El Kouachia

24012017

 

 

 

 

Entre le Djebel Guerioun et le Djebel Fortas d’Aïn M’lila, dans les Ouled Gassem, existe une coupure que les gens de la région appellent Fedj Boussâdia. Cette coupure a donné naissance à la tradition suivante : 

 

 

 

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Djebel Guerion / source: ain-mlila

 

 

 

Une vieille merabeta, originaire de la fraction Kouachia du douar Ouled Achour, revenait d’Aïn Fakroune et il lui fallait pour arriver chez elle, contourner le massif du Guerioun ; harassée de fatigue, et ne voulant pas faire un long détour, elle résolut de séparer la montagne en deux, elle donna un coup de pied sur le sol et immédiatement il se produisit une brèche par laquelle elle passa.

 

 

 

A sa mort la merabeta fut enterrée près de cette brèche et les gens assurent qu’à la suite de l’ensevelissement, un olivier poussa subitement près de la tombe. Une dizaine d’autres oliviers auraient aussi poussé à proximité de la dite tombe.

 

Depuis que la fameuse merabeta est enterrée sur ce point, les gens de la région lui ont donnée le nom de Kouachia. Ils viennent souvent en pèlerinage sur la tombe de la sainte femme et manifestent leurs sentiments religieux par un tremblement de tout le corps à la façon des membres de la secte Chadlia. Ils prétendent que lorsqu’a lieu la zerda, l’olivier qui est situé près de la tombe de la merabeta, s’agite et frisonne également !

Les habitants de la mechta Kouachia des Ouled Achour se font enterrer près de la tombe de la merabeta.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La légende de Bou-Tlelis

11122016

 

 

 

 

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Mausolée Sidi Ali Boutlelis

© lamek kamel via flickr

 

 

 

 

 

 

A quelques kilomètre de Aïn Bridia, c’est Bou-Tlelis, relai et colonie agricole de 1849, remis à l’autorité civile coloniale le 6 avril 1853, annexée à la commune de Misserghin le 31 décembre 1856, et érigée en commune le 23 mars 1864. A cette époque, ce village prospère était exclusivement habité par les Alsaciens-Lorrains.

 

Bou-Tlelis est le surnom d’un marabout nommé Ali. Il vivait au quatorzième siècle ; il opéra, dit-on, pendant sa vie et après sa mort, un grand nombre de miracles et entre autres celui qui lui fit donner son surnom.

La tradition rapporte qu’un jour, un envoyé du prince Mérinide, en guerre avec le roi de Tlemcen, vint demander à Ali une certaine quantité d’orge pour les chevaux de son maître. Le bonhomme, qui était un pauvre diable, entra chez lui et reparut un instant après, conduisant un lion sur le dos duquel était un petit sac d’orge. Il y en avait à peine pour le repas d’un cheval.

 

A la vue du lion, l’envoyé du prince veut prendre la fuite ; le marabout l’arrête et lui dit :

« Conduis-moi, à la tente du Sultan. »

 

Celui-ci, à la vue du sac d’orge que lui présenta Ali, entre dans une violente colère ; il injure le pauvre homme et le menace de le faire écorcher vif avec son lion. Le marabout, pour toute réponse, prend le sac qui est sur le dos du lion et verse aux pieds du prince l’orge qu’il contient. Déjà un assez gros tas était formé, il y en avait assez et le sac n’était pas désempli.

 

On cria au miracle, et Ali ne fut plus connu que sous le nom de Bou-Tlelis, l’homme au petit sac.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le fort Moulay-Hassan

27102016

 

 

 

 

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Bordj Moulay-Hassan (1830)

 

 

 

 

La légende arabe sur le Bordj-Moulay-Hassan, que les Français appelaient le fort de l’Empereur, vraie ou fausse, on a paru merveilleusement propre à donner une idée de la manière dont les faits historiques se conservent chez les musulmans.

 

 

Elle remonte à l’an 1541 et à la redoutable expédition dirigée par Charles-Quint contre la ville d’Alger, que les corsaires barbaresques commençaient à fortifier pour en faire l’effroi de la chrétienté.

L’empereur, avant reconnu, sur les mamelons qui dominent la ville au sud, un emplacement convenable pour y établir une batterie, donna ses ordres pour qu’elle fût élevée le plus promptement possible, car ce point avait pour son armée la plus haute importance. Les pierres et la chaux nécessaires furent préparées à Aïn-Rebote, dans la plaine située au bas de Mustapha-Pacha (champ de manœuvres). Deux lignes de fantassins qui, de cette plaine, atteignaient les hauteurs, étaient disposées pour transporter les matériaux, l’une passant les paniers pleins, l’autre les rapportant vides. En une seule nuit, une batterie formidable, entourée de fossés et armée de pièces de gros calibre, était sortie de terre. Les Arabes, voulant conserver le souvenir de cette prodigieuse rapidité, donnèrent à cette construction le nom de Bou-Leila (père d’une nuit).

 

Cette batterie commença à fonctionner, prenant la ville de revers, et lui fit un tel mal que l’épouvante se répandit partout. Enlever une position aussi forte et bien appuyée était chose difficile, et la ville, foudroyée, n’aurait pu tenir longtemps. Dans cette circonstance critique, les Beni-Mzab, qui se trouvaient déjà en grand nombre à Alger, résolurent de se dévouer pour sauver la ville. Ils allèrent trouver le pacha et lui dirent que, s’il voulait leur accorder le monopole des bains maures, des boucheries, et leur nommer un amin qui seul aurait la police et la juridiction de leur corporation, ils se chargeraient d’enlever cette batterie. Le pacha, comme on le pense bien, y consentit. Voici la ruse qu’employèrent les Beni Mzab pour arriver sans danger à la position.

