Les Gaba, les Chaouch, deux dynasties de caïds dans l’Algérie coloniale, de 1851 à 1912 (Cercle de Tébessa)

13062017

 

 

 

 

Le caïdat des Némenchas est créé en 1847. Les noms de Mohammed Gaba et d’Ahmed Chaouch n’apparaissent que de 5 à 10 ans plus tard. En effet, pendant les années qui suivent l’occupation du cercle (après 1851 date d’occupation de Tébessa), et, en gros, jusqu’en 1860, les choix de la France se sont portés sur les représentants de vieilles familles de Tébessa, familles anciennes, considérables (les Bel Arbia et famille du Dir, sédentaires ). C’étaient des familles parentes et alliées entre elles, qui n’avaient aucun lien avec la tribu. En revanche, ces familles étaient liées à des tribus extérieures au cercle et même avec la régence de Tunis.

 

 

Les choix d’Ahmed Chaouch, puis de Mohammed Gaba comme caïds à la tête des Brarcha représente une double nouveauté.

Chaouch est Kouloughli, descendant des Turcs ; son père et sa famille ont servi sous les Turcs. Quant à Mohammed Gaba, c’est un homme de tribu, il est issu d’une fraction des Brarcha. Double nouveauté, car d’une part, les Kouloughli n’avaient jamais été des personnages importants du cercle. Et c’est la première fois, aussi, que les Némenchas, acceptent de collaborer avec un pouvoir extérieur à la tribu. Tous les premiers rapports des officiers du cercle sont unanimes : les Némenchas ne veulent pas d’un chef pris parmi eux…Jl n’y avait pas, parmi les Némenchas, une seule famille ayant fait parti du maghzen des Turcs…

Ces deux hommes sont bien perçus par les anciennes familles du cercle comme nouveaux, comme de dangereux rivaux. On sait , par exemple, que le représentant d’une ancienne famille, la famille du Dir, Mohammed Tahar, caïd des Ouled Si Yahia, a tout fait pour évincer A. Chaouch de sa place de caïd des Brarcha. Mohammed Tahar, jaloux de voir que A. Chaouch venait de rendre un service aux Français qui avait été si bien apprécié, jaloux d’entendre dire que ce service lui vaudrait bientôt la croix, s’irrita contre le caïd des Brarcha avec lequel il était en mauvais terme..Il avait juré d’envoyer A.Chaouch à l’île Sainte Marguerite..Il imagina une intrigue à laquelle il sut donner toutes les apparences de la vérité… si effectivement, Chaouch est envoyé pour quelques années à Sainte Marguerite.

Les Gaba et les Chaouch sont bien des hommes nouveaux qui se maintiennent au pouvoir pendant toute la période.  » Se maintiennent « , car ce pouvoir, accordé par la France, a exigé le déploiement de toute une stratégie, une volonté qui se manifeste de différente façon.

Au début de la période quand il s’agit de mettre fin à la suprématie des grandes familles de Tébessa, ce sont des hommes qui se poussent au pouvoir, qui intriguent pour y être.

Par exemple, Gaba essayer de faire enlever son caïdat au caïd des Allaouna, al Hafsi b Ahmed , représentant d’une famille ancienne : il aurait eu des « relations intimes  » avec al Hafsia, femme du caïd des Allaouna.. Il arrive à se procurer, par son intermédiaire, le cachet de al Hafsi et écrit au Général une lettre, signée de al Hafsi, dans laquelle il se plaint du chef du bureau arabe de Tébessa : le pays va se mettre en insurrection …Personne ne peut t’approcher que par l’intermédiaire du caid Chaouch.. Il espérait que le Général, outré d’une plainte émise par un caïd contre le chef du bureau, destituerait le caïd des Allaouna.

Par moments, ces deux hommes nouveaux s’allient : en 1867, ils viennent présenter ensemble une requête au Commandant supérieur, chef du bureau, qui observe : Ces deux hommes possèdent au plus haut point le génie de l’intrigue. .Ces deux personnages sont en effet fort intelligents pour des indigènes…. Tous deux sont en relation avec tous les chefs politiques et religieux de la Régence, le but de leur travail est de se créer des relations des deux côtés. .Ils font leur propre politique. On constate même une alliance de famille : le caïd Mohammed Gaba marie une de ses filles âgée de 3 ans à un fils du caïd Chaouch, âgé de 5 ans.

Mais, lorsque le danger que représentent ces anciennes familles s’estompe, ce sont des hommes qui rivalisent pour le pouvoir; à cette date, vers 1870, les deux familles deviennent concurrentes acharnées :

A. Chaouch, candidat aux Brarcha (en 1869) est l’ennemi acharné des Gaba qu’il considère comme des concurrents dangereux pour son fils et auxquels il a voué une haine implacable. Inversement, quand un fils de Chaouch s’installe aux Brarcha en 1900 : Sa situation reste toujours assez difficile en raison de l’hostilité que montrent à son égard les partisans de l’ex caïd Abdessalam « (petit-fils de Mohammed Gaba) et, en 1907, Seddik b A. Chaouch démissionne car « il a fini par comprendre qu’il ne saurait jamais s’imposer aux Brarcha.

 

Enfin, ce sont des hommes qui, après avoir cherché le pouvoir pour eux, ont essayé de le transmettre à leurs enfants. On a parfois le témoignage écrit, l’aveu de cette ambition.

En 1867, Mohammed b Abdallah Gaba écrit : Les Brarcha sont dispersés par la misère et un homme de mon importance ne peut pas rester caïd d’une centaine de tentes ; il faut donc ou joindre à mon commandement ce qui reste des Allaouna ou me laisser donner ma démission en faveur de mon fils aîné.. Si vous donnez les Allaouna pour mon fils ou pour moi, cette récompense nouvelle me donnera du courage pour continuer à servir. Quant à Ahmed Chaouch, son rêve , écrit le Commandant, avait toujours été d’être bachaga des Nemenchas et de placer l’un de ses fils à la tête de chacun des caïdats de cette grande tribu.

 

 

 

 

 

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Brevet de Légion d’honneur de Mohammed ben Abdallah Gaba 

 

 

 

 

 

 

 

Ils y ont réussi : il y a eu 43 nominations de caïds de 1851 à 1912. 15 appartiennent à l’une ou l’autre des deux familles, soit plus du 1/3. Aucune autre famille n’a occupé ainsi le devant de la scène, comme le montre le tableau suivant.

Date de nomination et tribus d’affectation des caïds du cercle de Tébessa entre 1851 et 1912, ( en gras : les caïds de la famille Gaba et Chaouch).

 

Allaouna

Brarcha

1851 al Hafsi b Ahmed

1862 Belgasem b Naceur

1872 al Hag Saad

1878 BrahimbNacib

1894 Seghrir b Brahim

1900 Saoula Moh. b.Amar

1904 Ali b Tlem b Ab Chaouch

1912 Ferhat b Ah Chaouch

 

1851 Ali b Mohammed

1852 Ahmed Chaouch

1855 Mohammed b Abd Gaba

1868 Mohammed b Ali

1869 Ahmed Chaouch

1872 Mohammed b al Hag Chettouh

1882 al Hafsi b Gaba

1888 Abdes b al Haf Gaba

1900 Seddik b Ah Chaouch

1908 Moh Taieb b bel Naceur

 

Sidi Abid

Ouled Si Yahia

1853 Ali b Mohammed

1859 Moh b al Hag Chettouh

1873 Belgasem b Ahm Chaouch

1881 Tlem b Ahmed Chaouch

1892 Ali b Tlem b A Chaouch

1904 Moh Taieb b Bel Naceur

1908 Ferhat b Ahm Chaouch

1912 Mohammed b Mohammed

 

1851 Mohammed b Tahar

1859 Ahmed Lakhdar b Belgasem

1861 Ali b Mohammed 1

867 Tahar bYounes

1869 Ahmed Lakhdar

 

 

 

Tébessa

Ouled Rechaich

1851 Ali bLaaz Mohammed b Ali Pacha

1855 Ali b Mohammed

1858 Ahmed Chaouch

1867 Mohammed Salah b Ali

1880 Utman b ali Pacha

 

1851 Ali bRegeb

1854 Moh Sghnr b Abd al Wahad

1859 Utman b Mohammed

1867 Ahmed Chaouch b Ahmed

1869 Reghis b Mohammed

1872 Mohammed b Ali

1877 Belgasem b Ah Chaouch

1891 Seddik b Ah Chaouch

1901 Ali Bey al Mihoub b Chenouf

 

 

Ils ont développé toute une stratégie pour tenter d’assurer l’hérédité de la fonction. Ces hommes, de leur vivant, essaient d’associer leur parenté, et le plus souvent leurs fils, au pouvoir. Et le quadrillage bureaucratique institué par la France pour l’administration des tribus leur en laisse la possibilité. Soit en tant que Khalifa (associé) du caïd, soit en tant que cheikh de fraction.

Là encore, il nous reste parfois la trace de leurs désirs :

Al Hafsi b Gaba m’a fait connaître qu’il n’avait confiance en personne autre autant qu’en son propre fils Abdessalam, déjà très au courant du service. Il s’agit d’un poste de Khalifa, en 1884.

 Avons sollicité caïd de nommer cheikh de la famille ( de l’ancien cheikh des Ouled Chakor, qui vient de mourir), mais a nommé l’un de siens âgé de 15 ans sommes trompés signe la djemaa des Ouled Chakor en 1902.

Les résultats de leurs stratégies : tous les Khalifa, à partir de 1880, date à laquelle l’institution du Khalifa est reconnue, sont fils de caïds en place. De même, de nombreux postes de cheikhs ont été occupés par la parenté du caïd en place : les caïds Gaba ont placé comme cheikhs 7 des leurs (fils et frères); les Chaouch 6 fils et frères. Incontestablement, des hommes nouveaux ; des hommes qui ont aspiré au poste de caïd et ont déployé toute une stratégie pour y accéder, eux et leur famille, des hommes qui ne sont pas restés étrangers à la collaboration avec l’administration française.

Cependant, ces deux familles ont un comportement politique différent. Regardons d’un peu plus près où s’effectue la carrière politique de ces hommes : pour les Gaba, aucune ambiguïté, leur carrière s’effectue dans leur famille d’origine, aux Brarcha. Ils sont uniquement caïds des Brarcha; leurs enfants sont khalifa aux Brarcha ; et les cheikhs qu’ils placent sont cheikhs de fractions des Brarcha. Ils sont les hommes d’un groupe.

Tout autre est la carrière des Chaouch. Caïds aux Allaouna, aux Brarcha, aux Ouled Sidi Abid, aux Ouled Rechaich, leurs fils sont Khalifa dans toutes les tribus : Ferhat a été Khalifa aux Ouled Rechaich, en 1900, puis aux Brarcha en 1903 avant de devenir caïd des Allaouna en 1912; Seddik b Ahmed Chaouch est Khalifa aux Ouled Rechaich en 1879, puis caïd des Brarcha en 1900; de même, les Chaouch sont cheikhs de fractions qui appartiennent à n’importe quelle tribu du cercle. A. Chaouch et ses fils, frères, et petits-fils apparaissent donc comme des hommes qui ne sont pas liés à un groupe particulier, ils sont au-dessus du groupe. Si ces deux types de famille dominent le devant de la scène pendant plus de 50 ans, c’est qu’ils représentent deux types de notables, entre lesquels la France hésite pendant toute la période.

 

 

 

 

 

Les choix de la France

 

En 1901, la France obtient la démission de Abdessalam b al Hafsi b Mohammed Gaba. Par qui le remplacer? C’est justement un descendant d’Ahmed Chaouch qui est candidat, son fils Seddik. Le général de brigade hésite sur le choix et questionne le Colonel Flogny qui a été Commandant du cercle de Tébessa dans les années 70 ; et voici la réponse de Flogny : il convient de tenir compte de la part d’influence et d’autorité que donne à un chef indigène le fait d’appartenir par sa naissance, par sa famille à la tribu qu’il commande et dont les intérêts sont les mêmes que les siens; qu’un vent de désordre vienne à souffler, il est à craindre que le caïd étranger ne puisse plus être d’aucune utilité.

 

 

 

 

 

 

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 Le caïd Si Seddik Ben Ahmed Chaouch se rendant à une audience du président de la République -

 

 

 

 

 

Deux types de carrière ?

En 1901, Seddik, l’étranger aux Brarcha, est finalement choisi, malgré l’avis du Colonel Flogny. Au même moment, on voit tous les descendants de A.Chaouch à la tête de l’une ou l’autre de ces tribus : victoire des Chaouch. En revanche, la famille Gaba, les hommes de la tribu, échouent. La descendance devient un fil qui s’étire et se casse en 1901.

 Il s’est révélé difficile, voire impossible, d’être un chef à la fois intégré à son groupe et homme de la France.

Les Gaba se sont montrés tout d’abord trop chefs, trop exigeants, trop orgueilleux. Mohammed Gaba exige. Citons une lettre du Commandant du cercle de Tébessa : Je vous ai souvent entretenu des prétentions du caïd Gaba à absorber le commandement des Némenchas. Depuis quelque temps, il revient à la charge avec de nouvelles ardeurs, et expose fort nettement ses désirs.. Ses prétentions tenaces sont devenues insupportables. Il est constamment chez moi, ressassant les mêmes demandes..

Et, quand il y a problème avec le bureau arabe, il ose se mettre sur un pied d’égalité avec l’empereur des Français : Informez en l’empereur, si vous le jugez convenable… A l’inverse, A.Chaouch, dit le Commandant, tout en me laissant entrevoir qu’il désirait le caïdat des Brarcha, ne l’a jamais fait qu’avec une extrême réserve.

 

Le petit fils de Gaba, Abdessalam, se comporte aussi avec trop d’indépendance, et trop d’arrogance : Mon autorité, dit le Commandant, en 1901, était presque annihilée par celle du caïd. De nombreuses affaires assez importantes pour m’ être soumises, étaient réglées, sans mon autorisation par Si Abdessalam. Et il ne supporte pas les observations. En 1901, deux hommes, qui ont montré à un officier français des terres que le caïd des Brarcha laboure mais ne déclare pas, sont victimes d’une tentative d’empoisonnement. On interroge Abdessalam, qui répond : il est probable que les douleurs observées proviennent de ce que les deux hommes ont fait une longue marche à cheval et ont ensuite bu de l’eau fraîche. Je n’ai pas cru devoir me préoccuper de douleurs d’entrailles qui sont très fréquentes en cette saison. Et le caïd d’envoyer tous les individus atteints de diarrhée, de dysenterie et même d’hémorroïdes au bureau arabe pour être examinés par un médecin militaire..

 

Les Gaba se montrent aussi trop musulmans. Gaba n’est pas un homme de progrès ni de civilisation.. .Il est fanatique, imbu à l’excès de toutes les superstitions qui ont cours chez la race arabe. Abdessalam, lui cache les marabouts tunisiens, laisse percevoir la ziara, protège les marabouts.

Et ils sont hostiles à toute pénétration culturelle française ; ainsi, al Hafsi fils de Mohammed Gaba, victime d’une tentative d’assassinat, dont il mourra a refusé les médecins militaires, il a préféré se faire traiter par les praticiens arabes.

 

Autrement dit, les Gaba échouent parce qu’ils n’ont pas su ou pu résoudre la contradiction des exigences françaises : comment avoir un caïd proche de son groupe, enraciné dans sa tribu et qui, en même temps ne soit pas chef, fier ou orgueilleux de l’être et ne soit pas musulman ?

Mais les Gaba échouent aussi parce qu’ils ne se comportent pas, avec leurs administrés, comme on avait imaginé qu’un chef de tribu traditionnel devait le faire.

Ils sont grossiers et hautains : Ils ont la plus extrême grossièreté de langage vis à vis de leurs administrés.

Et surtout ils sont malhonnêtes : et les officiers accumulent contre Gaba et sa descendance les plaintes des administrés : bijoux volés, moutons, brebis, fusils. Il serait trop long d’énumérer la suite des griefs accumulés par les Brarcha contre leur caïd, ses serviteurs et ses deiras.

La cause de leur disgrâce a donc une double origine : ils sont les hommes de leurs groupes ; ils sont arabes, ils sont musulmans et ils se comportent en seigneur, en maître. Mais ils ne réalisent pas les idées que les officiers se faisaient des rapports que le chef traditionnel se devait d’entretenir avec son groupe.

