Morts de Saints et Tombeaux Miraculeux chez les Derviches des Balkans -2ème partie-

8 05 2020

 

 

 

 

 

Morts de Saints et Tombeaux Miraculeux chez les Derviches des Balkans -2ème partie-  dans Croyances & Légendes 200105102903623254 

Le tekke de Derviche Hatixhe – Albanie

©AZA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saints se levant de leur tombe, au cours de la nuit, pour faire leurs ablutions

 

Selon une croyance extrêmement courante, les saints se lèveraient de leur tombe, au cours de la nuit, pour faire leurs ablutions rituelle. C’est pour cette raison que l’on voit dans les türbe des récipients contenant de l’eau, ainsi que des serviettes étalées sur les sanduka, offertes par des visiteurs. Dans certains tekke du Kosovo et de Macédoine ex-Yougoslave, le nombre de ces serviettes est tel que le cheikh en offre parfois une ou deux aux hôtes de marque, en signe de bénédiction.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le manteau (hırka) du Cheikh (disparu sans laisser de traces) accomplit des miracles

 

Un cheikh (peut-être nakshbandi) de Bitolj, nommé Cheikh Mahmud, aurait disparu un jour, de façon mystérieuse, en ne laissant dans la cour de sa maison (ou de son tekke?) que sa hırka et son couvre-chef (son tadj?) qui ont été recueillis et conservés par ses descendants. Or, cette hırka accomplit depuis lors des miracles: si quelqu’un est malade de longue date, on verse de l’eau sur la hırka, puis on la fait boire au malade qui, soit guérit, soit meurt peu de temps après.

 

 

 

 

 

 

 

 

Corps d’un mort resté intact

 

On cite parfois le cas d’un saint, ou d’un cheikh, dont le corps a été retrouvé intact au moment de l’ouverture de sa tombe, très longtemps après son inhumation. On connais pour l’instant trois cas de ce genre: le premier est celui d’un «juste», nommé Ram Sali de Dečani au Kosovo, enterré vers le début du XIXe siècle (?), sur la tombe duquel on a fait construire par la suite un türbe; le deuxième est celui d’un cheikh halveti de Skoplje, Salih Baba, dont le corps, resté intact jusqu’au moment de son exhumation, avait été vu, pendant quelques brefs instants, avant de tomber en poussière (vers 1954-1955) par Cheikh Haydar, cheikh rifâ’i bien connu de Skoplje. Le troisième cas révèle d’une croyance populaire liée au fameux cadi (et auteur de plusieurs ouvrages renommées), Hassan Kâfî de Prusac en Bosnie (mort en 1616), dont le corps serait intact jusqu’à nos jours!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Malheur frappant ceux qui s’attaquent aux cheikhs et aux derviches, ainsi qu’à leurs tombes

 

Comme on peut s’y attendre, le malheur frappe obligatoirement ceux qui s’attaquent aux cheikhs et aux derviches, ou à leurs türbe, et nous en connaissons plusieurs exemples: un pacha de Novi Pazar (Serbie) ayant voulu faire assassiner, par jalousie, le saint bektachi local nommé Gurbi Baba, devint muet, ainsi que ses hommes de main, mais grâce à son prompt repentir l’affaire se termina bien; un passant ayant injurié le cheikh halveti Nuh Baba de Gostivar tomba gravement malade le soir même et ne retrouva la santé qu’après s’être repenti, puis devint le serviteur de celui-ci pendant quatre ans; un officier (miralay, commandant) arrivé à Kosovska Mitrovica, ordonna de détruire le türbe du saint bektachi Gülbaba, afin de faire construire des écuries à cet endroit, mais il fut impossible de détruire le türbe: les soldats qui avaient entrepris de le faire devinrent tous fous, et l’officier en question mourut sur le champ; un autre officier turc ayant injurié un saint rifâ’i albanais, le cheikh Mehemet- efendi de Shkodër, et ayant frappé de son sabre la porte du tekke de celui-ci, tomba mort de son cheval, peu de temps après; enfin, un officier autrichien qui avait voulu photographier la tombe de Kâ’imî Baba (un cheikh kadiri de Sarajevo, enterré dans un türbe au-dessus de la ville de Zvornik) fut blessé au visage, car l’appareil explosa au moment où il prit la photo. Visiblement le saint ne voulait pas se laisser photographier!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commémoration d’un mort illustre et vie dans l’au-delà

 

