Lella Maghnia (légende)

27062016

 

 

 

 

 

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A 52 kilomètres de Tlemcen et à 10 kilomètres de la frontière du Maroc est la petite ville Lella Maghnia, c’était d’abord un établissement phénicien, qui passa plus tard au pouvoir des Romains, sous le nom de Syr. Un grand nombre d’inscriptions tumulaires votives, ou de bornes militaires,  découvertes lors de la construction de la redoute, en 1844, et une épaisse couche de cendres, de charbons, de débris retrouvés dans tous les environs à une profondeur à peu près uniforme, ont prouvé l’existence de cette station qui dut être détruite par un incendie.

 

 

Plus tard, et sous la domination arabe, cette ville changea de nom et prit celui de Lella Maghnia, du nom d’une sainte femme, qui repose dans la koubba, que l’on voit à gauche du camp. En voici l’histoire :

 

 

Lella Maghnia, comblée des bienfaits célestes, montra dés son enfance une aptitude extraordinaire pour l’étude et les sciences, l’esprit du bien était en elle, elle eut bientôt approfondi toutes les connaissances humaines, et, jeune encore, elle ouvrit une école où les Arabes et les Kabyles se portaient en foule pour écouter ses leçons. Lella Maghnia acquit en peu de temps une réputation telle que les savants du pays ne rougirent pas de s’incliner devant elle et de la proclamer leur maître.

 

 

 

La beauté de Lella Maghnia égalait sa science, mais la bonté de son cœur était plus grande encore. Ses biens et ses conseils étaient pour tous, et Dieu la récompensait en lui distribuant à large main tous les trésors, et en lui donnant tout le pouvoir prestigieux qu’il accorde à ses envoyés. Elle opéra de nombreux miracles : elle fit couler des sources où l’on n’en avait jamais vu auparavant. Au temps de la moisson, elle se promenait dans les champs, et les moissonneurs sur ses traces faisaient d’abondantes récoltes ; aussi les Arabes émerveillés ne connurent bientôt plus d’autre arbitre, et la regardèrent comme un envoyé d’Allah.

 

 

 

Deux tribus étaient-elles en guerre, Lella Maghnia apparaissait et les combattants, posant les armes, venaient se jeter à ses genoux. Lella Maghnia fit, deux fois, le pèlerinage de la Mecque, et mourut dans un âge peu avancé, après avoir désigné l’endroit où elle devait être inhumée. C’est le lieu même où se trouve aujourd’hui la Koubba, dans laquelle, disent la population locale, elle ne cesse de faire des miracles. Ses enfants, à cause de cette haute réputation, ont adopté le nom d’Ouled Maghnia, au lieu de prendre celui de leur père, et ses arrière-petits fils, qui vivent encore, ont conservé ce nom. Chaque année, les gens des environs, dont la vénération pour Lella Maghnia n’est pas encore éteinte, viennent en grande pompe célébrer, à la koubba, la gloire de la sainte.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Kijigui : ‘gros couteau’ Légende Touarègue de l’Aïr (Niger)

13052016

 

 

 

C’était dans les temps anciens, alors que le grand roi Salamon régnait sur terre. C’était un très bon roi ; son nom incarnait la sagesse et ses pouvoirs étaient légendaires ; sa pensée pouvait voyager à travers l’espace et le temps, pour voir ce qui se passait dans son royaume et autour de la terre entière.

Pour sa sécurité, il avait préféré se passer du service de ses semblables : dans sa grande sagesse, il connaissait les faiblesses des hommes, et les bassesses dont ils étaient capables pour accaparer le pouvoir.

Il s’était donc assuré du concours des Djinns, se mettant ainsi à l’abri de l’hypocrisie des humains.

Salomon ne tolérait pas l’injustice, et envoyait des émissaires régler les litiges, sur toute la surface de la planète.

Les justiciers, au temps de Salomon, ne voyageaient pas à la façon du commun des mortels : ils avaient le pouvoir de la Ousma Alghajin, le livre qui contient tous les secrets dont se servaient les thaumaturges ; ils savaient devenir invisibles et immatériels ; ils pouvaient ainsi se transformer en étoiles filantes, et parcourir de grandes distances en très peu de temps.

 

 

 

 

 

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Femme noble du Hoggar (entre la fin du XIXe et début du XXe siècle)  

 

 

 

 

L’un de ces justiciers, passant un jour dans l’Aïr, tomba follement amoureux d’une de ces beautés qui ont les cheveux noirs comme des ailes de corbeaux. Elle n’avait pas son pareil pour chanter, et quand elle jouait de l’Imzad, on aurait cru entendre une musique céleste.

A la suite de cette rencontre, il fit de fréquents voyages pour se rendre auprès de sa bien-aimée, qui lui rendait sa passion.

Il arrivait sous forme d’étoile filante, se posait sur la montagne où il reprenait sa forme humaine, et descendait ensuite auprès de la jeune fille. Tard dans la nuit, il reprenait la voie des airs.

Sur le chemin du retour, il faisait toujours une halte aux puits de Faodet : là, en récitant certains versets du Coran, il faisait monter l’eau jusqu’à la margelle du puits et se purifiait le corps. Après ce rite, l’étoile, plus lumineuse que jamais, reprenait très haut dans le ciel la direction du levant.

Il revint ainsi dans l’Aïr, jusqu’au jour où le roi Salomon lui demanda de rester pour toujours auprès de lui. Il demanda cependant à son Seigneur l’autorisation de se rendre une dernière fois dans l’Aïr. Lors de cette ultime visite, le jour des adieux, il remit son sabre à sa bien-aimée.

- Ce sabre, lui dit-il, est coulé dans un métal spécial : celui qui le détient invincible face à l’ennemi ; il a de grands pouvoirs, et je te le laisse comme souvenir de moi, ainsi que pour défendre ton peuple.

La jeune fille garda précieusement cette arme magique. Beaucoup plus tard, Dieu la rappela à lui, et elle retrouva enfin son bien-aimé, dans le monde immatériel de ‘là-haut’.

 

 

  

 

 

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Forte épée touareg dite Takouba. Monture en fer recouvert de cuir noir et rouge. Large lame droite à gouttière centrale. Fourreau en cuir décoré à garnitures en laiton découpé à jours et gravé / XIXe siècle.

  

 

 

 

La Takouba fut transmise à sa descendance ; depuis cette époque éloignée, elle fut à l’origine de tous les succès des Touaregs de l’Aïr sur leurs envahisseurs.

Les tribus de la région considéraient ce sabre comme leur propriété commune et se regroupaient, en cas de conflit, auprès de l’aménokal qui le détenait.

Il était capable de fendre les rochers, de couper les métaux, et prévenait de la guerre : une semaine avant que ne se déclare le conflit, sans que personne y touche, il transperçait son fourreau et se fichait en terre.

Il était impossible de le prendre par force, et seul le vol aurait permis à quelqu’un de s’en emparer.

Tout le monde le voulait, et l’arme fit des séjours dans presque toutes les tribus de l’Aïr, qui se la dérobaient mutuellement.

Depuis, le temps a passé, et le sabre a beaucoup servi ; il s’est atrophié et les Touaregs de l’Aïr le surnomment Kijigui, ce qui signifie « gros couteau ».

 

 

 

 

 

 

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Guerrier berbère touareg avec sa lance et son épée Takouba. XIXe siècle

 

 

 

 

 

 

Dernièrement, Kijigui fut volé par les Tagaraï-Garaï, autres Touaregs de la région de Tahoua et de l’Azawagh, à ceux de l’Aïr. Ces derniers se sont bien juré de ramener un jour cet ancêtre chez eux ; mais lorsqu’il aura beaucoup servi, son usure sera totale, et il est probable que commencera alors une ère de paix définitive.    

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tombeau de cinq Deys

17032016

(légende d’Alger)

 

 

 

 

 

 

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Dey d’Alger 

 

 

 

 

 

 

Au commencement de l’année 1832, la ville et les environs d’Alger n’avaient presque rien perdu de ce cachet d’étrange originalité qui caractérisait cette ancienne cité mauresque. L’administration française, à peine constituée, n’avait encore tracé aucun plan d’alignement, et la spéculation ne s’était pas emparée des rues étroites et tortueuses de la basse ville, sur les ruines desquelles devait bientôt s’élever, comme par enchantement, une ville toute française.

