Califat

29062019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

 

 

Le terme “califat” désigne une fonction; il dérive de calife, emprunté à l’arabe khalifa qui, jusqu’à nos jours, a servi à qualifier la dignité du chef de la communauté musulmane Importante à l’époque des Omeyyades, la fonction de calife a décliné après la chute du calife de Bagdad dont les pouvoirs étaient déjà très amoindris Le prestige de ce titre donné aux héritiers de Mahomet (prophète Mohamed saw) n’en avait pas moins été considérable dans le monde islamique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Califes Légitimes (633-661)

 

Le Prophète Mohamed n’avait pas prévu sa succession, et c’est pour assumer sa charge de chef d’État, pour prendre la direction des affaires publiques, que les premiers musulmans de Médine choisirent le beau-père du Prophète, Abu Bakr. Il aurait pris le titre de khalifa, “successeur” de l’Envoyé de Dieu. Les quatre premiers califes, qui réghnèrent à Médine, furent désignés par acclamations ou à la suite de transactions. On ne peut guère s’appuyer sur cette courte période pour épiloguer sur la manière dont s’établit l’autorité de ces premiers califes, qui entrent dans l’histoire avec le qualificatif de “légitimes” retenu par la tradition arabe, peut-être par réaction contre le régime héréditaire qui allait prévaloir par la suite. Dès cette époque, les Arabes, exaltés par leur foi nouvelle, se virent donner la mission de conquérir le mode: en quelques années, ils annexèrent la Syrie, l’Égypte et une bonne partie de la Perse, tandis que les confins de la Tripolitaine étaient dépassés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Omeyyade (661-750)

 

Le dernier de ces califes légitimes, Ali, cousin et gendre du Prophète Mohamed, vit s’insurger contre lui son préfet de Syrie, Mo’awiya, lequel, après un arbitrage suspect, fut proclamé calife, dignité qu’il conserva à la suite de l’assassinat d’Ali. Damas devenait la capitale de l’empire naissant. Tels furent les débuts de la nouvelle dynastie, celle des Omeyyades, du nom d’Omeyya, arrière-grand-père du monarque. Le premier soin de Mo’awiya fut d’instaurer définitivement, mais non sans difficultés, le principe de la succession héréditaire. On doit à cette famille, qui conserva le trône pendant près d’un siècle, l’organisation du nouvel État, dont l’extension territoriale fut alors prodigieuse: on vit dans le même temps les cavaliers arabes non loin des rives de la Loire et sur les bords de l’Oxus et de l’Indus.

 

 

 

Le calife omeyyade est par un certain côté un chef bédouin et, de plus, il administre des régions dont les populations ne sont ni arabes ni musulmanes. Le protocole des califes omeyyades, empruntés à la titulature du second calife de Médine, Omar. Est simple et précis: le calife est “l’esclave de Dieu et le chef militaire (émir) des croyants”. Le nom et les titres du calife sont proclamés chaque vendredi à la prière publique.

 

 

 

Ces souverains sont en partie responsables des rapides progrès de l’islamisation. Cette réussite extraordinaire même va faire crouler l’édifice: les convertis n’ont pas perdu le souvenir de leur race ni les traditions de leur patrie d’origine. En ce milieu du VIIe siècle se manifestent les diversités ethniques qui contribuent à rompre l’unité islamique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Califat  dans Histoire 1557575333-1024px-umayyad750adloc

Califat Omeyyade en 750

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Abbasside (750-847)

 

 

 

C’est en Iran, dans la province du Khorassan, que naquit un complot anti-omeyyade, hostile aux Arabes. Un descendant d’un oncle paternel du Prophète Mohamed (saw) sut profiter de cette conjuration, et ce fut l’avènement de la dynastie abbasside, qui, abandonnant la Syrie, se fixa en Mésopotamie, où elle fonda une capitale, Bagdad (765). Cet établissement sur les rives du Tigre vouait la centralisation de l’empire à un échec complet, en tout cas en Occident, où se manifestèrent les premières dissidences. L’Espagne avait accueilli un rejeton de la famille omeyyade, qui fonda l’émirat de Cordoue: le prestige califien restait en effet très grand et à la prière du vendredi on promettait allégeance au calife abbasside, sans toutefois mentionner son nom personnel. Mais déjà, en pays berbère, étaient apparues des dynasties chiites ou hérétiques. Le calife Harun al-Rachid (786-809), percevant le danger, avait accordé au gouverneur de la Tunisie actuelle les pleins pouvoirs et les privilèges de la succession héréditaire. Telle fut la plus ancienne reconnaissance du morcellement territorial.

 

 

 

Dès lors, le calife abbasside passe peu à peu du rang de chef actif de tous les croyants à celui d’un pontife suprême: sa fonction devient insensiblement celle d’un monarque de droit divin. En tout cas, la titulature est explicite: elle ajoute à l’ancien protocole le titre d’imam, c’est-à-dire de chef suprême de la prière, et un surnom en Allah- appelé fort justement le surnom imamien, puisqu’il s’agit en fait d’un adjectif mis en apposition au titre imam, par exemple Mu’tasim billah (833-841).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1557575467-1024px-abbasids786-809 dans Histoire

Le Califat Abbasside dans sa plus grande extension, à la fin du VIIIe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Abbasside en Tutelle (850-1050)

 

 

 

Mention vient d’être faite à dessein de Mu’tasim billah sous le règne duquel l’armée change de nature: des mercenaires turcs sont attachés au service du califat. Ces prétoriens se montrent insupportables, et leur chef semble n’avoir qu’une préoccupation: faire et défaire les califes à sa guise. C’est la notion du pouvoir temporel qui pénètre ainsi dans la vie constitutionnelle de l’Islam et, principalement en Iran, l’empire va se disloquer en une série de principautés, dont les seigneurs tiendront leur puissance d’un geste califien; le calife, reclus dans sa capitale, n’en sera qu’à peine le souverain territorial.

 

 

 

 

 

 

 

 1557575547-800px-tombs-of-the-royal-family-of-muhammad-ali-pasha-01

Mausolée des Mamelouks au Caire

 

 

 

 

 

 

 

 

Califat Fatimide et Omeyyade de Cordoue

 

 

 

La propagande alide n’avait pas désemparé: les tenants de ce mouvement avaient toujours considéré que l’imamat appartenait à la descendance du calife Ali. Au Xe siècle, les descendants d’Ali s’étalaient au grand jour et réussissaient à fonder en Afrique du Nord du nouveau califat, plus justement un anticalifat, qui très vite prendra pied en Égypte, où il fondera Le Caire. En dehors de l’Égypte et d’une grande partie de la Syrie, les Fatimides n’eurent aucune autorité réelle, mais il était grave pour la communauté sunnite, dont le chef s’affaiblissait d’année en année, que la souveraineté Chiite fût reconnue en Syrie, en Arabie, avec les villes saintes, et en haute Mésopotamie. Enfin, durant douze mois, le calife abbasside dut quitter Bagdad, administrée par un officier partisan des Fatimides.

 

 

 

 

 

 

 

 

1557575800-fatimid-islamic-caliphate2

Le califat Fatimide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De son côté, l’émir omeyyade de Cordoue, préoccupé de la décadence du califat abbasside et de l’essor inquiétant du califat fatimide, se proclama émir des croyants. Il l’annonça par un manifeste en l’année 929: ce califat andalou durera jusqu’en 1031.

 

 

 

On retient ainsi trois siècles en arrière, avec les trois grandes familles de l’Islam: les Omeyyades, les Alides-Fatimides et les Abbassides, ces derniers étant au Xe siècle les moins influents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impuissance Califienne et Rôle Religieux du Calife

 

 

 

Par une singulière ironie, le calife abbasside est en effet contraint d’accepter dans sa capitale même la tutelle de princes iraniens, les Buyides, qui, par surcroît, sont Chiites, mais appartiennent à une secte rivale de celle des Fatimides. La situation morale des califes abbassides ne subit aucun changement lorsque les réformateurs seldjukides imposent leur suprématie au califat, tout en rétablissant le sunnisme. Le calife pense retrouver son ascendant en multipliant de façon singulière ses titres. Déjà le Fatimide s’était intitulé l’(esclave et ami de Dieu), titre que l’Abbasside s’octroie bien vite pour ne pas déchoir, en se qualifiant de “calife de Dieu”, formule étrange qui, dans l’usage littéraire au moins, était d’un emploi courant. À vrai dire, cette même expression se rencontre pour la première fois à Cordoue, jointe au nom du calife omeyyade dans une inscription datée de 969, qui était passée inaperçue. Tandis qu’aux XIe et XIIe siècles la faiblesse du pouvoir temporel de l’Abbasside (rendait plus nécessaire, de faire ressortir sa dignité ecclésiastique). De ce protocole officielle, l’épigraphie fournit une demi-douzaine d’exemples, mais on doit convertir que les juristes condamnèrent la formule “calife de Dieu” comme une marque d’impiété.

 

 

 

Il est donc indiqué d”examiner ici quel était le rôle légal du calife. Il n’a aucune compétence pour définir le dogme, domaine où il ne lui appartient pas de légiférer. S’il veille à l’application de la loi religieuse, il ne crée pas la loi. Si l’on se tourne vers le camp Chiite, on voit que l’imam est plus impeccable qu’infaillible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chute du Califat de Bagdad (1258)

 

La période qui s’étend du milieu du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle représente pour le califat une sorte de crépuscule doré: les califes de Bagdad ont sans doute beaucoup perdu de leur prestige, mail ils sont délivrés de la tutelle des Buyides, et la désagrégation de la famille seldjukide leur a rendu quelque indépendance. Le calife se sentait bien le maître d’une administration et le commandant d’une petite armée; mais, en fait, Bagdad n’était que le chef-lieu d’un califat fantomatique. La tragédie est proche:les hordes mongoles de Hulagu envahissent la Mésopotamie, assiègent et prennent Bagdad; le dernier calife abbasside Musta’sim est mis à mort le 10 février 1258. Cette date marque la fin d’un âge, bien que le califat ne représentât déjà plus grand-chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1557576004-provottomanempire16092

Les provinces de l’Empire ottoman (en jaune) en 1609. Vert : États vassaux musulmans (régence d’Alger, khanat de Crimée, sharifat de La Mecque). Rose : États vassaux chrétiens (Raguse, Transylvanie, Moldavie, Valachie, Abkhazie, Kakhétie-Iméréthie).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Temps Modernes: La Suppression du Califat

 

 

 

À la suite de cette catastrophe, on pensa en Occident à relever le califat: le titre d’émir des croyants fut pris par les Almohades, et surtout les Hafsides de Tunis, ces derniers portant en bloc toutes les épithètes califiennes, “calife (titre imamien) et émir des croyants”.

 

 

Mais ces dynasties maghrebins ne furent reconnus comme tels que dans leurs principautés respectives. Le sultan Baïbars, sultan mamlouk d’Égypte, fit preuve d’une grande finesse diplomatique en accueillant au Caire un descendant authentique du calife abbasside mésopotamien. En même temps qu’il donnait un certain éclat à son propre gouvernement, il justifiait ainsi son protectorat sur les villes d’Arabie. Le dernier calife abbasside d’Égypte, Mutawakkil III, fut emmené en captivité à Istanbul par le conquérant ottoman de l’Égypte, le sultan Sélim Ier, qui se fit céder, dit-on, par l’intéressé, ses droits et ses titres (1517). On n’a guère ajouté foi à cette transmission de pouvoirs et, de fait, rares sont les sultans ottomans qui se sont targués du titre de calife dans les actes diplomatiques ou dans leurs inscriptions monumentales. Toutefois, le sultan Abd-al Hamid II (1876-1909) y attacha quelque importance au moment où, sous ses directives, on lançait le mouvement du panislamisme.

 

 

La soudaine laïcisation de la Turquie par Mustafa Kemal Atatürk éclata comme un coup de tonnerre au sein d’un monde musulman inquiet et posa un temps la question du rétablissement du califat, aboli le 3 mars 1924. La suppression du califat avait revêtu une très grande importance pour des raisons secondaires, mais surtout parce qu’il était devenu une habitude. On assista à quelques polémiques, puis des congrès se réunirent à Jérusalem, à la Mecque et au Caire, en 1926; mais l’indifférence des milieux islamiques fut presque totale. Les considérations précédentes prouvent assez que le califat était une institution désuète et sans efficacité réelle pour l’Islam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Horloges à Eau dans la Tradition Islamique

24052019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Horloges à Eau dans la Tradition Islamique dans Histoire Jazari

L’ horloge dite du « château », due à al-Jazari, XIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis le VIIe siècle, l’ascension et l’expansion des royaumes islamiques ont mené à la naissance d’un espace culturel qui englobait la Méditerranée et l’Asie Mineure, et s’étendait de l’Espagne à l’Afghanistan. L’Islam était la religion qui lui donnait son homogénéité, et l’arabe était la langue scientifique dominante. Plus fortement encore que l’époque hellénistique, la floraison de l’Islam (VIIIe-XIVe siècle) fut caractérisée par la réception et l’assimilation des traditions culturelles de toute sa zone d’influence.

 

 

 

 

 

 

Il n’est pas nécessaire de rappeler ici le rôle des auteurs arabes dans la transmission des sciences hellénistiques, et notamment de l’astronomie. Pour ce qui concerne la théorie et la technique de la mesure du temps, il ne faut pas seulement tenir compte, ici, du processus d’acquisition théorique et de développement du savoir antique; le rattachement direct à savoir et le prolongement des traditions artisanales et techniques de l’Antiquité tardive jouent aussi un rôle, tout comme les Syriens et les Perses- et, sur ce point, la recherche se heurte à des difficultés plus grandes encore. Un autre élément est encore largement inexpliqué: le rôle des auteurs arabes dans la transmission vers l’Europe de la science et de la technique en provenance de l’Inde et de la Chine.

 

 

 

 

Il est facile de reconstituer le lien direct des horlogers arabes avec la mécanique byzantine. La première information portant sur une activité d’horlogerie arabe indépendante est aussi une preuve de la relative arriération technique dans laquelle se trouvait l’Europe occidentale. Dans une mention souvent reproduite au Moyen Âge et qui figure dans les annales de l’Empire d’Eginhard, on évoque un cadeau du sultan Haroun al-Rachid à Charlemagne. Le souverain oriental fit porter en 807 à l’empereur occidental un prodige de la mécanique, “une horloge en laiton, admirablement composée par l’art mécanique”. La stupéfiante ressemblance du programme de figurines automates avec l’horloge d’art de Gaza, qui date de l’Antiquité tardive, saute immédiatement aux yeux. Bien entendu, les représentations de la tête de Gorgone et des douze travaux d’Hercule, puisées dans la mythologie antique, ont disparu. Toutes les heures, un cavalier sort par l’une des douze fenêtres. Dans le même temps, une petite cloche (cimbalum) retentit. Des variantes et des extensions de ce programme de figurines, avec entre autres des oiseaux chanteurs, des musiciens, des esclaves, des scènes d’exécution, se rencontrent dans de nombreuses horloges islamiques de petit et de grand format au cours de la période suivante. Presque partout, on mentionne la présence de boules qui tombent dans un bassin et servent de signal horaire, ainsi que d’une figurine en forme de stylet ou d’aiguille qui se déplace ou tourne sur elle-même.

 

 

 

 

On connaît depuis le Xe siècle des descriptions et des instructions de construction pour des horloges de ce types. Les plus importantes se trouvent dans un ouvrage andalou sur les automates, le Livre des mystères sur les produits de la pensée (XIe siècle), et dans le Livre du savoir des installations mécaniques inventives d’al-Jazari (1204/1206). Divers traités arabes désignent explicitement Archimède (IIIe siècle av. J.-C.) comme un précurseur. On ne connaît cependant pas d’ouvrage d’Archimède traitant de la construction des horloges à eau. Peut-être utilisait-on simplement son nom comme générique, pour rendre un hommage global aux autorités grecques. On parle aujourd’hui de Pseudo-Archimède. On cite aussi Héron d’Alexandrie. La théorie et la pratique hellénistique ont donc été considérablement exploitées. Parmi les composantes nouvelles mises au point par les horlogers arabes, peut-être empruntées à l’Extrême-Orient, on évoque l’utilisation de roues à aubes (on fit également des expériences avec du sable comme matériau d’écoulement) et l’utilisation de balances auxquelles on fixait des récipients à écoulement (un procédé qui n’était, autrement, connu qu’en Chine). Les sources européennes mentionnent aussi des simulations astronomiques pratiquées avec ces horloges. En 1232, le sultan al-Ashraf de Damas offrit à l’empereur Frédéric II un “ciel artificiel” extraordinairement précieux sur lequel on pouvait lire, outre la trajectoire des étoiles, les heures du jour et de la nuit. Un récit décrit cette installation comme”une tente admirablement construite dans laquelle les images du soleil et de la lune accomplit leur trajet conformément à leurs positions, et désignent de manière infaillible les heures de la journée et de la nuit”. Un autre parle d’un “ciel astronomique doré, peuplé d’astres en pierres précieuses, et qui inclut un déplacement mécanique des planètes”. En revanche, il faut attendre une version tardive, datant déjà de la période des horloges mécaniques, pour trouver une variante du texte-parfois citée dans des livres d’horlogerie- qui souligne plus fortement l’aspect mécanique (“ponderibus et rotis incitatae”).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 800px-FacadeEnA4 dans Histoire

L’Horloge Bouinaniyya de Fès

 C’est une horloge monumentale qui mesure environ 11 mètres de large et 12 mètres de haut, avec des arcs et des vases de cuivre en face de la porte de la nouvelle madrasa, rue du marché du palais de Fès. Pour indiquer l’expiration d’une heure, une boule de métal tombait dans un vase et l’un des arcs (c’est-à-dire la porte dans l’arc) s’ouvrait. Sa construction a été achevée vers juin 1357 .

 Sur la façade, on trouve 12 portes sous lesquelles sont placées 13 consoles supportant chacune un bol ou cymbale probablement en bronze. Dans la partie supérieure on peut voir un alignement de potences en saillie. Chacune d’entre elles retient par un filin une boule de métal.

 On pense que l’horloge était dédiée à l’indication des heures temporaires de jour.

Le cycle journalier pouvait être celui-ci : Au lever du Soleil, une boule de bronze tombait dans le premier bol. Le son émis marquait alors l’heure zéro.

Puis à la fin de chaque heure, une porte s’ouvrait et une boule tombait dans la coupe correspondante. Les heures étaient ainsi signalées jusqu’à la douzième heure de jour (d’où 13 bols) où les 12 portes étaient donc ouvertes. À la fin de cette période les portes devaient être refermées et les boules étaient remontées en haut de leur potence. Le cycle pouvait alors reprendre le lendemain, au lever du Soleil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

Dans l’Europe médiévale, ce type d’automates provenant de la culture islamique n’était connu que par ouï-dire. Les récit ont souvent une certaine vraisemblance- c’est par exemple le cas de l’histoire du paon qui bat des ailes et qui crie toutes les heures, histoire que raconte Shéhérazade au cours de la 357e nuit-, mais ils peuvent aussi être émaillés d’enjolivements fantaisistes. Le palais du souverain perse Chosroês II, construit au VIIe siècle et qui était censé abriter quantité d’automates dont la plupart relevaient sans doute de la légende, a fourni le modèle des descriptions littéraires du Graal. Dans le Titurel, que l’on attribue à Albercht von Scharfenberg, on décrit une mécanique céleste du Graal riche en artifices qui, animée par un “orolei” dissimulé, montrait le mouvement des astres sur une voûte céleste artificielle et faisait sonner les sept temps de la journée (c’est-à-dire les “heures”) sur des cymbales d’or. L’auteur établit ici entre les féeriques automates orientaux et l’idée d’une sonnerie automatique des “heures” un lien, qui, d’après tout ce que nous savons, n’a jamais existé.

