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Éléments d’anthroponymie algérienne 3ème partie

1112017

 

 

II. Patronymie à base de vocabulaire «profane»

 

 

 

 

 

Concomitants aux noms d’essence religieuse, des noms référant plus à la vie sociale et quotidienne de l’individu qu’à sa vie spirituelle et métaphysique sont pléthore. Formés essentiellement de surnoms et sobriquets, ces noms constituent une grande part de l’anthroponymie algérienne. L’appellation d’un individu par un surnom ou un sobriquet est une pratique courante dans les sociétés arabes. Alors que le sobriquet est généralement attribué et usité dans la sphère familiale, le surnom, lui, est donné et utilisé par l’entourage externe.

 

 

 

 

 

 

II. 1. Les sobriquets hypocoristiques et diminutifs

 

Depuis toujours et dans toutes les sociétés, les personnes aiment à se donner de «petits noms » ou sobriquets affectifs (hypocoristiques) empreints d’affection et parfois d’ironie gentille ainsi que des diminutifs. Les surnoms affectifs à valeur familiale ou sobriquets, attribués le plus souvent à des enfants par leurs parents ou la famille proche, survivent souvent à l’enfance. Ce sont des «surnominations » (O. YERMÈCHE : 2002, 01) ou «recréations onomastiques, (re) créations lexicales ou transferts onomastiques, dont la motivation repose sur le discours du nommé, sur le nommé lui-même voire sur le nommant » (P.-H. BILLY : 1996, 05).

 

Les hypocoristiques aussi bien kabyles qu’arabes sont profusion : Allaoua, Aliouat, Allili et Alilou, diminutifs et hypocoristiques de Ali «élevé, noble » en référence à l’imam ‘ Ali ; Allalou, Alloula sont, quant à eux, des hypocoristiques d’Allel. Ahmida et Hamdoune sont les hypocoristiques d’Ahmed ; Hamid, lui-même dérivé d’Ahmed «le plus loué » , a donné Hammad, Hamida, Hamoud, Hmidouche, Hmitouche, Hamadache et Hamadouche. Hammouche et Hamouda sont, quant à eux, les hypocoristiques de Hammoud ; Addoul et Addoula sont les diminutifs d’Adil. Amara, Amarache, Amarouche, Amirouche et Amrouche sont les hypocoristique d’Amar «le petit Amar » ; Sliem, hypocoristique de Slim qui est lui-même le diminutif de Salim ; Adda/ Adouche hypocoristiques de Lhaddi ; Azzouz/ Aziouez de Aziz «qui est cher, aimé » ; Bakhliche, Barezkouche, Rebouh et Tarbouh, Aidouche, Amarouche, Momoh/ Moh, Hamou et Belhous sont respectivement les formes hypocoristiques kabyles d’Arezki, Rabah, Lhaddi, Amar, Mohamed/ Mohand, Hamid et Hocine ; Kouider/ Kadirou Kaddour/ Kader/ Kadda sont les formes diminutives arabes d’Abdelkader ; Dries/ Drissou d’Idris ; Dahmane est le diminutif d’Aberrahmane ; Djelloul est le diminutif de Djellal ; Hocine est le diminutif de Hassen.

 

 

Les hypocoristiques de noms féminins ne sont pas en reste, tant en kabyle qu’en arabe algérien : Fettouche pour Fetta ; Temmouche pour Fatima-Zohra ; Hamamouche pour Hamama ; Meriouma pour Meriem ; Aouicha et Aïchoucha pour Aicha.

 

Les procédés hypocoristiques et diminutifs sont également très souvent construits sur le vocabulaire usuel, et ce pour exprimer la petitesse d’une chose. Ainsi, en kabyle, nous avons Kahlouche «petit noir, noiraud » ; Seghier/ Seghour «petit Seghir » ; Zouiene «petit beau » ; Bousnina «l’homme à la petite dent » .

 

Parmi les hypocoristiques, nous pouvons ranger également les formes onomatopéiques, qui sont une classe de noms propres rebelles à l’interprétation : ce sont des associations de syllabes, souvent redoublées, qui ont parfois un sens Tata, Dada et Nana (ils précisent ici le rapport de parenté en kabyle). Souvent, ce ne sont que de simples constructions fondées sur la sonorité et évocatrices d’un son ou bruit, ainsi Blibli, Taoutaou, Loulou, Bezbez et Chekhchoukh, etc.

 

 

 

 

 

 

II. 2. Les surnoms descriptifs

 

Les surnoms ou laqab sont une autre caractéristique de l’anthroponymie algérienne. Ils expriment soit une caractéristique physique soit un trait de caractère. Les surnoms s’inspirant d’une caractéristique physique ou morale (défaut, anomalie ou même qualité) perceptible chez une personne étaient des pratiques très courantes dans la mentalité arabe et remonteraient à l’époque des prophètes (A.-M. SCHIMMEL : 1987, 23/ 24).

 

Construits sur la base de l’énonciation directe de la caractéristique par le biais d’un nom, d’un qualifiant ou d’une périphrase descriptive, de segments phrastiques ou de phrase entière avec verbe et complément, ils se présentent sous forme simple (nom, adjectif ou verbe) et sans ambiguïté, ou sous forme composée lorsqu’ils sont précédés de la particule Bou/ Abou12 ou Vou (en kabyle) qui indique la possession, l’appartenance d’une chose à quelqu’un, suivi d’un nom commun ou d’un adjectif péjoratif déjà en usage dans la langue ou encore dérivée (suffixe turc dji et arabe -i/-iya).

 
 
 
 
 
 

II. 2.1. Surnoms descriptifs à valeur physique

 

Les handicaps anatomiques sont souvent pris comme motifs de raillerie et de moquerie dans les surnoms, ou du moins ont servi de signes distinctifs et d’identification d’une personne donnée. Ils signalent et précisent l’expression d’une particularité physique ou morale. Toute tare qui affecte le psychisme, toute malformation, la plus anodine soitelle, est relevée, soulignée et utilisée pour la formation de surnoms plus ou moins méchants. Nous avons ainsi Fertas «le chauve » ; Legraa «le teigneux » ; Touil «le longiligne » ; Lahmar «le rouquin » ; Zerouk «le brun, basané » ; Bou tarrurth «le bossu » ; Vouanzaren «l’homme au gros nez » ; Chami «qui a un grain de beauté, une trace, une marque sur le visage ou sur une autre partie du corps » et Bouchama «l’homme à la cicatrice, le balafré » ; Mekhantar de khantar «balafré » ; Boubetra «celui qui est amputé (d’un membre) » ; Agab «l’estropié » , de l’arabe ‘ YB «être mutilé, avoir un défaut, une infirmité » ; Oukrif «le paralysé, l’estropié, le rachitique » ; Lourdjane «le boîteux » de l’arabe el »ourdjane de  » aradja «boîter » ; Midoun

«manchot » ; Bourdjil «l’unijambiste » ; Aouedj «le tordu » ; Belaoudj «celui qui est tordu » de ’ aouadja «tordu, qui n’est pas droit » ; Bouzelmat «le gaucher » ; Boudhrani signifie en arabe algérien «l’homme aux deux bosses » de Dahrani, duel de dhar «dos » ; Lefgoum de faqima «qui a la mâchoire supérieure plus grande que la mâchoire inférieure » ; Aderghal désigne l’aveugle ou quelqu’un qui fait semblant d’être aveugle ; Kheris «le muet » , Bakouche/ Bekkoucha et Gougam «muet » . Celui qui bégaie est surnommé en kabyle Toutah de Atétah «personne frappée d’un défaut de langue » ; Bahbah de l’arabe Baha «être enroué, enroué » ; Latrache de taricha et son doublet kabyle Azzoug qui signifient tous deux «le malentendant, le sourd » ; Boutarourt «le bossu » ; Belkaaloul du nom kabyle aka’loul «l’homme à la corne » .

 

 La partie supérieure du corps humain qu’est la tête fait l’objet de nombreux sobriquets. Elle est évoquée par la simple énonciation du vocable arabe Ras/ Laras ou kabyle Askouh altération d’Achkouh et Larouach/ Rouache, probablement nom de famille juive (N. HANNSON : 1996, 191), qui serait une variante du nom hébreu rosh «tête » . Le vocable Ras est souvent associé à la particule Bou (Bw) «l’homme à, celui à » pour donner le surnom Bourras littéralement «l’homme à la tête » qui renvoie à «l’homme à la grosse tête ». Les surnoms ainsi formés avec leurs équivalents kabyles Boukarou et Boudemagh énonceraient une malformation ou une exagération, une proéminence de l’organe cité.

 

 Le défaut physique relatif à la tête est parfois suggéré analogiquement par évocation de la tête ou une partie de la tête d’un animal ou d’un oiseau : Bouzelifa «l’homme à la petite tête (d’animal) ». D’autres fois, le nom Ras et sa variante Demagh «tête » sont clairement déterminés par un complément du nom, toujours relatif à un animal ou un oiseau tel que le chien, le bouc, le boeuf ou le corbeau, comme dans Rasselkelb «tête de chien » , Bakir Ras «tête de boeuf » , Rasseleghrab «tête du vautour » et Demaghlatrous «tête de bouc » ; Boulekroune «le cornu (doublement cornu) » de groune, pluriel de garne/ kqarn «les cornes » ou encore Longar «le cornu » de l’arabe l »ounqar «cornes » .

 

Souvent une partie ou un trait seulement de la tête fait l’objet d’un surnom. Ainsi le surnom s’inspirera-t-il d’une chevelure par trop drue, ébouriffée ou frisée : Kechroud «chevelure emmêlée, crépue » (P. MARTY : 1936) ; Chaat «ébouriffés (cheveux), échevelée (tête) » ; Bouchair «le chevelu ou le poilu » ; Oudjaoud de ajaoud «l’homme à la chevelure frisée » . L’analogie avec l’animal ou une de ses particularités est énoncée dans les surnoms Chardib «poil de chacal » . À l’inverse, un crâne dénudé est également sujet à un surnom : Fartas «le chauve », Djelti «le tondu, le rasé ». Des cheveux blancs avant l’âge donnent lieu à des surnoms tel que Chaïbras ; Oucheve, Bouchaib et Mettouchi du kabyle tawacha «devenus blancs (les cheveux) » , tous trois signifiant «l’homme à la tête blanche (sous-entendu aux cheveux blancs) » . De même, Kahleras et Zerguerras surnomment une personne qui a des cheveux noirs, alors que Hameras «tête rouge » est attribué à un rouquin ; Chegra et Laskar13 sont des surnoms attribués à un/ une blond(e).

 

Un visage disgracieux sera également source de surnoms ainsi Boukaddoum littéralement «l’homme au/ celui au visage » , sous-entendu «au visage disgracieux, grand ou large » du nom kabyle aqadoum «visage » . Le visage peut être suggéré par la référence à l’organe de l’animal, ainsi Boukhenchouche «l’homme au museau » . De même, le surnom peut n’évoquer qu’une partie du visage, ainsi le nom berbère Taoumza de Tawanza «front », surnom sans valeur péjorative. Une personne au front par trop proéminent ou affublé de bosses sera surnommé Bouniar «l’homme aux fronts, au front bosselé », qui vient du nom berbère Niar pluriel de anyir «front ».

 

Dans les organes du visage, les yeux, qui symbolisent, dans la culture algérienne en général et kabyle en particulier, la beauté (surtout s’ils sont grands et de couleur noircorbeau), sont souvent source de surnoms s’ils dérogent aux canons de l’esthétique. Ainsi, une personne aux gros et/ ou grands yeux sera surnommée Ayoun «les yeux » ou encore Belainine «l’homme aux gros yeux » ; un autre, doté de petits yeux sera surnommé Aouinat «les petits yeux », un autre encore Makhzer parce qu’il est doté d’yeux étroits. Dans d’autres cas, la caractéristique des yeux est clairement exprimée par un adjectif qui accompagne le nom, ainsi le surnom Aoun Seghir «les petits yeux ». Une personne plus nantie car dotée de beaux yeux, sera surnommée en kabyle Bouayoune littéralement «l’homme aux (beaux) yeux » . S’ils sont bleus ou verts, signe de laideur dans nos sociétés jusqu’à aujourd’hui encore, les yeux peuvent être un motif de raillerie, donc source de surnoms péjoratifs, comme suggéré dans les noms berbères Azerqaq «qui a les yeux bleus ou verts » ; Zeroual de azeroual «blond, bleu clair en parlant des yeux » (G. HUYGHE 1907, 90), ou encore Chahlat pluriel de Chahla’ «qui a les yeux bleu foncé ».

 

Un handicap aux yeux va être vite relevé par le biais de surnoms tels que Boutite, Belaouar et Bouaouina désignant tous les trois un «borgne, un homme à un seul oeil » ; les noms Laimèche/ Maouche surnomment en kabyle «le chassieux, une personne qui a une vue affaiblie par les larmes » , de  » amacha «celui qui voit mal, malvoyant » ;Laghmizi signifie «celui qui clignote de l’oeil » , de l’arabe ghamaza «fermer un oeil et l’ouvrir aussitôt » ; Mezner en arabe signifie «celui qui louche, qui a un strabisme » ; Remache/ Merimeche/ Mermouche désignent en arabe algérien «celui dont les yeux se ferment sans arrêt » de Ramacha «cligner, clignoter des yeux » et Lahouel «celui qui louche » . Les surnoms évoquent parfois un détail de l’oeil, dans ses plus petites composantes comme dans Moummi/ Memmi «prunelle, pupille de l’oeil » (P. MARTY : 1936).

 

 Les cils ont également donné lieu à des surnoms du genre Chafar «bord des paupières, cils » . Si les longs cils sont un signe de beauté, les cils trop rares sont une marque de laideur. L’une ou l’autre caractéristique est mise en exergue dans les surnoms : Boucheffer «l’homme aux longs cils » qui est un surnom mélioratif tandis que Boucheffra qui signifie «l’homme à un cil » est plutôt péjoratif. De même, des cils blancs avant l’âge vont donner lieu au surnom Chaïblaïne «qui a les cils blancs ».

 

 Après les yeux, le nez a une grande valeur symbolique dans les sociétés maghrébine et algérienne en particulier. En arabe algérien, de même qu’en kabyle, le signifiant nif «nez » symbolise l’honneur et la dignité, notions chères aux Kabyles. Étant l’organe le plus évident du visage, le nez est souvent sujet aux surnoms. Nous avons ainsi Niaf, pluriel du nom arabe Nif «nez ». En kabyle, une personne doté d’un nez important va être surnommé Inzer, Akhenfouche ou par l’augmentatif Akhenfouf et Nefouf, augmentatif de nif «nez » signifie «gros nez ». Bounif et son doublet kabyle Vouazaren, Boukhenchouche et Boukhechem de l’arabe Khacham, Bounefouf, Boukhenfouf caractérisent tous un «homme au (grand gros) nez » . Sa petitesse est relevée et raillée dans les surnoms Boutinzart et Bounineche «l’homme au petit nez » et les diminutifs Nineche, diminutif de Nif et Tinzart, diminutif de Inzar. Sa proéminence ou sa forme donne des surnoms du genre Fites «nez aplati » ; Kennache du kabyle Akhnas et sa forme augmentative Khoufenchouche «celui qui a le nez camus » ; Afannic «personne au nez camard » de la forme kabyle fnec/ ffunec «avoir le nez camard, écrasé, mais aussi être bosselé, cabossé » (J.-M. Dallet : 1982, 209) ; Meguetounif de Maqtounif signifie «l’homme au nez coupé ».

 

La protubérance du nez, à l’instar des autres parties du visage, est représentée métonymiquement par le nom de l’organe de l’animal ainsi dans Boulemnakher littéralement «l’homme aux naseaux », de Lemnakher qui est le pluriel arabe de Minkhar «nez, narine, naseau » pour qualifier une personne avec de grosses narines.

