagdad à celui du calife fatimide. Celui-ci mourait trois jours plus tard, le 13 septembre 1171, sans avoir peut-être connu sa déchéance. La révolution s’était déroulée dans le calme.

 

 

 

 

 

 

Les Ayyoubides (XIIe - XIIIe S.)  dans Histoire Flag_of_Ayyubid_Dynasty

Drapeau des Ayyoubides

 

 

 

 

 

 

 

 

Saladin (1137-1193)

 

 

 

 

Saladin Ier fut bien le fondateur de la dynastie des Ayyoubides, car, peu après avoir pris le pouvoir en 1171, il mit au point la répartition des principautés et en désigna les premiers titulaires. Ce choix créa des frictions, et, pendant près d’un siècle, les principautés furent loin de vivre en bonne entente. Une difficulté est inhérente au point de départ et à la personnalité de Saladin: le monarque, installé au Caire, prétend faire figure de suzerain vis-à-vis des princes syriens qui, eux, s’efforcent d’accentuer leur autonomie. D’ailleurs Saladin ne plaisantait pas avec ses parents, qu’il faisait valser de région en région selon les fluctuations de sa confiance en eux.

 

 

 

 

Deux de ces principautés émergent quelque peu de l’histoire. La création du petit royaume du Yémen n’es pas dépourvue d’ambiguïté: on peut penser que c’est un premier jalon d’une politique panislamique de Saladin, qui s’assura ainsi le contrôle des Lieux saints de l’islam sans inconvénient de la résidence au Hedjaz, trop turbulent. La principauté de Haute-Mésopotamie, avec sa capitale à Hisn Kayfa, aura le triste privilège de fournir à l’Égypte son dernier sultan, Turanshah: le maintien invraisemblable de cette seigneurie jusqu’au début du XVIe siècle montre bien que son territoire se situait hors de la zone des grands conflits.

 

 

 

 

La puissance ayyoubide, par l’intermédiaire du prince zenguide d’Alep Nur al-din, se rattache au mouvement de rénovation sunnite implanté en Mésopotamie par les Seldjoukides. Son originalité va se manifester d’une double façon: dans le domaine religieux, par la suppression radicale du Chiisme au moyen des madrasa, collèges d’État, qui vont dès lors pulluler en Égypte et dans les grandes villes syriennes; dans le domaine militaire, par la mise en oeuvre de toutes les ressources en vue de la lutte contre les croisés.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Extension maximale de l’Empire ayyoubide sous Saladin en 1188.

 

 

 

 

 

 

La disparition du chef de la famille, en 1193, laissa voir à nu l’ambition jalouse des petits princes qui vont passer leur temps à faire et défaire des alliances, à guetter les faiblesses de leurs émules et adversaires. En Syrie, énumérons: la principauté éphémère de Baalbek; les principautés de Homs (Hims), de Banyas, de Karak qui disparaîtront avec les premiers Mamlouks; celles de Damas et d’Alep, qui finirent par être réunies sur la même tête et tiendront jusqu’en 1260; celle de Hama, que les Mamlouks laisseront vivre jusqu’en 1341.

 

 

 

 

La grande affaires des Ayyoubides, c’est le voisinage des croisés, et c’est souvent sur ce point précis que l’on est amené à porter des jugements sévères sur leurs dissensions. On ne relatera pas ici les campagnes victorieuses de Saladin, qui aboutissent à la conquête de Jérusalem. Mais il convient d’insister sur la dérobade des princes syriens lors de la croisade de Philippe Auguste: si Acre fut reprise par les Francs, on doit en grande partie à l’abandon des troupes syriennes ramenées dans leurs domaines respectifs.

 

 

 

 

Mais ces jalousies mesquines éclatèrent surtout après la mort de Saladin, dont le prestige personnel n’avait donc pas toujours suffi à maintenir le calme. Les intrigues furent permanentes et constituèrent la faiblesse irrémédiable de la famille; elles ne cesseront qu’à la chute de la branche qui règne au Caire. Au fond, les querelles de ces roitelets sont très monotones: simplement on se met à deux contre un et l’isolé se préoccupe, souvent avec succès, de dissoudre la coalition d’en face; puis l’on recommence. Du point de vue islamique, c’est lamentable, car les croisés occupent en force le littoral palestinien et deux sièges de Damiette montrent qu’ils continuent à présenter un grave danger. La titulature officielle des divers princes en fait des égaux, car si Saladin ne porta jamais le titre de sultan, ce titre est dévolu, sans aucune exception et sans distinction de préséance, à tous les princes ayyoubides.