 

 

 

 

 

Lorsqu’on examine les sources de la tradition islamique des horloges à eau, deux autres aspects sautent aux yeux. La plupart de ces précieux automates d’horlogerie, qui exigeaient une maintenance délicate, étaient des jouets avec lesquels on se divertissait dans les cours et dans les maisons riches, et dont on se plaisait à étonner les visiteurs. Par rapport à des versions beaucoup plus simples qui servaient explicitement à indiquer les temps de prières, leur diffusion était très limitée. Il y a cependant eu aussi une série de grandes horloges publiques, et donc peut-être une tradition remontant à l’époque byzantine de l’indication publique du temps. Si l’on fait abstraction de l’horloge qui se trouve à Gaza, la plus ancienne information dont on dispose provient d’un récit de voyage chinois qui évoque une horloge à eau en or aux portes d’Antioche, horloge qui pourrait dater de l’époque byzantine. Elle avait la forme d’une balance d’ou, toutes les heures, tombait une bille qui produisait une sonnerie. On lit dans ce récit: “ Cela sert à indiquer, sans la moindre erreur, les partie de la journée.” A Damas, on mentionne, du Xe au XIVe siècle, la présence d’une horloge publique sur la Grande Mosquée. Selon les témoignages, elle servait aussi à indiquer les temps de prière. On a conservé à Fès (au Maroc) le restes d’une horloge publique du XIVe siècle. Selon une épitaphe en grec, en latin et en arabe, le roi normand Roger II de Sicile aurait également fait construire à Palerme un instrument pour indiquer les heures (“opus horlogii”).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 800px-Inscription_trilingue_du_Roi_Roger_II_de_Sicile_%C3%A0_Palerme

Inscription trilingue pour une horloge hydraulique du Roi Roger II de Sicile à Palerme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si ces allusion à l’indication publique du temps sont remarquables, c’est aussi parce qu’après apparition des horloges mécaniques de clocher en Europe, les souverains islamiques s’étaient insurgés contre leur introduction sur leurs terres. Nous n’avons guère de renseignements sur la nature des signaux horaires. Pour ce qui concerne les horloges de Gaza et de Damas, on souligne qu’elles étaient prévues pour donner l’heure du jour et de la nuit. L’horloge de Gaza sonnait au moins pendant la journée deux fois la séquence de chiffres 1-6; à Antioche, on déclenchait un signal toutes les heures. Le théâtre d’automates de ce que l’on appelait l’(horloge-palais pour les heures inégales) d’al-Jazari devait se mettre en mouvement, pendant la journée, à la sixième, à la neuvième et à la douzième heure, et, pendant la nuit, à la sixième et à la douzième heure. Le modèle astronomique offert à Frédéric II aurait indiqué “les heures du jour et de la nuit”. Cette formulation est remarquable, parce qu’elle est devenue par la suite l’attribut spécifique des horloges mécaniques. En revanche, on ne discerne pas de lien entre les différentes formes d’indication et les temps de prière chez les musulmans.

 

 

 

 

 

On est en outre frappé de constater que les traités d’horlogerie arabes portant sur les horloges à eau et sur les horloges à bougies décrivent des constructions permettant d’indiquer les heures temporelles et les heures équinoxiales, sans que l’on puisse distinguer une préférence nette en faveur de l’une ou de l’autre variante. Les heures équinoxiales sont ici aussi des parties de la journée pleine ou de la journée de lumière pendant les équinoxes et ne sont pas encore définies par de plus petites unités de temps – par exemple les minutes. E. Wiedemann traduit certes les termes arabes servant à désigner les heures temporelles (“heures courbes ou temporelles”) et les heures équinoxiales (“heures uniformes”), mais il n’explique pas quel décompte des heures était en usage, à quel moment et à quelles fins.

 

 

 

 

 

On peut exclure ici la possibilité que l’on ait utilisé, pour des raisons relevant de la pure technique d’horlogerie, des sections temporelles de même longueur, comme dans le cas de l’horloge décrite dans le manuscrit de Ripoll 225 et reconstituée à partir des ardoises de Villers-la-Ville, parce que même les simples graduations de la position du flotteur dans les réservoirs d’écoulement indiquent le double décompte. Il faut donc supposer que dans la zone islamique, contrairement à ce qui s’est passé en Europe occidentale, les deux formes de décompte des heures étaient en usage pendant tout le Moyen Âge, et que dans des cas isolés on a peut-être aussi indiqué publiquement des heures de même durée. Reste à savoir si, et dans quelle mesure, cette coexistence de deux types de décompte des heures se rencontrait en dehors des milieux érudits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Révolution et Guerre Civile Russes

14042019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Révolution Russe (février - octobre 1917) 

 

 

 

 

 

 

En 1917, la Russie va connaître deux révolutions successives qui ébranleront le monde. Entrée en 1914 dans la Première Guerre Mondiale dans un état de totale impréparation, la Russie a accumulé les défaites militaires. Le mécontentement est grand au sein de la population soumise à une pénurie terrible due aux difficultés de ravitaillement comme parmi les soldats qui désertent en masse (un million de déserteurs en 1917). Les populations allogènes (Baltes, Polonais, Finlandais) en profitent pour s’agiter. Le tsar Nicolas II est largement discrédité par la présence dans son entourage de l’aventurier Raspoutine. A cela s’ajoutent les séquelles de la première Révolution avortée de 1905 et de la défaite de 1905 contre le Japon.

 

 

 

 

 

Face au régime tsariste existent trois mouvements d’oppositions.

 

 

 

Les libéraux ou réformistes du parti constitutionnel démocrate (les KD ou cadets) représentent les milieux d’affaires, l’industrie et la grande bourgeoisie. Leur but est l’établissement d’une monarchie constitutionnelle à l’occidentale.

 

 

 

 

 

Les socialistes révolutionnaires s’appuient sur la paysannerie.

 

 

 

 

 

Le parti socialiste démocrate, d’obédience marxiste, est scindé en deux branches: les mencheviques, qui souhaitent créer un parti ouvrier de masse, et les bolchevique, partisans d’un parti centralisé composé de militants actifs. Ces derniers sont dirigés par Lénine. Les bolcheviques croient la révolution possible dans immédiate, les mencheviques préfèrent passer par une phase de transition: industrialisation de la Russie et formation d’une classe ouvrière. Le 22 février 1917 la population manifeste à Saint-Pétersbourg contre la pénurie. Des grèves éclatent.

 

 

 

 

 

 

 

Les revendications se font bientôt plus politique, les manifestants réclament la fin de la guerre et l’abdication du tsar. Celui-ci dissout la Douma et ordonne à l’armée de réprimer l’émeute. Le 27 février, les soldats fraternisent avec les émeutiers. La révolte se transforme en révolution. Dans toute la Russie les paysans s’approprient les terres des grands propriétaires, les ouvriers prennent le contrôle des usines, les soldats se mutinent et refusent de combattre. On assiste même à des scènes de fraternisation avec l’ennemi. Partout se forment des soviets (assemblée d’ouvriers ou de soldats). Le 2 mars 1917, le tsar Nicolas II abdiqué en faveur de son frère Michel. Ce dernier refuse le pouvoir. C’est la fin de la dynastie des Romanov.

 

 

 

 

 

 

 

Révolution et Guerre Civile Russes  dans Histoire AKG2455725

Premiers membres du gouvernement provisoire dans la chambre du Conseil d’état. Alexander Kerenski est debout au deuxième rang à partir de la droite (visage dans la lumière). / Petrograd, en Russie, en 1917.

 

 

 

 

 

Le 27 février 1917, les libéraux issus de la Douma constituent un gouvernement provisoire comprenant quelques socialistes révolutionnaires. Le nouveau gouvernement, dirigé par le prince Lvov, accorde les libertés fondamentales et promet la tenue d’élections libres. Cependant, il commet l’erreur de condamner les occupations d’usine par les ouvriers et les appropriations de terre par les paysans. En outre, le nouveau gouvernement entend poursuivre la guerre conte l’Allemagne et rester fidèle à ses alliés de la Triple-Entente.

 

 

 

 

 

Face à la protestation de la rue, le prince Lvov ouvre plus largement son gouvernement aux socialistes et aux mencheviques en mai 1917. C’est à nouveau l’échec. Les grèves et les occupations de terres se multiplient. Les nationalités, auxquelles on a proposé l’autonomie, se soulèvent et proclament leur indépendance (Polonais, Finlandais, Baltes). Les revers militaires du socialiste révolutionnaire Kerenski, ministre de la Guerre, entraîne la chute du gouvernement Lvov. Kerenski devient chef du gouvernement provisoire, à majorité socialiste révolutionnaire, en juillet 1917.

 

 

 

De leur côté les bolcheviques, qui n’ont pas participé à la révolution de février, noyautent les soviets de soldats et d’ouvriers. Lénine, en exil en Suisse, rentre en Russie avec l’aide des Allemands. En avril, il publie les «Thèses d’avril»: paix immédiate sans conditions, collectivisation des terres, nationalisation des usines et des banques, condamnation du gouvernement provisoire. Un moment exilé en Finlande, Lénine parvient à organisé les bolcheviques. En septembre 1917, le gouvernement de Kerenski est obligé de faire appel à eux pour faire échouer la tentative de putsch du général Kornilov, le chef d’état-major nommé par Kerenski!

 

 

 

 

 

59fe5d6585600a52b152efea dans Histoire

 Des partisans du gouvernement provisoire à l’intérieur du Palais d’hiver. 

 

 

 

 

 

 

En octobre, Lénine décide de s’emparer du pouvoir malgré les réticences de Kamenev et de Zinoviev, les autres dirigeants bolcheviques. Dans la nuit du 24 octobre 1917, les bolcheviques occupent les points stratégiques de la capitale, puis s’emparent du palais d’Hiver, siège du gouvernement provisoire. Kerenski et les membres de son gouvernement prennent la fuite. Le Congrès des soviets, qui réunit les représentants de tous les soviets de Russie, noyauté par les bolcheviques, approuve la seconde Révolution. Le pouvoir appartient à un conseil de commissaires du peuple dirigé par Lénine (Staline, Trotski, Kamenev, Zinoviev). En octobre, Lénine fait adopter des décrets qui entérinent un état du fait: redistribution des terres aux soviets, contrôle ouvrier sur les usines bientôt nationalisés de Russie, auxquelles est reconnu le droit à l’autodétermination. En décembre 1917, la Russie signe un armistice avec l’Allemagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Révolution Russe a triomphé.

 

 

 

 

 

59fe5d6485600a52b152efe8

Les intérieurs du Palais d’hiver après sa prise par le comité militaire révolutionnaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Guerre Civile en Russie (1918 - 1921)  

 

 

 

 

Octobre 1917 marque le triomphe de la Révolution russe. En novembre 1917, les bolcheviques adoptent les décrets: décrets sur la paix, décrets sur la terre, décrets sur les nationalités. En mars 1918, Lénine se résout à signé la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne. La Russie perd la Finlande, la Russie blanche, l’Ukraine, la Pologne et les pays baltes, soit un quart de sa population et 800 000 km² de son territoire.

 

 

 

 

 

1549611792-dp93pa

Les délégations lors de la signature du protocole de paix de l du Traité de paix de Brest-Litovsk le 9 février 1918. Au cours des négociations de paix, un traité de protectorat des Puissances centrales avec la République populaire ukrainienne a été signé le 9 février 1918. Les négociations ont abouti à la signature du traité de paix de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 entre les Puissances centrales et la Russie soviétique.

 

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement bolchevique va se retrouver confronté à une double opposition. À l’intérieur, il est contesté sur sa droite par les armées blanches monarchistes, sur sa gauche par les mencheviques, les socialistes révolutionnaires et les anarchistes. À l’extérieur, la Russie bolchevique est l’objet d’une intervention militaire de la part des puissance étrangères. En outre, la Russie se retrouve plongée dans un climat de chaos et d’anarchie, aggravé par la famine. Les voies de communication sont paralysées. Les ouvriers pillent leurs propres usines. Les paysans stockent leurs récoltent afin de faire monter les prix. Des bandes de pillards parcourent les routes. Les habitants des grandes villes sont confrontés à la disette. Sur le plan intérieur, la population se détourne des bolcheviques au profit des socialistes révolutionnaires.

 

 

 

 

 

 

 

En janvier 1918, les socialistes révolutionnaires obtiennent 58% des voix à l’assemblée constituante. Les bolchevique, qui n’ont obtenu que 25% des voix, répliquent en faisant dissoudre l’assemblée. Les socialistes révolutionnaires ripostent en fomentant une tentative de putsch à Moscou en juillet 1918, puis en installant un contre-gouvernement à Samara.

 

 

 

 

 

 

AKG827515

Troisième congrès du Soviet, janvier 1918.

Approbation de la « Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité » conçue par Lénine, le 23 janvier 1918.

Le congrès pendant une séance au Palais de Tauride à Petrograd.

 

 

 

 

 

Sur le plan international, la Russie bolchevique se voit attaquée par plusieurs armées étrangères qui envahissent son territoire. Au début de l’année 1919, les bolcheviques ne contrôlent qu’une minuscule portion de territoire située entre Moscou et Petrograd. Amorcée en mars 1918, l’intervention alliée a originellement pour but de maintenir un front oriental contre l’Allemagne. Après l’armistice de novembre 1918, l’intervention alliée se transforme progressivement en guerre contre le bolchevisme, les Alliés voulant empêcher une contagion révolutionnaire à leurs propres pays. En outre, les Français et les Anglais entendent se faire rembourses les emprunts russes émis par le régime tsariste, que le nouveau gouvernement bolchevique refuse de rembourses. Les pays occidentaux se répartissent des zones d’influence: les Anglais agissent en mer Blanche, en Asie centrale et dans le Caucase; les Français interviennent en mer Noire, en Crimée, en Pologne et en Ukraine; les Japonais opèrent en Sibérie orientale. Ces derniers espèrent agrandir leur territoire et se constituer un empire côtier au détriment de la Russie. Les Américains envoient eux aussi un corps expéditionnaire en Sibérie orientale, davantage dans le but de surveiller les Japonais, dont les menées expansionnistes inquiète Washington, qu’afin de lutter contre le bolchevisme.les corps expéditionnaires soutiennent les armées blanches monarchistes (500 000 hommes). Les Français et les Anglais apportent leur appui au général Miller au nord, et aux généraux Krasnov, Denikine et Wrangel au sud, en Ukraine. Au nord ouest, dans les pays baltes, les Alliés aident le général Youdenitch, lequel marche sur Petrograd. Des militaires tchèques, faits prisonniers, sont libérés et constitués en légion tchécoslovaque (50 000 hommes). Celle-ci opère en Sibérie occidentale de pair avec les troupes de l’amiral Koltchak. Aux armées étrangères et aux troupes monarchistes viennent s’ajoute les peuples allogènes, désireux de secouer le joug de Moscou. A l’issue de la défaite allemande, Finlandais, Baltes, Ukrainiens et Polonais prennent leur indépendance et entendent bien la défendre face à la Russie.

 

 

 

 

 

En Ukraine, les bolcheviques doivent affronter à la fois les nationalistes de Petlioura et les bandes anarchistes de Makhno. Dans le Caucase même, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie forment un gouvernement de la Transcaucasie, dirigé par les mencheviques et soutenu par les Anglais. Non contents d’avoir acquis son indépendance, la Pologne cherche à agrandir son territoire au détriment de la Russie. En 1920, les Polonais mènent une offensive victorieuse sur Kiev.

 

 

 

 

 

 

 

Attaqués de toutes parts, obligés de se battre sur plusieurs fronts, les bolcheviques répliquent en instaurant le communisme de guerre. Le parti bolchevique, devenu parti communiste, impose sa dictature.

 

 

 

 

 

En 1920, il compte 600 000 membres. Après la dissolution de l’assemblée constituante en janvier 1918, les bolcheviques réduisent les pouvoirs des soviets (octobre 1918). Le tsar et sa famille sont massacrés en juillet 1918. Le parti étend son emprise sur tous les secteurs de la société. Payés à la pièce, les ouvriers se voient imposer des cadences infernales conjuguées à une discipline de fer dans des entreprises nationalisées. Dans les campagnes, les bolcheviques réquisitionnent les récoltes. Ces réquisitions se heurtent à la résistance farouche des paysans. Les bolcheviques réagissent en créant des brigades armées, composées d’ouvriers et de paysans pauvres, chargées d’opérer les réquisitions en employant la force.

 

 

 

 

 

Tcheka_GPU

Emblème de la Tchéka

 

 

 

 

 

 

 

En décembre 1917, les bolcheviques créent une police politique: la Tcheka. Celles-ci fait régner la terreur parmi les opposants au régime. Elle s’en prend aux paysans qui refusent de livrer leurs récoltes comme à tous les contre-révolutionnaires, c’est-à-dire à tous ceux qui ne sont pas bolcheviques: monarchistes, KD, mencheviques, socialistes révolutionnaires et anarchistes. En septembre 1918 voient le jour les premiers camps de détention, passés à la postérité sous terme de goulag.

 

 

 

 

 

Sur le plan militaire, Trotski organise l’Armée rouge en janvier 1918. Commissaire du peuple à la guerre, Trotski décide d’intégrer à la jeune armée des officiers tsaristes, étroitement surveillés par des commissaires politiques. Grâce à la conscription, les effectifs de l’Armée rouge passent de 150 000 hommes en 1918 à 5 millions en 1921. Dotée d’une discipline de fer, menée par de brillants généraux comme Toukhatchevski, l’Armée rouge remporte des victoires décisives contre les armées blanches. En 1921, les bolcheviques finissent par l’emporter. La même année, la paix de Riga met fin à la guerre avec la Pologne. Les corps expéditionnaires étrangers quittent la Russie à la fin de l’année 1919. Les généraux blancs survivants doivent s’exiler en Europe. La Russie est parvenue à reconquérir l’Ukraine et le Caucase.

 

 

 

 

 

 

AKG1569606

Léon Trotski parle aux soldats de l’Armée rouge, durant la guerre civile de 1918-21.

 

 

 

 

 

 

 

La victoire des bolcheviques s’explique d’une part par le climat de violence et de terreur instauré par la Tcheka et par l’Armée rouge, d’autre part par l’absence de coordination entre leurs ennemis. Socialistes, anarchistes et mencheviques refusent de s’allier aux armées blanches. En Ukraine, les monarchistes de Wrangel se heurtent aux nationalistes de Petlioura et aux anarchistes de Makhno. Les armées blanches elles-mêmes sont d’ailleurs déchirées par des rivalités politiques, voire des ambitions personnelles.

 

 

 

 

 

Enfin, les Alliés agissent sans concertation réelle, chacun appuyant son général blanc, sans concevoir de stratégie globale. Pire encore, les troupes alliées se montrent parfois réceptives à la propagande bolchevique. Ainsi des mutineries éclatent-elles au sein de la flotte française d’Odessa. Cependant, les bolcheviques doivent compter avec un bilan effroyable. En 1921, la Russie est exsangue. La guerre civile, la famine et les épidémies ont fait 8 millions de morts, auxquels il faut ajouter les 4 millions de morts de la Première Guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

AKG1425649 

Appel manuscrit, daté du 5 juillet 1922, de membres arrêtés du Parti des Révolutionnaires socialistes, à l’adresse de la révolutionnaire russe Véra Nicolaïevna Figner

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 




La Bataille d’El Amri (Résistance des Bou Azid)

1032019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contexte général

 

 

1 – L’irréductible tribu face à ses épreuves

Une Terre inhospitalière

 

Tout au long de cette vaste dépression, bien au dessous du niveau de la mer, s’étale le piémont, du versant sud de l’Atlas Saharien.

En ces lieux désertiques, le temps se suspend aux immenses cieux éternellement bleus. On n’y voit presque jamais, ces nuages lourds qui annoncent ailleurs, les féconds jours de pluie. Ici, dans ces immenses espaces, les jeux de lumière créent d’insolites ambiances qui selon les heures, se modifient à l’infini. C’est la céleste où le soleil est roi. Le terrible astre raille et irradie à longueur de journée un maigre sol où ne poussent que d’insignifiantes végétations. C’est le domaine de la rocaille, des basses ronces et des éparses broussailles. La terre est toute craquelée, assoiffée, comme portée à incandescence et continuellement attisée par l’indomptable sirocco. C’est un paysage morne et triste qui s’étend à l’infini. Il n’inspire que la soif, la peur et la désolation. La température y est suffocante, la sécheresse étouffe la sporadique flore, et flétrit sans cesse la chétive végétation ; même les rares insectes, les plus tenaces et les plus téméraires, peinent pour y survivre. Par endroits, on y rencontre des hautes dunes de sable fin, que les vents poussent à leur guise. Les jours de tempête on y voit surgir brusquement, des colonnes de poussières et de brindilles s’élevant en tourbillons dans le ciel, avant d’aller s’incliner par devant sa majesté « Râ (1) » le grand astre céleste.