 

Les lèvres et la bouche, trop minces ou trop grosses, sont source de moquerie et susciteront la création de surnoms tels Akmouche «la bouche » , Bouakmouche «l’homme à la grande bouche » et par extension de sens «le bavard » , Bouchouareb/ Mechoureb qui désignent en arabe algérien des personnes qui ont de grosses lèvres et Bechouiref/ Chouireb diminutif de Chouareb «les lèvres » , signifie «les petites lèvres » .

 

 L’oreille se retrouve dans les surnoms suivants : Mezough de Amezough «l’oreille » et Mezoughem «les oreilles » , altération d’Imezoughen, pluriel du nom précédent. Bouaddenine surnomme une personne qui a de grandes oreilles.

 

 Une mauvaise dentition est immédiatement remarquée et signifiée dans des surnoms tels que Bounab et Boucena «l’homme à la (grande) ou à (l’unique) dent » ; Naib/ Nibane «canine(s) » ou encore Bousnane/ Boulesnane et Bouteghmas «l’homme aux (grandes) dents ». Bousnina «l’homme à la (petite) dent ». Un excès de joue donne lieu au surnom Khoudi/ Khadda «la joue », Bouhank et Mehennek «l’homme aux grosses joues, le joufflu » . La moustache, signe de virilité dans les sociétés méditerranéennes et nord-africaines, a suscité de nombreux surnoms, suivant qu’elle est trop petite, trop grande ou particulière : Chenab/ Chenibet, Mesbal du nom arabe sabl «moustache(s) » ; Bouchlaghem/ Bouchelghoum et Boucheneb «moustachu ». Un homme pourvu d’une barbe sera surnommé Boulahia et Boutamart de même qu’un homme trop velu sera dénommé Bouriche «l’homme aux poils ou aux plumes, le poilu ».

 

 

Aucune partie du corps humain n’échappe à l’œil perspicace et inquisiteur du nommant ; en témoignent les surnoms suivants : Bourekba/ Bonhari et Bouanik de ‘ Aniq de ‘ ounq «cou » «l’homme au long cou » ; Merida diminutif de Mered «cou » , signifie «celui qui a un petit cou » ; Guerdjouma «la gorge, l’arrière-gorge, l’oesophage » (J.-M. DALLET : 1982, 274) ; Boukerroum de Takroumt «cou, nuque » (A. PELLEGRIN : 1949-d, 59) ; Seder «la poitrine, le torse » ; Bousdira/ Bousseder signifie «l’homme au (beau) torse, à la (large) poitrine » et Boussora «l’homme corpulent » ; Azazgour «le dos » ; Aerour de A‘ rur «dos » (J.-M. DALLET : 1982, 997), Bouarour littéralement «celui qui a un dos, le bossu » ; Bouaroura signifie «l’homme à la petite bosse » de Aroura «petite bosse au dos » ; Addis «ventre » et Karche/ Kercha «(mon) ventre » ; l’homme ventru est désigné diversement par Boukerche/ Boukercha/ Boukroucha/ Belgerche ; Boulekrouche et Benlaala/ Bouadis ou encore Boualit de ‘ alit «gros ventre » . Un homme aux pectoraux bien musclés sera ironiquement surnommé Bouziza «l’homme qui a des seins » ; certains surnoms renvoient aux autres parties du corps ainsi Temassine de Tammassine féminin pluriel de Ammas «les hanches et le bas du dos » (J.-M. DALLET : 1982, 520) ; Boufkhed «l’homme aux cuisses, fesses » de l’arabe fakht «fesse, cuisse » ; Mesadh de amessad «cuisse » ; Draâ «membre » ; Chaibdraa «les bras aux poils blanchis » ; Ighil «bras » ; Lyed/ Yeddou «la/ sa main » ; Addar «pied » ; Kraouche/ Boukraouche «l’homme à la petite jambe » de l’arabe Kra‘ «jambe » ou Bourdjil/ Bouredjoul signifie «l’homme à un seul pied, le boîteux » , de l’arabe Ridjl «pied, jambe » ; Boussag «l’homme à la jambe » , de l’arabe Sag «jambe, tige » ; Belkaibat «l’homme aux chevilles » ; Boufraine «l’homme aux orteils » ou Boudefar «l’homme aux (longs) ongles » .

 

 Les organes fonctionnels participent tout autant à la formation de noms propres de personnes ; ainsi le foie, organe qui symbolise le sentiment, l’amour filial, est évoqué dans le surnom Kabdi «mon foie » et par extension de sens «mon coeur » ; les reins Klioua; les intestins Djaaboub, du kabyle Adjaaboub, et l’estomac Maidat «les estomacs » qui est le pluriel de Ma‘ da «estomac » et même le cerveau sous la forme du diminutif Makhoukh.

 

Être trop petit constitue un défaut, mais trop long l’est également. Nous aurons ainsi des Mechtouh/ Amedjekouh «petit, jeune » de l’adjectif berbère amechtouh «petit » ; Chetitah «très petit », diminutif kabyle de Amechtouh ; Titah/ Titouh/ Toutah sont les diminutifs formés par troncation de l’adjectif qualificatif kabyle Atoutah «petit, tout petit, jeune » (J.-M. DALLET : 1982, 837). Ces formes trouvent leurs équivalents en arabe Seghir et le diminutif Seghier «très petit, petiot » . Nous avons aussi des Redjil ou Rouidjali, diminutif et hypocoristique arabe de Radjel, signifiant tous deux «petit homme » . Ainsi une personne exceptionnellement petite sera-t-elle surnommée Azouane de Zaouane, Labzouz, Akezouh et même Oukaour de Ouk’our «petit, nain ».

 

 Par procédé métonymique, on désignera par ailleurs le petit de taille par évocation d’un animal ou d’une chose dotée de cette spécificité ainsi Ahebchi «quelqu’un de petit, de maigre » de Ahbache «variété de petits pois sauvages » ; Arbouche de ‘ arbeche «être petit de taille, court de taille » en tamazight ; Taaboucht «chèvre aux oreilles courtes » (M. TAÏFI : 1991, 831), mais aussi Tabarourt «petite crotte (pour désigner une personne de petite taille, boulotte) » , diminutif de Abarour «crottin, crotte » (J.-M. DALLET : 1982, 39).

 

À l’inverse, une personne de trop grande taille sera affublée du vocable arabe caractérisant Kebir «le grand, l’homme grand » ou Meghzifene du nom berbère imoughzifene «qui sont longs » , pluriel de ameghzif «long » ; Touil «le long, le longiligne » , mais aussi Bouzzou de Ouzzou ou Adjidir «homme de grande taille » (J.-M. DALLET : 1982, 361). La forme augmentative Tailoul, du nom kabyle Ataloul nomme une personne longiligne et souvent maladroite dans ses gestes. L’évocation simple des jambes ou de la longueur de celles-ci suffit à qualifier une personne de grande taille : Boukraa, Boulkriat de Lkriat pluriel de kraa «les pieds » ou Boutarene signifient tous trois «l’homme aux (grands) pieds » .

 

La maigreur, signe de pauvreté et de dénuement, est évoquée dans les surnoms arabes à base adjectivale : Mahzoul et Louchfoun de  » adjifa «maigrir » , Mekboub de qaba «maigre » , Meslouli de mesloul «amaigri, maigre » et Khacef «faible, maigre » sont autant de noms qui désignent une personne maigre ; Rekik/ Rekika, diminutifs de Reqiq «mince » signifient «frêle, petit, maigre » . Une personne très maigre, qui n’a plus que les os sous la peau, sera qualifiée de Bouadma «l’osseux » de ‘ adma «os ».

 

 Un excès de poids, une obésité exagérée seront également sources de surnoms :Gaba «grand, lourd, imposant, grossier » , du turc gaba «grand, lourd, imposant » (G. PARMENTIER : 1881) ; Bouzourene «gros » ; les onomatopées Bazbaz et Belbel signifient pour le premier «gros » et le second «gras, charnu » ; les formes Afghoul ou Afnoukh désignent toutes deux quelqu’un de «fort, bien bâti, grand, gros » (J.-M. DALLET : 1982, 213) ; Abla de l’arabe ‘ abl «gros » renvoie à une personne en excès de poids ; Bougadou désigne un «homme à forte corpulence, grande taille » .

 

Dans la culture populaire, une personne anormalement forte est comparée par analogie au boeuf, synonyme de massivité d’où les sobriquets : Tarmoule du berbère Aramoul «taureau ; taurillon ; gros, massif, grossier » (J.-M. DALLET : 1982, 727) signifie «énorme (employé pour qualifier le boeuf) » . À l’inverse, une belle taille est un signe de qualité physique comme le montrent les surnoms suivants : Aifa déformation du prénom féminin arabe Haïfa «femme mince, au ventre plat » ; Rachek de Rachiq «agile, alerte, élancé » et Anik «beau, gracieux, élégant, qui suscite l’admiration et inspire l’amour » .

 

La maladie, aussi bien physique que psychique, est également décrite comme une tare puisqu’elle est reprise dans des surnoms attribués aux personnes qui en souffrent : Merdaoui de mourda «malade » ou Ghanous/ Ghanes de ghneche «malade » ; Hellas de halasa «malade mental » ; Laker désigne une «femme qui n’enfante pas, qui est stérile » . Quelqu’un qui paraît malade sera surnommé Sattouf «blême, fade » .

 

 Les maladies ont servi à caractériser et à identifier les individus, surtout si celles-ci ont laissé des séquelles chez les personnes qui les ont contractées ; ainsi une personne maigrichonne est sûrement atteinte d’un mal mystérieux d’où le surnom d’Oubelli, de Bellou «être atteint d’un mal » (J.-M. DALLET : 1982, 21) ; Lebres/ Abersi et Abiksis de baras signifient «les taches noires sur la peau (chez les vieillards ou les malades), la lèpre » ; Khenfour/ Khanfar «croûte de bouton » (J.-M. DALLET : 1982, 903) et Boukhenifer «celui qui est plein de croûtes de boutons » , et par extension de sens, désigne un individu aux traits disgracieux, c’est-à-dire «laid » (J.-M. DALLET : 1982, 903) ; Aberbache et ses formes arabes Berbache/ Meberbeche renvoient à une personne qui a eu la petite vérole, donc «tacheté, marqué de taches » (J.-M. DALLET : 1982, 40) ; Berkouche/ Brakchi «celui qui a des taches de rousseur, rouquin » , du kabyle Aberkache «tacheté » ; Boumaour, Boudjellah, Mechat de moucht «perte de cheveux » et Legraa sont autant de surnoms désignant une personne «qui a perdu ses cheveux » , donc un «teigneux » ; Boukamla «le pouilleux » (J.-M. DALLET : 1982, 299) ; Boulal de ‘ al «gale » et Medjerab signifient tous deux «le galeux » ; Hamroun «rougeole » et Bouhamroun «l’homme à la rougeole » ; El Madji, de madj «celui qui bave » ; Mekimene «qui a des démangeaisons aux yeux » et Boutlelis du nom berbère Tellis «maladie qui atteint les yeux » , désignent des personnes qui sont malades des yeux ; Boudoukha «quelqu’un qui s’étourdit, qui a la nausée » ; Boukeha «le tousseux, qui tousse » ; Takour, déformation de Takourt, signifie «ganglion enflé » (J.-M. DALLET : 1982, 412).

 

 Les noms de maladies des animaux ont été repris comme surnoms pour des personnes ; ainsi, Bouselma «maladie des boeufs » (M. AHMED ZAÏD : 1999, 354) ; Abouba à rapprocher de abiba «sorte d’impétigo autour du museau des lapins et autre bétail, se dit aussi pour les personnes » (J.-M. DALLET : 1982, 04).

 

La couleur de la peau, du cheveu ou du poil a également suscité de nombreux surnoms. En premier lieu et selon l’ordre de récurrence, se place la couleur noire, très dépréciée dans la culture algérienne car renvoyant certainement à la dichotomie raciale blanc/ noir (le blanc renvoyant à la race supérieure, le noir à la classe inférieure) qui a donné lieu à une hiérarchie de classe, noble/ esclave (cf. Abd). De cette stratification sociale binaire reposant sur la couleur de la peau, ont découlé des normes sociales de beauté fondées sur le teint de la peau : une peau blanche serait synonyme de beauté, une peau noire synonyme de laideur. Les nombreux surnoms, tant arabes que berbères, qui évoquent ces deux couleurs, blanc vs noir, renvoient, suivant le cas, à une personne jolie ou au contraire laide.

 

Le blanc, synonyme de beauté se retrouve dans les noms suivants: Beyaz du turc beyaz «blanc, clair de peau » et son doublet arabe Lebied/ Biad/ Baida «leblanc/ la blanche » , Bellabiod/ Belabiade «(fils du) blanc » , avec ses équivalents kabyles Amalou/ Amelloune/ Amellal «le blanc » . À l’inverse, tout ce qui n’est pas blanc est noir14. Nous avons ainsi tout le vocabulaire lié à cette couleur qui est utilisé dans les surnoms : Akli/ Aklil/ Akloul «noir, esclave »  ; Kolli/ Kahal avec son équivalent kabyle Aberkane/ Berkane qui signifie «le noir » ; Kara (adjectif turc) «noir » et Delmi/ Dilmi, du verbe arabe dalama «noircir davantage, se foncer » , signifie «le noir, le foncé » ; Bensamra «fils de la brune » ; Khoumri/ Khemri «brun, basané, mat » et Soudai/ Soudia/ Souidi de Sawda «noir(e) » et Lassoued «le noir » ; Ouzandja de Zandja «la noire » .

 

En arabe, la couleur bleue zraq est synonyme de brun foncé voire noir. Tout ce qui n’est pas clairement blanc est assimilé au noir et donc laid : Lezrak/ Lazreg «le bleu, donc le noir » ; Zerga/ Zourgui/ Zerrouk «de la bleue (sous-entendu) de la brune si ce n’est pas de la noire » ; Zergat/ Zerkat «les brunes » ; Zergaoui «le noir » ; Benzerga «fils du noir, de la noire » . De même, les rouquins qui représentent une catégorie relativement rare dans nos sociétés sont raillés et affublés de surnoms qui rappellent cette couleur. Ainsi quelqu’un qui rougit (par timidité notamment) sera surnommé Lehmar ou par son doublet kabyle Azeggagh, forme francisée de Azugg(ou) agh, «rouge » signifiant probablement «le rouge, le rouquin, le rougeaud » ; Laakri «écarlate » est un surnom attribué aux hommes qui ont la barbe et le cheveu roux ; un autre doté de cheveux roux sera surnommé Hamraras «l’homme à la tête (aux cheveux) rouge(s), le rouquin » ; un autre, dont les yeux rougissent, sera surnommé Benhameurlaine «celui (l’homme) aux yeux rouges » . Un homme aux yeux bleu foncé sera surnommé Chahlat pluriel de Chahla’ «qui a les yeux bleu foncé ». Le nom biblique Adem (Adam), premier homme et premier prophète, signifie également «roux, rouge comme le sang, formé de terre rouge » (Y. et N. GEOFFROY : 2000, 52).

 

La couleur jaune énoncée en arabe Sfar, en berbère Aouraghe et en turc Sari, pourrait désigner une personne à la chevelure blonde. Laskar/ Askeur signifie en hébreu et en arabe «blond » ou «roux ». Un albinos, en berbère, sera dit Bahouche de abahouche «albinos » , en touareg ibhan «être blond clair » (Ch. de FOUCAULD : 1951, I, 31), du nom berbère abahou «trou, orifice, ouverture » ; Chaallal de Achaalal «brillant, clair, blond, rouquin » ; Zeroual altération de azeroual de Zagh «blond, bleu clair en parlant des yeux » (G. HUYGHE, 1907, 90).