 

 

 

 

Ainsi l’histoire des Ayyoubides n’est qu’un récit tourmenté des intrigues des divers membres de la famille, chacun d’eux ayant une ambition territoriale égale à celle du voisin, tous les princes syriens, ou presque tous, ayant convoité la possession de Damas. La capitale de la Syrie, enjeu des luttes qui se dérouleront pendant plus de soixante ans, va devenir le centre de la politique égyptienne, syrienne et mésopotamienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malik Kamil (1180-1238)

 

 

 

 

Un des souverain ultérieurs de l’Égypte, Malik Kamil, reste une belle figure. Il avait assumé le pouvoir pendant que les Francs assiégeaient Damiette, dont ils s’étaient emparés le 5 novembre 1219; sans doute leur situation restait précaire mais aussi les troupes musulmanes en avaient assez. C’est dans cette atmosphère de batailles sanglantes et sans issue que Malik Kamil se prit à préférer la négociation à la guerre. Un trait émouvant: Malik Kamil reçut à son camp, face à Damiette, la visite de saint François d’Assise; malgré ses conseillers, il réserva au franciscain un accueil amical, et une légende franciscaine s’en souviendra, faisant mourir le sultan d’Égypte à Konia, couvert par deux missionnaires de saint François.

 

 

 

 

Une négociation célèbre lui attira les récriminations justifiées, en apparence tout au moins, de toutes les populations musulmanes.

Prince cultivé, il avait entretenu des relations scientifiques avec l’empereur Frédéric II et peut-être était-il imprudemment convenu de lui céder Jérusalem. Sans doute, le sultan d’Égypte était gêné par une trêve qui n’était pas encore parvenue à son terme au moment ou Frédéric exigea la livraison de la cité. Après la remise de la ville, Malik Kamil s’excusa dans un manifeste, affirmant que le culte musulman avait été garanti dans la Grande Mosquée de la ville. Les faits montrent bien que les deux souverains étaient au-dessus de leur temps: le monde islamique, surchauffé, considérait la perte de Jérusalem comme un grand malheur, tendis que la papauté, ne voulant pas oublier qu’elle avait excommunié l’empereur, jetait l’interdit sur les Lieux saints. À l’actif de Malik Kamil, outre que ses adversaires ne regardaient pas de trop près à leurs alliances (telle la demande d’aide aux bandes kharizmiennes qui dévastaient la Syrie), on est en droit de constater que la cession de Jérusalem procura un état de paix qui ne fut jamais, pendant toute la durée des croisades, ni aussi stable ni aussi long, et c’est bien ce que le sultan avait recherché avant tout. Ce fut, en tous cas, le point de départ d’une conjuration des princes syriens contre le sultan d’Égypte, conjuration qui donna ses fruits plus tard, en 1237, lorsque Malik Kamil reçut un véritable ultimatum lui enjoignant de ne pas sortir d’Égypte. Le conflit tourna court par suite du décès d’un des protagonistes et de la médiation du calife de Bagdad.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rencontre entre Al-Kamel (à droite) et Frédéric II (à gauche)

 

 

 

 

 

 

Le dernier épisode est une épouvantable tragédie. Les Francs avaient une seconde fois pris Damiette. Parvenus à Mansourah (Al-Mansura), ils y perdirent une bataille de rues. Après la mort de Malik Salih (1249), sa veuve Shadjar al-durr avait mandé le prince Turanshah, qui régnait à Hisn Kayfa. Ce dernier arriva à Mansourah le 25 février 1250, pendant que l’armée musulmane, reprenant l’offensive, cernait les Francs à Fareskour et faisait prisonnier le roi de France Louis IX. Par arrogance, Turanshah s’aliéna tous les cœurs et, au cours d’un banquet, le futur sultan mamlouk Baibars lui porta le premier coup de sabre. Turanshah se réfugia dans une tour de bois à laquelle on mit le feu; il se précipita dans le Nil; rejoint à la nage, il fut mis à mort. Ainsi périssait, le 30 avril 1250, le dernier sultan ayyoubide d’Égypte, dont la conduite insolente avait attiré cet orage.

