Art Omeyyade
27 07 2019
L’Art Omeyyade, regroupre la production artistique de cette dynastie de califes, qui régna sur le monde islamique entre 661 et 750.
Architecture et urbanisme
Urbanisme
Il existe grossièrement trois types de ville chez les Omeyyade:
- les amsar,
- les villes hellénistique et romaines transformées,
- les villes nouvelles.

Le Dôme du rocher: Construit à Jérusalem entre 688 et 692 par le calife omeyyade Abd Al Malik.
* Amsar est le pluriel de misr, qui signifie « ville de la conquête« . Ces centres urbains, au nombre desquels on compte Fustat ( l’ancien Caire), Basra, Kufa et Kairouan, ont été créés comme quartiers d’hiver et lieux de repli pour l’armée des conquérants musulmans. Elles suivent un schéma simple: la grande mosquée et le Dar al-Imara, le palais, occupent le centre, et sont entourés de quartiers d’habitations. Si certaine amsar ont complètement périclité peu de temps après leur création, d’autres se sont considérablement développées. Le Proche-Orient, sous domination byzantine jusqu’à la conquête, était déjà fortement urbanisé. C’est pourquoi moins de cités ont été construites dans ces régions, les nouveaux arrivants s’installant dans les ville déjà bâties, comme Damas, Alep, Hims, Laodicée, Apamée ou encore Jérusalem. Une grande mosquée y est édifiée, soi à la place de l’église, comme à Damas et Jérusalem, soit sur un lieu laissé vide (Alep, par exemple).l’église peut aussi parfois être coupée en deux, une partie étant réservée au culte chrétien, l’autre à celui des musulmans. D’autres villes sont créées plus au moins ex-nihilo, sans être pour autant des amsar, mais simplement de nouveaux centres urbains civils. C’est par exemple le cas à Wasit (Irak) ou à Shiraz, en Iran, où, malheureusement, il est impossible de distinguer actuellement des éléments omeyyades.
Celle de Ramla, au Proche-Orient, est uniquement connue par les textes. Capitale de la Palestine sous al-Walid Ier, cette cité s’étendait sur 2.5 km², s’ouvrait par douze portes, dont quatre axiales, et comprenait une grande mosquée, un palais, des édifices pour l’artisanat des citernes, des marchés, des ateliers et des quartiers d’habitation.
La Grande mosquée omeyyade de Damas
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La mosquée al-Aqsa (la grande mosquée de Jérusalem) entre 1890 et 1900
* À Anjar, au Liban, la ville omeyyade est désormais un site archéologique, malheureusement peu exploré, mis à part par l’émir Shebab, en 1950. Une inscription en syriaque permet de dater la construction de 846 de l’ère chrétienne. Il pouvait s’agir d’un important comptoir commercial.
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Les ruines d’Anjar, ville fondée par le calife Walid Ier au début du VIIIe siècle, révèlent une organisation très rigoureuse de l’espace semblable à celle des villes-palais de l’Antiquité. Elles constituent un témoignage unique sur l’urbanisme des Omeyyades.
* Ceinte d’une muraille scandée par des demi-tours pleines, la ville mesure 370 x 310 m et s’ouvre par quatre portes en bel appareillage de calcaire sur moellon. Deux axes perpendiculaires à arcades, correspondant au cardo et au decumanus romains, découpent le tissu urbain en quatre parties de taille égale. Ils sont bordés de boutiques, et leur centre est marqué d’un tétrastyle, un « portique monumental de plan carrés, à quatre supports, placés au carrefour central de certaines grandes villes romaines du Proche Orient« . La ville contient un palais au nord-est et des bains au nord. Une grande basilique, située près du carrefour central, a également été fouillée. Son assemblage à carreaux et boutisses et son fort jeu de moulures sont des éléments assez typiques du premier art islamique.