 

A cette même époque, lorsqu’on sortait d’Alger par la porte Bab el Oued, on rencontrait à droite, dans l’espace compris entre le rivage de la mer et le chemin conduisant au jardin du Dey, un vaste champ de sépultures musulmanes, composées d’un grand nombre de petites enceintes séparées les unes des autres et fermées par des murailles à hauteur d’appui. Au dedans de ces enceintes on voyait des pierres ou marbres tumulaires de forme antique et bizarre sur lesquels étaient gravés en caractères arabes quelques versets du Coran. Les tombeaux des souverains qui avaient régné sur Alger étaient presque tous groupés les uns à côté des autres, dans la partie du cimetière la plus rapprochée de la porte Bab el Oued. C’étaient de petits édifices carrés de 40 à 42 pieds de haut, surmontés d’une coupole et blanchis à la chaux. On distinguait les tombes des pachas et des deys par le turban en pierre sculpté qui surmontait l’édifice. Celles des aghas et officiers supérieurs de la milice étaient indiquées par une pique plantée en terre. Enfin, celles des raïs ou capitaines de bâtiment, se faisaient remarquer par un mât de pavillon terminé par une pomme dorée. Quant aux tombeaux des gens du peuple, ils étaient fort simples. Des pierres plates enfoncées en terre marquaient l’emplacement de la fosse où le corps avait été déposé.

 

 

Au milieu de toutes ces tombes croissaient çà et là quelques palmiers, et un grand nombre de figuiers et de caroubiers, ainsi que des massifs de cactus et d’aloès couverts eux-mêmes de chèvrefeuilles, de lierres et de vignes sauvages, dont la riante verdure égayait un peu la tristesse et la monotonie de ce champ du repos.

Ces sépultures, en général bien entretenues par la piété des musulmans, furent successivement détruites à partir de 1832, pour la création de l’esplanade Bab el Oued et pour l’ouverture de places et de routes. Ce ne fut pas sans un profond sentiment de douleur que la population indigène vit fouiller les tombes et troubler l’asile de la mort. Dépossédés, par suite des exigences de l’occupation française, d’une partie de leurs habitations dans la ville, et au dehors de leurs maisons de campagne et de leurs tombeaux de famille, on entendait les habitants d’Alger s’écrier avec quelque raison : « Nous ne saurons bientôt plus ni où vivre ni où mourir. »

 

 

 

Parmi les monuments funèbres qui, par leur importance, attiraient les regards, il en était un que, dès leur arrivée à Alger, les Français ne manquaient pas d’aller visiter. Élevé au—dessous du marabout de Sidi, Abderrahmane, près la porte Bab el Oued, dans la petite plaine contiguë à la côte, cet édifice se composait de cinq grosses tours octogones construites en briques et couvertes de dômes. Déjà, à l’époque de l’invasion française, ces monuments tombaient en ruines; depuis longtemps on avait cessé de couvrir leurs murs de cette couche de lait de chaux avec laquelle les Algériens blanchissent, au moins une fois par an, toutes leurs constructions. Le revêtement en carreaux de faïence qui avait autrefois décoré les soubassements extérieurs et intérieurs du mausolée avait en grande partie disparu. Il était facile de reconnaître que, depuis bien des années, aucune main amie, aucune pieuse pensée n’avait veillé à la conservation de ces monuments auxquels la notoriété publique rattachait cependant de tristes et sanglants souvenirs. Sous ces murs dégradés, sous ces voûtes en ruines, reposaient, si l’on en croit la chronique, les restes de cinq deys, qui, à la suite d’une de ces révolutions violentes et subites, si fréquentes dans les fastes de l’odjack d’Alger, auraient été élus et massacrés dans la même journée.

 

 

Depuis plus de deux siècles cette dramatique légende est acceptée en Algérie comme un fait historique bien avéré. On y raconte qu’après avoir cinq fois, dans un même jour, proclamé l’élection d’un nouveau souverain, et avoir massacré successivement les cinq victimes qui montèrent tour à tour les degrés du trône, et dont le même soleil éclaire les règnes éphémères, la milice, fatiguée de répandre le sang, convint de se rendre à la porte de la grande mosquée et de nommer dey le premier Turc qui en sortirait. Au moment où les janissaires arrivèrent au seuil du temple, un pauvre cordonnier achevait sa prière et s’apprêtait à. sortir. Quelques soldats s’emparèrent de cet homme en lui annonçant qu’ils le choisissaient pour dey. Instruit des événements de la journée et de la destinée fatale de ses éphémères prédécesseurs, le modeste artisan se souciait peu de la haute position qui lui était offerte et la refusait obstinément, alléguant son incapacité et la médiocrité de sa position sociale. —Mais on ne pouvait pas impunément se soustraire au choix fait par la milice. Bon gré mal gré, le cordonnier dut revêtir le caftan, insigne de l’autorité suprême, et devint, de par la volonté des janissaires, le sixième dey de cette mémorable journée.

On ne manque pas d’ajouter que ce pacha improvisé fit preuve de sagesse et d’une haute capacité; qu’il a laissé un nom honorable parmi les souverains les plus habiles qui aient occupé le trône de la régence, et, circonstance bien rare et digne d’être remarquée, qu’il mourut dans son lit de mort naturelle.

 

 

Le bruit de cet événement, en passant de bouche en bouche, s’est enrichi de toutes les circonstances propres à l’accréditer. On montrait encore à Alger, il y a quelques années, tous les décors de ce sinistre drame. On pouvait voir au-dessus de la porte Bab Azoun les crochets de fer sur lesquels l’une des victimes de cette catastrophe avait subi une longue et cruelle agonie. On allait même jusqu’à montrer, au haut de la rue de la Porte Neuve, la modeste échoppe où travaillait jadis le cordonnier dont la fortune capricieuse s’était plu à faire un pacha.

 

 

Les auteurs des dix-huitième et dix-neuvième siècles, qui ont écrit sur l’histoire d’Alger, ont tous, avec plus ou moins de détails, parlés de la journée des cinq deys. Il n’en est pas un qui, comme preuve de l’instabilité du pouvoir des pachas et de la férocité capricieuse de la milice, n’ait cité cette mémorable catastrophe. Il semblerait qu’un fait de cette importance, auquel on n’assigne pas une date très éloignée, et qui emprunte à de si nombreux témoignages un certain caractère de vérité, devrait être assez complètement acquis à l’histoire pour qu’il soit très facile d’en fixer la date et d’en préciser les circonstances. Cependant il n’en est point ainsi. Plus on cherche à approfondir ce point soi-disant historique, moins on arrive à l’éclaircir et à discerner ce qui, dans les détails dont l’imagination s’est plu à l’environner, doit entrer dans le domaine de l’histoire, ou demeurer à l’état de légende populaire.

 

 

Les historiens ne sont même pas d’accord sur le nombre des victimes de cette rapide et sanglante révolution. Les uns fixent ce nombre à cinq, d’autres à six*, d’autres enfin à sept**. L’incertitude qui règne, quant aux deys massacrés, existe également quant à l’époque à laquelle leur trépas aurait eu lieu. Il résulte clairement des documents consultés que le fait était déjà connu en 1720.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*), (**) : Laugier de Tassy, bien que visitant Alger vingt ans seulement après le père Comelin, n’est déjà plus d’accord avec ce dernier, ni sur le nombre des deys massacrés, ni sur celui des tombeaux qui leur auraient été élevés après leur mort. Tandis que le père Comelin annonce avoir vu « sept tombeaux de forme carrée, » Laugier de Tassy n’en signale que « six qui se touchent en rond. » L’un dit que ces sept tombeaux sont ceux des sept deys élus et assassinés dans la même journée; l’autre que ces mêmes tombeaux renferment « six deys élus et étranglés dans un jour. » Quant à la date du fait, et au nom du dey qui, élu en dernier lieu, aurait occupé le trône, Laugier de Tassy, pas plus que le père Comelin ne les ont fait connaître.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La légende d’oued N’ssa (La rivière des femmes) près de Ouargla

17012016

 

 

 

 

 

L’ouâd En-Nsâ (rivière des Femmes), si l’on en croit une légende, devrait son nom au fait suivant : Un jour, deux tribus, depuis longtemps rivales, résolurent de vider leur querelle; elles se rencontrèrent sur la rive droite de l’ouâd. Suivant la coutume, les femmes, des deux côtés, assistaient à la lutte du haut de leurs a’t'ât’îch *.

