Abbaïkwytsykk – conte populaire ossète* –

5 02 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

Abbaïkwytsykk – conte populaire ossète* –  dans Littérature 1544192818-800px-ramonov-vano-ossetin-northern-caucasia-dress-18-century

Ossète du Nord Caucase dans un costume du xviiie siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un prince avait une fois six serviteurs. L’un d’eux se nommait Abbaïkwytsykk. Le prince n’employait ce serviteur que pour aller à la chasse, et les cinq autres – pour les travaux de la maison. Le prince préférait Abbaïkwytsykk aux autres, et lui les regardait de haut. Un jour, les cinq serviteurs vinrent trouver le prince et lui dirent :

 

-          Là-bas derrière la montagne, vit un géant, et il a un cheval qui parle. Si Abbaïkwytsykk est si bon que cela, eh bien, qu’il te l’emmène !

 

Le soir, Abbaïkwytsykk revint de la chasse ; il portait des dépouilles d’animaux. Il ôta leurs entrailles, fit des brochettes avec la viande et les posa devant le prince. Mais non, le prince ne toucha pas aux brochettes. Alors Abbaïkwytsykk lui demanda :

 

-          Qu’as-tu, tu ne manges pas, mon prince ?

 

 

Lui resta silencieux un long moment, puis dit :

-          Là-bas, derrière la montagne, vit un géant. Il a un cheval qui parle…si tu me l’apportais !

 

 

Abbaïkwytsykk en fut tout saisi et dit :

-          Celui qui t’a dit cela, puisse sa chance en ce monde ne rien lui apporter de bon. Mais assieds-toi, mange. Il se trouvera bien une solution.

 

 

 

Le prince s’assit et ils mangèrent ensemble. Lorsqu’il eut fini de manger, Abbaïkwytsykk se leva et partit pour la montagne. Il alla, il alla et traversa un pont tout mince. Il parvint à la maison du géant. Il entra dans la cour. Il regarda, mais les portes étaient fermées de l’intérieur. Abbaïkwytsykk inspecta tous les côtés de l’étable, et sur l’un d’eux trouva un petit trou. Abbaïkwytsykk se changea en grain de blé, se glissa dans l’étable par ce trou et dit à l’oreille du cheval :

 

-          Et maintenant, si je te conduisais là où tu pourrais voir la face du ciel, là où tu mangerais de l’herbe verte, là où tu serais lavé avec du savon, hein ?

 

 

Le cheval s’écria alors :

Alerte, Abbaïkwytsykk m’enlève !

 

 

 

Le géant sauta de son lit, se précipita dans l’étable, mais Abbaïkwytsykk se transforma en grain de blé et roula dans les balayures. Le géant mit tout ses dessus dessous, et comme il ne trouva rien, il s’en fut et retourna se coucher.

 

 

 

Abbaïkwytsykk revint au cheval et lui dit à l’oreille :

-          Il est curieux que tu n’en aies pas assez de cet endroit. Moi, je te conduirai là où tu verras la face du ciel, où tu mangeras de l’herbe verte, où tu seras lavé avec du savon !

 

 

 

Le cheval n’était pas d’accord, mais Abbaïkwytsykk tira sur sa bride.

-          Alerte, Abbaïkwytsykk m’enlève ! s’exclama le cheval.

 

 

 

Le géant tiré à nouveau de son sommeil s’élança, tourna et vira, mais ne trouva personne dans l’étable.

 

Abbaïkwytsykk en effet s’était transformé en grain de blé et avait roulé dans les balayures. Alors le géant prit un balai et l’abattit sur les flancs du cheval, et lui-même s’en fut et se recoucha.

 

Abbaïkwytsykk revint au cheval et lui dit à l’oreille :

-          Eh bien, si tu avais été d’accord, tu n’aurais pas été battu ? Et à présent, si je te conduisais là où tu verrais la face du ciel, là où tu mangerais de l’herbe verte, où tu serais lavé avec du savon, n’y serais-tu pas mieux ?

 

 

 

Alors le cheval lui dit :

-          Maintenant, je viens.

 

 

 

Et Abbaïkwytsykk tira sur sa bride et l’enleva.

Lorsqu’ils arrivèrent au pont, le cheval le frappa de sa patte arrière, et le pont s’écroula.

Quand ils furent tous deux de l’autre côté, le cheval s’écria encore :

-          Alerte, Abbaïkwytsykk m’enlève !

 

 

Mais à ce cri d’alarme, personne ne se montra. Abbaïkwytsykk conduisit le cheval devant le prince.

 

Le lendemain, Abbaïkwytsykk s’en alla à la chasse. Le soir, il rapporta la dépouille d’une bête, ôta les entrailles, fit des brochettes avec la viande et les posa devant le prince. Mais le prince ne mangeait pas. Abbaïkwytsykk lui demanda alors :

 

-          Pourquoi ne manges-tu pas ?