 

Par opposition, les chefs qui réussissent mieux, les Chaouch, manifestent d’autres qualités : Ahmed Chaouch a demandé dès 1854, à aller se faire soigner de la syphilis à l’hôpital de Bône. Il envoie tous ses enfants à l’école française de Tébessa, et même, un jour, il défend -relativement- l’instituteur contre la population de la ville; un de ses fils, de 9 ans, de retour de l’école est pris de fièvre. On lui demande ce qu’il a et il répond que le maître lui a donné un coup de règle sur la tête .De là, grande rumeur, on envoie chercher le médecin arabe,., qui incise ..et déclare, que la boîte osseuse est fêlée…Ce fait a été exploité par les fanatiques de l’endroit.-Voilà, ont-ils dit, la récompense du caïd qui a déjà mis plusieurs de ses enfants à l’école des Français, Dieu l’a puni! Lorsque je suis rentré, dit l’officier, j’ai pris des informations.. Le caïd a été beaucoup plus raisonnable que son entourage…. On ne sait pas très bien en quoi a consisté cette attitude raisonnable. Mais les enfants vont à l’école, les petits enfants même sont élevés au collège arabe français ; ils parlent un peu le Français ; ils se plient à nos idées ..Ils sont au courant de nos procédés administratifs.

Si les Chaouch triomphent , peu à peu, c’est qu’ils ne sont pas français, mais ils parlent un peu le Français, fréquentent écoles et hôpitaux de la France. Ils ne sont pas arabes, mais ils parlent arabe et sont musulmans, sans que leur soient attribués superstition ni fanatisme.

 Ils ne sont pas hommes de tribu mais acceptent de jouer au moins le jeu de la résidence au milieu du groupe qu’ils administrent. Ce sont des espèces d’entre les deux, entre les Turcs et les Algériens, entre les arabes et les Français, entre la tribu et la ville.

Mais leur succès est tout relatif : d’abord, Seddik doit démissionner aux B rare ha en 1908, parce qu’il n’est pas accepté par la tribu. De plus, jusqu’en 1912, les officiers français reprocheront toujours aux caïds de la famille Chaouch de ne pas être assez près de leurs administrés, de s’en éloigner trop souvent : commande à distance, ne visite pas assez ses fractions, ne visite pas assez ses administrés ou encore pas assez arabes pour leurs administrés. Enfin, de toute façon, en 1912, tout le cercle passe sous administration civile et le combat cessa faute de combattants : on n’avait plus besoin de caïds. Et les Chaouch perdent la place.

 On serait tenté de conclure : mission impossible, quels qu’aient été les types de candidats. Aux hommes choisis dans le groupe, il était reproché de ne pas se tenir au-dessus du groupe pour représenter la Loi. Aux hommes choisis hors du groupe pour se plier à la mission de ce que l’on pourrait appeler l’homme d’Etat moderne, il était reproché de ne pas être assez près du groupe. Et, de toute façon, ces hommes d’Etat n’avaient aucun accès à ce qui entoure la notion moderne de pouvoir : l’élection, la promotion. La situation coloniale les maintenait dans une situation d’aval sur laquelle ils n’avaient aucune prise.

Et cependant, on l’a vu, la fonction a été recherchée, convoitée, défendue. Essayons de voir si l’étude des biens et des fortunes accumulés par les caïds permet de trouver une réponse à cette question.

 

 

 

 

 

 

 

LES BENEFICES DE LA FONCTION

 

 

Et, tout d’abord, comment était conçue la rémunération du caïd ? Les textes officiels ne parlent que d’un seul type de rémunération : le caïd touchait un peu moins de 10% des impôts qu’il percevait, le hokor, le achour et la zakkat et un pourcentage des amendes (sans doute 20%). Deuxièmement, à la faveur d’un conflit qui éclate entre trois caïds au début du XXème siècle, on apprend que les caïds jouissaient aussi d’une terre d’apanage, une terre maghzen, dont ils prenaient jouissance dès leur nomination.

Enfin, les caïds tiraient de leurs fonctions des revenus officieux. On a des dossiers, épais sur les fraudes de tous les caïds de la famille Gaba et Chaouch  (et sur les autres aussi). Les assises de la fraude sont multiples. Fraude sur les impôts : on se débrouille pour diminuer les siens, en ne comptant pas des animaux possédés, ou des terres cultivées, (facile à réaliser, puisqu’on est juge et partie). Plus fine : l’entente avec le contribuable; on accepte de ne pas déclarer certains biens du contribuable, donc on y perd, puisqu’on a 10% de l’impôt ; il suffit de s’arranger avec le contribuable : que celui-ci verse au caïd une somme supérieure aux 10%, mais inférieure à la somme qu’il aurait dû payer. On évite les amendes, et le code de l’indigénat en prévoyait beaucoup. On évite l’amende, oui, mais on exige le prix du silence. On accepte, ou on suscite les cadeaux, on exige des corvées, et surtout, on abuse de son pouvoir. Quiconque avait une jolie femme, une belle jument se les voyait prendre par le caïd.

Il est difficile de quantifier. Les revenus officiels des caïds des Brarcha varient entre 6000 et 10000 francs par an. Ce qui représente à peu près le salaire d’un professeur de faculté de province à la même époque. Ou le salaire des 10% les mieux payés des fonctionnaires français en cette fin du 19ème siècle. Revenons à l’Algérie : le fellah, propriétaire, d’après des estimations faites, aurait environ un revenu de 300 francs par an. Il existe donc un écart de 1 à 20 ou à 30, entre les revenus du fellah et ceux du caïd. Par leurs revenus officiels, les chefs indigènes se distinguent nettement de leurs administrés. J’ai pu faire une estimation des revenus officieux : au minimum, ils doublent les revenus officiels. Ce qui suffirait à vouloir être caïd.

On a peu d’éléments précis sur la fortune des Gaba et des Chaouch. Cependant, à deux reprises et un peu par hasard, un certain nombre d’affaires dans lesquelles les caïds sont impliqués arrivent au bureau de Tebessa et permettent d’établir au moins deux points.

Le premier, c’est qu’il y a évolution dans la fortune caïdale entre les années 1870 et les premières années du 20ème siècle.

En 1869, en effet, après l’affaire de l’Oued Mahouine, et la fuite en Tunisie du caïd des Brarcha Mohammed b Ali et al Hafsi b Gaba, fils du caïd Mohammed qui vient de mourir, les familles de M b Ali et du fils de Gaba sont internées à Tébessa. Et deux documents établissent le recensement des deux familles et de leurs biens.

Ce que l’on constate alors, c’est que, si la fortune de Al Hafsi dépasse de loin la fortune moyenne du fellah, elle n’en diffère pas par la structure. On peut estimer le montant de la fortune de Al Hafsi à environ 15 000 francs ; à la même époque, une estimation évalue la richesse moyenne des tentes (après paiement de l’impôt) de toutes les fractions des Brarcha à 450 francs. Donc une grosse différence. Mais l’étude de la composition détaillée de la fortune révèle peu de différences entre la tente du nomade et la tente du chef.

Dans la tente du fils Gaba, il y a 5 hommes, 9 femmes, 10 enfants. Il y a 574 moutons, 21 têtes de bétail, 10 veaux, 4 juments, un cheval, 7 mulets, une ânesse, une pouliche et une mule, propriété de Si al Hasnaoui, un lit enfer, deux grands paniers pleins de dattes, deux grands paniers dans lesquels il y a des metred, deux guessaa, un ustensile de cuisine, 5 selles dont l’uns vient de Guelaa, un tapis de selle, 30 pièces de cotonnade, un grand tapis pour séparer la tente en deux, 126 paires de souliers jaunes, 10 gheraia de dattes, 4gheraia de laine, une tandjera, un stol, 12 gheraia contenant des vêtements de femme en cotonnade, 6 gheraia de beurre salé, une gheraia de viande salée, deux gheraia de farine, une gheraia contenant du poil de chameau, 6 guetif, 3 tapis, une charge de laine cordée ou filée, un hanbelpour séparer la tente en deux, 6 boîtes dans lesquelles il y a deux burnous, deux haik, deux gandoura, un turban en soie, deux burnous en drap, 3 vêtements en drap, trois en cotonnade, 4 oreillers en soie, 3 couvertures en soie, deux tasses, deux stol, un pilon enfer, deux poêles, un chandelier, 5 matelas, 5 oreillers en laine, 6 haik, 2 fusils à 2 coups, un pistolet, une djebira, 6 saa de blé, 12 saa d’orge.

La nature des biens possédés ne permet pas de distinguer le caïd du nomade et implique un mode de vie semblable. Quelques inventaires de biens de nomades à la même époque renseignent sur le contenu de la tente : à côté des moutons, des chèvres et des chameaux, on y trouve de quoi manger : céréales, dattes, beurre; de quoi se vêtir : robes, turbans, tissus, du coton et de la laine, quelquefois des souliers; de quoi dormir : nattes tapis.

 La famille caïdale des Gaba appartient au monde des tribus. Et la composition de la fortune évoque la vie traditionnelle des Némenchas : une vie sous la tente, une existence qui tire ses ressources des cultures de céréales et d’un troupeau composé avant tout de moutons, de chèvres , de quelques bovins, de chevaux et de chameaux.

Mais dans la tente caïdale, il y a plus. Et d’abord, plus de personnes : le capitaine Hugonnet, 10 ans avant, estimait le contenu moyen de la tente nomade à 6 personnes. Dans la tente de Al Hafsi, 4 fois plus. Al Hafsi et ses frères ont entre deux et trois femmes, dont deux négresses, des serviteurs, des pâtres. La fortune des chefs se mesure sans doute d’abord à l’importance de ce capital humain, qui comprend famille et serviteurs.

Et ensuite, dans la tente du caïd, il y a plus. Plus de vêtements, plus de tapis, plus de confort, plus d’ustensiles. L’impression domine que les biens possédés par eux assure un surplus qui procure la tranquillité. Mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu, le chef indigène peut supporter la pénurie, affronter les mauvaises années. On sait ce qu’il récolte, qu’il a des réserves, dans des silos : 365 saa de blé, 298 d’orge. Or, la consommation individuelle de l’année a été calculée par A.Nouschi; pour l’ensemble de la famille Gaba internée à Tébessa, cette consommation s’élèverait à 72 saa de blé et 108 d’orge. Il y a donc surplus, les réserves assurent l’avenir.

Trente ans plus tard, d’importants dossiers sont consacrés à trois caïds, Abdessalam b al Hafsi b Gaba, Seddik b Ahmed Chaouch et Ali Bey, qui vient d’être nommé aux Ouled Rechaich : dans ces premières années du XXème siècle, la récolte importe moins que la propriété.

Abdessalam fils de Gaba, lui, a presque été un propriétaire heureux : il a émis la prétention de détenir, à titre privé, une zone de 2000 hectares autour du village de Cheria.. Il a omis de rappeler les jardins de Cheria et de Aïn Rabah, d’Ain Babouche, les vastes terrains de culture qu’il détient dans la partie Ouest du cercle. De plus, on sait par une lettre de 1890, qu’il possède des palmiers dans l’oasis de Négrine : sur les 910 palmiers de l’oasis, Abdessalam en possède 432.

 On dit »presque » été propriétaire heureux, parce que cette acquisition de terres suscite toutes sortes de difficultés. Abdessalam est accusé d’avoir d’abord agrandi une terre dont il a eu la simple jouissance, une terre d’apanage, une terre maghzen, et d’avoir transformé cette terre maghzen agrandie en propriété personnelle. Il est menacé d’avoir à la restituer.

Et nous en arrivons au deuxième point qu’établissent ces rapports, c’est que, si les revenus existent et permettent l’acquisition de biens fonciers, cette acquisition n’est pas chose aisée. La même impression domine pour tous, les Gaba et les Chaouch. Ils veulent être propriétaires, ils le sont presque, mais ils se heurtent à toutes sortes de difficultés.

D’une part, on les voit revendiquer avec force le titre de propriétaires. Seddik : J’ai demandé il y a plusieurs années, à être propriétaire de (la terre de) Tazougart… Et le Commandant ajoute : Ce n’est pas la première fois que Seddik présente une pareille demande.. La première demande.. évalue la superficie à 2 charrues, soit 24 hectares, la seconde à 60, la dernière à 70.

Et d’autre part, cette acquisition de terres, elle, n’est pas facile. Il s’agit de terres d’apanage, répondent les Commandants ; vous n’y avez pas droit; ou bien, il s’agit de terres arch, de terres de tribus, et vous n’avez pas le droit de transformer une terre arch en terre melk.

A ces empêchements, les Gaba et les Chaouch répondent en utilisant toutes les tactiques et tous les arguments; par moments, ils utilisent le droit musulman, qui lie le droit de propriété à la notion de mise en valeur par le travail. Nous les avons défrichées depuis longtemps dit Seddik. Quant à Abdessalam, il fit même subrepticement passer ses charrues pour en affirmer la jouissance. Par moment, ils pensent et agissent en hommes qui connaissent parfaitement le vocabulaire et les subtilités des lois (établies par le droit français) qui règlent, en Algérie, le statut de la terre. Ils jonglent avec les notions de terre arch et de terres melk, et avec les modes d’acquisition de terres prévus par la législation coloniale : passage devant des commissions spéciales, le mot kumisyun est passé dans leur vocabulaire; comme le mot concession kunsisyun.

 

Donc, un point semble clair : les deux familles aspirent à la propriété de terres. Et l’on peut dire que cette soif de terres manifeste l’apparition d’une mentalité capitaliste, dont on ne trouve nulle trace dans les années 1870. Cette mentalité est dénoncée d’ailleurs par la djemaa des Ouled Rechaich, en 1902 : Seddik b Ahmed Chaouch vous a porté plainte pour que vous le rendiez propriétaire de la terre de Tazougart.. Toutes les fois qu’il fait des bénéfices dans notre tribu, il achète des propriétés à Tébessa.. Son but est de devenir propriétaire du terrain de Tazougart pour le revendre à des colons, dit la traduction ; le texte arabe parle de markanti.

 

On assiste alors à une contradiction : des caïds qui, on l’a montré ont des revenus bien suffisants pour acheter des terres, mais qui se heurtent à des difficultés d’acquisition. Et la contradiction s’aggrave du fait que ce sont les mieux placés politiquement, ceux qui réussissent le mieux en ce début du 20ème siècle, les Chaouch, qui ont le plus de difficultés à acquérir ces terres ; car ils sont étrangers aux tribus qu’ils administrent.

Suivant la coutume arabe, l’étranger n’a pas de droit aux terres collectives. Les Chaouch vont acheter, mais pas dans les tribus. Ils achètent à Tébessa. Le caid Seddik …a acheté et réparé les immeubles laissés par son père à Tébessa dont la valeur atteint le chiffre de 90000 francs. Ali b Tlemcani b Ahmed Chaouch possède trois immeubles et des terres dans la commune de plein exercice de Tébessa Je tout peut valoir 60000 francs.

 C’est à la ville que la principale famille caïdale a été contrainte de bâtir sa fortune; contrainte, parce qu’il semblerait que les Chaouch eussent préféré acheter des terres et non des immeubles. Les immeubles que je possède à Tébessa sont grevés d’hypothèques, affirme Seddik. Que je vienne à mourir, ce que Dieu réserve à chacun d’entre nous, si l’on m’a dépossédé de la terre de Tazougart, ma famille ne trouvera rien que des immeubles hypothéqués. ..Enfin, j’ai besoin du terrain que je réclame.

On finit sur une note d’amertume, de désillusion, de frustration. Au début du 20 ème siècle, les Gaba comme les Chaouch, enrichis, sans aucun doute du fait de leurs occupations, ont convoité la propriété de terres ; ils semblent avoir beaucoup de mal à les acquérir, et contradiction, les Chaouch plus que les Gaba, peu à peu éloigné du pouvoir.

Et c’est sur cette impression qu’il faudrait peut-être conclure. La seule réalité de leur pouvoir s’exerçait en aval : sur leur groupe, au contact duquel ils se trouvaient, ils ont exercé un pouvoir qui a été de plus en plus un pouvoir de surveillance, de contrôle, un pouvoir policier ; et aux dépens du même groupe, au vu et au su de tous, ils ont prélevé des revenus importants. Mais, en amont, et du côté de l’avenir, les portes étaient fermées.

Ils ont exercé un pouvoir dont la légitimité n’a jamais été sûre : chefs traditionnels ? Hommes d’Etat moderne ? Et dont la suite n’était jamais assurée, quoi qu’ils fissent. Ils ont accumulé des revenus officiels et officieux, qui ne pouvaient pas se transformer pas en capital et qui restaient en quelque sorte plaqués. C’est donc un sentiment très lucide qu’exprime M. Gaba dès 1867 : Vous autres, Français, vous travaillez parce que vous avancez en grade ou en dignité dans la Légion d’honneur. Cela se conçoit, mais moi, je suis caïd et ne puis .. aller plus loin (Mohammed Gaba 1867).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Documents concernant :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Source : Cahiers de la Méditerranée, n°45, 1, 1992. Bourgeoisies et notables dans le monde arabe (XIXe et XXe siècles)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




HAMDANE BOURKAÏB : le dernier Amine es-sekka de la Régence D’Alger

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HAMDANE BOURKAÏB : le dernier Amine es-sekka  de  la Régence D’Alger dans Histoire 1024px-Monnaie_d%27Alger_et_ustensiles_m%C3%A9nage_en_cuivre 

 

 

 

 

Hamdane Bourkaïb ben Abderrahmane, amine es-sekka (1), appartenait à l’une des plus vieilles familles du pays. Il descendait des Hadj Saïd, de Bagdad, qui vinrent se fixer à Alger au XVIe siècle. Son père, Hadj Abderrahmane, grand industriel, possédait de nombreuses usines aux portes de Bab-el-Oued, à l’endroit où se trouva plus tard le faubourg de la Gantère. Très bon cavalier, il présidait souvent le Rekeb. On l’appela d’abord Abou Errakeb (père des chevauchées), puis, par corruption, Bou Rekaïeb, et enfin Bourkaïb. Ce surnom resta à ses enfants.

