Les Trafi (Hameïan Cheraga)
24 11 2020

L’origine des Trafi est confuse. On en est réduit aux fables des indigènes ou à des suppositions. Ils sont serviteurs religieux des Oulad-Sidi-Cheikh, de Muley Abd el Kader Djilani, de Muley Taïeb, et quelques familles des Oulad-Abd-el-Kerim sont affiliées à l’ordre de Tedjini. La version la plus vraisemblable leur donne comme ancêtres quatre étrangers que Sidi Maâmar bel Hayia, père des Oulad-Sidi-Cheikh, qui, chassé de Tunis, était venu s’établir à Arbaout, trouva couchés un malin auprès des touaref de sa tente. Touaref est le pluriel de tarfa, nom de la corde qui attache la tente aux piquets. Sidi Maâmar apprit que trois de ces Arabes appartenaient à la tribu des Dreïd et que le quatrième, nommé Abd el Kerim, noble d’origine, était de la tribu des Beni-Hachem.
Les serviteurs de Sidi Maâmar n’ayant pas toujours présents à la mémoire les noms des nouveaux venus, les appelèrent Trafa (ceux qui ont été trouvés sur les touaref), dont on a fait Trafi?
Les Trafa accompagnèrent le saint homme et lui rendirent tous les services dont ils étaient capables, le protégeant même avec leurs burnous lorsque soufflait le terrible vent du sud. Pour les récompenser de leur zèle, le marabout leur dit un jour : «Votre race croîtra, s’il plaît à Dieu! Elle sera un jour notre bouclier, notre abri contre nos ennemis comme vous l’êtes aujourd’hui pour moi contre le vent.»
De là leur vint un autre surnom, celui de Derraga, qui vient du verbe derreg (il a abrité).
D’aucuns disent qu’ils doivent ce nom au djebel Bou-Derga (le mont Bouclier), qui est près de Géryville, au pied duquel ils abritent souvent leurs campements.
D’après cette légende, ce seraient les Trafa, les Derraga et les fils de trois mulâtres domestiques de Sidi Maâmar nommés Rezin, Akerman et Ziad qui formèrent les Trafa, dont les fractions se nomment : les Derraga, les Rezaïna, les Akerma, les Oulad-Ziad. Les descendants d’Abd el Kerim fondèrent la tribu noble de ce nom et une tribu venue de l’est, nommée Oulad-Serour, s’étant jointe à ce noyau, la tribu portant le nom générique de Trafi fut créée.
Une autre légende, aussi admissible que la précédente et très répandue dans le sud de Géryville, fait descendre les Trafi d’une race à demi sauvage qui se nourrissait autrefois de terfès, sorte de truffe très commune. Les chercheurs de ce genre de truffes sont appelés terfsia.
On prétend aussi que ce nom vient de tarfaouï, ceux qui sont aux extrémités,de teurf, le bout, l’extrémité; mais la précédente version nous parait la plus logique.
Les Trafi, du temps des Turcs, dépendaient de l’agha de Smelas. Ils payaient un impôt qui était, pour les Derraga, les Akerma, les Oulad-Abd-el-Kerim et les Oulad-Serour, réunis en un seul caïdat, de 500 douros, 24 chamelles, 500 moutons, 24 peaux maroquinées, 4 négresses et 1 cheval. Les Rezaïna et les Oulad-Ziad, qui étaient commandés par deux caïds distincts, payaient leur impôt à part.
Sous l’émir Abd el Kader, ils dépendaient de l’agha des Hachem-Gheraba et étaient divisés en quatre caïdats. L’émir s’étant aperçu qu’ils dissimulaient leurs richesses, leur imposa la maouna, impôt d’aide, qu’il fixa tous les ans selon sa volonté.
Les Trafi furent soumis en 1845 par le colonel Géry, qui s’avança avec une colonne jusqu’à Brezina. Quelque temps après ils se révoltèrent, mais furent de nouveau soumis en 1846. A part quelques fractions minimes qui se donnèrent à Sidi Cheikh ben Taïeb en 1849 et en 1852, les Trafi ne causèrent aucun désordre jusqu’en 1864. A cette époque, n’étant pas protégés, ils quittèrent le pays, devenu dangereux, et la majorité alla tranquillement chez les Oulad-Sidi-Cheikh-Gheraba, attendant la tournure que prendraient les événements. Quelques fractions fournirent pourtant des contingents aux Oulad-Ziad (ennemis de la France) entre autres.
Étant revenus dans leurs campements, leurs goums servirent le colonisateur en 1871 et combattirent contre les Oulad-Sidi-Cheikh et les tribus de l’Oued-Guir, qui menaçaient d’envahir la province d’Oran. Ils restèrent fidèles jusqu’en 1881.
Les Trafi se divisent en six grandes fractions, qui sont :
Les Derraga, les Akerma, les Oulad-Ziad, les Oulad-Abd-el-Kerim, les Oulad-Serour, les Oulad-Maâllah (cette fraction est une branche des Derraga devenue très nombreuse), qui appartiennent au cercle de Géryville, et les Rezaïna, qui sont administrés par Saïda. Les Oulad-Ziad et les Derraga se subdivisent en Cheraga et Gheraba (de l’est et de l’ouest); chacune de ces fractions et subdivisions est commandée par un caïd.
Les Trafi sont pasteurs et nomades. Leurs troupeaux en temps de paix descendent jusqu’aux dunes de sable qu’on appelle les Areg et ne s’arrêtent que par crainte des incursions sans cesse menaçantes des populations du Sahara. Les animaux trouvent dans ces solitudes les plantes salées et nourrissantes qui leur plaisent. Les Trafi ne cultivent pas; cependant, quelques familles possèdent des jardins et des terres labourables dans les ksour. Elles louent ces terres à moitié fruits aux habitants sédentaires. Ces indigènes fabriquent leurs tentes, les couvertures de leurs chevaux et des tapis. Ces produits sont consommés par eux, sauf les feldja, grandes bandes d’étoffe qui servent à faire les tentes, et qu’ils exportent. Ils envoient et vendent leurs chameaux, moutons, laines, beurre sur les marchés de Tiaret, Frendah, Saïda, Mascara, où ils s’approvisionnent de grains, d’épices et de cotonnades. Avant l’insurrection, les Trafi expédiaient tous les ans après les premières pluies des caravanes au Gourara pour chercher des dattes. Ces caravanes partaient d’El- Abiod-Sidi-Cheikh et suivaient la route tracée par l’oued Gharbi. Ce fut la tribu des Oulad-Ziad, fraction des Djeramna, qui assassina, le 22 avril 1881, le lieutenant du 2ᵉ de zouaves Weinbrenner, attaché au Service des Affaires indigènes.
…… «le genre humain fera défection avant les Trafi ! » disait cette tribu.
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