 

 

Malgré les applaudissements qu’elles adressèrent aux braves, malgré les injures qu’elles jetèrent aux lâches, l’une des tribus fut cependant complètement défaite : ses plus vaillants guerriers étaient restés sur le champ de bataille; les autres avaient pris la fuite.

 

 

Les femmes des vaincus, la honte au front, le désespoir dans le cœur, descendirent furieuses de leurs palanquins, s’emparèrent des armes des morts et des blessés, et s’élancèrent audacieusement sur les vainqueurs qui, surpris par cette attaque, reculèrent jusque sur l’ouâd pour s’y rallier à l’abri des rochers. Aucun obstacle n’arrêta les héroïnes, et elles mirent une telle impétuosité, une telle rage dans leur poursuite, que leurs adversaires, reconnaissant bientôt l’impossibilité de leur résister, s’enfuirent en désordre.

Depuis cet événement mémorable, l’ouâd fut appelé la Rivière des Femmes, 

 

 

 

 

 

 

 

 

*: A’t'âl’ich, pluriel d’a'l’t'ouch, espèce de palanquins fermés par des rideaux dans lesquels se tiennent les femmes arabes pour voyager. Ces palanquins sont portés à dos de chameau.

 

 

La légende d’oued N’ssa (La rivière des femmes) près de Ouargla dans Croyances & Légendes 1478366014-160116085837913762

 Femme voyageant en Attouch (a‘l’t'ouch), province de Constantine (entre 1850 -1890)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les oueds de la dorsale du M’Zab dont Oued N’ssa en fait partie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La rêve prophétique dans les croyances et les traditions des peuples primitifs

11122015

 

 

 

 

 

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Parmi les traditions et les croyances des peuples primitifs, il n’en est pas de plus universelle que celle qui attribue aux rêves une valeur mystérieuse et extraordinaire.

Les traditions relatives aux rêves sont donc capitales dans l’histoire des origines des croyances, et elles nous permettent de prouver une fois de plus que la croyance est toujours antérieure aux faits sur lesquels elle semble s’appuyer; que c’est la croyance qui crée, qui établit les faits, et qui les démontre, et que ces faits n’ont pu que réagir postérieurement sur la croyance, au jour où elle a été discutée.

  

 

 

 

Dans toute; l’Afrique on croit que les rêves sont des révélations, non des Dieux, mais des ancêtres morts, et c’est là-dessus, par exemple que les Manganjas fonderont leur croyance à la vie future. Les Zoulous croient que c’est l’« itongo », l’âme de l’ancêtre, qui vient les avertir des dangers qu’ils courent. Ils ont d’ailleurs des devins, des voyants de profession, qu’ils appellent « maisons des rêves ». Comme les Maoris, à causes d’erreurs fréquentes dans l’accomplissement des prévisions, ils interprètent les songes dans un sens inverse, et rêver de mort sera signe de vie, rêver de mariage, signe de mort . Les Gourbans de l’Afrique occidentale, les nègres de la Guinée méridionale regardent les rêves comme des visites d’âmes décédées dont ils suivent, éveillés, avertissements et révélations reçues en songe, A Madagascar, les habitants ont le plus grand respect pour les songes qu’ils regardent comme des conseils de leurs bons démons, et, à Geylan, les veddahs croient aux esprits parce que leurs parents morts reviennent les visiter en songe.

 

 

 

En Amérique, on retrouve encore les croyances à la venue des morts dans les rêves. Une indienne de la Colombie anglaise, envoie chercher le sorcier pour chasser les morts qui, chaque nuit venaient troubler son sommeil. Dans le nord-ouest, les sauvages instituent des cérémonies religieuses chaque fois qu’il a été vu un fantôme, et cela leur arrive constamment dans leurs rêves. Indépendamment des visites qu’elle reçoit, l’âme va aussi en faire, et se mettre à la recherche de ce qui lui plaît. Les anciens peuples des Incas croyaient que, ne pouvant dormir, l’âme sortait du corps dans le sommeil pour errer ça et là. Pour les Groenlandais, elle quitte le corps la nuit, et va danser ou chasser.

Pour certaines peuplades, il y a deux âmes, et, pendant que l’une d’elles reste avec le corps, l’autre le quitte et va se promener, d’après Scooloraft. Les Karens croient que l’âme ne peut aller visiter que ce qu’elle a déjà vu avec le corps; ce qui montre qu’ils avaient observé que les rêves ne sont bâtis que sur des souvenirs. Gomme les autres, ces peuples ont des règles spéciales d’interprétation de leurs rêves.

 

Pour les Karntschadales, rêver de poux ou de chiens annonce l’arrivée de voyageurs russes. L’âme des Troquers, à demi aveugle le jour est douée la nuit d’une vue perçante. C’est aux voyages de l’âme hors du corps que sont attribués les rêves, dont plusieurs sont, d’autre part, inspirés par le Giel divin, Dieu ami des hommes.

 

 

 

Les peuples primitifs du golfe de Saint-Laurent auraient eu un rêve prophétique réellement accompli.

Levoici : « Leur pays étant affligé d’une maladie très dangereuse et pestilentielle qui en avait mis déjà plusieurs au tombeau, quelques vieillards, de ceux qui étaient les meilleurs, les plus sages et les plus considérables s’endormirent tous, accablés de langueur et de chagrin. Ce fut dans ce sommeil plein d’amertume qu’un homme bon par excellence leur apparut avec une croix à la main, qui leur dit de prendre bon courage, de s’en retourner chez eux, de faire des croix semblables à celle qu’on leur montrait, et de les présenter aux chefs des familles, les assurant que, s’ils les recevaient avec estime, ils y trouveraient le remède à tous leurs maux. Comme les sauvages sont crédules aux songes jusqu’à la superstition, ils ne négligèrent pas celui-ci. Aussi ces bons vieillards retournèrent aux cabanes d’où ils étaient partis le jour précédent. Ils firent une assemblée générale de tout ce qui restait d’une nation mourante, et tous ensemble conclurent d’un commun accord que l’on recevrait avec honneur le sacré signe de la croix qu’on leur présentait du ciel pour être la fin de leurs misères et le commencement de leur bonheur, comme il arriva en effet, puisque la maladie cessa et que tous les affligés qui portèrent la croix furent guéris miraculeusement. » La genèse du rêve repose assez clairement dans des leçons de missionnaires. Quant à l’accomplissement, il est permis d’en douter un peu, étant donné la nature de celui qui rapporte le fait.

  

 

 

Les croyances océaniennes ne diffèrent point des autres : Les Tagals de Liyon refusent d’éveiller l’homme qui dort, parce que son âme est absente. Aux îles Fidji, on considère comme possible que l’âme d’un homme endormi aille troubler le sommeil d’un autre. Pour les Néo-Zélandais, l’âme va, pendant le sommeil, causer avec des amis dans le séjour des morts.