 

D’une taille moyenne, d’une santé robuste, d’un physique agréable, d’une intelligence supérieure, possédant une belle situation de fortune, ayant acquis beaucoup d’expérience à la suite de ses nombreux voyages en Europe, Hamdane Bourkaïb aurait pu rendre d’utiles services à sa patrie si le beylik de la Régence d’Alger n’avait été, pendant, ses dernières années, en proie à une anarchie qui devait fatalement le conduire à sa chute.

Très jeune, Hamdane avait montré un courage allant jusqu’à la témérité. On raconte qu’à l’âge de douze ans il trompa la surveillance de ses parents pour aller, la nuit, couper la corde d’un infortune qui venait, pour une peccadille, d’être pendu à la porte Bab-Azzoun, et que ses bourreaux avaient abandonné à son malheureux sort. Il lui sauva la vie en risquant la sienne, car, malgré sa jeunesse, il n’aurait pas été épargné, à son tour, s’il avait été surpris pendant ou découvert après son audacieuse entreprise.

 

 

Avant la rupture du Dey avec la France, Hamdane était à Marseille, où il vit un grand défilé de troupes, qui le frappa beaucoup. Après l’insulte faite au pavillon de l’amiral de la Bretonnière, il engagea ses amis à se joindre à lui pour empêcher Hussein de persévérer dans une résistance qu’il considérait comme dangereuse. Deux de ses coreligionnaires l’accompagnèrent dans cette démarche :

Ahmed Bouderba, gros commerçant, parlant bien le français, trafiquant avec Tanger, lié d’intérêt avec la maison Frayssinet de Marseille.

Hamdane Osman (ou Othman) ben Khodja, grand voyageur, ayant visité l’Angleterre et l’Italie. Très bien avec le dey Hussein, dont son oncle, Hadj Mohammed, était l’aminé es-sekka.

Le trio exposa au Dey qu’il serait prudent de faire à la France les concessions nécessaires. Hamdane raconta qu’il avait assisté à une revue sur l’esplanade, à Marseille, et qu’il avait pu se rendre compte des forces considérables dont disposait la France.

 Hussein lui répondit que l’on s’était joué de lui; et comme il croyait, dans son ignorance, Marseille une ville n’ayant que des carrefours et manquant de places comme Alger à cette époque, il prétendit qu’Hamdane n’avait dû voir en revue que les mêmes soldats tournant sans cesse autour de la même rue; il ajouta:

« Jamais les Français n’oseront m’attaquer. Avec Sultan-Calassi (Fort-l’Empereur) et ses deux mille canons, Alger est imprenable » (2).

 

Les trois conseillers comprirent trop tard leur imprudence. Rentrés chez eux, ils résolurent d’éviter de se rencontrer avec les Janissaires qui, très excités contre eux après leur démarche, avaient juré leur perte. Attendant les événements, qu’ils ne prévoyaient que trop, ils se séquestrèrent volontairement chez eux: Hamdane Bourkaïb, dans une maison du quartier Zeghara, dans le haut; de Saint-Eugène; il ne montait plus à cheval que dans sa propriété; Ahmed Bouderba, au Caroubier, près de Maison-Carrée, et Hamdane Khodja bon Othman, à la « maison bleue» (Dar zerga), l’une des plus belles campagnes d’Alger.

Ils restèrent ainsi longtemps cachés, prenant de grandes précautions, sortant furtivement le soir pour se rencontrer sur un point déterminé, qui changeait chaque fois.

 

 

Après la défaite de Sidi-Ferruch, lors de la marche sur Alger., Hussein voulut remplacer Ismaïl, son gendre, incapable comme généralissime, par le muphti Cheikh El-Islam. Il lui ordonna d’appeler la population musulmane aux armes pour se défendre contre l’invasion des Roumis, mais ce n’était pas un homme d’action. Ce fut Bou Mezrag, le bey de Titteri, qui fut chargé définitivement de défendre la Régence contre ses envahisseurs.

La situation était terrible. Elle s’aggravait d’heure en heure. Hussein rassembla les notables, les aminés et les hommes de loi. Khodja, Bouderba et Bourkaïb furent appelés et reparurent. Le Dey demanda à tous leur avis.

L’assemblée ne fut pas sincère. Elle opta pour la résistance, tout en déclarant que le Dey était le souverain maître et que ses sujets se conformeraient à sa volonté. En apparence, on se sépara pour se préparer à combattre jusqu’à la mort.

Or il y avait deux courants bien distincts à Alger, celui de la lutte à outrance, qui était à la Casbah et que représentaient les Janissaires, et celui de la capitulation, qui était dans la ville et que dirigeaient les notables. Aussi, la nuit, les gens influents de la ville se réunirent dans le Fort Bab-El-Behar (Porte de la Marine). La résistance fut déclarée impossible. La capitulation s’imposait pour éviter l’effusion du sang, même d’après les plus résolus; quelques-uns déclaraient qu’il n’y avait à craindre ni pillage, ni massacre, d’une nation civilisée comme la France.

Il fut décidé qu’une députation se rendrait à la Casbah et, en même temps, aux avant-postes français. Khodja, Bourkaïb et Bouderba furent désignés à cet effet.

Le lendemain ils se présentaient devant le Dey. Tout espoir était alors perdu. Les Français occupaient le Fort-l’Empereur. Hussein déclara se soumettre et se démettre.

Alors ils le quittèrent et se rendirent au quartier général français, à El-Biar, déclarer au général de Bourmont que, non comme parlementaires accrédités, mais comme les délégués des Maures de la ville, ils sollicitaient une trêve pendant laquelle le Dey aurait le temps de donner satisfaction à la France.

Après une courte entrevue avec le général en chef, ils se retirèrent.

En attendant la fin des négociations, le feu cessa des deux côtés. Pendant ce temps le Dey avait envoyé au général en chef, comme parlementaire, Si Mustapha, makatadji; Hadji Hassen, fils d’Hamdane Khodja, comme interprète. Sir John, représentant de l’Angleterre, seul consul resté à Alger, les accompagna. Les contemporains prétendent que le makatadji, conspirant avec le khaznadji qui voulait s’emparer du pouvoir, proposa comme satisfaction au général en chef d’apporter la tête du Dey.

Le général de Bourmont repoussa avec indignation cette proposition.

« Je ne serai pas complice d’un assassinat, dit-il. Des sentiments d’humanité conseillent au Dey de capituler. Il a raison».

On sait le reste: le dey apposa son sceau sur la capitulation dont le texte est connu. Qu’est-il devenu ?

L’amine es-sekka, Mohammed, descendit alors de la Casbah et, devant le vieux palais, rassura la population affolée, lui annonçant que la capitulation était signée; il prévint en même temps le lieutenant du bey de Constantine d’aviser son maître, dont les troupes attendaient les événements à l’Harrach, qu’il n’avait plus qu’à battre en retraite.

Quelques heures après, Bourkaïb, Khodja et Bouderba, accompagnés de Ben Guechoute et Belkoubabti, guidèrent le général de Bourmont, à son entrée dans la ville, par la rue Porte-Neuve.

Le général en chef avait senti, dès la première heure de son installation, la nécessité d’avoir des intermédiaires entre la population et le nouveau gouvernement.

Il choisit pour l’aider dans cette tâche ceux des habitants qui, au début, s’étaient présentés à lui comme les plus influents de la ville et spontanément avaient déclaré se rallier aux nouveaux conquérants. C’étaient Bouderba, Khodja, Bourkaïb, qui avaient offert d’employer leur crédit, leur influence et leur fortune à servir la cause française.

 Ahmed Bouderba fut alors placé à la tête de la municipalité dont fit partie Khodja.

 

 

Quelque temps après, Hamdane Bourkaïb ben Abderrahman, amine es-sekka, fut nommé agha des Arabes. C’était une situation considérable du temps de la Régence. L’agha commandait en campagne la milice turque; il disposait, avec le concours des caïds et des hakem, de la justice criminelle dans les districts du gouvernement d’Alger.

Bourkaïb organisa, le 26 septembre 1830, l’expédition de l’Harrach. Il s’agissait d’établir près d’Alger la première ferme expérimentale à Maison-Carrée.

« Très bel homme et bon cavalier, dit M. Camille Rousset, il montait un cheval superbe, harnaché comme son maître, et était vêtu avec la dernière magnificence. Le velours de la selle turque, le drap des fontes disparaissaient sous l’éclat des broderies d’or; les étriers longs et larges étaient dorés, le fourreau du yatagan était en or, les crosses des pistolets garnies d’argent étaient incrustées de pierres précieuses. Cinq cavaliers marchaient devant lui, portant des drapeaux;six autres le suivaient, le long fusil en bandoulière; cinq serviteurs l’entouraient, chargés du soin de sa pipe, de son eau, de sa cuisine et de ses tapis de voyage. »

 

Bourkaïb échoua dans cette: entreprise. Contrairement à ce que les historiens ont écrit, les Arabes ne considéraient nullement comme une humiliation d’avoir à leur tête un beldi, homme de la ville, commandant à des hommes de la tente. Très aimé,Bourkaïb possédait une-grande influence à cause de son énergie, qui le distinguait des citadins efféminés. Cependant le général en chef plaça à côté de lui le jeune Yousouf, en qualité de lieutenant chargé de la surveillance de la Mitidja et du Sahel. Le khalifa Yousouf fit de nombreuses expéditions qui ravagèrent la plaine et tinrent les Arabes en respect autour d’Alger.

 

 

Effacé bientôt par son lieutenant, Bourkaïb paraissait rarement. Cependant il accompagna le général Clauzel dans son expédition sur Médéa pour remplacer le bey de Titteri, Bou Mezrag, qui trahissait la France, par Mustapha ben El-Hadj Omar, le fils de sa sœur. Le général Clauzel réussit dans son expédition. Bou Mezrag se rendit prisonnier à Blida. Omar fut installé dans ses nouvelles fonctions avec le cérémonial ordinaire; mais au retour à Alger, victime, de basses intrigues, Hamdane Bourkaïb fut destitué. Il dut rendre  à M. Rolland de Bussy, par ordre supérieur, et entre les mains de M. Daubignosc, chef de la police, le yatagan d’honneur qu’il avait reçu comme insigne de son grade (procès-verbal trouvé dans les papiers). Pendant quelque temps, il ne put sortir que sous la surveillance d’un gendarme. Il fut remplacé alors par Mendery, nommé grand prévôt. Les fonctions d’agha des Arabes furent provisoirement supprimées.

 

 

Exilé peu après, interné à Paris, Hamdane Bourkaïb rentra en grâce après des péripéties trop longues à raconter, et toucha sa solde d’agha jusqu’au 12 février 1832. Le général Berthezène se l’attacha. Il écouta trop souvent ses conseils, dit Pélissier de Raynaud.

 

 

Mais la faveur dont il jouissait de nouveau ne dura pas longtemps. Le père d’Abd-el-Kader, partant pour la Mecque avant la colonisation, était logé à l’haouch Kalaïdji, chez Mustapha ben Omar, dont la mère était Khaddoudja Bourkaïb, mariée à Hadj Omar el-Kobby, descendant des Maures d’Andalousie.

Aussi, quand Mahi-Eddine, après avoir été nommé agha des Arabes, commença, vers 1832, à agiter le pays, la famille Hamdane fut soupçonnée d’appuyer le mouvement et deviser une restauration musulmane (Pélissier de Raynaud). L’insurrection s’accentuant, Bourkaïb, devenu suspect, fut exilé de nouveau, emportant, dit-on, pour ses besoins personnels, un sendouq de grande dimension, rempli d’or et contenant ses bijoux et ses armes. A Paris, il se maria pour la troisième fois avec une Française. Fort malade, le gouvernement français l’autorisa à rentrer dans sa ville natale. Il revint à-Alger vers 1835, à peu près ruiné. Le ministre de la guerre lui accorda un secours de 8,000 francs. Malade, il traîna quelque temps à sa campagne de Zéghara, au-dessus de Notre-Dame d’Afrique, et mourut d’un cancer à la langue, le 12 avril 1836, dans sa maison, 47, rue de la Casbah. Il fut enterré à la mosquée Sidi-Abderrahmane-Thsualabi, près du jardin Marengo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) – L’aminé es-sekka était à Alger un fonctionnaire du service des finances, investi de la confiance du dey. Il avait pour mission de s’occuper de la frappe de la monnaie et il devait, en même temps, éviter la circulation des monnaies de mauvais aloi et empêcher toute fraude en ces matières.

 

 

(2) الجزائر المحمية بالله-  Alger, la bien gardée de Dieu.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Communauté MAJORQUINE D’Alger

25032017

 

 

 

 

 

 

 

À quelques heures des côtes nord-africaines, les îles Baléares furent, pendant l’époque moderne, l’un des principaux théâtres de l’affrontement entre Islam et Chrétienté. De la guerre d’escadres à la guerre de course, les Majorquins participèrent à ce conflit sur la rive chrétienne de la Méditerranée. Mais ils furent également présents sur la rive musulmane, en tant que captifs chrétiens ou renégats. Un grand nombre d’entre eux séjourna dans la ville d’Alger ; on en trouvait aussi dans le royaume de Kouko, à Tunis, au Caire, aux confins de l’Empire ottoman… Trois siècles durant (du XVIe au XVIIIe  siècles) ils échouèrent ci et là, au gré des circonstances particulières et de l’évolution des rapports de force entre les grandes puissances.

 

 

 

 

 

 

APPROCHE SPATIO-TEMPORELLE DE L’ÉVOLUTION DE LA PRÉSENCE MAJORQUINE EN ISLAM

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Gravure hollandaise ancienne datant de 1864, titre original: « Mannier Hoe de Gevange Kristen Slaven tot Algiers Verkoft Werden » (Manière dont les prisonniers chrétiens sont vendus comme esclaves au marché d’Alger) / Auteur : Jan en Casper Luyken (1649-1712)

 

 

 

 

 

 

 

1. Les inconnus du XVIe siècle

 

Les fréquentes razzias perpétrées par Barbaresques et Ottomans au cours du XVIe siècle contre les littoraux mal défendus des îles, induisent à penser que les Majorquins furent fort nombreux pendant cette époque-là à Alger. Il s’agissait certainement d’une communauté mixte, composée d’enfants et d’adultes. Ont-ils été nombreux à abjurer? Il est sûr que la majorité de ceux qui le firent étaient des enfants en bas âge, moins rétifs que les adultes et dont l’intégration sociale se faisait sans problèmes. Mais dès le dernier quart de siècle, le profil du renégat majorquin subit des modifications dues à l’évolution de l’histoire militaire. En 1574, la grande guerre quitte la Méditerranée, laissant place à la guerre de course. Les grandes incursions musulmanes contre les Baléares cessent. Les marins pêcheurs deviennent plus téméraires et les marins corsaires plus nombreux. Donc, le nombre des affrontements maritimes contre les Barbaresques s’accroît et les nouveaux captifs qui affluent à Alger sont de plus en plus des gens de mer. C’est de ces vingt-cinq dernières années du XVIe siècle que datent les relations de causes dont nous disposons pour la période. Elles se caractérisent par leur brièveté et leur imprécision en ce qui concerne les données quantifiables. Nous savons de façon certaine que trois des renégats de notre corpus séjournèrent à Alger avant 1600, mais nos sources omettent d’indiquer le lieu de séjour de dix autres individus jugés pendant cette période. Ce chiffre n’est donc en aucun cas significatif. Mais nous pensons qu’en ces années florissantes pour la course algéroise, on ne manqua certainement pas de mettre à profit les qualités professionnelles des marins majorquins. Ils contribuèrent, à n’en pas douter, à la «seconde et toujours prodigieuse fortune d’Alger» en tant que corsaires reniés.