Déguisés sous des vêtements de femmes, la figure couverte d’un voile, selon la coutume des Mauresques, afin que la barbe et la moustache ne les trahissent point, cachant sous leurs haïks et sous leurs voiles blancs des pistolets chargés jusqu’à la bouche et des yatagans bien affilés, ils sortirent processionnellement de la ville par la porte Neuve (Bab-el-Djedid), se dirigeant sur les menaçantes redoutes. A cette apparition, les Espagnols, qui se trouvaient dans les retranchements, cessèrent immédiatement leur feu, pensant que les gens de la ville, ayant pris la résolution de se rendre, la leur indiquait, selon l’usage des musulmans, par ces processions de femmes suppliantes.

Ainsi accoutrés, les perfides assaillants entrèrent sans encombre dans le fort ; mais à peine le dernier d’entre eux y a-t-il mis le pied que, changeant de rôle, ils déchargent leurs armes sur les trop confiants Espagnols, et, le yatagan au poing, livrent un combat épouvantablement acharné qui ne se termina que par la mort du dernier des défenseurs de la position. Mais, malgré cette surprise, la défense ne fut pas moins vigoureuse et terrible, et coûta beaucoup de monde aux Beni-Mzab. A peine ceux-ci furent-ils maîtres du fort que, au signal convenu, une colonne d’infanterie turque, préparée à l’avance derrière Bab-el-Djedid, partit au pas de course et alla s’installer dans Bordj-Bou-Leila.

Ainsi fut sauvée Alger d’une destruction imminente par le dévouement des Beni-Mzab. Les Arabes expliquent la réussite si heureuse de leur entreprise par une diversion qui occupa complètement l’attention de l’armée espagnole. Peut-être n’ont-ils pas voulu laisser à des schismatiques le mérite d’avoir sauvé le boulevard de l’islamisme, le berceau de la piraterie.  

 

Pendant l’attaque de Bordj-Bou-Leila, le bey de Constantine, avec ses goums, occupait la réserve espagnole du côté de l’Harrach, et lui livrait un combat fort brillant. Poussant devant sa nombreuse cavalerie une innombrable troupe de chameaux, il reçut ainsi sans grande perte la première décharge de l’infanterie espagnole, dont le feu épouvantait les Arabes, et, sans perdre de temps, il lança sa cavalerie dans les lignes des chrétiens avant qu’ils eussent rechargé leurs armes. Au milieu du tumulte et du pêle-mêle inévitable causé dans les rangs par l’irruption des chameaux, il en fait un effroyable massacre. Cette défaite et la perte de la batterie des Crêtes, dont les canons furent immédiatement braqués sur la flotte, durent déterminer la retraite précipitée des Espagnols. On sait quels désastres la suivirent.

 

 

Après le départ des Espagnols, le Bordj-Bou-Leila conserva son nom jusqu’à ce qu’un chérif du Marne, parent de l’empereur Moulay-Yâzid, vint à passer par Alger pour se rendre à la Mecque. Il y entendit raconter l’histoire du siège mémorable soutenu avec la protection de Dieu, et de l’enlèvement de Bou-Leila qui y mit fin. Cet homme enthousiaste et généreux conçut la pensée de donner un caractère plus durable à ce souvenir d’une action glorieuse pour l’islamisme. A cette intention, il fit don au pacha, alors régnant, d’une somme de cinquante mille douros d’Espagne, à la condition que, à la place de la batterie, il bâtirait un fort, digne de l’action dont il rappellerait le souvenir, et qu’il lui donnerait son nom. Le pacha y consentit. Se mettant à l’œuvre immédiatement, il termina en quatre ans le château qui domine la ville d’Alger, et, fidèle à sa promesse, lui donna le nom de Bordj-Moulay-Hassan. C’est celui que les français plus tard l’ont appelé fort l’Empereur en souvenir de l’expédition de Charles-Quint

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Légende du tombeau de la chrétienne

13092016

 

 

 

 

Le tombeau de la Chrétienne est un des monuments les plus curieux et les plus intéressants de l’Algérie. La légende l’a entouré d’un charme mystérieux, et elle offre à l’archéologue un sujet d’étude d’une grande importance, surtout quand on le compare au Medracen, nommé aussi tombeau de Syphax, roi de Numidie, qui se trouve au pied du Djebel-bou-Arif, près de Batna, et dont on ne connaît pas encore exactement l’origine.

 

 

 

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  Le tombeau de la Chrétienne / 1930 

 

 

 

 

 

 

Suivant la tradition arabe, ce gigantesque monument (il n’a pas moins de quarante-deux mètres de hauteur sur soixante do diamètre à la base) renferme des trésors immenses. Un Arabe du voisinage, dit-elle encore, ayant été fait prisonnier dans une bataille contre les chrétiens, fut vendu comme esclave. Un jour que le désespoir était près de l’accabler, un étranger chrétien, un astrologue, s’avança vers lui, lui offrit de payer sa rançon, et de le renvoyer dans son pays, mais à une condition, c’est que le quatrième jour de son arrivée il se rendrait au pied du tombeau. Là il devait allumer un grand feu vers l’orient, et y consumer un papier jaunâtre qu’il lui montra, et qui était couvert de signes singuliers et de caractères empruntés à une langue inconnue.

 

 

L’Arabe consentit, et quelques jours après, revenu dans sa famille, il obéit à sa promesse. Mais à peine le papier fut-il réduit en cendres que la maçonnerie s’ouvrit, et une quantité prodigieuse de pièces d’or et d’argent s’envolèrent en épais nuage du côté de la mer, c’est-à-dire vers le pays des chrétiens. L’Arabe, stupéfait, essaya en vain d’en saisir quelques-unes au passage. Enfin, lançant son burnous en l’air, il en fit tomber à ses pieds une certaine quantité. 11 s’apprêtait à recommencer; mais dès que les premières pièces avaient touché la terre, le tombeau s’était refermé.