Voici une légende de l’Archipel Indien s : « Radja-Ketchel-Bessar, roi de l’Archipel Indien, régnait depuis un certain temps, lorsqu’une nuit il rêve qu’il était en présence du glorieux prophète de Dieu, sur qui soit le salut ! Et le prophète lui disait : « Récite les paroles du témoignage. » Et Radja-Ketchel fit ce qu’ordonnait le prophète. — « Que ton nom soit, sultan Mohammed » dit le prophète. « Demain, au moment de l’Asr, arrivera un navire de Djedda, dont les hommes descendront pour prier sur le rivage de Malacca, suis bien toutes leurs prescriptions. » — « Oui, seigneur, répondit le roi, j’obéirai à votre parole » et le prophète disparut. Le jour venu, le roi s’éveilla. Il sentit sur son corps une odeur de nard, et vit qu’il portait les marques de la circoncision. Il fit connaître son rêve au Bandhara. « Si votre rêve n’est pas une illusion, dit celui-ci, quel en est le signe? » «Le signe, dit le prince, c’est que je me trouve comme si j’avais été circoncis. De plus, le prophète m’a dit : «Aujourd’hui, à l’Asr, il arrivera un navire de Djedda dont les gens descendront pour prier sur le rivage, suis toutes leurs prescriptions. » Le Bandhara fut surpris : « Vraiment, dit-il, s’il arrive un navire à l’heure dite, c’est que votre rêve est une vérité. S’il n’en arrive point, c’est que Satan aura troublé votre raison ». Or, à l’heure de l’Asr, il arriva un navire de Djedda qui jeta l’ancre. Le maître descendit à terre, et fit sa prière. « C’est exactement comme dans mon rêve, dit le roi au Bandhara et aux grands. »

 

 

La croyance à la réalité du rêve est absolue, même pour les cauchemars amenés par leurs fréquentes indigestions, dues à leur insatiable gloutonnerie : ils croient alors, en Australie, que c’est le géant Koin, qui les emporte et les étouffe; tout suffoquant, alors, ils veulent crier et ne peuvent pas

 Enfin, ils ne doutent pas de l’accomplissement de prévisions qu’ils tirent de leurs rêves. Un membre d’une tribu australienne ayant rêvé de hibou, ce qui présageait l’attaque d’une autre tribu, celle-ci se décida à émigrer.

 

 

 

Nous trouvons chez les sauvages une croyance primitive et absolue à la valeur prophétique du rêve, dérivée de tendances inhérentes à la nature des esprits jeunes, et parallèle à d’autres croyances, de même origine et qui se développent aussi à travers les âges, pour acquérir d’ailleurs une place plus importante encore et plus solide. Et il se produit une pénétration réciproque du rêve et de la réalité qui a encore une conséquence dont nous n’avons pas parlé, et qui est cependant très importante, le développement des tendances superstitieuses.

C’est ce qu’a très bien compris Tylor« L’habitude qu’ont tous les nègres de raconter leurs rêves en provoque chez eux la fréquence; il en résulte que pendant leur sommeil, ils ont presque autant de rapports avec les morts qu’ils en ont pendant la veille avec les vivants. C’est là, sans doute, une des causes de leurs tendances superstitieuses excessives. Leur imagination est tellement surexcitée qu’ils peuvent à peine distinguer entre le rêve et la pensée, entre le réel et l’imaginaire ; aussi se figurent-ils involontairement la vérité, et prétendent-ils voir des choses qui n’ont jamais existé ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : La rêve prophétique dans les croyances et les traditions des peuples sauvages. Par : Vaschide , Piéron H. Article publié dans : Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, V° Série. Tome 2, 1901. pp. 194-205

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Légende sur la création d’In Salah

9112015

 

 

 

Légende sur la création d’In Salah dans Croyances & Légendes 1478366138-151109074341998650

 CPA  Jardin Senoussi,In-Salah,  Algerie 

 

 

 

 

 

Ce qui marque les nombreux récits concernant  la création d’In Salah (sud algérien) ; l’apparition de Tine Hinane et de sa fille Kella.  Parmi ces récits ceux recueillies au début du 20ème siècle par le lieutenant Voinot au Tidikelt.

 L. Voinot, dans son livre Le Tidikelt (L. Fouque, Oran 1909) p. 48, rapporte plusieurs traditions sur la création d’In Salah. Il semble que les traditions arabes la disputent aux traditions berbères. Dans l’une de ces dernières on parle de Kella, fille de Tine Hinane, (dont l’existence remonte au XVIIIe siècle). Nous remarquons cependant que dans ces traditions l’on reconnaît la présence des Touareg Kel Ahamellen sur ces territoires. Cependant Voinot place la création de cette oasis au XIIIe siècle après avoir remarqué que ni Ibn Batoutah, ni Ibn Khaldoun, ni Léon l’Africain ne citent In Salah.

 

 

 

 

 

Version V. (Voinot 1909)

 

 

D’après les gens d’In Salah, leur agglomération serait la plus ancienne du Tidikelt. A l’origine il y aurait eu dans la raba une source, sur l’emplacement de laquelle les opinions sont partagées.

Les Kel Ahmellen fraction des Touareg Ahaggar, nomadisaient de temps à autre dans la raba…un de leurs nègres, nommé Salah, ayant trouvé cette source, fit de petites cultures, la source prit son nom ; Aïn Salah était fondée. S’il faut en croire la tradition, ces faits seraient antérieurs au XIIIe siècle.

La légende ci-dessus est encore rapportée avec une légère variante.

La raba était autrefois le lieu de passage des pèlerins venant du Maroc, du Touat, du Gourara pour se rendre à la Mecque. Le nègre Salah aurait été abandonné à la source par des pèlerins. Près de la source était alors campée une targuia du nom de Kella bent (fille) Tine Hinane ; Salah se serait installé et aurait creusé la foggara el Malah…le jardin créé, les Touareg en revendiquèrent la propriété en tant que maîtres du pays ; il en résulta des conflits. Les Touareg venaient annuellement piller les cultures : ils prirent enfin l’engagement de cesser leurs déprédations, moyennant le paiement d’une refara de deux charges de dattes.

 

 

 

 

 

 


Version G. (Gast 1969)

 

 

En fin de 1969, à In Salah, M.Gast put prendre connaissance d’un manuscrit ancien qui bien que concernant principalement la création d’In Salah mentionnait également le personnage de Tine Hinane. Nous reproduisons ci-dessous la traduction du passage de ce texte où il est fait référence à l’ancêtre présumée des Kel-Ahaggar.

 

 

 

 

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Le Manuscrite 

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«  Au nom de Dieu, clément et miséricordieux

Que ceux qui font partie de la communauté des Musulmans et prendront connaissance (de ce document) sachent :

Sache Monseigneur que le Sayyid al Hadj Muhammad el Salih et le Sayyid Mubarek al-‘Anbari en l’an 981 vinrent à Al-Majrat avant quiconque en l’an 891 (barré dans le texte) alors qu’ils se rendaient à la mekke vénérée. Ils vinrent ici et y passèrent une durée de 4 jours. Ils se rendirent à Tit et retournèrent vers l’ouest, à Marrakech ; et en 1020 Tihninan fille du Sayyid Malek vient (ici caractères tifinar qui signifient : ) Tine Hinane ben Sid Malek et de Nema oulet Sidi Malek.

En 1030 vient le Hadj Abu-l-qasim fils du chef de la caravane (du pèlerinage) accompagné de Salih son esclave qui tomba en ce lieu.

Le Sayd le laissa chez le Sayyid al Hadj Muhammed al Salih. Il creuse pour lui une source à al-Majrat, c’est l’esclave Salih qui creusa la source et on l’appela ‘Ayn Salih’ (la source de Salih) ».

 

 

 

 

La date de la création d’In Salah à partir du puits creusé par Salah pourrait-être plausible ; 1030 de l’Hégire, c’est 1621 de l’ère chrétienne. Quant à la date du passage de Tine Hinane à In Salah, elle apparaît comme singulièrement aberrante : 1020 de l’Hégire, c’est 1611 de l’ère chrétienne. Or, une datation obtenue à l’Institut d’Etudes Nucléaires d’Alger en 1967, à fourni sur un échantillon de bois du lit de Tine Hinane : 1480 ± 130 B. P., soit 470 après J.C.

Par ailleurs, nous remarquons qu’Ibn Khaldoun dans l’Histoire des Berbères rapportant l’opinion des généalogistes Arabes et Berbères, dit que les Hooura (c’est-à-dire les Ahaggar) sont appelés « enfants de Tiski ». Cette dernière est surnommée Tiski la boiteuse. La Tiski d’Ibn Khaldoun est donc au moins antérieure au 14e siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Dix pierres sacrées – Enseignement Amérindien (Cherokee)

2082015

 

 

Dans son livre: Sagesse amérindienne: Traditions et enseignements des indiens CherokeeDhyani Ywahoo explique l’enseignement de 10 pierres sacrées. 

