Constantine avant 1837 – 1ère partie –

10 05 2020

 

 

 

 

 

 

I.

 

 

 

Constantine, que les anciens auteurs arabes appellent l’aérienne (Kosantina-t-el-Haoua) (1), s’étend sur un plateau qui s’abaisse en pente assez régulière, mais de plus en plus rapide, du nord-ouest au sud-est, entouré de trois côtés par l’espace, vaste presqu’île reliée à la terre par un isthme étroit la rattachant aux croupes du Koudiat-Ati. il résulte de cette situation que la ville ne peut avoir d’accès direct que sur une face, celle du sud-ouest, au moyen de l’isthme dont nous avons parlé et qu’il n’est possible de relier les autres côtés à la terre que par dès ponts jetés sur le ravin qui entoure la cité au sud-est et au nord-est. Deux rentrants échancrent le plateau: l’un assez prononcé, au sud, et l’autre, moins grand, à l’est.

 

 

 

 

 

 

En 1837, trois portes existaient sur la face de l’ouest:

 

1° La porte neuve (El-Babel-Djedid), qui se trouvait au-dessus de la porte Valée, derrière l’emplacement occupé par le magasin à orge de l’Admitration, et donnait accès sur le versant nord de l’isthme, alors beaucoup plus étroit, véritable langue de terre dont nous avons décuplé la largeur par des remblais;

 

2° La porte de la rivière (Bab-el-Ouad), au-dessous de la porte Valée, vis-à-vis du centre du square. On descendait par là vers le Bardo, d’où le nom : porte de la rivière;

 

3° Et la porte de la citerne (Bab-el-Djabia), au-dessous de la précédente et desservant la partie basse de la ville, laquelle a pris le nom de la porte.

 

A l’opposé, une quatrième porte, celle du pont (Bab-el-Kantara), permettait de traverser le ravin sur un ancien pont romain, restauré en 1792 par Salah-Bey, qui avait chargé de ce soin un architecte mahonais, don Bartoloméo. On sait que ce pont s’est écroulé le 18 mars 1857 et a été remplacé par un beau pont en fer .

 

Telles étaient les seules entrées de cette ville, qui occupe une superficie de plus de trente hectares, et encore les deux premières portes faisaient-elles, en réalité, double emploi.

 

Un mur crénelé entourait la ville; mais cette enceinte était fort irrégulière et l’on avait, en maints endroits, adossé la muraille au rocher, ce qui, sur le plan, est indiqué par des lacunes qu’on pourrait prendre pour des entrées.

 

 

 

Constantine était divisé en quatre quartiers principaux:

 

La Kasba, au nord-est;

Tabia, au nord-ouest;

El-Kantara, au sud-est;

Bab-el-Djabia, au sud-ouest.

 

Entre ces quatre groupes occupant les quatre angles, mais dont les limites n’avaient rien de bien défini, s’étendait un large espace n’ayant pas de désignation générique mais une foule d’appellations particulières : c’était la partie de la ville réservée spécialement au commerce et aux métiers et le siège des hauts fonctionnaires de l’administration.

 

Les rues, étroites et contournées, coupées d’impasses, n’avaient généralement pas de noms particuliers; chaque impasse était désignée par le nom du propriétaire de la principale maison s’y trouvant, Zenket-dar-bou-Khoubza, par. exemple, ou par celui de la mosquée voisine : Zenket-Sidi-Offane; enfin, l’on rencontrait de petits carrefours ayant une désignation particulière : comme Kouchet-ez-Ziate, Ech-Chott, El-Hara-el-Hamra, etc.; des voûtes (Sabate et Kous), de petites places, comme Rahbet-el-Djemal ou Souk-el-Acer, de sorte que la même rue, dans son prolongement, rencontrait une série de dénominations différentes. En ajoutant à cela l’absence complète de numéros aux maisons, on avouera qu’il devait être difficile à un étranger de s’y reconnaître dans un pareil fouillis.

 

La ville était donc, en réalité divisée en une multitude de petits quartiers (Houma).

 

 

  

Constantine avant 1837 - 1ère partie -  dans Attributs d'Algérienneté 200407081307693636

Constantine, rue de la Mer Rouge

 

 

 

 

 

 

Quatre artères principales, reliées entre elles par un grand nombre de ruelles, sillonnaient Constantine de l’ouest à l’est. C’était, en commençant par le haut:

 

1° Une rue partant d’El-Bab-el-Djedid montait pour passer devant Dar-el-Khalifa (le Trésor) et conduisait à la Kasba, en trouvant sur son parcours : Redir-bouel-R’arate, point où on a percé la rue d’Aumale, et les mosquées de Djama-Khelil, Sidi-Yahia-el-Fecili et Sidi-Mouferredj. C’est à peu près le trajet des rues Basse-Damrémont et Damrémont.