Le mirhab de la mosquée Omeyyade d’Anjar
Architecture religieuse
C’est sous les Omeyyades, que naît réellement l’architecture religieuse islamique, à partir du dôme du Rocher. Ce monument tr`s particulier, construit, si l’on en croit la légende, sur l’emplacement du temple de Salomon est, selon Oleg Grabar, {le premier monument qui se voulût une création esthétique majeure de l’Islam}. Le bâtiment s’organise autour d’une coupole centrale reposant sur quatre piliers et douze colonnes de marbre colorés. Un premier octogone fait de piliers et colonnes alternés enserre l’anneau central. Il est doublé par le second octogone que forment les murs du bâtiment, et crée donc un double déambulatoire. Des mosaïques à fond d’or couvraient une grande partie de l’édifice, dont ne subsistent que celles situées à l’intérieur. Leur iconographie est assez énigmatique: complètement anicôniques elles représentent, à certains endroits, des joyaux dont il est difficile de déterminer le sens. Certains y voient des trophées, d’autres des offrandes ce qui n’est pas incompatible, d’ailleurs. On remarque la forte emprise des traditions méditerranéennes de l’antiquité tardive, notamment dans la technique de la mosaïque à fond d’or et le remploi de colonnes et de chapiteaux antiques, ainsi que des influences de l’Iran sassanide, dans les couronnes en particulier. Mais la longe inscription coranique -la première de toute l’architecture islamique- et l’absence d’être vivants dans le décor montrent que cet édifice, quoique remployant des éléments plus anciens, les a adaptés à un nouvel usage, une nouvelle pensée, proprement islamique.
C’est aussi sous les Omeyyades que se met en place le type de la mosquée de plan arabe. L’archétype et le chef d’oeuvre en est la grande mosquée des Omeyyades de Damas, réalisée sous le règne d’al-Walid Ier, entre 705 et 715. Il s’agit d’un édifice comportant une cour entourée d’un portique et une salle de prière hypostyle, à trois travées parallèles au mur de qibla. La nef menant au mihrab est surélevée et magnifiée par une coupole, et trois minarets marquent les angles. Ici encore, on trouve des mosaïques à fond d’or d’influence byzantine, peut-être même réalisées par des artisans byzantins.
Architecture civile
L’architecture civile se développe elle aussi, au travers des châteaux du désert. Ils sont nombreux à s’élever dans des plaines Syriennes désolées, mais auparavant extrêmement verdoyantes et fertiles: citons Qasr al-Hayr, le Khirbat al-Mafjar, Qusair Amra, Mshatta…. Remplissant des fonctions différentes (caravansérails, résidences princières ou de gouvernement….), ils présentent des plans variés, mais des caractéristiques communes. Ainsi, ils sont tous construits en brique, et entourés d’enceintes quadrangulaires rythmées par des demi-tours pleines et crénelées.

Qusair Amra – Jordanie – Désigné patrimoine de l’humanité de l’UNESCO en 1985
Décor architectural
Le décor architectural dépend encore beaucoup de l’antiquité et de l’art byzantin, comme en témoignent le fréquent remploi de colonnes antiques ou les mosaïques à fond d’or parfois réalisées par des artistes byzantins, parfois par des artisans locaux qui les imitent. La peinture murale est également très développée, comme à Qusair Amra, et on connaît des sculptures en stuc, quasiment les seules rondes bosses de tout l’art Islamique.
Objets
Les premiers objets islamiques sont très difficiles à distinguer des objets antérieurs à la période: en effet, il utilisent les mêmes techniques et les mêmes motifs.
Céramique
On connaît notamment une abondante production de céramique non glaçurée, comme en témoigne un célèbre petit bol conservé au Louvre, dont l’inscription assure sa datation dans la période islamique. Les motifs végétaux sont alors sans doute les plus importants.
Il existe aussi des pièces recouvertes de glaçures monochromes vertes ou jaunes. Une glaçure est un revêtement vitreux, coloré ou non, parfois transparent, parfois opaque, qui recouvre une céramique et la fait briller; c’est un élément très important de l’art des pays d’Islam.

Bol à décor de pampres et de grenades, inscription en arabe, Céramique argileuse à décor moulé, (VIIe s – VIIIe siècle), Suse (Iran).
Métaux
Les artisans travaillent déjà le métal en virtuoses, créant toutes sortes de vaisselles. L’aiguière de Marwan II, du musée Islamique du Caire en est un des plus impressionnants exemples. Composée d’une panse globulaire, d’un haut col finement ajouré, d’une embouchure en forme de coq, elle est un des chefs d’oeuvre de la période omeyyade. Elle fut d’ailleurs créée pour l’un des souverains de cette dynastie.

L’aiguière de Marwan II – IIe siècle de l’Hégire (VIIIe siècle J.-C.)
Cette aiguière se distingue par son travail raffiné, sa forme élégante, ses proportions harmonieuses et sa superbe ornementation. Elle se caractérise par un pied court, une panse globuleuse, un col cylindrique, une poignée et un bec. Sa panse est ornée d’un décor gravé en haut relief consistant en une série d’arcs en forme de croissants refermés sur des rosettes et des représentations d’oiseaux et autres animaux. La partie supérieure du col est ajourée, le reste décoré de motifs incisés de rondeaux et de petits motifs floraux jointifs. La poignée presque verticale se recourbe en crosse jusqu’au col auquel elle se rattache avant de s’achever par une feuille d’acanthe. Le bec est en forme de coq aux ailes éployées dans un effet de mouvement issu de styles romains classiques. Le travail de cet objet s’inspire pour sa plus grande partie de styles et de motifs décoratifs d’origine byzantine et sassanide. Ce type d’aiguière servait pour le bain, le lavage de mains et le woudou (ablutions obligatoires avant la prière).
Art des Omeyyades de Cordoue
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