Plus tard, le pacha, instruit de cette aventure extraordinaire, envoya des ouvriers pour faire des fouilles; mais au moment où le travail allait commencer, le spectre de la défunte se dressa sur le sépulcre en appelant au secours; des scorpions sortirent du lac voisin d’Haloula, et chassèrent impitoyablement et à plusieurs reprises les travailleurs; si bien qu’on fut obligé de renoncer à l’entreprise.

 

 

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près de porte d’entrée souterraine du tombeau de la chrétienne

 

 

 

 

 

 

 

D’après une autre version, un magicien étranger, ayant, après de laborieuses études, trouvé la formule cabalistique qui devait lui livrer le trésor, se dirigea vers le tombeau, alluma un réchaud, y fit brûler les aromates sacramentels, et, tourné vers l’orient, se mit à lire la conjuration. Les pierres s’ouvrirent; déjà il voyait les trésors briller, quand, arrivé à la dernière page du manuscrit, il s’aperçut que l’eau de mer avait imprégné par accident le parchemin et le rendait illisible. En vain il s’efforça de déchiffrer les caractères effacés; pendant qu’il y consumait ses forces, il vit avec désespoir les pièces d’or et d’argent s’élancer vers la mer suivies des perles et des diamants. En vain il s’efforça d’en arrêter quelques-unes, ou de retrouver la formule; le bon génie du tombeau, plus puissant que lui, emportait le trésor tout entier au delà des mers, « dans un pays connu de Dieu seul et de Mohammed, son prophète. Que la bénédiction d’Allah soit sur ce dernier et s’étende sur toute son illustre famille! »

 

 

Ainsi disent les Arabes, et sans doute pour eux la morale de cette légende est le respect dû à la sépulture. Tel est, en abrégé, le sens de la tradition locale. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Lella Maghnia (légende)

27062016

 

 

 

 

 

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A 52 kilomètres de Tlemcen et à 10 kilomètres de la frontière du Maroc est la petite ville Lella Maghnia, c’était d’abord un établissement phénicien, qui passa plus tard au pouvoir des Romains, sous le nom de Syr. Un grand nombre d’inscriptions tumulaires votives, ou de bornes militaires,  découvertes lors de la construction de la redoute, en 1844, et une épaisse couche de cendres, de charbons, de débris retrouvés dans tous les environs à une profondeur à peu près uniforme, ont prouvé l’existence de cette station qui dut être détruite par un incendie.

 

 

Plus tard, et sous la domination arabe, cette ville changea de nom et prit celui de Lella Maghnia, du nom d’une sainte femme, qui repose dans la koubba, que l’on voit à gauche du camp. En voici l’histoire :

 

 

Lella Maghnia, comblée des bienfaits célestes, montra dés son enfance une aptitude extraordinaire pour l’étude et les sciences, l’esprit du bien était en elle, elle eut bientôt approfondi toutes les connaissances humaines, et, jeune encore, elle ouvrit une école où les Arabes et les Kabyles se portaient en foule pour écouter ses leçons. Lella Maghnia acquit en peu de temps une réputation telle que les savants du pays ne rougirent pas de s’incliner devant elle et de la proclamer leur maître.

 

 

 

La beauté de Lella Maghnia égalait sa science, mais la bonté de son cœur était plus grande encore. Ses biens et ses conseils étaient pour tous, et Dieu la récompensait en lui distribuant à large main tous les trésors, et en lui donnant tout le pouvoir prestigieux qu’il accorde à ses envoyés. Elle opéra de nombreux miracles : elle fit couler des sources où l’on n’en avait jamais vu auparavant. Au temps de la moisson, elle se promenait dans les champs, et les moissonneurs sur ses traces faisaient d’abondantes récoltes ; aussi les Arabes émerveillés ne connurent bientôt plus d’autre arbitre, et la regardèrent comme un envoyé d’Allah.

 

 

 

Deux tribus étaient-elles en guerre, Lella Maghnia apparaissait et les combattants, posant les armes, venaient se jeter à ses genoux. Lella Maghnia fit, deux fois, le pèlerinage de la Mecque, et mourut dans un âge peu avancé, après avoir désigné l’endroit où elle devait être inhumée. C’est le lieu même où se trouve aujourd’hui la Koubba, dans laquelle, disent la population locale, elle ne cesse de faire des miracles. Ses enfants, à cause de cette haute réputation, ont adopté le nom d’Ouled Maghnia, au lieu de prendre celui de leur père, et ses arrière-petits fils, qui vivent encore, ont conservé ce nom. Chaque année, les gens des environs, dont la vénération pour Lella Maghnia n’est pas encore éteinte, viennent en grande pompe célébrer, à la koubba, la gloire de la sainte.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Kijigui : ‘gros couteau’ Légende Touarègue de l’Aïr (Niger)

13052016

 

 

 

C’était dans les temps anciens, alors que le grand roi Salamon régnait sur terre. C’était un très bon roi ; son nom incarnait la sagesse et ses pouvoirs étaient légendaires ; sa pensée pouvait voyager à travers l’espace et le temps, pour voir ce qui se passait dans son royaume et autour de la terre entière.

Pour sa sécurité, il avait préféré se passer du service de ses semblables : dans sa grande sagesse, il connaissait les faiblesses des hommes, et les bassesses dont ils étaient capables pour accaparer le pouvoir.

Il s’était donc assuré du concours des Djinns, se mettant ainsi à l’abri de l’hypocrisie des humains.

Salomon ne tolérait pas l’injustice, et envoyait des émissaires régler les litiges, sur toute la surface de la planète.

Les justiciers, au temps de Salomon, ne voyageaient pas à la façon du commun des mortels : ils avaient le pouvoir de la Ousma Alghajin, le livre qui contient tous les secrets dont se servaient les thaumaturges ; ils savaient devenir invisibles et immatériels ; ils pouvaient ainsi se transformer en étoiles filantes, et parcourir de grandes distances en très peu de temps.