 

 

 

 

 

Le meurtrier n’était pas seul: il faisait partie de la milice d’esclaves turcs que Malik Salih venait de constituer pour posséder à ses côtés un contingent de gardes sûrs. Ces Mamlouks, menacés, tout au moins dans leur influence, par les officiers que Turanshah avait ramenés de Mésopotamie, avaient pris les devants. Telle était la signification de ce sanglant fait divers qui allait donner naissance au nouveau régime de l”Égypte, celui des sultana mamlouks, dont la puissance et la cohésion allaient faire oublier la faiblesse des seigneurs ayyoubides.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Califat

29062019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

 

 

Le terme “califat” désigne une fonction; il dérive de calife, emprunté à l’arabe khalifa qui, jusqu’à nos jours, a servi à qualifier la dignité du chef de la communauté musulmane Importante à l’époque des Omeyyades, la fonction de calife a décliné après la chute du calife de Bagdad dont les pouvoirs étaient déjà très amoindris Le prestige de ce titre donné aux héritiers de Mahomet (prophète Mohamed saw) n’en avait pas moins été considérable dans le monde islamique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Califes Légitimes (633-661)

 

Le Prophète Mohamed n’avait pas prévu sa succession, et c’est pour assumer sa charge de chef d’État, pour prendre la direction des affaires publiques, que les premiers musulmans de Médine choisirent le beau-père du Prophète, Abu Bakr. Il aurait pris le titre de khalifa, “successeur” de l’Envoyé de Dieu. Les quatre premiers califes, qui réghnèrent à Médine, furent désignés par acclamations ou à la suite de transactions. On ne peut guère s’appuyer sur cette courte période pour épiloguer sur la manière dont s’établit l’autorité de ces premiers califes, qui entrent dans l’histoire avec le qualificatif de “légitimes” retenu par la tradition arabe, peut-être par réaction contre le régime héréditaire qui allait prévaloir par la suite. Dès cette époque, les Arabes, exaltés par leur foi nouvelle, se virent donner la mission de conquérir le mode: en quelques années, ils annexèrent la Syrie, l’Égypte et une bonne partie de la Perse, tandis que les confins de la Tripolitaine étaient dépassés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Omeyyade (661-750)

 

Le dernier de ces califes légitimes, Ali, cousin et gendre du Prophète Mohamed, vit s’insurger contre lui son préfet de Syrie, Mo’awiya, lequel, après un arbitrage suspect, fut proclamé calife, dignité qu’il conserva à la suite de l’assassinat d’Ali. Damas devenait la capitale de l’empire naissant. Tels furent les débuts de la nouvelle dynastie, celle des Omeyyades, du nom d’Omeyya, arrière-grand-père du monarque. Le premier soin de Mo’awiya fut d’instaurer définitivement, mais non sans difficultés, le principe de la succession héréditaire. On doit à cette famille, qui conserva le trône pendant près d’un siècle, l’organisation du nouvel État, dont l’extension territoriale fut alors prodigieuse: on vit dans le même temps les cavaliers arabes non loin des rives de la Loire et sur les bords de l’Oxus et de l’Indus.

 

 

 

Le calife omeyyade est par un certain côté un chef bédouin et, de plus, il administre des régions dont les populations ne sont ni arabes ni musulmanes. Le protocole des califes omeyyades, empruntés à la titulature du second calife de Médine, Omar. Est simple et précis: le calife est “l’esclave de Dieu et le chef militaire (émir) des croyants”. Le nom et les titres du calife sont proclamés chaque vendredi à la prière publique.

 

 

 

Ces souverains sont en partie responsables des rapides progrès de l’islamisation. Cette réussite extraordinaire même va faire crouler l’édifice: les convertis n’ont pas perdu le souvenir de leur race ni les traditions de leur patrie d’origine. En ce milieu du VIIe siècle se manifestent les diversités ethniques qui contribuent à rompre l’unité islamique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Califat Omeyyade en 750

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Abbasside (750-847)

 

 

 