 

D’autres noms de couleur, dont la motivation n’est pas toujours évidente, du moins à notre connaissance, sont également présents dans notre corpus. Ce sont notamment Awinagh «d’une couleur imprécise, marron, brun, bleu vert » (J.-M. DALLET : 1982, 867) ; Khoukhi et Ouardi «rosé, rose » ; Benkramaze du turc qermaz «carmin rouge » ; Khodri/ Lakhdar «le vert » dérivé de Khedra «qui est vert » ; Rmidi/ Ramda de Ramad «gris cendré » ; Nila «indigo » , «émail des bijoux » (J.-M. DALLET : 1982, 564) ; Amuri «bleu marine, violet foncé » ; Azerkak «vert/ bleu » ; Aljane/ Aldjoun/ Ouldjane du turc Aladja «un peu bigarré » (G. PARMENTIER : 1880, 864).

 

Tous les surnoms énumérés, s’ils sont railleurs, ne sont pas pour autant injurieux. D’autres sont carrément obscènes et difficiles à porter par leurs propriétaires ; ainsi en est-il des surnoms suivants : Zebbi et Abbouche «mon sexe » ; Zebbidour «mon sexe tourne » ; Bouterrouma «celui qui a des fesses » ; Troum «les fesses » et Aguergour «le derrière » (dans certains parlers kabyles). Parmi cette catégorie de noms insultants, nous trouvons des surnoms construits, non sur une partie du corps, mais sur un élément produit par celui-ci, ainsi les excréments : Khra/ Khakha «excrément » ; Zebila de Zbel «excréments d’animaux, déchets » ; Boukhenouna «le morveux » , Khenouna et Mekhata «la morve » , mais aussi Boual «le pisseur » .

 

 

 

II. 2.2. Surnoms à valeur morale

 

La façon dont les particularités liées au caractère, aux mœurs, aux habitudes et aux manies des personnes est perçue par leurs contemporains donne naissance à de nombreux surnoms ou sobriquets, en grande majorité péjoratifs. Les surnoms relatifs à des qualités et se rapportant à la gaieté, la bonté, la gentillesse, l’honnêteté sont relativement rares. À l’opposé, les surnoms relatifs aux défauts de caractère foisonnent sous toutes les formes et dénoncent la bêtise, la fourberie, l’hypocrisie, le mensonge, la méchanceté, la vantardise, la gourmandise, la tricherie, la violence, la faiblesse, la lâcheté, bref tous les états sociaux ou agissements condamnés par la société.

 

 Certains surnoms renvoient à l’état ou au comportement de l’individu ; souvent de type phrastique, ils réfèrent à un évènement ou à une circonstance de la vie du nommé. Ces sobriquets, dits «anecdotiques » , sont la plupart du temps attribués à la suite d’un comportement, d’un acte ou de propos énoncés ou par rapport à des traits de caractère particulièrement remarquables et remarqués chez les nommés. Ils précisent et décrivent un état, un comportement ou un acte le plus souvent condamnables et condamnés par la société. Ainsi l’auteur d’un péché tel que l’acte d’adultère sera surnommé métonymiquement par le vocable lui-même : Zani/ Lazzouni «l’adultère » , de Zana «commettre un adultère » ou par le nom d’agent Zenasni/ Zenaini et Bouzina «qui pratique l’adultère » ; Tahane «le cocu » ou encore par les vocables génériques Laib/ Aib «le mal, le péché » ou Bouarane «l’homme à la tare, le déshonoré » , de ‘ ar «tare, déshonneur » . Une personne aux moeurs dissolues sera surnommée Trade «coureur, débauché, comme le taureau en rut qui poursuit (terred) les vaches » (P. MARTY : 1936), Lahouaoui «frivole, jouisseur » , Taouachi «frivole » , Khebbab et Teyeche/ Tfyeche «écervelé » et Boulkhalat «le coureur de jupons » .

 

 Dans le même registre, nous avons Reghis/ Rekhis «bon marché, sans dignité (pop.) » et Bourekhis de Rakhis «peu coûteux, bon marché ; vil, bas » signifie «celui qui ne vaut pas grand-chose ».  De même, l’auteur d’un forfait aura le surnom de Benchana signifiant «l’homme qui a commis un forfait », de Chan‘ a «forfait » ; s’il a tué, il sera alors surnommé Lezered «le tueur », de zarada «tuer » ou encore Khettal «l’assassin, le criminel, celui qui a tué » , de qatala «tuer » ; l’auteur d’un double crime sera dit Boudjermine «l’homme aux deux crimes » . Un chef de bande aura le nom de Zamoun (P. MARTY : 1936) ; un voleur sera surnommé Sariak, de Serraq «petit voleur » ou Terrar «voleur de bourses, filou, charlatan, imposteur » ; un vaurien sera dit Fliti, de lfa: lit «libre, vagabond, voyou, vaurien » de falata «s’échapper » ; Temal, de Tamila «ivre, saoûl » ; Boulahbal «celui qui fait des bêtises » ; un bagarreur aura le surnom de Aouanough, de Inough «il s’est battu » et Ounoughene pluriel de Ouannough «ceux qui se battent, les bagarreurs » ; Medjendjel «celui qui est armé » ; Bendjahel «celui qui est impie » .

 

De même, une personne qui a été emprisonnée sera dotée du surnom de Sebia «captif, prisonnier » ; celle qui a déserté sera qualifiée de Zertit «le fuyard, le déserteur » , construit sur le verbe français déserter (J.-M. DALLET : 1982, 958).

 

 La manière dont une personne est morte sera également énoncée dans le surnom attribué au défunt ainsi, une personne tuée par égorgement sera dénommée du terme Medbouh «l’égorgé » du verbe arabe dabaha «égorger », une autre décédée par ensevelissement sera nommée Radim «enseveli sous les décombres » .

 

 La pauvreté et la misère sont souvent reprises comme surnoms de personnes victimes de cet état ; ainsi Hafiane (ar. dial.) «qui a les pieds nus » , par extension de sens «misérable, pauvre » ; Maaradji «pauvre » ; Bouhenniba de Henniba «voûté, cassé, vieillard » , Haouam et Lahmel désignent tous deux un «vagabond, errant » (P. MARTY : 1936) ; Boubrit «le loqueteux » , de abertut «loque » (J.-M. DALLET : 1982, 50) ; Bouchagoua «le miséreux » et Chagoua, de Chaqoua «misère, détresse, peine » , de chaqiya «peiner, souffrir » ; Khous, de khas «pauvre » ; Lattache de l »atache «l »assoiffé » . Tel autre qui se plaint ou qui pleure sur son sort sera surnommé Medjden, de imedjer «lamenter » signifiant «qui se lamente » ; Nahet, de Nahata «sangloter » , ou encore Bekkaye «celui qui pleure, pleurniche, le pleurnicheur » .

 

 Le sexe ou la catégorie d’âge ont par ailleurs souvent servi à qualifier l’individu, ainsi que l’illustrent les surnoms suivants : Abacha/ Abchia «fillette en quelque sorte, bébé, nom donné aux enfants en attente d’un prénom »  ; Akchiche «le garçon » ; Argaz «l’homme » et par extension de sens «quelqu’un de mature, d’adulte » ; Radjoul/ Redjala «l’homme/ les hommes » ; Bellagh, de balagh «majeur » , du verbe balagha «arriver à l’âge adulte » ; Aknioune/ Tikniouine «jumeau/ jumelles » et Bouikni «l’homme au jumeau » .

 

 Un état familial ou social, normal ou anormal, va donner lieu à des qualifications descriptives qui peuvent être plus ou moins péjoratives telles que Farkh «enfant sans père, né en dehors du mariage » ; Agoudjil «orphelin (de père ou de mère ou des deux à la fois) » ; Abed «esclave » et ses doublets kabyles Akli/ Akliouat «le(s) noir(s) » , et par extension de sens, «l’esclave » ou encore Loucif de Wasif «l’esclave, le serviteur, le nègre » ; Assari/ Lasry17 d’el »asriy «moderne, contemporain » , mais aussi «gaucher » ; Zbentout, dans le parler de Mostaganem, désigne un «célibataire endurci, libertin » ; Khatib «celui qui demande la main d’une jeune fille » , du verbe khataba «demander la main d’une jeune fille » ; Mekhtoub «fiancé » ; Arous «le marié » ; Dhif «hôte, invité, visiteur, convive » ; Ouarkoub, de Ou »arqoub «menteur » ; Moulti «hypocrite » ; Guedab/ Keddab «menteur » ; Boulegheb «l’homme aux propos mensongers » ;  Lemaini/ Mini, de mayn «mensonge » ; Gheddar/ Ghedir «traître » ; Rachi «corrupteur, suborneur » ; Ragued «endormi » ; Reggad, de Raqada «le sommeil » ; Maatam, de ‘ atm «lent » ; Bounah «le nonchalant » , de Nah «nonchalance » ; Moussouni «paresseux, fainéant » ; Merouche «reposé » , et par extension péjorative «paresseux » (P. MARTY : 1936) ; Merdoukh «mou, qui manque de personnalité » ; Maamas «faible » ; Arhab/ Rehab «timide, craintif » ; Meraache, de ra‘ ch «peur » ou Makhechouche signifiant tous deux «peureux » , ainsi que El Kawaf qui est l’altération de Khawaf «le peureux » ; Nekhouf est la forme altérée de Nekhaf «j’ai peur » ou Boukhouf et Djefal «peureux, ombrageux » .

 

Une personne triste est surnommée Adjaoui/ Medjaoui, de djawa «triste » ; une autre, timide, sera dite Hachemane «pudique, qui a honte, gêné, timide » ; Mercouza, de rikz «qui parle à voix basse » . De même, une personne qui parle trop sera surnommée en kabyle Boukemouche ou Boulahdour «le bavard » et en arabe algérien Haddar et Lahmeche, de Hamacha «celui qui parle trop » ; quelqu’un qui fait le clown sera surnommé en arabe algérien Balahouane «clown (comique) » ; celui qui est très gai sera dit Dahak «rieur, qui rit beaucoup » ; un idiot, un simplet sera dit tantôt Tennah, de Tnah ou Messikh, Bahloul «idiot, simplet, bouffon, clown, pitre » , et en kabyle Aggoune «idiot, simplet » , lequel a une autre signification en arabe algérien «muet » . Il sera également désigné par les surnoms Aboudil «idiot, faible d’esprit, malade mental » (J.-M. DALLET : 1982, 10) ; Abikchi «être stupide, niais » (J.-M. DALLET : 1982, 20) ; Lahmek «le stupide » ; Magui de maqa «stupide » ; Maboul, forme altérée de Mahboul, signifie en arabe algérien «fou, dérangé, anormal » ; Metabteb «frappé, tapé ; fou (sens fig.) » ; Mestoul, de satala «sot » ; Betraoui «celui qui est insolent, arrogant, vaniteux » ; Mezmouk et Nekaa, de Naqa‘ a, renvoie à quelqu’un de «hautain » ; Zouakh et Fantazi surnomment quelqu’un de «vantard, fanfaron, bluffeur » (J.-M. DALLET : 1982, 210) ; Ababsa, de ‘ Abs «air, mine austère, sévère » ; Zammit «grave, sérieux, sévère » ; Boussem «le méchant » ; Boukhezar «l’homme au regard malicieux, au regard plein de colère » ; Talem «tyrannique, injuste, qui a tort » ; Djehiche «sauvage » ; Rebrab «étranger, terroriste, méchant » ; Zellal, de zoutel «être à l’état sauvage » (Ch. de FOUCAULD : 1951, I, 402) ; Boudraa «celui qui a de la hargne » ; Khechine «le dur » ; Harche/ Lahreche «rugueux » ; Belouaer «le dur » ; Tembel, de Ttembel «être enflé, en colère, colérique » (J.-M. DALLET : 1982, 840) ; Boudebza «l’homme au poing, bagarreur » ; Mouterfi de teref «puissant » ; Nahassia (ar. dial.), de Nahs «portemalheur » ; Samet «ennuyeux » ; Mazzi «avare » ; Zaarate/ Zaari pluriel de Zaara «se montrer avare, peu généreux » ; Akloufi «qui se mêle de tout » ; Chekaimi «celui qui se plaint tout le temps » ; Chennaf «gâté, grognon » ; Mekhiouba «déçue » ; Medjani «gratuit » et Boumedjane «celui qui achète sans payer » ; Adjlane «celui qui est toujours pressé » ; Benteftifa «l’homme qui crache » , par extension de sens «le sale, le mal élevé » , de Teftifa, onomatopée formée sur le nom tef «crachat » ; Afounas «glouton, homme qui mange beaucoup, homme bête » , augmentatif de Tafounas «la vache » (J.-M. DALLET : 1982, 210) ; Maabout «gourmande » .

 

Si les défauts sont particulièrement soulignés dans les sobriquets, certaines qualités tant morales que physiques, telles que la beauté, la sagesse, l’intelligence, la noblesse, la persévérance et la justice entre autres, sont également glorifiées à travers les surnoms attribués aux personnes porteuses de ces qualités. La propension à choisir des noms mélioratifs, relatifs aux qualités morales, exprimées par des procédés métonymiques, est fortement motivée par les recommandations de la religion et se retrouve par ailleurs dans toutes les sociétés islamiques. L’accent est particulièrement mis sur les valeurs morales de piété, de bonté et d’honnêteté ; ainsi le vocable Zine dans le nom Zine-el-Abidine «la beauté des pieux » peut-il être pris plutôt dans le sens de beauté morale que physique. Par analogie, une caractéristique de l’individu surnommé est mise en exergue.

 

 Ainsi, nous avons les surnoms Sam «élégant » ; Missoum «le bien éduqué » , de mousewem ; Antar «brave » , de ‘ antara «être brave, héroïque » ; Zerbout «le dégourdi » ; Akil «l’intelligent, le sage, le sensé » ; Atik/ Attig, de ‘ Atik «noble et généreux, racé, pur et clair (pour la couleur de la peau) » ; Dali, nom d’origine turque «le téméraire » ; Saber «le patient, le constant, le persévérant » ; Sayeb «qui agit de la manière juste et droite » ; Merskani «le chanceux » , de rizq «le bien » ; Razine «qui a un jugement solide, équilibré » ; Neddaf «le propre » , de Nadafa «propre » ; Nebah «l’éveillé, l’attentif, le vif » ; Noubli «le sage » , de Noubl «la sagesse » ; Nebili, de Nabil «le noble, le chevaleresque » ; Nebri «le talentueux, le brillant, le distingué, l’éminent » ; Mounah «le serviable » ; Ghellab «le vainqueur » ; Ouiles, forme altérée de la forme kabyle Bouiles/ Benyelles «le bon orateur » ; Mahan «l’ingénieux, l’adroit, l’habile (tant de son esprit que de ses mains) » ; Bouredjla «celui qui fait preuve de virilité » , de Redjla «virilité, masculinité » ; Maouche, d’Amouche «sorte de revenant, de diablotin qui fait disparaître les provisions » (G. HUYGHE 1901, 38), nom attribué comme surnom à toute personne menue et très vivace ; Medjadj «le bon » de madjadja ; Amoukies «le poli, le gentil » ; Latef «le bienveillant » ; Mahar et Mouhoub «le doué » ; Madjene «l’humoriste, l’audacieux » ; Hazem «personne au jugement solide et qui agit avec fermeté et résolution » ; El Fakhir «le précieux, le raffiné, le somptueux » ; Fatine «l’intelligent, le perspicace, le sagace » ; Hached «le prompt, le disponible, le serviable » ; Moharabi «le courageux » ; Driff «le courtois, le poli » ; Benfkih «l’homme de loi, le lettré » , du verbe faqiha «comprendre, saisir » ; Chater «l’adroit, le malin, le rusé, l’éveillé » (P. MARTY 1936) ; Bencharef «celui qui a de l’honneur, l’honorable » ; Boufaden «celui qui a des moyens » ; Badjah «le joyeux » ; Bessal de Ba: sil «brave, courageux » , du verbe basoula «être brave, courageux » ; Bessire, de basara «qui voit bien, le clairvoyant » ; Labtal, forme francisée du nom arabe El Abtal «le courageux, le champion, le héros » ; Chadjaa, de Chadja‘ a «le courage, l’audace, la bravoure » ; Letabi «le souple » , et par extension de sens «le gentil, le commode » ; Meldoud de mald pour désigner une personne douce ; Maloufi, de malouf «le familier, le sociable » ; Neffaa, de Nafi’a «qui se rend utile aux autres, le bienfaisant, le salutaire » ; Menni, de Menan «le bienfaiteur » ; Nacef, de Nassif, même sens que Mounsif «qui juge et agit avec équité, selon le juste milieu » ; Sakhi «celui qui distribue généreusement ses biens » ; Bousmah «celui qui pardonne » ; Messouaf «le patient » , de sawf «la patience » ; Tebane de Tabbane «l’intelligent, le sagace » ; Tabet, de Thabît «le persévérant, le résolu » ; Bouhadaf «celui qui a un but » ; Bakar «qui prend l’initiative ; le matinal, le précoce » ; Messadeg, de sadaqa «faire la charité, qui donne la charité » et Tamseddakt désigne une femme qui fait beaucoup la charité (Sadaka) «aumône, offrande à intention religieuse » (J.-M. DALLET : 1982, 757) ; Lafi «celui qui pardonne » , de ` afa «pardonner » ; Khellil «l’ami intime, le confident » , d’où le qualificatif Khalilallah  «l’ami, le confident de Dieu » , donné à Ibrahim dans le Coran (4,125). (Y. et N. GEOFFROY : 2000, 52) ; Nedjah «le succès, la réussite » .

