L’aube des civilisations – Entre deux fleuves

2032021

 

 

 

 

 

 

 

 

Le voyage commence en Turquie, à Göbekli Tepe, sur un site archéologique qui daterait de la fin de l’ère glaciaire. Des chasseurs-cueilleurs ont interrompu leur itinérance et ont construit des habitations. À Çatal Höyük, un autre site turc, vers 8000 ans avant J.-C., l’agriculture s’est développée et se répand à travers tout l’Occident. Puis vient l’artisanat. À la fin du Néolithique, les premières civilisations font leur apparition…

 

 

 

 

 

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Les Mamelouks

29012021

 

 

 

 

 

 

 

 

Le peuple égyptien, occupant un pays plat et un sol fertile, n’est point fait pour guerroyer, son rôle doit se borner à cultiver la terre. On ne remarque point chez lui l’énergie, le courage et l’esprit d’indépendance des habitants des montagnes.

 

Il y a un demi-siècle environ que brillait en Égypte une troupe remuante, guerrière, pleine d’audace et de bravoure, distinguée surtout par la beauté du corps. Elle était presque seule capable d’entrer en campagne et de tenir tête à l’ennemi.

 

 

Cette troupe était composée de Mamelouks, cavaliers d’élite, habiles dans le maniement des armes et d’une valeur à toute épreuve; mais ces hommes ardents à la guerre, comme à toutes les jouissances de la vie, n’étaient point Égyptiens.

 

Les Mamelouks, ou Mameluks, dont le nom signifie acquis, possédés, étaient recrutés tous les ans dans la Géorgie, la Circassie, la Mingrélie, l’Anatolie. Achetés dans leur enfance de parents chrétiens, on les obligeait à embrasser la religion mahométane, ils étaient circoncis, puis instruits avec soin, et ils acquéraient le savoir nécessaire pour occuper tous les emplois du gouvernement jusqu’aux fonctions même les plus élevées.

 

C’était dans cette milice qu’on prenait les vingt quatre beys, gouverneurs des provinces égyptiennes.

 

Mais ce corps, cette sorte d’aristocratie, livrée à un luxe effréné, toujours disposée à la mutinerie, ne voulant se plier à aucune discipline, se croyant plutôt faite pour commander que pour obéir, et dévorée d’ambition, faisait le désespoir des Pachas, lieutenants en Égypte de l’empereur de Turquie. Ces fonctionnaires, ne jouissant d’aucune espèce de considération, demeuraient comme prisonniers dans la citadelle du Caire, sans initiative et sans autorité.

 

Les Mamelouks les renvoyaient les uns après les autres suivant leur caprice. Jamais le Sultan ne leur refusait une demande de changement du Pacha qui gouvernait en son nom.

 

Ce fut Méhémet-Ali qui eut l’énergie et la gloire de débarrasser son pays de ces maîtres despotes et gênants. Il usa d’un moyen violent, il est vrai, en les faisant tous massacrer, comme chacun sait, le 1er mars 1811.

 

On montre sur les remparts de la citadelle du Caire l’endroit où fut effectuée cette boucherie, et la place où l’un de ces Mamelouks, Anym ou Hassan Bey, sauta avec son cheval d’une hauteur de plus de 15 mètres. Le cheval resta mort sur le coup, et l’homme fut le seul qui échappa au massacre. Mais ce malheureux devint fou et, dans ses accès, croyait toujours voir les Albanais de Méhémet-Ali massacrant ses compagnons. L’égorgement de toute cette race s’étendit aux diverses provinces de l’Égypte.

 

 

 

 

 

 

Les Mamelouks  dans Histoire 201218081836936648

Horace Vernet : Le Massacre des Mamelouks à la citadelle du Caire, en 1811

 Méhémet-Ali, voulant détruire le corps redoutable des Mamelouks, prend, pour mettre son projet à exécution, le jour d’une cérémonie qui devait précéder le départ d’un de ses fils pour la Mecque. Les Mamelouks reçoivent l’ordre de se rendre dans le château du Caire pour suivre le cortège ; ils y arrivent montés sur leurs plus beaux chevaux, et magnifiquement vêtus.

 Ce tableau représente le moment où, entrés dans l’intérieur du château, les portes se referment sur eux. A l’instant, des Albanais dévoués, cachés derrière les créneaux, remparts, sur les tours, font, à un signal donné, un feu des plus terribles sur ces malheureux, qui sont impitoyablement massacrés. Le pacha , placé au sommet d’une sur les terrasse, sans pouvoir être aperçu, et ayant derrière lui trois de ses officiers, ses confidents intimes, est témoin de cette affreuse catastrophe. C’est ainsi que fut détruite presque entièrement l’audacieuse milice des Mamelouks.

 

 

 

 

 

 

Il est bien remarquable que ces Mamelouks, dont la belle et forte constitution se perpétuait dans leur pays natal, ne pouvaient pas se reproduire en Égypte. Leur génération s’y appauvrissait, et tous leurs enfants périssaient en bas âge. Cependant ce même climat d’Égypte a été bien favorable à la multiplication des Hébreux. Cette race blanche s’y était acclimatée, suivant la Bible, et avait habité pendant plus de 400 ans la vallée de Gessen.

 

Sous le joug des Mamelouks l’Égypte était en proie à l’anarchie de la féodalité; sous celui de Méhémet-Ali elle souffrit des rigueurs du despotisme. Le fellah fut en définitive aussi malheureux après la réforme du massacreur des Mamelouks qu’il l’avait été sous le pouvoir de ces vampires.

 

Le massacre des Mamelouks ne fut pas seulement une boucherie, mais aussi une magnifique opération financière. Celui qui le fit exécuter s’empara, bien entendu, de tous les biens de ces aristocrates indépendants, et ils étaient aussi considérables que l’avaient été leurs exactions, le plus souvent atroces.

 

Mais bourreau de leur argent comme il le fut de leur personne, Méhémet-Ali se livra à l’exécution de grands travaux d’amélioration pour son pays et ne tarda pas à voir diminuer son trésor. Des emprunts forcés lui parurent alors un moyen simple et facile de remédier à l’épuisement de sa caisse. Il ne se fit pas faute d’en user, d’en abuser même; et il faut rendre à sa mémoire la justice de dire qu’il agit avec impartialité, car il puisa indistinctement à pleines mains dans toutes les poches de ses sujets..

 

Cette productive méthode a été volontiers mise en usage par quelques-uns de ses successeurs.

 

Mais ce qui ne sera pas imité, il faut l’espérer, c’est la manière dont il s’acquitta envers ses prêteurs. A ceux qui n’osèrent pas lui demander le remboursement de leur argent, il ne rendit rien ; mais quant à ceux qui eurent la maladresse de lui faire des réclamations, il obtint aisément quittance de leurs créances en ordonnant qu’on leur tranchât la tête, Moyen certain de faire taire toutes les criailleries.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Guerre de Dahis et Ghabra – حرب داحس و الغبراء

16122020

 

 

 

 

 

 

La Guerre de Dahis et Ghabra - حرب داحس و الغبراء dans Histoire 201125093354940413

 

 

 

 

 

Nom donné à une guerre qui eut lieu dans la seconde moitié du VIᵉ siècle de J.-C. entre deux tribus des Ghatafân étroitement apparentées, les Banū ‘Abs et les Banū Dhubyân, ou plus exactement, une fraction de ces derniers, les Banū Fazâra. Cette guerre tire son nom d’un étalon nommé Dâhis (devenu proverbial comme porte-malheur) et d’une jument, al-Ghabrā, qui sont à l’origine du conflit.

 

Les vraies raisons de la guerre doivent probablement être recherchées dans l’hostilité engendrée par la domination des ‘Abs sur tous les Ghatafân, ainsi que sur les Hawâzin; cette autorité avait atteint son summum vers le milieu du siècle, mais avait commencé à décliner après la mort du chef des ‘Abs, Zuhayr b. Djadhîma. La guerre, qui aurait duré 40 ans, se poursuivit quelques années après la Journée (Yawm) de Shi’b Djabala, où les ‘Abs joints aux ‘Âmir combattirent les Dhubyân et les Tamîm; cette bataille est traditionnellement datée de l’année de la naissance du Prophète.

 

Les grandes péripéties de la guerre, ainsi que leur succession, mais nombre de détails sont incertains, car les principales sources primaires montrent que le récit a été tendancieusement refondu pour donner plus de relief aux deux chefs, Kays b. Zuhayr b. Djadhîma al-’Absi et Hudhayfa b. Badr al-Fazâri des Dhubyân.

 

Dâhis était de mauvais augure dès avant sa naissance, car le propriétaire de son père avait essayé sans succès de retirer la semence déposée dans la matrice de sa mère parce que l’accouplement avait eu lieu à son insu et sans son consentement. L’étalon grandit, devint un rapide coursier et finit par devenir la propriété de Kays b. Zuhayr, des ‘Abs, qui s’en empara au cours d’une razzia. Diverses raisons sont données de l’hostilité qui régnait entre Kays et Hudhayfa, mais quelle qu’en fût la cause, elle aboutit à une course organisée d’un commun accord.

 

Chacun d’eux accepta de faire courir un cheval et une jument: Kays choisit Dâhis et al-Ghabrā, et Hudhayfa engagea al-Khattâr (ou Kurzul) et al-Hanfā. Pour être sûr de gagner, Hudhayfa plaça le long du parcours des hommes qui arrêtèrent et retinrent Dâhis jusqu’à ce que les autres chevaux fussent passés; une fois relâchés Dâhis rattrapa les deux chevaux de Hudhayfa et il serait arrivé deuxième, après al-Ghabrā, mais les Banû Fazâra intervinrent à nouveau, repoussèrent les gagnants et les empêchèrent d’arriver en tête. Les deux parties prétendirent avoir gagné, et l’enjeu ne fut pas versé.

 

Dans le conflit, le premier sang fut répandu par Kays qui, au cours d’un raid, tua les frère de Hudhayfa, ‘Awf b. Badr. Le prix du sang (100 chameaux) fut remis par al-Rabi’ b. Ziyâd al-’Absî, mais Hudhayfa se vengea tout de même en envoyant un groupe d’hommes, parmi lesquels se trouvait son frère, Hamal b. Badr, contre le frère de Kays, Mâlik b. Zuhayr, qui avait épousé une femme des Fazâra et demeurait dans le voisinage. Hamal tua Mâlik, et lorsque al-Rabi’ l’apprit, il quitta le djiwâr de Hudhayfa dont il avait joui jusqu’alors, et rejoignit Kays.