 

Les quelques pousses rabougries de cette végétation toute primaire, offrent tout juste, un semblant de refuge aux reptiles : serpents, vipères et lézards avec leurs inséparables compagnons, les indestructibles scorpions, porteurs de mort et gardiens de ces lieux sinistres. Ces bestioles sont à l’affût du moindre signe de vie, pour mordre et piquer, distribuant avec générosité, leur poison à qui se hasarderait sur leur territoire, leur royaume, leur chasse gardée où s’hérisse haut la masse granitoïde du Djebel G’Soum (2). Ce vieux mont, si rebelle, semble confirmer la légende selon laquelle il aurait refusé de se soumettre aux vicissitudes de « Chronos (3) », pour protéger ses voisins terrassés à ses pieds, et que l’on appelle ici, « les sept dormants (4) ». Son sommet dénudé, très haut culminant, soutient vaillamment une vieille couronne de roches toutes épointées, défiant encore l’érosion, qui l’assaille depuis des millénaires. Il n’a pas fini de surprendre l’attentif observateur. Il ose encore donner naissance à de maigres oueds, qui quittent subrepticement ses plissements pour aller se jeter dans l’imprévisible Oued Djeddy (5), unique affluent du chott Melghir. Par ses quelques signes désuets, le vieux mont, parvient encore à exposer, avec une certaine présomption, les traces de ses splendeurs antérieures. Le peu d’eau qu’il libère, suffit pour éveiller la farouche volonté humaine, dont le travail acharné permit l’émergence des Zibans (6).

 

 

 

 

 

 

Ce mont s’ingénue à miroiter et à renvoyer sur ses alentours, les rayons de l’ardent soleil, pour les accabler. Dominant les vastes plaines qui s’étendent vers le sud, il ferme l’horizon d’une large perspective et offre un même paysage qui, selon les lueurs du jour, se teinte de bleu argenté, de rose tendre, ou d’ocre, pour mieux souligner chacun de ces caractères changeants. Il arrive parfois, que l’on surprenne à voir, loin au fond d’un lit d’oued rocailleux, un semblant de pale verdure, qui comme un mirage, colore ce paysage et l’agrémenté d’un léger camouflage. Seul le maître du ciel impose sa loi sur ses angoissants reliefs. Ici, il n’y a point de saisons. L’éphémère hiver ne dure que le temps s’une averse, après, c’est l’été permanent. Très tôt, dès l’aurore, le soleil surgit de son mystérieux orient pour aller se hisser sur son trône du zénith, où il offre avec vigueur sur cet espace. Là, il se plaît à libérer toute sa puissance destructrice. L’insupportable canicule rend vain tout effort du genre humain. Ce n’est que tard le soir, au moment de son déclin, qu’il laisse s’adoucir l’air environnant. Cet instant là se transforme en apothéose du désastre. L’occident s’illumine comme pour une fête grandiose. Il prend les formes d’un gigantesque brasier, un brasier digne de la géhenne, d’où jaillissent et s’entremêlent toutes les nuances du rouge et du violet. C’est le signe final qui annonce la fin du jour. L’unique instant où émerge une curieuse esthétique que n’admirent nullement les malheureux habitants de ces lieux. En effet, la mise en valeur de cette terre d’exclusion est un défit à la nature, que seuls peuvent entreprendre de téméraires agriculteurs. 

 

 

 

 

 

 

 

 La Bataille d’El Amri (Résistance des Bou Azid)  dans Histoire 1544787618-s-l16002

El Amri, Place publique 1880 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2- Intrigues pour une Dépossession

 

C’est bien dans ce milieu damné, la conquête se poursuivant, que l’armée coloniale a choisi d’y déporter en mai 1876, les survivants – veuves et orphelins – de la bataille d’El Amri que lui livra la vaillante tribu des Bou Azid. Depuis de longs mois déjà, les fils de cette tribu résistaient à l’envahisseur avant d’être écrasés dans leur bourg ancestral. Ce sont donc les descendants de ces bannis, qui fondèrent et mirent en valeur, l’immense plaine de Doucen (7). Pendant longtemps, le soir, au crépuscule, on voyait réapparaître des ombres floues, à peine recouvertes d’amples gandouras ceintes à la taille par de lourdes cordelettes tressées en crins de palmiers. Ces ombres allaient et venaient à travers champs. Elles animaient cet espace silencieux et indéfini, faisant semblant de cultiver de minuscules jardins. Obstinément, ces êtres suaient et transpiraient pour redonner vie à ce milieu d’enfer. Ils récupérèrent et sauvegardèrent ingénieusement la moindre goutte d’eau, la puisant dans la nappe phréatique, au prix d’un considérable effort. L’implacable canicule du jour contraignait ces malheureux à se terrer dans d’insignifiantes habitations faites de branchages et de briques en terre simplement séchées au soleil. Leur souci quotidien, c’était leur lutte contre la sécheresse et le dessèchement. La répression coloniale, l’aridité de la terre, la soif et la famine étaient autant d’épreuves qui les poussèrent à se surpasser dans un effort surhumain. C’est dire qu’en dehors  du travail de la terre et de la prière, ils n’avaient rien d’autre à faire que marmonner leurs ressentiments contre ceux qui les réduisirent à un indicible esclavage. Depuis leur déportation, tous les horizons leurs avaient été fermés. Ils ne pouvaient s’évader ni physiquement ni mentalement. Comme des pitres fous, ils marmonnaient de sempiternelles imprécations contre leurs implacables dominateurs. Seules la leçon des cuisants échecs de leurs pères massacrés sans jugement, les empêchait de renouveler l’expérience d’une nouvelle et sanglante révolte qu’ils savaient perdue d’avance. Ils supportaient stoïquement leur triste sort comme un moindre fardeau en s’astreignant à un illusoire espoir. C’est pour cela que tard dans le soir, ils sortaient réparer les absolus dégâts, que leur causait le soleil, après qu’il eût daigné aller rejoindre son ouest douillet.

 

 

 

 

Les petites parcelles qu’ils avaient arrachées au désert, après les travaux forcés, les avaient occupés pendant de longues années. Ils végétaient, la nuit venue, sur ces bouts de champs, qu’ils animaient miraculeusement. Dans la pénombre on distinguait à peine leurs ombres qui se mouvaient comme des fantômes nocturnes. Avec le frémissement de la bise du soir et les dernières lueurs crépusculaires, ils réapparaissent courageusement pour effectuer leurs travaux.  On devinait à peine leurs formes vespérales, esquissant de temps à autre, un imperceptible mouvement. Leurs silhouettes se pliaient, se courbaient et se redressaient avec une lente cadence, comme pour une insolite prière. Leurs cadences et leurs rythmes se conjuguaient avec le subtil jeu de lumière, pour créer une irréelle ambiance entre ciel et terre, que seul un peintre du talent d’Etienne Nasredine Dinet saurait colorier avec toutes les nuances voulues. Au-dessus de leurs têtes, la voûte céleste s’illuminait de multiples constellations, et les étoiles scintillantes leurs faisaient l’aumône d’éclairer leur minuscules champs. L’ordre naturel des choses s’éveillait sans brusquerie en ces instants, où tout n’était que silence et patience.

 

 

 

 

 

 Les aïeux de ces étranges cultivateurs furent du temps de leur splendeur, de redoutables guerriers. Ils constituaient, à ce titre, les forces auxiliaires des Bou Okkaz, les seigneurs des Daouaouida (8). C’était dans cette famille que l’on choisissait, par consentement, le titulaire de la prestigieuse fonction de Cheikh el Arab, qui commandait à tous les habitants des vastes  régions s’étendant du sud de l’Atlas Saharien jusqu’aux confins de la Kabylie, en passant par le Hodhna, les Hauts Plateaux allant de Sétif à Oued Zénati et même au-delà vers Guelma. Depuis leur dépossession et leur  déportation en ces lieux, les descendants de la puissante tribu des Bou Azid, s’habituèrent à supporter toutes les rigueurs administratives et climatiques qui leur furent imposées. Ils avaient du mal à dissimuler leur misère et leur haine qui remplissaient leurs cœurs ensanglantés. Blasés, peu leur importait le lieu où ils se trouvaient et le temps qu’il y faisait. Cette dramatique insouciance, les aida à oublier jusqu’au nom des jours qui passaient. Ils avaient appris à renoncer à compter ce temps dont on les avait spoliés par la force des armes, pour les rabaisser au niveau bestiaire. Ce douar de l’oubli ne comptait que quelques masures. Ses habitants avaient fini par accepter leur isolement et leur solitude, sachant qu’ils étaient soustraits au reste du monde. Ils avaient conscience qu’ils n’étaient plus que des morts vivants. Ils devaient effacer de leurs mémoires, leur récente histoire. Ils oubliaient même, très souvent de manger. Aux diverses privations, s’ajoutait celle de la liberté. Ils n’affichaient plus que leur amnésie collective pour se supporter. Ces hommes repensaient souvent à la grandeur d’âme de leurs aînés, à leur poids sécuritaire, à leur juste rôle, dispensés autour d’eux, dans toute la région des Ziban. Maintenant, ils ne sont plus que des naufragés voguant au hasard sur un océan d’incertitudes. Ils sont devenus victimes d’un complot politique très particulier. Alors ils s’accrochaient aux lopins nourriciers qu’ils avaient arrachés à cette terre de limbes, uniquement pour s’éviter de nouvelles dérives. Ils ont été transférés là, par punition collective, pour payer l’audace de leurs pères révoltés. Les hommes fiers avaient refusé de renier et de se soumettre à l’humiliation et à l’injustice coloniale.

 

 

 

 

 

 Leurs harcèlements sont apparus, dès la destitution de Cheikh el Arab, Ferhat Bou Okkaz (9), et son remplacement par Bouaziz Bengana (10), en 1844, le jour même de l’entrée des Français à Biskra. Ce changement eut lieu sur les ordres du Duc d’Aumale, commandant le corps expéditionnaire français. Un tel ordre bouleversa la hiérarchie traditionnelle, et indisposa toutes les tribus de la région des Ziban. Dès qu’il reçut les insignes de sa désignation, Bouaziz Bengana qui attendait avidement cette promotion depuis bien plus longtemps, répartit le territoire régional de la manière féodale suivante (11) : il se réserva me commandement des Ziban Est (Zab Chergui) dont il était originaire, jusqu’à Touggourt et au-delà. Il confia le caïdat de Biskra ville à son parent Mohamed Seghir, et les Ziban Ouest (Zab El Gharbi) à son fils Boulakhras (12) qu’il promut Bachagha. Il se dota d’un cabinet (diwan) avec différents secrétaires, et des cavaliers chargés du courrier et des liaisons, dont il confia la direction à Ahmed Yahia (13), un honnête intellectuel d’une famille de lettrés de la tribu des Bou Azid.

 

 

 

 

 

 Le secteur des Ziban Ouest confié à l’arrogant Boulakhras, s’étendait le long de la route Biskra / Bou Saâda. Il englobait les villages et bourgs suivants : Aïn Ben Naoui, Bouchagroun, Zaâtcha, Farfar, Tolga, Bordj Ben Azzouz, Foughala, El Amri, Ouled Djellal et Sidi Khaled. Le bourg d’El Amri était fief de la puissante tribu des Bou Azid, qui furent pendant très longtemps, le fer de lance de la famille des Bou Okkaz. Il comptait une population d’environ 12 000 âmes, laquelle vivait jusque là, dans un petit paradis plusieurs fois centenaire. El Amri était pour l’époque une importante bourgade de plus de 2000 maisons, ce bourg était arrosé par l’oued Ghrouss. Il s’y effectuait d’intenses échanges commerciaux. Ses habitants vivaient paisiblement cachés au milieu d’une gigantesque forêt de palmiers où s’enfouissaient de spacieuses habitations. La palmeraie comportait plus de cent mille arbres, des dattiers, des grenadiers, des abricotiers, des figuiers, des vignes en treille, des oliviers, des orangers, des citronniers et s’étendait sur plus de 1500 hectares. Un véritable Eden, dont les habitants avaient fait jaillir de multiples sources d’eau, qui faisaient l’admiration de tous les cultivateurs de la région. Cette forêt était d’une telle densité, disait-on, que les visiteurs piétons avaient de la peine à trouver leur chemin pour accéder au village qui s’y dissimulait. Mi cultivateurs, mi pasteurs, ces villageois savaient judicieusement concilier les deux activités. Ils constituaient l’essentiel des forces auxiliaires pour le maintien de l’ordre régional et l’équilibre social dans les vastes régions de l’Est algérien au service des Bou Okkaz, pour le compte du Bey de Constantine et même, pour celui de l’Emir Abdelkader. Ils pouvaient rapidement mobiliser quelques 1500 cavaliers et des dizaines de fantassins. En fait ces hommes confondaient leur mission sécuritaire entre le devoir régional et les intérêts particuliers de leur Cheikh el Arab.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Révolte Des Bou Azid

 

 

 

 

 

1- Exécution d’un Crime de Guerre  

 

 

Dès leur prise de fonction, les Bengana se mirent à abuser de leur pouvoir et à importuner les chefs des tribus concernées. Ils s’attribuèrent un droit régalien de vie et de mort sur chacun des membres des tribus de cette région. Bientôt une certaine résistance régionale commençait à se manifester contre leurs turpitudes. Les braves oasiens toléraient mal l’inquiétude présence des Français et surtout celle de leurs zélés serviteurs. C’est dans ce contexte qu’éclata, cinq ans plus tard, la révolte de Bou Ziane dans l’oasis martyr de Zaâtcha en 1849. Evidemment les Bou Azid ne ménagèrent pas leur aide et leur soutien à leurs frères lors de cette bataille. Cette assistance les avait rendus encore plus que douteux, aux yeux des zélés collaborateurs de l’armée coloniale les Bengana père et fils. En dépit de leur éloignement de Biskra, ils étaient continuellement  espionnés. D’autant qu’ils refusaient de continuer à fournir les contingents habituels de sécurité, au profit de ces renégats. Les  arrogants Bengana (14) exigeaient  tout bonnement, de faire des Bou Azid des mercenaires à la solde des généraux de l’armée coloniale. Aussi, leur refus de se soumettre aux injonctions itératives, attisa contre eux l’exaspération de cette famille. Pour se les assujettir, ces suppôts en exigèrent le paiement immédiat, avec effet rétroactif, de l’impôt dit « lezma (15) » dont les Bou Azid en étaient exemptés. Le bénéfice de cette faveur leur était accordé par le régime beylical, non encore modifié ou abrogé par les Français. De part et d’autre la méfiance s’installa. La tribu devenait donc coupable d’un crime de « lèse majesté ». Quant à elle, elle reprochait aux Bengana de nombreux griefs, comme leur trahison durant la résistance du Bey Hadj Ahmed (16), leur attitude néfaste lors de la révolte de Zaâtcha, ou encore leurs entraves au soutien des populations à la légitime révolte d’El Mokrani (17) en 1871. Elle avait donc de sérieuses raisons de se défier des véreux bachagha qui ne tardèrent pas à appeler à leur rescousse la puissante armée d’Afrique, dans le but de la réduire et lui faire subir le même sort de ses frères de Zaâtcha. Dès lors, Boulakhras monta contre elle une cabale de la pire espèce. Les généraux français n’avaient plus qu’à programmer l’anéantissement de la valeureuse tribu, dont les membres ont été considérés comme fauteurs de troubles. Ce fut un crime de guerre avec toutes ses conséquences. La cruelle bataille d’El Amri avait été couverte d’un épais voile noir. Ce massacre déshonora à jamais les prétentieux généraux Carteret et Roquebrune, ainsi que leurs troupes aguerries.

 

 

 

 

 

Le bachagha Boulakhras, en petit despote, s’ingénia à se trouver de multiples prétextes pour provoquer sans cesse les Bou Azid et les pousser dans une situation de rébellion, pour les déposséder ensuite. Croyant à une parade de prestige et d’intimidation, il tenta contre eux, une première expédition de démonstration de force. Il pensait que son armada, un millier de soldats, suffirait à semer la peur et le désarroi chez ses adversaires. Il croyait pouvoir briser définitivement toute véhémence de cette tribu. Or, dès que son importante troupe entra sur leur territoire, en octobre 1875, elle fut encerclée et totalement isolée. C’est alors que commencèrent des palabres sans fin. Les manigances, de ce bachagha, étaient sous tendus par son désir de s’enrichir toujours davantage au détriment de ses victimes. Il prépara leur spoliation tout en les offrant à la vindicte de l’armée coloniale. En minable féodal, il voulait dominer non seulement les corps mais aussi les esprits de ces fiers paysans / guerriers qui demeuraient aussi indomptables que le roc des leurs éternelles montagnes. La nocivité machiavélique de ce sinistre bachagha se révéla dans toute sa laideur. On a vu que le cabinet de son père, Cheikh el Arab, Bouaziz, était placé sous la conduite d’un intellectuel issu de la tribu des Bou Azid, l’honnête Ahmed Yahya. Homme aussi intrépide dans le maniement des armes qu’érudit dans les sciences humaines, il s’occupait de tout le secrétariat de ses employeurs, et assurait à ce titre, toutes les relations avec tous les chefs de tribus des Ziban. Son aura dépassait même les limites régionales. Dans l’exercice de ses fonctions, il ne tarda pas à se rendre compte que les relations entre ses employeurs et sa tribu allaient de mal en pis. Ce qui ne pouvait le laisser indifférent.

 

 

 

 

 

De plus, Ahmed Yahya avait découvert les infâmes duplicités des Bengana avec les généraux de l’armée d’Afrique. Il refusa de cautionner plus longtemps leurs macabres agissements. C’est que les Bengana, père et fils, avaient pris la criminelle habitude de lui faire inviter, aux motifs de concertations, les grands chefs des tribus locales, qui manifestaient quelques velléités de résistance à l’égard de l’occupant français. Ahmed Yahya connu par la noblesse de ses actes et par le respect de la parole donnée, il inspirait confiance à tous. Mais en  vérité, il était seulement utilisé comme aval aux préliminaires, par les sordides Bengana. Ils s’en servaient pour tromper la méfiance de leurs invités, auxquels ils dressaient de véritables traquenards. Dès que les correspondances aboutissaient et que les invités arrivaient à Biskra, ils étaient reçus avec fastes et apparats selon les règles de la « diffa coutumière ».  Mais la nuit venue, les malheureux chefs de tribus disparaissaient mystérieusement.

 

 

 

 

 

Le Cheikh el Arab et ses enfants, les faisaient assassiner pendant leur sommeil, en les décapitant, pour envoyer, dans des sacs, leurs têtes ensanglantées, à leurs maîtres les militaires français, comme signes de leur indéfectible subordination. Un traitement aussi vil, ne pouvait être partagé, par celui qui signait les correspondances d’invitations, recevait les hommes de marque, et négociait avec eux les accords et les ententes. Le code d’honneur, chez toutes les nations du monde, ne saurait tolérer tant de reniement. Las des tromperies de ses employeurs, Ahmed Yahya, quitta précipitamment son poste à Biskra, et alla se réfugier à El Amri chez son frère Messaoud, cadi de la tribu, c’était en décembre 1875. Bien évidemment cet abandon de fonction ne fut pas du goût de ses patrons. Boulakhras considéra Ahmed Yahya, comme séditieux et exigea son retour immédiat et sans condition, comme s’il s’agissait d’un esclave.  

 

 

 

 

 

Dans une ultime tentative de rapprochement des points de vue, Messaoud le frère d’Ahmed et non moins cadi du bourg, se rendit à Biskra pour essayer de trouver une solution acceptable par les deux parties. Le malheureux fut immédiatement décapité, dès son arrivée. Un tel crime souleva l’indignation de toutes les populations régionales. Malgré cela, Boulakhras continua à réaffirmer ses oukases, avec moult menaces, exigeant la levée de l’encerclement de sa troupe, la remise du fugitif, le paiement de lourdes amendes avec les rappels de la « lezma ». En fait, sur les conseils d’un certain capitaine Lefroid chef du « bureau arabe » agissant pour le compte de Lagrenée nouvellement promu, commandant supérieur du cercle de Biskra, le bachagha s’était référé à la toute nouvelle loi coloniale dite : « loi Warlier » de 1873, qui légalisait la dépossession des tribus algériennes de leurs terres. Ainsi les terres algériennes avaient été francisées pour être facilement transférées à la colonisation (18). A cette époque la corruption avait libre cours au sein des cercles d’officiers qui avaient en charge l’administration locale, et le sieur Boulakhras était passé maître dans cette spécialité de brigandage. Il savait comment s’y prendre pour rallier à sa cause, les officiers les plus réticents. Dans ses sombres manigances contre les Bou Azid, il invoqua aussi un imparable argument. Il les accusa injustement d’avoir assassiné le dernier Cheikh el Arab déchu, Ferhat Bou Okkaz, crime qu’il a lui-même organisé, et de donner asile aux déserteurs de tout acabit, pour mieux préparer, selon lui, leur imminent soulèvement. De telles insinuations ne pouvaient laisser indifférents les colonisateurs. Il souligna en outre, avec force détail, les discours incendiaires d’un poète Bouzidi, nommé Ahmed ben Ayache (19), qui disait-il, était un dangereux agitateur religieux, agissant au profit des Bou Okkaz, famille toujours considérée comme ennemi de la France. Selon ce véreux bachagha, le feu couvait, et très bientôt, on assisterait à un embrasement généralisé de toute la région des Ziban Ouest.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1544792210-s-l1600 dans Histoire

Ben Ayyash al Jabbari, Chef de la révolte des Bouazid, Amri(entre Doucen et Foughala), Biskra, 1876

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grâce à ses allégations, Boulakhras réussit à entretenir la confusion et à allumer l’incendie. Il inonda le commandement militaire de rapports aussi inquiétants que fallacieux. En fait, il accula les Bou Azid, dans une  situation qu’il savait inacceptable pour eux, car il voulait faire d’eux un exemple pour propager dans la région, sa sinistre réputation d’homme de terreur, qui traite avec une implacable cruauté, tous ceux qui seraient tenté de contester ses oukases. Pour ce sinistre individu, la démonstration de force envers les Bou Azid, devait être exemplaire. L’ébullition gondait et la révolte devenait chaque jour plus perceptible. Les hommes de cette tribu qui se sont toujours considérés comme libres, de vrais Amazigh, se sentaient trahis et bafoués par leur lâche ennemi. On imagine aisément leur répulsion contre les graves entorses à leurs droits, et surtout leurs aversions contre tout paiement d’impôts indus.