Chez les Bektachis (de même chez les Rifâ’is et les Sa’dis albanais du Kosovo et de la Macédoine ex-Yougoslave, mais peut-être aussi chez quelques autres derviches des Balkans) la plus grande commémoration collective d’un mort illustre est sans conteste le mâtem chiite. Il s’agit des nuits de deuil (mâtem geceleri) des dix premiers jours du mois de Muharrem, durant lesquelles on commémore les événements tragiques qui se déroulèrent en l’an 63 de l’Hégire, à Kerbela, et notamment la mort de l’Imam Hussein, petit-fils du Prophète, combattu par Yazid, fils de Mu’âwiya. On trouvera chez N. Clayer une description détaillée de cette commémoration: jeûne et abstinence, réunions quotidiennes au tekke, le soir ou la nuit, au cours desquelles on lit ou on récite la Hadika (1) selon un programme très précis; puis, pour marquer la fin de cette période d’abstinence et de deuil, consommation en commun de l’ashure (plat sacré à base d’un mélange de céréales et de fruits secs de toutes sortes). Il faut signaler cependant que le mâtem n’est apparemment pas ou peu pratiqué dans les tarikat plus «orthodoxes», en particulier chez les musulmans non-albanais, comme par exemple chez les musulmans de Bosnie-Herzégovine, où cependant l’on commémore souvent la mort d’un cheikh local par une cérémonie ayant lieu quarante jours après, ou avec de plus grands intervalles (six mois ou un an après, etc., suivant la situation et l’occasion).

 

Quant à la vie dans l’au-delà, les Bektachis balkaniques (comme les autres, bien entendu), croient comme on le sait à la métempsycose, doctrine d’après laquelle l’âme peut animer successivement des corps différents. À ce sujet, et concernant plus particulièrement les Bektachis d’Albanie, N. Clayer écrit:« En outre, il n’y a pas de mort véritable, car l’homme se transforme et se retrouve en Dieu, dans son fils, dans le corps d’un animal. La revue Albania de Faik Konitza publia une ‘’notice sur la métaphysique des Bektachis’’, où l’on expliquait que les Bektachis emploient le mot ‘’passage’’ pour signifier la mort et qu’après sa mort apparente, l’homme passe dans le corps d’un animal plus ou moins exposé aux souffrances en fonction du mal qu’il a fait dans sa vie…».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mesures contre les inhumations hors-cimetière

 

À propos des tombes, il faut signaler que l’arrivée des «temps nouveaux», à savoir les débuts de la période post-ottomane, a apporté quelques perturbations dans certaines traditions séculaires, comme par exemple dans le domaine de l’inhumation des cheikhs et des derviches (ainsi que de leurs proches), notamment lorsque les nouvelles autorité interdisent (ne serait-ce que pendant un temps, car visiblement ces interdits ont pu être contournés par la suite) les enterrements en dehors des cimetières, empêchant ainsi quelques cheikhs connus d’être ensevelis dans le türbe de leur tekke, auprès de leurs prédécesseurs. Signalons, parmi les cas de ce genre, ceux notés par Djordjević, au sujet des Sinânis de Prizren, ainsi qu’à propos du cheikh rifâ’i de la même ville, Cheikh Hussein, qui fut enterré solennellement, en 1929, non pas dans le türbe de son tekke, mais dans le cimetière communal.

Selon A. Popovic, on a entendu parler plus d’une fois de faits similaires, comme, en septembre 1985, à Djakovica, où l’on me raconta comment un cheikh sa’di du tekke dit Tekke de Cheikh Vehbi (ou parfois Tekke de Cheikh Salih), Cheikh Hussein, fut enterré dans le cimetière se trouvant juste en face de son tekke.

On sait par ailleurs que le cimetière de Foča, en Bosnie, qui se trouve devant le tekke nakshbandi situé à la périphérie de l’agglomération, n’existe que depuis 1878, date à laquelle les autorités austro-hongroises interdirent de procéder à des enterrements dans la ville même.