 

A ce point du récit, il y a une digression pour expliquer une brouille survenue entre Kays et al-Rabi’ qui avait volé une cotte de mailles appartenant au premier. Le meurtre de Mâlik réconcilia cependant les deux hommes qui joignirent leurs forces contre Hudhayfa. Ils exigèrent la restitution des chameaux remis pour prix du sang à ‘Awf, mais Hudhayfa refusa. Un autre frère de ce dernier, Mâlik b. Badr, fut alors tué par un lointain parent de Kays, un nommé Djunaydib des Banû Raâba.

 

Al-Asla’ b. ‘abd Allah al-’Absi, qui donna plusieurs jeunes Fazârites en otages, chercha alors à faire la paix; mais Hudhayfa resta implacable: il prit possession des jeunes gens et les tua un à un, les obligeant à appeler leurs pères au secours tandis qu’il leur lançait des flèches mortelles. Parmi les garçons, il y avait Wâkid b. djunaydib et ‘Utba, fils de Kays b. Zuhayr.

 

Suit une série de batailles dans lesquelles les ‘Abs sont victorieux. A la Journée Khathira, à laquelle n’assistait pas Hudhayfa, les Fazâra perdirent plusieurs personnages importants, notamment un autre frère de ce dernier, al-Hārith. Hudhayfa rassembla ses troupes et se mit à la poursuite des ‘Abs, mais il tomba dans un piège tendu par Kays qui envoya les animaux et les non combattants dans une direction et se rendit dans une autre avec ses guerriers; comme attendu, Hudhayfa et les Dhubyân suivirent les animaux et, alors qu’ils se dispersaient pour recueillir le butin, les ‘Abs leur tombèrent dessus et en firent un tel carnage qu’al-Rabî’ b. Ziyâd et ses frères les supplièrent de l’arrêter. Cette bataille porte le nom de Yawm Dhî Husâ. Hudhayfa et son frère Hamal échappèrent à la tuerie et, avec quelques compagnons, se rendirent au Puits d’al-Habâ’a, où ils firent finalement traqués par un groupe de ‘Abs comprenant notamment Shaddād, le père du poète ‘Antara. Hudhayfa et Hamal furent tous deux tués. Certaines sources ajoutaient que Hudhayfa avait tué la mère de Kays qu’il avait trouvée avec les animaux, le Jour de Dhu Huša.

 

A partir de ce moment, le sort de la guerre change. Le reste de la chronique est consacré à l’errance des ‘Abs qui, serrés de près par les forces combinées des Dhubyān, quittent leur territoire pour essayer de trouver des alliés (djiwār) chez les Arabes n’appartenant pas aux Ghatafān. Ils battent d’abord les Banū Kalb à la Journée de ‘Urā’ir, puis se rendent auprès des Banū Sa’d b. Zayd Manât qui leur donnent une garantie de sécurité pour trois jours, mais les attaquent ensuite et les battent à la Journée de Farûk. Les ‘Abs vont ensuite chez les Banū Hanifa dans la Yamāma, mais ne trouvent auprès d’eux aucun appui. Ils obtiennent finalement le djiwār des ‘Âmir b. Şa’şa’a, mais il leur est accordé à contre-cœur, et ils sont soumis à toutes sortes d’indignités. C’est au cours de cette période qu’ils participent à la Journée de Shi’b Djabala déjà citée. Par la suite, ils quittent les ‘Âmir et vont vers les Banū Taghlib qui réagissent favorablement à leur requête et leur envoient une délégation en consultation, mais Kays reconnaît parmi les délégués un vieil ennemi, Ibn Khims al-Taghlabi qui avait tué al-Hârith b. Zālim, le vengeur du meurtre du père de Kays. Ce dernier tue Ibn Khims, et les chances d’obtenir le djiwār des Taghlib sont ruinées.

 

Par la suite, las de faire la guerre, Kays renvoie sa tribu chez elle pour essayer de conclure la paix avec les Dhubyân. Après quelques difficultés, ce but est atteint, mais Kays lui-même refuse d‘être jamais un mudjâwir d’une famille quelconque des Ghatafân et part pour le ‘Umān où il meurt quelque temps plus tard. La paix est conclue avec les Dhubyân par al-Rabi’ b. Ziyâd et le reste des Banū ‘Abs.

 

Il est clair que celui qui a rassemblé les éléments de ce récit de la guerre, al-Kalbi ou ses informateurs, était un partisan des ‘Abs. Kays est présenté comme un parangon de mansuétude (hilm), et Hudhayfa comme un parfait gredin. Au début, Kays essaie d’annuler le pari, fait sans son consentement, car il comprend qu’il ne peut provoquer que des malheurs.

 

Hudhayfa insiste pour que la course ait lieu et ne la gagne qu’en trichant. Il envoie ensuite Hamal tuer Mâlik b. Zuhayr, alors qu’il a déjà reçu le prix du sang de son frère ‘Awf, et refuse de rendre les chameaux. Kays laisse un de ses fils partir comme otage afin de réaliser la paix, et Hudhayfa le tue avec d’autres enfants d’une façon barbare. Il tue ensuite la mère de Kays. Finalement, au Puits d’al-Habâ’a, Hudhayfa se montre lâche et doit être poussé dans la bagarre par son frère Hamal. Kays, qui n’était pas présent, regrette l’incident dans des vers où il parle de Hamal comme du «meilleur des hommes» et dit qu’il le pleurerait toujours s’il ne s’était pas conduit injustement.

 

Dans les autres sources, Kays n’apparaît pas sous d’aussi belles couleurs, et Hudhayfa n’est pas si méchant. D’après le ‘Ikd, Dâhis et al-Ghabrā couraient l’un contre l’autre et non pas en équipe; le pari avait été fait entre Kays et Hamal b. Badr, propriétaire d’al-Ghabrā, qui organisa la fraude et apparaît donc comme l’instigateur de la guerre au lieu de son frère.

 

Kays aurait tué non le frère, mais le fils de Hudhayfa, Mâlik (ou Nabda), que son père avait envoyé en messager pour demander le versement de l’enjeu; en tant que messager, sa personne aurait dû être sacrée, mais Kays dit d’un ton menaçant: «je te paierai plus tard» et lui enfonce son sabre jusqu’au dos.

 

Le meurtre des garçons est raconté en deux épisodes distincts. Rayyān b. al-’Asla’ est fait prisonnier, mais relâché par Hudhayfa et il donne ses deux fils et son neveu en otages. Kays tue Mâlik b. Badr et c’est alors seulement que Hudhayfa, en représailles, tue les deux fils de Rayyān qui meurent en appelant leur père. Il est empêché de tué le neveu par les oncles maternels du garçon qui étaient, semble-t-il, des Fazâra. Ensuite, les ‘Abs acceptent de verser à Hudhayfa dix prix du sang pour ses pertes et donnent en otages un fils de Kays et un fils d’al-Rabi’ b. Ziyād. Hudhayfa ne peut mettre la main que sur le fils de Kays, mais capture deux autres ‘Absites et les tue tous les trois; il n’est pas précisé que ce dernier groupe était constitué par des enfants. Dans une autres relation de cet incident, Kays encourt le blâme pour avoir sottement insisté sur l’envoi des otages, contre le conseil d’al-Rabi’ b. Ziyād qui voulait résister et combattre. En général, les autres sources donnent beaucoup plus d’importance à al-Rabi’ que ne le fait l’auteur du récit des Nakā’id.

 

D’après ce dernier, Kays n’était pas présent à al-Habâ’a lorsque Hudhayfa et Hamal furent tués, mais il y assiste dans les autres versions et encourage ses compagnons en criant labbaykum et en répondant aux cris des enfants au moment où il sont tués.

 

Les ‘Abs et les Dhubyān se réconcilièrent définitivement, et la guerre de Dâhis n’eut pas de conséquences politiques sur le cours des événements après la naissance de l’Islam. Pour les Musulmans, les résultats les plus importants de la guerre sont d’ordre littéraire, car de toutes les guerres des tribus arabes païennes, c’est sur elle que l’on possède la meilleurs documentation. Plusieurs poètes célèbres y participèrent ou y firent allusion dans leurs œuvres, notamment ‘Antara b. Shaddâd, al-Nâbigha al-Dhubyāni, Labid, dont la mère était des ‘Abs, et les chefs de la tribu, Kays et al-Rabi’. Le souvenir des principaux épisodes de la lutte était sans aucun doute encore frais lorsque les savants commercèrent à recueillir la poésie et les données anecdotiques qui la concernaient, mais il est vraisemblables que les incidents mineurs, la personnalité des participants et les causes réelles du conflit avaient déjà été entourés d’une auréole romantique. Il est probable que la grande quantité des données facilita ce processus, qui est visible dans les récits conservés. Même à l’époque umayyade, la guerre fut exploitée dans le fakhr et le hijā’; plusieurs proverbes ou expressions proverbiales arabes proviendraient du dialogue entre Hudhayfa et Kays, et Dâhis est devenu un élément permanent du folklore et de la littérature comme symbole de la malchance et de l’hostilité durable incarné dans les proverbes: Ash’am min Dâhis (أشأم من داحس) et kad waka’a baynâ-hum harb Dâhis wa-l-Ghabrâ’ (وقع بينهم حرب داحس و الغبراء).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les associations religieuses dans l’Aurès et le cercle de Biskra au 19 ème siècle

2112020

 

 

 

 

 

 

 

 

Au point de vue religieux quatre ordres religieux représentés par quatre grandes zaouïa se partagent l’influence dans l’Aurès et le cercle de Biskra. Ce sont :

1° La zaouïa du Timmermassin, qui domine tout l’Aurès et n’est qu’une secte dissidente de celle des Abd el Hafid ;

 

2° celle de Kheïran où règnent les Abd el Hafid; elle domine les Béni Imloul, le Djebel Chechar et une portion de la Tunisie;

 

3° Celle de Tolga, dans les Ziban, qui domine le nord du Sahara et maintes tribus des hauts plateaux vers Khenchela, el Beida, Tebessa, etc.;

 

4° celle de Temacin, qui domine l’Oued R’ir, une grosse partie du Souf et les tribus de l’extrême sud, Chamba, Touareg, etc.