 

 

 

 

 

Ils ne tardèrent pas à constater l’entrée en action des militaires français. Ceux-ci se présentèrent dans une première phase comme des conciliateurs, mais en étant à la fois juges et parties, à la manière de « raminagrobis » (20). Ils demandaient la levée de l’encerclement sur la troupe de Boulakhras, la livraison d’Ahmed ben Yahya et celle d’Ahmed ben Ayache et le tout sans condition. Ces exigences ont été repoussées par la fière tribu, qui rompit tout contact avec les faux émissaires dès fin décembre 1875. Les Bou Azid tombèrent dans le piège apprêté, car en fin de compte, ils furent placés devant le dilemme suivant : devenir les serfs de Boulakhras ou mourir dans l’honneur pour protéger leurs biens. Il ne restait plus aux officiers conciliateurs que de les déclarer en situation de rébellion et de faire marcher sur eux la puissance armée coloniale. Le général Carteret arriva en février 1876, avec des troupes fraîches, libéra ainsi, les  hommes encerclés de Boulakhras, et les enrôla dans ses effectifs, et commença la mise en place d’un dispositif d’encerclement d’el  Amri. Il continua à demander et recevoir de plus en plus de renforts. Ainsi les assiégés, sans moyens, furent contraints de se battre à 1 contre 10. Ils ne disposaient que de quelques 492 fusils archaïques, dont la portée ne dépassait pas 250 mètres, qu’ils ne pouvaient charger qu’en position debout, s’offrant ainsi comme cibles idéales à leurs ennemis disposant de fusils perfectionnés et de longue portée (de 650 mètres).   

 

 

 

 

 

Défavorisés matériellement, ils n’avaient que leur bravoure et leur connaissance du terrain pour s’opposer à une puissante armée moderne. Ils subirent donc, en position de faiblesse, de nombreux assauts guerriers savamment préparés. Le plan de bataille avait été étudié par les espions français depuis de longs mois et soumis à un état major qui décida de la mise en œuvre de matériel de guerre ultra sophistiqué, comportant une lourde artillerie. Il y avait aussi ces terribles mitrailleuses à tir rapide,  jusque là inconnues des habitants d’El Amri. L’armement individuel des assaillants comportait aussi des fusils rechargeables par leur culasse, et dont les tirs portaient à une distance de 650 à 800 mètres. Après de multiples escarmouches, la bataille s’engagea le 3 avril 1876.

 

 

 

 

 

Dès la première charge de la cavalerie des Bou Azid, commandée par Ahmed ben Ayache, les Français utilisèrent leurs mitrailleuses lourdes. Soigneusement dissimulées, elles cachèrent leurs feux nourris et décimèrent le plus grand nombre de cavaliers. Ahmed ben Ayache tomba parmi les premiers martyrs. Ces valeureux cavaliers ignoraient l’existence de cette redoutable arme. Les survivants refluèrent en désordre vers leur épaisse palmeraie et se mirent sous le commandement d’Ahmed Yahya (21) assisté de nombreux chefs de fractions, et notamment ceux des Ouled Saoud. Ce commandant sut comment organiser une relativement longue résistance. Il fit investir à ses hommes tous les espaces libres de leur bourg qu’ils défendirent âprement. Ces valeureux combattants lancèrent durant tout ce mois de combats, de fulgurantes mais vaines opérations pour brises leur encerclement. Ils ne parvinrent pas à percer la ligne ennemie. Leurs assauts souvent nocturnes, ou à la faveur des vents de sables en cette période printanière, furent tous repoussés. Certes, au cours de leurs ripostes désespérées, ils firent payer à l’ennemi un lourd tribut, et faillirent même remettre en cause. Le plan du Général Carteret savamment élaboré. Ils se battirent souvent à l’arme blanche, en l’absence de munitions. Mais, les bombardements à l’arme lourde, qui leurs étaient imposés, à distance, pratiqués selon les tactiques militaires modernes, se poursuivirent sans discontinuer. Ces bombardements continus ne laissèrent aucun répit aux combattants et à la population martyre. Les troupes coloniales avançaient inexorablement détruisant maison après  maison, et achevant impitoyablement tous les blessés rencontrés. Ces bombardements et ce siège hermétique les soumirent à une mort dans l’honneur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 1477588489-160501123634649033

Cavalier de la tribu des Bou Azid

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Devant la farouche résistance des assiégés, Carteret, mobilisa sans cesse de nouvelles forces et dut appeler à son secours le général Roquebrune qui arriva à marche forcée de la lointaine Bou Saâda. On rappellera que l’exécution de cette bataille nécessita du côté français la mobilisation d’effectifs importants. Ils arrivèrent de Biskra, de Batna, de Constantine et enfin de Bou Saâda. C’est comme si toute la région de Biskra était en feu.

 

 

 

 

 

Les troupes engagées dans cette bataille sont les suivantes :

1. Le millier de fantassins du bachagha Boulakhras.

 

2. 300 goums du commandant Lagrenée, stationnés à Biskra.

 

3. 200 cavaliers et 500 fantassins de Mohamed Esseghir Bengana caïd de Biskra.

 

4. Le 1er Régiment d’artillerie du Colonel Barrue avec 14 canons lourds et 14 obusiers.

 

5. La 1ère compagnie de Tirailleurs indigènes.

 

6. Le 11ème Bataillon des chasseurs d’Afrique du colonel Debuche.

 

7. Le 3ème spahi du commandant Gallet.

 

8. Le 3ème RTA du commandant Gélez.

 

9. Le 3ème Zéphyrs du capitaine Fabre.

 

10. Le 3ème bataillon d’infanterie légère.

 

11. Le 11ème escadron du train.

 

12. Le régiment de Bou Saâda arriva le 22 avril, avec à sa tête le général Roquebrune et son adjoint le colonel Bruneau. Ces officiers supérieurs commandaient une troupe exclusivement composée d’un millier de soldats d’origine européenne, disposant de 16 canons lourds tractés, ce qui porte la puissance destructrice de cette soldatesque à plus de 50 engins de mort. El-Amri, pays de la prospérité, de l’opulence et de la douillette vie, fut dévasté jour après jour, et à jamais perdu.   

 

 

 

 

 

 

Le Général Carteret s’étant assuré le concours de Roquebrune, éleva ses effectifs à plus de 20 000 hommes, et s’adjoignit 4 colonels, 7 commandants et 12 capitaines avec un nombre considérable de sous officiers, formés dans les écoles de guerre napoléoniennes. Ainsi, il isola hermétiquement cette bourgade et empêcha les assiégés de recevoir une quelconque aide des tribus voisines.

 

 

 

 

 Les combattants isolés recoururent donc à leurs sabres et à leurs couteaux rouillés, bien inefficaces en pareils cas. Le combat ne cessa que par épuisement des défenseurs, qui perdirent des centaines de morts. El Amri entièrement rasé, le bilan final fut terrible : 2100 Bouzidi et 400 moudjahidine de Selmia et Rahmane massacrés. La glorieuse oasis d’El Amri tomba finalement le 30 avril 1876, et fut totalement vidée de ses derniers habitants. Les efforts de plusieurs générations sur plusieurs siècles de labeur, furent réduits en cendre, en un mois de combats par cette soldatesque impitoyable. Au cours de la bataille, elle utilisa plus de 50 canons, des dizaines de mitrailleuses lourdes et des fusils à répétition des toutes dernières productions de la puissante industrie du Creusot et de Saint Etienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1544792796-elamri2 

Les officiers du 3e bataillon léger d’Afrique

 

 

 

 

 

 1544792804-elamri3

Le commandant Gallet, chef de corps du 3e Zéphyrs et trois de ses capitaines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après la reddition, on obligea les femmes et les enfants à sortir des décombres de la palmeraie pour les cantonner en plein air sous la garde du capitaine Fabre, et ses soldats du 3ème zéphyr. Ce capitaine demeura tristement célèbre pour sa barbarie et ses crimes. Longtemps, son souvenir sera rappelé inopinément pour terroriser les petits enfants. Cet ignoble officier eut pour sale besogne de procéder aux identifications des familles, et d’exécuter froidement tous les combattants blessés, ainsi que tous les suspects ayant disposé d’une arme. En effet, la simple possession d’un couteau confondait les combattants et les condamnait à la mort. Le sinistre capitaine usa et abusa de sa mission, pour effectuer un véritable carnage sur la population vaincue. Il fit mettre le feu à l’âme de l’oasis, un patrimoine culturel considérable, constitué de plusieurs centaines de manuscrits. Il procéda aussi à l’inventaire des richesses qu’il déclara comme butins de guerre, pour le distribuer ensuite selon ses propres volontés.

 

 

 

 

 

 

1. L’inventaire du butin récupéré sur les Bou Azid fut considérable. Il comportait des centaines de chevaux et autant de mulets, des milliers d’ânes, un millier de dromadaires, 143380 moutons et chèvres. Fabre récupéra aussi 75 400 francs or. Il dépouilla les femmes de tous les bijoux. C’est dire que tous les biens de la tribu furent spoliés. Avec cela, les survivants furent condamnés à payer :

 

2. 10 000 FR/or à valoir sur une contribution de guerre de 210 000 FR/or, payable sur une période de 5 ans. En fait, ils continuèrent à la payer jusqu’en 1910.

 

3.  6 000 FR/or, au titre de la « dia » prix du sang, des goumiers tués pendant la bataille.

 

4. 3 000 Fr./or pour chaque cheval tué, de la cavalerie coloniale.

 

5. 45 200 FR/or au titre d’indemnité pour 452 prétendus fusils non livrés.

 

6. 50 100 Fr./or pour de prétendus fusils (501) qui auraient été remis aux tribus voisines, soit un total de 314 300 FR/or, équivalent à plus de trois cents milliards de centimes.

 

 

 

 

 

 

 

 En attendant l’acquittement de ces sommes colossales, que l’on comparera à la somme de 5 milliards de francs, que les Allemands exigèrent des Français lors du siège de Paris en 1871, les biens agricoles des Bou Azid à El Amri et à Foughala furent placés sous séquestre. L’arrêté de mise sous séquestre fut signé par le gouverneur général de l’Algérie le 10 juin 1876.

 

 

 

 

 

 Autant dire que la malheureuse tribu a été condamnée définitivement à l’esclavage pur et simple. Ses immenses palmeraies furent cédées à trois colons Treille, Forcioli et Sarradin, le 3 novembre 1879. Quant à celles de Foughala, avec leurs 600 hectares de terre, elles furent confiées à la gestion de la Cie coloniale de Biskra et de l’Oued Rhir, qui les cèdera en 1920, au colon Buchère. Celui-ci les liquidera, à son tour, au profit du transporteur Rhodari de Biskra. Ainsi, la tribu des Bou Azid fut la deuxième tribu algérienne, après celle d’El Mokrani en 1871, à subir toute la rigueur de l’inique loi Warnier. Et ce n’est pas tout !

 

 

 

 

 

 Dès qu’il termina le massacre et le dépouillement des Bou Azid, Fabre fit déplacer les femmes (veuves et orphelins ne dépassant pas l’âge de 14 ans) vers la plaine désertique de Doucen, distante de 30 km au sud. Ces déportées furent obligées de créer leur propre cantonnement de fortune avec des branchages divers. Quant aux rescapés mâles et leurs ouvriers agricoles, ils furent frappés de disgrâce et expulsés, par petits groupes, très loin d’El Amri vers les régions suivantes :

 

1.Les survivants des Ouled Saoud à Biskra, chez les Ouled Bou Aoun, pour une première partie, une deuxième à Batna, et une troisième à Constantine. Son but était de faire en sorte que cette fraction ne puisse jamais se regrouper et former un groupe important.

 

2.La fraction des Djebabra fut déplacée vers la lointaine Tiaret.

 

3.La fraction des Ouled Driss à M’sila.

 

4.La fraction des Ouled Youb à Tebessa.

 

5.Les chefs de familles (kébir de Djemaâ), et tous les notables furent déportés définitivement, comme prisonniers rebelles en Nouvelle Calédonie, 19 en Corse et 68 otages détenus à El Koudia, la triste prison de Constantine, où ils moururent, sans grâce.

 

 

 

 

 

  

 

 

1544793047-elamri1

Le capitaine Fabre du 3e Chasseurs d’Afrique entouré de ses officiers (à gauche le slt Aubel, à droite le Lt Laribe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Punitions et Harcèlements

 

 

Enfin, un millier d’hommes valides et les ouvriers agricoles, jugés physiquement utiles par Fabre, parce qu’assez vigoureux furent condamnés aux travaux forcés et enrôlés pour la construction des 2 tronçons de routes, reliant Biskra à Batna (130 km) au nord, et Biskra à Aumale (Sour el Ghozlane) (300 km) au ouest/nord. Autant dire qu’il les condamna à une mort certaine. Ceux qui en revinrent furent infirmes. Les témoignages qu’en firent les chroniqueurs militaires, comme le commandant Sécora et autres, sont accablants, absence de nourritures, d’eau et d’abris, sans aucun soin pour les malades, et victimes des morsures venimeuses. Quand ils décédaient, leurs geôliers leurs refusaient le droit à une simple sépulture. Ils les abandonnaient au bord de la route, à la merci des chacals et des hyènes, invoquant la perte de temps pour creuser des tombes.

 

 

 

 

Quant à Doucen, le lieu choisi pour y cantonner les femmes et les enfants, il répondait parfaitement aux soucis stratégiques de l’occupation coloniale. Les militaires retinrent ce lieu semi désertique, à mi distance d’El Amri et d’Ouled-Djellal, (25 km), à peine deux heures de trot à cheval, pour humilier leurs prisonniers en les contrôlant plus facilement. Le cantonnement forcé de ces orphelins de martyrs et de leurs mères, les arrangeaient pour réaliser divers travaux d’intérêts domestiques militaires. De ce lieu aride et contraignant, partie du Sirocco et des vents chauds, aucune tentative d’évasion n’était possible. Les jeunes forçats fournirent des efforts surhumains pour continuer à exister. Pour eux tous, ce fut le dernier voyage. Seul le cimetière qu’ils créèrent à flanc de colline, connut une expansion continue. L’armée coloniale, force répressive aveugle, voulait montrer à ceux qui auraient été tentés de suivre l’exemple de leurs pères, comment elle appliquerait la loi d’airain aux indigènes contestataires. Cette féroce répression avait bien pour but d’effacer de l’esprit des vaincus toute velléité d’irrévérence ou de fierté, qu’ils manifesteraient envers ses représentants. Les déportés furent obligés de construire, à titre de corvée permanente, une digue sur l’oued pour la retenue d’eau, puis l’extension d’une forteresse militaire, couvrant un hectare, au sommet d’une colline dominant la vaste plaine.

 

 

 

 

 

 Ainsi, ce fut dans la douleur, que se décida l’émergence de l’actuelle oasis de Doucen. (22)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: La colonisation française de l’Algérie De Mohamed Salah Hasnaoui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes:

 

 

(1)    Râ : Dieu soleil dans l’Egypte ancienne.

 

(2)    Le Djebel G’soum est le plus haut sommet dans cette partie de l’Atlas Saharien. Il culmine à 1200 m.

 

 

(3)    Chronos : dieu du temps dans la Grèce antique.

 

(4)    Dans la mythologie grecque, il dit que « Atlas » a été condamné par Zeus, à soutenir sur ses épaules, la voûte céleste.

 

 

(5)    Cet oued prend sa source dans le Djebel Amour, près d’Aflou, à 3300 m d’altitude, côté versant sud, de la même montagne que son « frère » jumeau l’oued « Chlef » plus favorisé, qui lui prend sa source sur le versant nord, bien mieux arrosé. Oued Djeddy est très souvent à sec, mais par grande crue, il devient dévastateur. A une certaine époque, les hydrologues,  ont pu noter, à hauteur de la ville d’Oumache, au sud de (Biskra) que ses eaux pouvaient s’épandre et couvrir jusqu’à 11 km de terre.

 

(6)    Zibans : terme « chaoui » qui veut dire oasis.  

 

 

(7)    Selon Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères) au 14e siècle Doucen, avait été le lieu d’une grande bataille entre les troupes des Hafsides de Tunis et celles d’Abou Hammou roi de Tlemcen. Elle est aujourd’hui une bourgade située à 72 km au sud ouest du chef lieu de Biskra, l’antique Vescra des Puniques et qui deviendra, plus tard, Vecera avec les Romains.

 

(8)    Les Daouaouida ou (Dawawida) formaient une puissante confédération de tribus semi nomades, qui, faisait et défaisait tous les royaumes du Maghreb Central, l’Algérie. Cette confédération fut éclatée pour mieux dominer ses multiples composantes. On dit que les Daouaouida, sont des descendants des Zénètes (mélange de Berbères et d’Arabes), lesquels sont les héritiers des ancêtres les fiers Gétules.

 

 

(9)    Les Bou Okkaz étaient les fidèles représentants de l’Emir Abdelkader à Biskra. Ferhat sera assassiné sur le territoire des Bou Azid, pour leur faire imputer ce crime et disculper ses commanditaires.

 

(10)  Les Bengana seraient originaires de l’Oued Righ au sud de Biskra.

 

 

(11)  Il s’agit d’un commandement de façade tout à fait oligarchique, à la manière des seigneurs de guerre asiatiques.

 

(12)  Cet individu fourbe et ambitieux sera lui-même promu Cheikh El Arab à la mort de Bouaziz.

 

(13)  Certaines sources le nomment aussi M’Hamed Yahya.

 

(14) Cette famille aurait fait assassiner, Ferhat Bou Okkaz, sur le territoire des Bou Azid, pour leur en faire endosser le crime.

 

(15) La « lezma » était un impôt spécial exigé des indigènes possédant des palmiers dattiers.

 

(16) On rappellera que le Bey hadj Ahmed a finit par se rendre à l’armée française le 05 mais 1848.

 

(17) On sait par ailleurs que la révolte d’El Mokrani dura plus de dix mois et qu’elle s’était étendue à tout l’est algérien.

 

(18) Cette loi, sera finalement suspendue en 1890.

 

(19) Ahmed ben Ayache était un mystique de la tribu, qui aimait versifier en vantant les mérites de la famille des Bou Okkaz, et celles de l’Emir Abdelkader. Pendant le soulèvement, il joua un rôle patriotique et tomba parmi les premiers chouhada.

 

(20) Aux prétendus conciliateurs Ahmed ben Yahya leur aurait fait cette célèbre réponse : « Sortez dans la plaine avec vos goums et je vous répondrai ».

 

(21) Ahmed Yahya qui appartenait à la fraction des Ouled Driss était secondé par les Kébir de Djemâa des fractions : Ouled Saoud qui payèrent un lourd tribut, des Djebabra et des Ouled Youb.