 

 

 

 

 

 

2. Les aventuriers du XVIIe siècle

 

Le portrait des renégats de cette période diffère peu de celui que nous avons ébauché précédemment, il est néanmoins plus précis car les sources sont plus nombreuses et plus riches. Nous savons, pour 33 renégats sur 39 identifiés, qu’ils furent capturés en mer sur des navires corsaires. En effet, à Majorque au XVIIe siècle, les armateurs en vinrent peu à peu à investir massivement dans la course. À l’état embryonnaire jusqu’en 1640, celle-ci devint réellement offensive vers 1652. Elle ne s’en prenait pas seulement aux ennemis de la foi. Les corsaires majorquins allaient cueillir leurs proies à la sortie des ports de Gênes et de Marseille, même lorsque les trêves le leur interdisaient. En somme, ils étaient partout, concurrençant activement la course barbaresque. Les captifs que l’on retrouve à Alger ne sont plus, comme pendant la première partie du XVIe siècle, des victimes apeurées et sans défense, mais bel et bien des gaillards engagés dans une aventure dont ils connaissaient dès le départ les dangers. La plupart étaient des marins de profession originaires du quartier populaire de Santa Creu à Palma. Mais nous y retrouvons également des représentants des métiers les plus divers, ainsi que des péninsulaires et des étrangers de toutes origines résidant à Majorque où ils étaient venus, attirés par les gains de la course et par les possibilités d’ascension sociale qu’elle offrait. Le roi gratifia, en effet, certains corsaires du titre de cavaliers, pour les bons et loyaux services qu’ils prêtèrent à la Couronne.

 

Alger accueillait donc en tant que captifs ces aventuriers en quête d’un brillant destin. Les candidats au reniement semblent s’être trouvés parmi les plus jeunes d’entre eux. L’âge moyen de ceux qui ne renièrent pas est de 28 ans, alors que les renégats identifiés ont 18 ans en moyenne au moment de leur capture. On est frappé par le jeune âge de certains moussaillons qui n’ont parfois guère plus d’une dizaine d’années. Mais certains n’étaient plus des enfants lors de leur conversion. Gabriel Balls avait 28 ans, Gregorio Trujol  plus de 34 et une dizaine d’entre eux 20 ans ou plus.

 

La facilité avec laquelle on faisait carrière dans la Régence, mena certains sur la voie de l’abjuration. Quelquefois, les mauvais traitements finirent par fléchir la volonté des hésitants et même des récalcitrants.

 

Quoi qu’il en soit, sur les 39 renégats connus, 21 s’engagèrent dans la course algéroise. Cinq d’entre eux au moins occupèrent un poste de responsabilité. Il est vraisemblable que les renégats majorquins aient joué un rôle important dans la course, au moment même où le pouvoir était aux mains des «raïs» dans la Régence. Leur nombre, et le prestige dont bénéficiaient certains d’entre eux, comme Francisco Verdera et Gregorio Trujol qui moururent au combat et furent enterrés avec les plus grands honneurs, nous le font croire.

 

Au XVIIe siècle les Majorquins furent présents aux postes de commandement sur terre. Tel est le cas de Miquel Coll, qui fut gouverneur de la province de Constantine. Certains atteignirent même les sommets du pouvoir. En 1660, un Majorquin d’adoption, Juseppe Domingo, devenait le favori de l’Aga chargé de la paie des janissaires, qui gouvernait alors Alger. D’autres réussirent dans des secteurs économiques alors en expansion, comme la construction. Le Majorquin Cota quitta sa condition de simple tailleur de pierre pour devenir bâtisseur de forteresses.

 

Tous ne connurent pas un destin d’exception, mais, en règle générale ils virent leur niveau de vie s’élever après leur conversion. Assurés de leur paie de janissaire, pour ceux qui entraient dans la milice, ils vivaient aisément, participant régulièrement ou occasionnellement à la course. Les plus jeunes acquirent souvent un degré d’instruction dont ils auraient certainement été privés en Chrétienté ; leurs maîtres les envoyèrent en effet à l’école coranique afin qu’ils devinssent de bons musulmans. Ils y apprirent à lire et à écrire la langue arabe.

 

Cependant, il serait erroné de croire que la conversion à la religion musulmane eût pour tous d’aussi favorables conséquences. Conversion ne signifiait pas affranchissement. C’est pourquoi Miquel Fornes ne vit pas son sort s’améliorer et resta assujetti à un maître qui l’employait à travailler durement aux champs. De même le maître d’Antonio Estelrich maltraita ce dernier et le tint enfermé même après son reniement.

 

Heureux ou malheureux, renégats et captifs originaires des îles Baléares vécurent nombreux à Alger pendant le XVIIe siècle. Ils furent particulièrement présents pendant la première moitié du siècle. Observons les chiffres :

 

 

 

 

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II est vrai que les sources disponibles ne permettent pas d’évaluer les effectifs réels. Mais on pense que dans ce cas ces chiffres sont proportionnellement représentatifs. Il est fort possible que les Majorquins aient été deux fois moins nombreux à Alger et ailleurs pendant la deuxième moitié du XVIIe siècle, ceci à cause de la baisse de l’activité de la course algéroise, mais surtout à cause des énormes progrès faits par sa rivale Baléare. À partir de 1655, les navires corsaires ne quittèrent plus le port de Palma que par escadres de quatre ou cinq. Ce n’étaient plus des proies faciles. À cause de l’importance numérique de la communauté majorquine dans la Régence, les nouveaux captifs ne se sentaient guère dépaysés. Dès leur arrivée ils retrouvaient leur langue et des visages connus. D’ailleurs, un réseau de solidarité entre renégats et captifs de même «nation» semble avoir fort bien fonctionné. L’aide apportée aux nouveaux arrivants se réalisait sous plusieurs formes. Certains renégats protégeaient leurs compatriotes en les acquérant pour leur service, ils leur évitaient ainsi d’être envoyés aux galères. Citons le cas curieux de Francisco Verdera, qui avait été pendant sa jeunesse au service de son oncle à Bunyola. Lorsque le fils de ce dernier, Antonio Muntaner fut capturé par les Maures, Verdera en fit son domestique. Les rôles étaient inversés.

 

Les arrangements entre familles de captifs et renégats majorquins étaient monnaie courante. Des courriers circulaient entre Alger et Majorque desquels on pourrait dégager, s’ils étaient retrouvés, les clauses d’un contrat tacite entre Majorquins des deux rives.

 

Mais les rapports ne furent pas toujours de bonne entente. Les mêmes renégats bienfaiteurs sont présentés quelquefois sous un jour bien sombre. On affirme les avoir vu s’en prendre aux captifs de leur «nation» sur les galères. Ils sont à la tête de troupes lors d’incursions contre les îles : Francisco Verdera22 débarque à Cala Murta (Majorque), Miquel Cavalier à Andratx (Majorque). Et dans des accès de colère, ils expriment tout haut le mal qu’ils feront aux leurs. De façon plus ou moins claire, on devine chez chacun une certaine nostalgie mêlée de rancune, qui fait d’eux des êtres déchirés.

 

Le mal du pays aidant, l’idée de retour semble avoir effleuré même les plus dépités. Rentrer à Majorque depuis Alger n’offrait pas de grandes difficultés. Les navires algérois faisant souvent halte à Formentera pour y faire provision d’eau ou de bois, les renégats qui en avaient conçu le désir, pouvaient profiter de l’occasion pour s’évader. Ils étaient ainsi déposés à demeure. Pedro Juan Casares vint de Turquie pour s’engager dans la course algéroise, et s’enfuir à la première occasion, Joan Carbonell du Caire.

 

Pour les Majorquins, Alger fut la porte de l’Islam surtout pendant la première moitié du siècle. Après, tous les fugitifs identifiés furent obligés de faire un long détour pour pouvoir rejoindre leur terre natale ou d’adoption, car l’intense activité des corsaires baleares avait détourné les Algérois des littoraux insulaires et les évasions au cours d’aiguades étaient devenues impossibles.

 

 

 

 

 

 

3. Les derniers renégats

 

Durant le XVIIIe siècle, la peste et les famines décimèrent la population d’Alger. Selon Venture de Paradis, à la fin du siècle elle ne comptait plus que 50000 habitants, alors qu’elle en avait eu 100000. La course ne proposait plus de bénéfices considérables, ce qui avait provoqué une baisse de 27,5% des recettes de la Régence de 1694 à 1720.

 

Cependant, malgré son déclin la ville offrait encore des perspectives qui pouvaient être intéressantes pour certains. Le Majorquin Matheo Serra dut songer pendant sa captivité au sort misérable qui l’attendait à son retour en Chrétienté, et le lendemain même de son rachat, renonça à repartir et abjura.

 

Comme la course majorquine n’offrait plus de possibilités d’ascension sociale depuis que le traité de Ryswick, en 1697, lui avait interdit de s’en prendre aux ennemis chrétiens de la Couronne, choisir l’Islam n’avait pas encore cessé au XVIIIe siècle de signifier bénéficier de conditions de vie meilleures pour les plus déshérités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Mélanges de la Casa de Velázquez  Année 1991  Volume 27  Numéro 2 pp. 115-128

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




MESSAOUDA EL-HARZLIA : La Jeanne Hachette orientale

9022017

Héroïne d’un épisode de guerre entre les Béni-Laghouat, les Larbas et Ksar El-Hirane

 

 

 

 

 

 

Avant que la domination française s’établît dans le Sud, les tribus nomades et leurs Ksours vivaient en guerres continuelles, à peine interrompues par de rares trêves.

Ces guerres ont eu de tout temps pour motifs principaux les rivalités et les questions de prépondérance; elles se sont éternisées par les vengeances et les représailles, de sorte que l’on peut dire qu’elles faisaient partie de l’existence des populations arabes.

Il n’y avait de diversion à cet état d’hostilités ouvertes qu’à l’apparition d’un grand personnage politique ou religieux, d’un sultan ou d’un chérif, comme les Arabes en donnent si facilement le nom aux agitateurs, qui se présentent comme des messies dont la venue a été prophétisée.

Mais cette diversion aux querelles intestines ordinaires, aux guerres locales, n’était pas, comme on pourrait le supposer, en faveur de la paix. C’était une occasion, au contraire, pour rendre ces guerres plus actives et plus générales.

Les divers petits partis dissidents formaient alors des groupes plus considérables, et, selon leurs intérêts ou leurs affinités, se réunissaient à l’appel des nouveaux Sultans, ou restaient du parti local le plus prépondérant.

Il en résultait ainsi un plus grand antagonisme qui, en se concentrant davantage par le nombre des individus et les passions mises en jeu, amenait un paroxysme d’humeur belliqueuse et d’actions énergiques remarquables souvent par des combats singuliers, — des épisodes chevaleresques, — des défis à la façon des anciens et finalement des mêlées générales, où le parti vainqueur était sans pitié pour le parti vaincu.

L’épisode que je vais rappeler s’est produit dans une de ces luttes où les ksours, appelant à leur aide les nomades du Sahra, obtenaient par leur concours la formation de petites armées, composées de fantassins, de cavaliers et de chameliers conduisant les palanquins, dans lesquels les femmes arabes venaient exciter au combat les guerriers de leur tribu.

 

 

C’était en 1843, après le siège d’Aïn-Madhi par Abd-el-Kader.

On sait que l’émir, n’ayant pu prendre la ville sainte des Tedjinis par la force après huit mois de siège, avait usé d’une feinte pour y entrer.

Il s’était arrangé de façon à faire savoir à Tedjini qu’il ne pouvait s’éloigner d’Aïn-Madhi sans être entré dans cette ville avec ses troupes — et avoir fait sa prière dans la grande mosquée.

Il s’était, disait-il, engagé par le serment de ses femmes, dont la mort ou le succès pouvaient seuls le relever.

Tedjini, en sa qualité de marabout, comprenant parfaitement l’importance d’un pareil serment, craignant aussi peut-être la chute possible de la ville après quelques mois encore de blocus et de tranchée ouverte, fit faire à Abdel-Kader des propositions que celui-ci accepta, et qui étaient celles-ci:

Abd-el-Kader se retirerait avec son armée à El-Ghricha*;

Lorsqu’il y serait arrivé, Tedjini évacuerait Aïn-Madhi avec sa famille, les défenseurs qui avaient soutenu le siège, et se retirerait à Laghouat;

Abd-el-Kader alors reviendrait à Aïn-Madhi, y ferait ses dévotions à la grande mosquée, respecterait la ville, les jardins restés intacts, en un mot, se conduirait en ami plutôt qu’en ennemi;

Ses dévotions et, conséquemment, son vœu accompli, il devait quitter le pays avec ses troupes et laisser désormais en paix Tedjini et sa ville.

La convention s’exécuta en partie, c’est-à dire qu’Abd-el-Kader, après l’évacuation de la ville par le marabout, y revint avec son armée; mais il y revint avec la honte d’une retraite subie et confus d’avoir échoué devant une bicoque défendue par des pâtres et des Tolbas efféminés, comme il appelait les défenseurs d’AïnMadhi.

Dans cette disposition d’esprit, il céda aux suggestions de ses lieutenants et de ses troupes: il rasa complètement la ville et détruisit les jardins restés intacts pendant le siège.

Après avoir accompli cet acte de vindicative destruction, Abd-el-Kader songea à retourner vers le Tell, où le rappelaient de sérieuses complications.

Il voulut toutefois, avant de quitter le Sahra, lui donner un semblant d’organisation, pour faire croire à la conquête réelle de cette région.

A cet effet, il nomma khalifa du Sahra, Si el-Hadj-el-Arbi, descendant du fameux Si-el Hadj-Aïssa, l’auteur des prédictions sur l’arrivée des Français en Algérie, dont la koubba est à Laghouat.

Il lui laissa, pour assurer son autorité dans le désert, deux compagnies de fantassins réguliers, une pièce de canon, des khials et mekhezen**.

El-Hadj-el-Arbi, qui vivait antérieurement en hostilité avec l’influente famille des Oulad-Zanoun de Laghouat, avait rallié Abd-el-Kader lors de son entrée dans le Sahra; il l’avait servi avec zèle, pendant le siège d’Aïn-Madhi, tant de son influence personnelle que de celle de ses clients.

Il était donc, par ce fait, devenu l’ennemi du marabout Tedjini et de ses nombreux kheddems***. Il était de plus considéré comme un intrigant ambitieux par les tribus sahariennes, pour avoir pactisé avec un sultan du Tell;

La position de Si-el-Hadj-el-Arbi, après le départ d’Abd-el-Kader pour le Tell, fut, comme on le comprend bien, très-difficile.

Malgré sa qualité de marabout descendant de Si-el-Hadj-Aïssa, il n’obtint, en retour de ses avances, que haine et mauvais vouloir de la part de l’importante tribu des Larbâs et de la population de Laghouat, pour avoir aidé à la ruine de la Zaouïa du marabout vénéré d’Aïn Madhi.

Il se soutint quelque temps d’abord dans Laghouat, avec l’aide de ses réguliers.

Mais, harcelé chaque jour par la plus grande partie de la population de la ville et par les goums des Larbâs, ne recevant pas de secours d’Abd-el-Kader qui, en ce moment, était fortement pressé par nous, il perdit peu à peu son prestige et son action.

Force lui fut alors d’aller se réfugier à Ksar el-Hirâne avec les quelques réguliers qui lui restaient et un parti de nomades et de ksouréens composé de Harazlias, de Heudjaje et de Rahman.

La situation du khalifa du Sahra ne tarda pas à s’aggraver encore.

Les Beni-Laghouat, les Larbâs, les Mekhalifs, les Oulad-Saâd-ben-Salem, tous ligués ensemble pour cette occasion par les menées des Oulad Zânoun, vinrent l’assaillir dans son dernier asile.

Ce ksar, comme tous ceux du Sud, était entouré d’une enceinte bâtie en mottes de terre cuites au soleil. Il n’avait aucune autre défense et ne pouvait résister longtemps à une attaque sérieuse.

L’ardeur des assiégeants était extrême, celle des assiégés n’était pas moindre; il y allait pour eux de la vie : ils savaient qu’ils n’avaient aucune merci à attendre de leurs ennemis.

Ils se défendaient en désespérés, et étaient soutenus, comme il n’est pas rare do le voir dans ces combats entre Arabes, par leurs femmes, dont quelques-unes donnaient l’exemple de l’abnégation la plus complète de leur existence en se mêlant aux premiers rangs des combattants lorsque l’assaut était donné aux murailles.

Une jeune fille, entre autres, de la tribu des Harazlias, se faisait remarquer par sa vaillance; elle se nommait Messaouda.

 

 

 

 

MESSAOUDA EL-HARZLIA : La Jeanne Hachette orientale dans Histoire 1484501601-7545968952-c75606819b-o 

 Femme berbère de la tribu des Zenâtas – Laghouat

 

 

 

 

 

Cette jolie fille de dix-huit ans possédait une beauté remarquable, éclose et dorée aux rayons du soleil du Sud. Elle avait une taille élevée et élégante, de magnifiques proportions. Elle se distinguait surtout par l’exaltation de ses sentiments pour le triomphe de son parti. Elle avait de nombreux admirateurs parmi les guerriers des Harazlias, et s’en faisait gloire. Sa beauté était chantée par tous les ménestrels du pays.

 Messaouda, en un mot, était généralement aimée; son action sur les siens était sans bornes; elle devait bientôt s’en servir pour le salut de tous.