 

 

 

 

 

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Femme noble du Hoggar (entre la fin du XIXe et début du XXe siècle)  

 

 

 

 

L’un de ces justiciers, passant un jour dans l’Aïr, tomba follement amoureux d’une de ces beautés qui ont les cheveux noirs comme des ailes de corbeaux. Elle n’avait pas son pareil pour chanter, et quand elle jouait de l’Imzad, on aurait cru entendre une musique céleste.

A la suite de cette rencontre, il fit de fréquents voyages pour se rendre auprès de sa bien-aimée, qui lui rendait sa passion.

Il arrivait sous forme d’étoile filante, se posait sur la montagne où il reprenait sa forme humaine, et descendait ensuite auprès de la jeune fille. Tard dans la nuit, il reprenait la voie des airs.

Sur le chemin du retour, il faisait toujours une halte aux puits de Faodet : là, en récitant certains versets du Coran, il faisait monter l’eau jusqu’à la margelle du puits et se purifiait le corps. Après ce rite, l’étoile, plus lumineuse que jamais, reprenait très haut dans le ciel la direction du levant.

Il revint ainsi dans l’Aïr, jusqu’au jour où le roi Salomon lui demanda de rester pour toujours auprès de lui. Il demanda cependant à son Seigneur l’autorisation de se rendre une dernière fois dans l’Aïr. Lors de cette ultime visite, le jour des adieux, il remit son sabre à sa bien-aimée.

- Ce sabre, lui dit-il, est coulé dans un métal spécial : celui qui le détient invincible face à l’ennemi ; il a de grands pouvoirs, et je te le laisse comme souvenir de moi, ainsi que pour défendre ton peuple.

La jeune fille garda précieusement cette arme magique. Beaucoup plus tard, Dieu la rappela à lui, et elle retrouva enfin son bien-aimé, dans le monde immatériel de ‘là-haut’.

 

 

  

 

 

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Forte épée touareg dite Takouba. Monture en fer recouvert de cuir noir et rouge. Large lame droite à gouttière centrale. Fourreau en cuir décoré à garnitures en laiton découpé à jours et gravé / XIXe siècle.

  

 

 

 

La Takouba fut transmise à sa descendance ; depuis cette époque éloignée, elle fut à l’origine de tous les succès des Touaregs de l’Aïr sur leurs envahisseurs.

Les tribus de la région considéraient ce sabre comme leur propriété commune et se regroupaient, en cas de conflit, auprès de l’aménokal qui le détenait.

Il était capable de fendre les rochers, de couper les métaux, et prévenait de la guerre : une semaine avant que ne se déclare le conflit, sans que personne y touche, il transperçait son fourreau et se fichait en terre.

Il était impossible de le prendre par force, et seul le vol aurait permis à quelqu’un de s’en emparer.

Tout le monde le voulait, et l’arme fit des séjours dans presque toutes les tribus de l’Aïr, qui se la dérobaient mutuellement.

Depuis, le temps a passé, et le sabre a beaucoup servi ; il s’est atrophié et les Touaregs de l’Aïr le surnomment Kijigui, ce qui signifie « gros couteau ».

 

 

 

 

 

 

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Guerrier berbère touareg avec sa lance et son épée Takouba. XIXe siècle

 

 

 

 

 

 

Dernièrement, Kijigui fut volé par les Tagaraï-Garaï, autres Touaregs de la région de Tahoua et de l’Azawagh, à ceux de l’Aïr. Ces derniers se sont bien juré de ramener un jour cet ancêtre chez eux ; mais lorsqu’il aura beaucoup servi, son usure sera totale, et il est probable que commencera alors une ère de paix définitive.    

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tombeau de cinq Deys

17032016

(légende d’Alger)

 

 

 

 

 

 

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Dey d’Alger 

 

 

 

 

 

 

Au commencement de l’année 1832, la ville et les environs d’Alger n’avaient presque rien perdu de ce cachet d’étrange originalité qui caractérisait cette ancienne cité mauresque. L’administration française, à peine constituée, n’avait encore tracé aucun plan d’alignement, et la spéculation ne s’était pas emparée des rues étroites et tortueuses de la basse ville, sur les ruines desquelles devait bientôt s’élever, comme par enchantement, une ville toute française.

 

A cette même époque, lorsqu’on sortait d’Alger par la porte Bab el Oued, on rencontrait à droite, dans l’espace compris entre le rivage de la mer et le chemin conduisant au jardin du Dey, un vaste champ de sépultures musulmanes, composées d’un grand nombre de petites enceintes séparées les unes des autres et fermées par des murailles à hauteur d’appui. Au dedans de ces enceintes on voyait des pierres ou marbres tumulaires de forme antique et bizarre sur lesquels étaient gravés en caractères arabes quelques versets du Coran. Les tombeaux des souverains qui avaient régné sur Alger étaient presque tous groupés les uns à côté des autres, dans la partie du cimetière la plus rapprochée de la porte Bab el Oued. C’étaient de petits édifices carrés de 40 à 42 pieds de haut, surmontés d’une coupole et blanchis à la chaux. On distinguait les tombes des pachas et des deys par le turban en pierre sculpté qui surmontait l’édifice. Celles des aghas et officiers supérieurs de la milice étaient indiquées par une pique plantée en terre. Enfin, celles des raïs ou capitaines de bâtiment, se faisaient remarquer par un mât de pavillon terminé par une pomme dorée. Quant aux tombeaux des gens du peuple, ils étaient fort simples. Des pierres plates enfoncées en terre marquaient l’emplacement de la fosse où le corps avait été déposé.