 

(22) Pendant longtemps Doucen ne fut qu’un douar sans plaque indicative, sans signalisation extérieure. Il ne figurera que bien plus tard sur les cartes d’état major. Ce doux et ancien nom qui fut maintenu par les « réprouvés ». il paraissait insignifiant aux militaires français, mais en fait il était chargé d’une forte symbolique, qui signifie littéralement : refus et insoumission permanente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

                          

 

 

 

 

 

 




Règne de l’émir Yghomracen ben Zyan: premier roi de Tlemcen

16012019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Règne de l'émir Yghomracen ben Zyan: premier roi de Tlemcen dans Histoire 1543320915-800px-flag-sultanat-zianide2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier de cette illustre famille qui exerça le pouvoir souverain; qui réunit les perles dispersées de la couronne royale et les enfila dans sa personne dans le plus solide des cordons; qui fit revivre dans sa famille la trace effacée du khalifat; qui réveilla la paupière depuis longtemps endormie de la souveraineté due à la postérité de Hassan, ce fut le roi magnanime, le lion intrépide, l’honneur des souverains et la couronne des grands, l’émir des Moslim , Yghomracen ben Zyan. Ce prince incomparable ne fit que se lever, et aussitôt il se vit maître du pouvoir, et les droits au trône qu’il tenait de ses pères le mirent au-dessus des plus illustres potentats de la terre. Il devint ainsi le vicaire de Dieu le bien-aimé, l’épée destinée à la défense de la vraie religion et toujours prête à frapper; l’éclat de sa domination naissante fit pâlir au loin l’autorité des rois de l’Orient et de l’Occident. Les habitants de la Mecque et d’Yatrib envièrent à ses sujets le bonheur de vivre sous ses lois; et comment ne l’auraient-ils point envié? Ce prince n’était-il pas issu des deux arrière-petits fils de l’apôtre de Dieu (Zéïd et Hassan), et n’était-il pas un rejeton des deux rameaux (petit-fils) de la blanche Fatimah?

 

 

 

 

Yghomracen fut proclamé roi le 7 de djoumada second, l’an 637. Voici les circonstances qui amenèrent cet heureux événement.

 

 

 

 

La discorde qui régnait parmi les Beni Abd-el-Moumen (les Almohades) avait considérablement affaibli leur puissance et leur autorité; les Beni Abd-el-Wâdy mettant à profit cette circonstance, se décidèrent à s’emparer du territoire de Tlemcen dont ils étaient voisins. Après avoir étudié les endroits par où ils pouvaient y pénétrer, ils l’envahirent de plusieurs côtés avec leurs chevaux et leurs chameaux; chaque fraction de leur tribu occupa la partie du territoire qui se trouva sous ses pas. Yghomracen accorda l’aman aux habitants moyennant un impôt qu’ils promirent de lui payer chaque année, et il leur ordonna à tous d’obéir à leur chef, Djâber, fils de Youcef, fils de Mohammed, qui était fils de l’oncle paternel de Zyan, père de l’émir des Moslim, Yghomracen, fils de Zyan, fils de Thâbit, fils de Mohammed. A cette époque, Tlemcen avait pour gouverneur Abou-Saïd Othman, fils de Yacoub-al-Mansor, qui commandait au nom de son frère Almamon Edris, fils d’Almansor. Abou-Saïd ayant tendu un piège à un certain nombre des chefs des Beni Abd-el-Wâdy, s’était saisi de leurs personnes et les avait jetés en prison. Quelque temps après, une personne influente de la tribu des Lamtounah (les Almoravides) établis à Tlemcen vint lui demander l’élargissement des Beni Abd-el-Wâdy. Sa prière fut repoussée; ce refus irrita tellement le Lamtounien, qu’ayant rassemblé à la hâte les gens de sa nation, il courut vers la prison, délivra les chefs des Beni Abd-el-Wâdy et y mit à leur place l’émir Abou-Saïd lui-même. Puis il leva ouvertement l’étendard de la révolte contre les Beni Abd-el-Moumen et forma le dessein de ressusciter l’empire des Lamtouniens. Trompé par son propre jugement, il se persuada que, tant qu’il n’aurait pas exterminé les chefs des Beni Abd-el-Wâdy, son projet ne pourrait être mené à bonne fin. Il envoya donc à Djâber, fils d’Youcef, ainsi qu’aux autres chefs des Beni Abd-el-Wâdy, pour les inviter à un festin qu’il devait donner chez lui. Ceux-ci, pour répondre à la politesse qu’on leur faisait, se rendirent auprès de leur hôte. Lorsqu’ils furent arrivés près de la ville, ils apprirent le sort fatal qui leur était préparé. Ils firent halte immédiatement et délibérèrent sur ce qu’ils avaient à faire; mais la nouvelle de leur arrivée était déjà parvenue aux oreilles du Lamtounien, lequel était allé en toute hâte au-devant d’eux pour les introduire lui-même dans la ville. Les Beni Abd-el-Wâdy jugèrent que le meilleur parti qu’ils eussent à prendre, c’était de se saisir de la personne du traître. Ils l’arrêtèrent donc, lui et huit de ses compagnons, et les garrottèrent. Djâber entra alors dans la ville avec tout son monde, en proclamant le nom d’Edris Almamon; il prit les rênes du gouvernement, après quoi il envoya au prince Almohade, pour lui faire savoir les événements qui s’étaient accomplis. Almamon exigea seulement de lui qu’il le fit nommer dans la khotbah et que les monnaies fussent frappées à son coin. Le chef des Beni Abd-el-Wâdy se mit alors en possession du territoire qui avoisine Tlemcen, occupa le pays des Beni Râched, ainsi que toutes les villes de la province. Il n’y eut que Nedromah qui refusa de se soumettre. Djâber courut mettre le siège devant la place rebelle; mais là il fut atteint d’une flèche, qui était partie de la ville, et qui lui donna la mort. Cet événement eut lieu la troisième année de son gouvernement.

 

 

 

 

Il eut pour successeur son fils Hassan ben Djâber qui, au bout de six mois, jugea à propos d’abdiquer en faveur de son oncle Othman, par considération pour son âge qui était très avancé. Mais celui-ci se conduisit d’une manière blâmable dans son administration, et mérita d’être ignominieusement chassé de Tlemcen. Après cela, les Beni Abd-el-Wâdy élevèrent d’un commun accord Abou-Ezzah Zeydan ben-Zyan à la dignité d’émir. Il régna en cette qualité sur Tlemcen et sur toutes les dépendances de cette province. Mais les Beni Motthar refusèrent de reconnaître son autorité, et furent assistés dans leur révolte par les Beni Râched; la guerre s’étant allumée entre lui et les rebelles, les deux partis se livrèrent plusieurs batailles, dans l’une desquelles Abou-Ezzah finit par être tué. Alors les Beni Abd-el-Wâdy mirent à la tête du gouvernement l’émir des Moslim, Yghomracen, frère d’Abou-Ezzah; ils le proclamèrent roi, en le reconnaissant pour leur unique souverain et en secouant le joug des Beni Abd-el-Moumen.

 

 

 

 

 

Yghomracen ben-Zyan, revêtu ainsi du pouvoir absolu, fit revivre dans sa personne les traces du khalifat hassanide qui s’étaient perdues, et il éleva jusqu’à la plus grande hauteur le phare qui devait ramener vers l’autorité légitime les pas de ceux qui s’en étaient écartés; c’est pourquoi la fortune se félicita de lui avoir donné le jour; l’astre garant de sa félicité se leva dans la sphère du bonheur; l’arbre du pouvoir, depuis longtemps languissant et fané, se trouvant cultivé par ses mains, reprit sa verdure et sa fraîcheur; enfin le temps réalisa en faveur du prophète les promesses dont il semblait avoir ajourné indéfiniment l’accomplissement, et fil briller dans la maison de Yghomracen le khalifat dans tout son éclat. En effet, ce prince adopta dans son administration et dans toute sa conduite les habitudes et les usages qui sont propres à relever le pouvoir et à l’embellir aux yeux du monde; il s’entoura de vizirs et de chambellans; il créa des caïds et des secrétaires d’État. Les Beni Motthar et les Beni Râched levèrent contre lui l’étendard de la révolte; mais, avec l’assistance de Dieu, il parvint à les faire rentrer dans le devoir.

 

 

 

 

Son élévation au trône et l’acte par lequel il se déclara indépendant, s’accomplirent sous le règne de Rachid Abd-el-Wâhid, fils d’Edris Almamon. Rachid lui envoya un cadeau magnifique, dans l’espoir que les Almohades seraient nommés, comme auparavant, dans la prière publique du vendredi. Comme le roi de Tlemcen refusa de se conformer à cet usage, ils se brouillèrent tous les deux et commirent l’un contre l’autre des actes d’hostilité. Rachid songeait à marcher contre son rival, lorsqu’il fut prévenu par la mort. Il eut pour successeur à l’empire son frère Saïd, fils d’Almamon.

 

 

 

 

 

Quelque temps après, il arriva que l’émir Abou-Zakaria, fils d’Abd-el-Wâhid, fils d’Abou-Hafs el-Hentâti envoya un présent à Saïd, dans la persuasion où il était que celui-ci était encore maître de tout l’empire du Maghreb. L’émir des Moslim, Yghomracen, jugeant que le présent lui revenait de droit, s’en empara et se l’appropria. Abou-Zakaria s’attendait à ce que Saïd regarderait cette insulte comme faite à lui personnellement et se lèverait pour en tirer vengeance; le prince Almohade ne bougea pas. Alors l’émir prit le parti de secouer le joug de l’obéissance et se déclara indépendant. Ayant mis sur pied une armée composée des Arabes de l’Ifrikiah et d’autres nations, il marcha sur Tlemcen. Il arriva sous les murs de cette place, l’an 645 de l’hégire. Ses troupes étaient si nombreuses, que la plaine paraissait trop étroite pour les contenir : les archers à eux seuls formaient un corps d’armée de trente mille hommes. Après avoir assigné à ses troupes la position que chacune d’elles devait occuper, il ordonna à ses archers de faire une décharge sur une figure de chat qui leur servait de cible; malgré la petitesse de cette figure, elle se trouva percée de plus de vingt flèches. L’habileté des archers jeta l’épouvante dans le cœur des combattants de la place et découragea les habitants. L’émir des Moslim, ayant alors demandé quels étaient les peuples qui occupaient les différents postes, apprit que c’étaient les Arabes qui avaient été chargés d’attaquer la porte Bab-Ali; renonçant à la défense de la place, il se retira avec ceux des combattants qui se trouvaient près de lui, et sortit de sa capitale par la porte susdite, accompagné de ses femmes et de ses trésors. Les Arabes vinrent l’attaquer, mais ayant éprouvé son courage et sa valeur, ils le laissèrent passer. Yghomracen se retira dans les montagnes des Beni Ournid.

 

 

 

 

 

Abou-Zakaria, étant entré dans la place, en offrit le gouvernement aux officiers de son armée qui, tous, le refusèrent dans la crainte de s’attirer bientôt sur les bras les armes de l’émir des Moslim, Yghomracen. Le prince Hafside dit alors : « Tlemcen n’aura pas d’autre maître que son ancien souverain. » Il envoya donc proposer la paix à Yghomracen, l’engageant à revenir dans sa capitale; il évacua lui-même la place et la laissa occuper par son nouvel allié. Ils firent ensemble un traité par lequel ils s’engagèrent à réunir leurs armes contre les Beni -Abd-el-Moumen; de plus, il lui donna à titre de fief plusieurs villes de l’Ifrikiah, dont le revenu total se montait à cent mille dinars : cet argent devait servir à combattre la ligue que les princes Almohades pourraient former contre eux.

 

 

 

 

 

Cette pension fut payée annuellement à lui et à ses successeurs jusqu’à la mort tragique d’Abou-Tâshfîn et à la conquête du royaume de Tlemcen par les Beni Meryn.

 

 

 

Pendant que l’émir Abou-Zakaria était en route pour retourner dans ses états, il donna aux tribus berbères des Toujjin, des Maghrawah et des Mellikech, des rois qu’il plaça comme un mur de séparation entre lui et l’émir des Moslim, Yghomracen. Lorsque Saïd apprit tout ce qui s’était passé entre les deux princes, et sut la ligue qu’ils avaient formée contre lui, il jura de se rendre maître de tous leurs états. Il partit donc de Maroc à la tête d’une armée formidable. Les Beni Meryn, ayant fait leur soumission, lui livrèrent des otages et se joignirent à son expédition. Lorsque l’émir des Moslim apprit l’importance des forces qui avaient été rassemblées contre lui, il quitta de nouveau les murs de sa capitale et chercha un refuge dans le château de Temzizdict. Saïd résolut de mettre le siège devant cette place. Ayant établi son camp sur les bords de l’Isly, il envoya de là inviter l’ennemi à rentrer dans l’obéissance et à le reconnaître pour son suzerain en frappant la monnaie à son coin et en le faisant nommer dans la khotbah. Ces propositions ayant été rejetées, Saïd marcha contre Yghomracen et s’engagea dans les gorges des montagnes où était situé le château, excitant lui-même ses troupes à braver tous les obstacles pour arriver jusqu’à l’ennemi. L’émir des Moslim lui livra bataille à la tête des combattants de sa tribu et des autres peuples qui l’avaient suivi, et avec l’aide de Dieu, il remporta la victoire sur l’ennemi. Saïd fut tué dans la mêlée par la main d’Youssef ben-Khazroun. L’émir des Moslim ordonna qu’on emportât la tête du sultan Almohade et qu’on la fît voir à sa mère; c’est que cette princesse avait d’abord voulu que son fils se soumît au sultan de Maroc, mais Yghomracen lui avait juré de lui apporter la tête de son ennemi et Dieu fit que le serment du roi se trouvât réalisé. Ceci arriva un jour de mardi, à la fin du mois de safar de l’année 646.

 

 

 

 

 

Le vizir Abou’l-Hassan ben-Khelas, gouverneur de Sebtah, s’était révolté contre Saïd et avait reconnu pour son souverain l’émir des Moslim, Yghomracen. Lorsque le sultan Almohade marcha sur Tlemcen, Abou’l-Hassan envoya des éclaireurs de divers côtés pour se tenir à l’affût des nouvelles. On vint lui annoncer la victoire d’Yghomracen le dimanche suivant, six jours après la bataille, et le lendemain matin, lundi, un poète lui apporta une cacydah où il disait:

 

 

« Heureuse nouvelle! La victoire ne s’est pas longtemps fait attendre; nous devons la célébrer par des réjouissances et des noces.

 

La fortune, après s’être montrée longtemps dure et implacable, a daigné enfin nous  sourire.

 

Victoire ! C’est un événement dont la pensée remplit les esprits de stupéfaction, tant il était loin de notre attente et de nos pensées!

 

Victoire! Telle qu’une pluie abondante, elle fait jaillir aux yeux de tout le monde nos vœux  réalisés.

 

 Telle qu’un astre bienfaisant, son éclat a » dissipé nos ténèbres.

 

Victoire! La porte du bonheur vient de s’ouvrir devant notre souverain, et ses glorieuses destinées commencent à s’accomplir.

 

Le succès a mis le comble à ses souhaits.  Victoire! Elle a fait couler la vie dans le cœur  des mortels.

 

Elle a passé telle que le souffle du zéphyr;  en nous secouant légèrement, elle a fait  exhaler autour de nous les parfums et les » odeurs les plus suaves. »

 

 

 

 

 

Par cette victoire, l’émir des croyants s’étant placé, dans l’opinion publique, au même rang que le roi de Maroc, vit sa puissance s’accroître, son empire s’agrandir et sa réputation portée au loin. Mais c’est Dieu qui dispose du pouvoir en souverain arbitre, qui l’octroie à qui il lui plaît, et qui, après cette vie, accorde à ceux qui le craignent une récompense sans fin.

 

 

 

 

Parmi les trésors et les objets précieux qui tombèrent entre les mains d’Yghomracen dans cette célèbre journée, l’on cite le collier unique, une coupe en émeraude et le Coran d’Othman ben-Affan, exemplaire que ce khalife avait copié de sa propre main. Le khalife le tenait entre ses mains lorsqu’il reçut le coup de la mort; des gouttes de sang tombèrent sur ces paroles du Très Haut: ‘’Or, Dieu te suffira contre eux ۩’’et sur celles-ci : ‘’et ils coupèrent les jarrets à la chamelle ۩’’Après la mort d’Othman, ce Coran tomba dans la possession des Beni Omeyah, qui le conservèrent pendant toute la durée de leur règne. Lorsque les Beni’l-Abbès, ayant levé l’étendard de la révolte, se furent emparés du pouvoir et eurent mis à mort les Beni Omeyah partout où ils purent les découvrir, Abd’er-Rahman, fils de Moawiah, fils de Hicham, fils d’Abd-el-Melik, s’enfuit vers le Maghreb, entra ensuite en Espagne où il réussit à faire reconnaître son autorité. Dans cet intervalle, sa sœur, Oumm’el-Asbagh, qui était restée en Syrie, lui faisait passer, l’un après l’autre, les objets précieux et les trésors de sa famille. Or, parmi ces objets, se trouva le Coran d’Othman qu’Abd’er-Rahman légua à la grande mosquée de Cordoue. L’imam faisait, chaque jour, après la prière du matin, une lecture de la parole de Dieu dans ce vénérable exemplaire. Il resta déposé dans cette mosquée jusqu’à la conquête de l’Espagne par Abd’ el-Moumen ben-Ali qui l’emporta à Maroc, capitale de ses états. Il fit enlever la couverture qui était simplement en basane et voulut qu’elle fût remplacée par deux planchettes dans lesquelles on avait incrusté des lames d’or; ces lames étaient ornées de perles fines, de rubis, d’émeraudes les plus précieuses que le sultan avait pu se procurer. Les fils et successeurs de ce prince, marchant sur ses traces, se plurent à enrichir la couverture de nouveaux joyaux, de nouvelles pierreries de grand prix, en sorte qu’à la fin les planchettes se trouvèrent entièrement recouvertes d’ornementation. Pendant les nuits du Ramadhan, ces princes se faisaient apporter le précieux volume et s’en servaient pour faire leurs lectures d’usage. Lorsqu’ils partaient pour une expédition, ils avaient soin de le porter avec eux, afin qu’il attirât sur leur tête les bénédictions du Ciel.

 

 

 

 

 

L’ordre qu’ils observaient dans leur marche était admirable et mérite d’être décrit. La première chose que l’on voyait paraître, c’était une grande bannière blanche fixée à une hampe extrêmement longue que l’on portait devant l’émir. Venait ensuite le vénérable exemplaire du Coran, porté sur le plus beau dromadaire que l’on avait pu trouver, et renfermé dans un coffre de forme carrée qui était recouvert de soie et surmonté d’une palme la plus élégante qui fût. A chacun des coins du coffre était fixée une petite bannière que le moindre vent faisait flotter, et à défaut de vent, le seul mouvement du dromadaire qui marchait. Il était suivi d’un mulet des plus dégagés qui portait une grande caisse recouverte également d’étoffe de soie et renfermant le Mowatta, Al-Bokhary, Moslim, Termedhy, Nissey et Abou-Daoud. Venait enfin le sultan à la tête de l’armée; les troupes marchaient à la suite, à droite, à gauche et par derrière. Or, dans la journée où succomba l’infortuné Saïd, le précieux exemplaire du livre sacré devint la proie du soldat. On enleva les ornements qui le couvraient, ouvrage du temps et des années; ainsi dépouillé, il fut jeté comme objet de rebut. Un homme l’ayant trouvé par hasard, l’apporta à Tlemcen où, sans en connaître la valeur, il l’exposa en vente. Le courtier parcourait le marché en criant: «à dix-sept dirhem le livre, à dix-sept dirhem ! » Un officier qui avait vu auparavant l’ouvrage, l’ayant reconnu, courut chez l’émir Yghomracen. Sur ces entrefaites, quelques-uns prévinrent les ordres du roi et prirent le volume pour le lui porter. Yghomracen commanda qu’on gardât le volume avec le plus grand soin, qu’on veillât à sa conservation et qu’on en payât le prix. En vain le sultan Al-Morladhy qui régna à Maroc après Saïd; en vain Al-Mostanser, roi de Tunis, et Ibn’ el-Ahmar, roi d’Espagne, cherchèrent-ils à voir le volume sacré; en vain multiplièrent-ils leurs efforts pour en faire l’acquisition; ils quittèrent tous cette vie avec le regret de n’avoir pu réaliser leurs vœux. Il est resté, après la mort de ces princes, dans la possession de ceux que Dieu avait choisis pour cela. C’est parce que nos souverains appartiennent à la sainte famille qui a reçu le Coran d’en haut, qu’ils ont mérité l’honneur de se transmettre de père en fils ce précieux héritage. Néanmoins je dois avouer que, de nos jours, on ignore ce que cet exemplaire est devenu. L’on croit communément qu’il a disparu de Tlemcen lors de la domination des Beni Meryn. Au surplus, Dieu seul possède une connaissance parfaite de la vérité.