 

 

 

Pour m’enseigner, mon arrière-grand-père Eli Ywahoo dessinait un triangle sur le sol et y déposait dix pierres. Il disait: «Le quartz est la volonté. Cela me rappelle le courant sacré… Ces pierres rouges, de corail pétrifié, sont là pour te rappeler la sagesse de l’amour… Le jaune de la topaze doit te rappeler qu’il faut que l’esprit soit bien accordé, afin que tu puisses susciter par la pensée ce qui est bon pour tous les peuples en ce moment et pour les générations futures.» Ce sont les pierres du triangle sacré, les trois flammes de l’esprit le plus pur.

 

 

Une fois le triangle formé, vous reconnaissez l’énergie sacrée du carré… La quatrième pierre, le jaspe jaune ou orange, vous rappelle que le sentiment d’être séparé de la source peut être vaincu… La cinquième pierre est verte: c’est une jadéite ou une émeraude: elle permet de créer, dans l’instant présent, un équilibre à partir du domaine de la forme idéale… La sixième pierre est le quartz rose, qui montre le cœur ouvert, le cœur qui donne et qui reçoit… La septième pierre, l’améthyste, c’est l’énergie de la transformation.

 

 

En regardant en nous, nous faisons appel à la sagesse perlée de la huitième pierre, la simple perle d’eau douceL’opale est la neuvième pierre, celle de l’esprit universel… La dixième pierre, elle, est en train de se former en chacun de nous. Elle ressemble au lapis, mais elle est translucide. C’est notre volonté alignée sur celle du Créateur et sur la raison d’être de cette planète. Cette pierre de la connaissance se développera dans nos cœurs. Nous pourrons dire que la Terre est notre jardin planétaire, et que dans ce jardin nous développons l’esprit planétaire.

 

 

Il y a un message dans ces pierres, il y a un message dans nos cœurs. Dix pierres sacrées, dix miroirs du feu de la sagesse en nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dhyani Ywahoo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La légende de Sidi Touati et le prince Hammadide Al-Nacir fondateur d’Al-Naciriya (Béjaïa)

1032015

 

 

 

 

La légende de Sidi Touati et le prince Hammadide Al-Nacir fondateur d’Al-Naciriya (Béjaïa) dans Croyances & Légendes 1478367042-marabout 

 

 

 

 

 

 

Suivi des grands de sa cour et de nombreux musiciens, le sultan Al-Nacer, montait chaque soir en bateau et se rendait au milieu du golfe pour mieux contempler, de là, les progrès de son œuvre civilisatrice. La beauté du panorama qui se déroule autour de Bougie, dût beaucoup contribuer à inspirer et à exalter l’imagination de ce monarque intelligent. Le golfe, sur le bord duquel la ville s’élève en amphithéâtre, offre, en effet, l’aspect d’un vaste lac entouré d’un rideau de montagnes aux profils capricieux, qui ne le cèdent à aucunes autres par l’originalité de leurs découpures pittoresques; d’abord la crête du Gouraïa, qui domine la ville; à sa droite, le pic de Toudja; en face, et suivant l’ellipse du littoral, viennent ensuite les cimes du Bou Andas, les dentelures rocheuses des Beni Tizi, du Djebel Takoucht, d’Adrar Amellal, de Tizi-ou-Zerzour, la large croupe du Babor, longtemps couronnée de neige, à côté de l’arête du Tababort; enfin, au dernier plan, la silhouette bleuâtre du pays de Gigelli. La limpidité de l’atmosphère africaine, qui semble rapprocher les distances, permet de suivre les moindres détails de tout ce ravissant paysage, dont les effets d’ombre et de lumière changent d’aspect aux différentes heures de la journée. Lorsque le soleil, disparaissant à l’horizon, laisse derrière lui des nuages étincelants d’or, toutes ces montagnes sont diaprées des plus vives couleurs et se réfléchissent avec une netteté merveilleuse sur la nappe transparente et mobile de la mer; ce spectacle grandiose se ternit ensuite progressivement sous l’influence des vapeurs humides, en passant par les nuances les plus ravissantes.

 

Bougie était le séjour de nombreux marabouts dont l’austérité, ainsi que la science, étaient citées comme exemple dans tout le monde musulman, au point que, des contrées les plus éloignées, on accourait pour les consulter. A leur tête, se faisait remarquer un saint personnage vivant dans l’ascétisme le plus absolu : c’était Sidi Touati, fondateur du monastère, longtemps en grande vénération, dont nous reparlerons plus loin. Le sultan Al-Nacer parvint un jour à le tirer de ses méditations, et l’emmena dans sa promenade au milieu du golfe.

 

 

 

« Admire, lui dit-il, les progrès de mon entreprise et la splendeur dont brille aujourd’hui noire capitale, du sein de laquelle s’élèvent majestueusement les minarets d’une infinité de mosquées. Bougie n’est-elle pas la plus belle ville du monde, et ne mérite-t-elle pas de porter le nom de Petite Mecque ? »

 

 

 

 

Sidi Touati, loin de s’enthousiasmer devant ce magnifique tableau, adressa au contraire de très-vives remontrances au sultan, blâma son ambition et sa passion aveugle pour le luxe et la manie des créations.

 

 

« Tu oublies, répondit-il, l’instabilité des choses humaines; apprends donc que les monuments que lu t’obstine à élever à grands frais tomberont en ruines, seront réduits en poussière, et que la renommée que tu espère fonder sur leur durée, s’écroulera comme eux avec le temps! »

 

 

Le prince paraissait sourd à toute exhortation.

 

 

Le saint marabout fit alors appel à l’intervention divine, afin de convaincre son maître par une preuve surnaturelle de ce qu’il prédisait. Agissant sous l’inspiration céleste et doué d’une illumination soudaine, il ôte son burnous, le déploie devant le sultan, lui cachant ainsi la vue de Bougie. A travers ce rideau improvisé et devenu transparent, Al-Nacer aperçut une ville; mais ce n’était plus la sienne; partout le sol était jonché de ruines; les mosquées, les palais et les resplendissants édifices avaient disparu ; en un mot, ajoute le légendaire, il vit Bougie des temps modernes ruinée et presque inhabitée.

 

Le saint secoue de nouveau son burnous et Al-Naciriya surgit de nouveau, magnifique.

 

 

«Voilà ta ville, tes palais, tes mosquées, tes bassins et tes jardins… Tu peux en jouir pour une période limitée…»

 

 

 

 

Ce n’était qu’une vision… Une vision, dit la tradition, que le saint a provoquée avec l’Autorisation de Dieu, pour convaincre le prince de l’instabilité des choses humaines. Al-Nasir n’est plus l’homme enthousiaste qui voulait tant faire découvrir sa ville au saint. Il ne sourit plus, tant l’image des ruines est gravée dans sa mémoire.

 

 

L’épisode de sidi Touati et du roi Al-Nasir n’est sans doute qu’une légende mais une légende qui a servi longtemps à l’édification des hommes sur le caractère périssable des œuvres humaines. Toute chose périra, à l’exception de Dieu qui, lui, est Eternel.

 

La prophétie du marabout s’est vérifiée. Peut-être, dira-t-on, a-t-elle été imaginée après coup par quelque taleb malicieux; mais où sont, en effet, ces palais couverts de marbre et d’émail, dus à la magnificence des princes Hammadides? Que sont devenues ces nombreuses mosquées aux minarets élancés, du haut desquels le muezzin, appelant les fidèles à la prière, lançait aux quatre vents le nom d’Allah et du Prophète?  

 

Tout a disparu. On cherche en vain leurs vestiges au milieu d’un sol accidenté, couvert de débris qu’envahissent les ronces. Quelques murs chancelants, témoins de terribles attaques et d’héroïques défenses, quelques tertres élevés, qui indiquent la place d’édifices disparus, attestent seuls la splendeur de l’ancienne ville.

