La Brique dans l’Architecture Préromane et l’Architecture Hispano-Musulmane

18 11 2020

l’Espagne Médiévale XIIe-XVe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Domaine Wisigothique

 

Quelques édifices, rattachés à la domination par les Wisigoths d’une partie de la Péninsule au VIIe siècle, laissent apparaître en emploi très ponctuel de la brique; tellement ponctuel, que l’on pouvait à juste titre s’interroger sur l’authenticité du couvrement de la nef de San Pedro de la Nave (Zamora) ou de celui de la croisée de Santa Comba de Bande (Orense); s’agit-il, comme c’est le cas au baptistère d’Egara (Tarrasa, Barcelone), de restaurations difficiles par ailleurs à dater? Cela est possible. Le doute subsiste néanmoins. On pouvait envisager ici, comme pour la tombe wisigothique remontée au musée archéologique de Tolède, le remploi de briques romaines. La dimension ou le type des éléments mis en œuvre le suggère dans tous les cas et l’on imagine mal par ailleurs la construction de fours destinés à une production d’une si petite quantité de briques. Il semble cependant que, pour Santa Comba de Bande au moins, le doute ne soit plus permis depuis que toutes les voûtes accessibles ont été datées par thermoluminescence de la deuxième moitié du VIIe siècle.

 

 

 

 

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Église de San Pedro de la Nave (Zamora)

 

 

 

 

 

Le Domaine Asturien

 

Dans les Asturies, jusqu’au XIIe siècle, la brique n’apparaît que très ponctuellement associée à l’architecture. Quelles que soient les lacunes de notre documentation, il apparaît que l’emploi du matériau est extrêmement limité. On trouve en effet des briques associées à des édifices préromans dans le Nord de l’Espagne, autour d’Oviedo. Les églises de la capitale et celles de Naranco, mais aussi celles des centres secondaires, témoignent du fait qu’aux IXe et Xe siècle la taille des claveaux et des douelles ne posait aucun problème aux ouvriers employés sur les chantiers royaux. Établir un arc sur des cintres est relativement plus aisé lorsqu’on dispose d’éléments faible dimension que lorsqu’il s’agit d’ajuster précautionneusement de lourdes pierres préalablement assemblées au sol. Mais la cuisson des quelques centaine ou quelques milliers de briques employées dans chacun de ces édifices représentait, n’en doutons pas, un investissement disproportionné par rapport aux avantages matériels que l’on pouvait retirer de leur mise en œuvre.

 

 

 

 

 

 

Le Domaine Mozarabe

 

Dans les édifices dits mozarabes, la brique apparaît employée de manière extrêmement ponctuelle et sans que l’on puisse toujours être assuré de son âge véritable. On peut néanmoins citer les arcs outrepassés et les motifs en arêtes de poisson visibles au-dessus de l’arc-triomphal de San Cebrián de Mazote, les parties hautes des murs de la nef de San Miguel de la Escalada, ou à l’extérieur du chevet préroman de Valéranica.

 

 

 

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Église San Miguel de Escalada

 

 

 

 

 

Le Domaine Émiral et Califal

 

À partir de 711, la Péninsule fut soumise au pouvoir politique des musulmans, Arabes et Berbères. Les polémiques suscitées par des prises de position parfois excessives sur l’importance et la nature des populations musulmanes qui s’installèrent par vagues successives sur le territoire de la Péninsule sont loin d’être éteintes et seule une approche «régionalisée» de ce problème pourrait permettre de proposer des réponses satisfaisantes. Si l’on admet la position défendue par P. Guichard et A. Bazzana, on constate que l’Espagne orientale fut très largement peuplée de Berbères. Cette colonisation amena des bouleversements profonds des liens sociaux et des structures de peuplement. On ne peut que constater la quasi-inexistence de constructions de briques dans ces régions fortement berbérisées.

 

Dans le domaine d’al-Andalus, la brique est associée dans un premier temps à des équipements hydrauliques (Madinat al-Zahra, Cordoue). Il est possible que son emploi ait été relativement fréquent dans le couvrement des bains (Jaén). dans l’un et l’autre cas, les considérations techniques sont à l’origine du choix opéré par les constructeurs.

 

À Cordoue, la brique est mise en valeur dans les constructions califales de manière purement décorative. Il semble vraisemblablement que la brique califale, lorsqu’elle manifeste sa présence dans les constructions, puisse être expliquée par les mêmes raisonnements que ceux qui justifient les spolia. L’extraordinaire raffinement qui a présidé à la sélection et à la mise en place des chapiteaux remployés dans la salle de prière de la mosquée de Cordoue permet de considérer que les motivations esthétiques et idéologiques furent déterminantes également dans l’emploi d la brique.