C’est en Iran, dans la province du Khorassan, que naquit un complot anti-omeyyade, hostile aux Arabes. Un descendant d’un oncle paternel du Prophète Mohamed (saw) sut profiter de cette conjuration, et ce fut l’avènement de la dynastie abbasside, qui, abandonnant la Syrie, se fixa en Mésopotamie, où elle fonda une capitale, Bagdad (765). Cet établissement sur les rives du Tigre vouait la centralisation de l’empire à un échec complet, en tout cas en Occident, où se manifestèrent les premières dissidences. L’Espagne avait accueilli un rejeton de la famille omeyyade, qui fonda l’émirat de Cordoue: le prestige califien restait en effet très grand et à la prière du vendredi on promettait allégeance au calife abbasside, sans toutefois mentionner son nom personnel. Mais déjà, en pays berbère, étaient apparues des dynasties chiites ou hérétiques. Le calife Harun al-Rachid (786-809), percevant le danger, avait accordé au gouverneur de la Tunisie actuelle les pleins pouvoirs et les privilèges de la succession héréditaire. Telle fut la plus ancienne reconnaissance du morcellement territorial.

 

 

 

Dès lors, le calife abbasside passe peu à peu du rang de chef actif de tous les croyants à celui d’un pontife suprême: sa fonction devient insensiblement celle d’un monarque de droit divin. En tout cas, la titulature est explicite: elle ajoute à l’ancien protocole le titre d’imam, c’est-à-dire de chef suprême de la prière, et un surnom en Allah- appelé fort justement le surnom imamien, puisqu’il s’agit en fait d’un adjectif mis en apposition au titre imam, par exemple Mu’tasim billah (833-841).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Califat Abbasside dans sa plus grande extension, à la fin du VIIIe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Abbasside en Tutelle (850-1050)

 

 

 

Mention vient d’être faite à dessein de Mu’tasim billah sous le règne duquel l’armée change de nature: des mercenaires turcs sont attachés au service du califat. Ces prétoriens se montrent insupportables, et leur chef semble n’avoir qu’une préoccupation: faire et défaire les califes à sa guise. C’est la notion du pouvoir temporel qui pénètre ainsi dans la vie constitutionnelle de l’Islam et, principalement en Iran, l’empire va se disloquer en une série de principautés, dont les seigneurs tiendront leur puissance d’un geste califien; le calife, reclus dans sa capitale, n’en sera qu’à peine le souverain territorial.

 

 

 

 

 

 

 

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Mausolée des Mamelouks au Caire

 

 

 

 

 

 

 

 

Califat Fatimide et Omeyyade de Cordoue

 

 

 

La propagande alide n’avait pas désemparé: les tenants de ce mouvement avaient toujours considéré que l’imamat appartenait à la descendance du calife Ali. Au Xe siècle, les descendants d’Ali s’étalaient au grand jour et réussissaient à fonder en Afrique du Nord du nouveau califat, plus justement un anticalifat, qui très vite prendra pied en Égypte, où il fondera Le Caire. En dehors de l’Égypte et d’une grande partie de la Syrie, les Fatimides n’eurent aucune autorité réelle, mais il était grave pour la communauté sunnite, dont le chef s’affaiblissait d’année en année, que la souveraineté Chiite fût reconnue en Syrie, en Arabie, avec les villes saintes, et en haute Mésopotamie. Enfin, durant douze mois, le calife abbasside dut quitter Bagdad, administrée par un officier partisan des Fatimides.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le califat Fatimide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De son côté, l’émir omeyyade de Cordoue, préoccupé de la décadence du califat abbasside et de l’essor inquiétant du califat fatimide, se proclama émir des croyants. Il l’annonça par un manifeste en l’année 929: ce califat andalou durera jusqu’en 1031.

 

 

 

On retient ainsi trois siècles en arrière, avec les trois grandes familles de l’Islam: les Omeyyades, les Alides-Fatimides et les Abbassides, ces derniers étant au Xe siècle les moins influents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impuissance Califienne et Rôle Religieux du Calife

 

 

 

