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Les associations religieuses dans l’Aurès et le cercle de Biskra au 19 ème siècle

2 11 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

Au point de vue religieux quatre ordres religieux représentés par quatre grandes zaouïa se partagent l’influence dans l’Aurès et le cercle de Biskra. Ce sont :

1° La zaouïa du Timmermassin, qui domine tout l’Aurès et n’est qu’une secte dissidente de celle des Abd el Hafid ;

 

2° celle de Kheïran où règnent les Abd el Hafid; elle domine les Béni Imloul, le Djebel Chechar et une portion de la Tunisie;

 

3° Celle de Tolga, dans les Ziban, qui domine le nord du Sahara et maintes tribus des hauts plateaux vers Khenchela, el Beida, Tebessa, etc.;

 

4° celle de Temacin, qui domine l’Oued R’ir, une grosse partie du Souf et les tribus de l’extrême sud, Chamba, Touareg, etc.

 

 

 

 

 

La zaouïa de Timmermassin fut fondée par Si Saddok, ancien mokaddem des Ouled Abd el Hafid, qui se fit donner par ceux-ci l’investiture de grand m’kaddem et finit par se soustraire à toute obédience vis à vis de ses anciens maîtres. Il fut encouragé dans cette attitude par l’esprit particulariste des Berbères de l’Aurès trop éloignés de Kheïran qui, différant de tendances et de langues avec le Djebel Chechar, supportaient impatiemment un joug religieux qui n’avait rien de national. Il rallia les populations berbères à l’ordre religieux qu’il avait créé et voulut, quelques années après, essayer son influence contre le colonisateur. En 1859 il souleva l’Aurès et vint offrir aux troupes colonisatrices la même lutte qui avait si mal réussi à Sériana aux Ouled Abd el Hafid contre le commandant de Saint-Germain.

Le Djebel Chechar poussé par ses marabouts jaloux de Si Saddok, les Ziban poussés par les Ben Gana jaloux de montrer à la France leur dévouement et par les marabouts de Tolga désireux de détruire une secte rivale, donnèrent un appui empressé ; les Beni-Imloul marchèrent avec le Djebel Chechar. Les caïds de la montagne, de la famille des Ben Chenouf, montrèrent une attitude douteuse : engagés une première fois contre les contingents de Si Saddok ils lâchèrent pied et contribuèrent ainsi à grossir l’insurrection. Les colonnes du général Desvaux étaient proches, car elles entraient à ce moment par El Habbel dans la vallée de l’Oued el Abiod. Elles refoulèrent Si Saddok sur les contingents du Djebel Chechar qui le firent prisonnier, lui et ses trois fils. On interna les marabouts en France, et la zaouïa de Timmermassin fut fermée. Les Ben Chenouf, malgré la mollesse de leur aide, furent maintenus dans leurs commandements. Ils faillirent faire une seconde insurrection en 1871; ils en préparèrent une autre en 1874 et furent enfin à cette date expulsés de l’Aurès.

 

Par une indulgence et une faiblesse politique difficiles à comprendre, les fils de Si Saddok furent mis en liberté quelque temps après la mort de leur père et reçurent l’autorisation de rouvrir leur zaouïa. Ce fut en 1870-71 que se produisit cet événement. On ne saurait expliquer la mesure prise que par les sollicitations du parti Bou Akkaz, qu’on tenait à ménager à cette heure grave, et par le désarroi des affaires indigènes à cette époque, où furent appelés à leurs régiments tous les officiers des bureaux arabes. Les marabouts en récompensèrent par l’insurrection de 1879.

 

 

 

 

 

La zaouïa de Kheiran est située sur l’Oued el Arab, à une dizaine de lieues du défilé de Khanga sidi Nadji, par lequel ce fleuve sort de la montagne pour déboucher dans le Sahara. Les Ouled Abd el Hafid qui dirigent cette zaouïa appelèrent tout le Djebel Chechar et l’Aurès contre la France en 1849; le grand marabout Abd el Hafid se mit à la tête des contingents et se dirigea sur Biskra. Il fut écrasé à Seriana, à cinq lieues de Biskra, par le commandant de Saint-Germain, chef du cercle de Biskra, qui paya son triomphe d’une mort glorieuse. Il fut tué en chargeant l’ennemi à la tête de la fougueuse cavalerie des nomades des Ziban. Abd el Hafid et les restes de ses contingents s’enfuirent dans la montagne. Depuis, le marabout et ses fils gardent une attitude défiante, craintive plutôt qu’agressive, et passent en Tunisie une grosse partie de l’année. La zaouïa de Kheïran, comme celle de Si Saddok, domine plus dans la montagne que dans la plaine. Ses adeptes sont les Ben Imloul, les tribus du Djebel Chechar et quelques tribus tunisiennes.

 

 

 

 

 

La zaouïa de Tolga est moins isolée que les deux précédentes; elle se rattache franchement à l’ordre puissant des Rahmania, dont le fondateur est Si Abd er Rahman bou Koubrin (le serviteur du clément aux deux tombeaux). Le grand maître algérien de cette confrérie était le vieux cheikh Heddad, des environs de Bougie; mais toutes ces confédérations sont reliées, centralisées en des mains plus puissantes encore, qui sont connues des hauts dignitaires seuls. Aussi le mot d’ordre part-il de sources qui restent inconnues des Khouan. Ils n’obéissent pas moins aveuglément à ce mot d’ordre.

