Le Royaume D’Alger sous Le Dernier Dey – 1ère partie –
6 05 2019

Carte de la Régence d’Alger avant l’invasion française
Chapitre Premier
I. — Aperçu général sur l’organisation politique.
Lorsque le 5 juillet 1830, le dey Hocine signa la convention d’Alger, il ne donnait, en réalité, à la France, que la ville, la casbah et les forts. Souverain élu par une soldatesque étrangère qui imposait son choix à une partie des côtes barbaresques, il n’avait pas qualité pour disposer d’un royaume qui n’était pas le fief héréditaire de sa famille. Rien de pareil, d’ailleurs, ne lui avait été demandé par le vainqueur; aucune stipulation n’avait visé ce qui était hors les murs de la capitale; aussi, gouverneurs, fonctionnaires, miliciens et sujets des diverses provinces du royaume d’Alger étaient-ils, en droit comme en fait, libres de se choisir un nouveau chef et de continuer, en qualité dé belligérants, la; guerre sainte engagée contre les chrétiens envahisseurs., non pas au nom du dey détrôné, non pas au profit d’un Turc exécré, mais au nom de Dieu, et pour la cause sacrée de l’Islam.
Quant aux populations qui n’avaient jamais reconnu ou subi l’autorité du dey d’Alger et à celles qui n’admettaient sa suzeraineté qu’à des conditions débattues et réciproquement acceptées, il était logique de penser que la convention militaire du 5 juillet 1830 ne les touchait en rien.
Ce ne fut, cependant, pas ainsi que les choses furent comprises en France, et même en Algérie ; chrétiens et musulmans, subissant, chacun à leur façon, l’influence de l’idée monarchique qui identifie un peuple dans son souverain, crurent volontiers que la prise d’Alger et l’exil du dey Hocine avaient créé des droits sur tout le pays, entre le Maroc et la Tunisie. L’investiture donnée solennellement dans la casbah, le 15 juillet 1830, au bey du Titri, Bou Mezrag ; la reconnaissance volontaire de la souveraineté de la France par le bey d’Oran, les démarches des Bougiotes et des Bônois ne contribuèrent pas peu à nous confirmer dans cette opinion, que vainqueurs de ce dey élu nous étions ses légitimes successeurs et les héritiers « du beylik», c’est-à-dire des droits et prérogatives que détenait ou que revendiquait le chef éventuel du royaume d’Alger.
Aussi, dès les premiers jours de l’occupation, on appela couramment insurgés et rebelles les populations qui refusaient de reconnaître notre autorité.
Si tout se fût borné à cette qualification inexacte de nos ennemis indigènes, le mal n’eût pas été grand, car en fait nos généraux et nos soldats voyaient presque toujours dans leurs adversaires des belligérants plutôt que des révoltés ; mais cette fausse conception eut pour
les indigènes des conséquences, graves : ni le fisc, représenté par les Services des domaines et des forêts, ni la magistrature, ni les administrations métropolitaines ne voulurent jamais admettre que certains groupes de population d’Algérie fussent restés, jusqu’en 1830, indépendants du dey et de ses lieutenants, et n’aient jamais été soumis à ces droits régaliens ou beylicaux reconnus et exercés d’ailleurs dans des conditions dont on entendait assurer partout la continuation au profit de la France.
C’est, cependant, là de l’histoire, et les travaux des officiers des bureaux arabes publiés d’abord dans les Tableaux des établissements français en Afrique, puis ensuite dans d’autres recueils plus accessibles, avaient de bonne heure mis en relief ces situations exceptionnelles, dont les chefs de notre armée d’Afrique et les gouverneurs généraux ont toujours tenu, et tiennent encore aujourd’hui, grand compte, dans le règlement des questions politiques ou administratives.
Il s’en faut de beaucoup, en effet, que l’autorité des deys se soit étendue sur tous les territoires qui relèvent maintenant des administrateurs français civils ou militaires. On peut s’en convaincre en parcourant le travail qui résume, sous une forme graphique et documentaire, les patientes et admirables recherches, faites par les officiers et les fonctionnaires civils, qui depuis trente-quatre ans ont concouru à la préparation des décrets ou arrêtés constituant et délimitant les territoires indigènes en exécution du sénatus consulte du 23 avril 1863.