 

 

Au milieu de toutes ces tombes croissaient çà et là quelques palmiers, et un grand nombre de figuiers et de caroubiers, ainsi que des massifs de cactus et d’aloès couverts eux-mêmes de chèvrefeuilles, de lierres et de vignes sauvages, dont la riante verdure égayait un peu la tristesse et la monotonie de ce champ du repos.

Ces sépultures, en général bien entretenues par la piété des musulmans, furent successivement détruites à partir de 1832, pour la création de l’esplanade Bab el Oued et pour l’ouverture de places et de routes. Ce ne fut pas sans un profond sentiment de douleur que la population indigène vit fouiller les tombes et troubler l’asile de la mort. Dépossédés, par suite des exigences de l’occupation française, d’une partie de leurs habitations dans la ville, et au dehors de leurs maisons de campagne et de leurs tombeaux de famille, on entendait les habitants d’Alger s’écrier avec quelque raison : « Nous ne saurons bientôt plus ni où vivre ni où mourir. »

 

 

 

Parmi les monuments funèbres qui, par leur importance, attiraient les regards, il en était un que, dès leur arrivée à Alger, les Français ne manquaient pas d’aller visiter. Élevé au—dessous du marabout de Sidi, Abderrahmane, près la porte Bab el Oued, dans la petite plaine contiguë à la côte, cet édifice se composait de cinq grosses tours octogones construites en briques et couvertes de dômes. Déjà, à l’époque de l’invasion française, ces monuments tombaient en ruines; depuis longtemps on avait cessé de couvrir leurs murs de cette couche de lait de chaux avec laquelle les Algériens blanchissent, au moins une fois par an, toutes leurs constructions. Le revêtement en carreaux de faïence qui avait autrefois décoré les soubassements extérieurs et intérieurs du mausolée avait en grande partie disparu. Il était facile de reconnaître que, depuis bien des années, aucune main amie, aucune pieuse pensée n’avait veillé à la conservation de ces monuments auxquels la notoriété publique rattachait cependant de tristes et sanglants souvenirs. Sous ces murs dégradés, sous ces voûtes en ruines, reposaient, si l’on en croit la chronique, les restes de cinq deys, qui, à la suite d’une de ces révolutions violentes et subites, si fréquentes dans les fastes de l’odjack d’Alger, auraient été élus et massacrés dans la même journée.

 

 

Depuis plus de deux siècles cette dramatique légende est acceptée en Algérie comme un fait historique bien avéré. On y raconte qu’après avoir cinq fois, dans un même jour, proclamé l’élection d’un nouveau souverain, et avoir massacré successivement les cinq victimes qui montèrent tour à tour les degrés du trône, et dont le même soleil éclaire les règnes éphémères, la milice, fatiguée de répandre le sang, convint de se rendre à la porte de la grande mosquée et de nommer dey le premier Turc qui en sortirait. Au moment où les janissaires arrivèrent au seuil du temple, un pauvre cordonnier achevait sa prière et s’apprêtait à. sortir. Quelques soldats s’emparèrent de cet homme en lui annonçant qu’ils le choisissaient pour dey. Instruit des événements de la journée et de la destinée fatale de ses éphémères prédécesseurs, le modeste artisan se souciait peu de la haute position qui lui était offerte et la refusait obstinément, alléguant son incapacité et la médiocrité de sa position sociale. —Mais on ne pouvait pas impunément se soustraire au choix fait par la milice. Bon gré mal gré, le cordonnier dut revêtir le caftan, insigne de l’autorité suprême, et devint, de par la volonté des janissaires, le sixième dey de cette mémorable journée.

On ne manque pas d’ajouter que ce pacha improvisé fit preuve de sagesse et d’une haute capacité; qu’il a laissé un nom honorable parmi les souverains les plus habiles qui aient occupé le trône de la régence, et, circonstance bien rare et digne d’être remarquée, qu’il mourut dans son lit de mort naturelle.

 

 

Le bruit de cet événement, en passant de bouche en bouche, s’est enrichi de toutes les circonstances propres à l’accréditer. On montrait encore à Alger, il y a quelques années, tous les décors de ce sinistre drame. On pouvait voir au-dessus de la porte Bab Azoun les crochets de fer sur lesquels l’une des victimes de cette catastrophe avait subi une longue et cruelle agonie. On allait même jusqu’à montrer, au haut de la rue de la Porte Neuve, la modeste échoppe où travaillait jadis le cordonnier dont la fortune capricieuse s’était plu à faire un pacha.

 

 

Les auteurs des dix-huitième et dix-neuvième siècles, qui ont écrit sur l’histoire d’Alger, ont tous, avec plus ou moins de détails, parlés de la journée des cinq deys. Il n’en est pas un qui, comme preuve de l’instabilité du pouvoir des pachas et de la férocité capricieuse de la milice, n’ait cité cette mémorable catastrophe. Il semblerait qu’un fait de cette importance, auquel on n’assigne pas une date très éloignée, et qui emprunte à de si nombreux témoignages un certain caractère de vérité, devrait être assez complètement acquis à l’histoire pour qu’il soit très facile d’en fixer la date et d’en préciser les circonstances. Cependant il n’en est point ainsi. Plus on cherche à approfondir ce point soi-disant historique, moins on arrive à l’éclaircir et à discerner ce qui, dans les détails dont l’imagination s’est plu à l’environner, doit entrer dans le domaine de l’histoire, ou demeurer à l’état de légende populaire.