 

 

 

 

 

 

 

 

Saints à tête coupée

 

On relate souvent, dans les milieux des derviches balkaniques, la légende d’un saint (d’un «juste», ou encore d’un simple derviche) qui, ayant été tué au cours d’une bataille (ou exécuté injustement), se met à cheminer en portant sa tête sous le bras. Quelqu’un l’aperçoit et s’écrie généralement «Regardez l’homme sans tête qui marche»: il s’effondre alors immédiatement en rendant l’âme pour de bon; ensuite on construit sur place un türbe, au-dessus de sa tombe. Djordjević mentionne plusieurs variantes de cette légende, à propos des personnages suivants: un certain Cheikh Mujo et son fils, tués tous deux au cours d’une bataille qui aurait en lieu «à Modrič en Bosnie»; un Arabe, dont on ne connaît pas le nom, enterré à Novi Pazar; deux saints (veli) «originaires de Bagdad», enterrés à Rogačica près de Gnjilane; deux frères, originaires d’Anatolie, nommés «Evliya» et «Mevliya», tués au cours de la conquête («au temps du Sultan Fatih») et enterrés dans le village Divač (?) situé près de Zvornik, sur la rivière Drina; un autre saint tombé comme şehit au moment de la conquête de la Bosnie par Mehmed II, nommé Veis [Üveys] Dede, enterré dans le village de Teočak (arrondissement de Zvornik); deux autres şehit, dont on ignore les noms, enterrés à côté de la mosquée «Fetije» [Fethiyye] et de la mosquée «Hajrije» [Hayriyye] de Zvornik; un célèbre guerrier nommé Imer [Ömer] Baba, tué (pendant qu’il dormait) dans la ville de Serrès en Macédoine grecque, et enterré près du mont Cviljen (sur la route menant de Prizren vers les villages de Leskovac et de Ljubičevo); un autre guerrier illustre (qui était également un derviche rifâ’i), Šukri Baba de Sinop, tombé selon la légende en 1389, lors de la bataille du Champ des Merles («Kosovo Polje»), enterré dans le village de Daljardovac (arrondissement de Kumanovo); un dénommé Dalga Baba dont le corps aurait été rejeté à Ohrid (sur les rives du lac du même nom) par une vague (dalga en turc) alors qu’il tenait sa tête coupée sous son bras; enfin, Hassan Baba, le célèbre saint de Manastir/Bitolj, qui fut mis à mort à l’âge de 23 ans, au XVIIe siècle, à la place de son maître, un certain Djer Baba.

 

 

 

 

 

 

 

 

Türbe «ne supportant pas de toit»

 

D’après une autre légende très courante dans les milieux des derviches du Kosovo et de la Macédoine ex-Yougoslave, certains türbe «ne supportent pas de toit», celui-ci s’effondrant chaque fois qu’on le construit, car, dit-on, le saint qui y est enterré désire reposer à ciel ouvert. C’est le cas notamment du türbe du village de Trnovac (près de Bujanovac); du türbe du village de Beleg (arrondissement de Djakovica); des tombes du tekke halveti de Cheikh Osman de Kumanovo, du türbe de Cheikh Šerif de Kumanovo; du türbe d’un bektachi nommé Šukri Baba de Kumanovo; du türbe d’un tekke disparu, dit tekke de «Cheikh Rama» situé dans la rue principale de Djakovica; des türbe du tekke (disparu) des Nakshbandis de Štip, situé rue Cvetan Dimov; etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort annoncée

 

Plusieurs cheikhs et derviches auraient prédit leur mort et leurs prédictions auraient été suivies d’effet. En voici quelques exemples: le célèbre cheikh halveti du XVIIIe siècle, dont nous avons déjà parlé plus haut, Cheikh Mehmed d’Užice, aurait dit à son entourage, le jour où il allait être tué: «Je périrai aujourd’hui»; un «juste» dont on ignore le nom, enterré à Livno (Bosnie du sud-ouest), qui était «originaire d’Arabistan» d’où il était arrivé à Livno «en une seule journée», il y a de cela «cinq cent ans»; un autre «juste» déguisé en mendiant, enterré non loin de Livno, dans le village de Strupnić; un certain Hadži-imam, de Prizren, qui avait fait construire une mosquée et une école dans cette ville, un certain Veli-baba, également de Prizren, dont la mort provoqua la guérison d’un enfant gravement malade qui allait mourir; le célèbre cheikh halveti du village de Njivokaz (situé non loin de Djakovica dans le Kosovo), Cheikh Štara (Tara) qui était un homme «juste» (njer i mir en albanais) et qui avait dit: «Demain je vais mourir, enterrez-moi ici»; le fondateur du tekke rifâ’i de Skoplje, Mehmed Efendi (dit «Haziedar») auquel son muršid, Cheikh Hadji Hatifi Abdulatif, avait prédit (un an à l’avance) qu’il mourrait trois jours après son retour du pèlerinage à La Mecque; et enfin un certain Baba Arif, derviche shâdhili de Djakovica (venu soit de l’«Arabistan», soit du «Khorasan») qui se serait couché sur le sol, à l’endroit de sa future tombe, en disant: «Vous allez voir comment on meurt», aurait fermé les yeux, puis serait mort.