 

Ksar-el-Hirâne était assiégé déjà depuis plus d’une semaine, lorsqu’un soir, après une journée de combats dans lesquels la fortune était restée indécise comme dans les jours précédents, les guerriers des Larbâs, des Beni-Laghouat et des Mekhalifs résolurent d’en finir avec les assiégés par un dernier effort.

Ils se rassemblent de nouveau à cet effet. Encouragés par leurs chefs, par l’appât du butin et de la vengeance, ils se ruent sur les murs de la ville avec des cris de défi et des chants de victoire, — ce qui est toujours, entre Arabes, l’indice d’une affaire sérieuse.

Les défenseurs du Ksar-el-Hirâne, bien moins nombreux que les assaillants, plus fatigués de la résistance que ceux-ci de leurs attaques, reçoivent le choc du mieux qu’ils peuvent; mais, après avoir repoussé le premier assaut, ils sont obligés de céder au nombre des attaquants qui se renouvelle sans cesse.

Ils abandonnent la défense de l’enceinte, particulièrement à un endroit où une sorte de brèche avait été ouverte par un flot d’assaillants.

C’en était fait du ksar et de ses défenseurs, si ce premier élan eût continué.

On connaît la manière de combattre des Arabes: quand la tête de colonne lâche pied, tout cède.

Mais aussi, quand le succès de ceux qui sont en avant se prononce, la masse s’ébranle comme un seul homme et se précipite comme un torrent irrésistible.

La situation des défenseurs était donc désespérée quand la jeune Messaouda, attirée par le feu et les vociférations des vainqueurs, arrive sur le lieu du combat.

D’un coup d’œil elle voit les siens, mis en déroute, abandonner la défense; elle voit les guerriers des Larbâs et des Beni-Laghouat se précipiter sur la brèche, en hurlant des menaces de meurtre et de pillage.

Saisie alors d’une exaltation causée par la honte et la douleur, animée d’une sublime résolution, elle s’élance au-devant des fuyards, les interpelle d’une voix vibrante, et leur jette à la face de ces paroles qui ont tant de puissance sur les hommes d’une nature généreuse, et réveillent toujours d’un moment d’effroi ou de torpeur:

« Où courez-vous, fils des Harazlias! L’ennemi n’est pas de ce côté, il est derrière vous, il vous chasse comme un troupeau de brebis!…Vous abandonnez vos femmes et vos enfants à la rage de ces chiens de sang !… 0 jour du deuil noir!… il n’y a plus d’hommes de la race de Harzallah !… il faut que ce soit une femme qui vous fasse souvenir que du sang rouge coule dans vos veines! »

Dénouant aussitôt sa ceinture et la faisant flotter comme un drapeau au-dessus de sa tète, elle redouble d’apostrophes véhémentes qui remontent tous les courages; elle s’écrie: « Où sont ceux qui disent des chants d’amour pour moi?…Où sont mes frères?… — C‘est ici que je les aimerai!…Qu’ils se montrent!… qu’ils me suivent!… s’ils ne veulent me voir devenir la proie des jeunes guerriers des Larbâs qui se vantent déjà de posséder vos femmes, vos enfants et vos troupeaux! — Des Larbâs qui veulent vous faire filer la laine et cuire leurs aliments! »

Puis, joignant l’action aux paroles, elle se précipite au milieu des assaillants.

Peindre la confusion, la douleur et la rage qui s’emparent des guerriers des Harazlias, n’est pas possible. Ranimés par les paroles et par les gestes de la jeune héroïne, ils font volteface, s’appellent les uns les autres, s’exaltent au souvenir de leurs anciens exploits, qu’ils énumèrent à haute voix, et se rejettent à la suite de Messaouda au plus épais des rangs ennemis.

Là s’engage alors une de ces mêlées où les forces se décuplent, où l’on fait arme et projectile de tout, où l’arme à feu cède le rôle à l’arme blanche, où celle-ci, bientôt insuffisante, a pour auxiliaires les pierres, les débris de la brèche et, dans les luttes corps à corps, les couteaux, les dents et les ongles.

Cependant Messaouda est tombée au pouvoir des Larbâs, qui veulent l’entraîner vers leur camp.

Elle se prête à ce mouvement, elle l’accélère même en se jetant de l’autre côté de la brèche. — Son but est d’attirer la lutte sanglante en dehors de l’enceinte qui protège les siens.

Arrivée à vingt pas des murs, elle se retourne vers ceux qu’elle a si énergiquement ramenés au combat, elle leur adresse des prières, leur tend les bras et les conjure, par tout ce qu’ils aiment en ce monde, de ne pas la laisser emmener par les ennemis, — subir la honte et le mépris de leurs femmes.

Elle résiste alors à ceux qui l’entraînent et se débat de leurs étreintes.

Ce spectacle, ces appels déchirants portent jusqu’à la frénésie le courage des Harazlias. — Rugissant comme des tigres et bondissant comme ces puissants animaux, sans tenir compte de leurs blessures ni de la mort qui les atteint, ils renversent et foulent aux pieds leurs adversaires qui, de vainqueurs qu’ils étaient, passent successivement de l’attaque à la défense et enfin à la fuite. Ils cèdent à une force surhumaine.

Dans leur retraite précipitée, les Larbâs et les Beni-Laghouat essayent d’entraîner l’enthousiaste Messaouda.

Mais celle-ci, qui résiste maintenant autant qu’elle s’est laissée emporter d’abord, est enfin rejointe par ses frères, par ses amis, et c’est autour d’elle que se portent les derniers coups, qui décident une complète victoire en faveur des défenseurs de Ksar-el-Hirâne.

Ce qui était dit de la facilité qu’ont les Arabes à fuir quand les premiers combattants sont repoussés, explique comment les Larbâs et les Beni-Laghouat, après avoir été vainqueurs d’abord, virent leur triomphe se changer en déroute lorsque leurs plus braves guerriers eurent été culbutés par les Harazlias.

Ils perdirent beaucoup de monde ce jour-là, parce qu’une sortie générale des assiégés vint achever leur défaite.

Quand le combat fut terminé, tous les guerriers des Harazlias restés valides, qui s’étaient distingués dans cette brillante action, ramenèrent en triomphe, au milieu d’une fantasia bruyante, leur bien-aimée Messaouda.

Les femmes et les filles vinrent à sa rencontre, elle lui baisèrent les cheveux, les yeux et les mains en lui disant : « Tu es bien véritablement Messaouda (la fortunée)! — C’est à toi que nous devons d’être encore les femmes de notre tribu.Que Dieu te bénisse, te rende heureuse et féconde! »

Ce fut à qui la fêterait et immolerait un mouton en son honneur.

 

 

La victoire de Messaouda fut bientôt connue dans tous le Sahra. La jeune fille se vit glorifiée par tous, sans distinction de parti ou d’origine. Un chant de guerre et d’amour fut composé en son honneur, et aujourd’hui encore il en reste des traces dans les tribus nomades du Sud.

Il est pénible d’ajouter que ce brillant épisode n’eut pour résultat que de retarder de quelques jours la prise de Ksar-el-Hirâne.

Le nombre des assiégeants était trop disproportionné, il s’augmentait tous les jours, tandis que le parti d’El-Hadj-el-Arbi diminuait au contraire.

Finalement, Ksar-el-Hirâne fut pris. Bon nombre de ses défenseurs perdirent la vie dans le dernier combat qui amena cet événement. Si-el-Hadj-el-Arbi fut du nombre.

Avec lui finit le semblant de domination que l’émir Abd-el-Kader avait tenté d’établir dans le Sahra.

Mais ce qui survit dans la mémoire des contemporains et qui se transmettra sans doute à celle des générations futures, c’est le souvenir de Messaouda-el-Harzlia et de son héroïque action.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Ksar du Djebel-Amour, distant de 8 lieues d’AInMadhi

** Khialscavaliers, troupe régulière à cheval créée par l’émir. — Mekhezen, cavaliers auxiliaires, attachés à l’administration du pays.

***Kheddemsserviteurs religieux affiliés à un ordre. Celui des Tedjinis est un des plus considérables dans le sud de l’Algérie. Il étend son action jusque chez les Touaregs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Avènement de l’Emir Abou Yahya Ibn Abd El Hack, fondateur de L’EMPIRE MÉRINIDE

4012017

 

 

 

 

Avènement de l’Emir  Abou Yahya Ibn Abd El Hack, fondateur de  L'EMPIRE  MÉRINIDE dans Histoire 900px-Flag_of_Morocco_1258_1659.svg

Drapeau des Mérinides

 

 

 

 

 

Abou-Yahya, fils d’Abd-el-Hack, fut nommé émir des Beni Merîn l’an 642 (1244-5). Vivement préoccupé des intérêts de son peuple, il commença son règne par concéder à chaque grande famille mérinide une portion du territoire maghrébin, avec le droit d’en jouir à perpétuité et de s’approprier les impôts que payaient les tribus de cette localité. Ainsi favorisées, ces familles eurent des moyens suffisants pour équiper et monter tous leurs hommes de guerre et pour organiser leurs dépendants en corps de fantassins. De cette manière, le nombre des troupes mérinides fut considérablement augmenté.

 

La jalousie se mit alors parmi les tribus mérinides, et les Beni Asker, qui étaient passé du côté des Almohades, entraînèrent ceux-ci dans une guerre contre Abou-Yahya et les Beni Hammama. Sur l’invitation du gouvernement almohade, Yaghmoracen-Ibn-Zian amena toutes ses forces à Fez et se plaça sous les ordres du général qui y commandait. De même que les Beni Asker, il consentit à fournir des otages comme garants de sa fidélité et du zèle qu’il mettrait à combattre les partisans de l’émir Abou-Yahya. Le chef almohade se mit à la tète de l’armée combinée et passa dans la province de Garet, après avoir traversé le Ouergha; mais, ayant vu que l’ennemi évitait sa rencontre, il reprit la route de Fez. Yaghmoracen, qui venait d’être averti que les Almohades tramaient sa perte, profita de cette occasion pour décamper avec ses troupes et celles des Beni Asker. L’émir Abou-Yahya marcha au-devant d’eux jusqu’à la rivière Sebou, mais il n’osa pas engager le combat. Les Almohades, de leur côté, se mirent à la poursuite des transfuges, puis, ils rebroussèrent chemin, parce que le bruit s’était répandu dans leurs rangs que le sultan Es-Saîd venait de mourir. Anter l’eunuque, client du khalife et général de ses armées, reçut alors l’ordre de partir avec une bande d’archers et un peloton de la milice chrétienne, afin de ramener les Abd el Ouad et les Beni Asker par la voie de la persuasion; mais ceux-ci s’emparèrent de lui et de son escorte, tuèrent les chrétiens et retinrent prisonniers les autres soldats, avec l’intention de les échanger contre les otages qu’ils avaient livrés aux Almohades. S’étant ainsi fait rendre leurs enfants, les Beni Asker rentrèrent sous l’autorité de l’émir Abou-Yahya, pendant que Yaghmoracen continuait sa marche vers Tlemcen.

 

Les Beni-Merîn cherchèrent alors à consolider leur puissance et visèrent à la possession des grandes villes du Maghreb, après en avoir occupé les provinces. Conduits par Abou-Yahya, ils pénétrèrent dans la montagne de Zerhoun et sommèrent les habitants de Meknès à reconnaître la souveraineté de l’émir Abou-Zakaria, seigneur de l’Ifriqiya. Il faut savoir qu’à cette époque, Abou-Yahya admettait la suprématie du khalife hafside. Ayant investi la ville de manière à lui couper les vivres, cet émir harassa les habitants par de fréquentes attaques et les contraignit ainsi à capituler. Ce fut par l’entremise de Yacoub Ibn Abd-el-Hack, frère d’Abou-Yahya, qu’Abou l’Hassan Ibn Abi el Afïa, gouverneur de la place, fut amené à se rendre. Le cadi Abou el-Motarref Ibn Omeira dressa, au nom des habitants, l’acte par lequel ils offraient à l’émir Abou-Zakaria l’assurance de leur dévouement. Pour récompenser les bons services de Yacoub, le sultan [son frère] lui concéda un tiers de l’impôt fourni par la ville conquise. Dès lors, Abou-Yahya ressentit les mouvements de l’ambition ; et, voyant sa tribu animée par l’esprit de la domination, il s’entoura des insignes de la royauté.

 

 

Consterné de la perte de Meknès, le khalife Es-Saîd convoqua ses grands officiers et leur fit un discours dans lequel il exposa comment l’empire s’était avancé pas à pas vers sa ruine:

« Le fils d’Abou-Hafs, leur dit-il, nous enleva l’Ifriqiya; Yaghmoracen-Ibn-Zîan et ses Beni-Abd-el-Ouad détachèrent ensuite de notre royaume la province du Maghreb central et la ville de Tlemcen; ils y proclamèrent même la souveraineté du chef hafside et lui firent espérer qu’avec leur appui, il  pourrait effectuer la conquête du Maroc. Ibn-Houd nous arracha [une parti de] l’Espagne pour y faire reconnaître la suprématie des Abbassides ; et, dans une autre partie du même pays, Ibn-el-Ahmer s’est posé comme partisan des Hafsides. Voici maintenant les Beni-Merîn qui ont soumis les campagnes du Maghreb et qui aspirent à posséder nos villes. Leur émir, Abou-Yahya, vient de prendre Meknès, d’y établir l’autorité des Hafsides et de s’arroger les insignes de la royauté. Si nous souffrons davantage ces humiliations, si nous fermons les yeux sur des événements aussi graves, c’en est fait de  notre empire et peut-être même de notre religion. » A ces paroles, les assistants poussèrent un cri de douleur, et, brûlant d’indignation, ils demandèrent à marcher contre l’ennemi.

Es-Saîd se hâta de rassembler les contingents arabes, les troupes almohades et les tribus masmoudiennes; puis, en l’an 645 (1247-8), il se mit à leur tête et quitta Maroc. Son but était de reprendre Mequinez aux Beni-Merîn, d’enlever ensuite la ville de Tlemcen à Yahmoracen et de terminer sa campagne par la conquête de l’Ifriqiya. Il était déjà parvenu à la rivière Beht, et il passait ses troupes en revue, quand Abou-Yahya pénétra dans le camp sous un déguisement. A l’aspect d’une force aussi imposante, l’émir mérinide reconnut l’impossibilité d’y résister ; et, s’étant rendu à Tazouta, dans le Rîf, il envoya aux diverses fractions des Beni-Merîn l’ordre de venir le rejoindre.

 

Quand Es-Saîd parut sous les murs de Mequinez, les habitants se hâtèrent de lui offrir leur soumission et d’implorer une amnistie. Pour exciter sa commisération, ils envoyèrent au-devant de lui leurs enfants, portant chacun un Coran sur la tête; à côté d’eux, marchèrent les femmes souillées de poussière, la figure découverte, les yeux baissés, et témoignant par leur air humble et soumis, de toute la profondeur de leur affliction. Le sultan accueillit cette députation avec bonté et fit grâce à tous les habitants. Il se dirigea ensuite vers Tèza, où il espérait atteindre les Mérinides; mais Abou-Yahya s’était empressé de les emmener vers le pays des Beni-lznacen. Ce prompt mouvement du chef mérinide eut lieu à la suite d’une communication secrète par laquelle Mohîb, chef des Beni-Autas, l’avait averti que cette tribu complotait sa perte par haine et par jalousie. Arrivé à Aïn-essefa, Abou-Yahya réfléchit sur sa position et vit la nécessité de faire la paix avec les Almohades. D’après ses ordres, les cheikhs mérinides partirent pour Tèza, afin de présenter à Es-Saîd la soumission de leur peuple et de s’engager à marcher contre Yaghmoracen. Le sultan almohade agréa cet offre et consentit à oublier les méfaits1 dont ils s’étaient rendus coupables; mais comme ils lui proposèrent ensuite de se charger eux-mêmes du soin de mettre les Beni Abd el-Ouad à la raison, pourvu qu’il leur fournît un corps de lanciers et d’archers, il y soupçonna un piège enfanté par cet esprit de corps qui porte les tribus de la même race à se soutenir entres elles; aussi, leur ordonna-t-il devenir et de marcher sous ses ordres. Abou-Yahya choisit alors dans les tribus mérinides cinq cents guerriers et chargea son cousin, Abou-Aïad-Ibn-Yahya, petit-fils d’Abou-Bekr-Ibn-Hammama, de les conduire au camp almohade. Es-Saîd les rangea sous ses drapeaux et partit de Tèza avec l’intention de passer jusqu’à Tlemcen et même plus loin; mais il fut tué dans la montagne de Temzezdekt par les Beni Abd el-Ouad. L’armée almohade décampa alors précipitamment et prit la route de Maroc après avoir reconnu pour chef l’émir Abd-Allah, fils d’Es-Saîd, qui avait pris part à cette expédition en qualité d’héritier du trône.