 

 

 

 

 

Yghomracen était un prince attaché à la religion, vertueux, ami du bien et de ceux qui le pratiquent. C’est lui qui fit construire le minaret de la grande mosquée d’Agadyr, ainsi que celui de la grande mosquée de Tagrart ou Tlemcen-la-Neuve. A cette occasion, on le pria d’ordonner que son nom fût inscrit sur ces deux monuments; il refusa de le faire, en disant: « Il me suffit que Dieu ait connaissance de mon œuvre. » Il réunissait souvent autour de lui les hommes qui se distinguaient par la sainteté de leur vieaimant à les entendre, à conférer avec eux, et il leur faisait aussi de fréquentes visites. Il se transporta dans les montagnes d’Ifrischen, illustrées à cette époque par le séjour du célèbre Waly-Abou’l-Beyan, afin de demander au saint homme sa bénédiction et obtenir qu’il priât pour lui et sa postérité. Il recherchait les hommes de science, il les encourageait partout où il les rencontrait; il les invitait à venir s’établir dans sa capitale, et les y accueillait avec la considération et les égards qui leur étaient dus. L’un des plus savants qui aient fleuri sous son règne, c’est Abou-Isaac Ibrahim, fils d’Iakhlef, fils d’Abd’ es-Salam et-Tenessy. De l’Ifrikiah, de Tlemcen, l’on se rendait à Tenez, sa patrie, pour le consulter sur des cas de jurisprudence. L’émir des fidèles, Yghomracen, lui avait écrit maintes et maintes fois pour l’engager à venir résider à Tlemcen; Abou-Isaac et-Tenessy avait toujours refusé. La révolte des Maghrawah et les troubles qui en furent la suite, le forcèrent à se réfugier momentanément dans les murs de cette capitale. Les jurisconsultes de Tlemcen se réunissaient auprès de lui, et il leur faisait un cours de droit. L’émir des Moslim ayant eu avis de la présence de ce savant à Tlemcen, monta à cheval et se rendit en personne auprès de lui. Il le trouva dans la grande mosquée entouré des jurisconsultes de la ville; s’approchant alors de lui, il lui adressa ces paroles: « Je ne suis venu ici, que pour te témoigner le vif désir que j’éprouve de te voir fixé dans notre capitale pour toujours, afin que tu y répandes la science. Nous prenons sur nous de pourvoir à tous tes besoins. » Le vœu exprimé par la bouche du roi étant celui de tous les jurisconsultes, ceux-ci représentèrent au savant étranger combien Yghomracen était digne d’obtenir la faveur qu’il demandait; ils lui dirent quel bien son séjour définitif produirait à Tlemcen, avec quelle joie il serait accueilli par tout le monde; ils le conjurèrent enfin de se rendre à leur désirs. Abou-Isaac leur répondit: « Si je retourne à Tenez pour ramener ici ma famille, je m’expose à recevoir des reproches et des injures. — Nous ne permettrons point, lui dit l’émir des Moslim, que tu retournes dans ta patrie ; nous y enverrons du monde pour ramener ta famille. » C’est en effet ce qui eut lieu. L’émir des Moslim lui assigna plusieurs fiefs, entre autres celui de Tiranescht, lequel, après l’extinction de sa postérité, fut accordé aux deux fils de l’Imam. Il était revêtu de la plus haute dignité de l’État, et le roi n’avait pas besoin d’un autre conseiller que lui, pour la direction des affaires. Il occupa le même rang et remplit les mêmes fonctions à la cour de l’émir des Moslim, Abou-Saïd, fils et successeur d’ Yghomracen. Ce fut sous le règne de ce prince qu’il mourut. Le sultan Abou Saïd honora de sa présence les obsèques de son ministre. Abou-Isaac fut le phénix de son siècle par son savoir et sa piété. On lui attribue une foule de miracles qu’on peut lire dans Al-Khatyk ben-Marzouk. Son tombeau, qui se voit à Aubbed, est pour cette localité une source de bénédictions.

 

 

 

 

 

Il avait un frère nommé Abou’l-Hassan qui était, comme lui, versé dans la science de la jurisprudence et fidèle observateur des pratiques de la religion. Celui-ci quitta l’orient où il se trouvait, pour venir se fixer à Tlemcen auprès d’Abou-Isaac. Lorsque ce dernier mourut, il hérita de sa place et de ses honneurs.

 

 

 

 

1543327489-mosquee-de-sidi-bel-hassen-tlemcen dans Histoire

Mosquée Sidi Bel-Lahcen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme l’émir des Moslim passait pour un prince ami de la science et protecteur des savants, cette réputation, s’étant répandue en Espagne, attira à sa cour un homme de ce pays, qui était le coryphée des littérateurs, le premier des katib de son siècle, je veux dire Abou-Bekr-Mohammed, fils d’Abd-Allah, fils de Daoud, fils de Khattab. Yghomracen l’accueillit avec honneur et distinction ; puis il le plaça près du tapis de sa puissance, et l’attacha à sa personne en qualité de premier secrétaire d’Etat. Le haut rang qu’Ibn-Khattab a occupé dans la science et particulièrement dans la branche des belles-lettres, est connu de tout le monde. Ibn-Raschid, qui nous a donné la biographie complète de ce grand homme, dit en parlant de lui : « Avec lui s’est perdu l’art de rédiger en prose rimée les dépêches des princes. »

 

 

 

Quant à l’état d’hostilité dans lequel Yghomracen fut avec les Arabes et les Zénêtah, il serait difficile de trouver dans l’histoire quelqu’un qui ait autant guerroyé que ce prince. Cela prouve l’élévation de son âme et la grandeur de son courage. L’auteur du Boghriet-erRowad nous apprend que le roi de Tlemcen fit contre les Arabes seuls soixante-douze expéditions, et presque autant contre les Toujjyn et les Maghrawah.

 

 

 

 

 Il avait fait demander à l’émir Abou-Isaac, fils de l’émir Abou-Zakaria, roi de Tunis, la main de sa fille pour son fils, le prince Abou Saïd. Comme le prince Hafside donna son consentement à ce mariage, l’émir des Moslim, Yghomracen, envoya à Tunis son fils Abou Amer, pour qu’il amenât la jeune princesse et l’accompagnât jusqu’à Tlemcen. Quelque temps après, Yghomracen partit lui-même pour aller au-devant de la jeune fiancée, voulant la recevoir avec tous les honneurs dus à son rang et témoigner ainsi au père combien cette alliance lui était chère. Ce fut à Milianah qu’il rencontra la princesse et sa suite. De là, ayant rebroussé chemin, il revenait à Tlemcen, et était arrivé sur les bords du Rihou, affluent du Chelif, lorsque le terme de sa vie marqué par les destins arriva. Il mourut à la fin du mois de dhou’l-kâadah de l’année 681. Abou-Amer, voulant tenir la mort de son père secrète, le fit porter dans une litière fermée de tous côtés, comme s’il avait été malade, et s’avança à grandes journées vers Tlemcen. Etant arrivé près de l’Isser, où il trouva l’émir Abou-Saïd qui venait à la rencontre du cortège, il fit enfin connaître la perte que le royaume venait de faire. Yghomracen mourut à l’âge de 76 ans, après un règne de 44 ans, 5 mois et 12 jours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Guerre chez Les Touareg

3122018

 

 

 

 

 

 

La Guerre chez Les Touareg dans Histoire 1540889473-img-1-small5802

Combat à l’épée chez les Touaregs Ahaggar. Photo cl. P. Ichac, Musée de l’Homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les représentants les plus frustes de la race berbère contemporaine sont aujourd’hui les Touareg du Sahara, mais ces barbares ont gardé certaines des qualités primitives de leurs devanciers. Comme le faisaient les Ibères, ils procèdent dans leurs guerres de tribu à tribu par coups de mains, surprises. Ce sont toujours des razzias rapides et inattendues qu’ils exécutent. Avant d’entreprendre ces petites expéditions, on lance en avant des éclaireurs, qui flairent la proie, la guettent et la signalent. Les Touareg ont en général la vue très perçante et tous les sens extrêmement subtils; mais leurs éclaireurs sont surtout particulièrement doués sous ce rapport: c’est même pour cette raison qu’on les choisit ; de plus, ils s’informent et ne manquent jamais d’interroger sur les points qui les intéressent tous les voyageurs rencontrés. Dès qu’on a découvert l’ennemi, la proie, car l’ennemi est toujours une proie, on combine tout pour le surprendre. Réussit-on ? le parti attaqué à l’improviste ne se pique point de résister quand même. Si la surprise est la tactique des assaillants; la fuite est celle des assaillis. Toujours ceux-ci détalent, en abandonnant ce qu’ils possèdent; mais ce n’est pas sans espoir de retour.

 

 

 

Les vainqueurs, soucieux surtout de butin, se hâtent de piller et de partir. Ils font même diligence ; car ils savent fort bien qu’il est prudent de se hâter et c’est à leur tour maintenant de redouter une surprise. En effet, si le parti pillé a fui, ce n’est pas par lâcheté mais bien par calcul. Aussitôt en sûreté les fuyards rassemblent leurs chameaux de course, leurs méharis, font appel à leurs amis et alliés et, une fois toutes leurs forces réunies, ils se mettent on campagne pour devancer les pilleurs aux puits ou forcément ils doivent passer. Ceux-ci, de leur côté, se hâtent, mais leur butin même alourdit leur marche et, très souvent il arrive que les voleurs soient à leur tour volés, quelques jours seulement après leur trop facile razzia.

 

 

 

 

Quand, durant un engagement, l’un des partis voit l’autre plier, il manque rarement de le railler en lui criant: « Hia ! Hia! Hia ! Hia! Il n’y aura donc pas de rebàza, » c’est-à-dire de triomphe. Le rebàza est un sorte de violon rudimentaire, avec lequel les femmes touareg s’accompagnent en chantant la valeur et les haut-faits de leurs admirateurs: flatterie fort prisée, car c’est un caractère sociologique des races berbères de laisser aux femmes une liberté rare chez les populations primitives. Chez les Touareg notamment, on retrouve des mœurs qui rappellent assez les Cours d’amour du Moyen âge ; les femmes, les femmes libres, bien entendu, les dames, ont leurs cavaliers servants, donnent des fêtes musicales et littéraires ; aux yeux des hommes, leur opinion a beaucoup de prix. Aussi le trait railleur lancé aux vaincus par les vainqueurs, «Il n’y aura pas de rebàza », suffit souvent à ramener au combat des hommes, qui allaient lâcher pied.

 

 

 

Ces mêlées entre Touareg sont rarement très meurtrières; il est d’usage de les cesser, dès qu’il y a de part et d’autre quelques morts ou blessés. Mais, en dehors de la tactique reçue, le courage est obligatoire ; se dérober isolément aux coups de l’ennemi et compromettre ainsi le succès de ses compagnons entache à jamais l’honneur d’un homme et lui interdit de reparaître au milieu des siens ; aussi ces actes de lâcheté sont-ils presque sans exemple. L’agilité, la dextérité des Touareg, leur adresse à se servir du bouclier font qu’ils peuvent combattre longtemps sans résultat. Pour eux, c’est la fuite surtout, qui est dangereuse; car les fuyards sont poursuivis, la lance aux reins, et, si le combat ne cesse pas suivant l’usage, dès que l’honneur est tenu pour satisfait, le parti vaincu peut être totalement exterminé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1540889606-touareg-berber-guerriers dans Histoire

Guerrier Berbère Touareg avec le bouclier caractéristique et l’épée takouba

 

 

 

 

 

 

 

 

Les armes des Touareg sont : un long sabre droit à double tranchant et une lance de près de trois mètres de longueur. Cette lance consiste en une mince tige de fer, ayant quatre centimètres seulement de circonférence et une pointe barbelée. Les armes de jet sont d’abord un javelot, dont la hampe est en bois et la pointe barbelée en fer, puis un arc en bois léger et des flèches en roseau à pointe de fer aussi barbelées, mais jamais empoisonnées. Il est à remarquer que l’arc est surtout en usage chez les Touareg du sud, c’est-à-dire chez ceux qui sont le plus souvent en rapport avec les nègres de l’Afrique centrale. Les armes à feu sont rares ; quelques chefs cependant possèdent des fusils et pistolets à pierre, de fabrication arabe.

 

 

 

 

La seule arme défensive des Touareg est un grand bouclier circulaire, couvert de peau d’antilope et qui peut garantir presque tout le corps. Une arme plus spéciale est l’ahâbedj, anneau de pierre, ceignant le bras droit au-dessous du deltoïde et qui, dans les luttes corps à corps, peut servir à casser la tête de l’adversaire.

 

 

 

 

Telles sont les armes des Touareg libres et nobles; les serfs, qui accompagnent volontiers leurs maîtres au combat, ne doivent avoir d’autres armes qu’un poignard et une lance en bois .

 

 

 

Le plus ordinairement ces armes sont de fabrication indigène; elles sont l’ouvrage des forgerons formant, comme dans certains Etats de l’Afrique centrale fondés par les Berbères, une classe fort estimée et qui vient immédiatement après les nobles.

 

Les vastes et dangereuses solitudes du Sahara ne comportent pas la guerre de fantassins. Aussi les Touareg sont toujours montés, non sur des chevaux qui sont assez rares, mais sur des chameaux et leurs chameaux de guerre sont des méharis, des coureurs aussi légers, aussi vifs que les chameaux porteurs sont lents et lourds. Sur ce coursier de guerre rapide et robuste, le Targui emporte tout un attirail assez considérable ; à droite et pouvant être couvert par le bouclier, un grand sac en cuir renfermant les armes et les munitions ; à gauche un autre sac aussi en cuir et contenant, dans des compartiments distincts, de la farine, du tabac à fumer et à chiquer, des pipes, du natron (nitrate de soude), etc., etc. Enfin des outres en peau tannée contiennent l’indispensable provision d’eau.

 

 

Un motif favori de l’ornementation targuie, motif que les Touareg reproduisent sur leurs objets fabriqués, partout où la chose est possible et particulièrement sur leurs boucliers , est la croix le plus ordinairement à branches égales et pas toujours encerclées. On sait que cette figure très répandue dans le monde antique, avant le christianisme, symbolisait ordinairement le soleil et on a pu constater qu’elle était d’un usage fréquent dans l’ornementation de l’ancien Mexique. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 
 
 



Deux Symboles de la Résistance Berbère à la conquête Arabe

20102018

Aksel (Koceila) & Dihia (Kahéna)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’établissement éphémère et chancelant des Byzantins en Afrique n’avait d’autre appui que l’armée ; or l’armée romaine de cette époque, indigne du grand nom qu’elle portait encore, ne se composait plus guère que d’aventuriers recrutés à prix d’or chez tous les peuples barbares. Les généraux, mercenaires eux-mêmes, étrangers à tout sentiment patriotique, ne reculaient, pour satisfaire leur soif de pouvoir, ni devant l’assassinat de leurs rivaux, ni devant l’alliance avec les ennemis de l’empire. Aussi, voyons-nous au bout de peu d’années Iabdas, rentré dans ses Etats, soutenir les prétentions d’un général révolté contre Constantinople, et plus tard le patrice Grégoire constituer un royaume indépendant dans le sud de la Tunisie actuelle. 

 

 

 

 

 

 

Deux Symboles de la Résistance Berbère à la conquête Arabe dans Histoire 1537100306-aksel2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La décadence dans laquelle étaient tombés les descendants dégénérés des Romains était assez profonde pour les rendre incapables d’opposer aux Arabes une résistance sérieuse. Ce furent les tribus indigènes qui luttèrent pour leur indépendance avec la même vaillance et la même énergie qu’elles l’avaient fait jadis contre les armées de Rome. Sous le commandement du Byzantin Grégoire , elles soutinrent près de Suffetula le choc des troupes musulmanes. Cette première incursion des Arabes n’était qu’une simple razzia. L’invasion ne prit un caractère permanent qu’après la fondation de Kaïrouan, qui devint le quartier général des vainqueurs. Le général Abou-el-Mohadjer partit de cette ville vers 680 pour achever la conquête du Maghreb. Sur sa route, il se heurta à la tribu libyenne des Aoureba qui occupait les plaines des Zibans et la partie occidentale des Aurès. Si l’on en juge par les récits des historiens arabes, ces indigènes étaient imprégnés de la civilisation romaine au point d’être confondus avec les Romains qui habitaient encore le sud de l’ancienne Numidie. Une grande bataille se livra près de la ville d’Erba. Le chef, qui avait organisé la résistance, Koceila, fait prisonnier, fut contraint d’embrasser l’islamisme. La plupart des Romains périrent en combattant ; ceux qui survécurent abandonnèrent le Zab et allèrent probablement chercher un refuge dans les Aurès. L’illustre Okba-ben-Nafa, qui avait pris le commandement de l’armée musulmane, continua la campagne, traînant à sa suite l’infortuné Koceila, qu’il abreuvait d’outrages et d’humiliations ; il vola de victoire en victoire jusqu’aux rivages de l’Atlantique et ne s’arrêta qu’au bord de l’Océan, en prenant le ciel à témoin que la terre manquait à ses exploits. Mais à son retour il commit l’imprudence de se séparer de son armée et d’aller reconnaître avec une poignée d’hommes les forteresses environnant les Aurès qui ne s’étaient pas encore rendues. Il trouva tout le pays en armes ; Koceila, qui s’était échappé du camp musulman, s’était mis à la tête du mouvement. Le général arabe, voulant racheter sa faute par sa vaillance, se lança courageusement à l’assaut du village fortifié de Thouda ; il y périt avec tous ses compagnons. On montre encore son tombeau dans l’oasis qui porte son nom à peu de distance de Biskra. 

 

 

Koceila, que cette victoire fit acclamer chef de toutes les tribus berbères, poursuivit ses succès, s’empara de Kairouan, et délivra l’Afrique du joug musulman. Pendant cinq ans son autorité fut reconnue dans toute la partie orientale du Maghreb, dans laquelle il fit régner la paix et la justice. 
Mais une nouvelle invasion se préparait. Le général Zoheir-ben-Kaïs arriva à la tête d’une nombreuse armée. Koceila tenta de lui barrer la route et, avec ses fidèles Aoureba, il livra bataille aux Arabes à Mems, près de Sbiba, dans la Tunisie actuelle. Le héros de l’indépendance berbère y trouva la mort et son armée se débanda. 

 

 

 

 

 

 

Les Berbères étaient vaincus mais non domptés. La vieille race libyenne avait noblement accompli son devoir 
durant les premières luttes contre les musulmans. Pendant la période suivante, le même rôle patriotique fut rempli par les Zénatas, qui occupaient depuis plusieurs siècles le nord et l’est des Aurès, où ils avaient fondé un État prospère depuis l’effondrement de la puissance romaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
1537100306-dihia2 dans Histoire
 

 

 

 

 

 

 
Koceila mort, ce fut une femme qui releva le drapeau de l’indépendance africaine. Dihia ou Damia, qui gouvernait la tribu zénatienne des Djeraoua, fut mise à la tête de la confédération berbère. La vie de cette femme de génie, qui exerça sur ses compatriotes une influence extraordinaire, mérite d’être mieux connue qu’elle ne l’est en général du public. « Il est temps, dit avec raison M. Mercier, de restituer à cette héroïne la place qu’elle doit occuper dans l’histoire à côté des femmes qui se sont illustrées par leur courage et leur dévouement à la patrie, y De religion juive, comme la tribu à laquelle elle appartenait, elle portait le surnom de Kahéna , la prêtresse, que ses ennemis les Arabes avaient traduit par « la Sorcière ». 

 

 

 

Les légendes nationales ont entouré sa jeunesse de récits merveilleux. Douée d’une grande beauté, elle était recherchée en mariage par les chefs les plus puissants, et repoussa les offres d’un jeune homme que son caractère cruel et ses habitudes de débauche lui rendaient particulièrement odieux. Son père, chef suprême de la tribu, étant mort, ce fut ce prétendant évincé qui lui succéda. Il fit peser sur ses sujets la plus insupportable tyrannie, allant jusqu’à exiger de toute jeune fille qui se mariait ce que l’on appelait au moyen âge le droit duseigneur. La Kahéna forma le projet de délivrer son peuple du monstre qui l’opprimait. Elle annonça son mariage avec un fiancé digne d’elle, et le jour des noces se rendit auprès du tyran, qui se réjouissait déjà de goûter le triomphe si longtemps désiré. Nouvelle Judith, elle lui plongea un poignard dans le sein. La libératrice fut immédiatement nommée reine par ses compatriotes reconnaissants. Mais le patriotisme de la Kahéna ne se trouva pas satisfait d’avoir rendu la liberté à sa tribu. Il fallait maintenant la conduire au combat contre l’envahisseur musulman. Elle prit une part active au soulèvement qui coûta la vie à Okba, et après la mort de Koceila, ce fut vers elle que se tournèrent toutes les tribus berbères qu’elle parvint à réunir en un faisceau. Le général arabe Hassan, qui venait de détruire une dernière fois Carthage (693), se dirigeait avec une nombreuse armée vers les Aurès. La Kahéna marcha à sa rencontre. Ce fut dans la grande plaine qui s’étend au nord des montagnes que le combat eut lieu, sur les bords de l’oued Nini, à quelques kilomètres de l’endroit où s’élève aujourd’hui la ville d’Aïn-Beïda. Les Berbères, électrisés par le courage de leur reine, remportèrent une éclatante victoire et forcèrent les Arabes à s’enfuir jusqu’en Tripolitaine. 

