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Arts Jbaliens et Rifains au Début du XXème siècle

6 02 2021

Les Années 1920

 

 

 

 

 

 

 

Les artisans jbâliens et rifains ne sont pas tout à fait inconnus dans la zone, française du Maroc. Aux yeux des indigènes, les plus célèbres sont peut-être ces jeunes musiciens et danseurs qui descendent du Jbel, à l’époque des moussems printaniers, pour apporter leur concours dans les réjouissances populaires du Gharb. Réunis par équipes d’une demi-douzaine, revêtus d’une longue gandoura de cotonnade blanche serrée autour des reins par une ceinture, la tête rasée et ceinte d’une couronne de roses, ils dansent pieds nus, au son d’une musique bruyamment rythmée, devant les groupes qui se délectent à leurs jeux et les récompensent, par des « fabors » qui constituent parfois de beaux honoraires. Danseurs équivoques, sans conteste, prisés davantage pour leurs mœurs que pour leur art…

 

 

 

 

 

 

 

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Sabre en argent ramené de la guerre du RIF par un officier colonial 1925

 

 

 

 

 

En fait, ce ne sont pas ces jeunes gens qui nous intéressent ici. Plus dignes de notre attention sont les petits artisans, qui passent généralement inaperçus parce que plus modestes et peut-être plus vertueux. C’est ainsi qu’en cherchant bien, on en trouverait de petites colonies dans maintes cités maghrébines. A plusieurs, il se partagent d’étroits réduits où ils logent et de petites échoppes où ils travaillent, dépensant peu pour réunir, aussi rapidement que possible, des économies qu’ils remporteront, un jour au pays.

 

Ceux que nous connaissons le mieux sont des maroquiniers. On peut en compter une quinzaine dans chacune des villes de Fès et de Rabat. Il y en a jusqu’à Casablanca. Ils confectionnent des porte-feuilles, des porte-billets, des porte-cartes, des liseuses, des sacs à main, des porte-musiques, des serviettes, des coussins, etc., s’efforçant de répondre à tous les désirs, même les plus hétéroclites, d’une nombreuse clientèle de particuliers ou de marchands. Ils emploient de la basane de mouton de couleur fauve ou bise, pour des articles à bas prix, et du cuir de. chèvre de diverses nuances pour ceux de meilleure qualité. Leurs ouvrages sont presque toujours ornés de motifs rectilignes et curvilignes exécutés au plioir et au fer. Leur assiduité au travail et leur souplesse sont telles qu’ils ont gagné la confiance de certains commerçants européens ou israélites qui leur passent des commandes parfois considérables, ou même, les emploient dans leurs ateliers à raison de 10 à 15 francs par jour. Parmi ces ateliers, il en est qui associent à l’ornementation berbère, soit l’ornementation citadine des reliures de Fès, copiée sur des motifs remis en honneur par le Service des Arts indigènes, soit celle de personnages et d’architectures à prétention pittoresque, conçue par des Européens.

 

De telles juxtapositions sont évidemment regrettables et un meilleur parti pourrait être tiré des pratiques jbâliennes, si caractéristiques par exemple dans les grandes sacoches autochtones, à longues franges, fabriquées à Taghzout, Agni et aux Béni Touzine, dites z’aboula (pl. z’aâbel), analogues aux chkâras du Gharb et du Haouz, brodées non de fils de soie, mais de minces lanières de cuir coloré composant des listels d’encadrement et des médaillons curvilignes groupés suivant l’ordonnance géométrique chère à tous les Berbères de l’Afrique septentrionale. Il est curieux d’observer que les Jbâla d’El-Milia (département de Constantine / Algérie) ne procèdent pas autrement, mais qui, plus fidèles à la tradition, ont conservé leur technique intacte dans la préparation de mille objets à l’usage des Européens, principalement vendus sur la place d’Alger.

 

Parmi les ouvriers du cuir, on découvrirait aussi, dans les villes marocaines, des Jbâliens fabricants de babouches et de soufflets alternatifs pour forgerons, mais les ouvriers du métal sont peut-être plus nombreux encore. Autrefois, ils formaient presque tout l’effectif des armuriers de Fès. Ceux-ci confectionnaient des crosses et des platines de fusils qu’ils ornaient ensuite, d’incrustations de nacre et d’argent, ou de damasquinages d’argent ou de cuivre. Depuis l’établissement du Protectorat, cette industrie est naturellement tombée en désuétude et les artisans ont dû rejoindre la montagne ou s’adonner à d’autres travaux. C’est ainsi que, dans le quartier de Bab Es Sensela, à Fès, on peut voir des forgerons, originaires du Jbel, qui façonnent divers ouvrages en fer, notamment des grillages. Aux abords de la place Seffarine, il en est qui se sont spécialisés dans le travail du bronze : ils liment et tournent avec une précision suffisante les arbres et les bobéchons de candélabres et de braseros montés sur pieds.

 

Les Jbâliens et les Rifains ne se livrent pas, semble-t-il, au travail des métaux précieux, or ou argent. Leurs bijoux sont achetés dans les villes ou confectionnés sur place par des israélites, venus du pays makhzen, qui vont et viennent dans la montagne, œuvrant pour le compte de ceux qui les emploient.