 

 

 

 

 

 

Conclusion

 

Les noms propres algériens, à l’instar de la plupart des systèmes anthroponymiques universels, expriment les humeurs des hommes, leurs caractères, leurs sentiments, leurs croyances, leurs préoccupations et appréhensions, en somme leur histoire avec tout ce que cela comporte d’expérience et de vécu. Comme nous venons de le montrer, l’anthroponymie algérienne est construite sur des bases sémantiques variées et diverses dont la constante est l’utilisation de l’espace religieux et mystique pour désigner les personnes. La référence à la religion, à Dieu et à ses prophètes, largement représentée par le biais des noms théophores et hagionymiques et du lexique religieux, atteste de l’ancrage et de la fixation de la religion musulmane dans l’espace algérien. La deuxième constante de l’anthroponymie algérienne est son articulation autour d’un patrimoine intellectuel, social et culturel diversifié d’où se dégagent entre autres aspects deux grands ensembles de noms : les sobriquets (diminutifs, augmentatifs et hypocoristiques) et les surnoms caractérisants. D’autres catégories thématico-sémantiques tout aussi importantes que celles présentées dans cet article (noms à base de noms d’objets, de relief ou de noms d’eau, noms géographiques, etc.) sont identifiées dans l’onomastique algérienne et prouvent la diversité du système de dénomination algérien. Elles feront l’objet d’articles à venir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: Nouvelle revue d’onomastique  Année 2013  Volume 55  Numéro 1 pp. 233-258

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Éléments d’anthroponymie algérienne 2ème partie

27102017

(Suite: Les noms à base religieuse)

 

 

 

 

 

 

I. 2. Les patronymes construits sur le vocabulaire religieux

 

À l’instar des procédés précédemment cités, tout ce qui évoque de près ou de loin la religion, son rituel dans la pratique quotidienne du musulman, se retrouve énoncé dans les anthroponymes. S’inscrire dans une aire socio-culturelle musulmane, c’est une manière pour le musulman d’exprimer au quotidien sa foi et sa ferveur religieuses. Dans le champ lexical de la religion, nous retrouvons les différents noms du prophète et ses qualificatifs, les noms des proches du prophète (parents et amis), les noms des différents prophètes reconnus par l’Islam et tout le vocabulaire renvoyant directement à la religion tels que les noms des mois du calendrier hégirien ou des fêtes religieuses.

 

 

 
 
 

I. 2.1. Référence aux différents noms du prophète et à ses qualificatifs

 

Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, à savoir la soumission à Dieu et à son prophète, la référence aux noms coraniques du prophète et à ses qualificatifs est courante dans les pratiques onomastiques algériennes. Baptiser son enfant du nom du prophète est en effet un acte de foi et n’est qu’une obéissance à l’injonction de celui-ci énoncée ainsi : «prenez mon nom (‘ ism), mais pas ma kunya » (J. SUBLET : 1991, 52). C’est pour cette raison d’ailleurs que, dans les sociétés musulmanes, le premier-né de sexe masculin dans une famille est le plus souvent prénommé Mohamed.

 

Les noms coraniques du prophète, empruntés à la tradition arabo-islamique comme prénoms, sont couramment usités et occupent une place prépondérante sur la liste des fréquences nominatives algériennes. D’abord la racine arabe HMD qui signifie «louer Dieu » , sur laquelle s’est formé le nom principal du prophète, Mohamed, a donné lieu à de nombreux autres dérivés tels que Mhammed, Mohand, M’Hand (forme kabyle de Mohamed), Ahmed et Hand/ Hmed (formes kabyles de Ahmed) «le plus loué » , Mahmoud «le loué, le vertueux » ; Hamid «qui ne cesse de louer Dieu » .

 

Nous retrouvons par ailleurs les autres noms du prophète, Hadi «guide » , Hakkem «juge équitable » , Mustapha «le choisi, l’élu » , Mokhtar «l’élu » , Bachir «l’annonciateur de bonne nouvelle » , Tahar «le pur » , Lamine «l’intègre » , Mourad «désiré de Dieu » , Maymoun «l’heureux » , Maaloum «connu, notoire » , Mehdi «celui qui est mis sur la bonne voie » , Ouali «saint » , Habbib «l’Aimé » , Tayeb et Ziyad «bon » .

 
 
 
 
 
 

I. 2.2. Noms renvoyant aux parents et aux compagnons du prophète

 

 

Ces prénoms puisés dans le patrimoine islamique sont des noms de prophètes ou des noms de personnages importants des débuts de l’Islam, compagnons du prophète Mohamed (Souhaba) ou des membres de la famille du prophète. Ils constituent aux yeux des parents une sorte de talisman pour prémunir les enfants contre le mauvais sort.

«Dans ce cas, ce n’est pas tant la signification de ces prénoms qui est prise en compte que les qualités qui furent manifestées par ces personnalités. Celles-ci incarnent pour le musulman les valeurs islamiques et sont comme des bannières derrière lesquelles il aime à se ranger » (Y et N. GEOFFROY : 2000, 34). C’est ainsi que sont souvent évoqués le père du prophète Abdellah ; ses oncles paternels Abbas et Hamza ; son fils Kassem ; ses petits-enfants et jumeaux d’Ali, Hassen et Hocine ; ses beaux-pères Boubeker (Abou Baker) et Omar ; ses gendres Othmane et Ali mais aussi Zoubir, son cousin et son beaufrère, Zine-El-Abidine, qui est le fils de Hocine, et autres Djaafar. Chez les femmes, les noms portés dans la famille du prophète ont été systématiquement repris : sa mère Amina et ses épouses Khadidja (première épouse), Aïcha (sa préférée), Zineb (sa fille), Oum Keltoum, Rouquiya et surtout Fattima.

 
 
 
 
 
 

I. 2.3. Noms des prophètes des différentes religions monothéistes

 

 

Le monde musulman a conservé les noms bibliques à l’instar des noms des prophètes hébraïques et chrétiens, usités antérieurement à la conquête arabe et confirmés par les Arabes (P. MARTY : 1936, 389). L’attribution de ces noms de prophètes à des enfants est, dans les croyances populaires, une manière de leur transmettre, déjà à la naissance, les qualités et les vertus de ceux-ci. Ils les mettent en quelque sorte, sous la protection et la bénédiction de ces prophètes. C’est ainsi que nous retrouvons les noms bibliques comme Adem (Adam), Haoua (Ève), Idriss (Enoch) «docte, savant » , Nouh (Noé) «repos » , Brahim (Abraham) «père de la multitude » , Smail (Ismaël) «Dieu a entendu » , Yaqoub (Jacob) «le talon » , Youssef (Joseph) «que Dieu ajoute » , Moussa (Moïse) «tiré, sauvé des eaux » , Haroun (Aaron), Younes (Jonas) «intimité (entre Dieu et l’homme) » , Ayoub (Job), Zakariya (Zacharie) «Dieu se souvient » , Ishaq (Isaac), Sadek (Sadoc), Yahia (Jean) «qu’il vive » , Daoud (David) «aimé, chéri » Aïssa (Jésus) «Dieu est généreux » , Slimane (Salomon) «qui a un coeur très pur » mais aussi Djebril (Gabriel) et Mériem «Marie » .

 
 
 
 
 
 

I. 2.4. Noms évoquant la religion, les mois du calendrier hégirien et les fêtes religieuses

 

 

Tout un vocabulaire religieux évoquant la pratique ou le rituel du musulman est quasi-permanent dans l’anthroponymie algérienne. L’acte onomastique, au-delà de l’acte de nommer, constitue également, pour ces populations profondément croyantes, un acte de foi. En Afrique du Nord, il est fréquent qu’un enfant né dans le courant d’un mois précédant un événement religieux ou à la veille d’une fête religieuse soit affublé du nom de cet événement ou de cette fête, voire de la semaine où il a vu le jour. C’est également une pratique courante que de lui donner un nom qui indique le jour ou l’époque de l’année où il est né, en raison de la connotation religieuse de ces mois. C’est, d’un point de vue pratique, un moyen de retenir facilement le jour ou du moins le mois ou la saison de sa naissance. Ainsi Radjeb (septième mois du calendrier hégirien), Chaabane (huitième mois du calendrier hégirien), Moharem (nom d’un mois du calendrier hégirien de harama «ce qui est interdit » , fête musulmane) tandis que Safar, indique le deuxième mois du calendrier islamique (il évoque pour les chiites le quarantième jour après le martyr de l’imam Houssein et pour les musulmans en général, le début de la dernière maladie du prophète Mohamed). Dans la même logique, les enfants nés pendant le ramadhan peuvent également être appelés Ramdane (neuvième mois du calendrier hégirien, mois du jeûne obligatoire). Il en est de même pour les enfants nés aux alentours d’une fête musulmane. Les enfants nés le jour de l’anniversaire du prophète (Mouloud Nabaoui), le 12 du mois de rabbi ‘ al-awwal sont appelés Mouloud. Quant à Achour, qui signifie «homme convivial, qui aime la compagnie » (Y. et N. GEOFFROY : 2000), c’est un nom donné à un enfant né le 10 mouharam, c’est-à-dire le jour de l’Achoura, soit «trente jours après la grande fête, jour de la traversée de la mer rouge par Moussa et son peuple pour échapper au Pharaon » (Y. et N. GEOFFROY : 2000) ; on donne également aux enfants nés à la période des deux fêtes canoniques, l’Aïd Kebir ou l’Aïd Seghir, le nom de celles-ci, sans évocation précise de laquelle des deux fêtes il s’agit : Laïd/ Belaïd.

Nous trouvons également des noms tirés des en-têtes de Sourates tels que Yacine et Taha, ce dernier étant également l’un des noms du prophète ; Amar «qui emploie sa vie au jeûne, à la prière et à l’adoration » ; Mebrouk «qui reçoit la baraka (influence bénéfique), béni, chanceux, prospère, florissant » ; Mahfoud «qui est sous la vigilante sauvegarde de Dieu, celui qui préserve » ; Mahrez de HRZ, «protégé, préservé, sauvegardé » ; Aidel/ Aider «juste, équitable, qui est source d’équilibre » et Islam.

 

Les laqab à connotation religieuse sont en étroite relation avec les laqab de métiers dont ils peuvent être un sous-ensemble : le titre honorifique Hadj, donné aux personnes qui ont effectué le rituel du pèlerinage, peut être attribué à un enfant né durant le mois du pèlerinage à la Mecque (dhû-l-hijja) ou bien au moment où les pèlerins rentrent du pèlerinage ; Kadi «juge religieux » ; Mufti/ Cheikh «jurisconsulte » ; Imam «celui qui dirige la prière » ; Moulana «titre honorifique des hommes de religion durant la période médiévale » (SCHIMMEL : 1987, 89) ; Moulay/ Moulla a revêtu une connotation plutôt négative (SCHIMMEL : 1987, 89), mais aussi Fakir «pauvre » et Mecellem de mouslim «musulman » .

 

 Face à ce débordement de noms à coloration religieuse, nous remarquons une certaine ambivalence dans le rapport qu’entretient l’Algérien avec sa religion : bien que la religion musulmane soit un facteur important de l’imaginaire de l’Algérien, on constate toutefois une pratique originale de la religion par l’Algérien qui se manifeste notamment par une certaine liberté onomastique dans la création de formes nominales sortant de l’orthodoxie musulmane ainsi qu’une certaine forme d’adaptation de ces noms aux règles des langues locales. En effet, au Maghreb, les noms théophores connaissent une «dialectalisation », qui se manifeste par une simplification de leur forme, plus exactement par une troncation/ amputation d’un de leurs composants, à savoir la base Abd, Ellah et Dine. Ainsi, la population locale n’a gardé de ces noms théophores que le composant qualificatif, et ce, dans la grande majorité des cas. Sociologiquement, cette adaptation aux langues locales dénoterait une certaine «laïcisation » de l’Algérien ainsi qu’un certain recul par rapport à des pratiques religieuses strictes. Ne serait-ce pas une sorte de «désacralisation » des noms propres de personnes initialement très évocateurs de la religion ? Ces noms théophores ainsi transformés perdent en quelque sorte leur sacralité pour rentrer dans le domaine du profane. La désacralisation du nom peut être due par ailleurs «au contact prolongé de l’arabe avec le berbère dont le substrat en matière de croyances est de nature moins rigide parce que polythéiste, d’une part ; d’autre part, la fixation de l’état civil faite par les français n’observe pas nécessairement les tabous des indigènes en matière d’anthroponymisation » (F. CHÉRIGUEN : 1993, 65). Ainsi au lieu d’Abdelkader, Abdelkarim et Abdelnacer, nous aurons plutôt les formes tronquées Kader, Karim et Nacer. De même, la base Dine disparaît dans les noms tels que Nacerdine, Djameldine, Sadekeddine, Alaeddine, Oualieddine, Salaheddine, Safieddine et Alameddine qui deviennent des formes tronquées Nacer, Djamel, Sadek, Ali, Ouali, Saleh, Safi et Aalem ….

 
 
 
 
 
 

I. 2.5. Les hagionymes

 

 

Le culte des saints se présente comme une pratique séculaire, d’origine païenne, qui a survécu à l’Islam et qui perdure encore de nos jours. L’hagionyme est «un avatar supérieur du culte des ancêtres qui s’est maintenu à travers le Christianisme et l’Islam » nous dit G. CAMPS (1987 : 196). Déjà, dans les temps les plus reculés, «les Berbères ne manquaient pas de vénérer les personnes particulièrement privilégiées par la puissance et le sacré qui s’y concentrent. Le maraboutisme et sa large diffusion dans le pays du Maghreb s’expliqueraient comme une survivance de l’anthropolâtrie libyque » (F. DECRET et M. FANTAR : 1998, 257).