 

La Kasba, dont l’enceinte n’était pas délimitée comme de nos jours, contenait un certain nombre de constructions particulières, appartenant notamment aux familles Ben-Hasseïn et Ben-Koutchouk-Ali; plusieurs mosquées: Djama-el-Kasba, Sidi-Abd-el-Kader, Kobbet-Bechir; une prison (Habs), établie, dit-on, dans les citernes romaines, sorte d’in-pace; une réunion de métiers de tisserands (Terbiât-Houka), etc. A l’extrémité nord se trouvait le sinistre emplacement appelé Kehef-Chekoura (le rocher des sacs), d’où la tradition prétend que l’on précipitait dans le ravin les femmes infidèles ou celles dont les beys voulaient se débarrasser.

 

Au-dessus de cette rue, entre la Kasba et le front nord-ouest, s’étendait le quartier de Tabia, divisé lui-même en Tabia-el-Kebira (la grande Tabia) et Tabia-el-Berrarnia (Tabia des étrangers). Plusieurs mosquées s’y trouvaient; l’une d’elles, celle de Sidi-Ali-ben-Makhlouf, donnait son nom à l’angle de l’ouest, près de Bordj-Âssous (la tour romaine).

 

2° Une rue partait d’El-Moukof, près de l’endroit où se trouvait le tétrastyle de Potitus, démoli lors de la construction de l’hôtel de Paris, et conduisait à Souk-el-Acer (la place Négrier). Elle passait devant Dar-el-Bey, traversait Souk-el-R’ezel (le marché de la laine filée) au-dessous de la mosquée de ce nom (la Cathédrale) et du palais (Derb), puis le quartier d’El-Blâte, longeait Djama-el-Djouza, mosquée qui se trouvait à l’entrée de la rue Richepanse, sur la place de l’Asile, et débouchait à Souk-el-Acer par la voûte (Sabate) de Salah-Bey.

 

Cette voie, qui était appelée, dans la seconde partie de son parcours, Zekak-el-Blâte, a reçu le nom de rue Caraman. Elle communiquait avec El-Bab-el-Djedid par la ruelle nommée (à l’époque coloniale) rue du Trésor, et avec Bab-el-Ouad par l’ancienne entrée de la rue Rouaud.

 

Des rues transversales la reliaient à la précédente. On parvenait ainsi à Rous-ed-Douamès (les têtes des souterrains), dont l’emplacement paraît avoir été vers la rue du Palais, aux deux palais (Derb et Dréiba), à diverses mosquées telles que Sidi-Ferghane, Sidi-Bou-Annaba, etc., au lieu dit Hammam-es-Soultane et au passage appelé El-Morr, sous la Kasba.

 

Au-dessus de Souk-el-Acer se trouvait la mosquée de Salah-Bey, dite de Sidi-el-Kettani, dont on a refait la façade et à laquelle est adjointe la Medraça. Pour y arriver, on passait devant le petit oratoire d’une femme morte en odeur de sainteté, Setti-Frikha. Au delà, on entrait dans Souk-el-Djemâa (le marché du vendredi). Des ruelles menaient de là à la Kasba en passant par Sour-ed-Derk.

 

3° Une rue partant de Bab-el-Ouad menait à Rahbet-es-Souf (la halle de la laine), dont on a fait la place des Galettes. Elle a formé les rues Rouaud, Combes et Vieux.

C’était la principale artère du commerce et des métiers, qui s’y trouvaient groupés par catégories, formant ainsi une suite de Souk ou bazars, comme dans la plupart des villes d’Orient.

 

On trouvait d’abord les droguistes (Attarine); puis les selliers (Serradjine); puis les teinturiers (Sebbarine). Là la rue se divisait en deux branches venant déboucher l’une au sommet et l’autre au bas de Rahbet-es-Souf, chacune d’elles se terminant par une longue voûte. Le tout était réuni sous l’appellation générique de Souk-et-Teddjar (le bazar du commerce).

 

Dans la branche supérieure se trouvaient à la suite: les cordonniers (Kherrazine), Souk-el-Khelek (le marché populeux), les forgerons (Haddadine) et Es-Souk-el-Kebir (le grand bazar).

 

Dans la branche inférieure venaient successivement: les fabricants de tamis (R’erabline), les menuisiers (Neddjarine) et les parchemineurs (Rekkakine).

 

Entre ces deux branches et au-dessus d’elles se trouvaient encore diverses rues transversales ou parallèles, occupées par d’autres industries, telles que les fabricants de chaussures de femmes (Chebarlïine), les passementiers (Kazzazine), les bijoutiers (Sar’a), les fabricants de bâts de mulets (Bradâaine), les marchands de légumes (Khaddarine), les bouchers (Djezzarine), les marchands d’artichauts sauvages (Kherachefune), etc.