 

 

D’après les historiens musulmans, Al-Nasir est mort en 481 de l’hégire, soit en 1088-89 de l’ère chrétienne. La légende ne s’arrête pas à l’épisode de Sidi Touati. Elle dit que le souverain, bouleversé par ce qu’il a vu, en perd le sommeil. Comment la ville qu’il a construite à grand frais, embellie et décorée avec passion, peut-elle, un jour, disparaître, sans laisser de traces ? C’est toute l’œuvre de sa vie et son rêve de pérennité qui s’évanouissent !

Evidemment, le saint lui a dit que ce qu’il a vu ne se déroulera que plusieurs années après sa mort, voire beaucoup plus tard, mais le spectacle de la destruction est insoutenable. Il ne pouvait accepter que ce qu’il a conçu disparaisse de la sorte, ne soit qu’un tas de ruines… Il perd l’appétit, le sommeil et erre triste et muet, dans les jardins de son palais. Un palais dont il était si fier mais qui n’a plus aucune valeur, maintenant qu’il est appelé à disparaître !

Al-Nasir, dit la légende, finit par perdre la parole. Incapable de gouverner, il abdique en faveur de son fils. Quelques jours après, une rumeur circule dans Bejaïa : «Le roi a disparu !» On dément au palais, mais comme on ne le voit plus, la rumeur se confirme. Le roi a effectivement disparu.

On le recherche partout, mais il demeure introuvable. Les recherches vont se poursuivre pendant plusieurs années. En vain. On ne parvient pas à découvrir le lieu de sa retraite. On conclut donc qu’il est mort et que son corps doit se trouver dans un lieu inaccessible.

Un jour, par le plus grand des hasards, une barque aborde l’îlot de Djeribia, non loin du littoral, au nord de la montagne de Gouraya. Les pêcheurs y débarquent et remarquent, surpris, assis sur un rocher, à moitié nu, les cheveux et la barbe hirsutes, un homme, qui semble plongé dans une profonde méditation.

On le ramène sur terre et on reconnaît aussitôt le roi al-Nasir. Il s’était réfugié sur l’îlot, loin des hommes, pour méditer sur la fragilité des choses. Il y est resté quatre années durant, dans la solitude la plus totale. La légende dit que chaque jour, il plongeait la main dans l’eau : des poissons s’y accrochaient et il s’en nourrissait.

Le fils d’Al-Nasir ramène son père au palais. Mais les jours suivants, trompant la vigilance de tous, il retourne sur son rocher où il va mourir. Ainsi prend fin la légende du roi, qui croyait avoir produit une œuvre qui allait lui survivre encore longtemps, et du saint, qui lui avait démontré le contraire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Montagne Rouge d’El Kantara – Biskra –

17122014

 

 

 

 

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Devant le caravansérail d’El-Kantra, à l’est, s’élèvent quelques aiguilles de roche rouge ayant de loin l’apparence de ruines d’un château féodal. Aux temps les plus reculés, dit la légende arabe, un castel était perché sur ce rocher et les fondations prenaient racine dans les anfractuosités multiples de ce pic de calcaire rouge.

 

 

 

Amar ben Messaoud, le rouge fils du fortuné, habitait cette forteresse avec sa fille Bahya. Celle-ci avait perdu sa mère de bonne heure et jouissait d’une grande liberté. Elle en profitait pour courir la campagne et se livrer au plaisir de la chasse. Dans ses excursions elle était toujours accompagnée de ses esclaves portant l’attirail de chasse. Parmi ces captifs, produit des razzias, se trouvait un beau et vaillant jeune homme, Es-Safer ben Abdallah, fils d’un chef puissant, résidant au delà de Témacin. L’adresse, l’activité, le dévouement d’Es-Safer captivèrent l’attention de la jeune personne, qui ne tarda pas à aimer son jeune serviteur dont les prévenances prouvaient assez que Bahya lui était chère. Les enfants s’aimèrent bientôt et jurèrent d’être l’un à l’autre. Le serment eut lieu sur le tertre au nord du château, et qui porte aujourd’hui le nom de Djebel-Iminmontagne du serment.

 

 

 

Es-Safer était noble d’origine et pouvait prétendre à la main de Bahya, dès que sa rançon aurait été soldée; elle le savait. Amar ben Messaoud connut bientôt les amours de sa fille et ses projets d’union. Or, comme ils contrariaient ses intentions, il résolut d’imposer sa volonté et de ne rendre la liberté à Es-Safer qu’à la condition qu’il renoncerait à la main de Bahya. On comprend l’opposition qu’il rencontra de part et d’autre. Résolu d’en finir, il réunit son monde sur la terrasse du château qui domine de 120 mètres la vallée. Il fit alors sortir du rang des esclaves Es-Safer et lui annonça qu’il devait se préparer à mourir ou à renoncer à la main de sa fille. Celle-ci se jeta aux genoux de son père pour le désarmer, il fut inflexible. Voyant qu’elle ne pouvait rien obtenir, et voulant conserver cette tête si chère, elle dit à son père qu’elle renonçait à cet amour et qu’elle épouserait l’homme qu’il voulait lui imposer. A ces mots Es-Safer entra en fureur, lui reprocha de faillir et lui annonça que lui Es-Safer ben Abdallah, le jaune fils de l’adorateur de Dieu, ne renoncerait jamais à elle tant qu’il vivrait, et que si elle en épousait un autre, il saurait se venger sur ce téméraire. Il l’invitait de plus à ne pas oublier le Djebel-Imin, la montagne du serment.

 

 

Amar ben Messaoud renvoya sa fille dans sa chambre. Prévoyant qu’il ne pourrait rien obtenir et que la présence d’Es-Safer ne lui causerait que des embarras, il donna l’ordre au bourreau de s’emparer de l’esclave, de le lier et de lui trancher la tête sur le bord de la terrasse. Es-Safer repoussa le bourreau en disant qu’on n’avait pas besoin de lui lier les mains, et qu’il saurait mourir pour l’amour de Bahya. Es-Safer vint se mettre à genoux devant le précipice, le bourreau tira son yatagan et d’un coup vigoureux fit sauter la tête qui roula au fond du ravin. Le corps par un mouvement nerveux se redressa et prit le chemin de la tête. Bahya, qui était dans sa chambre, vit passer devant sa croisée la tête et le corps de son bien-aimé. Elle courut à la fenêtre, vit dans le fossé la tête de son amant, jeta un cri et tomba évanouie.

 

 

Quand Bahya revint à elle, Dieu lui fit la grâce de ne pas comprendre son malheur; sa raison avait disparu. Pendant plusieurs mois, elle fut entre la vie et la mort. Son père, qui la destinait à un puissant seigneur de la région du Hodna, cacha l’état de sa fille à son futur gendre, et sous un prétexte quelconque remit à plus tard la cérémonie du mariage. Au printemps suivant, Bahya recouvra sa raison et connut l’étendue de son malheur. Après s’être longuement recueillie, elle prit une détermination et se résigna.

 

Son père lui annonça un jour que de nobles étrangers arriveraient le soir même au château, et qu’elle eût à se parer pour les recevoir dignement. A cinq heures du soir deux hommes richement vêtus et suivis d’un personnel très-nombreux entraient au château. L’un, âgé de 60 ans environ, paraissait être le père de l’autre qui pouvait avoir 25 ans. Le premier était Belhadj ben Soltan, le second était son fils Mohamed ben Belhadj. Bahya comprit que ce dernier devait être un futur. Elle jura de nouveau en son cœur qu’il n’en serait rien. Pendant plusieurs jours on se livra aux plaisirs de la chasse et de la table, et à toutes sortes de fantasias. Un soir Amar fit part de ses intentions à sa fille. Elle ne répondit rien et parut se soumettre. Pour donner plus d’éclat à l’exécution de son dessein, elle laissa faire les apprêts de la noce, et le jour venu, elle se laissa habiller belle comme si elle eût dû appartenir à Es-Safer. Quand elle fut parée, on la conduisit sur la terrasse où les conviés devaient se réunir avant de descendre au grand salon. Dès que tout le monde fut assemblé, Bahya contempla le précipice qui avait reçu le corps de son cher Es-Safer, retrempa son courage à la vue du Djebel-Imin, et jura tacitement une dernière fois de n’être à personne.