 

 

 

 

 
La Kahéna, instruite par l’expérience du passe, comprit que les musulmans vaincus reviendraient en plus grand nombre. Elle résolut de rendre leur retour inutile en ruinant toutes les villes dont les richesses pouvaient tenter leur cupidité, et elle donna l’ordre de tout détruire dans la plaine et d’entourer ses montagnes d’un désert, qui serait la barrière la plus efficace à opposer aux envahisseurs . Malheureusement pour l’Afrique, cette exaltation sublime de patriotisme ne fut pas comprise des Berbères, qui ne parvinrent jamais à s’élever jusqu’à la notion d’une nationalité commune réunissant toutes les tribus établies sur le même sol. Ils ne virent que le dommage momentané que leur causaient les ordres de la Kahéna, et dès lors se détachèrent en grand nombre de sa cause. Les Arabes furent bientôt instruits de la situation du Maghreb. Un jeune musulman nommé Khalid ibn Yazid (neveu de Hassan) , fait prisonnier dans un combat, et que la Kahéna avait adopté, comblé de bienfaits et élevé avec ses propres fils, faisait passer à ses compatriotes des avis secrets.  

 

 

 

En l’an 703, le général Hassan, à la tête d’une armée nombreuse, tenta de nouveau la conquête des Aurès. Il se dirigea en ligne directe vers la montagne par Gabès et Gafsa, et y pénétra probablement par le versant méridional. A la nouvelle de son approche, la Kahéna appela les Berbères aux armes. Cette fois sa voix ne fut pas écoutée; de rares contingents répondirent seuls à ses appels désespérés. L’héroïne comprit alors que c’en était fait de l’indépendance de son pays. On l’engageait à prendre la fuite ; elle repoussa ces lâches conseils, et, réunissant ses derniers fidèles, elle se prépara à périr dignement. Toutes les amertumes lui étaient réservées ; après avoir vu le peuple berbère l’abandonner au moment de la lutte suprême, elle eut la douleur de voir son fils adoptif la trahir au dernier instant. Khalid eut l’ingratitude de passer à l’ennemi et de guider lui-même l’armée musulmane à la rencontre de sa bienfaitrice. Les fils de la Kahéna, désespérant de la victoire, se rendirent avant la bataille et embrassèrent l’islamisme (1). La Kahéna attendit probablement l’armée musulmane au centre de ses montagnes, dans quelque guelaa où elle avait concentré tous ses moyens de défense. Le combat fut longtemps indécis, mais la supériorité du nombre donna la victoire aux Arabes. La Kahéna tomba glorieusement les armes à la main. Hassan décapita son cadavre et envoya sa tête au khalife de Bagdad. Avec cette femme héroïque succomba l’indépendance berbère (2)

 

 

 

 

Ce n’était pas assez d’avoir vaincu les habitants des Aurès ; il fallait s’assurer leur soumission pour l’avenir, et dans ce but les convertir à l’islamisme. Le général arabe en fit un épouvantable massacre, et pour être certain de la fidélité des survivants, il en incorpora 12,000 dans son armée. Ce premier contingent attira par la suite de nombreuses recrues. Les fils de la Kahéna reçurent le commandement de ces Berbères devenus les soldats du Prophète. Ces Zénatas émigrés dans « l’Extrême-Occident », comme les Arabes appellent le Maroc, prirent une part active à toutes les guerres religieuses ou dynastiques qui ensanglantèrent l’Afrique du Nord. Ce furent eux qui firent la conquête de l’Espagne, et qui tentèrent celle de la France, où Charles Martel arrêta leur invasion à Poitiers. 

 
Cependant les, habitants des Aurès n’avaient pas tous embrassé l’islamisme, ou s’ils avaient paru, sous la pression de la nécessité, accepter le Coran, ils s’étaient hâtés de revenir à leurs anciennes croyances après le départ des envahisseurs. Ce ne fut que deux siècles plus tard qu’ils se convertirent définitivement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1):Les historiens arabes prétendent que ce fut d’après les conseils de leur mère. Mais il est permis de mettre en doute la véracité de cette assertion, contre laquelle proteste la vie tout entière de la Kahéna. 

 

 

 

 

(2): Le capitaine Wolf, commandant supérieur du cercle de Khenchela, a recueilli parmi les Chaouïas une intéressante légende, de laquelle il résulterait que la Kahéna avait une fille nommée Mechoucha, douée, comme sa mère, du don de prophétie, qui partagea ses luttes contrôles envahisseurs arabes, et qui continua la résistance après sa mort, enfermée dans la guelaa qui domine le mont Djafaa. 

On y trouve une ruine berbère qui porte le nom à’Enchir-Mechoucha. D’après l’éminent officier, plusieurs tolbas affirment, contrairement à l’assertion formelle d’Ibn-Kaldoun que la Kahéna était chrétienne. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Mesures coloniales de répression contre la Kabylie (1857)

10092018

 

 

 

 

 

Mesures coloniales de répression contre la Kabylie (1857)  dans Histoire 1531483529-s-l1600

Soumission des Tribus Kabyles 1857

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici les contributions de guerre qui ont été imposées aux tribus pendant l’expédition de 1857 :

 

 

 

 

 

 

 

1531485374-request-001 dans Histoire 

Pour voir l’image en taille réelle: Clique droit<< Ouvrir l’image dans un nouvel onglet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A ces fonds s’ajoutait un reliquat de 20,000 francs de la contribution de guerre de 1856 et des amendes frappées dans le cercle de Sétif.

 

Indépendamment des contributions de guerre ci-dessus détaillées, une amende spéciale a été imposée à la tribu des Illoula-Açameur pour les motifs indiqués dans la lettre ci-après, du 11 juillet 1857, adressée par le maréchal Randon au général Maissiat :

 

« Depuis le commencement de mes opérations et des vôtres les Moula Açameur se sont gravement compromis et je ne crois pas devoir laisser sans punition une telle conduite.  Nous les avons eus devant nous à l’attaque du 24 mai; je les retrouvé a Icheriden, a Aguemoun-Izem ; ils ont des tués et des blessés dans votre ascension au col de Chellata, ils prennent part aux affaires des Mzegguen et d’Aït-Aziz; partout enfin les Moula Açameur, s’abritant derrière l’espérance d’une haute intercession, prennent une part active à la révolte.

 

Je vous prie de vous renseigner d’une manière précise sur la culpabilité de cette tribu dont le mauvais esprit me semble manifesté et je vous autorise a exiger d’elle un otage par Kharouba et le paiement d’une amende de guerre calculée en bloc pour chaque village et sur la base de 50 francs par fusil.

 

Les otages devront être livrés sans délai et l’amende s’augmenterait de tous les frais qu’auront entraînés leur détention. C’est un moyen de les obliger à se libérer promptement ». 

 

 

 

 

L’amende collective imposée en exécution de ces ordres s’éleva à 38,000 francs : pour hostilité manifesté et pour avoir tiré sur des convois de ravitaillement. Les Ouzellaguen ont été punis pour des motifs analogues d’une amende collective de 19,000 francs.

Le produit des contributions de guerre a été employé de la manière suivante :

Travaux de construction et d’installation exécutés par le génie à Fort-Napoléon, Dra-el-Mizan et Tizi-Ouzou……..1.216.370 95

Travaux de route, ponts de l’Isser et de l’oued Bougdoura……..528.300

Alloué pour la maison du bachagha construite dans le village indigène de Tizi-Ouzou………18.000

Le reste a été employé en indemnités diverses.

 

 

 

 

 

La mesure du séquestre a été appliquée à certaines collectivités et à des indigènes qui s’étaient particulièrement compromis dans l’insurrection.

 

Un arrêté du 20 février 1857 du gouverneur général a rendu définitif le séquestre qui avait été apposé provisoirement sur le territoire de la tribu des Mechtras et sur les biens particuliers des indigènes de cette tribu désignés dans un état nominatif qui comprend 212 noms. Les biens d’un indigène de cette tribu, Si Mohamed Arezkei « qui a toujours servi le drapeau de la France » ont seuls été  exemptés du séquestre (1).

 

 

 

 

Un arrêté du 20 février 1857 a frappé du séquestre la totalité des biens possédés par un certain nombre d’indigènes de l’annexe des Beni-Mançour désignés dans un état nominatif dont nous donnons seulement la récapitulation.

 

 

 

 

 

 

Tribus

Nombre

Cheurfa

Beni-Mançour

Sebkha

Mecheddala’

Beni-Yala

Beni-Aïssi

Totaux

D’indigènes               D’hectares               D’oliviers

80                                      70                             4.080

12                                       18                               480

3                                            2                                10

7                                            6                                80

42                                       740                               60

1                                            1                                25

145                                    824                             4735

 

 

 

 

 

 

Ces mesures de séquestre ont été annulées par la décision impériale du 14 décembre 1858 ordonnant la mainlevée.

 

 

Enfin, l’arrêté du 20 juin 1857 a mis le séquestre sur les biens du bachagha Si El Djoudi et de son fils Si El-Hadj Ahmed.

 

 

 

 

 

 

 

 Sort fait aux principaux chefs de l’insurrection 

 

 

 

Si El-Hadj Amar, Si Seddik ben Cheikh ou Arab et ses frères, Si Mohamed Taïeb frère de Lalla Fatma N’soumer et les autres membres de la famille ont été autorisés à vendre leurs propriétés; les premiers étaient en outre autorisés à aller s’établir à l’étranger dans un pays musulman.

 

 

Si El-Hadj Amar alla se fixer à la Mecque avec sa femme et le fils de Bou Ba’rla ; il y est mort obscurément.

 

 

Si Seddik ben Cheikh ou Arab, Si El Adjemi ben Cheikh ou Arab et Si Ahmed Sr’ir, après avoir été détenus quelque temps en France, furent autorisés à se fixer à Tunis.

 

 

Lalla Fatma fut internée à Tablât à la zaouïa de Si Tahar ben Mahi ed Din, bachagha des Beni-Sliman, avec ses frères Si Tahar ben Ahmed ou Mezian, Si Mohamed, Si Chérif, Si el Hadi et les autres membres de sa famille, formant en tout une trentaine de personnes.

 

 

La prophétesse du Djurdjura n’y fut pas oubliée par les Kabyles qui allaient en grand nombre pour la visiter ; on a compté jusqu’à 300 pèlerins dans une seule journée.

 

 

La famille de Lalla Fatma et en particulier Si Tahar ou Taïeb n’a pas cessé d’adresser à l’autorité supérieure ; des réclamations contre la spoliation dont elle prétendait avoir été victime au mépris de la parole donnée. Elle donnait comme montant de ses pertes, cent mille francs en argent et bijoux de femme d’un grand prix, 82 bœufs, 10 mulets, 270 moulons, 50 fusils et 160 livres arabes d’une grande valeur.

 

 

Si Tahar est mort en 1861 ; quant à Lalla Fatma, elle a succombé en septembre 1863 à une inflammation du bas ventre qui a déterminé l’enflure et la paralysie des jambes.

 

 

La famille a fait l’acquisition, à des colons, d’importantes concessions de terrains à Bordj-Menaïel et à Dra- el-Mizan.

 

 

 

L’ex-bachagha Si el Djoudi demanda à s’établir en Syrie avec sa famille; il est mort à Jaffa en 1863.

 

En 1865, le séquestre mis sur les biens de Si el Djoudi ; et de son fils Si el Hadj Ahmed fut levé et ce dernier fut autorisé en 1866 à rentrer en Algérie ; Si Ali ou el Djoudi, deuxième fils du bachagha, était mort cette même année à Damas.

 

L’ex-bach-agha avait eu en exil un troisième fils nommé Si Mohamed, qui alla habiter avec sa mère dans la tribu des Mecheddala.

 

 

Quant à Ben Ali ou Amar Naït Kassi et à El Hadj Ahmed Nali ou Hammou, les promoteurs de l’insurrection des Ameraoua en 1856, ils profitèrent de l’amnistie qui suivit la soumission de la Kabylie, le premier retourna à Tunis et le second se fixa dans les Isser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Si Mohamed Arezkei a épousé Sadia bent Hammou ou Bali sœur d’une des femmes du chérif Bou Ba’rla.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Grandes Personnalités ayant visité El-Bayadh (Géry-ville)

23062018

 

 

 

 

 

La ville, par sa composante multiraciale et la venue de la légion étrangère qui s’est installée, a drainé des contingents de diverses nationalités. A cela il faut ajouter qu’au milieu et à la fin de la deuxième guerre les prisonniers qui sont capturés furent emmenés dans la ville et particulièrement des officiers allemands. En décembre 1944 il y avait dans le camp de Géry-ville 875 officiers allemands et 135 soldats simples. On trouvait dans la ville alors des arabes, des français, polonais, hollandais (un Di lippe mort en 1943 d’une famille royale), allemands (un neveu de l’empereur), espagnols, portugais, autrichiens et italiens comme le chef chantier de la commune. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mort du neveu de l’Empereur d’Allemagne

 

 

Voici ce qu’on lit dans la revue l’illustration de samedi 13 juillet 1913 dans un article publié par son correspondant de guerre sur la légion étrangère : Ce qu’on appelle en France le grand public ne soupçonne pas l’incroyable diversité d’origine, d’éducation, de situation sociale de ces hommes. Par suite de circonstances exceptionnelles on apprend, un jour, par exemple, que le légionnaire de 2e classe Muller, mort à l’hôpital de Géry-ville, est bel et bien le cousin de l’empereur d’Allemagne. Un Hohenzollern ! « Quand ce sera fini, dit-il à son capitaine, qui est venu le voir sur son lit d’agonie, je vous prie de regarder sous mon traversin, vous y trouverez un portefeuille et des papiers constatant ma véritable personnalité ; mais, d’ici là, permettez-moi de mourir en paix. » Et cet évêque, que je trouvai en fraction devant le quartier général de la division d’Oran, aux grandes manœuvres du 19e corps, en 1894 ! Les Hohenzollern  sont une famille qui a gouverné l’Allemagne et la Prusse depuis plusieurs siècles. L’empereur allemand à cette époque était en fait Guillaume II. Voila ce que raconte une autre version : une épidémie de typhus en Algérie fit de nombreuses victimes et, parmi elles, un légionnaire fort réservé et d’une parfaite distinction. Son commandant de compagnie, le capitaine Mérolli, qui recueillit son dernier soupir, apprit de sa propre bouche alors qu’il était prince de Hohenzollern, cousin de Guillaume II et général de division allemand. Prévenu, le Kaiser envoya dans le port d’Oran un croiseur pour récupérer la dépouille de ce prince du sang de la Maison de Prusse. 

 

 

 

Le journal « le progrès » de bel-abbès raconte la version suivante : il y a environ quinze années, un jeune Allemand, grand, frêle et blond, s’engagea au 2ème Etranger, I sous le nom d’Albrecht Nordemann. Il était inconnu, pauvre, triste, silencieux et mal portant. Dix mois il vécut, parmi les légionnaires de Géry ville, qui, pris de pitié pour sa faiblesse, firent pour lui toutes se corvées, le soignèrent, et le dorlotèrent comme on fait à un enfant qui ne doit pas vivre bien vieux. En effet, un an ne s’était pas écoulé, que ce Nordemann mourrait de phtisie, en remerciant, larmes aux yeux, ces officiers, ces médecins, ces soldats de la Légion, d’avoir, comme des frères attentifs, distrait et soulagé ses dernières heures. Cependant, huit jours après sa mort, un vaisseau de guerre allemand, pavillon en berne et canons tonnants, vint prendre la pauvre dépouille. Car ce petit, dont le dernier mot et la mort même furent un témoignage d’amitié et de gratitude pour notre Légion étrangère, ce pauvre petit, c’était Albert Frédéric, prince de Bade, cousin germain de votre Empereur. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visite du ministre de la guerre 

 

 

Le ministre de la guerre du gouvernement français a fait une visite à Géry-ville. Il a été accueillit par une foule devant le monument aux morts ou se trouve actuellement la maison de la culture – bien curieuse coïncidence entre mort et culture – par quelques colons et certains autochtones. Il s’agissait vraisemblablement de l’année 1913. Il fut ministre pendant l’année 1906 et en 1913. A côté de ce monument se trouvait l’ancien commissariat de police français et le café « de bordeaux ». En bas on signale un Bar devant lequel se trouvaient deux grands muriers qui donnaient des fruits noirs très sucrés. Eugene Etienne était président du parti colonial et député des colons. On voit sur la photo prise à l’époque quelques autochtones avec leurs djellabas ainsi que des colons autour de la voiture du ministre qui est en train de descendre. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grandes Personnalités ayant visité El-Bayadh (Géry-ville) dans Histoire 1523269579-arrivee 

 Géryville: arrivée de M Etienne ministre de la guerre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visite du gouverneur Lutaud 

 

 

Il s’agit du gouverneur civil Lutaud qui fut gouverneur d’Algérie de 1914 à 1918. Il fit une visite dans le sud et à Géry ville probablement vers 1917. Il y a une photo de cette visite montrant des gouarires avec leurs fusils de barouds et leurs gilets souhaitant la bienvenue à l’hôte de la ville qui va présenter un rapport plus tard à Alger sur la situation du sud. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1523269225-arrivee dans Histoire

 Géryville – Arrivée de M. Lutaud, gouverneur générale (pour général) de l’Algérie (avec très jolie animation) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ibn-Badis 

 

 

Le fondateur de l’association des ulémas musulmans est venu de Constantine à El-Bayad en 1933 et avait fait un prêche à la mosquée rustique qui est la plus ancienne de la région et se trouve à la place sidi Abdelkader au centre de la ville. Parmi les mots qui sont retenus par la population l’alem a dit qu’il sentait l’odeur du baroud de ces montagnes. Ibn-Badis a créé aussi le journal chihab. Parmi les anciens membres de l’association on cite principalement l’imam de la mosquée antique Taieb Badaoui bien connu dans la région ainsi que bahous bounoua. C’est bien malheureux qu’on ne trouve pas dans les archives les étapes cette visite. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imam de Médine 

 

Parmi les visiteurs de marque on peut citer avant le début de la guerre celle du Moutawef et Serviteur de la grande Mosquée de Médine, ville du prophète que la paix soit sur lui. Cet Imam s’appelait Cheikh Errifai. Il a fait ses prières dans la mosquée Bilal de centre ville. Il est venu chez les Ouled Moumen qui vivent juste sous le versant Est du mont Bouderga. Lors de son passage entre Bougtob et Kef l’Ahmar et suite à une panne sur la route, un bédouin les invita et leur fit un thé. Il emmena sa bouilloire et alluma un feu avec des crottins séchés de brebis.Le Cheikh en voyant les crottins en flamme eu peur que la fumée n’altère le gout de l’eau et par conséquent du thé. Le bédouin très espiègle compris se qui se passait dans sa tête et lui dit : Cheikh, jamais un pur –horr- n’est altéré par un bâtard –barhouche-Quant il fit un prêche dans la mosquée il dit aux gens qu’un bédouin d’Algérie m’a donné une leçon que je connaissais pas et leurs raconta l’histoire. 

La philosophie de cette histoire c’est que le cheikh a voulu faire passer un message de ce qu’il a compris lors de son voyage dans la région : le peuple algérien pur par son islam ne sera jamais altéré par les années de colonisation. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’écrivain Guy de Maupassant   

 

 

 

Le romancier français est venu en 1881 à Géry-ville comme reporter d’un journal qui s’appelait le gaulois. Il est resté plusieurs jours entre Saïda et El-Bayad pour couvrir la révolte du cheikh Bouamama. 