 

 

Le prince lui dit :

-          Celui qui avait le cheval possède encore un chaudron qui bout seul et une fourche à viande qui prend seule les morceaux.

 

-          Celui qui te l’a dit, puisse Dieu ne pas lui pardonner !

 

Assieds-toi, mange, il se trouva bien une solution à cela aussi.

Ils s’assirent et mangèrent ensemble.

 

 

 

Abbaïkwytsykk se leva, se mit en route et parvint à la maison du géant. Il vit que les portes étaient fermées de l’intérieur. Il tourna autour de tous côtés et voici qu’il trouva une petite fente. Abbaïkwytsykk se transforma en grain de blé ; il se glissa par la fente, ouvrit les portes, chargea le chaudron et la fourche à viande sur ses épaules et les apporta au prince.

 

Le lendemain, Abbaïkwytsykk alla à la chasse. Le soir, il rapporta la dépouille d’une bête, ôta les entrailles, fit des brochettes avec la viande et les posa devant le prince. Mais le prince ne mangeait pas. Abbaïkwytsykk lui demanda alors :

 

-          Pourquoi ne manges-tu pas, mon prince?

 

 

Le prince lui dit :

 

 

 

Abbaïkwytsykk lui demanda alors :

 

-          Et lui-même il ne me mangea pas ? Assieds-toi, mange, il se trouvera bien quelque solution à cela aussi.

 

Le prince mangea.

 

 

 

Abbaïkwytsykk partit, et il alla crier :

-          Malheur, Abbaïkwytsykk est mort !

 

 

 

Alors le géant dit à sa femme :

-          Va voir, il y a quelqu’un qui crie en bas qu’Abbaïkwytsykk est mort.

 

 

 

Le géant n’attendit pas la réponse de sa femme, mais se précipita lui-même et trouva Abbaïkwytsykk en train de couper un arbre dans le bois.

 

-          Et que fais-tu avec ça ? lui demanda le géant.

 

 

 

Il lui dit :

-          Abbaïkwytsykk est mort et voici que je lui fais un cercueil.

 

 

 

Lorsqu’il eut fini le cercueil, il dit au géant :

- couche-toi dedans, que je voie s’il est bon ?

 

Il s’y coucha, s’y étira de tous côtés et le fit éclater. Alors le géant s’en alla lui-même à un gros arbre, le coupa et en fit un cercueil. Lorsque le cercueil fut prêt, Abbaïkwytsykk dit au géant :

 

-          Eh bien maintenant, couche-toi dedans. Je voudrais aussi voir le couvercle.

Et il y posa le couvercle.

 

 

Puis il lui dit :

-          J’y planterai aussi les clous.

 

Et il y planta les clous. Ainsi quand il n’eut plus à craindre le géant, il le chargea sur ses épaules et le livra au prince. Il entra et dit au prince :

 

-          Je t’ai apporté le géant, mon prince, et quand tu te lèveras demain, cherche-le. Moi, je pars à la chasse demain de bon matin.

 

 

 

Lorsque le prince se leva le lendemain, il chercha dans les coins et trouva le cercueil. Abbaïkwytsykk, lui, n’était pas parti à la chasse, mais avait grimpé sur le toit de sa maison à trois niveaux et il regardait de là-haut.

 

Quand le prince souleva le couvercle du cercueil, le géant en bondit et l’avala, après quoi il fureta dans les coins et dévora les autres membres de la maisonnée.

 

Qaund il vit Abbaïkwytsykk en haut de ses trois étages, il lui dit :

-          Comment as-tu grimpé, eh ?

 

 

 

Il lui répondit :

Toutes les pierres que j’ai trouvées par terre, le les ai empilées, et j’ai grimpé là-dessus.

 

 

Alors le géant empila les unes sur les autres toutes les pierres qu’il trouva, et lorsqu’il parvint à la moitié de la hauteur, Abbaïkwytsykk lui dit :

-          Saute, maintenant, et je t’attraperai.

 

 

Le géant sauta, mais pas assez haut, et il tomba à grand bruit sur le sol et s’écrasa par terre. Abbaïkwytsykk descendit de ses étages. Tous les biens du prince lui revinrent, et il vit et mange là-dessus aujourd’hui encore.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

* : les Ossètes sont l’un des nombreux peuples du Caucase, cet isthme montagneux qui s’étend entre la mer Noire et la mer Caspienne et a de tous temps frappé les observateurs par sa diversité ethnique et linguistique. Ils résident dans la partie centrale de la chaîne, à cheval sur les deux versants. Du côté septentrional, la République d’Ossétie du Nord–Alanie est l’un des membres de la Fédération de Russie. Du côté méridional, l’Ossétie du Sud, intégrée à la Géorgie à l’époque soviétique, s’en est séparée en 1992 et forme un Etat indépendant de fait dont le statut définitif n’est pas fixé.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 


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