 

Ce n’est qu’au tournant de l’an mil, dans la petite mosquée de Bab Mardoum à Tolède, que le matériau est utilisé, de manière encore essentiellement décorative, en élévation. Pour la première fois, un tapis de brique est ainsi tendu à l’avant d’un bâtiment construit en pierre et béton avant même que ne soit banalisé l’emploi du matériau par le recours à l’«appareil tolédan» dans les décennies qui ont précédé la conquête de l’ancienne capitale des rois wisigoths par Alphonse VI.

 

 

 

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Mosquée de Bab Mardum – Tolède

 

 

 

 

La brique fait son apparition timide au même moment dans les capitales des taifas qui se partagent l’ancien territoire du califat de Cordoue: à Saragosse, Séville, Málaga, Jaén, Grenade, on la trouve associée à la pierre et au béton dans les vestiges des constructions attribuées aux gouverneurs de ces «principautés féodales à turbans». Nulle part cependant elle ne semble avoir constitué le matériau du gros-oeuvre et son emploi est limité aux arcs, aux voûtes et parfois au chaînage des murs de béton.

 

 

 

 

 

 

Le Domaine Almohade

 

Le XIIIe siècle est marqué par un certain essor de la construction de brique: incontestable dans l’Espagne musulmane, il est tout aussi évident dans les territoires reconquis par les chrétiens.

 

L’architecture hispano-musulmane du XIIIe siècle peut être qualifiée du terme commode d’almohade, du nom donné à la dynastie berbère qui, après les Almoravides (1019-11170) occupa des portions de plus en plus réduites de l’Espagne méridionale, jusqu’au repli ultime des Nasrides dans le royaume de Grenade après la reconquête de Séville par Saint Ferdinand en 1248.

 

L’architecture almohade d’Espagne est caractérisée par un recours fréquent à la brique. La Giralda de Séville et le petit minaret de Cuatrovitas, à Bollullos de la Mitación (Séville) sont deux monuments qui traduisent l’essor de la construction de brique. Santa María de la Granada de Niebla (Huelva) et bien des substructions d’églises reconstruites sur des mosquées confirment l’utilisation abondante de la brique dans l’architecture almohade. Il n’en reste pas moins vrai que les deux tours «sœurs» de la Giralda construites dans domaine almohade, la Koutoubiya de Marrakech et la tour Hassan de Rabat, sont construites l’une en maçonnerie de moellons, l’autre en pierre de taille. Par ailleurs, les minarets de Séville et de Bollullos de la Mitación cités plus haut ne doivent pas constituer un leurre destiné à attribuer aux Almohades un rôle déterminant dans l’histoire de la brique dans la Péninsule: le matériau de base de la construction almohade reste le béton ou la maçonnerie de moellons qui constitue le gros-oeuvre de tous les éléments de fortification conservés à Séville, Badajoz, etc. La brique, lorsqu’elle apparaît dans les constructions militaires almohades, est limitée è des arases, parfois à des chaînes dans les maçonneries murales et plus fréquemment à la construction des arcs et des voûtes. Les mosquées ont presque toujours disparu. Lorsque les éléments en subsistent dans les églises chrétiennes qui leur ont succédé (Almería, Niebla [Huelva], Carmona [Séville]), ils sont parfois en brique, mais le plus souvent en pierre ou en béton. Quant aux palais, il est difficile d’aller au-delà d’une évocation très subjective de ce qu’ils pouvaient être. Il y a tout lieu de penser que lorsque la brique était employée dans leur construction, son usage était cantonné à l’établissement des arcs, des voûtes des bains ou des encadrements de baies. L’enduit de plâtre et de chaux devait, si l’on juge par les quelques vestiges sévillans, la masquer totalement.

 

 

 

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Minaret de la Mosquée Cuatrovitas

 

 

 

 

 

 

Le Domaine Nasride

 

Techniquement, l’architecture nasride s’inscrit dans le droit fit de l’architecture almohade; à cet égard, les minarets de la région comprise entre Antequera et Málaga (province de Málaga) méritent une attention particulière. Capitale du dernier royaume musulman de la Péninsule durant deux cent cinquante ans, Grenade présente, notamment sur l’Alhambra, toute une série de constructions dans lesquelles les possibilités techniques offertes par la brique sont exploitées avec sagesse et modération. Mais là encore, le matériau est masqué par les stucs et les céramiques: ce n’est pas la brique qui, dans l’architecture nasride, a séduit les princes chrétiens, mais au contraire tout le décor mis en œuvre pour la rendre invisible: la façade du palais de Pierre Ier de Castille à Séville et celle du palais-couvent de Tordesillas, qui exaltent dans le plus pur style nasride les vertus décoratives de la pierre, du bois et de la céramique, en font une démonstration éclatante.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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