 

Abou-Yahya apprit cette nouvelle chez les Beni-Iznacen où son cousin, Abou-Aïad, était venu le rejoindre avec la troupe mérinide qu’il avait emmenée pendant la confusion causée par la catastrophe de Temzezdekt. Sans perdre un instant, il alla se poster à Guercif pour y attendre l’armée almohade, et, au moment où elle passait, il l’attaqua vigoureusement et la mit en pleine déroute. L’équipage du sultan, les bagages et les armes des troupes tombèrent au pouvoir du vainqueur; la milice chrétienne, ainsi que le corps d’archers ghozzes, entrèrent au service des Mérinides. L’émir Abd-Allah perdit la vie dans cette mêlée sanglante. Dès lors, il ne resta plus aux Almohades le moindre espoir de rétablir leur domination.

 

Abou-Yahya envahit aussitôt le Maghreb pour ne pas donner à Yaghmoracen le temps d’y pénétrer, car il savait comment les Almohades avaient enseigné aux Abd el-Ouadites le chemin du pays. En effet, cette dynastie les avait employés à combattre les Beni-Merîn, et elle avait permis que toute la région située entre Tèza, Fez et El-Kasr, fût violée et foulée aux pieds par les troupes de Yaghmoracen. Ce chef et sa tribu espéraient bien s’emparer du Maghreb entier, mais leurs tentatives échouèrent toujours contre la valeur des Beni-Merîn.

 

Abou-Yahya commença alors ses opérations par la conquête du territoire des Outat et par la prise des bourgades que cette tribu possédait sur le Molouïa. Après avoir soumis la montagne occupée par le même peuple, il marcha sur Fez afin de l’enlever aux descendants d’Abd-el-Moumen et d’y faire proclamer la suprématie du khalife hafside, ainsi que dans tous les pays voisins. Etant arrivé avec sa cavalerie devant la ville, qui avait alors pour gouverneur le cîd Abou l’Abbas, il y pratiqua des intelligences et fit promettre aux habitants une administration paternelle dont ils n’auraient qu’à se louer et une protection efficace contre toute espèce de violence. N’ayant plus aucun espoir d’être secourus par les Almohades, ils acceptèrent avec empressement les offres de l’émir et renoncèrent à la dynastie d’Abd-el-Moumen pour celle des Hafsides. Abou-Mohammed el Fichtali [personnage vénérable par la sainteté de sa vie] se rendit auprès d’Abou-Yahya et lui fit prendre Dieu à témoin qu’il remplirait ses engagements par le soin qu’il aurait des habitants de Fez, par la protection qu’il leur accorderait et par sa> conduite juste, paternelle et généreuse à leur égard. La démarche de ce saint homme amena la solution de cette affaire difficile ; elle attira même sur les parties contractantes une bénédiction dont les bons effets s’étendirent à leur postérité. Ce fut à Er-Rabeta, en dehors de la porte de Fotouh que l’on prêta le serment de fidélité à l’émir Abou-Yahya. Au commencement de l’an 646, deux mois seulement après la mort d’Es-Saîd (août /sept. 1248), on installa dans la citadelle de Fez le premier souverain mérinide. Le cîd Abou l’Abbas eut l’autorisation de se retirer, et il se fit prêter une troupe de cinquante cavaliers pour l’escorter jusqu’à l’autre côté de l’Omm-Rebiâ.

 

 

Après avoir effectué cette conquête, l’émir Abou-Yahya marcha sur Tèza, ville où le cîd Abou-Ali exerçait le commandement. Quatre mois de siège suffirent pour la réduction de ce ribat; et, comme la garnison s’était rendue à discrétion, on en passa une partie au fil de l’épée. Abou-Yahya répara les fortifications de Tèza; et quand il eut rétabli l’ordre dans les environs, il le concéda, avec les bourgades du Molouïa, à son frère Yacoub Ibn Abd-el-Hack. Rentré à Fez, il reçut une députation de cheikhs appartenant à la ville de Mequinez, qui vinrent lui offrir leurs hommages et renouveler leur serment de fidélité. Peu de temps après, Salé et Ribat-el-Feth lui envoyèrent leur soumission.

 

Devenu maître des quatre principales villes du Maghreb et de toutes les campagnes de ce pays jusqu’à l’Omm-Rebiâ, l’émir Abou-Yahya y fit proclamer la suprématie du khalife hafside, et il en instruisit ce prince par l’envoi d’une ambassade.

Les Beni-Merîn prirent ainsi possession du Maghreb-el-Acsa, pendant que les Beni Abd el-Ouad occupaient le Maghreb central, que les Hafsides tenaient l’Ifriqiya et que l’empire fondé par Abd-el-Moumen penchait vers sa ruine.

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Algérie: Monuments aux morts ‘de l’époque coloniale’

15122016

 

 

 

 

Les monuments aux morts qui valent comme exemple des pratiques commémoratives autour des morts, jouent un rôle qui dépasse le souvenir de ceux qu’ils sont supposés faire survivre dans la mémoire. Ces morts servent à l’identification de valeurs, mais le monument s’impose aussi comme la manifestation d’une dette à l’égard de la vie perdue afin de conférer un sens à la survie. Enfin les morts sont commémorés comme morts.

Mais en commémorant des victimes de mort violente les monuments posent le problème de la justification de cette mort. Le sens du « mourir pour » est établi par les survivants. Ainsi, la différence entre la mort appartenant au passé, dont on se souvient, et l’offre d’interprétation visuelle proposée par un monument aux morts renvoie à un double processus d’identification. Les morts sont censés avoir défendu une cause qui est la même que celle que soutiennent les survivants qui érigent le monument.

 

 

 

 

En France, après la guerre de 1870-1871, tardivement, on avait construit quelques monuments aux morts, dans la vague de la « statuomanie » de la IIIème République naissante. Peu de communes avaient suivi cette idée. Les monuments à la mode étaient plutôt destinés à honorer des individus particuliers.

Pendant la 1ère guerre mondiale, dés 1915, devant les chiffres de l’hécatombe et le peu de grandeur des listes dactylographiées placées dans les mairies, d’aucuns commencent à penser à la commémoration, à ses formes. Jean Ajalbert lance en 1916 une enquête auprès de personnalités. L’idée de la construction de monuments y est majoritaire. Il ne s’agit pas de tombeaux, puisque les combattants sont enterrés ailleurs ; leurs corps sont restés auprès du lieu de leur mort dans les cimetières militaires ou ont été rapatriés dans les caveaux familiaux des cimetières communaux.

Les noms sont gravés, la plupart du temps par ordre alphabétique, sans mention de grade. Tous les morts d’une commune sont ainsi honorés à égalité sur ces cénotaphes.     

Après la guerre (1914-18), toutes les communes françaises ou de l’espace français ont fait construire un monument aux morts ; tout comme dans les pays étrangers qui ont participé à la guerre, mais de façon beaucoup moins systématique qu’en France dont son espace compte presque 35 000 monuments.

 

 

 

Un grand nombre de Monuments aux Morts de l’Algérie ont été démolis à l’indépendance, d’autres ont été entièrement ou en partie rapatriés en France, enfin quelques-uns sont toujours en place.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Algérie: Monuments aux morts ‘de l’époque coloniale’ dans Histoire 54

 dans Photos

ORAN – Monument aux Morts & Square du Souvenir

 

 

 

 

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AUMALE (Sour El Ghozlane) - église & Monument aux Morts

 

 

 

 

ALGER – Le Monument aux Morts et le Gouvernement Général ; 1880

 

 

 

 

BLIDA – monument aux morts

 

 

 

 

  

  

ALGER – Le Monument aux Morts & l’horloge florale

 

 

 

 

BOUIRA – le monument aux morts

 

 

 

 

DJIDJELLI – Rue Vivonne & Monument aux Morts

 

 

 

 

  

SETIF – Monument aux Morts

 

 

 

 

ZERALDA – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

COLOMB BECHAR – Le Monument aux Morts à la mémoire de la légion étrangère

 

 

 

 

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Le Palais consulaire & le Monument aux morts

(1914)

BONE – Le Monument aux morts

 

 

 

 

 

MASCARA – Monument aux morts de la Grande Guerre

 

 

 

 

KHROUB – Monument aux Morts

 

 

 

 

 

TIZI OUZOU – Monument aux Morts

 

 

 

 

La corniche et monument aux morts  

CONSTANTINE – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

ALGER – Président M. Doumergue au Monument aux Morts 1930

 

 

 

 

ALGER – Notre Dame d’Afrique : Le Monument aux Morts de la Mer

 

 

 

 

MOSTAGANEM – Monument aux Morts

 

 

 

 

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RELIZANE – Monument aux Morts et Hôtel des Postes

 

 

 

 

 

SIDI BEL ABBES – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

M’SILA – Monument aux morts

 

 

 

 

   

LALA MAGHRNIA – Monument aux Morts et la Mairie 

 

 

 

 

BOUGIE – Monument aux Morts

 

 

 

 

BATNA – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

ARZEW – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

AKBOU – Le Monument aux morts

 

 

 

 

 

TENES – La Place de L´Eglise & Monument aux Morts 

 

 

 

 

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VIALAR (Tissemsilt) – Monument aux morts

 

 

 

 

BERROUAGHIA – monument aux morts

 

 

 

 

ORAN -  Monument aux Marins morts pour la France

 

 

 

 

TAMANRASSET – monument aux morts

 

 

 

 

ALGER- Le Monument aux Marins

 

 

 

 

 

Avant la cérémonie

Discours de Houbé député d’Alger

 

Discours de Lutaud

 

Discours de Colin


Discours de Bailloud

 

ALGER – Inauguration du Monument aux Morts de l’Armée d’Afrique le 27 octobre 1912

 

 

 

 

MOSTAGANEM – Mairie et Monument aux Morts illuminés 14 Juillet 1952

 

 

 

 

LAGHOUAT – Le Monument aux Morts et la Mosquée 1909

 

 

 

 

El-Affroun

 

 

 

 

PHILIPPEVILLE – Monument aux MORTS

 

 

 

 

SIDI BEL ABBES – monument aux morts de la Légion 

 

 

 

 

AUMALE – Monument élevé aux mobiles tués pendant l´insurrection de 1871

 

 

 

 

NEMOURS (Ghazaouet)- Monument aux morts

 

 

 

 

TIPASA – Monument aux Morts – Mairie

 

 

 

 

SOUK AHRAS – Monument aux Morts & Square du Souvenir

 

 

 

 

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Ain El Turck – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

EL KSEUR : rue principale et le monument aux morts 

 

 

 

 

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Oran – Monument aux mort de la mer

 

 

 

 

MEDEA – monument aux morts et rue Gambetta

 

 

 

 

ORAN – Le lycée et le monument Eugène Etienne aux élèves morts ‘pour la patrie’

 

 

 

 

SETIF – place du Monument sous la neige

 

 

 

 

CASTIGLIONE (Bou Ismaïl) – Monument aux Morts

 

 

 

 

TEBESSA – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

DESCARTES (Aïn-Tellout) – Monument aux mort

 

 

 

 

AIN TEDELES : MOSTAGANEM – jardin public, avec le monument 1957

 

 

 

 

SOUK AHRAS – Le monument aux morts et halle aux grains

 

 

 

 

ALGER – Monument à la mémoire des morts de l’armée d’Afrique

 

 

 

 

MERCIER LACOMBE (Sfisef) – Le monument aux Morts

 

 

 

 

MISSERGHIN – Mairie et Monument

 

 

 

 

AIN TEMOUCHENT – Place GAMBETTA, et Monument aux Morts

 

 

 

 

LAMBESE – monument aux morts

 

 

 

 

ALGER – Boulevard Carnot, Monument aux Morts aux Marins 1953

 

 

 

 

AMPERE (Aïn Azel) – Monument aux morts

 

 

 

 

BENI SAF – le monument aux morts les années 1920

 

 

 

 

MAISON-CARREE (El-Harrach) – le monument aux morts

 

 

 

 

 

 

JEMMAPES (Azzaba) – Le monument aux morts

 

 

 

 

Saïda – Le monument aux morts de la grande guerre

 

 

 

 

ORLEANSVILLE – Le monument aux morts

 

 

 

 

PERREGAUX (Mohammadia) – La place Louis Laurent et le Monument aux morts (1914 – 18) (1939 – 45) en 1958.

 

 

 

 

AIN-TEMOUCHENT – La place et le monument aux morts

 

 

 

 

PALIKAO (Tighennif) – Monument aux morts

 

 

 

 

LAGHOUAT – Monument aux morts

 

 

 

 

HAMMAM BOU HADJAR – Hôtel de ville et monument aux morts

 

 

 

 

LAPASSET (Sidi Lakhdar / Mostaganem) – monument aux morts

 

 

 

 

MARENGO (Hadjout) – Le Monument aux Morts

 

 

 

 

PERREGAUX – Inauguration du monument aux morts

 

 

 

 

BOUGUIRAT - monument aux morts

 

 

 

 

 

 

THIERSVILLEGhriss ) – monument aux morts

 

 

 

 

TREZEL – monument dans le jardin public

 

 

 

 

OUENZA – monument aux morts

 

 

 

 

BORDJ-MENAIEL - monument aux morts

 

 

 

 

RIO SALADO (EL MALAH) – La place et le monument aux morts

 

 

 

 

GERYVILLE – monument aux morts

 

 

 

 

  

EL BIAR – l’église et le monument aux morts

 

 

 

 

AIN EL ARBA 

 

 

 

 

LAFERRIERE (Chaabat el leham / Aïn Témouchent) -  le monument aux morts

 

 

 

 

Arzew – Monument aux Marins Morts pour la France

 

 

 

 

HAMMAM BOU HADJAR – Hôtel de Ville Monument aux Morts

 

 

 

 

  

MILIANA – monument aux morts et sous préfecture

 

 

 

 

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GUELMA – monument aux morts 1914 – 1918

 

 

 

 

FORT NATIONAL – Monument aux Morts et Porte d’Alger

 

 

 

 

CHERCHELL - Monument aux Morts

 

 

 

 

SAÏDA – Monument aux Morts

 

  

 

 

COURBET (Zemmouri) -  Place du Monument aux Morts le 01 octobre 1931

 

 

 

 

AZAZGA – monument aux morts

 

 

 

 

BOUFARIK – monument aux morts

 

 

 

 

AÏN BEIDA – monument aux morts

 

 

 

 

PHILIPPEVILLE – Inauguration Monument aux Morts des Bombardement du 4 août 1914, photo prise le 30 août 1937

 

 

 

 

 

OUED IMBERT (Ain El Berd) – Le Monument

 

 

 

 

AÏN BESSEM (Dept de Medea) – La Mairie et le Monument aux Morts, 1964

 

 

 

 

 

DJELFA – monument aux mort et l’église

 

 

 

 

DELLYS – L´Eglise et le Monument aux Morts Guerre de (1914 -1918),  1925

 

 

 

 

 

TLEMCEN – Monument aux Morts & le jardin public (entre les années 195060)

 

 

 

 

TOCQUEVILLE (Ras El Oued ) – le monument aux morts

 

 

 

 

  

AFFREVILLE (Khemis Miliana)- Monument aux Morts

 

 

 

 

ROUIBA – Monument aux Morts

 

 

 

 

BORDJ BOU ARRERIDJ – Monument aux mort de 1870 et la Cours de Cheyron, 1950

 

 

 

 

TENIET EL HAAD – Monument aux morts

 

 

 

 

KOUBA / Rue centrale – bâtiments communaux et monument aux morts

 

 

 

 

CONSTANTINE – Monument aux morts de la place de la BRECHE

 

 

 

 

NOVI (Sidi Ghiles / Tipaza) – Le Monument aux morts de la Guerre 

 

 

 

 

DOUERA – Le monument aux morts, 1930

 

 

 

 

TLEMCEN – Le Monument

 

 

 

 

SOUK AHRAS – Inauguration du monument aux morts le 23 janvier 1921

 

 

 

 

INKERMANN (Oued Rhiou) – Le monument et la salle des fêtes 

 

 

 

 

 

Discours du Maire Gassiot Talabot

 

Discours de Mr Smatti

 

Discours de Mr Lévy Charles

 

Discours de Mr Mariani, Sous-préfet

 

Les Courses

 

Discours de Mr le Curé

 

Vue du Monument

 

Vue de la Chapelle

 

Plaque commémorative

 

Sortie de l’Eglise

 

 

La Tribune officielle

 

 

Une vue

 

 

La Fantasia

 

TOCQUEVILLE (Ras El Oued) – Fête Inauguration du Monument aux Morts, 16 septembre 1922

 

 

 

 

BEDEAU (Ras El Ma / Sidi Bel Abbès) – Monument aux Morts

 

 

 

 

MONTAGNAC (Remchi)

 

  

 

   

BIRKADEM – la place centrale l’église et le monument aux morts

 

  

 

 

 

ALMA (Boudouaou) – L´Eglise et le Monument aux Morts

 

 

 

 