Quand Mohamed vint pour lui prendre la main et la conduire à la salle des actes, Bahya lui dit d’un ton impérieux et de façon à être entendue de tous: retirez-vous, vous n’êtes pas l’homme de mon choix, vous n’êtes pas l’idole de mon cœur, je ne serai jamais à vous. Celui que j’aimais est mort ici par amour pour moi, le moment est venu de lui prouver que j’étais digne de son amour. Seigneurs du Hodna, dit-elle, mon père vous a indignement trompés ; je suis et j’ai toujours été la fiancée d’Es-Safer ben Abdallah que je vais rejoindre. Elle s’élance aussitôt dans la vallée, son corps disparaît aux yeux de la foule saisie d’effroi et va se briser sur les roches teintes encore du sang de son fiancé.

Humilié de cette mystification, Mohamed ben Hadj apostropha rudement Amar ben Messaoud. Celui-ci, outré de voir ses projets déçus, se laissa emporter à un mouvement de colère et s’en prit à Mohamed de n’avoir pas su se faire aimer. La discussion s’échauffa bientôt et des mots on en vint malheureusement aux voies de fait. Amar furieux frappa Mohamed. Cet outrage fut le signal d’une mêlée générale qui n’était pas sans dangers sur une terrasse nue, sans garde-fou, entourée de précipices affreux. Amar ben Messaoud et ses serviteurs furent tous massacrés et jetés dans le ravin. Le carnage fut tel que le sang ruissela le long des murs et coula sur les rochers. Les Arabes assurent que les roches étaient blanches avant cette catastrophe et qu’elles ne sont devenues rouges qu’après avoir été arrosées du sang d’Amar ben Messaoud et de ses hommes d’armes.

 

 

Après cette boucherie, les seigneurs du Hodna pillèrent le château, l’incendièrent et partirent. Ils allèrent camper sur un plateau à l’est ù deux lieues de Djebel-Amar. Quand le soir fut venu, ils virent les flammes s’élever, éclairer l’horizon et brûler comme un immense auto-da-fé. Le lendemain les vautours venaient s’abattre sur ces ruines fumantes ; la nuit suivante ce fut le tour des hyènes et des chacals.

 

Depuis cette époque, qui n’a pas de date chez les Arabes, les années, les siècles, les pluies, les ouragans et le soleil ont usé les murailles de ce castel et en ont détruit jusqu’aux derniers vestiges. Aujourd’hui ces rochers ne sont plus habités que par des corbeaux, des vautours, des chouettes qui planent sans cesse à l’entour de ces pics et qui semblent flairer encore l’odeur des cadavres engloutis sous les débris du château. Quand les oiseaux de proie sont couchés, les chacals et les hyènes viennent encore gratter la terre et ronger quelques os vermoulus.

Si dans le silence de la nuit on s’approche de cet asile de deuil, on entend, disent les Arabes, des bruits étranges, des soupirs étouffés, des gémissements, des plaintes ; et si l’on va s’asseoir au pied de ces rochers on ne tarde pas à voir courir autour de soi le fantôme d’Amar ben Messaoud que Dieu a repoussé, et qui est condamné à errer jusqu’à la fin des temps sur cet emplacement, poursuivi par les ombres de Bahya et d’Es-Safer, pour avoir voulu violer les lois de l’amour.

 

 

Aujourd’hui, lorsque deux amants veulent se fiancer, ils se rendent au Djebel-Imin, et là, à la face du ciel, ils invoquent Mahomet et jurent d’être l’un à l’autre. Si un des deux fiancés vient à trahir son serment, l’ombre d’Amar ben Messaoud va toutes les nuits réveiller le parjure et lui reprocher son manque de foi. Ce tourment nocturne est renouvelé jusqu’à la mort du coupable; aussi les filles d’El-Kantra sont-elles les plus fidèles de la contrée sans garantie du gouvernement.

 

 

 

 

Telle est la légende delà roche rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 




Rites d’obtention de la pluie -rogations « Boughenja »- au Maghreb (l’Algérie en particulier)

4122014

 

 

 

Si la pluie vient à manquer pendant la période de Nissan, et, plus généralement, si elle fait défaut après les semailles, il faut tenter de la provoquer. Pour cela existent, dans l’ensemble du Maghreb, un certain nombre de rites collectifs, qui sont de plus en plus abandonnés, en Algérie, au profit de la seules prière orthodoxe : El-istisqa, mais peuvent resurgir, pour certains, à l’occasion d’une sécheresse intense. 

 

 

 

Les Amazighs avaient une cosmogonie très particulière, qui repose sur des principes fondamentaux comme Temps du rêve, et qui débouche sur une sorte d’animisme très respectueux de la nature. Un héritage, un patrimoine culturel et social plurimillénaire que partagent les habitants de l’Afrique du Nord et du pourtour méditerranéen (Maroc, Tunisie, Libye et même l’Égypte et les îles Canaries).

Anzar était Dieu du ciel, des eaux, des rivières, des mers, des ruisseaux et des sources et de la pluie, (souvent appelé Aglid n Ugfur, c’est-à-dire « roi de la pluie »). Un rite connu sous le nom de Tislit n Anzar (« la fiancée d’Anzar ») lui était consacré en Afrique du Nord lors des périodes de sécheresse pour faire pleuvoir. Cette tradition a été attestée au Rif, en Kabylie, dans l’Atlas, et dans les Aurès. Si d’une région à une autre aussi bien berbérophone que non, le nom et l’appellation changent (Anzar, Boughenja, Thaslith n’Ounazar, Thaslith n’Ouamen…), la genèse et le principe du rituel restent les mêmes.
Pour obtenir de la pluie, il faut solliciter Anzar et tout faire pour provoquer son action fécondante. Tout naturellement, depuis les temps anciens, les Berbères avaient pensé que la plus efficace des sollicitations était d’offrir une fiancée au dieu de la pluie Anzar, d’où l’appellation en berbère, la fiancée d’Anzar (Thaslith n’Ouanzar).

 

 

 

 

La légende d’Anzar 

 

Arrêtons-nous d’abord sur la légende kabyle d’Anzar qui se veut étiologique du rite de ‘Thaslith  n’Ouanzar’ « la fiancée de la pluie », dénommé ailleurs, avec des variantes arabisées, aɣwenǧa « la grande cuillère ».

Dans cette légende, Anzar, le roi de la pluie (agellid ugeffur), qui se trouve dans le ciel, désire épouser une jeune fille terrienne qui se refuse à lui. Il la menace d’assécher la rivière et met sa menace à exécution. Elle cède à ce chantage et, alors qu’elle s’est dénudée, il l’emporte dans un éclair, en rendant l’eau à la terre. 

 

 

 

 

 

 Le rituel de Thaslith n’Ouanzar à Haut-Sébaou (en Kabylie)

 

 

 

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Le rite d’obtention de la pluie, dans une forme ancienne, tel qu’il était recueilli dans la vallée du Haut-Sébaou, chez les At Ziki dans les années 70, se présente comme une sorte de mise en scène de cette légende. Une jeune fille du village joue le rôle de Thaslith n’Ouanzar: toilette et parure dues à une mariée, cortège nuptial. Elle tient en main aɣwenǧa et la procession chante des invocations à Anzar, tout en quêtant de porte en porte. On reçoit ainsi semoule, viande, graisse, oignons, etc. arrivé dans un sanctuaire, le cortège s’arrête et les femmes préparent un repas avec ce qui a été rassemblé. Tous les accompagnateurs y prennent part. Puis la qabla (l’accoucheuse) dénude la fiancée : « Elle s’enveloppe dans un filet à fourrage – et ceci signifie qu’il n’y a plus ni verdure, ni rien de ce que produit la terre ; bref, que les gens en sont réduits à manger de l’herbe. Puis elle fait sept fois le tour du sanctuaire, tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l’eau. »

 

 

tournant, elle répète :

ay at-weman awit-d aman / Ô gens de l’eau, donnez de l’eau

Nefka taŗwiht i wi-ţ-yebyan / Je donne ma vie à qui la veut

 

Après qu’un certain nombre de chants aient été entonnés par les femmes, les jeunes filles se livrent au jeu de zeŗzaŗi, appelé ailleurs lkuŗa ‘la balle’.