 

Au delà de Rahbet-es-Souf, des ruelles menaient plus ou moins directement, en montant, à Souk-el-Acer; d’autres conduisaient, sur le même plan, à Chara, le Ghetto, où Salah-Bey avait cantonné les Israélites; enfin, d’autres faisaient descendre à El-Kantara, en passant par Sidi-el-Djelis, mosquée dont elle est devenu à l’époque coloniale l’école arabe-française.

 

Un grand nombre de mosquées, parmi lesquelles celle de Sidi-L’Akhdar, et plusieurs bains se trouvaient dans le pâté que nous venons de circonscrire.

Presque à l’entrée de cette rue, en descendant à droite, on trouvait Rahbet-el-Djemal (la halle aux chameaux), d’où l’on descendait encore par une rue en pente très-rapide et appelée Ed-Deroudj (les escaliers, dont nous avons fait la rue de l’Échelle), à Bab-el-Djabia.

Au-dessous de Dar-el-Bey (palais et caserne à l’époque turque), après avoir passé devant Ras-el-Kherrazine (la tête des cordonniers), où se trouvait la Zaouïa de la famille de Ben-el-Feggouncheïkh-el-Islam (la mosquée de Hammouda), l’on descendait assez directement sur El-Djamâ-el-Kebir (la grande mosquée), dont nous avons reconstruit la façade sur la rue Nationale, à l’endroit dit El-Batha, carrefour qui a été coupé par la rue Nationale, en face de l’entrée de la rue Fontanilhes.

 

 

 

4° Enfin, une rue partait, de Bab-el-Djabia, passait à Souika (le petit marché), à Zellaïka (la glissante) et à Ech-Chott (le bord), à l’angle de la rue Nationale, sur le bord du ravin; de là, elle remontait pour passer devant la ruelle des Arbain-Cherif, puis à Frane Birrou (les fours à chaux de Birrou), puis à la mosquée de Sidi-Bou-Mâza, et, enfin, atteignait Bab-el-Kantara.

 

Cette rue, la seule qui, entrant par une porte, traversât directement la ville pour sortir par la porte opposée, a été nommée par nous rue Perrégaux.

 

A l’entrée de cette voie, des rues descendaient pour desservir la partie inférieure du quartier de Bab-el-Djabia et venaient aboutir à l’extrémité méridionale de la ville, à la pointe de Sidi-Rached, à la mosquée de Sidi-Bou-Rarda et à Bir-el-Menahel (le puits des ruchers), nom donné à la partie bordant le ravin. Dans le bas de ce quartier, la déclivité du terrain est fort grande, et, comme les rues descendent généralement à pic, leur inclinaison est attestée par les appellations significatives de Zellaïka (la glissante), de Zerzaïh’a (la glissade) et de Derdaf (les petits pas). Les mosquées ne manquent pas dans cette partie de la ville : Sidi-Abd-el-Moumen, Sidi-Rached, Sidi-Ali-Tandji, etc.

 

 

 

 

 

200407073920323430 dans Attributs d'Algérienneté

Constantine La rue Perrégaux

 

 

 

 

Dans le bas du quartier d’El-Kantara, un certain nombre de ruelles conduisaient, en pente plus ou moins rapide, à l’extrémité du plateau.

 

Sur tout le front sud-est, la ville était garnie, au bord même du ravin, de tanneries dont la plupart existent encore. En se plaçant là, les tanneurs ont eu évidemment pour but d’éviter les frais de transport de leurs détritus et de leurs eaux qu’ils jettent à même dans le ravin, sans, pour ainsi dire, se déranger.

 

Le ravin était, du reste, le réceptacle des immondices de la ville. Au fond de l’échancrure méridionale, près d’Ech-Chott, se trouve l’emplacement dit El-Merma, d’où l’on précipitait les fumiers dans le gouffre; là, les nuées de corneilles et de choucas logés dans les anfractuosités des rochers venaient y chercher leur nourriture, et enfin, les grandes crues de l’hiver achevaient ce travail peu coûteux d’enlèvement des issues d’une grande cité.

 

Tel était le vieux Constantine; singulière ville, en vérité, et bien capable de forcer à l’étonnement le voyageur le plus blasé. Un général tunisien, après avoir en vain essayé de s’en rendre maître par le siège, exhala, dit-on, son dépit par cette phrase caractéristique dans sa crudité : « Ailleurs les corbeaux fientent sur les hommes; ici ce sont les hommes qui fientent sur les corbeaux. »

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Litt. Constantine de l’espace ou du ravin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45