 

 

 

 

 

La zaouïa de Timmermassin fut fondée par Si Saddok, ancien mokaddem des Ouled Abd el Hafid, qui se fit donner par ceux-ci l’investiture de grand m’kaddem et finit par se soustraire à toute obédience vis à vis de ses anciens maîtres. Il fut encouragé dans cette attitude par l’esprit particulariste des Berbères de l’Aurès trop éloignés de Kheïran qui, différant de tendances et de langues avec le Djebel Chechar, supportaient impatiemment un joug religieux qui n’avait rien de national. Il rallia les populations berbères à l’ordre religieux qu’il avait créé et voulut, quelques années après, essayer son influence contre le colonisateur. En 1859 il souleva l’Aurès et vint offrir aux troupes colonisatrices la même lutte qui avait si mal réussi à Sériana aux Ouled Abd el Hafid contre le commandant de Saint-Germain.

Le Djebel Chechar poussé par ses marabouts jaloux de Si Saddok, les Ziban poussés par les Ben Gana jaloux de montrer à la France leur dévouement et par les marabouts de Tolga désireux de détruire une secte rivale, donnèrent un appui empressé ; les Beni-Imloul marchèrent avec le Djebel Chechar. Les caïds de la montagne, de la famille des Ben Chenouf, montrèrent une attitude douteuse : engagés une première fois contre les contingents de Si Saddok ils lâchèrent pied et contribuèrent ainsi à grossir l’insurrection. Les colonnes du général Desvaux étaient proches, car elles entraient à ce moment par El Habbel dans la vallée de l’Oued el Abiod. Elles refoulèrent Si Saddok sur les contingents du Djebel Chechar qui le firent prisonnier, lui et ses trois fils. On interna les marabouts en France, et la zaouïa de Timmermassin fut fermée. Les Ben Chenouf, malgré la mollesse de leur aide, furent maintenus dans leurs commandements. Ils faillirent faire une seconde insurrection en 1871; ils en préparèrent une autre en 1874 et furent enfin à cette date expulsés de l’Aurès.

 

Par une indulgence et une faiblesse politique difficiles à comprendre, les fils de Si Saddok furent mis en liberté quelque temps après la mort de leur père et reçurent l’autorisation de rouvrir leur zaouïa. Ce fut en 1870-71 que se produisit cet événement. On ne saurait expliquer la mesure prise que par les sollicitations du parti Bou Akkaz, qu’on tenait à ménager à cette heure grave, et par le désarroi des affaires indigènes à cette époque, où furent appelés à leurs régiments tous les officiers des bureaux arabes. Les marabouts en récompensèrent par l’insurrection de 1879.

 

 

 

 

 

La zaouïa de Kheiran est située sur l’Oued el Arab, à une dizaine de lieues du défilé de Khanga sidi Nadji, par lequel ce fleuve sort de la montagne pour déboucher dans le Sahara. Les Ouled Abd el Hafid qui dirigent cette zaouïa appelèrent tout le Djebel Chechar et l’Aurès contre la France en 1849; le grand marabout Abd el Hafid se mit à la tête des contingents et se dirigea sur Biskra. Il fut écrasé à Seriana, à cinq lieues de Biskra, par le commandant de Saint-Germain, chef du cercle de Biskra, qui paya son triomphe d’une mort glorieuse. Il fut tué en chargeant l’ennemi à la tête de la fougueuse cavalerie des nomades des Ziban. Abd el Hafid et les restes de ses contingents s’enfuirent dans la montagne. Depuis, le marabout et ses fils gardent une attitude défiante, craintive plutôt qu’agressive, et passent en Tunisie une grosse partie de l’année. La zaouïa de Kheïran, comme celle de Si Saddok, domine plus dans la montagne que dans la plaine. Ses adeptes sont les Ben Imloul, les tribus du Djebel Chechar et quelques tribus tunisiennes.

 

 

 

 

 

La zaouïa de Tolga est moins isolée que les deux précédentes; elle se rattache franchement à l’ordre puissant des Rahmania, dont le fondateur est Si Abd er Rahman bou Koubrin (le serviteur du clément aux deux tombeaux). Le grand maître algérien de cette confrérie était le vieux cheikh Heddad, des environs de Bougie; mais toutes ces confédérations sont reliées, centralisées en des mains plus puissantes encore, qui sont connues des hauts dignitaires seuls. Aussi le mot d’ordre part-il de sources qui restent inconnues des Khouan. Ils n’obéissent pas moins aveuglément à ce mot d’ordre.

 

Tolga est la plus belle oasis des Ziban. La grande zaouïa qu’elle renferme est prospère et fait le possible pour vivre en paix avec le colonisateur. Son grand maître, Si Ali ben Otman, a pour supérieur le marabout de Tozeur, en Tunisie et lui rend des visites fréquentes. Cette zaouïa est fort ancienne, compte un millier d’élèves, reçoit des dons considérables et prépare des jeunes gens pour les mehakma (justice musulmane) comme pour le culte et l’instruction. En de nombreuses occasions elle a paru faire son possible pour ramener le calme dans les Ziban soulevés. En 1848 le général Herbillon s’est loué de ses bons offices pendant le siège de Zaatcha. En 1876, le général Carteret s’en servit pour amener à résipiscence les insurgés d’El-Amri, enfermés et décimés sous le canon français dans leur oasis. En 1879, le rôle de la zaouïa fut louche; elle abandonna le parti politique auquel elle s’était alliée jusque-là et le parti des Ben Gana, qu’elle sentait impopulaire, pour se déclarer civile, c’est-à-dire sympathique au mouvement antimilitaire qui se préparait alors. En réalité elle n’est, comme toutes les zaouïa, sympathique qu’à ses intérêts, et elle pressent ceux-ci de très loin.

 

 

 

 

 

 

 

Les associations religieuses dans l'Aurès et le cercle de Biskra au 19 ème siècle dans Histoire 20100307573522811

Vue Générale sur La Zaouïa de Temacin

 

 

 

 

 

 

 

La zaouia de Temacin est de beaucoup la plus riche, la plus considérable et la plus puissante des quatre zaouia du cercle de Biskra. Elle appartient aux Tedjinia, c’est-à-dire à l’ordre dont Si Tedjeni a été le fondateur. Le berceau de cet ordre est Aïn Madhi, dans le cercle de Laghouat. Les marabouts de Temacin n’ont pas rompu le lien religieux qui les attache à la maison mère ; mais en réalité Temacin est devenue plus puissante que Aïn Madhi et en est complètement indépendante. Elle a ses adeptes (Khouan) dans l’Oued-R’ir, au Souf, où elle a élevé la magnifique succursale de Guemar, en Tunisie, où le bey s’est affilié à l’ordre et dans l’extrême sud où elle régente les Troud, les Chamba, les Mekhadma, les Touareg, etc. Elle a élevé une succursale à Temassenin, dans la haute vallée de l’Oued Mya, à mi-chemin du Djebel Hoggar, chez les Touareg Hoggar. Elle a des richesses immenses qu’elle fait passer, dit-on, en Tunisie, et qui se chiffrent par une cinquantaine de millions. Elle a pour directeurs spirituels les El Aïd, saints marabouts qui ne s’occupent que de prières et d’éducation; pour directeur temporel elle a un des frères de mère des El Aïd, Si Maamar, de race nègre, prodigieusement intelligent, qui a su porter la zaouïa et son ordre au comble de la prospérité.

 

Ces quatre confréries ont leurs alliances temporelles en harmonie avec l’esprit des populations qu’elles englobent. Timmermassin s’est inféodée aux Ben Chenouf, Kheïran aux Ben Naceur, suzerains du Djebel Chechar. Longtemps Tolga suivit la fortune des Ben Gana et ne fit mine de se détacher d’eux qu’en voyant l’opinion algérienne poursuivre la ruine des grands chefs indigènes. Temacin s’est alliée au vieux parti national représenté par Si Ali Bey, ce qui ne l’a pas empêché de faire bon ménage.

On peut donc dire que Tolga et Kheïran, par leurs alliances politiques avec les Ben Gana et leurs parents les Ben Naceur sont du parti français, ou tout au moins tellien; les zaouïa de Timmermassin et de Temacin alliées à Si Ali Bey et à ses amis les Ben Chenouf représentent le parti national, autonome, le vieux parti qui résista si longtemps aux beys de Constantine lorsqu’ils étaient puissants, et qui accueillit le dernier bey vaincu, espérant s’en faire un drapeau contre le Tell.

 

Enfin, il est une autre secte, la plus secrète, la plus dangereuse, et peut-être la plus nombreuse de toutes celles qui ont pris racine en Algérie, la secte des Snoussia. Celle-ci a franchement pris pour mot d’ordre l’expulsion des Français du territoire musulman. Son fondateur, Si Snoussi, est d’origine marocaine. Après de nombreux voyages et essais, il fixa sa résidence au Djebel Lakhdar, dans le pays de Benghasi en Tripolitaine. Il ouvrit une zaouïa, prescrivit à ses adeptes des pratiques fort sévères et exigea d’eux une obéissance absolue en ce qui concerne la guerre à faire aux Français. Son ordre prospéra vite, grossi tout d’abord de tous les réfugiés algériens qui fuyaient devant la colonisation française; puis des Mokaddem qui s’introduisirent en Algérie et y firent de nombreux prosélytes. A la mort de Si Snoussi, son fils, Si el Mahdi ben Si Snoussi (l’envoyé de Dieu, fils de Si Snoussi), prit la direction de l’ordre et le porta à un très haut degré de prospérité. C’est une confrérie dangereuse, qui mine secrètement l’organisation administrative coloniale et lui créera de grosses difficultés au jour d’une insurrection générale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Révolte du Cheïkh Sidi Yahia ben Soliman el-Aourassi / Constantine – vers 1600

15092020

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est vers la fin du seizième siècle que nous devons placer la révolte du Cheïkh Sidi Yahia ben Soliman el-Aourassi (des Aurès), dont une chronique locale nous a conservé le souvenir avec assez de détails.

 

Ce cheïkh, qui s’était formé à l’école de Sidi el-Ouzzan, et plus tard à celle de Sidi Kassem ben Lefgoun, devint un des jurisconsultes les plus éminents de Constantine. Sa réputation le fit appeler à la cour des sultans d’Alger, où il eut ses entrées libres. Les pachas ne prenaient aucune décision importante, dans les questions concernant les affaires de la justice, sans l’avoir au préalable consulté, et son avis prévalait toujours. Les Arabes du dehors n’avaient également foi qu’en lui.