En 1897, la France gouverne et administre environ 48,000,000 d’hectares (1), en y comprenant les postes extrêmes d’El-Goléa, Haci-Inifel et le Souf, les Turcs n’étaient les maîtres incontestés que sur 7,825,000 hectares.
Ce chiffre de 7,825,000 hectares représente l’étendue approximative des territoires occupés, au commencement de l’année 1830, par les populations rentrant dans les deux catégories des RAYÂT ou sujets et du AHL EL MAKHEZÈNE ou gens du gouvernement, c’est-à-dire guerriers, fonctionnaires civils, agents, apanagistes, fermiers et domestiques.
Les Rayât ou sujets taillables et corvéables à merci, occupaient environ 4,425,000 hectares : c’étaient les exploités. Le Ahl el Makhezène, qui occupait environ 3,400,000 hectares, représentait les exploiteurs, ceux qui vivaient aux dépens des autres. Car c’est à cela que se réduisait toute l’administration des deys : « des mangeurs et des mangés », suivant l’énergique et pittoresque expression des indigènes quand ils veulent expliquer le régime sous lequel ils vivaient avant 1830.
Toutefois, en dehors de ces deux catégories de régnicoles, il existait deux classes de gens avec lesquels les deys avaient à compter : les indépendants et les vassaux.
Après avoir reconnu l’impossibilité de soumettre ou d’amener à composition certains groupes organisés en républiques fédératives ou en fiefs dynastiques, les Turcs d’Alger s’étaient résignés à vivre à côté d’eux, sauf à concentrer contre eux une action militaire énergique quand l’occasion se présentait de venger quelque injure ou de tenter quelque coup de main lucratif. Mais, à part ces l’encontre, que des deux côtés on cherchait plutôt à éviter qu’à provoquer, les républiques kbaïles comme les nomades sahariens, quoique toujours sur la défensive, vivaient à peu près en paix avec les Turcs qui, en fait, se contentaient de prélever des taxes plus ou moins fortes, quand des individus ou des douars venaient commercer dans les villes et sur les marchés aux mains des makhezènes.
L’ensemble de ces groupes indépendants comprenait, en 1830, une superficie approximative supérieure à 35,000,000 d’hectares, à la fin du 19ème siècle régulièrement administrée ou gouvernée par la France.
A côté de ces populations qui échappaient à toute ingérence permanente et à toute direction politique des Turcs algériens, il y en avait d’autres restées autonomes également, mais ayant avec les Turcs des relations qui en faisaient ou des vassaux ou des alliés. Ils occupaient ou parcouraient une superficie totale d’environ 7,540,000 hectares. Chacun de ces groupes, fédératif ou dynastique, avait son modus Vivendi particulier, résultant de compromis, de traités verbaux ou de privilèges reconnus et que des deux côtés on avait intérêt à respecter.
Comme au moyen âge, en Europe, il y avait des nuances infinies dans les relations entre les Turcs et ces alliés ou vassaux avec lesquels les relations n’étaient pas toujours commodes. Quelques-uns étaient en effet bien plus puissants que les beys turcs gouverneurs des provinces, et leur alliance coûtait assez cher.
Tels furent toujours les Ouled-Sidi-Chikh, avec lesquels les Turcs se bornèrent à échanger des politesses onéreuses, sans en obtenir jamais une aide ou une assistance effectives; tels furent pendant longtemps aussi les chioukh héréditaires du Djebel-Amour, des Harar, des Ouled-Mokhtar du Titri, le chikh El-Arab du Bit-bou-Okkaz, le chikh des Hanencha et plusieurs autres.
Si ces grands seigneurs avaient été unis, et s’ils eussent agi de concert avec les républiques fédératives qui les entouraient, ils eussent bien vite eu raison de l’oppression des Turcs.Mais ceux-ci réussirent toujours à empêcher cette union, et s’arrangèrent pour semer la désunion dans le sein de ces familles princières, en créant entre parents des compétitions et des haines violentes ; en promettant toujours et en accordant sou- vent aide et assistance à la branche familiale qui n’exerçait pas le pouvoir, quitte à la combattre par la trahison, l’empoisonnement, les guets-apens et l’assassinat, le jour où elle avait enfin conquis la direction du groupe.