 

 

Les historiens ne sont même pas d’accord sur le nombre des victimes de cette rapide et sanglante révolution. Les uns fixent ce nombre à cinq, d’autres à six*, d’autres enfin à sept**. L’incertitude qui règne, quant aux deys massacrés, existe également quant à l’époque à laquelle leur trépas aurait eu lieu. Il résulte clairement des documents consultés que le fait était déjà connu en 1720.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*), (**) : Laugier de Tassy, bien que visitant Alger vingt ans seulement après le père Comelin, n’est déjà plus d’accord avec ce dernier, ni sur le nombre des deys massacrés, ni sur celui des tombeaux qui leur auraient été élevés après leur mort. Tandis que le père Comelin annonce avoir vu « sept tombeaux de forme carrée, » Laugier de Tassy n’en signale que « six qui se touchent en rond. » L’un dit que ces sept tombeaux sont ceux des sept deys élus et assassinés dans la même journée; l’autre que ces mêmes tombeaux renferment « six deys élus et étranglés dans un jour. » Quant à la date du fait, et au nom du dey qui, élu en dernier lieu, aurait occupé le trône, Laugier de Tassy, pas plus que le père Comelin ne les ont fait connaître.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La légende d’oued N’ssa (La rivière des femmes) près de Ouargla

17012016

 

 

 

 

 

L’ouâd En-Nsâ (rivière des Femmes), si l’on en croit une légende, devrait son nom au fait suivant : Un jour, deux tribus, depuis longtemps rivales, résolurent de vider leur querelle; elles se rencontrèrent sur la rive droite de l’ouâd. Suivant la coutume, les femmes, des deux côtés, assistaient à la lutte du haut de leurs a’t'ât’îch *.

 

 

Malgré les applaudissements qu’elles adressèrent aux braves, malgré les injures qu’elles jetèrent aux lâches, l’une des tribus fut cependant complètement défaite : ses plus vaillants guerriers étaient restés sur le champ de bataille; les autres avaient pris la fuite.

 

 

Les femmes des vaincus, la honte au front, le désespoir dans le cœur, descendirent furieuses de leurs palanquins, s’emparèrent des armes des morts et des blessés, et s’élancèrent audacieusement sur les vainqueurs qui, surpris par cette attaque, reculèrent jusque sur l’ouâd pour s’y rallier à l’abri des rochers. Aucun obstacle n’arrêta les héroïnes, et elles mirent une telle impétuosité, une telle rage dans leur poursuite, que leurs adversaires, reconnaissant bientôt l’impossibilité de leur résister, s’enfuirent en désordre.

Depuis cet événement mémorable, l’ouâd fut appelé la Rivière des Femmes, 

 

 

 

 

 

 

 

 

*: A’t'âl’ich, pluriel d’a'l’t'ouch, espèce de palanquins fermés par des rideaux dans lesquels se tiennent les femmes arabes pour voyager. Ces palanquins sont portés à dos de chameau.

 

 

La légende d’oued N’ssa (La rivière des femmes) près de Ouargla dans Croyances & Légendes 1478366014-160116085837913762

 Femme voyageant en Attouch (a‘l’t'ouch), province de Constantine (entre 1850 -1890)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1478366032-160111082203246160 dans Croyances & Légendes 

Les oueds de la dorsale du M’Zab dont Oued N’ssa en fait partie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La rêve prophétique dans les croyances et les traditions des peuples primitifs

11122015

 

 

 

 

 

La rêve prophétique dans les croyances et les traditions des peuples primitifs  dans Croyances & Légendes 1478366084-151209102129999271 

 

  

 

 

Parmi les traditions et les croyances des peuples primitifs, il n’en est pas de plus universelle que celle qui attribue aux rêves une valeur mystérieuse et extraordinaire.

Les traditions relatives aux rêves sont donc capitales dans l’histoire des origines des croyances, et elles nous permettent de prouver une fois de plus que la croyance est toujours antérieure aux faits sur lesquels elle semble s’appuyer; que c’est la croyance qui crée, qui établit les faits, et qui les démontre, et que ces faits n’ont pu que réagir postérieurement sur la croyance, au jour où elle a été discutée.

  

 

 

 

Dans toute; l’Afrique on croit que les rêves sont des révélations, non des Dieux, mais des ancêtres morts, et c’est là-dessus, par exemple que les Manganjas fonderont leur croyance à la vie future. Les Zoulous croient que c’est l’« itongo », l’âme de l’ancêtre, qui vient les avertir des dangers qu’ils courent. Ils ont d’ailleurs des devins, des voyants de profession, qu’ils appellent « maisons des rêves ». Comme les Maoris, à causes d’erreurs fréquentes dans l’accomplissement des prévisions, ils interprètent les songes dans un sens inverse, et rêver de mort sera signe de vie, rêver de mariage, signe de mort . Les Gourbans de l’Afrique occidentale, les nègres de la Guinée méridionale regardent les rêves comme des visites d’âmes décédées dont ils suivent, éveillés, avertissements et révélations reçues en songe, A Madagascar, les habitants ont le plus grand respect pour les songes qu’ils regardent comme des conseils de leurs bons démons, et, à Geylan, les veddahs croient aux esprits parce que leurs parents morts reviennent les visiter en songe.

 

 

 

En Amérique, on retrouve encore les croyances à la venue des morts dans les rêves. Une indienne de la Colombie anglaise, envoie chercher le sorcier pour chasser les morts qui, chaque nuit venaient troubler son sommeil. Dans le nord-ouest, les sauvages instituent des cérémonies religieuses chaque fois qu’il a été vu un fantôme, et cela leur arrive constamment dans leurs rêves. Indépendamment des visites qu’elle reçoit, l’âme va aussi en faire, et se mettre à la recherche de ce qui lui plaît. Les anciens peuples des Incas croyaient que, ne pouvant dormir, l’âme sortait du corps dans le sommeil pour errer ça et là. Pour les Groenlandais, elle quitte le corps la nuit, et va danser ou chasser.