 

Une telle considération ne pouvait manquer de lui attirer des envieux. Il en eut, et leur attitude devint telle, qu’il dut retourner à Constantine, mais la calomnie l’y poursuivit encore. Ses ennemis firent courir le bruit qu’il avait secoué le joug de l’obéissance, et qu’en sous main il fomentait une révolte. Pour échapper aux poursuites ordonnées contre lui, il s’enfuit de Constantine avec son frère, Aboul Abbas Ahmed, et se retira dans les montagnes de l’Aurès. Une foule d’Arabes, parmi ceux qui vivaient encore en état d’insoumission, et particulièrement les Ouled Aïssa et les Guerfa, l’y suivirent et Ahmed se mit à leur tête. Bien que le cheïkh Sidi Yahia ne parut pas ostensiblement prendre fait et cause pour les révoltés, personne ne douta qu’il ne fût l’instigateur et l’âme du mouvement, tant on savait grandes son influence et son autorité sur les esprits.

 

L’insurrection prit bientôt des proportions telles, qu’on jugea nécessaire d’envoyer des troupes d’Alger pour en arrêter le cours. Nous ne savons qui commandait ces troupes; seulement le narrateur ajoute qu’après plusieurs combats livrés inutilement à l’ennemi, les Turcs durent se retirer, sans avoir remporté aucun succès. Les révoltés continuèrent à vivre pendant quelque temps dans cet état d’insurrection; mais bientôt la discorde se mit entre eux. Une faction contraire parvint à attirer traîtreusement chez elle le cheikh Sidi Yahia, sous prétexte de lui donner une soirée. Le cheïkh n’hésita pas à s’y rendre, bien qu’il sut d’avance, dit-on, le sort qui l’y attendait, et dans la nuit il fut tué. Il devait sans doute en être ainsi dans les décrets de Dieu (réflexion du chroniqueur).

 

Son fils, Abou Abdallah Ahmed, du même nom que son frère, se mit après lui à la tête des révoltés ; mais, soit que les divisions intestines qui avaient amené le meurtre de son père se continuassent et qu’il craignît de subir un même sort, soit pour tout autre motif, il ne tarda pas à se séparer des insurgés et à venir à Constantine faire sa soumission. L’aman lui fut accordé, et il vécut dans cette ville pendant assez longtemps.

 

L’auteur de la chronique dont nous extrayons ce récit, ajoute : « J’ai entendu dire par le taleb Mohammed en-Negaoussi, alors relieur à Constantine, qu’il avait lu dans un livre traitant des choses passées et des choses futures, que le cheikh Yahia ben Soliman se révolterait dans les Aurès et qu’il mourrait martyr de sa foi, ce qui arriva en effet plus tard. Cette communication me fut faite avant que le cheïkh ne se fût mis en révolte.

 Plus tard, son fils Ahmed m’a confirmé que son père avait connaissance de cette prédiction, et qu’il y était même dit que ce serait lui qui, après la mort de son père, se mettrait à la tête des révoltés. »

 

Ce cheïkh Yahia était présent au lit de mort de Sidi Abd el-Kerim el-Fegoun. Celui-ci mourut le 13 août 1580. Le fait de la révolte de Sidi Yahia est donc postérieur à cette date. D’un autre côté, si nous considérons que Sidi Abd el-Kerim ben Mohammed el-Fegoun, auquel nous empruntons ce récit, est né en janvier 1581, et que lorsque le relieur Mohammed lui fit sa communication, Sidi Yahia ne s’était point encore mis en révolte, nous ne devons pas être très éloigné de la vérité en plaçant cet événement vers l’année 1600 de notre ère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’Aménokal du Hoggar

29062020

 

 

 

 

 

 

L’aménokal, littéralement le possesseur du pays en tamacheq, est le roi, l’empereur, le prince, en un mot, le chef suprême qui ne dépend de personne. Chez les Hoggar, les Ajjer et les Ouelleminden, c’est le chef de la fédération, reconnu par toutes les tribus qui la composent. Chaque tribu touarègue est dirigée par un chef qui est appelé amghar, ce qui fait écrire au Père Foucauld dans son dictionnaire que tout aménokal est un amghar et que la réciproque n’est pas vraie.

 

Les Touaregs avaient la caractéristique d’être très belliqueux et de se complaire dans une relative anarchie. C’est pourquoi le statut d’aménokal était à la fois confortable et précaire puisqu’il impliquait la possession de pouvoirs et de privilèges étendus, à condition d’être reconnu par les notables des tribus dominantes et aussi par ceux des tribus dominées.

 

La désignation de l’aménokal se faisait selon une procédure toute particulière. Celui-ci devait être choisi au sein de la tribu noble qui seule détenait le droit immuable, de par ses origines, de le fournir. Pour la fédération des Hoggar qui regroupait sept tribus nobles et neuf tribus vassales, l’aménokal devait appartenir à la tribu des Kel Rela. D’après le Père Foucauld, celle-ci comptait de soixante à quatre-vingts familles au tout début du vingtième siècle.

 

Selon les règles matriarcales en vigueur chez les Hoggar, le successeur de l’aménokal était d’abord son frère, puis en l’absence de frère, son cousin germain, fils aîné de sa tante maternelle et enfin en l’absence de frère et de cousin germain, le fils aîné de la fille aînée de sa sœur aînée. Une fois le successeur désigné selon cet ordre successoral, les chefs et autres notables de l’ensemble des tribus de la fédération approuvaient ou refusaient le prétendant. A cette occasion, ce dernier courait toujours le risque d’être remplacé par un chef plus populaire qu’il ne l’était lui-même. Ses attributions font de annuel, la tioussé, soit sous forme de vivres, grain, beurre, animaux domestiques, soit sous forme de peaux ou d’objets travaillés. De plus, chaque activité à caractère économique donne lieu à une taxe. En 1948, l’aménokal du moment, Meslah ag Amaïas, dispose des ressources suivantes: les caravanes lui paient un droit de passage, ainsi que les gens qui vont extraire le sel à la saline d’Amadror. C’est ainsi que chaque homme qui a été à la saline verse une mesure de trois litres de sel par charge de chameau laquelle est de cent quatre-vingts litres. Chaque homme qui revient du Soudan avec ses bêtes engraissées doit donner un sac, une outre à eau, un pot de beurre, une corde en poil de chèvre et s’il le peut une chèvre.

De plus, chaque homme portant le voile, c’est-à-dire chaque adulte considéré comme guerrier, doit payer un dourou d’argent soit cinq francs. De la part des cultivateurs, il reçoit quatre mesure de grain par jardin et par récolte, il y en a deux par an. Les utilisateurs de terrains de chasse lui donnent, en échange de leur privilège, trois mouflons séchés par an. Il reçoit les revenus de certaines terres et de certains troupeaux qui sont son apanage, car l’aménokal a droit de regard sur les successions. En contrepartie, il doit entretenir son entourage: ses parents et sa clientèle au sens antique du terme. Il doit aussi nourrir les parents de son prédécesseur.

 

Les pouvoirs de l’aménokal sont ceux d’un chef de guerre. En temps normal, il arbitre les conflits intertribaux portant sur l’utilisation des terrains de pâturage et les vols de troupeaux. Son rôle est plus important dans les relations avec les tribus étrangères à la fédération, toutefois ses décisions sont soumises à l’aval de l’assemblée des notables, l’arollan. L’aménokal vit simplement comme ses sujets, un peu mieux cependant cas c’est le seul personnage ayant les ressources alimentaires lui permettant d’afficher de l’embonpoint. Plus simplement, il est l’un des rares à pouvoir manger tous les jours à sa faim. Aucun cérémonial particulier ne caractérise la vie sous la tente de l’aménokal. Seul le tobol, tambour en arabe, placé à l’entrée de la tente signale la qualité de son occupant.

 

Le tobol est un tambour de forme hémisphérique, de grande dimension, en général quatre-vingts centimètres de diamètres, que seul l’aménokal a le droit de faire battre pour appeler au rassemblement dans d’importantes circonstances. Le tambour, muni de deux poignées latérales, est porté par deux hommes qui le frappent alternativement avec un battant en peau de chameau. Le son d’un tel instrument est réputé porter jusqu’à une vingtaine de kilomètres et chaque guerrier qui l’entend se doit d’obéir à son appel et de prévenir son entourage d’en faire de même. L’aménokal ne se déplace jamais très loin sans son tobol qui est porté par un homme de confiance. En temps de guerre, les roulements du tobol sont modulés pour annoncer un ennemi à pied ou un ennemi à chameau. L’injure suprême que l’on puisse faire à un aménokal, donc à la tribu toute entière, est de crever son tobol.

Les différents aménokal, la forme du pluriel en tamacheq est iménokalen, nous sont plus ou moins connus en fonction des événements historiques qui ont marqué leur règne. La liste des aménokal des Hoggar, telle qu’elle est couramment admise, est la suivante:

 

Inouès ag Sidi, vers 1790.

 

Ag Mâma ag Sidi, vers 1830

 

El Hadj Ahmed ag el Hadj el Bekri (1830-1877).

 

Ahitarel ag Mohamed Biska (1877-1900) est celui qui réussit à interdire le Sahara central aux étrangers.

 

Attici ag Amellal nommé en même temps que Mohammed ag Ourzig (1900-1905).

 

Moussa ag Amastane (1905-1920) qui se soumit a la France où il fit un voyage officielle en 1910.

 

Akhamouk ag Ihemma (1920-1941) était le cousin de son prédécesseur.

 

Meslah ag Amaïas (1941-1950).

 

Bey ag Akhamouk (1950-1970) qui fut le dernier aménokal des Hoggar.

 

 

Le plus célèbre des aménokal est incontestablement Moussa ag Amastane. Il côtoya le Père Foucauld pendant une dizaine d’années. Voici ce que ce dernier écrivait sur lui dans son journal à la date du 25 juin 1905 à l’issue de leur première rencontre: «Il est bien, très intelligent, très ouvert, très pieux musulman, voulant le bien en musulman libéral, mais en même temps ambitieux et aimant argent, plaisirs, honneurs, comme Mahomet, la plus parfaite créature à ses yeux. En résumé, Moussa est un bon et pieux musulman, ayant les idées et la vie, les qualités et les défauts d’un musulman logique et en même temps l’esprit aussi ouvert que possible. Il désire beaucoup aller à Alger et en France. D’accord avec lui, mon installation au Hoggar est décidée».

 

 

 

 

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Moussa ag Amastan à Alger en 1922

Source: Musée Saharien 

 

 

 

 

Les faits parlent d’eux-mêmes, homme de paix et de dialogue, il favorisa le renforcement de la pratique de l’islam en suivant les conseils de son secrétaire Ba Hammou El Ansâri, fils du caïd de la ville de Rhat, lequel parlait l’arabe et le tamacheq et avait été secrétaire de tous les aménokal depuis vingt-cinq ans. Il ne prit pas part officiellement au soulèvement senoussiste de 1916-1917 et ce malgré l’avis d’une partie des siens.