Ce jeu de bascule per fas et nefas résumait en effet toute la politique intérieure des Turcs vis-à-vis ceux dont ils redoutaient la force ou l’influence et qu’ils .ne pouvaient acheter; aussi, étaient-ils également exécrés de leurs alliés et de leurs sujets. Seuls les chefs et notables du Makhezène appréciaient ce régime d’exaction et de violence qui les enrichissait.
Il s’en faut de beaucoup, en effet, que les quatre catégories dont il vient d’être parlé, aient toujours été, avant 1830, aussi distinctes et aussi nettement groupées et déterminées. De plus, le traitement était loin d’être uniforme dans chacune des catégories, et ici quelques explications sont indispensables.
Dans le Ahl el Makhezène, il y avait d’abord les apanagistes qui n’avaient qu’à recueillir les fermages des dotations inhérentes à leur charge, à leurs fonctions ou à leur commandement. Puis venaient les Mokhaznya, combattants : les uns étaient armés, montés, équipés par l’État et jouissaient de terres franches d’impôts.
D’autres n’avaient qu’une partie de ces avantages et devaient se suffire à eux-mêmes, certains n’avaient avec le titre que des privilèges peu importants. D’autres, enfin, fermiers, azeliers, convoyeurs attitrés, palefreniers, chameliers, bergers, etc., ne différaient guère du commun des sujets ; mais cependant ils avaient, de ci de là, certains profits licites ou illicites, et le cas échéant leur qualité reconnue de serviteurs directs du beylik leur assurait, sans bourse délier, une protection qu’on n’accordait presque jamais aux simples rayât.
Des nuances analogues se rencontraient d’ailleurs aussi chez ces rayât, dont quelques groupes étaient ménagés, soit en raison de leur soumission habituelle, soit en raison de l’intervention possible en leur faveur de personnalités avec lesquelles il eut fallu compter ;
soit même encore souvent en raison de leur situation topographique qui les plaçait en dehors des chemins habituellement parcourus par les Mokhaznya ; mais, en dehors de ces groupes privilégiés, la grande majorité des rayât avait des conditions d’existence extrêmement pénibles, et chez eux la misère était en permanence.
Dans la catégorie des groupes fédératifs ou dynastiques, indépendants en fait, il y avait à distinguer ceux qui n’eurent jamais affaire avec les Turcs, ceux qui de temps à autre subirent des razzia ou payèrent de force une contribution éventuelle. Boussada, Tougourt, Laghouat, Aïn-Madi ont vu des beys et des colonnes turques ; une ou deux fois en trois siècles, ces villes ont été rançonnées; elles n’en sont pas moins restées indépendantes jusqu’au jour où le colonisateur est venu planter sur leurs murs le drapeau de la France.
Parmi ces groupes indépendants et autonomes, nous avons rangé plusieurs républiques de Kabylie, et plusieurs confédérations nomades qui payaient, presque chaque année, des taxes assez lourdes pour avoir le droit de venir commercer dans les villes ou sur les marchés de la lisière du Tell. L’acquittement de ces taxes éventuelles ne nous a pas paru suffisant pour les classer parmi les groupes vassaux ou alliés, car les individus ou les douars qui payaient ainsi le faisaient à titre de commerçants ou d’étrangers sans engager en rien la liberté de leur tribu. Les Turcs, de leur côté, n’étaient pas agressifs et ils savaient compter : dès qu’ils avaient trouvé le moyen de tirer de l’argent ou des denrées, ils se déclaraient satisfaits, et ils se persuadaient même volontiers que leur honneur était sauf, car « ils avaient fait acte de gouvernement ».