 

 E. DOUTTE (1905) précise que cette vénération des saints «serait le vestige d’un culte ancien, «islamisé » par le temps au moyen d’une connexion entre les éléments naturels adorés et des saints musulmans. Le grand travail d’islamisation qui eut lieu alors, est perceptible même pour celui qui lit superficiellement les histoires des Musulmans. À partir du XVe siècle tout change, les tribus n’ont plus les mêmes noms, elles se donnent des patrons religieux, (…). Les saints, les marabouts jouent dans l’état et dans la vie populaire un rôle de plus en plus grand, on croirait quand on passe d’Ibn Khaldoun à El Oufrani, qu’on lit l’histoire de deux peuples différents. »

 

M. FANTAR (1990 : 59) ajoute que «malgré la ferveur du christianisme et de l’Islam africain, certaines vieilles croyances libyco-puniques continuent d’avoir cours. Au Maghreb d’aujourd’hui, on peut rencontrer certaines pratiques magico-religieuses dont les origines remonteraient au passé lointain de Carthage et peut-être au-delà […] » . Les zaouïas ou confréries religieuses, déterminantes dans l’évolution de l’Islam en Afrique du Nord, ont toujours constitué et constituent encore de nos jours, et ce, en dépit des fortes pressions des fondamentalistes musulmans, des centres d’activités culturelles et sociales fécondes. Ces foyers mystiques se rattachent au soufisme qui a été introduit en Afrique du Nord au XIe siècle et dont on ne ressent l’influence qu’à partir du XVIe siècle. Ces confréries sont regroupées autour d’un fondateur ou ancêtre éponyme saint vivant ou mort. Leur particularisme se nourrit de traditions populaires. Les populations vénèrent ces saints vivants, ou leurs descendants si ceux-ci sont morts. F. CHÉRIGUEN (1993 : 117) précise que les hagionymes, «à quelques exceptions près, connotent un univers de croyances anciennes intégrées à la vie du monde biblique et des religions révélées. L’anthropolâtrie se mêle étroitement à l’hagiolâtrie. Le thème de la base Sidi apparaît dans une sanctification des hommes marquants de différentes périodes historiques. On retrouve, par ce thème, les croyances profondes de l’Afrique du Nord qui n’ont jamais été indemnes de polythéisme, malgré les orthodoxies prônées par les différentes religions : judaïsme, christianisme ou islam. Si l’aspect religieux s’est beaucoup mêlé à la vie sociale, c’est que le polythéisme antérieur (aux religions révélées) a déjà bien avant préparé le terrain. Si le terme sidi est un apport de l’arabe classique, cela n’est vrai qu’au plan linguistique (lexical), la réalité qu’il permet d’exprimer n’est pas forcément celle de l’Islam. Elle est même le plus souvent extérieure à cette religion (comme d’ailleurs au judéo-christianisme) pour être celle, toujours dans la continuité de la tradition berbère, des multiples croyances polythéistes, dont l’anthropolâtrie-hagiolâtrie n’est pas des moindres ».

 

Ces noms relatifs aux noms de saints et de personnages sacrés, à caractère religieux et mystique sont reconnaissables à la présence des vocables introductifs Sidi (et ses formes contractées Sid et Si) et son équivalent féminin Lala (sa forme tronquée La) qui est un vocable berbère, initialement nom d’eau, de divinité et de fécondité (F. CHÉRIGUEN : 1993, 166).

 

 Initialement attribué exclusivement aux personnes d’essence maraboutique, ce titre qui a une qualification de valeur morale et de respect pour les ancêtres et les marabouts a perdu sa connotation religieuse et s’applique maintenant aux personnes respectées et respectables : Essid/ Sid/ Sidi ; Si Amar ; Sidhoum ; Sidi Ali ; Sidi-Ali-Mebarek ; Sidi Benali ; Sidi Boucif ; Sidi Boumedine ; Sidi Driss, Lala Khadidja ; La Fatma-Zohra.

 

 

D’un point de vue lexical, Sidi est la forme contractée de l’arabe classique Sayyidi signifiant «Sieur, Monseigneur ». Son doublet est Moulay, Moulati, Moulana et Moulahoum «mon/ notre/ leur maître » . Dans les régions berbérophones, les noms de marabouts sont toujours précédés de ces bases qui indiquent leur statut de Chérif, de noble religieux, titre donné aux «descendants du prophète » ; Gadouchi (ar. alg.) «le saint » ; El Hanafi/ Hanifi10 «qui rejette l’erreur et la déviation pour revenir sur la voie de la rectitude » (Y. et N. GEOFFROY : 2000, 112) ; Chikh (ar. alg./ k.) «le maître vénéré, le chef spirituel » , par extension de sens, ce titre est attribué à toute personne âgée et sage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Éléments d’anthroponymie algérienne 1ère partie

23102017

 

 

 

 

L’anthroponymie algérienne est intéressante à étudier du fait qu’elle est composée d’éléments endogènes mais aussi allogènes, résultat de l’histoire perturbée de l’Algérie, pays qui a été de tout temps une terre de confluence de peuples et de civilisations. Le mixage de différentes cultures et de langues diverses a donné naissance à un système de nomination original dans lequel se mêlent et s’entremêlent éléments autochtones (berbères) et apports exogènes (punique, latin, grec, arabe, turc, français, etc.). Des phénomènes faits d’appropriation de désignations externes mais aussi de réalisations nouvelles par altération des éléments existants vont caractériser l’anthroponymie algérienne. Ainsi, une forme de nomination «profane » faite essentiellement de surnoms et de sobriquets de toutes sortes côtoie une désignation très anciennement implantée sur le territoire, de type sacré, fondée sur l’adoration des saints, la nomination hagionymique à laquelle va se surajouter la désignation à base théonymique après l’adoption de la religion musulmane par les Nord-Africains.

 

Cet article va traiter essentiellement deux procédés de nomination, fort usités dans la population algérienne tant citadine que rurale, qui sont l’identification des personnes par la référence à la religion et aux saints et la désignation par le sobriquet (diminutif et hypocoristique) et le surnom.

 

 

 

 

 

 

 

 

I. Les noms à base religieuse

 

Dans les sociétés musulmanes, la foi et la pratique religieuse sont à l’origine de nombreux noms. Le recours à des formes nominales relatives à des référents religieux dans l’onomastique arabo-musulmane ancienne dénoterait, selon M. LACHERAF (1998, 158), «le tact suprême et la belle discrétion mêlés de respect, discrétion, pudeur bien musulmane et monothéiste, tantôt directe tantôt allusive mais comme allant de soi, à demi-mot, au sujet du sacré : al-qadasa, modulation nuancée qui a toujours caractérisé le langage, l’expression écrite ou verbale des vieux croyants depuis les origines. Cela témoignait aussi de l’intériorisation de la foi et du credo et formules religieuses les illustrant, non par un excès de jahr inapproprié et ne tenant pas compte des circonstances, mais par le sens de la mesure et l’intimité spirituelle avec le Créateur ».

 

À l’avènement de l’Islam, le Maghreb a vu naître une époque de créativité anthroponymique intense sur la base de qualificatifs divins. Les noms à coloration religieuse ou noms divins, survivances du système de nomination arabe classique, constituent une permanence de l’anthroponymie algérienne contemporaine. L’incrustation du religieux dans la mentalité et la culture de l’Algérien et d’autre part, le «débordement » de cette foi musulmane dans les moments de sa vie quotidienne se remarquent au travers notamment de certaines réalisations originales de noms individuels. Toutes les circonstances particulières de la vie qui ont une quelconque relation avec la religion sont propices pour l’évoquer, il en est de même de la nomination. L’acte onomastique, au-delà de l’acte de nommer, constitue, pour ces populations profondément croyantes, un acte de foi. Les noms à base religieuse se composent de noms théophores qui renvoient directement à Dieu «Allah » ou à la religion «Eddine » et de noms construits sur un vocabulaire religieux qui réfèrent de manière indirecte à Dieu, à ses prophètes et à la pratique de la religion.

 

 

 

 

I. 1. Les noms théophores

 

Les noms dits théophores ou «ism coraniques et historiques » (A.-M. SCHIMMEL : 1998, 08) sont des noms composés qui peuvent être répartis en trois sous-catégories. D’abord, les noms composés dans un rapport d’annexion dont le second composant est le lexème arabe Allah «Dieu » ou plus rarement son doublet d’origine hébraïque intégré aux langues berbère et arabe algérien Rebbi. Viennent ensuite les noms composés, dont le premier élément est le nominal arabe Abd «serviteur, esclave de, créature de Dieu » toujours en rapport d’annexion avec le second composant qui est un des attributs de Dieu4. La troisième catégorie est celle dont le second composant est la base Dine/ Eddine «religion, foi ».

 

 

 

 
 

    I. 1.1. Les noms à base de Allah «Dieu» et Rebbi «mon Dieu»

Morphologiquement, les noms théophores sont des composés formés soit d’un syntagme nominal à valeur prépositionnelle (nom commun + nom Allah) soit d’une phrase complète (sujet, verbe, complément). Sociologiquement, les noms construits avec le composant Allah constituent «une pratique courante de dévotion » (D. GIMARET : 1988, 08). Ils permettent d’affirmer la croyance du musulman, sa soumission et sa vénération de Dieu, entité à laquelle s’adresse le plus la dévotion populaire. Ils sont, pour tout croyant, une forme d’invocation de Dieu et de rapprochement vers son créateur. Dans la croyance populaire, ces noms théophores décrivent les bienfaits et vertus de Dieu et apportent la baraka à leurs porteurs. Hormis la forme Abdellah/ Abdella «serviteur de Dieu », qui existait déjà chez les chrétiens, avant l’avènement de l’Islam, une grande variété de noms théophores déclamant la grandeur de Dieu et les qualités qui lui sont attribuées sont construits avec Allah. Ces combinaisons peuvent avoir pour origine le surnom donné à quelque prophète dans le Coran comme par exemple le nom Khallilallah «ami, confident de Dieu » donné à Ibrahim dans le Coran (4,125).

 

Souvent, un sentiment de confiance en la force et le secours de Dieu s’exprime à travers ces noms tels que Daimellah «c’est Dieu qui dure, qui est permanent » ;Khedimallah, littéralement «esclave (femme) de Dieu » et Gholamellah «le serviteur de Dieu », tous deux doublets de Abdellah ; Daifallah «hôte, l’invité de Dieu » ; Charaallah«justice de Dieu » ; Khalfallah «héritage de Dieu » ; Saadallah «chance, bonheur de Dieu » ; Harzellah «protection de Dieu » ; Ferdjallah «Dieu soulage, libère, la joie de Dieu » ; Djebrallah «Dieu le réconfortant, le consolant, Dieu guérit » ; Aounallah «aide de Dieu ». Souvent ces constructions sont des formules pompeuses, à l’instar de Ainallah ou Ayounallah «œil/ yeux de Dieu » ; Makhfallah «peur de Dieu », Fethallah «Dieu ouvre les voies » ; Hazbellaoui de Hizb Allah «parti de Dieu » ; Khamellah signifie «maison de Dieu ».

 

Les noms théophores se présentent souvent comme des formules protocolaires courantes, sous des formes souvent réduites, abrégées, donc incomplètes, par économie de langage : Laalah, peut être la contraction de La Illah a illah, formule de soumission totale à Dieu en Islam, signifiant «il n’y a de Dieu que Dieu » ; Barkallah, altération de la formule populaire très usitée pour protéger quelqu’un ou le féliciter Barak el Allah, signifiant «que Dieu (te) bénisse ; grâce à Dieu ». Certains de ces noms expriment le sentiment de gratitude envers Dieu à la naissance d’un enfant ainsi que le montrent les noms suivants : Attallah/ Tahallah «Dieu l’a donné » et Attitallah «le don de Dieu » ;Djaballah «Dieu l’a apporté, l’a offert » ; Maatalah «ce que Dieu a donné, don de Dieu » ; Rezkallah et son doublet Rabahallah «le bien, la nourriture de Dieu ».

 

 D’autres noms sont uniquement «d’apparence théophorique ». Ne correspondant pas toujours à la logique de construction des noms islamiques, ce sont des constructions fantaisistes d’essence populaire qui dénotent le plus souvent un sens profond de l’attachement à Dieu, lequel est évoqué dans tous les moments de la journée, en activité ou au repos. Puisant dans la langue de tous les jours, ces noms se présentent souvent sous la forme de phrases-messages qui précisent le rapport intrinsèque qui lie l’homme à son Dieu et dont les locuteurs directs ou indirects sont les membres de la communauté. Ces noms-phrases mettent en exergue la variété des messages véhiculés, non seulement par rapport au contenu, mais aussi par rapport au type d’énoncé utilisé, affirmatif, exclamatif, déclaratif ou votif. Les messages se présentent souvent comme une interpellation indirecte de Dieu et prennent explicitement ou non pour interlocuteur l’entourage proche. Ils se présentent souvent comme des invocations de Dieu tout-puissant et omniprésent : Smaallah «écoute Dieu » , Cheballah «les enfants de Dieu » ; Bentallah «fille de Dieu » ; Aït Allah «ceux de/ les enfants de Dieu » ; Baballah «les portes de Dieu » ; Menella, forme tronquée de Min Allah qui signifie «de Dieu » ; Lamellah, forme francisée de ‘ allam Allah ««Dieu seul sait » .

 

Ce procédé de construction des noms théophores s’est élargi au nom d’origine hébraïque Reb «Dieu » , cristallisé dans la forme composée Rebbi «mon Dieu » , doublet de Allah en arabe dialectal et en kabyle dont il est la forme la plus fréquemment utilisée.

Rebbi entre dans des combinaisons complexes à savoir des segments phrastiques : Talebrebi «je demande à mon Dieu » ou encore Djabourrebi «Dieu l’a ramené ».

 
 
 
 
 
 

I. 1.2. Les noms à base de Abd «serviteur de»

 

La particule Abd «serviteur, esclave de » entre en rapport d’annexion avec un second terme, adjectif ou participe substantivé, essentiellement un des 99 qualificatifs de Dieu, (Abd + attributs de Dieu), exprime la bonté et la mansuétude divines, la miséricorde et la générosité de Dieu. La base Abd signifiant «serviteur, adorateur de (Dieu) » permet d’établir la relation intrinsèque à Dieu. Cette filiation symbolique marque le rapport de sujétion absolue de l’homme à un Dieu ou à une religion. La personne est déclarée par ses parents comme le sujet d’un Dieu dont ils espèrent la vie et la protection pour leur enfant ainsi nommé.

 

Au début de l’avènement de l’Islam, le nom théophore le plus répandu était Abdallah «serviteur de Dieu » : celui-ci établit le rapport de soumission de l’être humain à son Dieu. Les autres mettent l’accent sur l’unité et l’unicité de Dieu : Abdelali, forme francisée de Abd ‘ Ali «le serviteur du très haut, du sublime » ; Abdelchakour «le serviteur du très reconnaissant » ; Abdelhamid «le serviteur du très loué » ; Abdeldjabar «le serviteur du guérisseur » ; Abdelfatah «le serviteur de celui qui ouvre, qui accorde la victoire » ; Abdelghani «le serviteur du riche, de celui qui se suffit entièrement à luimême, de celui qui est totalement indépendant » ; Abdelghafar «le serviteur du très pardonnant » ; Abdelghafour «le serviteur du tout pardonnant » ; Abdelhadi «le serviteur du guide » ; Abdelbari «le serviteur de celui qui donne l’existence, de l’éternel » ; Abdellatif «le serviteur du bienveillant, du subtil » ; Abdellaziz «le serviteur du tout puissant » ; Abdeldjellil «le serviteur du majestueux, du vénérable » ; Abdelhak «le serviteur du juste » ; Abdelhalik «le serviteur du créateur » ; Abdelbaki «le serviteur de celui qui reste » ; Abdelhamid «serviteur de celui qui est digne d’être loué » ; Abdedaim «le serviteur de l’éternel » ; Abdelhalim «le serviteur de l’indulgent, du très clément » ; Abdelkader «le serviteur du puissant » ; Abdelkarim «le serviteur du généreux » ; Abdelaoui est la déformation de Abdelouali «le serviteur du très proche, du maître intime » ; Abdelouahed «serviteur de l’unique » ; Abdelmadjid «le serviteur du glorieux » ; Abdelmalek «le serviteur du roi » ; Abdelmoula «le serviteur du maître » ; Abdelmoumène «le serviteur du fidèle, du sécurisant » ; Abdelmoundjed (moudjib) «le serviteur de celui qui exauce » ; Abdelouaret «le serviteur de l’héritier » ; Abderrahmane «esclave de celui qui pardonne » ; Abdelouahab «serviteur de celui qui donne » ; Abdennour «le serviteur de la/ ma lumière primordiale » ; Abderrazak «le serviteur de celui qui pourvoit, qui offre la subsistance » ; Abderrahim «le serviteur du très miséricordieux » ; Abdeslam «serviteur de la paix » ; Abderahmane «serviteur du miséricordieux » ; Abdelmoundjed «serviteur de celui qui secourt » ; Abdessamed «serviteur du soutien universel, de l’impénétrable, de l’éternel » ; Abdessamia «le serviteur de celui qui entend tout » ; Abdelsadek «le serviteur du droit, de la vérité et de la sincérité » ; Abdellam pourrait être la déformation de Abdelaalem «le serviteur de l’omniscient » ; Abdelkafi «le serviteur de celui qui récompense, qui n’a besoin de rien » ; Abdelssaid «le serviteur du maître » ; Abdeladim, transcription francisée de Abdelaadim «le serviteur du majestueux, de l’incommensurable » ; Abdelkafi «l’adorateur du suffisant » .