 

Il est à noter que les Kel Rela et leurs vassaux les Dag Rali, qui habituellement nomadisaient à proximité de Tamanrasset, étaient partis au loin faire paître les troupeaux de chameaux lorsque le rezzou de Touaregs Ajjer vint pour enlever le Père Foucauld et finalement le tuer, sans doute par accident, le 1er décembre 1916. personne n’est en mesure de savoir avec certitude si les Hoggar se sont éloignés de Tamanrasset pour laisser le champ libre aux Ajjer dissidents, ou si au contraire, ces derniers sont venus enlever le Père de Foucauld parce qu’ils le savaient seul dans son fortin, sans personne pour lui venir en aide. Compte tenu de la situation du moment, qui était qu’après avoir chassé les Italiens de Tripolitaine, les Touaregs dissidents s’étaient emparés de la place forte de Djanet, porte du Sahara central, et compte tenu aussi du profond désir d’indépendance dont les tribus ont toujours fait preuve, il est possible de pencher pour la première hypothèse qui cadre bien avec la mentalité orientale. Ceci est corroboré par le fait que les Dag Rali, à l’inverse de leurs suzerains, entrèrent en dissidence peu de temps après. Moussa ag Amastane repose à proximité de Tamanrasset dans un mausolée du plus pur style mauresque.

 

On dispose d’une description d’un autre Aménokal ayant vécu à une époque plus récente, il s’agit du jugement porté sur Bey ag Akhamouk par le capitaine commandant la compagnie méhariste du Hoggar en 1957, à un moment où la rébellion algérienne (la guerre de libération) commençait à monter en puissance dans le grand Sud-saharien: «L’aménokal Bey Akhamok était un géant énigmatique. Je l’avais rencontré pour la première fois dans son campement mais j’avais été gêné pas ma méconnaissance du tamacheq. Je crois, plus de son titre respecté par tous que de sa propre personnalité». Cet officier jugeait d’ailleurs qu’en cas de conflit, l’aménokal aurait eu sur les méhariste une autorité supérieure que la sienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

La fin de l’aménokalat

 

Le gouvernement de la jeune République démocratique algérienne fut obligé de prendre des gants avec les Touaregs. Le dernier aménokal, Bey ag Akhamouk fut nommé au poste honorifique de troisième vice-président de l’Assemblée nationale et ce n’est qu’à sa mort, en 1977, que le titre d’aménokal du Hoggar fut officiellement supprimé et qu’un préfet fut mis en place. La fin de l’aménokalat a marqué une étape très importante dans le processus d’acculturation des Touaregs, elle est venue compléter les effets d’une politique d’arabisation, d’islamisation et de sédentarisation visant à faire disparaître la culture touarègue.

 

 

 

 

 

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Bey Ag Akhamouk, amenokal du Hoggar, présenté au Président de la République, à Paris, France le 13 juillet 1961.

 

 

 

 

 

 

 

Une autre fédération touarègue, plus attachée encore à ses traditions que les Hoggar eux-mêmes, celle des Ouelleminden Kel Attaram, surnommées les irréductibles, a su conserver les noms, la généalogie et la chronologie de ses vingt-trois aménokal qui se sont succédé de 1580 à 1981. Parmi eux, vingt ont été de la lignée des Kel Talataye. Les trois autres furent Firhoun ag Al Insar (1902-1916) de la tribu des Idaragarène et deux de ses descendants. Firhoun, qui conduisit la révolte de 1916 dans ce qui deviendra le Mali en 1960, est à juste titre le plus célèbre d’entre tous les chefs Ouelleminden.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




‘Abd Al-Hamid Ibn Yahia (VIIIe s.)

12052020

 

 

 

 

 

 

‘Abd Al-Hamid Ibn Yahia (VIIIe s.)  dans Histoire

 

 

 

 

 

La célébrité de ‘Abd al-Hamid tient au fait qu’il est les premier «secrétaire» dont l’existence historique soit confirmée par une œuvre littéraire passant pour l’une des premières manifestations de la littérature arabe en prose.

 

 

 

 

 

La Tradition des «secrétaires» arabes

 

La dynastie omeyyade qui, en 661 de notre ère (41 de l’hégire), prend la direction de la communauté islamique et choisit Damas pour capitale, se signale par l’implantation d’une administration centrale cohérente et hiérarchisée, notamment à partir du début de notre VIIIe siècle, sous le règne du calife ‘Abd al-Malik (685-705). la réforme fondamentale consiste alors dans l’introduction de l’arabe comme langue administrative, alors que les souverains précédents avaient prudemment maintenu l’usage du grec et du persan, consacré par les administrations antérieures.

 

Le personnel, hérité des administrations byzantine et sassanide, va dès lors s’arabiser et s’islamiser de plus en plus, mais le processus ne s’achèvera que beaucoup plus tard.

D’une certaine façon, on peut même dire que seule l’arabisation sera complète: des fonctionnaires chrétiens – voire parfois juifs, comme sous les Fatimides – continueront d’occuper les postes dans les administrations arabes du Proche-Orient jusqu’à l’époque actuelle.

 

C’est parmi ces fonctionnaires, qui portent le nom de «secrétaires» (katib; pluriel, kuttab) pratiquement à tous les échelons, souvent originaires de communautés minoritaires, que se recrute une bonne partie des cadres lettrés. Par la force des choses, ils enrichissent le patrimoine arabe d’une masse d’éléments provenant de la tradition hellénistique et byzantine d’une part, indo-iranienne et sassanide d’autre part.

 

 

 

 

‘Abd al-Hamid et le genre de l’épître

 

Natif des bords de l’Euphrate, il n’est sans doute pas d’origine arabe, mais client d’une famille apparentée à la tribu du prophète Muhammad. Il aurait débuté comme maître d’école itinérant avant d’entrer dans l’administration omeyyade. Il y conquiert une place de premier plan sous le dernier calife de cette dynastie, Marwan ibn Muhammad (744-749). Lorsque les ‘Abbasides balayent les Omeyyades, il semble avoir partagé leur sort et avoir été exécuté en 750 (132 de l’hégire) au cours de la fuite des derniers survivants de la dynastie en Égypte.

 

On lui connaît dans ce pays des descendants qui joueront un rôle dans l’administration tulunide.

 

‘Abd al-Hamid est le fondateur du genre épistolaire en arabe. Il faut distinguer deux sortes d’épîtres (risala; pluriel, rasa’il):

 

- les pièces de chancellerie proprement dites, celles qui – de façon plus ou moins authentique – entrent dans la catégorie des documents d’archives;

 

- les épîtres littéraires qui sont composées, en général, dans un but didactique et véhiculent les principes d’une éthique qui s’incorporera à la tradition arabo-islamique.

 

 

Les écrits de ‘Abd al-Hamid comprennent quelques pièces de chancellerie et lettres privées. Ces documents sont rédigés en prose rimée (sadj’ سجع ) et, par leur style recherché et parfois obscur, n’ont aucun des caractères de la correspondance administrative telle que nous la concevons. C’est pourtant ce style qui l’emportera définitivement dans l’administration des pays arabes, notamment lorsqu’il aura été brillamment illustré par de hauts fonctionnaires épistoliers au Xe sièle (Sahib ibn ‘Abbad, Ibn al-’Amid, Badi’ al-Zaman al-Hamadhani), au point qu’il caractérise la totalité des pièces d’archives des pays arabo-islamiques jusqu’à une époque relativement récente.

 

Les épîtres ayant plus spécialement un caractère littéraire ne diffèrent guère des précédentes par leur style. Elles ont pour particularité de faire passer en arabe, sans doute pour la première fois, les éléments d’une éthique individuelle et sociale héritée des traditions antérieures, mais revêtus d’un vernis islamique. C’est ainsi que la longue épître adressée à ‘Abd Allah, fils du calife Marwan, accumule des conseils de conduite privée, d’étiquette et d’art militaire. D’inspiration plus nettement pédagogique encore est l’Épître aux Secrétaires, rédigée dans une langue plus simple et plus fluide. C’est le premier exemple attesté d’un genre qui fleurira dans la littérature arabe, au point de tourner rapidement aau poncif, mais qui sera d’autre par le noyau de la littérature à la fois didactique et récréative dite «littérature d’adab»: le genre de l’adab al-kuttab, ou du «manuel du parfait secrétaire». Ce genre trouve sa justification dans l’incontestable impréparation – d’un point de vue arabe et islamique s’entend – du personnel administratif, le plus souvent non arabe et non musulman, hérité des régimes précédents. Les règles de l’administration sassanide, mais aussi les méthodes militaires byzantines, inspirent nettement cette épître de ‘Abd al-Hamid, et s’incorporent ainsi à la nouvelle éthique du monde islamique sédentaire en gestation.

 

 

L’influence de ‘Abd al-Hamid en qualité d’épistolier, dans le domaine du style, se fera sentir dans la prose de chancellerie de toutes les époques. Pour ce qui est plus précisément de son influence sur la littérature d’adab, les idées qu’il véhicule, par l’intermédiaire de son disciple et émule Ibn al-Muqaffa’, vont se retrouver chez les grands polygraphes du IXe siècle qui sont les créateurs d’un adab élargi, comme al-Djahiz et Ibn Qutayba.

 

 

 

 

 

Gérard LECOMTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Révolution Islamique en Iran (janvier – mars 1979)

25032020

 

 

 

 

 

 

 

 

Au pouvoir en Iran depuis 1953, le Shah, Mohammed Reza Pahlavi, veut engager son pays dans la voie d’une modernisation à marche forcée. En 1962, le Shah lance la révolution blanche: l’Iran adopte une réforme agraire destinée à améliorer le rendement de son agriculture, bientôt suivie par une politique d’industrialisation à outrance. Le Shah peut compter sur la manne des revenus pétrolier dont dispose l’Iran. En outre, le souverain iranien entend doter son pays d’une infrastructure moderne (ponts, ports, autoroutes, métros). Un effort est effectué en faveur de l’éducation et de l’émancipation de la femme iranienne.

 

En politique extérieure, le shah d’Iran mène une ambitieuse politique d’hégémonie régionale. Armée et formée par les États-Unis, l’armée iranienne devient l’une des armées les plus puissantes du monde. L’Iran entend s’imposer comme «le gendarme du Golfe», chargé de protéger le libre accès aux voies d’approvisionnement pétrolières et d’assurer la stabilité de la région.

 

 

 

 

 

 

 

La Révolution Islamique en Iran (janvier - mars 1979)  dans Histoire 220px-Mohammad_Reza_Pahlavi_2

Mohammad Reza Pahlavi dans les années 1970.