Par une singulière ironie, le calife abbasside est en effet contraint d’accepter dans sa capitale même la tutelle de princes iraniens, les Buyides, qui, par surcroît, sont Chiites, mais appartiennent à une secte rivale de celle des Fatimides. La situation morale des califes abbassides ne subit aucun changement lorsque les réformateurs seldjukides imposent leur suprématie au califat, tout en rétablissant le sunnisme. Le calife pense retrouver son ascendant en multipliant de façon singulière ses titres. Déjà le Fatimide s’était intitulé l’(esclave et ami de Dieu), titre que l’Abbasside s’octroie bien vite pour ne pas déchoir, en se qualifiant de “calife de Dieu”, formule étrange qui, dans l’usage littéraire au moins, était d’un emploi courant. À vrai dire, cette même expression se rencontre pour la première fois à Cordoue, jointe au nom du calife omeyyade dans une inscription datée de 969, qui était passée inaperçue. Tandis qu’aux XIe et XIIe siècles la faiblesse du pouvoir temporel de l’Abbasside (rendait plus nécessaire, de faire ressortir sa dignité ecclésiastique). De ce protocole officielle, l’épigraphie fournit une demi-douzaine d’exemples, mais on doit convertir que les juristes condamnèrent la formule “calife de Dieu” comme une marque d’impiété.

 

 

 

Il est donc indiqué d”examiner ici quel était le rôle légal du calife. Il n’a aucune compétence pour définir le dogme, domaine où il ne lui appartient pas de légiférer. S’il veille à l’application de la loi religieuse, il ne crée pas la loi. Si l’on se tourne vers le camp Chiite, on voit que l’imam est plus impeccable qu’infaillible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chute du Califat de Bagdad (1258)

 

La période qui s’étend du milieu du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle représente pour le califat une sorte de crépuscule doré: les califes de Bagdad ont sans doute beaucoup perdu de leur prestige, mail ils sont délivrés de la tutelle des Buyides, et la désagrégation de la famille seldjukide leur a rendu quelque indépendance. Le calife se sentait bien le maître d’une administration et le commandant d’une petite armée; mais, en fait, Bagdad n’était que le chef-lieu d’un califat fantomatique. La tragédie est proche:les hordes mongoles de Hulagu envahissent la Mésopotamie, assiègent et prennent Bagdad; le dernier calife abbasside Musta’sim est mis à mort le 10 février 1258. Cette date marque la fin d’un âge, bien que le califat ne représentât déjà plus grand-chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les provinces de l’Empire ottoman (en jaune) en 1609. Vert : États vassaux musulmans (régence d’Alger, khanat de Crimée, sharifat de La Mecque). Rose : États vassaux chrétiens (Raguse, Transylvanie, Moldavie, Valachie, Abkhazie, Kakhétie-Iméréthie).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Temps Modernes: La Suppression du Califat

 

 

 

À la suite de cette catastrophe, on pensa en Occident à relever le califat: le titre d’émir des croyants fut pris par les Almohades, et surtout les Hafsides de Tunis, ces derniers portant en bloc toutes les épithètes califiennes, “calife (titre imamien) et émir des croyants”.

 

 

Mais ces dynasties maghrebins ne furent reconnus comme tels que dans leurs principautés respectives. Le sultan Baïbars, sultan mamlouk d’Égypte, fit preuve d’une grande finesse diplomatique en accueillant au Caire un descendant authentique du calife abbasside mésopotamien. En même temps qu’il donnait un certain éclat à son propre gouvernement, il justifiait ainsi son protectorat sur les villes d’Arabie. Le dernier calife abbasside d’Égypte, Mutawakkil III, fut emmené en captivité à Istanbul par le conquérant ottoman de l’Égypte, le sultan Sélim Ier, qui se fit céder, dit-on, par l’intéressé, ses droits et ses titres (1517). On n’a guère ajouté foi à cette transmission de pouvoirs et, de fait, rares sont les sultans ottomans qui se sont targués du titre de calife dans les actes diplomatiques ou dans leurs inscriptions monumentales. Toutefois, le sultan Abd-al Hamid II (1876-1909) y attacha quelque importance au moment où, sous ses directives, on lançait le mouvement du panislamisme.

 

 

La soudaine laïcisation de la Turquie par Mustafa Kemal Atatürk éclata comme un coup de tonnerre au sein d’un monde musulman inquiet et posa un temps la question du rétablissement du califat, aboli le 3 mars 1924. La suppression du califat avait revêtu une très grande importance pour des raisons secondaires, mais surtout parce qu’il était devenu une habitude. On assista à quelques polémiques, puis des congrès se réunirent à Jérusalem, à la Mecque et au Caire, en 1926; mais l’indifférence des milieux islamiques fut presque totale. Les considérations précédentes prouvent assez que le califat était une institution désuète et sans efficacité réelle pour l’Islam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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