« Munies chacune d’un bâton, elles se disputent la balle jusqu’à ce que cette balle tombe dans le trou préparé pour la recevoir. »

 

Entre autres chants, la fiancée répète une incantation qui commence par le vers suivant : nekk țțmunt țțakniwin / Moi et la terre (sommes) coépouses. Lorsque les jeunes filles ont mis la balle dans le trou, elles chantent :

 

(…) agellid yers-ed eŗ-elqaɛa / tislit tsebbed teŗda (…)

(…) le roi est descendu vers le sol / la fiancée s’est soumise (et) a consenti (…)

 

 

 

A préciser que : quand les familles des At Qaci et des At Djennad se battaient contre les Turcs, les marabouts avaient interdit cette formule du rite. A cette même période, les villageois avaient substitué à la fiancée en chair et en os la louche en bois, aɣunǧa, parée comme une mariée. 

 

 

 

 

« Sous des noms parfois différents, un mannequin fait d’une louche ou d’instruments agricoles est promené sporadiquement pour demander la pluie, d’Arménie en Palestine, de Tunisie au Maroc. »

 

 

 

 

 

 

Mannequin de Taɣenǧa

 

 

 

Le mannequin est nommé Taɣenǧa, littéralement, « la cuiller à pot » ou « la louche ». Il s’agit d’un terme berbère. D’après E. Westermarck (1926, tome II : 269), l’utilisation de ce terme dans la plupart des rituels nord-africains d’obtention de la pluie, y compris en milieu arabophone, témoigne de l’origine même du rite, emprunté à la culture berbère. Le mannequin est revêtu des plus beaux vêtements réservés aux jours de fête, et plus particulièrement de ceux que portent les femmes lorsqu’elles se rendent à un mariage. Nous reviendrons plus en détail sur les différents éléments de l’habillement de la « cuiller à pot ».

Le mannequin mesure environ un mètre de haut, et est promené par plusieurs jeunes filles dans tout le village. C’est à la plus âgée des fillettes que revient le privilège de porter le mannequin qui doit être le plus proche possible du ciel. Si le rituel de la « cuillère à pot » est commun à l’ensemble des populations berbérophones de l’Afrique du Nord, les différents éléments entrant dans la confection de la poupée diffèrent selon les régions. La cuiller figure parfois la tête même du mannequin et elle est donc fixée au bout d’un long roseau comme chez les Rehâmna et chez les Igliwa. La cuillère comme élément principal du mannequin est fréquente en Tunisie, le long de la frontière algérienne, et se nomme rhonja. On la retrouve aussi chez les Maures de Mauritanie faite d’un piquet de tente ou d’une cuillère en bois. À Marrakech encore, elle est simplement fixée sur un roseau et décorée d’un lambeau d’étoffe. Ce procédé n’est pas sans rappeler la hampe d’une bannière dont on sait l’importance à l’occasion de différents rituels (achoura, visites au tombeau des saints, fête du mawlid, etc.). On note également, pour figurer le corps, l’emploi d’un entonnoir ou de la pelle servant à déplacer le grain sur l’aire à battre.

Tous les éléments choisis pour la figuration de la « cuillère à pot », entonnoir, pelle et roseau sont utilisés comme des symboles explicitement associés à l’eau.

 

 

 

 

 

 Le rituel   de la « cuiller à pot » à Tabelbala (près de Béchar) 

 

 

 

Rites d’obtention de la pluie -rogations « Boughenja »-  au Maghreb (l’Algérie en particulier)  dans Coutumes & Traditions 1478612359-img-2-small580

 

Mannequin de Taɣenǧa, Tabelbala – © D. Champault 

 

 

 

La ‘taɣenǧa’ observée à Tabelbala est formée d’une louche attachée en croix avec un pilon, higi, ce dernier étant explicitement pour les Belbali un symbole phallique et une image de la pluie. Dans ce rituel aussi, la louche – métaphore de la femme, elle-même métaphore de la terre – , objet qui sert à verser l’eau est, comme dans toutes les variantes, tournée vers le ciel pour être remplie du principe mâle représenté par le pilon, dont on dit localement : ‘Higi ouvre, comme la pluie ouvre la terre’. 

 

 

 

 

 

Les chants du rituel 

 

Les chants sont longs et riches. Le plus souvent, dans les rituels de cet ordre décrits par divers auteurs, ils sont beaucoup plus courts et se réduisent parfois à de simples invocations se font à Anzar, à agellid n’Ouaman ‘le roi de l’eau’, aux at-Ouaman ‘les gens de l’eau’, à mmi-s ušašfal ‘le fils du géant. 

 

Voici quelques exemples de courtes invocations notées en divers points du Maghreb.

 

  • En Kabylie :

anzar anzar / a Rebbi swiţţ-id ar azar

 Anzar, Anzar / Ô Dieu, arrose-la jusqu’à la racine

 

Ou encore :

aman aman i uqlib / aɣenǧa itsgririb

 De l’eau, de l’eau pour le dernier labour / Qu’aɣenǧa la fasse tomber !

 

 

  • A Marrakech :

Taghonja a découvert sa tête / Ô seigneur, mouille ses pendants d’oreilles

Taghonja, ô mère d’espérance / Ô Dieu, donne-nous la pluie.

 

 

  • A Tunis :

Votre mère tango, ô femmes / Demande à Dieu la pluie.

 

 

  • A Tabelbala :

Tarenja a ouvert ses cheveux / Dieu mouille ses boucles d’oreilles.

 

 

  • A Djebel Amour :

Dieu ! Mouille les bijoux et les boucles d’oreilles de Ghonja.

 

 

  • A Tafilalet :

Tlghnja assi irauln nm sliguina hgl i-rbi adich anzar s chiyan

Lève les bras au ciel, demande à Dieu beaucoup de pluie

 

Ou encore :

Achal, iqor achal, Arbi sum ghtid

nda sg agmadin, khs anzar ayd id irurn

 

La terre, la terre est sèche, mon Dieu mouille-la

Nous sommes parties de l’autre côté, seule la pluie m’a fait revenir

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant au jeu de la Kuŗa, il est connu dans tout le Maghreb, particulièrement pour son efficacité à provoquer la pluie : « Hérodote y vit jouer les Libyennes, Léon l’Africain les Fassi, Saint-Augustin les habitants de Cœsara. On le pratique encore en divers point de l’Afrique du Nord, notamment à Fès, Mogador, Miliana, en Aurès, à Laghouat. »  - Ajoutons qu’on le voit aussi chez les habitants du Djebel Amour, et du Ksel.- 

 

 

 

 

 

 

 

 Marie Virolle-Souibès a recueilli en 1982 le témoignage suivant, d’un jeune homme d’Akfadou sur une pratique de son village : on y appelle Anzar un rite qui consiste à faire monter sur un âne une vieille femme du village, méritante et respectée, et à la faire poursuivre et fouetter pas les gamins jusqu’à ce qu’elle pleure. Une quête accompagne cette persécution rituelle. Elle est suivie d’un repas communiel dans un sanctuaire. 

 

 

 

 

 

 

Les autres façons de provoquer la pluie, nombreuses, variées, peuvent se ramener à quelques constantes : aspersions, bains dans les rivières, sacrifices ou girations d’animaux noirs autour des sanctuaires, processions avec roseau et bannière humide, persécution jusqu’aux larmes d’une vieille femme ou d’une fillette, mise à l’eau forcée d’un saint personnage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie: 

 

  • Rituels algériens livre deMarie Virolle-Souibès
  • Une cuiller à pot pour demander la pluie: Analyse de rituels nord-africains contemporains par Marie-Luce GÉLARD 

 

 

 

 

 

 







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