 

 

 Le nom Zine Labidine «parure des adorateurs, beauté des pieux, ornement des fidèles adorateurs » est une forme surcomposée Zine + Abid + Dine. Dans d’autres cas, ce n’est pas Dieu qui est directement évoqué ou invoqué dans le nom théophore mais la religion qu’il a révélée par le vocable Dine, comme dans Abd el Din «serviteur de la religion », donc par analogie «esclave de Dieu » ; par un procédé métonymique, ces noms pseudo-théophores, selon Caetani (A.-M. SCHIMMEL : 1987, 46), évoquent Dieu par l’entremise du message qu’il a délivré aux Musulmans.

 
 
 
 
 
 

I. 1.3. Les noms à base de Dine «foi, religion»

 

Les noms théophores se construisent également avec le lexème Dine «foi, religion » . Les noms composés du mot Dine comme deuxième terme d’annexion dont le premier terme est un substantif, un adjectif ou un verbe, jouaient, dans la tradition onomastique arabe, le rôle de surnom ou laqab.

 

Historiquement, ce type de nomination a vu le jour en Orient et remonte au début des Croisades comme nous le dit M. LACHERAF (1998 : 153) : «L’habitude de ces noms propres, patronymes ou prénoms formés avec le suffixe dine a commencé, en Orient à l’époque des Croisades, probablement comme titres honorifiques donnés à des personnages importants engagés dans la guerre contre les Croisés chrétiens venus d’Europe. On les retrouve encore deux siècles après, ajoutés, dès l’âge adulte, en tant que simples «titres » à la tête des noms et prénoms, superposés pour ainsi dire à l’appellation identitaire et précédant le libellé. »

 

Par la suite, l’emploi de ces noms en Dine, qui constituent une sorte de périphrase pour désigner l’Islam, s’est élargi à tout le monde musulman y compris le Maghreb : «Après 1200, les constructions avec al-din deviennent parties intégrantes du nom, quelles que soient les qualités ou le rang de la personne concernée. Cette coutume se développa cependant essentiellement dans la partie orientale du monde musulman. J. H. Kramers suggère une possible origine persane » (A.-M. SCHIMMEL : 1987, 92).

 

À l’instar des noms théophores en Allah, les noms en Eddine marquent l’inscription et l’adhésion des personnes ainsi nommées dans la foi et le monde islamiques tout en honorant la grandeur, la beauté et la noblesse de la religion musulmane ainsi que ses bienfaits sur le croyant. En évoquant quotidiennement les qualités de la religion (sousentendu musulmane), les musulmans adoptent entièrement ses préceptes.

 

 La plupart des substantifs qui précèdent el-dine renvoient au pouvoir, au rayonnement et à la force de la religion : Nasserdine «soutien, salut de la religion » de nâsir «celui qui secourt » ; Noureddine «lumière de la foi » ; Chamseddine «le soleil de la religion » de Chams «soleil » ; Aladdine «les bienfaits, la noblesse, la grandeur de la religion » ; Kheireddine «le bien de la religion » ; Rachededdine «la voie droite de la religion » (ce nom a donné la secte des Rachidiyyine) ; Charaâ Eddine «la justice de la religion » ; Charafeddine «l’honneur, la noblesse de la religion » ; Saadeddine «le bonheur de la religion » ; Khaledin de Khalededdine «l’éternel de la religion, l’éternité de la religion » ; Alameldine «le signe, l’étendard de la religion » ; Sendjakeddine «l »étendard de la religion » ; Chihabeddine «le flambeau de la religion » ; Zinedine «la beauté de la religion » ; Djameldine «la beauté de la religion » ; Badreddine «la lune de la religion » ; Mouhabdine «celui qui aime la religion » ; Mahieddine «celui qui revitalise la religion, le revivificateur de la religion » ; Azzedine «la puissance de la religion » ; Salaheddine «l’intégrité de la religion » ; Daoudeddine «l’aimé de la religion » ; Abiddine «serviteur de la religion » .

 

 D’autres formations sont, du point de vue de l’orthodoxie musulmane, contestables ; ainsi la formation originale Abdenbi composée de Abd et Ennbi et qui signifie «serviteur du prophète ». Cette formation est incorrecte du fait qu’elle va à l’encontre de l’éthique de la religion musulmane dont l’un des fondements est qu’on n’adore que Dieu non son prophète8. Un autre élément paradoxal est l’utilisation du mot Nbi dans la désignation nominale. Nous avons ainsi des noms de forme simple tels que Nabi «prophète » et son pluriel Nebia, forme francisée de ’ anbiya «les prophètes », de forme dérivée comme Nabaoui «qui se repent et revient à Dieu » et de forme composée à l’instar de Bennabi «fils du prophète » mais aussi Ighzernabi «le fleuve du prophète ».

 

 D’autres formations dialectales obéissent bien à la séquence [ Abd + qualificatif], cependant le deuxième composant n’est pas mentionné dans le Coran comme un qualificatif de Dieu. Ainsi dans le nom Abd-Arrafic, Raffic n’existe pas en tant que tel comme qualificatif de Dieu, ce qui existe c’est la base lexicale Rafik (RFQ) «celui qui élève » de même que Aouabed «adorateur de Haoua » , qui est un nom composé du prénom féminin Haoua «Eve » qui signifie «vie, source de vie » et ‘ abed «qui adore Dieu, qui vit en état d’adoration constante » . Le nom Abderhouche est un cas assez énigmatique car l’association de Abd avec le nom Haouche est a-sémantique. Pourrait-il, à moins qu’il ne soit un nom altéré, être un surnom signifiant «esclave de l’enclos, d’un ensemble de maisons » ? Tout aussi fantaisiste est la formation hybride Abdelmeziane, composée d’une partie arabe Abd et d’une partie berbère Meziane qui signifie «petit ».

 

Ces cas illustrent bien la vitalité et le dynamisme de la créativité onomastique qui fait parfois fi des règles de construction des noms.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Sarma historique d’Hassan Pacha

19102017

 

La Sarma d’Hassan Pacha qui, avec le chasse mouches d’Hussein Dey, fut la cause de la perte d’Alger!

 

 

 

 

 

 

 

Dans son Miroir, Sidi Hamdan ben Othman Khodja*, ancien secrétaire d’État (makatadji), en raconte longuement les aventures:

 

 

 « Je citerai, dit-il, le juif BAKRY, dont le frère Michaïl possédait  lorsqu’il s’établit à Alger, seulement une petite boutique d’épicier, où il faisait le détail de la quincaillerie. Ce magasin était situé dans le voisinage de Bab-Azzoun. C’est depuis cette époque que cette maison Bakry, liée d’intérêt avec Hassan Pacha et Mustapha Pacha, est parvenue à posséder des millions. Je rapporterai un  seul fait qui pourra faire comprendre de quelle manière rapide ils ont pu amasser une semblable fortune.  

 

Selon la coutume, le bey de Constantine vint à Alger. Voulant faire un superbe cadeau à la femme d’Hassan Pacha (1791-1798), ce bey s’adressa à un juif nommé NEFTALY ABOUCHENAQ, associé de Bakry, pour avoir un bijou de valeur. Celui-ci présenta une Sarma garnie de diamants, évaluée à la somme de 60.000 piastres (300.000 francs); le bey acheta le bijou; n’ayant pas d’argent comptant, il convint de payer cette valeur en mesures de blé, estimées chacune à 4 francs et devant peser 40 kilos. Après la récolte, les Bakry envoyèrent des bâtiments pour charger la quantité de 75.000 saâ ou mesures de ce blé, qu’ils firent transporter en France, à l’époque du blocus des Anglais. Ils vendirent 50 francs chaque mesure qui ne leur coûtait à eux que 4 francs, et ce chargement produisit 3 millions 750.000 francs.

Le bijou, dit-on, avait été fait à Paris et ne coûtait que 30.000 francs. Un de leurs associés, celui qui a procuré le bijou de Paris, n’ayant pas été avantagé dans cette affaire, s’est présenté à Alger pour réclamer son contingent, mais il n’a rien pu obtenir. C’est de cet associé même que je tiens ces détails.

 Cet argent est la source et une des causes primitives de la malheureuse guerre de la France avec Alger, et de la chute du gouvernement turc dans cette partie de l’Afrique.

 

 Voilà donc la manière dont ces juifs ont fait leur fortune, au détriment de tous les habitants de la Régence; ils avaient tous les avantages de ce monopole, tandis que nous, ne trouvant pas à acheter au même prix qu’eux, ce commerce nous était interdit et nous ne pouvions jouir des avantages qu’il procure. »

 

 

 Les historiens n’ont jamais raconté que la fin de la Régence, commencée par une Sarma, s’était achevée par un éventail. On le voit, cependant, le bijou a joué quelquefois un grand rôle dans l’histoire des peuples africains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : HAMDAN BEN OTHMAN KHODJA.- Grand armateur. Demeurait à la maison bleue (Dar-Zerga), vaste propriété qui s’étendait jusqu’à la mer, l’une des plus importantes d’Alger. Il eut quatre filles et six fils. Joua un rôle important à l’entrée des Français. Fut le correspondant de l’ancien dey. Fit partie de la première municipalité. En fut évincé lors de l’affaire des laines. Tenu à l’écart, il fut accusé de s’opposer à la domination française et voulut alors quitter l’Algérie. L’intendant civil Pichon l’en dissuada et le fit rentrer en grâce. Chargé à deux reprises, en août et en octobre 1832, de l’importante et périlleuse mission de traiter avec le bey de Constantine. En juillet 1833, il était à Paris, 9, rue des Écuries-d’Artois. Il exposait, dans de nombreuses requêtes à Louis-Philippe et au maréchal Soult, ministre de la guerre, les réclamations de ses compatriotes. Il protestait contre l’exportation, constatée d’après des certificats authentiques, d’os humains, provenant d’un ancien cimetière: mâchoires, crânes, fémurs et cubitus, quelques-uns avec des parties charnues, trouvés dans la cargaison de la bombarde Bonne-Joséphine, capitaine Periolla, à son déchargement à Marseille. Ces récriminations furent mal accueillies. On allait même l’arrêter pour le faire taire, lorsque, prévenu par son conseil, A. Crémieux, il put s’échapper, se rendre à Constantinople où il dirigea le service de santé du Sultan et, le premier, obtint de faire subir une quarantaine aux navires chargés de pèlerins venant de la Mecque.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Emprunts Livresques (du Saint Coran) à l’ancien langage argotique Algérois

15102017

 

 

 

 

 

Emprunts Livresques (du Saint Coran) à l’ancien langage argotique Algérois  dans Attributs d'Algérienneté

La plus vieille photo d’Alger: La photo représente les remparts d’Alger en 12 x 16 cm, prise par une personne anonyme en 1844

 

 

 

 

 

 

 

 

On est vraiment surpris de trouver dans la bouche de gens des expressions coraniques comme :

 

 

 

 

 

  • (صم بكم) / sommon bokmon : « sourds muets » ; qui savent conserver un prudent silence.

صُمٌّ بُكْمٌ عمي فهم لا يرجعون ۩’  - سورة البقرة 17

 

 

 

 

  • (عبس) / ɛbassa : « avoir l’air sévère ». c’est le premier mot de la 80ème Sourate.

 

 

 

 

 

  • (ألم نشرح) / a-lam nachrah : « être gai, content ». Du premier verset de la 94ème sourate:

N’avons-Nous pas ouvert (ton cœur) à la révélation – ‘أَلَمْ نَشْرَحْ لَكَ صَدْرَكَ

 

 

 

 

 

  • (قل أوحي) / qul uhiya : Dis « je suis au courant de l’affaire ». c’est le début de la 72ème sourate dont les deux premiers mots signifient ‘Dis : il m’a été révélé ‘.  

 

 

  

 

 

 

  • (سبح) / sebbih : « fêtons la bonne prise ». c’est le titre de la 87ème sourate dont le premier verset est :

‘’سَبِّحِ اسم ربك الأعلى 

Célèbre le nom de ton Seigneur le Très Haut

 

 

 

 

 

  • (كيف أهل الكهف) / (faire) comme les gens de la Caverne, « ne pas bouger ». 18ème Sourate (versets : 8 – 25) : L’histoire des sept dormants dans la Caverne. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Drapeau du 19ème siècle

11102017

 

 

 

 

 

Drapeau du 19ème siècle dans Attributs d'Algérienneté 1507100975-17-503362

 

Fragment d’un drapeau de la Casbah de Constantine

pris à la chute de la ville le 13 Octobre 1837

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Chouafs el Bey

7102017

 

 

 

 

Toutes les tribus n’étaient pas soumises; sans compter les Kabyles, dont un grand nombre était resté indépendant, il y avait dans le désert des tribus nomades, telles que les Harrazles Mehaïales Eumianles Berras, les Beni-Menadetc., qui avaient toujours échappé à l’autorité des Turcs. La rapacité des beys parvenait cependant à arracher de lourds impôts à ces tribus errantes, au moyen des chouafs*, dont la seule mission était de pouvoir indiquer au bey la position où campaient ces tribus. 

 

 

 

Mohammed-ben-Gremari-ez-Zelbounicelui qu’Abdel-Kader a fait pendre à Mascara à un des canons de la ville, était chouaf-es-Sahra, chouaf de l’Angad, du bey Hassan. Il arrivait à Oran à l’improviste de jour ou de nuit; aussitôt le bey donnait l’ordre aux makhzens de monter à cheval. Ils se transportaient rapidement sur le terrain où campaient les tribus dont le chouaf avait reconnu la position, les surprenaient et enlevaient tout ce qu’ils pouvaient atteindre. On raconte qu’une fois, Mohammed-ben-Gremari, qui était chiqr des Angad, étant arrivé en tête du makhzen du bey à l’endroit où il croyait rencontrer une tribu campée, et ne l’ayant pas trouvée, fit faire une ghazia sur sa propre tribu, la tribu des Angad, pour ne pas perdre la confiance du bey.

 

 

 

Un autre chouaf du bey qui veillait sur les tribus du grand désert, était Mohammed-ben-Dahman, cheik des Oulad-Aïat, campés au sud de la chaîne de l’Ouennaseris. Ses courses, qu’il poussait fort loin dans le désert, étaient très-fatigantes et très-redoutées des gens du makhzen. Il fit faire au bey Mohammed-bou

Kabous des ghazias sur les Bouaich et les Nouails, tribus puissantes et nombreuses du Sahra, dont le pays a gardé le souvenir; il leur enleva tous leurs bestiaux, les dépouilla complètement, et fit sur elles un butin considérable.

 

 

  

 

 

 

* :  Chouaf : شوافde la racine chaf : شافvoir, reconnaître; celui qui est chargé de voir, d’examiner, de reconnaître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Pendule du Dey d’Alger

3102017

 

 

 

 

 

Pendule du Dey d'Alger  dans Attributs d'Algérienneté 1505304769-17-507819

Pendule du Dey d’Alger Prise en 1830 lors de la prise d’Alger / XIXe siècle

 

 

 

 

Dey Hussein, comme tous les beys, les deys et les pachas, est dévoré par l’ennui dans un palais où il se consigne lui-même ; il n’en sort que dans les grandes occasions. Pour charmer quelques-uns de ses nombreux loisirs, il s’est donné la passion des pendules; on assure qu’on en compte chez lui quatre cents. Aussi toutes les puissances européennes lui envoient-elles des présents de son goût; il estime principalement celles dont le timbre est le plus aigu et prétend faire sonner jusqu’aux cadrans solaires.