SETIF – Inauguration du Monument aux morts le 12 novembre 1922

 

 

 

 

AIN M’LILA – monument aux morts 

 

 

 

 

MAISON-BLANCHE (Alger) – Place du Monument 

 

 

 

 

ROUTE DE TIZI OUZOU A MICHELET – Le Monument

 

 

 

 

DRA EL MIZAN – Eglise et monument aux morts

 

 

 

 

 

BISKRA – Le monument aux morts 1934

 

 

 

 

MECHERIA – Monument aux Morts

 

 

 

 

OUED EL ALLEUG – Le Kiosque – Monument aux Morts – Eglise, place centrale, Gendarmerie 1951

 

 

 

 

ST-DENIS-DU-SIG (Sig / Mascara) – Monument aux morts

 

 

 

 

ENVIRONS DE COLOMBWIMPFFEN-ABADLA – Inauguration du Monument aux morts  

 

 

 

 

AMMI-MOUSSA (Relizane) -  Habitations, ânes, monument aux morts, dar el askri, mosquée

 

  

 

 

FORT DE L’Eau – Rue Baronne de Vialar et le monument aux morts

 

 

 

 

CONSTANTINE – Monument aux Morts, Tombeau des Braves, Armée d’Afrique, Zouaves, les années 1900

 

 

 

 

Mr REGNIER arrivé à ALGER, s’est rendu au Monument aux Morts de la ville

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Autres monuments commémoratifs

 

 

 

 

PHILIPPEVILLE (Skikda) – Square de la République et le Monument des Zouaves

 

 

 

 

ORAN - Monument de sidi Brahim à la mémoire du 8e Bataillon de Chasseurs d’Orléans et du 2e Hussards 

 

 

 

 

NEMOURS (Ghazaouet)- Monument de Bab El Assa élevé à la mémoire des soldats qui subirent un des premiers chocs au combat de Beni Snassen le 17 novembre 1907  

 

 

 

 

 

 

CONSTANTINE -  Monument Lamoricière

 

 

 

 

 

TLEMCEN – monument du 2° Chasseurs

 

 

 

 

 ALGER – Inauguration du Monument Lamy le 27 mai 1906

 

 

 

 

PHILIPPEVILLE (Skikda) – Monument érigé à la gloire du 3ème Zouaves

 

 

 

 

COÉLA – Groupe de soldats Zouaves  devant Le monument Lamoricière

 

 

COÉLA – Monument Lamoricière et rue de la République

 

 

 

 

Environs de COLOMB-BÉCHAR – Le Monument du maréchal Leclerc de Haute cloque (lieu de l´accident)

 

 

 

 

 

BISKRA - Monument du Cardinal Lavigerie

 

 

 

 

SAÏDA – le monument de la légion 1942

 

 

 

 

TAGHIT – Inauguration du monument commémoratif du siège (1901) le 17 août 1904

 

 

 

 

SAÏDA – L´inauguration du monument de la Légion étrangère le 1er mai 1910

 

 

 

 

SIDI-BEL-ABBES – Monument d’Icare

 

 

 

 

 

OUARGLA – Monument FLATTERS ,massacrée par les Touareg

 

 

 

 

Touggourt - Monument Citroën et arcades de la place

 

 

 

 

TIZI OUZOU : Aïn El Hammam – De FORT NATIONAL à MICHELET Monument d´Icherriden

 

 

 

 

TEBESSA – Monument commémoratif de l’expédition de Tunisie érigé en 1883

 

 

 

 

TAMANRASSET  - Monument Laperrine – Tombe du Père Foucauld – Tombes des soldats tués en même temps que le Père le 1er décembre 1916

 

 

 

 

MOSTAGANEM – Monument du 1er Tirailleur

 

 

 

 

ALGER : SIDI FERRUCH – Monument commémoratif du débarquement des Français en 1830

 

 

 

 

ORAN – place Gambetta et monument à Gambetta

 

 

 

 

ALGER – Monument du Commandant Lamy

 

 

 

 

TILOUA EL KEMIS – La maison forestière et le Monument commémoratif où une expédition fut engloutie par une tourmente de neige en 1852

 

 

 

 

BOUFARIK – Monument aux Colons

 

 

 

 

FORT-NATIONAL – Monument de Tamazirt

 

 

 

 

 BOUFARIK – Le monument Blandan (né a Lyon mort a Boufarik)

La statue Sergent Blandan à Lyon 

 

 

 

 

 

 

 ORLEANSVILLE – Monument de la Place Paul Robert 1954

 

 

 

 

LE TELAGH : SIDI BEL ABBES- monument de la république

 

 

 

 

ORAN – le monument du maréchal Lyautey

 

 

 

 

TIARET – Poste et Monument Lamoricière 

 

 

 

 

TLEMCEN – PLACE D’ALGER ET MONUMENT DU GENERAL CAVAIGNAC

 

 

 

 

SAIDA – Inauguration du Monument de la Légion 1er prix la Casserole Légionnaires Légion Etrangère

 

 

 

 

PHILIPPEVILLE – Maison du Colon & Monument Belloc 

 

 

 

 

BÖNE (ANNABA) – Inauguration du monument Bertagna

 

 

 

 

ALGER – Monument GUYNEMER

 

 

 

 

ALGER – Monument CHARLES DE GALLAND

 

 

 

 

LA CALLE – Le Monument SANSON NAPOLON

 

 

 

 

AÏN SEFRA – Monument Lyautey

 

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ORAN – Monument Giraud, 1913

 

 

 

 

CONSTANTINE – Monument Lieutenant Général DAMREMONT

 

 

 

 

COLOMB BECHAR – Monument Lyautey et Services Administratifs

 

 

 

 

Monument Centenaire Algérie de Sidi Ferruch 1930

 

 

 

 

FRONTIERE ALGERO MARCAINE- Monument des colonnes MARTINPREY EN 1910

 

 

 

 

DJIDJELLI – Monument du Souvenir

 

 

 

 

 

PALESTRO - Monument à la mémoire des victimes insurrection de 1871

 

 

 

 

 

ALGER – Square La ferrière, Place du Monument Viviani 

 

 

 

 

ORLEANSVILLE – Monument à  PAUL ROBERT

 

 

 

 

SIDI BEL ABBES – Rue Prudhom et monument du souvenir, 1910

 

 

 

 

CONSTANTINE – Monument GAMBETTA

 

 

 

 

CAMP DU MARECHAL (Tadmaït ) – Monument au comte d’HAUSSONVILLE

 

 

 

 

BONE – Le Monument De Jerome Bertagna (entre 1900 – 1910)

 

 

 

 

ALGER – Le Monument des Naufragés

 

 

 

 

CONSTANTINE – Le monument Damrémont

 

 

 

 

 

ORAN – Monument des cheminots de l’Oranie morts pour la France (1914 – 18)  

 

 

 

 

ALGER – Monument, Statue du Duc d’Orléans, Mosquée Djema Djedid, les années 1950

 

 

 

 

Centenaire de la conquête de L´Algérie – inauguration du monument du Baron d’ Haussez

 

 

 

 

DOUERA – MAIRIE et MONUMENT BABILEE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 




Lawrence d’Arabie, récit d’une légende

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Lawrence d'Arabie, récit d'une légende dans Documentaires 1478437830-xvm4ef1716a-f4bd-11e4-8477-3ac413eb961c

Thomas Edward Lawrence soldat et agent britannique, en uniforme et en 1919 portant le costume arabe

 

 

 

 

 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Thomas Edward Lawrence a vingt-six ans et voici déjà quatre ans qu’il passe le plus clair de son temps en Syrie et en Mésopotamie. Passionné par la cause de l’indépendance arabe, alors confisquée par les Turcs, alliés des Allemands, le bouillant aventurier devient le principal conseiller militaire de l’émir Fayçal. Quatre ans plus tard, Lawrence d’Arabie est devenu une légende vivante. Lors des négociations de paix, à Versailles, l’indépendance arabe, pourtant promise, passe à la trappe. Outré, Lawrence retourne à l’anonymat et publie, en 1926, un livre capital, «Les Sept Piliers de la sagesse», récit à la fois clair et mystérieux de la révolte arabe. Toujours indompté, il se tue en 1935, dans un accident de motocyclette.

 

 

 

 

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La question basque

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La question basque dans Histoire 1479019180-161009030237576759

 

 

 

 

Alors que le Pays basque dispose d’une autonomie très avancée depuis 1979, la violence d’ETA (Euskadi ta Askatasuna ; Pays basque et liberté) s’est accentuée et interroge. Produit d’un nationalisme  basque radical et de la répression de la dictature franquiste, l’organisation n’a pas pu s’affranchir d’une violence idéologique et pratique (depuis 1968, 817 morts sont imputés à l’ETA). En outre, la structure clandestine et le conflit ouvert avec l’Etat  espagnol ont perpétuellement radicalisé un mouvement abertzale qui n’a pas su s’adapter à la transition démocratique espagnole, débutée en 1975. ETA souhaite l’indépendance des sept provinces dites « historiques », réparties entre l’Espagne (Guipúzcoa, Biscaye, Alava et Navarre) et la France (Labourd, Soule et Basse-Navarre), un territoire qui représente 20 500 kilomètres carrés et trois millions d’habitants (246 000 dans la partie française) aujourd’hui.

L’histoire nationaliste connaît trois évolutions importantes. La première se situe en 1876, avec la fin des guerres carlistes (1833 – 1876) qui ont opposé les partisans du roi Alphonse XII, favorables à une plus grande centralisation, et ceux du prétendant absolutiste Don Carlos, bien implantés au Pays basque. Ces notables ruraux se battaient pour le respect de la loi salique, l’Eglise catholique et la préservation des fors (fueros), ensemble de privilèges fiscaux et juridiques qui garantissaient une relative autonomie régionale. La défaite de Don Carlos –entraînant la suppression des fueros-, l’industrialisation naissante de la région de Biscaye et une immigration croissante engendrèrent les prémisses d’un mouvement nationaliste à partir d’un discours à la fois antimoderniste, catholique et foraliste.

 

 

 

 

 

 

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En 1895, Sabino Arana (1865 – 1903) crée le Parti nationaliste basque (PNV) et le drapeau basque. Dans un contexte d’industrialisation croissante et de faiblesse de la monarchie libérale, il construit une doctrine nationaliste organiciste, fondée sur l’existence d’une race basque autour d’une langue (l’euskara), de la cohésion d’une ruralité mythifiée et de la construction d’un ennemi séculaire, l’Etat central. Cette évolution conduit à la revendication d’une indépendance de la région, en lieu et place d’une simple autonomie. En dépit de la mort précoce et des évolutions autonomistes d’Arana, le parti nationaliste poursuivit son essor, au début du XXe siècle, en insistant sur la question religieuse, au point de changer son nom en Communion nationaliste basque en 1916. Fragilisée par une scission des plus radicaux, en 1921, et la répression officielle de la dictature de Primo de Rivera (1923 – 1930), le parti nationaliste se recentra sur l’action sociale et syndicale.

La troisième évolution, qui conduit in fine à la création d’ETA, se déroule pendant la guerre civile espagnole et l’instauration du régime de Franco en 1939. Mal à l’aise vis-à-vis d’une république laïque et anticléricale, instaurée le 14 avril 1931, le mouvement nationaliste, proche de la droite carliste antirépublicaine, adopte une position de neutralité, poursuivant son objectif indépendantiste. En pleine exacerbation des tensions entre nationalistes et républicains, cette visée conduit un Parti nationaliste basque réunifié à se rapprocher des derniers, seuls à même de leur octroyer l’autonomie. Avec le déclenchement de la guerre, la polarisation politique s’exacerbe et l’octroi du statut d’autonomie, en 1936, pour Biscaye et Guipúzcoa, fait basculer les nationalistes dans le camp républicain tandis que la Navarre rejoint Franco. Ce clivage a profondément marqué les trajectoires singulières des provinces jusqu’à aujourd’hui, la Navarre se distinguant des revendications séparatistes. Victorieux, Franco réalise l’oppression étatique, depuis longtemps dénoncée par les indépendantistes basques : répression sanglante, interdiction de l’euskara et des symboles basques (drapeau, vêtements, etc.). Le PNV en exil commence une longue traversée du désert politique qui s’achève par une nouvelle division entre nationalistes et la création d’ETA, le 31 juillet 1959.

 

Par rapport au parti nationaliste originel, ETA marque une rupture : il modifie son recrutement social en se tournant vers les étudiants et les ouvriers et radicalise sa pratique terroriste. Sa doctrine reprend les thèmes historiques de Sabino Arana, mais remplace la thématique radicale par celle de l’ethnie (d’où l’importance corrélative de l’euskara), minore l’influence religieuse et requiert une identification totale à la cause nationaliste. La « guerre révolutionnaire », théorisée par Federico Kruwig, exige de transcender l’allégeance civile à l’Etat et légitime le recours à la violence physique. Dans le contexte de la dictature franquiste, l’oppression « historique » du pouvoir central est effective et solidarise une partie importante de la population autour du mouvement abertzale. Le camp nationaliste se structure alors entre pacifistes et partisans de la violence. A partir de 1968, ETA est en conflit ouvert contre une dictature dont il exacerbe la décadence à travers le célèbre procès de Burgos en 1970. Modifiant son idéologie vers une ligne tiers-mondiste et révolutionnaire, l’organisation accroît ainsi son audience nationale et internationale, tout en poursuivant un terrorisme sanglant ; le 20 décembre 1973, assassinat du président du gouvernement, Luis Carrero Blanco, et, le 13 septembre 1974, attentat à Madrid (13 morts), qui provoque un nouveau schisme. En 1974, le 6e assemblée générale consacre l’éviction des éléments les plus radicaux qui formeront l’ETA militaire, alors que les modérés fondent l’ETA politico-militaire (Euskadiko Eskerra), qui récusera la lutte armée puis fusionnera avec les socialistes basque en 1993.

 

 

 

 

 

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Réunion lors de la création en 1978 du parti Herri Batasuna avec Jokin GorostidiTelesforo MonzónPatxi ZabaletaJon Idigoras et Txomin Ziluaga.

 

 

 

 

 

Avec la chute du franquisme et la transition démocratique, le PNV, proche de la démocratie-chrétienne, et ETA s’insèrent dans le jeu politique. Le PNV, négocie avec le gouvernement Suarez un statut d’autonomie pour le Pays basque ; de son côté, l’ETA militaire fonde une coalition d’extrême gauche (Herri Batasuna), cautionnant la lutte armée et solidaire de l’organisation clandestine. Malgré les promesses du PNV, la marche vers l’autonomisation, adoptée par le référendum en octobre 1979, n’arrête pas le terrorisme de l’organisation (234 morts entre 1978 et 1980), frustrée du manque de reconnaissance de sa résistance contre le franquisme. Les premières élections au Parlement basque de 1980 consacrent la victoire du PNV. La Communauté autonome du Pays basque dispose, depuis, du statut régional le plus avancé de la monarchie : le Trésor public basque perçoit un impôt dont une partie est réservée à Madrid (6.24%), le gouvernement autonome bénéficie de compétences en matière de sécurité routière et de droit commun (il existe une police basque, l’Ertzaintza, qui agit aux côtés de la Guardia Civil et de la police national), et la radio et la télévision publiques sont en langue basque. Toutefois, ETA, dont l’idéologie avait construit une dichotomie profonde entre identités basque et espagnoles, est perturbée par cette identité hybride, à la fois basque et espagnole qui invalide le thème de la résistance séculaire contre l’Espagne.  

C’est pourquoi, en dépit de cette autonomie historique, l’activisme etarra maintient une pression constante au Pays basque avec la guérilla urbaine, la Kale borroka. ETA ne questionne pas sa représentativité populaire : consciente de ne pas rassembler une majorité de la population (Henri Batasuna regroupe peu ou prou 15% de l’électorat basque), elle se considère comme une avant-garde et reprend à son compte les acquis de l’autonomie. De plus, elle table sur le surcroît de sympathie chez les jeunes générations, dues aux révélations sur la « sale guerre » des GAL (Groupe antiterroristes de libération) menée par le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez entre 1983 et 1986 (23 assassinats de militants d’ETA).

Sa violence terroriste modifie pourtant la donne. Après deux attentats à Saragosse et Barcelone, qui font 22 morts en 1987, les partis nationalistes signent le pacte d’Ajuria Enea qui nie toute légitimité à l’action terroriste et consacre les avancées du statut de Guernica. En dépit de ce fond politique commun, la région ne se pacifie pas-d’autant que les négociations d’Alger, menée de janvier à avril 1989 entre les représentants de l’ETA et le gouvernement socialiste de Felip Gonzalez, se concluent par un échec.   

Avec la décapitation de sa direction en 1992, l’ETA réorganisée comprend que la victoire militaire de l’Etat est utopique et se recentre sur une stratégie de déstabilisation pour amener le pouvoir central à négocier sur ses revendications et garder une capacité de nuisance.