C’était surtout parmi les vassaux et les alliés que les différences étaient les plus tranchées : il y avait encore, en 1830, en Algérie, toutes les variétés qu’on rencontrait au XIIe et au XIIIe siècles dans l’organisation féodale de la chrétienté, depuis ces hauts et puissants seigneurs qui tenaient leur suzerain en échec, jusqu’à ces hobereaux orgueilleux plus riches de noblesse que d’écus et ne demandant qu’à mettre leur vaillante épée au service de qui savait les payer. Certains de ces grands vassaux ou alliés étaient un danger perpétuel encore plus qu’une aide pour le dey et pour ses beys ; d’autres coûtaient aux Turcs plus qu’ils ne rapportaient; notamment les seigneurs religieux dont la neutralité ou l’intervention n’étaient obtenues que par des cadeaux onéreux, des honneurs et des privilèges, comme celui de percevoir la dîme sur certains territoires de rayât, d’avoir le droit d’asile dans des zaouïa, etc. Par contre, quelques-uns rendaient de bons services de guerre ; certaines tribus même, alliées ou vassales différaient peu des meilleures tribus makhezène. Toutefois, elles avaient sur celles-ci l’avantage de pouvoir choisir leurs chefs, au lieu de recevoir un caïd turc pour les commander. Plusieurs, à titre d’hommage, payaient un impôt fixe (ghorama), qui quelquefois se réduisait à un cheval de gada et à quelques moutons, et qui en tous cas était toujours moindre que les impôts hokar, achour et zekkat prélevés sur les tribus rayât.
Ces confédérations et ces fiefs héréditaires, alliés ou vassaux, étaient autonomes; les chefs élus, traditionnels ou dynastiques, avaient droit de haute et basse justice, c’était autant de petits états ayant leurs lois et leurs organisations particulières. Dans les républiques berbères et encore bien que les chefs ne fussent jamais choisis en dehors de certaines familles ou de certaines fractions, il n’y avait, le plus ordinairement, que deux classes de gens : les fellah, cultivateurs ou guerriers selon les circonstances, et les mrabtines ou religieux, tenus ostensiblement en dehors des Sénats dirigeants, mais exerçant quand même une influence quelque-fois prépondérante, surtout dans les affaires extérieures.
Dans les principautés ou cheikhat héréditaires, on pouvait compter jusqu’à cinq classes de gens. C’était d’abord les djouad ou nobles d’épée, dont les principaux, appartenant à la famille héritière du fief, vivaient presque toujours divisés en branche aînée, branche cadette, branches collatérales ; à côté d’eux, et sous leur suzeraineté, marchaient d’autres nobles formant quelquefois des fractions entières. Après les nobles venaient les guerriers formant une ou plusieurs tribus et, quelquefois, réduits à un simple groupe de cavaliers-guerriers qui était la deira du chef. Le gros du fief était composé des fellah ou cultivateurs qui payaient des impôts à leur seigneur et lui fournissaient des cavaliers éventuels et surtout des fantassins. Au-dessous de ces fellah il y avait parfois encore des tribus serves, adamia, tribus qui, par suite de circonstances dont le souvenir était quelquefois effacé, se trouvaient maintenues dans un état social inférieur à celui des tribus de fellah : on ne leur demandait pas de service de guerre, et ils ne fournissaient aux seigneurs que des redevances, des corvées, et des bergers. Ces tribus adamia, dont l’infériorité n’était cependant définie nulle part, existaient aussi dans certaines confédérations berbères — notamment dans l’Aurès.
Dans la famille seigneuriale dirigeante, dans chacun des groupes, tribus nobles, makhezène, fellah ou adamya, il existait des familles ou des fractions de mrobtines d’origines diverses, et souvent aussi en compétition d’intérêts ou d’influence.
Enfin, en dehors et à côté de ces cinq catégories de gens qui constituaient à proprement parler le fief héréditaire, il y avait encore un sixième groupe formé de tribus autonomes et indépendantes en fait, mais se reconnaissant vassales ou plutôt clientes de la famille
seigneuriale pour avoir, le cas échéant, sa protection contre les Turcs : c’étaient en général des tribus berbères. Elles assuraient, en retour, dans leurs montagnes peu accessibles, un refuge certain et de vigoureux défenseurs au seigneur malheureux, disgracié, ou en lutte soit contre le bey, soit contre ses voisins.