Il est né en août 1850. Maupassant est élevé pas sa mère, passionnée de littérature. Un autre auteur Gustave Flaubert aida Maupassant à devenir écrivain en lui donnant des conseils. Après le succès de ses livres intitulés Boules de Suif en 1880, et de  La Maison Tellier publié en 1881 Maupassant abandonne son emploi dans un ministère et se consacra à l’écriture. Il publia des recueils de nouvelles, des romans. Il meurt en juillet 1893. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur Roger Duvollet  

 

 

Le Père Roger Duvollet est né à Vesoul dans la Haute- Saône le 27 août 1911. Il est venu comme missionnaire des pères blancs en Algérie. Il vécu à El-Bayad de 1940 à 1945 en entamant quelques séjours à Alger et en Tunisie. Il était en relation avec les scouts. Bien connu au Sahara, il parlait l’arabe couramment. C’est un auteur de 24 tomes sur ses mémoires et l’histoire du désert. Il a édité un livre intitulé : proverbes et dictons arabes en 1980. Parmi ses écrits on peut citer à titre d’exemple : Brise d’Algérie et Sirocco du Sahara Ainsi furent Algérie et Sahara ; Visages et Paysages d’Algérie et Sahara ; Mon pays : Mieux que Damas et Soie écarlate ; Vu et entendu en AlgérieTunisie et SaharaRayon de soleil de l’Algérie et du Sahara . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Gouverneur d’Algérie Naeglen 

 

 

La ville avait aussi vue la visite du gouverneur général d’Algérie en 1940 et du ministre gouverneur de l’Algérie Naeglen en 49. Ce dernier était chargé de faire des élections dans le pays mais il y eu une grande fraude ourdie par les colons. Cette visite eu lieu le mois de mars 1949. Voici ce que dit l’administrateur civil de la commune de Géry-ville : c’était jour de fête, les maisons étaient pavoisées et les fenêtres garnies de teintures multicolores. Un grand arc de triomphe voûté d’alfa et aux couleurs tricolores avait été dressé à l’entrée de la place centrale. Le sol était recouvert de somptueux tapis djebel amour et dehors des cavaliers en montures impatientes. Alignés devant l’église, des nomades venus du sud pour saluer le grand Hakam du haut de leurs méharas dédaigneux. Les enfants des écoles venus avec leurs maîtres prêts à agiter leurs petits drapeaux. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Archevêque Mercier 

 

 

Il s’agissait de l’évêque du Sahara, région qu’on nommait « le plus grand diocèse du monde » pas sa grande superficie. Il était appelé le grand marabout blanc par les Musulmans, Mercier fut nommé le 8 Décembre 1948 vicaire apostolique du Sahara et évêque de Celerina.  A cette époque on recensait seize mille chrétiens groupés dans 150 oasis. Il portait une chéchia rouge, un burnous. Il effectue des visites dans les campements des petites sœurs de Jésus qui vivent sous la tente dans le désert comme dans la région d’el-abiodh Sid Cheikh. Ce grand marabout visita Géry-ville plusieurs fois car il était piloté par le Père Harmel de l’église de la ville et était aussi un ami du docteur Gabillon. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Khalifes de la voie soufie « Tijania »: 

 

 

De part l’existence de mourides, Moqadem et la ville de Bousemghoune lieu de résidence et recueillement du grand maître de la voie soufie tijania, les khalifes ont eu pour habitude de passer par la ville d’El-Bayad au mois d’octobre de chaque année. Ils se déplaçaient pour visiter Chellala et la kheloua tijania de Bousemghoune. Ils avaient beaucoup d’amis ahbab de la voie dans les tribus des trafis. 

Parmi les représentants de la zaouia on cite : Sid el Bachir khalife de 1896 à 1910, Si Allal Tidjani khalife de 1910 à 1919, Si Mohamed El-Kebir khalife de 1919 à 1931 ; Si Mahmoud : khalife de 1931 à 1934, Si Taieb Tidjani : khalife de 1934 à 1973. C’est la voie soufie qui ouvrit la porte à l’islamisation du grand Sahara et de l’Afrique . Il faut noter aussi les visites régulières de Si Mohamed ben bahous de la zaouïa de sekhouna mort en 1954 et qui réalisa une zaouia à mouahdi dans la région de Rogassa. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Messali Hadj  

 

 

Père incontesté du nationalisme algérien, Messali Hadj créa le parti du peuple et était considéré par les colons comme agitateur et pro nationaliste. Après interdiction de son parti, il fonde le mouvement MTLD. Il fit une tournée au sud ouest avant les élections de 1947. Il avait comme candidat du « sud » Baki Boualem de Géry-ville. C’est vers le mois de mars 1947 qu’il est venu sous escorte policière dans un convoi de DS 15 cv. Il fit Aïn ouarka ou il passa la nuit, Bousemghoune et El-Bayad. Dans la ville, il est venu près de l’hôtel Vincent et fut hébergé chez Ziaro. Il s’agissait probablement d’un sympathisant du parti communiste qui était en bons termes avec le PPA. Il y avait dans le bourg beaucoup d’adeptes messalistes et nationalistes comme la famille Lekbir, qui vivait juste à côté de l’hôtel des Vincent, et presque tous les intellectuels arabes de la ville. Parmi les nationalistes il y avait les frères Lekbir Ahmed et Driss. Ce dernier fut emprisonné pour ses idées, jugées par les colons, trop nationalistes. Il représentait le mouvement pur et dur du parti du peuple. 

 

 

 

 

 

 

 

 

1523268700-hotel 

Geryville – Hotel Vincent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le médecin du Sultan du Maroc 

 

 

Ce praticien est né en 1850 à Limeuil. Son père médecin, l’envoie faire ses études à Paris. Il est affecté comme médecin dans les hôpitaux d’Oran puis auprès du Bureau Arabe de Géry ville. C’est là qu’il apprend l’arabe et qu’il devient « arabophile » comme il le disait lui-même. En 1877 il va au Maroc lors de la création de la Mission militaire française. A Oujda il soigne la population, les soldats des garnisons marocaines et écrit un rapport avec une description du Tafilalet.  

Lors de son affection en qualité de médecin en 1876 à Géry ville, il disait : auprès du Bureau Arabe, au milieu d’une population composée d’indigènes ; c’est dans cette petite ville, que je devins arabophile. En effet, à partir de cette date il se livre à l’étude de la langue arabe et de ses dialectes, se mêle de très prêt aux arabes de la ville, entre en conversation avec eux et les écoute avec attention en leur donnant des soins. En 1879 il est transféré à Rabat où il se fait une bonne réputation et sa consultation est très bien suivie. En 1882 une épidémie de variole se déclare et le médecin se dépense avec dévouement. 

 

 

On dit que cette année là deux femmes du harem du sultan tombent malade et Linares est chargé de leurs soins, ce qui lui vaut d’être introduit au Palais et jouissait de la confiance du Sultan. Le ministre de France à Tanger, lui rend un vibrant hommage et on lui décerne la Légion d’honneur.

Il part alors en congé en France où il apprend la mort du Sultan en juin 1894. Il est alors renvoyé porteur d’une lettre du Président au nouveau Sultan. Il fut le premier ambassadeur français qui fut accrédité au royaume. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1523268919-vaccination 
Sahara Sud Oranais Bresina à 95 kms de Geryville Seance de Vaccination Medecine Prevention

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jules Verne

 

 Le grand écrivain et futuriste français raconte une traversée de la vallée de Géry ville en ballon en 1886. Voici ce qu’il dit dans le chapitre 12 de son livre intitulé « robur le conquérant » : Voici quel fut l’itinéraire de la journée du 8 juillet: Vue de la petite bourgade de Géry ville, créée comme Laghouat, sur la limite du désert, pour faciliter la conquête ultérieure du Sahara. – Passage du col de Sitten, non sans quelques difficultés, contre une brise assez violente. Traversée du désert, tantôt avec lenteur, au-dessus des verdoyantes oasis ou des ksour, tantôt avec une rapidité fougueuse qui distançait le vol des gypaètes. Plusieurs fois même, il fallut faire feu contre ces redoutables oiseaux, qui, par bandes de douze ou quinze, ne craignaient pas de se précipiter sur l’aéronef, à l’extrême épouvante de Frycollin. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier ministre de Madagascar   

 

 

Comme signalé, le premier ministre de reine de l’île de Madagascar à été mis en résidence surveillée par le gouvernement français à Géry ville vers le 10 mars 1896. Il fut destitué fin 1895 par les militaires français et son pays colonisé. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le gouverneur militaire de Paris 

 

 

Il s’agit du Général Moinier qui viendra en compagnie de sa femme pour assister aux fastes courses de Géry ville avant le début de la première guerre mondiale. Il représentait le gouverneur général qui se trouvait à Paris et qui adressa une lettre aux participants en 1913 : Monsieur le Gouverneur Général nous a fait l’honneur de nous adresser la dépêche suivante: « Retenu à Paris, vous exprime, ainsi qu’au commandant supérieur, aux officiers et au bachagha et aux chefs indigènes mes vifs regrets de ne pouvoir assister aux fêtes de Géry ville. Nous les remercions de ce souvenir et des bienfaits sans nombre dont les indigènes gardent une reconnaissance particulière dans leur cœur. MON GÉNÉRAL, Je vous demande la permission d’exprimer en quelques mots la pensée de tous. Nous vous remercions du fond du cœur d’être venu présider la grande fête qui nous réunit aujourd’hui et de lui avoir apporté la sanction de votre présence et l’éclat de votre autorité. Je vous demanderai de vouloir bien en neue temps d’exprimer aux femmes gracieuses qui se trouvent à cette réunion, combien nous sentons vivement le charme de leur présence et si Madame Moinier, tout particulièrement, veut bien agréer que nous mettions à ses pieds cet hommage ému, reconnaissant et respectueux, rien ne manquera à notre joie. Nous offrons aussi à nos hôtes aimables et particulièrement au service des remontes, l’assurance de notre gratitude pour être venu jusqu’ici s’unir à nous dans le sentiment commun qui donnera à cette réunion un caractère de solennité. Je dirai au Commandant Supérieur, au bachagha, à tous les Coins du Cercle de Géry ville combien nous les remercions de l’empressement avec lequel ils ont répondu à notre fête, en rendra le souvenir inoubliable pour tous ceux qui y ont assisté. 

En donnant cette année aux courses un éclat exceptionnel, nous avions à Cœur d’apporter au Cercle de Géry ville qui est, à certains points de vue, le plus beau et le plus grand du Territoire, un témoignage de sollicitude et d’encouragement ; nous voulions l’associer à son tour aux efforts que nous avons fait depuis deux ans et qui ont porté au double, comme a bien voulu l’exprimer le bulletin de Commerce de la chambre d’Oran la prospérité économique de la région, au double également le transport des marchandises en chemin de fer qui, si nous le voulons, peuvent encore porter au double l’élevage du Territoire et la fortune correspondante. Le développement de cette prospérité et la mise rapide à la disposition de la métropole de ces ressources énormes par des moyens modernes sont indispensables. Ce sera en même temps garantir à la France la viande fraîche dont elle a besoin et apporter aux indigènes la richesse et le bien-être lux les aimeront mieux les devoirs à l’industrie pastorale ou se réunissent à la fois les intérêts de leur tradition et la douceur de leurs souvenirs ancestraux, qu’à toute autre entreprise économique. Quant à nous, nous devons aussi la préférer aux autres, car elle donnera aux deux races une nouvelle Communauté d’intérêts et les associera davantage pour une collaboration immédiatement souhaitable et réalisable, en attendant le rapprochement définitif des esprits et des cœurs. Mais en un jour se courses, vous me reprocheriez de sembler croire que cet élevage particulier doit être le seul à encourager.  

Ici, c’est plus encore l’élevage du cheval qui mérite notre sollicitude grâce aux efforts admirables au service des Remontes, malgré l’énorme demande qui s’est produite de tous côtés, ce pays a pu fournir à la fois les chevaux nécessaires à l’existence de l’Algérie et ceux qu’exigeait la Conquête du Maroc. 

C’est dire que les besoins sont immenses et que l’élevage sera longtemps une industrie féconde. Il y a dans le cercle des ressources sans nombre et une qualité de cheval sans égal. Je veux profiter de l’occasion pour encourager les habitants du cercle à multiplier leurs produits, assurés qu’ils sont des débouchés fructueux et immédiats« ….fin de citation de cette longue lettre adressée aux notables et spectateurs des courses hippiques de Géry ville.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  


 

 

 

 
    

 

 

 

 

 

  

 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 
 

 

 

 

 

 




La mort stoïque de Yahia agha

31032018

 

 

 

 

 

 La mort stoïque de Yahia  agha dans Histoire 1516546367-c-0qwa-xkaikid2

Hussein-Pacha, dey d’Alger, d’après le portrait communiqué par M. Florent Thierry, vice-consul de France à Alger. (1830-1831)

 

 

 

 

 

 

 

Louis Veuillot rapporte dans son ouvrage : les Français en Algérie, une histoire qu’il a entendu raconter par un Arabe à Blida : c’est la mort stoïque de Yahia agha, digne d’être comparée à celle de Socrate. 
 
 
 
 
 
 
Sous le gouvernement du dernier Dey, en 1827, Yahia était agha des Arabes, c’est-à-dire à peu près généralissime de la république, avec un plein pouvoir de vie et de mort sur toute créature en dehors des murs d’Alger. C’était un homme juste et bon, qui n’usait de son autorité, que pour punir les coupables et protéger les innocents.

 
Les Arabes le chérissaient; leur amour le rendit suspect : on l’accusa d’avoir conspiré. Rien n’était plus faux : néanmoins il tomba en disgrâce.

Fort de sa conscience, il ne daigna pas se défendre, et demanda seulement de pouvoir habiter Blida aussi longtemps qu’il aurait le malheur de déplaire à son maître. Ce qu’il désirait lui fut accordé, car Hussein avait assez d’amitié pour lui, et répugnait un peu à le faire étrangler sur une dénonciation que rien ne justifiait. Yahia partit ; ses ennemis le virent avec joie s’éloigner : il se mettait ainsi à leur discrétion. Bientôt ces perfides allèrent trouver le dey et lui parlèrent de la sorte :

O Effendi, Yahia t’a demandé la grâce d’habiter Blida ; il y demeure, et c’est surtout maintenant qu’il est dangereux. Personne n’ignore que toutes les tribus de la plaine et toutes celles de la montagne qui entourent cette ville, et Hadjoutes, et Beni-Salah, et Soumatra, et Mouzaïa, et toutes les autres lui sont dévouées. Que fera-t-il ? pour se venger, il en formera une troupe avec laquelle il viendra vous assiéger dans Alger. Il faut qu’il meure.  

 
Hussein les crut. Il fit venir son chaouch Hadj-Ali, qui avait été précédemment au service de l’agha, et lui dit :

 Prends une troupe d’hommes sûrs. Fais-toi accompagner du mezouard (officier de police faisant fonction de bourreau), et rends-toi tout de suite à Blida, en calculant la marche de manière à arriver pendant la nuit. Tu feras cerner par la troupe la maison de Yahia, et lorsque tu seras bien sûr que personne ne peut échapper, tu entreras avec le mezouard, vous saisirez Yahia et vous l’étranglerez. Voici mon firman. 

 
 
 
Aussitôt Hadj-Ali, le mezouard et plusieurs chaouchs, suivis d’une petite troupe de cavaliers résolus, se mettent en route. Cependant le secret n’avait pas été si bien gardé, que les nombreux amis de l’ancien agha n’eussent pu soupçonner quelque chose. On dit que Hadj-Ali, dont la triste contenance parlait assez haut, laissa échapper à dessein quelques paroles qui, sans le comprendre lui-même, révélaient le danger de son bienfaiteur. Un homme dévoué monta un excellent cheval, qui avait été dans les écuries de Yahia, et qui n’y avait reçu que de bons traitements; car Yahia, fidèle aux injonctions du Coran, était doux et miséricordieux envers les animaux et envers les hommes. Le cheval et le cavalier firent si
bien qu’ils devancèrent la troupe d’Hadj-Ali. La funeste nouvelle est donnée. On avertit Yahia que les bourreaux sont en route, qu’ils vont arriver, et on le conjure de chercher son salut dans une prompte fuite que chacun sera heureux de protéger, car il n’est personne qui ne consente à braver pour le sauver la colère du pacha. Il ne lui faut qu’une heure pour gagner les Beni-Salah ou les Beni-Menad. Une fois là, il peut se mettre en défense et marcher sur Alger. Certainement toute la plaine grossira son monde : il lui sera aisé de prendre la ville; et, en s’emparant de la première place de l’État, il se vengera d’un maître ingrat et cruel et de tous ses ennemis. Yahia ne répond que par un refus, disant qu’il veut attendre les ordres de son prince, et que, s’il est vrai qu’on songe à le priver de la vie, ce n’est pas une chose à laquelle il tienne tant, et qu’il saura bien mourir. Ni les raisons, ni les prières ne lui sont épargnées pour l’amener à changer de résolution : tout est inutile.

 
Cependant la nuit est venue. Ali, les chaouchs, le mezouard pénètrent dans la ville. Tandis qu’en silence ils cernent la maison, les fidèles domestiques de l’agha, sans consulter leur maître, s’empressent, en silence aussi, de la barricader. Cela fait, et d’autres dispositions étant prises, ils se présentent devant Yahia et tentent un dernier effort :

 

Seigneur, lui disent-ils, les bourreaux sont arrivés et ils entourent votre maison. Actuellement personne ne peut sortir d’ici; mais nous avons barricadé la porte, et personne ne peut entrer. Vous ne sauriez douter qu’on en veut à votre vie.

Je n’en doute pas, dit Yahia.

Vous n’avez, reprirent-ils, qu’un mot à dire pour la sauver. Du haut de la terrasse, nous avertirons un ami qui est prêt à se rendre dans les tribus : il leur fera connaître le danger où vous êtes, et, en moins de trois heures, elles seront ici, assez fortes pour vous délivrer : qu’elles puissent seulement voir un mot écrit par vous, elles vous emmèneront à la montagne. Si vous ne voulez pas faire la guerre au pacha, vous n’aurez qu’à rester tranquille chez ces amis fidèles, personne ne sera si hardi que de vous aller chercher. 

  
Yahia, sans changer de visage, leur répondit tranquillement : Ici ou ailleurs, connaissez-vous un lieu où je ne doive pas mourir un jour? Mais, si je m’enfuis, je mourrai comme un lâche, puisque j’aurai craint la mort, et comme un traître, puisque je me serai révolté. Plus tard, on me fera justice, et l’on dira ce que c’était que Yahia. 

Sans permettre qu’on ajoute une parole, sans prendre garde aux sanglots et aux gémissements qui éclatent autour de lui, et qu’on s’efforce d’étouffer pour ne pas donner l’éveil aux gens du pacha, Yahia, de cette voix à laquelle nul ne pouvait désobéir, ordonne qu’on ouvre immédiatement la porte de la maison. Les bourreaux entrent et n’ont pas même la peine de frapper.

 
Ali s’approche de Yahia et lui présente ensuite le firman : 
 
 Effendi, lui dit-il. Voici l’ordre de notre maître. 

C’est bien, dit l’agha, donnez-moi seulement une heure pour faire mon testament, embrasser ma fa- mille et faire mes prières. 

Seigneur, répond le chaouch, je ne puis, l’ordre est formel, et doit être exécuté sans délai. 

 
 
Yahia, toujours aussi tranquille que s’il s’agissait d’un autre, dit de nouveau : 
C’est bien. 
 
Il donne paisiblement l’ordre à ses serviteurs de placer une natte dans la cour au pied d’un bel oranger qui étendait ses branches chargées de fleurs sur une fontaine limpide et murmurante ; il fait mettre sur celle natte un tapis et, pour ne pas perdre de temps, après s’être purifié avec l’eau de la fontaine, tout en récitant la prière il ôte lui-même ses vêtements. Ayant achevé, il se place sur le tapis et dit : 
 
 
Je suis prêt ! 

 Alors le mezouard s’avance ; mais Yahia le repousse d’un geste dédaigneux : — Non, dit-il, que ce soit Ali

Effendi, s’écria Ali en pleurant, comment oserais-je porter la main sur vous? Vous avez été mon maître, et vous m’avez comblé de bienfaits. 

Est-ce toi, mon fils, qui me fais mourir? Tu n’es qu’un instrument comme ce lacet. Mais puisque je meurs innocent, je ne veux pas que ce soit de la main de ce chien, habituée à ne se porter que sur de vils criminels, qui me donne la mort : je veux une main 
choisie par moi, la main d’un ami ! 

Alors Ali, tout tremblant, lui passe le lacet autour du cou. Yahia, d’une voix ferme dit encore. 

« Allah akbar ! Dieu est grand ! » et meurt avec un sourire. 

 

 
 
 
Il était dans la force de l’âge, de petite taille, mais agile, robuste et majestueux. Il portait une longue barbe noire : ses traits aimables commandaient le respect et l’attachement. S’il avait vécu, les Français ne seraient pas dans le pays des Arabes, car il les aurait 
chassés ; ou, par ses sages conseils, il aurait empêché Hussein pacha de s’engager dans cette funeste guerre. 
Voilà ce que  disaient tous les Arabes (de l’époque) à qui vous parlerez de Yahia agha
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 







Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45