 

 

 

 

 

 

La politique de modernisation du Shah provoque troubles et mécontentements. La révolution blanche n’améliore guère le sort de la paysannerie. Au contraire, elle accélère l’exode des paysans vers les grandes villes où ils vont grossir la masse des chômeurs. L’industrialisation du pays creuse le fossé entre une petite élite de privilégiés (banquiers, hommes d’affaires, hauts fonctionnaires, technocrates, officiers, grande bourgeoisie) et la masse des déshéritées (paysans, artisans, commerçant du Bazar, chômeurs). La population iranienne est durement touchée par la hausse du chômage et de l’inflation. En outre, les Iraniens sont choqués par la corruption et le luxe ostentatoire du régime. En octobre 1971, les fêtes de Persépolis, marquant le 2500e anniversaire de l’Empire perse, indignent les Iraniens par leur débauche de faste et de clinquant. La subordination de l’Iran aux États-Unis, matérialisée par la présence de 40 000 conseillers militaires et techniciens américains en Iran, blesse l’orgueil national.

 

Enfin, le régime du Shah réprime impitoyablement toute opposition à l’aide de sa redoutable police politique, la Savak. Celle-ci recourt aux arrestations arbitraires, aux jugements expéditifs, à la torture et aux exécutions sommaires. Le clergé chiite, fort de 180 000 mollahs, constitue la principale force d’opposition à la monarchie iranienne. 90% des Iraniens se réclament de l’islam chiite. Les mollahs vitupèrent contre la corruption du régime et la déliquescence des mœurs.

 

La contestation chiite s’organise autour de l’ayatollah Khomeiny. Issu d’une famille d’imams, chef de la communauté chiite, l’ayatollah Khomeiny vit réfugié en France depuis 1978 après un long exil en Irak (1963-1978). Il appelle au renversement de la monarchie, stigmatisant dans ses discours un régime stipendié par l’étranger. L’année 1978 constitue une année cruciale pour l’opposition iranienne. Les différents partis politiques surmontent leurs divergences et se rallient au dignitaire religieux. Des émeutes éclatent en janvier 1978 à Qom. En septembre, les Iraniens manifestent en masse dans les rues de Téhéran. La police intervient, tuant des centaines de personnes. En décembre 1978, à l’occasion d’une fête religieuse chiite, des millions de personnes manifestent leur opposition au régime du Shah. Le souverain iranien tente de composer en faisant des concessions. Le 31 décembre, il nomme au poste de Premier ministre Chapour Bakhtiar, un opposant démocrate et patriote. La mesure arrive trop tard. Les États-Unis adoptent une attitude ambiguë, alternant proclamations de soutien et critiques voilées au régime du Shah.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rouhollah Khomeini

 

 

 

 

 

 

Finalement, Jimmy Carter renonce à soutenir un régime devenu par trop impopulaire. Le 16 janvier 1979, le Shah prend la route de l’exil. Le régime de Chapour Bakhtiar ne tarde pas à s’effondrer. Le 1er février 1979, l’ayatollah Khomeiny effectue un retour triomphal à Téhéran sous les acclamations d’une foule de quatre millions de personnes.

 

Le 31 mars 1979, le chef religieux chiite proclame la république islamique d’Iran. Le nouveau régime s’appuie sur les gardiens de la révolution, véritable milice armée, et sur le clergé chiite (les mollahs). Khomeiny plonge l’Iran dans la révolution islamique. La charia est rétablie, l’adultère et la consommation d’alcool sont sévèrement punis. Khomeiny cherche à éradiquer toute influence occidentale. Les films, la musique, les vêtements occidentaux sont proscrits. Les femmes iraniennes sont astreintes à porter le tchador. La république islamique s’avère être tout aussi répressive et intolérante que la monarchie, les arrestations arbitraires et les exécutions sommaires. La classe moyenne iranienne, d’abord favorable à Khomeiny, se dissocie du régime. Mais la masse des déshérités, qui a obtenu des avantages sociaux, lui reste fidèle. C’est d’ailleurs parmi elle que sont recrutés les gardiens de la révolution.

 

Sur le plan extérieur, la révolution islamique iranienne qui agite les thèmes de la justice sociale, de l’orgueil national et du rejet de l’Occident, fait preuve d’un prosélytisme qui vise non seulement les pays où vivent des communautés chiites significatives (Liban, Irak, Koweït, Afghanistan) mais plus largement l’ensemble du monde musulman. La révolution islamique inquiète aussi bien les États-Unis, qui perdent leur meilleur allié dans la région du Golfe, que l’URSS, qui craint une possible contagion de la propagande chiite à ses propres républiques musulmanes. En novembre 1979, Khomeiny organise, ou tout du moins tolère, la prise en otages des diplomates américains restés en Iran par des «étudiants» islamiques. Ceux-ci réclament l’extradition du Shah, réfugié aux États-Unis, afin qu’il puisse être jugé en Iran. En avril 1980, les Américains organisent une opération commando pour libérer les otages qui échoue lamentablement. La mort du Shah en juillet 1980 facilite la résolution de la crise: les otages américains sont libérés en janvier 1981. en septembre 1980. le déclenchement de la guerre avec l’Irak radicalise la révolution iranienne tout en provoquant un sursaut patriotique. Le conflit fournit un prétexte à Khomeiny pour éliminer ses anciens alliés politiques (libéraux, moujahidine du peuple des Bani Sadr, communistes). Le régime islamique procède à des milliers d’arrestation suivies de plusieurs centaines d’exécutions. Entrées en rébellion depuis août 1979, les minorités turkmène, azérie et surtout kurde font l’objet d’une répression sanglante.

 

La fin de la guerre avec l’Irak en 1988 suivie par le décès de l’ayatollah Khomeiny en juin 1989 marquant le déclin de la révolution islamique. Tenants d’une ligne plus réaliste, les nouveaux dirigeants iraniens tentent de se rapprocher des pays du Golfe et de se concilier l’Occident. L’arrivée au pouvoir du «modéré» réformateur Khatami en 1997 ouvre la voie à une timide libéralisation du régime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Nom de BARBEROUSSE Dérive-t-il de BABA-AROUDJ?

14022020

 

 

 

 

 

Beaucoup de personnes estimeront peut-être que cette question est peu importante, et qu’il est inutile de consacrer trois ou quatre pages à la résoudre; nous ne saurions être de cet avis, et nous répondrons qu’Aroudj ayant été le fondateur de la domination turque en Algérie, il est fâcheux pour l’histoire de ce pays d’avoir à débuter par une erreur, ce qui n’arrive que trop souvent, depuis qu’a prévalu la singulière théorie que nous allons chercher à détruire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Nom de BARBEROUSSE Dérive-t-il de BABA-AROUDJ? dans Histoire Arolsen_Klebeband_01_465_4

Arudj Reïs: Gouverneur de la Régence d’Alger – Gravure de 1590

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyons d’abord d’où vient le nom de Barberousse et où il nous apparaît pour la première fois :

 

Dans le commencement du XVIe siècle, les populations côtières de l’Espagne, de l’Italie, de la Sicile et des îles du bassin occidental de la Méditerranée voient, à chaque instant, apparaître sur leurs rivages les galères des quatre fils d’un potier de Mételin, Aroudj, Kheir-ed-Din, Elias et Isaac; ces hardis corsaires ravagent le littoral chrétien, déploient une audace inouïe, s’attaquant aux bâtiments de guerre, enlevant les galiotes du Pape, prenant d’assaut et pillant des villes fortifiées, prêtant leur appui aux insurrections et aux évasions des Maures d’Espagne. Bientôt une légende se forme autour d’eux; le peuple se les représente comme des êtres surnaturels, moitié géants, moitié démons; personne ne connaît leurs véritables noms et on les appelle les Barberousses, appliquant à tous le surnom donné d’abord à un d’eux.

 

Quelques années après, on apprend qu’ils se sont établis à Alger, puis que l’un d’eux à occupé Tlemcen; c’est alors que les Espagnols, inquiets pour leur récente conquête d’Oran, se décident à agir. Mais savent-ils seulement le nom d’Aroudj? Non.

Qu’on lise les lettres adressées à la Régente et à Charles-Quint par les commandants des armées et par les gouverneurs de Bougie et du Peñon d’Argel; on n’y trouve pas une seule fois le nom du corsaire. Les pièces officielles elles-mêmes n’emploient que le vocable Barbaroja, soit qu’elles nomment Aroudj, soit qu’elles parlent de son frère Kheir-ed-Din. En Italie, on dit Barbarossa; en France, le Roi et ses ambassadeurs écrivent Barberousse. Mais (qu’on remarque bien ceci!) tous, Espagnols, Italiens et Français, lorsqu’ils se servent de la langue latine, disent :  Œnobarbus Turchus , le Turc à la barbe rouge, ce qui est formel et ne comporte pas de confusion, avec le vocable Baba-Aroudj. Et qui s’exprime ainsi? La Forest, Saint Blancart, Moulue, qui ont tous été envoyés auprès de Kheir-ed-Din; car, c’est celui-ci, et non son frère, qui reçut le premier le surnom appliqué plus tard à tous les fils de Yacoub, ce que nous allons démontrer un peu plus loin.

 

D’ailleurs, les chrétiens connaissent-ils seulement le nom d’Aroudj ? Nullement. Les uns le nomment Orux, d’autres Omiche et Horruk; cent ans plus tard, Haëdo sera encore forcé de rectifier ces appellations vicieuses , et c’est seulement depuis la publication de son bel ouvrage que les historiens donnent au fondateur de la Régence son véritable nom. Mais pas un seul d’entre eux ne fait précéder le nom d’Aroudj du vocable Baba, et cette unanimité est d’autant plus probante que presque tous ces historiens ont vécu dans le pays, ont pris leurs renseignements auprès des indigènes, et qu’ils eussent, sans aucun doute, employé une dénomination qui eût été en usage. S’ils ne s’en sont pas servi, c’est parce qu’on ne s’en est pas servi devant eux, et cela seul suffirait à prouver que personne ne connaissait cette dénomination. Objectera-t-on qu’elle était d’un usage familier et que les auteurs ont répugné à l’introduire dans le style historique? Mais, en ce cas, pourquoi nous ont-ils parlé de Baba-Ali, Baba-Mohammed, Baba-Hassen, et tant d’autres ?