En effet, en matière de gouvernement, les musulmans se préoccupent peu des délimitations territoriales : leur principe est que l’autorité s’exerce sur les personnes et qu’elle les suit là où elles se transportent. Leurs circonscriptions sont par suite formées le plus souvent de véritables archipels d’îlots et de parcelles de territoires d’exceptions ou de juridictions différentes : de là un enchevêtrement et un véritable chaos qui déroutent les topographes.
Chez les Turcs avant 1830, et chez tous les musulmans clairsemés sur de vastes territoires, les limites entre les fonds ruraux, de par le droit écrit, comme celles entre les états ou des tribus non confédérées, ne sont pas des lignes mais des zones neutralisées qui maintiennent à égale distance de leurs périmètres les cultures, pâturages et habitations des riverains qu’elles séparent.
Dans le royaume d’Alger avant 1830, ces zones désertes qui se nommaient soit Bled el Khela (pays de l’abandon), soit Bled el Baroud (pays de poudre ou de combat) étaient nombreuses et d’une étendue parfois considérable dans les plaines fertiles et dans les régions d’accès facile. Cette étendue variait d’ailleurs suivant les relations vicinales ; mais elle était prudemment maintenue et volontairement élargie par les tribus rayât et par les tribus indépendantes jalouses de se garder des coups de mains et des violences auxquelles les eût exposées une proximité trop grande des groupes makhezène. Ces bled el khela et ces bled el baroud, qui, avec les anciens terrains beylicaux, ont fourni un appoint considérable à la colonisation européenne, et on a pris des lignes médiales entre les territoires riverains.
Ces diverses considérations, ainsi que la nécessité d’être complet et de consigner divers détails intéressants, rendent indispensable la nomenclature séparée de tous les groupes de l’ancienne Régence d’Alger. Cette nomenclature donne la concordance de ces noms anciens et historiques, aujourd’hui disparus, avec les noms modernes qui sont officiellement employés. Elle met bien en relief, sous une forme documentaire et un peu aride, les immenses progrès accomplis en moins d’un demi-siècle en ce pays, où les confédérations guerrières, les fiefs féodaux, les principautés religieuses et les petits États indépendants de 1830 sont aujourd’hui devenus, partout, de simples sections communales, dont quelques-unes seulement, sur les confins du Sahara, ont conservé une importance et une étendue qui les rapprochent des anciennes circonscriptions turques.
Dans cette nomenclature, on a en outre indiqué, pour chaque groupe indigène, les dates de leur soumission à la France : souvent, pour un même groupe, on trouvera plusieurs dates, parce que la soumission ne s’est pas faite en une fois. La première date est celle des premières relations gouvernementales et pacifiques avec une fraction du groupe, relations très variables et que l’histoire seule peut préciser : tantôt ce fut une simple ouverture, une reconnaissance platonique de la souveraineté, tantôt une demande de protectorat, une alliance temporaire offerte ou imposée, tantôt enfin une soumission spontanée ou imposée par la force à une portion plus ou moins considérable du groupe et qui n’a pas été ratifiée par la majorité de la tribu ou de la confédération. La dernière date indique la prise de possession effective du groupe et les débuts de l’action française. A partir de cette date, les prises d’armes deviennent réellement des insurrections ou des révoltes, tandis qu’avant elles n’étaient que des faits de guerre à la charge de collectivités encore insoumises.
Ces indications chronologiques montrent combien étaient justes les paroles suivantes prononcées à la tribune du Sénat, le 30 mai 1893, par M. Jules Cambon, gouverneur général de l’Algérie :
« C’est, vraiment, abuser des mots que de dire, comme on le fait souvent, que, nous sommes en Algérie depuis soixante-trois ans. J’entends tous les jours faire cette critique : Voici soixante-trois ans que nous sommes en Algérie et nous n’avons rien fait! Il y a, en effet, soixante-trois ans que nos troupes, sous les ordres du maréchal de Bourmont, débarquaient à Sidi-Ferruch ; il y a quelque témérité à dire, aujourd’hui, que nous étions alors en Algérie ».
(1) Le chiffre officiel en 1896, était de 47,897,025 hectares, non compris les parcours des Chamba.
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