 

Tolga est la plus belle oasis des Ziban. La grande zaouïa qu’elle renferme est prospère et fait le possible pour vivre en paix avec le colonisateur. Son grand maître, Si Ali ben Otman, a pour supérieur le marabout de Tozeur, en Tunisie et lui rend des visites fréquentes. Cette zaouïa est fort ancienne, compte un millier d’élèves, reçoit des dons considérables et prépare des jeunes gens pour les mehakma (justice musulmane) comme pour le culte et l’instruction. En de nombreuses occasions elle a paru faire son possible pour ramener le calme dans les Ziban soulevés. En 1848 le général Herbillon s’est loué de ses bons offices pendant le siège de Zaatcha. En 1876, le général Carteret s’en servit pour amener à résipiscence les insurgés d’El-Amri, enfermés et décimés sous le canon français dans leur oasis. En 1879, le rôle de la zaouïa fut louche; elle abandonna le parti politique auquel elle s’était alliée jusque-là et le parti des Ben Gana, qu’elle sentait impopulaire, pour se déclarer civile, c’est-à-dire sympathique au mouvement antimilitaire qui se préparait alors. En réalité elle n’est, comme toutes les zaouïa, sympathique qu’à ses intérêts, et elle pressent ceux-ci de très loin.

 

 

 

 

 

 

 

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Vue Générale sur La Zaouïa de Temacin

 

 

 

 

 

 

 

La zaouia de Temacin est de beaucoup la plus riche, la plus considérable et la plus puissante des quatre zaouia du cercle de Biskra. Elle appartient aux Tedjinia, c’est-à-dire à l’ordre dont Si Tedjeni a été le fondateur. Le berceau de cet ordre est Aïn Madhi, dans le cercle de Laghouat. Les marabouts de Temacin n’ont pas rompu le lien religieux qui les attache à la maison mère ; mais en réalité Temacin est devenue plus puissante que Aïn Madhi et en est complètement indépendante. Elle a ses adeptes (Khouan) dans l’Oued-R’ir, au Souf, où elle a élevé la magnifique succursale de Guemar, en Tunisie, où le bey s’est affilié à l’ordre et dans l’extrême sud où elle régente les Troud, les Chamba, les Mekhadma, les Touareg, etc. Elle a élevé une succursale à Temassenin, dans la haute vallée de l’Oued Mya, à mi-chemin du Djebel Hoggar, chez les Touareg Hoggar. Elle a des richesses immenses qu’elle fait passer, dit-on, en Tunisie, et qui se chiffrent par une cinquantaine de millions. Elle a pour directeurs spirituels les El Aïd, saints marabouts qui ne s’occupent que de prières et d’éducation; pour directeur temporel elle a un des frères de mère des El Aïd, Si Maamar, de race nègre, prodigieusement intelligent, qui a su porter la zaouïa et son ordre au comble de la prospérité.

 

Ces quatre confréries ont leurs alliances temporelles en harmonie avec l’esprit des populations qu’elles englobent. Timmermassin s’est inféodée aux Ben Chenouf, Kheïran aux Ben Naceur, suzerains du Djebel Chechar. Longtemps Tolga suivit la fortune des Ben Gana et ne fit mine de se détacher d’eux qu’en voyant l’opinion algérienne poursuivre la ruine des grands chefs indigènes. Temacin s’est alliée au vieux parti national représenté par Si Ali Bey, ce qui ne l’a pas empêché de faire bon ménage.

On peut donc dire que Tolga et Kheïran, par leurs alliances politiques avec les Ben Gana et leurs parents les Ben Naceur sont du parti français, ou tout au moins tellien; les zaouïa de Timmermassin et de Temacin alliées à Si Ali Bey et à ses amis les Ben Chenouf représentent le parti national, autonome, le vieux parti qui résista si longtemps aux beys de Constantine lorsqu’ils étaient puissants, et qui accueillit le dernier bey vaincu, espérant s’en faire un drapeau contre le Tell.

 

Enfin, il est une autre secte, la plus secrète, la plus dangereuse, et peut-être la plus nombreuse de toutes celles qui ont pris racine en Algérie, la secte des Snoussia. Celle-ci a franchement pris pour mot d’ordre l’expulsion des Français du territoire musulman. Son fondateur, Si Snoussi, est d’origine marocaine. Après de nombreux voyages et essais, il fixa sa résidence au Djebel Lakhdar, dans le pays de Benghasi en Tripolitaine. Il ouvrit une zaouïa, prescrivit à ses adeptes des pratiques fort sévères et exigea d’eux une obéissance absolue en ce qui concerne la guerre à faire aux Français. Son ordre prospéra vite, grossi tout d’abord de tous les réfugiés algériens qui fuyaient devant la colonisation française; puis des Mokaddem qui s’introduisirent en Algérie et y firent de nombreux prosélytes. A la mort de Si Snoussi, son fils, Si el Mahdi ben Si Snoussi (l’envoyé de Dieu, fils de Si Snoussi), prit la direction de l’ordre et le porta à un très haut degré de prospérité. C’est une confrérie dangereuse, qui mine secrètement l’organisation administrative coloniale et lui créera de grosses difficultés au jour d’une insurrection générale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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