Pour certaines peuplades, il y a deux âmes, et, pendant que l’une d’elles reste avec le corps, l’autre le quitte et va se promener, d’après Scooloraft. Les Karens croient que l’âme ne peut aller visiter que ce qu’elle a déjà vu avec le corps; ce qui montre qu’ils avaient observé que les rêves ne sont bâtis que sur des souvenirs. Gomme les autres, ces peuples ont des règles spéciales d’interprétation de leurs rêves.

 

Pour les Karntschadales, rêver de poux ou de chiens annonce l’arrivée de voyageurs russes. L’âme des Troquers, à demi aveugle le jour est douée la nuit d’une vue perçante. C’est aux voyages de l’âme hors du corps que sont attribués les rêves, dont plusieurs sont, d’autre part, inspirés par le Giel divin, Dieu ami des hommes.

 

 

 

Les peuples primitifs du golfe de Saint-Laurent auraient eu un rêve prophétique réellement accompli.

Levoici : « Leur pays étant affligé d’une maladie très dangereuse et pestilentielle qui en avait mis déjà plusieurs au tombeau, quelques vieillards, de ceux qui étaient les meilleurs, les plus sages et les plus considérables s’endormirent tous, accablés de langueur et de chagrin. Ce fut dans ce sommeil plein d’amertume qu’un homme bon par excellence leur apparut avec une croix à la main, qui leur dit de prendre bon courage, de s’en retourner chez eux, de faire des croix semblables à celle qu’on leur montrait, et de les présenter aux chefs des familles, les assurant que, s’ils les recevaient avec estime, ils y trouveraient le remède à tous leurs maux. Comme les sauvages sont crédules aux songes jusqu’à la superstition, ils ne négligèrent pas celui-ci. Aussi ces bons vieillards retournèrent aux cabanes d’où ils étaient partis le jour précédent. Ils firent une assemblée générale de tout ce qui restait d’une nation mourante, et tous ensemble conclurent d’un commun accord que l’on recevrait avec honneur le sacré signe de la croix qu’on leur présentait du ciel pour être la fin de leurs misères et le commencement de leur bonheur, comme il arriva en effet, puisque la maladie cessa et que tous les affligés qui portèrent la croix furent guéris miraculeusement. » La genèse du rêve repose assez clairement dans des leçons de missionnaires. Quant à l’accomplissement, il est permis d’en douter un peu, étant donné la nature de celui qui rapporte le fait.

  

 

 

Les croyances océaniennes ne diffèrent point des autres : Les Tagals de Liyon refusent d’éveiller l’homme qui dort, parce que son âme est absente. Aux îles Fidji, on considère comme possible que l’âme d’un homme endormi aille troubler le sommeil d’un autre. Pour les Néo-Zélandais, l’âme va, pendant le sommeil, causer avec des amis dans le séjour des morts.

Voici une légende de l’Archipel Indien s : « Radja-Ketchel-Bessar, roi de l’Archipel Indien, régnait depuis un certain temps, lorsqu’une nuit il rêve qu’il était en présence du glorieux prophète de Dieu, sur qui soit le salut ! Et le prophète lui disait : « Récite les paroles du témoignage. » Et Radja-Ketchel fit ce qu’ordonnait le prophète. — « Que ton nom soit, sultan Mohammed » dit le prophète. « Demain, au moment de l’Asr, arrivera un navire de Djedda, dont les hommes descendront pour prier sur le rivage de Malacca, suis bien toutes leurs prescriptions. » — « Oui, seigneur, répondit le roi, j’obéirai à votre parole » et le prophète disparut. Le jour venu, le roi s’éveilla. Il sentit sur son corps une odeur de nard, et vit qu’il portait les marques de la circoncision. Il fit connaître son rêve au Bandhara. « Si votre rêve n’est pas une illusion, dit celui-ci, quel en est le signe? » «Le signe, dit le prince, c’est que je me trouve comme si j’avais été circoncis. De plus, le prophète m’a dit : «Aujourd’hui, à l’Asr, il arrivera un navire de Djedda dont les gens descendront pour prier sur le rivage, suis toutes leurs prescriptions. » Le Bandhara fut surpris : « Vraiment, dit-il, s’il arrive un navire à l’heure dite, c’est que votre rêve est une vérité. S’il n’en arrive point, c’est que Satan aura troublé votre raison ». Or, à l’heure de l’Asr, il arriva un navire de Djedda qui jeta l’ancre. Le maître descendit à terre, et fit sa prière. « C’est exactement comme dans mon rêve, dit le roi au Bandhara et aux grands. »

 

 

La croyance à la réalité du rêve est absolue, même pour les cauchemars amenés par leurs fréquentes indigestions, dues à leur insatiable gloutonnerie : ils croient alors, en Australie, que c’est le géant Koin, qui les emporte et les étouffe; tout suffoquant, alors, ils veulent crier et ne peuvent pas

 Enfin, ils ne doutent pas de l’accomplissement de prévisions qu’ils tirent de leurs rêves. Un membre d’une tribu australienne ayant rêvé de hibou, ce qui présageait l’attaque d’une autre tribu, celle-ci se décida à émigrer.

 

 

 

Nous trouvons chez les sauvages une croyance primitive et absolue à la valeur prophétique du rêve, dérivée de tendances inhérentes à la nature des esprits jeunes, et parallèle à d’autres croyances, de même origine et qui se développent aussi à travers les âges, pour acquérir d’ailleurs une place plus importante encore et plus solide. Et il se produit une pénétration réciproque du rêve et de la réalité qui a encore une conséquence dont nous n’avons pas parlé, et qui est cependant très importante, le développement des tendances superstitieuses.