L’arrivée au pouvoir de la droite du Parti populaire (PP) de José Maria Aznar, en mai 1996, coïncide avec le début d’une inflexion historique pour le mouvement etarra. L’émotion populaire suscitée par l’assassinat en 1997 du jeune député du Parti populaire, Miguel Angel Blanco, et la répression menée par le gouvernement affaiblissent l’organisation. Le pouvoir mène sa lutte sur deux fronts : contre le soutien politique apporté à l’ETA (poursuites engagées contre 23 membres de la direction d’Henri Batasuna pour « collaboration avec une bande armée ») et contre la violence de rue des Jeunesses indépendantistes du mouvement Jarrai (dispositions anti-casseurs). Toutefois, la gestion uniquement policière du conflit légitime paradoxalement la représentation d’une organisation en guerre contre l’Etat. Les années 1990 marquent un recul général de l’influence nationaliste au Pays basque, obligeant le Parti nationaliste basque à partager le gouvernement autonome, au sein de coalitions avec le Parti populaire ou le Parti socialiste (PSOE). Afin de renforcer sa légitimité, le PNV revendique alors le droit à l’autodétermination et se rapproche d’Henri Batasuna .

 

 

 

 

 

 

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En septembre 1998, l’ensemble des partis basques (PNV, Henri Batasuna et la gauche nationaliste d’Eusko Alkartasuna) signe le pacte de Lizarra pour fonder un front nationaliste commun autour d’une revendication d’indépendance de l’ensemble du Pays basque (Navarre et territoire français y compris) au sein d’une Europe fédérale. Le 17 septembre, ETA annonce « une trêve unilatérale et illimitée » pour contribuer au dialogue engagé. Le scrutin législatif d’octobre 1998, effectué sans la menace terroriste, confirme la pluralité du paysage politique basque et le partage des voix entre nationalistes et non-nationalistes (PP, PSOE). En novembre 1998, le gouvernement Aznar autorise des discussions directes avec ETA, qui ont lieu en Suisse en mai 1999, afin de négocier une reddition sans contrepartie politique. Pourtant, le 3 décembre 1999, l’organisation met fin à quatorze mois de trêve et relance une campagne d’attentats spectaculaires, justifiée par la promesse non tenue du PNV d’entamer un processus d’indépendance. En 2000, les deux principaux partis nationaux (PP et PSOE) signent un pacte antiterroriste, alors que 23 personnes tombent sous les balles etarra.

Depuis, si le mouvement abertzale a réaffirmé le principe de lutte armée, il a connu une rapide marginalisation, marquée par deux coups durs : son inscription sur la liste européenne et américaine des organisations terroristes et l’offensive judiciaire du juge Baltasar Garzon, contre ses organisations de jeunesse (Haika et Segi), son appareil international (Xaki) et ses journaux (Egin, Egunkarria). En mars 2003, la coalition politique Henri Batasuna est mise hors la loi tandis que le mouvement connaît des difficultés croissantes de financement. Si elle a montré dans son histoire des capacités de réorganisation, ETA paraît durablement affaiblie et ne compte plus, à l’automne 2004, que 250 militants (dix fois moins que dans les années 1980) ; 700 etarras sont en prison. La coopération sécuritaire franco-espagnole porte ses fruits : le 3 octobre 2004, des policiers français arrêtent, en Béarn, Mikel Albizu Iriarte (alias Mikel Antza), leader de l’organisation depuis 1992. Le nouveau chef indépendantiste, José Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea, dit Josu Ternera, maintient à la surprise générale une ligne dure pour tenter de compenser la faiblesse de l’organisation et l’inexpérience des militants. A cela s’ajoute, la disparition du monopole du thème de l’indépendance, porté également par le PNV, l’absence d’une figure charismatique, à l’instar de Gerry Adams en Ulster, et une violence, résiduelle mais persistante, rejetée par une majorité de la population basque qui y voit un frein au développement économique.

Cette faiblesse opérationnelle et politique, accentuée par l’appel de six leaders historiques emprisonnés à l’abandon de la lutte armée en août 2004, ouvre une fenêtre d’opportunité, saisie par le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero. Dans une Espagne traumatisée par les attentas du 11 mars 2004, hermétique à toute revendication portée par un groupe terroriste, et dirigée par un Premier ministre déterminé à ouvrir un processus de paix analogue à celui d’Irlande du Nord, le mouvement déclare une trêve des opérations armées le 22 juin 2005, suivie d’un cessez-le-feu permanant, le 22 mars 2006. Négociant la fin de la violence contre la libération de 462 etarras, le gouvernement favorise des discussions entre les parties nationalistes sur le statut juridique du Pays basque ; celui-ci devant s’accompagner de la reconnaissance du droit des Basques à décider de leur avenir. Las, la situation c’est dramatiquement dégradée avec un nouvel attentat mortel à Madrid, le 30 décembre 2006, tandis qu’ETA continuait ses extorsions et la kale borroka. Dans un climat alourdi par l’opposition de droite critiquant, fait inédit, la politique antiterroriste du gouvernement, les discussions ont achoppé sur l’inclusion de la Navarre dans le future entité, sans même évoquer celle de la partie française, fermant provisoirement la courte page du processus de paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Encyclopédie de la culture politique contemporaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Islam Akhun

26072016

 

 

 

Vers la fin du XIXe siècle, apparurent pour la première fois dans les bazars des oasis du Turkestan quelques manuscrits anciens, rédigés dans des langues inconnues et qui avaient été retrouvés par hasard par les pilleurs de trésors locaux. Le plus célèbre de ces manuscrits, appelé manuscrit Bower du nom du jeune lieutenant anglais qui l’acheta, fut déchiffré par l’orientaliste anglo-allemand Augustus Rudolf Hoernle.il s’agissait de plusieurs textes incomplets de médecine et de nécromancie datant du Ve siècle, écrits en sanscrit avec l’alphabet brahmani.  La découverte de ce qui était à l’époque l’un des plus anciens documents au monde provoqua une véritable chasse aux manuscrits parmi les orientalistes et archéologues  occidentaux. Quant aux pilleurs de trésors d’Asie centrale, il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre l’intérêt financier que représentaient soudainement ces vieux papiers qu’ils considéraient autrefois comme étant sans valeur.

 

 

 

 

 

 

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Photo d’Islam Akhun prise par Stein en 1900

 

 

 

 

 

 

L’une des sources principales de manuscrits fut un certain Islam Akhun, un marchand de Kashgar, qui avait fourni entre 1895 et 1898 une quantité de documents à Rudolf Hoernle ainsi qu’à George Macartney et à Nikolaï Petrovski, les consuls britannique et russe à Kashgar. Plusieurs de ces textes posaient des problèmes considérables aux spécialistes qui ne parvenaient pas à les déchiffrer et qui commencèrent à douter de leur authenticité. Ce fut Aurel Stein, lors de sa première expédition, qui parvint à élucider le mystère en découvrant que la fameuse « bibliothèque » d’Islam Akhun, située entre Hetian et Guma, n’était rien d’autre qu’une étendue de sable vide.

 

 

 

 

 

 

 

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Document falsifié et vendu par Islam Akhun à George Macartney à Kashgar 1896

 

 

 

 

 

 

 

Mis en présence des preuves de la falsification de ces documents, Akhun expliqua à Stein comment il avait procédé. Au désespoir de retrouver de véritables manuscrits à vendre aux étrangers, lui et son associé avaient décidé de créer les leurs. Le premier fut rédigé à la main, en employant divers caractères que les orientalistes prirent pour une forme d’ancien grec. Réalisant que les étrangers ne pouvaient distinguer les faux alphabets des écritures anciennes authentiques, Akhun inventa ses propres symboles plutôt que de continuer à imiter de véritables systèmes d’écriture. Comme la rédaction à la main était un travail laborieux, il résolut de passer à l’impression avec des blocs de bois gravés. Il employa un papier de fabrication locale, préalablement jauni, qu’il suspendait au-dessus d’un feu pour lui donner un air d’ancienneté avant de le laver avec du sable.

 

 

Akhun ne fut jamais poursuivi par les autorités chinoises mais sa supercherie provoqua un embarras certain dans les milieux académiques en Occident et les 90 volumes reliés de sa fabrication sont encore conservés dans la section orientale du British Library à Londres. Il faut dire que le travail d’Akhun et de son associé avait été exemplaire et les textes remarquablement sophistiqués. Une grande partie de la faute en revient aux deux consuls de Kashgar qui n’avaient fait preuve d’aucun discernement dans leur empressement à acheter tous les manuscrits qui leur tombaient sous la main.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le gouvernement de la régence d’Alger

30052016

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement de la régence d’Alger  dans Histoire 1478970719-160514064327557943

Intérieur du Palais du Bey. Trône du Bey / Constantine 1900

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir mis fin à la colonisation espagnol, la priorité des nouveaux conquéreurs est l’installation d’un gouvernement  sur l’unique modèle qui fût connu, celui de l’empire ottoman. Prenant le toit de conquête pour principe de leurs institutions, ils mirent à la disposition des janissaires toutes les places auxquelles étaient attachées la considération, la confiance et l’argent. Les avantages de ce gouvernement se montrent dans sa continuité, puis-qu’après trois cents ans d’existence, il est encore, à quelques petites exceptions près, le même dans les formes de son administration. C’est par le fait une république militaire, gouvernée par un chef électif, nommé à vie, et ressemblant assez, sur une plus petite échelle, à l’empire romain après la mort de Commode. Ce gouvernement se compose ostensiblement d’un chef souverain, appelé Dey, et d’un divan ou grand conseil. Le nombre des membres du divan n’est pas limités; ils sont pris parmi les anciens militaires qui ont eu ou ont encore un commandement. Le divan élit le dey, et délibère sur toutes les affaires que celui-ci veut bien lui soumettre.

 

 

 

Telle est la théorie du gouvernement algérien. Eu vertu de ces principes, le crédit et l’importance du divan devraient s’élever ou s’abaisser selon le caractère et les talents du souverain régnant : il n’en est pas ainsi. Autrefois le divan était réellement un corps dans l’état, tenant régulièrement ses assemblées, ayant des fonds à gérer, et prétendant au droit de discuter toutes les mesures du gouvernement. Avec le temps, ce n’est plus qu’un vain fantôme, dont l’existence serait même problématique, si, en 1816, Orner pacha n’avait pas convoqué un divan, pour délibérer sur les négociations entre la régence et la Grande Bretagne. Depuis que les deys ont fait de la citadelle le lieu de leur résidence, le divan n’est plus, dans la constitution, qu’un mot sans valeur.

 

 

Le dey nomme lui-même ses ministres. Ce sont:

 

 

- le Khaznadji, qui a dans ses attributions les finances et l’intérieur;

- l’Agha, ou Bach-agha qui commande en chef l’armée, et qu’on pourrait appeler ministre de la guerre;

- le Vèkil-Hardj, ou ministre de la marine et des affaires étrangères;

- le Khodgia de Cavallâs, qu’on pourrait désigner sous le nom d’adjudant-général et de surintendant des domaines nationaux;

- et le Beit-el-mâl, ou juge des successions. Ce dernier poste est devenu très-important, à cause des revenus qui y sont attachés.

Ces ministres forment le conseil privé du souverain, et sont avec lui le gouvernement de fait, où n’a rien à voir le prétendu divan.

 

 

 

 

 

 

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Ancien Palais du Dey / Alger 1900

 

 

 

 

 

 

 

L’élection des deys d’Alger doit être confirmée par le grand-seigneur, qu’ils reconnaissent pour leur seigneur suzerain. Mais cette confirmation n’est jamais refusée, et toujours elle est accompagnée du titre de pacha à trois queues, sorte de dénomination que le souverain prend dans ses actes publics; car le nom de dey est à peine connu à Alger*. Les étrangers seuls s’en servent. Dans le principe, ce fut probablement un surnom, puisque, dans la langue turque, dey veut dire oncle. 

 

 

 

Aussitôt après leur élection, les deys d’Alger jouissent de toutes les prérogatives attachées à l’autorité souveraine; mais leur installation solennelle n’a lieu que lorsqu’ils ont reçu le firman du grand-seigneur, qui approuve leur élection, et, avec le firman, le caftan et le sabre d’officier, qui leur sont apportés par un capidji bachi ou messager d’état. Tous les trois ans, dans ses jours de prospérité, Alger envoie au grand-seigneur un présent qui est transporté à Constantinople, sur un vaisseau de guerre étranger, avec l’ambassadeur qui doit l’offrir. Telle est encore l’influence de la régence, que cette mission, regardée par elle comme un titre d’honneur, n’est jamais accordée qu’au gouvernement qui se trouve pour le moment le plus avancé dans ses bonnes grâces. Ce présent est toujours magnifique, et s’élève quelquefois à la valeur de 5oo,ooo dollars (de l’époque). Du reste, il paraît qu’Alger ne reconnaît pas autrement la suprématie du gouvernement ottoman; et même, dans l’ivresse de son pouvoir imaginaire, il lui est arrivé de ne pas toujours respecter son pavillon. Comme compensation, la Porte lui envoie ordinairement un vaisseau avec des munitions de guerre et de mer, lui accordant en outre la permission de lever des troupes dans les pays soumis à sa domination.

 

 

Quoique l’élection du dey, par le principe des institutions de la régence, appartienne au divan, elle est pour l’ordinaire le résultat des intrigues d’une faction dominante parmi les janissaires, et presque toujours une sanglante tragédie. Un dey est égorgé, pour faire place à un nouvel aventurier plus heureux que lui. Ses amis et ses partisans, sont tués, pillés ou bannis, et tout cela interrompt tout au plus pendant vingt-quatre heures, le calme ordinaire des affaires publiques. Ces révolutions se succèdent avec une telle rapidité, qu’on a peine à y croire, quand on ne connaît pas les mœurs et le caractère atroce des Turcs. Un dey d’Alger est, de son vivant, le monarque le plus absolu et le mieux obéi du monde; mais son règne est toujours précaire, et pour lui une mort naturelle est un accident.

 

Un Turc est-il une fois enrôlé dans le corps des janissaires, n’importe ce qu’il est, il peut prétendre à la souveraineté, excepté qu’il ne soit natif de Bosnie ou de Crète. Il est janissaire: voilà ses titres et ses qualités; et souvent la fortune s’est plu à tirer de l’obscurité les êtres les plus bas et les plus abjects, pour les placer sur le trône. On montre encore les tombeaux de sept aventuriers proclamés souverains et tués le même jour. Comme marque de mépris ils furent enterrés sur le grand chemin. Celui qui est élu ne peut ni refuser ni résigner l’honneur de gouverner Alger ; pour lui il n’est que deux places, le trône ou le tombeau.

 

 

 

 

 

 

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 Le palais du Dar-el-Bey / Constantine

 

 

 

 

 

 

 

Les trois provinces sont gouvernées par des beys, que nomme le souverain, et qui, avec le titre de ses lieutenants, sont par le fait investis de toute son autorité despotique. Le même pouvoir leur adjoint un vakil ou intendant. Chaque province est imposée pour une somme déterminée, selon la capacité qu’on lui suppose pour la payer. Le fisc perçoit cette somme par dividende de six mois.

 

 

La situation de ces gouverneurs est nécessairement précaire, et leur tyrannie comme l’oppression qu’ils font peser sur les provinces soumises à leur autorité, afin de se créer des ressources pour conserver leurs places,  car la douceur et l’équité dans un gouverneur de province, seraient regardées comme une tendance à la popularité, popularité que condamne le gouvernement central, et que les coupables, comme le prouve plus d’un exemple, payent de leur fortune et de leur vie.

 

 

Toutes les trois années lunaires, les beys sont obligés de venir en personne, rendre compte de leur administration au siège du gouvernement; leur entrée publique est très magnifique, mais la continuation de leur pouvoir, et leur vie même dépendent du talent qu’ils ont eu, de rassasier l’avarice des membres de la régence. Chaque visite des beys à Oran et à Constantine, ne leur coûte pas moins de trois cent mille dollars; il leur faut, dans ces occasions, acheter la faveur des officiers de la régence, dont le prix est plus ou moins élevé, selon que leur crédit est plus ou moins grand. Cependant il n’entre pas la moindre partie de ces contributions extraordinaires dans les coffres de l’état.

 

 

 

 

 

 

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Demeure de Hassan Bey / Oran

 

 

 

 

 

 

 

Les officiers de la régence d’Alger ne reçoivent pour leur salaire, que leur paie et leurs rations comme janissaires. Le pacha lui-même se soumet à cette loi, avec une apparence de simplicité primitive. Mais dans leurs rapports avec la société, ces mêmes officiers se reposent sur les privilèges de leurs places et la licence qu’elles leur donnent pour toute sorte d’exactions.

 

 

 

 

 

 

 

*: Le dey ajoute toujours ce mot Dai , à la suite de son nom, dans la signature des lettres ou de ses traités avec les puissances chrétiennes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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