D’après le minutieux travail de Gustave Mercier
Étude Grammaticale
Chapitre Deuxième
1° Pronoms personnels.
Les pronoms personnels affectent des formes diverses suivant le rôle qu’ils remplissent dans la phrase : isolés au nominatif, ils sont affixes à tous les autres cas, et le thème pronominal subit des modifications suivant que le pronom est complément déterminatif(génitif), complément direct (accusatif), ou indirect (datif et ablatif).
A. — Nominatif

Ils s’emploient comme tels pour suppléer au verbe « être » qui n’a en Chaouia que le sens spécial d’existence, et ne s’exprime pas dans des phrases comme celles-ci : je suis sourd, netch d’amezzouj.
Régis par les particules am, comme, et aked’, même, les pronoms personnels s’emploient au nominatif : Ex. : aked’ chek, même toi (toi aussi); am netch, comme moi.
B.— Génitif

Il est facile de voir que tous ces pronoms sont affixes de la préposition en, déjà signalée comme servant à rendre d’une manière générale le génitif.
Ces pronoms correspondent aux adjectifs possessifs. C’est ainsi que pour dire :mon chien, on dit : ar’erzoul inou, le chien de moi; harouan ennoun, vos enfants, etc.
Comme en Kabyle, les pronoms moi-même, toi-même, se rendent par la locution : moi dans la personne de moi, etc.
netch si iman inou,
chek si iman ennek,
netta si iman ennes, etc.
Le mot baba signifie à la fois « père » et « mon père »; iemma, « mère » et « ma mère »; il en est de même des mots ouma, « frère », et oultma « sœur». De plus, ces quatre substantifs, comme leurs correspondants du Kabyle, se combinent avec les pronoms du génitif de la façon suivante :
babak, ton père.
babam, — (f.).
babas, son père
babathnar’, notre père
babathouen, votre père
babathχemt, — (f.).
babathsen, leur père
babathsent, — (f.).
La préposition d’ihiara, «avec», veut les pronoms du génitif:
d’i hiarainou, avec moi.
d’i hiarannek, avec toi.
d’i hiarannes, avec lui, etc.
C.— Accusatif
i, ai, moi, me. nar’, nous.
ch, ich, toi (1). ken, iken, vous
chem, ichem, toi (f.) kemt, iχemt, vous (f.).
th, ith, lui. hen, ihen, eux.
t, it, elle. hent, ihent, elles.
Ces pronoms se joignent au verbe dont ils sont les compléments directs :
izerach, il t’a vu;
enr’ir’t, je l’ai tuée;
iououi hen, il les a emportés, etc.
Les formes en i s’emploient avec les verbes terminés par une consonne.
Ex. : ibiyen (2) ihent, il les voit.
Lorsque le verbe ne commence pas la proposition principale, le pronom complément direct se place généralement devant lui :
Ex. : ougged’er’aï ietch, je crains qu’il me mange;
ih’ouadj (3) ah iserchel, il veut le marier.
Le pronom masculin de la 3° personne du singulier, th, s’affaiblit très fréquemment en h lorsqu’il précède le verbe.
Ex. : netch ah slemder’, je lui apprendrai (mot à mot : je le ferai apprendre);
la h nek’k’eth cha, ne le tuez pas.
1. Remarquer un affaiblissement assez curieux, puisqu’il n’a lieu qu’à l’accusatif. du thème pronominal k de la deuxième personne (R. Basset, Dialectes berbères, p. 84).
2. Arabe يبيّن
3. De l’arabe حاج, avoir besoin, mot qui a pris en Chaouia le sens de « vouloir».
D.— Datif et Ablatif
i, aï, à moi. nar’, annar’ , à nous.
k, ak, à toi. ouen, aouen, à vous.
m, am, à toi (f.). χemt, aχemt, à vous (f.).
s, as, à lui, à elle. sen, asen, à eux
sent, asent, à elles.
Ces pronoms se placent immédiatement après le verbe, quand celui-ci commence la phrase.
Ex. : innas, il lui dit;
islak, il t’entend (le verbe sel est intransitif);
aouiyanar’, apporte-nous, etc.
Dans tous les autres cas, comme les pronoms de l’accusatif, ils se placent devant le verbe : netch as oucher’, je lui donne.
Lorsque le verbe a deux compléments, l’un direct, l’autre indirect, ce dernier se place toujours avant le complément direct.
Ex. : isserias hen, il fit sortir à lui eux (il les lui fit sortir).
Enfin, lorsque le verbe a pour complément un substantif, un pléonasme généralement usité dans tous les dialectes berbères consiste à placer devant ou après le verbe le pronom personnel correspondant à ce complément.
Ex. ; innas ilr’oul, il dit à lui, à l’ogre.
Le pléonasme a même lieu quelquefois par un redoublement du pronom régime, qui se place avant et après le verbe.
Ex. : ennir’as : ak th naoui th id’, je lui dis : nous te l’apporterons.
Les pronoms personnels compléments d’une préposition sont les mêmes que ceux du datif.
Exemples:
Préposition r’ar, chez. r’ari, chez moi.
r’arek, chez toi.
— fell, sur. fell am, sur toi (f.).
fell as, sur lui.
— si, de (ex). sis, de lui (ex eo).
— djar, entre. djar aner’, entre nous.
djar aouen, entre vous.
— eddou, sous. eddousen, sous eux.
eddousent, sous elles.