Ajoutons enfin un cas très particulier, celui d’un «juste» du village de Brina, près de Livno, qui, au moment où il se sentit mourir, sauta avec son cheval du haut d’une montagne et s’écrasa sur le sol.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mort au cours d’un zikr

 

Certains derviches seraient morts au cours d’un zikr, c’est-à-dire au cours d’un rituel collectif où les affiliés se livrent à des pratiques qui varient d’une confrérie à une autre, tout en remémorant les noms de Dieu. C’est le cas notamment de quelques derviches blessés mortellement, de façon accidentelle, lors des zikr dits «violents», durant lesquels les participants se transpercent le corps, à divers endroits, au moyen d’ustensiles employés à cet effet. Il s’agit cependant d’un sujet dont on n’aime pas beaucoup parler….. (2)

 

Deux autres cas nous ont été racontés (à D. Tanasković et A. Popovic) dans le tekke sa’di de Djakovica dit «Tekke de Cheikh Tebdil», en septembre 1985. le premier concerne un derviche de ce tekke, nommé Miftar, qui «était parti» alors qu’il était dans le hâl (ce mot désigne chez les derviches un «état spirituel», que les profanes assimilent à l’«état de trase») à l’époque de Mahmud II, donc dans la première moitié du XIXe siècle. Le second concerne un autre derviche de ce tekke, un certain Baba Dan Nakib. Celui-ci s’opposait à une guerre fratricide et refusait en l’occurrence d’aller combattre les musulmans de Bosnie-Herzégovine qui s’étaient révoltés contre les réformes que voulait introduire ce même sultan. Il mourut en şehit (martyr) : lors d’un zikr, alors qu’il était dans le hâl, il sauta la tête la première, à travers une fenêtre, du haut de la semâ’-hâne (salle où se déroule le zikr) située au premier étage du tekke. Mort sur le coup, il fut enterré de l’autre côté de la rue, en face du tekke.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nom du cheikh mort devenu tabou

 

Une très curieuse croyance a cours dans le village de Damnjane au Kosovo (village situé à l’ouest de la route allant de Djakovica à Prizren, tout près de la frontière albanaise). Dans ce village, la personnalité du second cheikh du tekke halveti local, Cheikh Mustafa, était tellement forte de son vivant (il passait son temps en retraite spirituelle [halvet], faisant continuellement le zikr) qu’elle y est toujours présente: depuis sa mort, aucun enfant du village n’a reçu le nom du Mustafa, car dans le cas contraire il serait mort!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un taj pas comme les autres!

 

Le taj (la coiffe) surmontant la sanduka se trouvant au-dessus de la tombe d’un cheikh kadiri de Köprülü/Veles («Titov Veles») était tout à fait particulier. On dit que lorsque le saint enterré à cet endroit voulait honorer tout particulièrement le visiteur venu s’incliner sur sa tombe, le tadj en question tournait «d’un cran»!.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mort récalcitrant

 

Ali Dede, un «juste» de Kosovska Mitrovica (qui de son vivant avait fait preuve de son pouvoir miraculeux), mort très âgé, fut enterré dans le cimetière de la ville, se trouvant non loin du türbe du célèbre saint Djul-Baba (Gülbaba). mais au lendemain de son enterrement, on retrouva son corps dans le türbe en question (dont le mur avait été détruit pendant la nuit), à côté de la tombe du saint. On l’enterra donc de nouveau dans le cimetière, mais rien n’y fit, car il recommença! De guerre lasse, et après plusieurs tentatives, on décida finalement de le laisser à l’intérieur du türbe, et on l’enterra (pour de bon!) à gauche de la tombe du saint.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)Sur la Hadika qui est une traduction/adaptation en albanais de l’ouvrage bien connu Hadiqatû’s-su’adâ du poète Fuzuli (mort en 1556).

 

 

(2)On enregistre également parfois des cas de mort naturelle survenue au cour d’un zikr, comme par exemple au tekke kadiri de Sarajevo en 1980.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 


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