 

 

 

 

1505304769-17-507820 dans Attributs d'Algérienneté

 

 

 

 

M. Costa, l’horloger fidèle  du Dey  a raconté, entre autres choses, qu’un jour il courut le risque d’être empalé parce que la pendule favorite du Dey oublia de sonner midi.

 

 

 

 

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Une des pendules du Dey d’Alger est arrivée jusqu’à Besançon (après la chute de la régence). Achetée par M. Gillet, payeur de l’armée d’occupation. Cette pendule construite à Londres, indique les heures, les jours du mois, les changements de lune, l’époque des principales fêtes turques, etc. les heures sont indiquées par un carillon enfermé dans la cage que surmonte un croissant. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




El- Khammas

28092017

 

 

 

 

De même que l’expression de métayer (du mot grec meta, moitié) signifie cultivateur à moitié du produit de la terre, le mot arabe khammas (du mot khamsé, cinq) signifie cultivateur au cinquième.

Tels furent  les usages généraux relatifs aux khammas dans la Mitidja et pays voisins.

La sarmia ou avance d’argent au khammas de la part du maître constitue leur engagement réciproque. La sarmia a pour origine et représente les avances successives que le serviteur a dû recevoir et qui lui sont indispensables pour vivre et se vêtir lui et sa famille jusqu’au moment où il recueille sa part de récolte. Le khammas doit rendre la sarmia avant de changer de maître, sinon le nouveau maître chez lequel il se rend doit en tenir compte à l’ancien.

La sarmia, à la fois signe et base incontestables des engagements, se donne ordinairement à la fin d’août ou au commencement de septembre, à la fin des foulaisons, époque de l’accomplissement des travaux annuels.

Elle varie selon l’aisance des khammas de 6 à 12 et 14 douros (de 30à70fr.).

 

 

 

 

 

El- Khammas dans Attributs d'Algérienneté 1505129097-khames

GOURBI de KAMÈS – Algérie 1900

 

 

 

 

Un proverbe arabe dit bon khammas, forte avanceC’est-à-dire qu’un ouvrier laborieux et rangé doit recevoir de plus fortes avances, et qu’il est de l’intérêt du propriétaire de contracter un engagement plus difficile à rompre avec un tel ouvrier qui lui présente plus de responsabilité et de probabilité de profits. Le laboureur ainsi engagé peut rarement s’acquitter, ou y regarde davantage.

Lorsque la sarmia est forte, le maître ne fait pas ou ne fait que très-peu d’avances en nature, selon les besoins de la famille.

Ces avances en nature ont lieu ordinairement en orge, parfois en maïs qui lui est préféré pour la nourriture, ailleurs partie en orge et partie en blé, 2/3 de l’une, 1/3 de l’autre. Elles consistent approximativement en trois mesures d’orge de Boufarik de 140 litres chacune ou proportionnellement, et se font successivement selon les besoins.

Avant le commencement des labours, le khammas doit avoir fait son gourbi et transporté ses effets.

Le maître fournit la bête de somme pour transporter les bois, les disses (herbes pour couvrir) ou la paille de marais; il indique le lieu où ils doivent être pris, sinon l’Arabe est obligé d’aller les chercher à la montagne. Il les coupe et doit aussi construire, pour mettre à couvert la paire de bœufs de labour fournie par le maître, une gourbi, avec une crèche en treillis de branchages.

Les gourbis appartiennent au maître, se placent au lieu qu’il indique, et ne peuvent être démolies ou enlevées à cessation d’engagements.

Le khammas a ordinairement une ou plusieurs vaches ou chèvres, une mule ou jument, le plus souvent un âne, pour lesquels on lui abandonne quelque lieu de pâture voisin. La possession de bêtes de transport par l’Arabe est avantageuse au maître, qui peut y trouver des ressources au besoin.

Le khammas peut être requis pour corvées extraordinaires, notamment pour le bois et l’eau, mais en ce cas il est d’usage de le nourrir.

Les femmes de khammas doivent tirer le lait des vaches du maître; elles ont pour cela un petit avantage en nature, en lait ou en beurre d’ordinaire. Mais il est à observer que dans les maisons européennes il y a difficulté ou impossibilité de se servir des femmes arabes à cause de la différence des mœurs qui entraînerait plus d’inconvénients que d’avantages.

Le khammas reçoit une paire de bœufs de travail: mais le maître a le droit de les tenir dans sa maison, et alors le premier va chercher leur nourriture, paille ou foin, les soigne et les nettoie comme s’ils étaient chez lui. Bien que la paille de blé soit leur nourriture habituelle, les Arabes lui préfèrent le foin dès qu’ils se sont assurés de la supériorité de ses qualités nutritives.

Le maître fournit et entretient la charrue et ses accessoires, notamment les courroies d’attache pour le joug. A. cet effet, on met ordinairement en réserve une peau de bœuf dans laquelle on découpe ces courroies.

Le khammas est tenu de travailler tout le jour, sauf le repos du matin, pendant qu’il mange, et jusqu’à une heure avant le coucher du soleil. Si on change les bœufs, il doit travailler jusqu’au coucher du soleil, dans ce cas quelqu’un des siens va lui porter la nourriture aux champs, afin qu’il ne cesse pas le travail.

Il est tenu de travailler par corps, c’est-à-dire que s’il est malade, il doit se faire remplacer par un ouvrier à sa charge, et s’il cesse de travailler, le maître peut mettre un homme à sa place à ses dépens ou le contraindre au travail par justice. La justice arabe est sévère en pareil cas, mais il y a une certaine tolérance de chef à serviteur en cas de maladie.

 

  




Les confréries religieuses en Algérie

24092017

 

 

 

 

 

La religion musulmane comprend quatre rites orthodoxes se conformant à la sunnâa. Les Algériens suivent le rite malki. En outre, les gens pieux s’enrôlent dans des confréries religieuses qui ont une importance considérable. En Algérie, elles sont au nombre de sept, qui sont celles de Sidi-Abd-elKader-el-Djelali, de Mouley-Taïeb, des Aïssaoua, de Sidi-Mohammed-Ben-Abd-er-Rhaman-BouGuebrinn, de Sidi-Youcef-er-Hansali, de Sidi-Ahmed-Tedjini, et enfin des Derkaoua.

Chaque ordre a sa légende, ses pratiques particulières et un chef qui le dirige; mais on remarquera que les confréries religieuses comptent beaucoup d’adhérents dans le Maroc et dans l’ouest de l’Algérie, tandis que, dans l’Est, on en rencontre fort peu.

 

 

 

L’ordre de Sidi-Abd-el-Kader est le plus ancien de tous, et son fondateur est le plus vénéré de tous les marabouts. Les pauvres, surtout, en font un cas spécial, et les mendiants l’invoquent d’ordinaire ensollicitant les passants. On a même vu des Français qui, entendant toujours répéter le nom de Sidi-Abd-el-Kader, s’imaginaient qu’on invoquait le nom de l’Emir, tandis qu’il était question du marabout qui habite entre le troisième et le quatrième ciel, et qui, de là, entend toutes les plaintes et intercède pour tous ceux qui le méritent.

Ce n’est pas d’aujourd’hui, du reste, que Sidi Abd-el-Kader exerce cette bienheureuse influence sur le sort des mortels, et déjà, de son vivant, il a rendu d’éclatants services. Chaque année, Dieu envoie sur la terre trois cent quatre-vingt mille maux. Vous comprenez que si tous ces maux, qui sont très-variés, se répartissaient d’une manière égale sur tous les hommes, l’humanité serait perdue. Heureusement, Dieu est miséricordieux, et, pour nous soulager, il choisit un bouc émissaire, un saint auquel il donne, pour sa part, les trois quarts du total, c’est-à-dire deux cent quatrevingt-cinq mille maux. La moitié du surplus est répartie entre vingt justes, et, le reste seulement, c’est-à-dire un huitième, reste à l’humanité, qui trouve la dose très-suffisante.

Quant au Rout, bouc émissaire, on comprend qu’il ne vit pas longtemps avec ses deux cent quatre-vingt-cinq mille maux, et l’on ne sera pas surpris d’apprendre qu’il meurt au bout de quarante jours. Or, de son temps, Sidi-Abd-el-Kader a eu l’insigne honneur d’être désigné par Dieu pour remplir ce désagréable office, et c’est ce qui lui a valu la place de distinction qu’il occupe dans le paradis.

Parmi les membres célèbres de la confrérie, il faut citer l’Emir en première ligne. Deux ans avant la prise d’Alger, deux hommes, l’un âgé, l’autre jeune, priaient dans une chapelle deBagdad, consacrée au marabout vénéré.Tout à coup apparut un Nègre, tenant trois oranges : « Où est le sultan duMaghreb, fit-il, ces fruits lui » sont destinés? » - « Il n’y a pas de sultan » ici, répondit le vieillard. » - « Vous en aurez » un bientôt, répliqua le Nègre. » Et le saint car c’était le saint lui-même – remit les oranges au jeune Hadj-Abd-el-Kader-Ben-Mahi-ed-din. Quatre années s’écoulèrent, et le moment marqué par le Destin étant arrivé, un nouveau prodige vint confirmer le premier : un marabout centenaire, El-Arrach, reçut la visite de MouleyAbd-el-Kader, qui lui fit voir un trône dressé : – Pour qui ce trône, demanda El-Arrach? – Pour Hadj-Abd-el-Kader-Ben-Mahi-ed-din, répondit lefantôme. Et il disparut. El-Arrach s’empressa d’aller raconter sa vision aux chefs qui, par une coïncidence providentielle, devaient se réunir le lendemain pour choisir un chef suprême, et le jeune Abd-el-Kader fut proclamé sultan.

 

Bien souvent, depuis, le marabout est apparu à son protégé, quand, retiré au fond de sa tente, il méditait. C’est lesaint qui a inspiré au jeune chef ses résolutions les plus hardies, car il n’a pas négligé un seul jour de venir raconter àl’Emir ce qui devait lui arriver le lendemain.

 

 

 

 

 

L’ordre de Mouley-Taïleb a une importance moindre que le précédent, bien qu’il compte un grand nombre d’adeptes et que, parmi eux, figure l’empereur du Maroc.

Cet ordre religieux est surtout influent au Maroc. Il doit son origine à Mouléï ed-Dris de la famille des cheurfa (pl. de chérif) du Maroc. On sait peu de chose sur ce saint et sur Mouléï-Taïeb, homme pieux qui mérita plus tard de donner son nom à la confrérie. Mouléï-Taïeb avait le don des miracles ; il rendait la parole aux muets, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, faisant marcher droit les boiteux et guérissant les paralytiques. Comme tous les grands marabouts, il jouissait de la faculté de se transformer en toutes sortes d’animaux, en oiseaux, en poissons, et de traverser l’espace avec une rapidité sans égale.

 

Les khouan de l’ordre de Mouléï-Taïeb doivent répéter deux cents fois par jour la formule suivante : « O Dieu ! La prière et le salut sur notre Seigneur Mohammed et sur lui et ses compagnons, et salut. »

 

Les Fakirs ou frères de Mouleï-Taïeb forment une sorte de confrérie religieuse spéciale. Ils sont assez nombreux à Tlemcen et ils tiennent leurs assemblées dans une maison qui est la propriété de leur ordre. Chaque vendredi ils s’y réunissent et récitent en commun leur interminable rosaire. Ces Fakirs attendent leur Messie comme les Juifs. Le leur sera Moula-Saâ, le champion de la délivrance.

 

 

 

 

L’ordre de Sidi-Aïssa a un caractère tellement étrange qu’il mérite une mention particulière. Il y a cinq cents ans environ, régnait à Meknès, dans l’empire du Maroc, un prince que l’on appelait Mouley-Mohammed. C’était un prince soupçonneux et cruel. Il apprit un jour qu’un pauvre homme, nommé Mohammed-Ben-Aïssa, avait fait une fortune subite qui allait chaque jour croissant. Il fit venir Ben-Aïssa, et l’interrogea. Le brave homme lui annonça qu’il avait, en effet, été fort pauvre, mais qu’un jour, tandis qu’il priait à la mosquée, un homme était venu frapper à sa porte, et avait remis à sa femme d’abondantes provisions : « C’est de la part de Sidi-Aïssa, avait-il dit, » en partant. » Depuis ce moment, l’inconnu un ange certainement – était revenu chaque jour apporter de nouveaux présents, si bien que le pauvre homme était devenu très-riche.

Ce récit ne satisfit pas le Sultan, qui était un peu sceptique , et il chassa de la ville l’homme dont l’opulence lui portait ombrage. 

Le saint s’exécuta avec la résignation qui convient aux gens vertueux, et il partit, suivi de sa famille et de quarante disciples, pour s’établir sur un terrain jusqu’alors inhabité. Mais il paraît que cet exil ne sembla pas suffisant au Sultan, qui fit enjoindre au marabout de sortir du royaume. Pour toute réponse, Sidi-Aïssa fit proposer àMouley-Ismaël de lui acheter son royaume à beaux deniers comptants. Le roi s’égaya beaucoup de cette offre, et, pour mener la plaisanterie jusqu’au bout, il fixa une somme et prit rendezvous pour l’exécution du marché. 

Musique en tête, accompagné de tous les grands du pays et suivi d’une foule innombrable, le Sultan se rendit à Hameria, et après s’être assis au pied d’un olivier énorme :

 – Hé bien, Aïssa ! dit-il, es-tu en mesure de me payer ? Voici les actes de vente.

– Tu vas avoir ton argent. Et le saint s’étant mis à secouer l’arbre, il en tomba une pluie de pièces d’or qui, réunies etcomptées, fournirent une somme bien plus considérable que la somme promise.

Tandis que le malheureux détrôné était encore plongé dans la stupéfaction, Aïssa se leva :

- C’est à toi de sortir, s’écria-t-il, car ce territoire est à moi ! 

Les amis du Sultan intervinrent, et Sidi-Aïssa finit par se calmer et proposa une transaction :

 - Je te rends ton royaume, dit-il, mais à une condition, c’est que, chaque année, pendant sept jours, à partir du douzième de mouloud, tous les babitants de Meknès qui ne seront pas mes khouan (mes frères) resteront enfermés dans leurs maisons. 

Le Sultan s’empressad’accepter cette condition, et depuis cette époque la convention a été scrupuleusement observée : seulement tous les habitants de Meknès se sont enrôlés parmi les Aïssaoua. 

Les khouan de Sidi-Aïssa ont, du reste, une foule de priviléges fort agréables, car ils peuvent toucher lefeu sans se brûler, et jongler avec des reptiles sans le moindre danger. Cela leur permet de donner au public des séances de jongleries fort | Intéressantes.

Qu’on se figure, au milieu d’une cour, une bande d’hommes à figures étranges, accroupis en cercle. La prière commence, lente, monotone, grave; au bout d’un instant elle devient plus rapide, puis précipitée; alors les frères prennent des tambours de Basque et les agitent avec frénésie jusqu’au moment où, surexcités par le bruit, ils présentent l’aspect d’une réunion de convulsionnaires. Le tapage devient plus intense : des cris rauques, des gestes saccadés, des danses frénétiques se succèdent avec une rapidité vertigineuse ; les turbans tombent et laissent voir des crânes rasés ; les ceintures se déroulent, s’embarassent dans les jambes des danseurs, et mettent bientôt le désordre à son comble. Les uns roulent à terre, les autres rampent en imitant des cris de bêtes; tous laissent échapper des sons inarticulés.