 

Les choses en étaient donc là, et personne n’avait songé à la singulière étymologie contre laquelle nous nous élevons (2), lorsque, en 1840, M. Walsin Esterhazy, alors capitaine d’artillerie, proposa l’hypothèse suivante dans son excellent ouvrage : De la domination turque dans l’ancienne Régence d’Alger: « Il est probable que le surnom donné au conquérant d’Alger est dû au mot Baba-Aroudj, mal prononcé par les Européens, et non à la couleur contestée de sa barbe. » Cette proposition, qui n’a en réalité d’autre base qu’une vague similitude d’assonance, et qui a contre elle la tradition de trois siècles, eut un singulier succès. Elle fut admise sans contrôle, reproduite, à partir de ce moment, dans presque toutes les œuvres où il fut question des origines de la domination turque dans les États barbaresques, et donna lieu quelquefois à des méprises fort curieuses (1).

Il eut, sans doute, été logique de consulter les ouvrages orientaux contemporains des Barberousses : c’est évidemment là qu’on avait le plus de chances de trouver la vérité. On ne le fit pas, et nous allons réparer cet oubli.

 

1° Léon l’Africain, qui, nous dit-il, se trouvait à Alger au moment même où Aroudj s’empara du pouvoir ne lui donne pas une seule fois la qualification de Baba;

 

2° dans le Doujat-Nacher (2) (biographie des hommes illustres du Xe siècle de l’hégire), on lit : le reïs Aroudj, le Turc Aroudj, Aroudj l’adjem (étranger), et jamais Baba-Aroudj.

 

Enfin, le troisième et le plus important des ouvrages de cette époque est encore bien plus explicite à ce sujet. Je veux parler du Razaouat, œuvre de Sinan-Chaouch, qui nous dit dans sa préface : « Tout ce que je raconte clans ce livre, je l’ai entendu raconter par Kheir-ed-Din lui-même, ou par son frère, ou par leurs compagnons d’armes, ou, enfin, j’en ai été moi-même le témoin oculaire (3). » Nous voilà donc cette fois en présence d’un historien qui a personnellement connu Aroudj et Kheir-ed-Din, et qui, chargé par le sultan de raconter leurs exploits, a méticuleusement recueilli les moindres détails, auprès de ceux qui les connaissaient le mieux. Or, non seulement Sinan-Chaouch ne se sert jamais du nom Baba-Aroudj, mais encore il nous apprend formellement que le surnom de Barberousse fut donné, non à Aroudj, mais à son frère: « Ses quatre enfants (de Yacoub) apprirent sous lui l’art de la navigation, dans lequel Aroudj et Kheir-ed-Din se firent une réputation immortelle. Ce dernier était le cadet des fils de Yacoub, et c’est celui que les infidèles distinguent par le surnom de Barba-roucha. » J’estime que cette phrase d’un historien qui a vécu dans: l’intimité des fondateurs de la Régence et de leurs compagnons est de nature à clore à jamais la discussion et à faire abandonner dorénavant une dénomination fausse, qui n’a été adoptée que grâce au goût dangereux qu’ont trop de gens pour les étymologies par assonance.

 

Ajoutons, à titre de curiosité, que plusieurs personnages connus à Alger ont porté le surnom de Barberousse; je citerai entre autres deux reïs célèbres : l’un, qui se laissa prendre par les galères de Naples et qui fut pendu dans cette ville en 1642. « Le nommé Barbe rousse, ci-devant arrêté, comme vous avez su, a été ici pendu, non seulement pour avoir renié sa foi, mais pour ce -qu’il faisait souffrir de grandes cruautés à tous les chrétiens qui tombaient entre ses mains. » (Naples, 8 décembre 1642).

 

Un autre Barberousse faillit un instant devenir Dey d’Alger; il était chef de la Taïffe des Reïs en 1684, possédait d’énormes richesses et se posait en compétiteur d’Hadj-Hussein (Mezzomorto), son ancien compagnon d’armes. Il avait fait construire, à peu de distance de Mers-ed-Debban, un château-fort et y avait, sans doute, amassé tout ce qui était nécessaire à la réussite de ses projets ambitieux. Il crût que le moment de l’action était arrivé, lorsque M. de Tourville vint conclure la paix en avril 1684, et se mit à la tête du parti qui voulait la continuation de la guerre. Cette faction était soutenue par l’argent de l’Angleterre et de la Hollande, désireuses de voir continuer des hostilités qui leur assuraient le commerce du Levant. Le 18 avril, l’émeute éclata; mais Mezzomorto, en sa qualité de vieux conspirateur, avait des espions partout et se tenait sur ses gardes; il réprima la révolte avec sa cruauté accoutumée, fit étrangler son rival et signa le traité cinq jours après.

 

 

 

 

 

 H.-D. DE GRAMMONT. Revue africaine 1885

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Voir, entre autres, dans l’ouvrage de M. Playfair, The scourge of christendom, la singulière transformation de Babaruez en Baba-Aroudj, qui se trouve désigné (en 1579!) comme habitant une mosquée située au centre de la ville, alors que nous savons qu’il occupa la Jénina pendant son court séjour à Alger, et qu’il était mort depuis soixante et un ans, à la date où le plan II fut dessiné.

 

 

 

(2) Ou Douhat en Nacher, par Abou Abdallah Mohammed ben Asker, tué à la bataille dite d’Alcassar-el-Kebir.

 

(3) Sinan-Chaouch avait été chargé par le sultan de rédiger l’histoire des exploits d’Aroudj et de Kheir-ed-Din ; cet ouvrage a été traduit en arabe sur la demande du mufti d’Alger, Sidi Mohammed ben Ali El-Galgali.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Bombardement d’Alger sous Louis XIV

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Bombardement d’Alger sous Louis XIV dans Histoire

Alger que les Français bombardent en 1682. Gravure hollandaise de 1689

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis XIV, voulant réprimer les corsaires algériens qui mettait des entraves au commerce français, chargea l’amiral Duquesne du soin de les réprimer. Il s’en acquitta avec gloire et succès : deux fois Alger fut bombardée par ce dernier. Louis XIV ne pouvait donc ajourner davantage le châtiment qu’avaient encouru les Algériens.

L’expédition dont le brave Duquesne fut chargé se composait de onze vaisseaux de guerre, de quinze galères, de cinq galiotes à bombes, de deux brûlots et de quelques tartanes.

 

C’était la première fois que sur mer on allait se servir de mortiers à bombes, inventés par un jeune Navarrais nommé Renaud d’Éliçagarray.

 

«On n’avait pas d’idée, dit Voltaire. que des mortiers pussent n’être pas posés sur un terrain solide : sa proposition révolta. Renaud essuya les contradictions et les railleries que tout inventeur doit attendre ; mais sa fermeté et son éloquence déterminèrent le roi à permettre l’essai de celle nouveauté. »

 

Les galiotes proposées par Renaud étaient des bâtiments de la force des vaisseaux de cinquante canons, mais ils avaient un fond plat et étaient très-garnis de bois pour résister à la réaction de la bombe.

Chacune de ces galiotes était armée de deux mortiers placés en avant du grand mât, et de huit pièces de canon placées à l’arrière du bâtiment, quatre de chaque bord. Dans le combat, elles présentaient la pointe à l’ennemi, de manière à offrir une moindre surface à ses coups. Les mortiers de douze ou quinze pouces étaient établis sur une plateforme de bois supportée par des couches de madriers et de câbles.

 

La flotte parut devant Alger vers la fin d’août 1682 ; mais la grosse mer empêcha l’attaque pendant quelques jours : il fallut attendre le calme pour que les vaisseaux pussent prendre leur poste de combat.

 

Le feu s’ouvrit alors; mal dirigé d’abord, il fit peu de mal aux corsaires de la Régence: un mortier, chargé d’une bombe, laissa même tomber son projectile enflammé dans l’intérieur du navire d’où il devait être lancé.

 

Duquesne ordonna aux galiotes de se rapprocher de la ville, et le tir recommença avec plus de justesse et de vivacité que la première fois.

 

Cette attaque dura pendant toute la nuit et causa des dégâts considérables dans la ville et dans le port. Le jour suivant, le mauvais temps força l’amiral à rompre ses lignes; mais le 5 septembre, il y eut un nouveau bombardement plus terrible que les précédents. Le

lendemain, on vit le père Levacher, vicaire apostolique qui remplissait à Alger les fonctions de consul de France, s’approcher du vaisseau amiral pour faire des propositions de paix. Duquesne ne voulut pas le recevoir : « Si les Algériens, dit-il, désirent la paix, ils n’ont qu’à venir eux-mêmes à bord pour la demander. » Et le bombardement fut repris avec une nouvelle vigueur. Le 5, des envoyés du dey se présentèrent : l’amiral exigea qu’au préalable tous les esclaves français fussent rendus, condition qui ne fut pas acceptée. Mais, le mauvais temps s’étant déclaré et la saison étant fort avancée, Duquesne fit voile, le 12 septembre, pour rentrer dans le port de Toulon.

 

Cette expédition, dont le succès était loin d’être complet, eut néanmoins un grand retentissement en Europe, tant à cause de l’innovation des mortiers employés à bord des galiotes qu’à cause des désastres essuyés parles Algériens; car leur ville était pour ainsi dire détruite. Cependant leur audace ne les abandonnait point encore : ils se vantaient d’être assez riches pour en rebâtir une nouvelle.

Louis XIV résolut donc de renouveler l’attaque au printemps de l’année suivante. L’hiver fut employé à radouber les vaisseaux, à perfectionner les galiotes.

 

La nouvelle expédition prit la mer vers la fin de juin 1685.

 

A son arrivée devant Alger, elle rallia cinq vaisseaux français commandés par le marquis d’Amfreville. Le 28 juin, les galiotes, s’étant embossées devant Alger, commencèrent le bombardement et jetèrent un grand nombre de projectiles dans ta ville.

 

La consternation des Algériens fut si grande, que le divan envoya aussitôt le père Levacher pour solliciter la paix.

 

Celui-ci, que l’amiral avait refusé de recevoir à son bord l’année précédente, était cette fois accompagné d’un Turc et d’un interprète. Duquesne demanda, avant d’entamer aucune négociation, que tous les esclaves français et étrangers, pris à bord des bâtiments français, lui fussent livrés, menaçant de recommencer le bombardement si cette condition préliminaire n’était pas acceptée. Le divan, auquel l’envoyé turc transmit la demande de l’amiral, s’empressa d’y faire droit, et, dans la matinée du jour suivant, une partie des esclaves français qui étaient à Alger furent rendus.

 

Duquesne demanda ensuite que Mezzomorte, amiral de la flotte algérienne, et Ali, raïs de la marine, lui fussent remis comme otages. Sa demande fut également accordée, avec d’autant plus d’empressement, que le dey était jaloux de l’influence de Mezzomorte.