C’est ce qu’a très bien compris Tylor« L’habitude qu’ont tous les nègres de raconter leurs rêves en provoque chez eux la fréquence; il en résulte que pendant leur sommeil, ils ont presque autant de rapports avec les morts qu’ils en ont pendant la veille avec les vivants. C’est là, sans doute, une des causes de leurs tendances superstitieuses excessives. Leur imagination est tellement surexcitée qu’ils peuvent à peine distinguer entre le rêve et la pensée, entre le réel et l’imaginaire ; aussi se figurent-ils involontairement la vérité, et prétendent-ils voir des choses qui n’ont jamais existé ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : La rêve prophétique dans les croyances et les traditions des peuples sauvages. Par : Vaschide , Piéron H. Article publié dans : Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, V° Série. Tome 2, 1901. pp. 194-205

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Légende sur la création d’In Salah

9112015

 

 

 

Légende sur la création d’In Salah dans Croyances & Légendes 1478366138-151109074341998650

 CPA  Jardin Senoussi,In-Salah,  Algerie 

 

 

 

 

 

Ce qui marque les nombreux récits concernant  la création d’In Salah (sud algérien) ; l’apparition de Tine Hinane et de sa fille Kella.  Parmi ces récits ceux recueillies au début du 20ème siècle par le lieutenant Voinot au Tidikelt.

 L. Voinot, dans son livre Le Tidikelt (L. Fouque, Oran 1909) p. 48, rapporte plusieurs traditions sur la création d’In Salah. Il semble que les traditions arabes la disputent aux traditions berbères. Dans l’une de ces dernières on parle de Kella, fille de Tine Hinane, (dont l’existence remonte au XVIIIe siècle). Nous remarquons cependant que dans ces traditions l’on reconnaît la présence des Touareg Kel Ahamellen sur ces territoires. Cependant Voinot place la création de cette oasis au XIIIe siècle après avoir remarqué que ni Ibn Batoutah, ni Ibn Khaldoun, ni Léon l’Africain ne citent In Salah.

 

 

 

 

 

Version V. (Voinot 1909)

 

 

D’après les gens d’In Salah, leur agglomération serait la plus ancienne du Tidikelt. A l’origine il y aurait eu dans la raba une source, sur l’emplacement de laquelle les opinions sont partagées.

Les Kel Ahmellen fraction des Touareg Ahaggar, nomadisaient de temps à autre dans la raba…un de leurs nègres, nommé Salah, ayant trouvé cette source, fit de petites cultures, la source prit son nom ; Aïn Salah était fondée. S’il faut en croire la tradition, ces faits seraient antérieurs au XIIIe siècle.

La légende ci-dessus est encore rapportée avec une légère variante.

La raba était autrefois le lieu de passage des pèlerins venant du Maroc, du Touat, du Gourara pour se rendre à la Mecque. Le nègre Salah aurait été abandonné à la source par des pèlerins. Près de la source était alors campée une targuia du nom de Kella bent (fille) Tine Hinane ; Salah se serait installé et aurait creusé la foggara el Malah…le jardin créé, les Touareg en revendiquèrent la propriété en tant que maîtres du pays ; il en résulta des conflits. Les Touareg venaient annuellement piller les cultures : ils prirent enfin l’engagement de cesser leurs déprédations, moyennant le paiement d’une refara de deux charges de dattes.

 

 

 

 

 

 


Version G. (Gast 1969)

 

 

En fin de 1969, à In Salah, M.Gast put prendre connaissance d’un manuscrit ancien qui bien que concernant principalement la création d’In Salah mentionnait également le personnage de Tine Hinane. Nous reproduisons ci-dessous la traduction du passage de ce texte où il est fait référence à l’ancêtre présumée des Kel-Ahaggar.

 

 

 

 

1478366166-151109073810671410 dans Croyances & Légendes

Le Manuscrite 

N.B: Pour afficher la photo en taille réelle: Clic droit sur la photo >> Ouvrir l’image dans un nouvel onglet.

 

 

 

 

 

«  Au nom de Dieu, clément et miséricordieux

Que ceux qui font partie de la communauté des Musulmans et prendront connaissance (de ce document) sachent :

Sache Monseigneur que le Sayyid al Hadj Muhammad el Salih et le Sayyid Mubarek al-‘Anbari en l’an 981 vinrent à Al-Majrat avant quiconque en l’an 891 (barré dans le texte) alors qu’ils se rendaient à la mekke vénérée. Ils vinrent ici et y passèrent une durée de 4 jours. Ils se rendirent à Tit et retournèrent vers l’ouest, à Marrakech ; et en 1020 Tihninan fille du Sayyid Malek vient (ici caractères tifinar qui signifient : ) Tine Hinane ben Sid Malek et de Nema oulet Sidi Malek.

En 1030 vient le Hadj Abu-l-qasim fils du chef de la caravane (du pèlerinage) accompagné de Salih son esclave qui tomba en ce lieu.

Le Sayd le laissa chez le Sayyid al Hadj Muhammed al Salih. Il creuse pour lui une source à al-Majrat, c’est l’esclave Salih qui creusa la source et on l’appela ‘Ayn Salih’ (la source de Salih) ».

 

 

 

 

La date de la création d’In Salah à partir du puits creusé par Salah pourrait-être plausible ; 1030 de l’Hégire, c’est 1621 de l’ère chrétienne. Quant à la date du passage de Tine Hinane à In Salah, elle apparaît comme singulièrement aberrante : 1020 de l’Hégire, c’est 1611 de l’ère chrétienne. Or, une datation obtenue à l’Institut d’Etudes Nucléaires d’Alger en 1967, à fourni sur un échantillon de bois du lit de Tine Hinane : 1480 ± 130 B. P., soit 470 après J.C.

Par ailleurs, nous remarquons qu’Ibn Khaldoun dans l’Histoire des Berbères rapportant l’opinion des généalogistes Arabes et Berbères, dit que les Hooura (c’est-à-dire les Ahaggar) sont appelés « enfants de Tiski ». Cette dernière est surnommée Tiski la boiteuse. La Tiski d’Ibn Khaldoun est donc au moins antérieure au 14e siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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