 

Nous sommes moins renseignés sur le travail du bois. Mais nous savons que les hauts sommets du Rif sont couverts de forêts de cèdre et, qu’à des altitudes moins élevées, croît le buis. Léon l’Africain note que ces deux essences trouvaient, au XVIe siècle, des débouchés sur le marché de Fès pour entrer : la première dans des ouvrages de charpente et de menuiserie, la seconde dans de plus menus objets. Nos informateurs déclarent que les autochtones confectionnent des huisseries, des coffres grands et petits et divers autres objets qu’ils embellissent parfois de motifs géométriques sculptés et estampés. Cette décoration serait de même nature que celle que l’on observe encore dans les Kabyles algériennes. Le Musée d’Art musulman de Fès compte, parmi ses collections, des poires à poudre sculptées et cloutées, dont un bon nombre doit provenir du Rif et des Jbâla, bien que les plus recherchées, à Taghzout par exemple, venaient des Ghiata.

 

En ce qui concerne le travail de la laine, nos renseignements restent assez incomplets. On a cependant pu noter que certains groupements, tels que les Jaïa, confectionnent des ceintures fort curieuses, dites kerzîyas , représentées dans les Musées d’Art musulman de Fès et de Rabat, d’abord unies ou rayées de filets de coton blanc et bleu, puis teintes par un procédé à réserves qui a pu être qualifié de batik berbère. Procédé d’ailleurs reconnu par M. H. Basset, dans les Art Ouaraïn, sur le versant sud du couloir de Taza, et que nous avons nous-même trouvé dans les Béni Oughlis, sur le versant oriental du Djurjura, dans la région de Gabès (Sud Tunisien), sur le plateau de Ghariane; en Tripolitaine, et jusqu’en Haute Egypte .

 

L’appareil de tissage est un petit métier horizontal à basses lisses, qui n’exclut pas l’emploi d’un métier de plus grand modèle analogue à celui de Tlemcen, de Fès, de Meknès, d’Ouezzane et de Tetouan, employé à Taghzout, par exemple, pour la confection de jellâbas et même des hâïtis.

 

A côté de ces métiers horizontaux maniés par des hommes, et particuliers à des centres de quelque importance, on constate surtout l’existence du métier vertical à haute lisse, si répandu dans tous les milieux berbères de l’Afrique septentrionale, et sur lequel des femmes tissent soit des jellâbas rayées de noir et de brun, soit des hâïks blancs quelquefois rehaussés, vers les lisières, de petits motifs ornementaux, soit, comme chez les Gueznaïa, des nattes d’alfa brut ou teint en noir, soit enfin, comme dans les Jbâla, de nattes de palmier nain. Tous ces travaux font supposer que le filage est de pratique courante, du moins -en certaines régions, car la laine n’est pas généralement abondante. On a noté, il y a quelque temps déjà, que les tisserands tlemcéniens recherchaient, à cause de sa grande solidité et de sa finesse, le fil de chaîne préparé par les femmes guela’îya.

 

Parmi les autres ouvrages féminins du Rif, les poteries sont très dignes de remarque. L’existence en a été révélée pour la première fois, au grand public, lors de l’Exposition franco-marocaine de Casablanca, en 1915, par M. Michaux-Bellaire, organisateur du Pavillon de Tanger. Façonnées à la main sans tour, cuites sans four, elles sont ornées de motifs linéaires peints en noir, dessinés avec une grande, sûreté de main et groupés dans des compositions pleines de caractère et de saveur. Elles ne diffèrent pas, fondamentalement, des poteries des autres groupes berbères nord-africains, tels les: Tsoul marocains, les Msirda, le Dahra et l’Aurès algériens, la Khoumirie tunisienne et le Djebel tripolitain. Ou en trouve d’analogues dans le Zerhoun, où une fraction de tribu du Rif est établie depuis longtemps déjà, mais qui mêle parfois, aux motifs rectilinéaires, des ornements curvilignes et floraux, par contamination, semble-t-il, des poteries émaillées de Fès et de Meknès qui n’utilisent que ce genre d’ornements.

 

La foire de Fès de 1916 fit enfin connaître, pour la première fois, les poteries jbâliennes des environs de la Kalâa des Slès. Le Musée d’Art musulman de Fès en constitua alors une collection. Depuis, les formes et le décor en ont été signalés par M. Lévi-Provençal. Celles-ci se rapprochent davantage encore des poteries des autres régions berbères du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, avec leurs motifs peints en noir et en ocre rouge. Il faut signaler enfin les nombreux spécimens réunis au siège de l’Institut, des Hautes Études marocaines par M. Henri Basset, au cours des dernières années, et qui feront bientôt l’objet d’une importante étude.

 

En résumé, on trouve dans le Rif et les Jbâla, mais à un degré moins développé peut-être, Tes industries d’art connues dans le Moyen Atlas marocain et les Kabylies algériennes et tunisiennes. Ces industries mettent en œuvre des matériaux de même nature et utilisent des techniques identiques. La décoration, quand elle existe, procède du même esprit géométrique, si particulier à toutes les populations berbères de l’Afrique septentrionale. Il convient de noter encore que les artisans de la côte méditerranéenne du Maroc n’ont pas vécu complètement à l’écart des autres populations de la zone intérieure, dans laquelle ils continuent de travailler en dépit des événements actuels.

 

Si l’on considère enfin que dans quelques centres exceptionnels, tels que la ville de Tetouan après celle de Ceuta, qui ont eu, par suite de leur islamisation plus avancée et de leurs rapports suivis avec d’autres cités marocaines ou andalouses, des arts citadins, architecturaux et industriels, plus particulièrement musulmans, recourant à des techniques plus savantes et plus compliquées, utilisant des matériaux non seulement trouvés sur place mais encore importés, on remarque qu’ici comme partout ailleurs le traditionalisme berbère s’est manifesté avec son habituelle résistance en face de l’envahisseur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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