 

La condition la plus rigoureuse pour les Algériens était le payement de l’indemnité d’un million cinq cent mille francs que Duquesne réclamait, indemnité des prises faites sur ses compatriotes. Baba-Hassan déclara à l’amiral français qu’il lui serait impossible de remplir cette dernière condition; mais Mezzomorte, qui voulait à tout prix sortir de la position où il se trouvait, l’engagea à le laisser aller à terre, en lui disant : « Dans une heure j’en ferai plus que Baba-Hassan en quinze jours. » Duquesne, ne comprenant pas le double sens de ces paroles, lui accorda la faveur qu’il demandait. Au moment ou il quittait le vaisseau français, il toucha la main de l’amiral, lui promettant bien-tôt de ses nouvelles. En effet, dès qu’il fut à terre, Mezzomorte se rendit auprès du dey et le fit poignarder par quatre de ses affidés; il endossa son kaftan, fit annoncer son élection au peuple, ordonna d’arborer des drapeaux rouges sur tous les forts et de faire feu de toutes les batteries sur la flotte ennemie. Puis il envoya un officier français, M. Hayet, à l’amiral, avec recommandation de lui dire que, s’il lançait encore des bombes, il ferait mettre les chrétiens à la bouche des canons.

 

Les négociations étant rompues, le bombardement recommença. Mais les nouveaux ravages que faisaient les galiotes exaspérèrent à tel point la milice et le peuple, qu’un Anglais, homme influent, en profita pour provoquer les sanglantes exécutions dont Mezzomorte avait menacé l’amiral. Les domestiques du père Levacher ayant mis du linge à sécher sur la terrasse de la maison consulaire, l’Anglais fit accroire au peuple que c’étaient des signaux qu’on faisait à la flotte.

 

Les portes du consulat furent aussitôt enfoncées; on pilla tout ce qui s’y trouvait. Le consul était perclus de ses membres depuis qu’il avait eu la peste à Tunis; les forcenés le portèrent sur sa chaise, et dit un ouvrage du temps, « ils conduisirent cette innocente victime à la mort qu’ils voulaient lui faire souffrir sans aucune formalité; car, l’ayant mené sur le môle, le dos tourne à la mer, ils chargèrent un canon de poudre, et, après avoir mis le serviteur de Dieu à la bouche, toujours assis dans sa chaise, ils lui firent mille indignités, et, ayant fait mettre le feu au canon, ils sacrifièrent ce saint homme à leur rage et à leur désespoir. Le canon creva, mais il avait eu tout l’effet que ces misérables en avaient attendu, car il consuma la plus grande partie de cette victime. Les restes de son corps et de ses habits furent ramassés par des chrétiens, qui les conservèrent comme de précieuses reliques; il y eut même des Turcs qui en voulurent avoir, pour se ressouvenir d’un homme dont les vertus et la rare prudence les avaient charmés pendant sa vie. »

 

Ce meurtre fut suivi de celui de vingt autres chrétiens, qui périrent de la même manière.

 

Il y avait, parmi les prisonniers français que l’on conduisait au lieu du supplice, un jeune homme appelé Choiseul, plein de calme et de résignation. Dans des temps plus heureux, il avait fait prisonnier un raïs algérien et l’avait traité avec beaucoup d’égards. Celui-ci, redevenu libre, conserva le souvenir de ces bons traitements, et, au moment où Choiseul fut mis à la bouche du canon, il le reconnut. Aussi-tôt il s’élança pour embrasser le malheureux Français, déclarant qu’il mourrait avec lui si on ne lui faisait pas grâce. Cet acte de fraternel dévouement aurait dû les sauver tous deux; mais la férocité des Algériens était tellement excitée par le carnage, qu’ils n’écoutèrent pas même les prières de leur compatriote, et, au lieu d’une victime, le même coup de canon en fit deux.

 

Tel était l’état des choses, lorsque les bombes vinrent à manquer. Une soixantaine de maisons et quelques mosquées avaient été renversées: les rues étaient pleines de décombres; quatre cents personnes avaient péri, et trois gros corsaires avaient été coulés dans le port. Mais les Algériens résistaient encore et ne faisaient pas de propositions. M. de Seignelay envoya M. Dussault auprès du dey pour sonder ses dispositions; celui-ci déclara que, l’amiral Duquesne n’ayant pas traité après la remise des esclaves, il s’ensevelirait sous les ruines d’Alger plutôt que d’entamer de nouvelles négociations avec lui.

Après une telle réponse, l’escadre française, se trouvant hors d’état d’agir, partit, et rentra à Toulon le 25 octobre, ramenant un grand nombre de captifs.

 

 

L’année suivante, M. Dussault fut envoyé à Alger pour prendre des arrangements avec Mezzomorte; celui-ci était alors en butte à diverses conspirations et avait été grièvement blessé à la figure dans une émeute provoquée par les agents du bey de Tunis.

 

Il était tellement disposé à faire la paix, qu’il déclara à M. Dussault que, si le roi la voulait une fois, lui la voulait dix; mais le divan entravait toujours les négociations. Enfin, le 1er avril, M. de Tourville arriva devant Alger avec une nombreuse escadre pour presser la conclusion du traité. Après vingt-trois jours de négociations, on s’entendit sur les conditions, et la paix fut signée le 25 avril 1684, au grand dépit des Anglais et des Hollandais, qui avaient mis en jeu toute sorte d’intrigues pour entraver la négociation. Les esclaves furent rendus de part et d’autre, et le dey envoya un ambassadeur à Paris, pour faire ratifier le traité par Louis XIV lui-même.

 

Ce traité portait en substance que le commerce international des deux pays serait fait librement et sans obstacle: que tous les esclaves français retenus en Algérie seraient rendus: que tous les bâtiments naviguant sous pavillon français seraient respectés par les navires algériens, qui, de leur côté, seraient respectés par les vaisseaux du roi de France; que les navires français venant chercher un refuge contre l’ennemi dans le port d’Alger seraient défendus par les Algériens eux-mêmes; que tous les Français pris par les ennemis de la France et conduits à Alger seraient remis en liberté; que si quelque navire se perdait sur les côtes, il serait secouru par les Algériens comme leurs propres navires; que le consul français établi à Alger aurait dans sa maison le libre exercice du culte chrétien, tant pour lui que pour ses coreligionnaires; que les différends survenus entre un Français et un Turc ne seraient pas portés devant les juges ordinaires, mais devant le divan; enfin, qu’un navire de guerre français venant mouiller à Alger, le dey, sur l’avis du consul français, ferait faire les saluts d’usage, etc., etc.

 

Mais les corsaires algériens ne purent rester longtemps dans l’inaction; quelques mois après la signature de ce traité, ils couraient déjà sur les navires anglais, et, dès 1686, ils capturèrent sans le moindre scrupule les bâtiments français. Vers la fin de cette année, leurs expéditions devinrent si nombreuses et les pertes du commerce français si considérables, que le ministre de la marine fut obligé d’ordonner une chasse à outrance contre tout corsaire algérien qui serait rencontré dans la Méditerranée, et une prime considérable fut accordée pour chaque capture. Le pacha qui gouvernait alors l’odjack en l’absence du dey, fit piller, à titre de représailles, la maison consulaire de France, et M. Piolle, consul, fut jeté dans les bagnes.

 

Le pacha se préparait sérieusement à la guerre; il fil commencer la construction d’un fort au cap Matifoux. Mais, afin de gagner du temps, il écrivait à M. de Vauvré, intendant de la marine à Toulon, pour faire des ouvertures de paix. La France ne fut pas dupe du stratagème.

Lorsque ses lettres arrivèrent, une escadre allait mettre à la voile sous le commandement du maréchal d’Estrées, et rien ne suspendit le départ.

 

L’escadre mouilla devant Alger à la fin de juin 1688.

 

Le maréchal adressa aussitôt au pacha la déclaration suivante : « Le maréchal d’Estrées, vice-amiral de France, vice-roi d’Amérique, commandant l’armée navale de l’empereur de France, déclare aux puissance; et aux milices du royaume d’Alger que si, dans le cours de cette guerre, on exerce les mêmes cruautés qui ont été ci-devant pratiquées contre les sujets de l’empereur son maître, il en usera de même avec ceux d’Alger, à commencer par les plus considérables, qu’il a entre les mains, et qu’il a eu ordre d’amener pour cet effet avec lui. Ce 29 juin 1688. »

 

Il paraît que l’emploi des bombes avait singulièrement frappé les Algériens, car Mezzomorte répondit sur le revers de cet écrit : « Vous dites que si nous mettons les chrétiens à la bouche du canon vous mettrez les nôtres à la bombe : Eh bien, si vous tirez des bombes, nous mettrons le roi des vôtres au canon. Et, si vous me dites : — Qui est le roi? — C’est le consul. Ce n’est pas parce que nous avons la guerre, c’est parce que vous tirez des bombes. Si vous êtes assez forts, venez à terre, ou tirez le canon avec les vaisseaux. » Pendant quinze jours, le feu des galiotes ne discontinua pas et fit des ravages affreux dans Alger. Dix mille bombes furent lancées; elles avaient renversé un grand nombre de maisons, tué beaucoup d’habitants, coulé cinq gros corsaires, démantelé la plupart des batteries, et rasé la tour du Fanal.

 

Mezzomorte fut lui-même atteint d’un éclat de bombe à la tête. Ces ravages, au lieu de faire fléchir les Algériens, amenèrent de nouveaux actes de cruauté. Le père Montmasson, vicaire apostolique, ancien curé de Versailles, fut leur première victime; puis on immola successivement à la bouche des canons le consul Piolle, un religieux, sept capitaines et trente matelots.

 

En apprenant ces scènes de carnage, le maréchal d’Estrées ne put contenir son indignation; il fit égorger dix-sept des principaux Turcs qu’il avait à son bord, et placer leurs cadavres sur un radeau qu’on poussa vers le port; puis il rentra à Toulon avec son escadre.

 

Cependant ces actes de cruauté étaient loin d’amener la paix et la sécurité. Le gouvernement français le sentait bien; aussi, l’année suivante, se prévalant des lettres écrites à l’intendant de la marine à Toulon, fit-il de nouvelles tentatives qui eurent un plein succès. Un traité de paix fut conclu, et Mohamed-el-Emin-Cogea se rendit à Paris en qualité d’ambassadeur du dey, avec la mission de demander au roi la ratification de ce traité. Il fut présenté à Louis XIV le 20 juillet 1690, qui y apposa lui-même sa signature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( l’Algérie ancienne et moderne, par Léon Galibert.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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