Alors commence la jonglerie. L’un prend une pelle rougie et la lèche avec amour; l’autre plonge sa main dans un sac de cuir et en sort des reptiles qu’il agite triomphalement ; quelques-uns se mordent les bras et semblent s’ouvrir des blessures d’où le sang s’échappe à flots, puis referment ces blessures par un simple attouchement ; on dirait une assemblée de démons, se livrant à leurs jeux infernaux, et jamais l’on ne pourrait imaginer qu’on assiste à une cérémonie religieuse.

 

 

 

 

 

 L’ordre de Sidi-Mohammed-Ben-Abd-er-Rhaman 

Sidi Mohammed ben-Abd-er-Rhaman, le fondateur de cet ordre, est né à Alger, sous le règne de Moustapha Pacha. Il avait fait de nombreux disciples dans sa ville natale, lorsque, on ne sait trop pour quelles causes, il quitta Alger et se retira, avec sa famille, dans les montagnes de la Kabylie, au centre du Djurjura. Il y était à peine depuis six mois lorsqu’il mourut. Les Kabyles, furent désolés et ils l’inhumèrent avec la plus grande cérémonie.

 

 

 

 

Les confréries religieuses en Algérie   dans Attributs d'Algérienneté 1504777240-1-15

 

 

 

 

 

Lorsque les khouan d’Alger apprirent la mort du marabout, ils tinrent conseil et se demandèrent si l’on devait laisser le corps du saint homme aussi loin de sa ville natale. Les frères furent unanimes à penser qu’il fallait aller chercher la dépouille mortelle de I’ouali dans les monts du Djurjura. Comme ils pensaient ne pouvoir l’obtenir des Kabyles, ils eurent recours à la ruse. Arrivés non loin des montagnes, les khouan algériens se partagèrent en trois bandes : les deux premières se rendirent au village pour endormir la vigilance des montagnards, tandis que l’autre partie déterrait le corps et l’emportait à Alger sur un mulet. Les Kabyles apprirent bientôt que la sépulture du marabout avait été violée.

 

 Ils s’en plaignirent vivement aux khouan d’Alger et les menacèrent de leur faire un mauvais parti. Comme ces derniers soutenaient qu’ils ne savaient rien de cet enlèvement, on ouvrit à nouveau la fosse et l’on y trouva le corps du saint homme qui depuis eut sa mosquée en Kabylie et à Alger. C’est pour cela que SidiMohammed-ben-Abd-er-Rhaman est surnommé Bou-Korabin ou Bou-Guebrin, c’est-à-dire l’Homme aux deux tombeaux.

 

La confrérie de Sidi-Abd-er-Rhaman est le véritable ordre national de l’Algérie, parce que, sous une bannière commune, elle réunit deux éléments bien divers, l’Arabe et le Kabyle, toujours opposés de caractère et d’intérêts. La règle de cet ordre consiste à répéter au moins trois mille fois par jour la formule sacramentelle, profession de foi du Musulman : La ilah Ma Allah, Mohammed rassoul Allah !

 

 

 

 

 L’ordre de Sidi-Yousef-el-Hansali est originaire de Constantine, et n’est guère sorti de la banlieue de cette ville. 

Cet ordre, fondé à Constantine même, ou mieux dans la montagne située près de là et nommée la Chettaba, compte dans la ville et aux environs à peu près deux mille khouan.

Le fondateur, Sidi-Youssef-Hansali vint de l’Ouest de Sétif, du côté de Zammoura. Il s’établit dans ,le Djebel Zaouaoui, partie des monts Chettaba, à l’endroit que tous ses khalifa ont depuis habité.

Au temps des Deys, la maison du marabout était un lieu de refuge qu’aucun de ces souverains n’aurait osé violer. Tous ceux qui s’y retiraient recevaient d’abord une généreuse hospitalité, et plus tard ils trouvaient le pardon de leurs fautes dans la puissante intercession de Sidi Hausali.

Les khouan Hansala récitent chaque jour un verset du Coran indiqué par le marabout ; ils le disent vingt fois à trois heures de l’après-midi, et vingt et une fois au coucher du soleil. A chaque heure de prière, ils y ajoutent deux cents fois la formule : 0 Dieu ! le salut sur notre Seigneur et maître Mohammed, et salut !

 

 

 

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 Zaouïa El Hansalia – Constantine 

 

 

 

 

 

 

Celui de Sidi-Hamed-Tsidjani compte des disciples nombreux dans le Sahara, et il sert de trait d’union entre le Sahara et le Tell, mais il n’a pas d’autre importance.

 

C’est un des plus récents des ordres religieux de l’Algérie, puisqu’il ne date que des premières années de ce siècle. Le fondateur, Sidi-Hamed-Tsidjani, était un des plus importants de la ville du Sahara algérien nommée Aïn Madhi. Les vertus et les miracles de ce marabout lui acquirent une telle renommée que les Turcs, épouvantés par la puissance de Sidi-Tsidjani, réunirent une nombreuse armée et marchèrent contre Aïn-Madhi, Mais lorsque les Turcs voulurent envoyer leurs boulets contre la ville, le saint homme par la et les canons ne voulurent point partir. Les habitants sortirent et mirent en fuite les assiégeants. Le pacha d’Alger entra dans une violente colère lorsqu’il apprit cette défaite, et il fit mettre à mort le mokaddem des khouan de l’ordre établi dans la ville. Mais, la nuit suivante, le saint vint trouver le pacha dans son sommeil, le changea en femme et le laissa ainsi jusqu’à ce qu’il lui eût promis de bien traiter à l’avenir les frères de l’ordre. Puis Sidi-Hamed-Tsidjani alla se fixer à Fez où il eut à souffrir de l’envie du sultan et des euléma jusqu’au jour où il eut donné des preuves irrécusables de son savoir. Sidi-Hadj-Ali, de la ville de Temassin, le remplaça comme khalifa. Dans une lutte qu’il eut à soutenir contre ses ennemis, les dattiers se mirent à lancer des obus, des balles et des fusées contre des gens de Mouléï-Taïeb.

 

 

 

 On ne saurait en dire autant de l’ordre des Derkaoua dont les origines sont peu connues, et qui est certainement le plus curieux de tous. Son organisation mystérieuse rappelle beaucoup celle de nos Franc-Maçons; ses principes religieux permettent de dire qu’il est le jésuitisme musulman. 

Le Derkaoui ne reconnaît d’autre pouvoir légitime que celui de Dieu, et il ne respecte l’autorité temporelle que si elle a pour but immédiat la conversion des infidèles et le triomphe de l’Islam. En - matière politique il professe le radicalisme le plus absolu. On le reconnaît aisément à sa manière de - parler et de se vêtir; il affecte une prononciation cadencée et se couvre de haillons sordides – qui cachent parfois un vêtement luxueux. Un bâton à la main, portant au cou un chapelet à gros grains, le Derkaoui va de douar en douar et profite des moindres occasions pour prêcher la révolte. Avant notre arrivée en Algérie, les Derkaoua fomentaient des révoltes contre les Turcs, et - depuis ils n’ont pas plus accepté l’autorité d’Ad- el-Kader que la nôtre. 

Les Derkaoua ont des loges dont le cheikh est électif; les cheikhs se réunissent pour former l’assemblée suprême, et ils nomment chaque année un grand-maître.Voilà tout ce que l’on sait jusqu’ici sur une société secrète qui a certainement joué un grand rôle dans l’histoire de l’Afrique septentrionale. 

 

 

 

 

 

 

Ordre de Sidi Mohammed Ben’ Ali Es-Senoûsi. Cette confrérie est de création moderne. Son fondateur, Sidi Mohammed Ben’ Ali Es-Senoûsi, né en Algérie dans le voisinage de Mostaghanem, était un jurisconsulte ; il fut initié de bonne heure à la philosophie mystique des Châdheliya; adversaire des Français comme il l’avait été auparavant des Turcs, il partit pour l’Orient après notre conquête, et sur sa route séjourna quelque temps à Laghouat, au Caire, enseignant le droit et la théologie. A la Mecque, il se fit le disciple d’Ahmed Ben-Edris, le grand docteur du Chadhélisme, et celui-ci, en mourant, le désigna en quelque sorte comme son successeur.

 

La doctrine dont Sidi Mohammed se fit l’apôtre consistait à ne rendre de culte qu’à Dieu seul, à honorer les saints pendant leur vie, mais sans continuer à les vénérer après leur mort, parce qu’ils ne sont que des mortels, sans excepter Mahomet, « la plus parfaite des créatures », à renoncer au monde, à ne permettre le luxe de la parure qu’aux femmes dont elle augmente-la séduction, et à n’autoriser les hommes à avoir de recherche que pour leurs armes de guerre, à n’obéir qu’aux chefs qui suivent eux mêmes scrupuleusement la loi religieuse dans l’exercice de leur double pouvoir spirituel et temporel, à n’entretenir aucune relation avec un chrétien ou avec un juif et même à considérer comme ennemis tous ceux qui ne sont pas ra’aiya, c’est-à-dire tributaires des fidèles. Pour propager plus sûrement cette doctrine, Sidi Mohammed fonda, dès 1837, une confrérie.

 

 

 

Il existe beaucoup de confréries religieuses parmi les musulmans. Celle des Senoûsîya n’a pas tardé à devenir, dans le nord de l’Afrique, la plus importante; elle a même absorbé ou subordonné à son influence une partie de celles qui dérivaient, comme elle, de la doctrine mystique du Chadhélisme. Les Senoûsîya ont des couvents, des zaouïas (écoles), et comptent un très grand nombre de khouân, c’est-à-dire de frères.

 

Ces frères vivent mêlés à d’autres musulmans dans les tribus ou dans les villes, ne se distinguant pas de la foule par un costume particulier, mais astreints à dire chaque jour certaines prières, qu’ils doivent répéter jusqu’à cent fois, soumis à une obéissance passive à l’égard du moquaddem, préfet apostolique de leur district, portant leurs différends devant les juges de la confrérie, qui prononcent leurs arrêts conformément aux traités de jurisprudence de Sidi Mohammed, faisant à certaines époques des pèlerinages aux couvents et payant dans la caisse de la confrérie 2 4/2 pour 400.de.leur capital ou venant cultiver les terres de la communauté quand ils sont trop pauvres pour faire, une offrande- en argent.

 

L’organisation est habilement conçue. Le chef des Senoûsîya a assuré sa propagande par ses écoles, son autorité morale par le rigorisme de sa doctrine qui surexcite le fanatisme musulman, son influence temporelle par ses tribunaux, par les biens de ses couvents, qui font de larges aumônes, sa propre autorité par la hiérarchie des moquaddem et par les synodes dans lesquels il les réunit pour leur communiquer l’inspiration de sa volonté souveraine. Il n’a pas dédaigné, malgré le renoncement dont la doctrine fait profession, de s’assurer pour lui-même une part des biens de ce monde et les dons des fidèles lui procurent les jouissances et la puissance que donne une grande richesse.

 

Le fondateur de la secte est mort. Son fils, Sidi Mohammed el Mahdi, lui a succédé, et la confrérie a continué de prospérer et de grandir sous sa direction. Il est peut- être plus respecté encore que n’était son prédécesseur: les fidèles lui attribuent le don des miracles. Il réside à Yerhboûb où son père s’était établi et avait fondé un couvent en vertu d’un firman du sultan de Constantinople.

 

Avant lui, Yerhboûb, situé dans le désert de Libye, presque sur les confins de l’Egypte et de la Tripolitaine, était un Heu inhabité et inconnu des géographes. Sidi Mohammed s’y fixa en 1861 et avait bâti son couvent sur le bord d’un plateau qui domine le lac de Farêdgha ; douze ans après, le couvent ne comptait encore qu’un petit nombre de résidents, maîtres, élèves ou esclaves. C’est aujourd’hui une cité dans le désert ; en 1880, le nombre des Algériens qui figuraient parmi les gardes du prophète était évalué à quatre mille et le couvent seul renfermait, en 1883, sept cent: cinquante personnes. Ce couvent est la zaouïa métropolitaine. C’est là que le Mahdi tient ses synodes annuels, qu’il a sa cour, ses nombreux esclaves qui cultivent les jardins de l’oasis et qu’il reçoit les hommages et les présents des fidèles.

 

A Yerhboûb, le Madhi est à l’abri d’un coup de main : le désert lui fait un rempart. Autour de la capitale du Sénoûsisme, plusieurs autres couvents, dont la position n’est pas exactement connue, peuvent, au besoin, servir de refuges ou de postes avancés, et, plus loin, par delà le désert, le Ouddaï lui offre un asile où il serait en sûreté.

 

A la fin du XIXe siècle la confrérie des Senoûsîya compte, d’après l’opinion de M. Duveyrier, 1,500,000 à 3,000,000 d’adhérents et 121 couvents ou centres d’action ; un écrivain anglais, M. Broadley, porte même le nombre à 300 ; mais le savant géographe français regarde cette évaluation comme exagérée. La confrérie domine souverainement dans le Barka, l’ancienne Cyrénaïque; c’est elle qui y a fondé la plupart des écoles et qui les dirige toutes aujourd’hui, qui rend la justice par ses tribunaux ; les autorités turques paraissent être sous sa dépendance. La Cyrénaïque, au sud est dé laquelle est située Yerhboûb, est aujourd’hui le contre de la domination senoûsienne.

 

Mais cette domination s’étend bien au delà. La carte que M. Duveyrier a jointe à son mémoire nous fait voir que la confrérie domine dans le Fezzan, dans le Koufara, qu’elle a des écoles à Tripoli, à Ghadamès. Plus à l’ouest, quelques tribus du sud de la Tunisie, et un plus grand nombre de tribus algériennes, les Oulâd-Naïl, les Oulâd-sidi-e-Cheïkh, des Berbères de l’Aurès, des Arabes du Dahra et des environs de Mostaganem lui appartiennent en grande partie et elle étend ses ramifications jusque vers l’extrémité occidentale de l’Atlas marocain. Dans le Sahara Occidental, les Cha’anba-el-Mâdi, les habitants d’In- Salah, les Touaregs et, jusque sur les bords du Sénégal, les Trarzas, nos voisins, sont affiliés à la grande confrérie. Dans la partie orientale du Sahara, les Tonbou (ou Tibbou) paraissent lui être entièrement dévoués et, de ce côté, son influence s’étend jusque chez les Somali, sur les rives de l’océan Indien.

 

Elle s’est avancée jusque dans le Soudan, au bord du lac Tchad, et le Ouadaï, que l’humeur guerrière de ses habitants a rendu redoutable et qui a été, jusqu’à l’époque du voyage de Nachtigal, si fermé aux Européens, lui est aujourd’hui tout dévoué, depuis que le Mahdi a renvoyé au sultan de ce pays une caravane enlevée par les maraudeurs et surtout depuis qu’il a assuré par son influence l’avènement du souverain actuel.

 

La confrérie des Senoûsîya, qui s’est propagée aussi en Arabie et en Mésopotamie, est donc devenue une puissance considérable, surtout dans, le nord de l’Afrique. Comme elle s’inspire du fanatisme religieux et de la haine des infidèles, elle est un danger permanent pour les Européens qui voyagent dans ces contrées ou qui y ont des établissements. M. Duveyrier n’hésite pas à attribuer à son influence les assassinats d’Européens qui ont eu lieu dans le Sahara depuis vingt ans, particulièrement celui du colonel Flatters, et la plupart des difficultés que d’autres Européens ont éprouvées pour se faire admettre dans certaines oasis, et qui semblent avoir augmenté à mesure que s’accroissait l’influence du Sénoûsisme.

 

L’Angleterre éprouve en ce moment ce que peut le fanatisme religieux sur la terre d’Afrique. Le Madhi de Dongola qui a soulevé contre elle le Soudan, est aussi un mystique relevant du Chadhélisme. Néanmoins, entre les deux Mahdis, animés d’un même sentiment de haine contre les chrétiens, et jaloux de ramener les fidèles à la pureté de la vie musulmane, il paraît qu’il n’y a aucun concert pour l’action. M. Duveyrier incliné même à penser qu’il y aurait une rivalité, secrète ou même déclarée, d’influence entre l’ancien et le nouveau prophète.

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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