Anthroponymie Touarègue – 2ème partie -

25 10 2020

Dénominations Multiples des Individualités

 

 

 

 

 

 

 

III. LE SURNOM

 

 

 

L’attribution de cet onomen est particulièrement fréquent. Il est communément désigné en touareg comme ésem wa n esshin « deuxième nom », ésem wa n behu « nom du mensonge » c’est-à-dire non authentique, isem wa n tidayinatin « nom des boniments » (Adghagh des Ifughas). À côté de ces expressions populaires, la langue possède au moins deux termes pour désigner ce type de dénomination : en tahaggarî (Sahara Central) on dit taselfest et en tawellemmet / tayart (Niger et Mali) tasemmedeq.

 

L’étymologie du premier ne peut être restituée sémantiquement à partir d’un verbe elfes « aplatir, écraser ». Le second dérive d’un verbe eddegh « coller, adhérer », qui pourrait signifier qu’un second nom est attribué à la personne ayant déjà un premier nom.

Cette dénomination est très fréquente dans la société touarègue, attribuée à un individu sur trois,écrivait Foucauld il y a une centaine d’années: elle caractérise les individus au physique et au moral, décrit les comportements et les rapports sociaux d’affection et de dérision : ce sont des dénominations « motivées ». Les surnoms, s’ils ne sont pas occasionnels, peuvent devenir permanents et se substituent au premier nom qui, actuellement, reparaît dans les obligations liées à l’état civil. Ils servent aussi à désigner les défunts dont on ne doit pas prononcer le nom de baptême. Ils concernent tous les individus quel que soit leur statut social dans et hors de leur communauté d’origine.

 

Les exemples suivants ont été choisis, parmi beaucoup d’autres, comme représentatifs dans des listes ouvertes.

 

 

 

 

 

1. Surnoms permanents

 

 

 

a. qualificatifs physiques :

 

I-n-tefuk « celui du soleil » (c’est un berger très noir, parce que, dit-on, il passe tout son temps au soleil) ;

Wa-sedidän « celui qui étant fragile » = « le fragile » ;

Wa-n-shat « celui à l’œil » = « le borgne » ;

Yeqqor « il est sec » = « le sec » ;

Ilbak « il est très maigre, faible » = « le faible » ;

Ta-lemmidät « celle étant frêle » = « la frêle » ;

Elemesh « homme qui a les veines saillantes et les yeux exorbités » ;

Afagag « acacia » = « le fort, le résistant » (H) ; Tafagak « la robuste » (F).

 

 

 

 

b. qualificatifs moraux élogieux / péjoratifs :

 

Wa-infärt « celui étant utile » = « l’utile » (H) ;

Tenfa « elle est utile » = « l’utile » (F) ;

Tekna « elle est parfaite » (F) ;

Ta-tofât « celle étant la meilleure » = « la meilleure » (F) ;

Ighshâd « il est mauvais » = « le mauvais » (H) ;

Wer-inda « il n’est pas parfait / incomplet » = « l’incomplet / l’imparfait » (H),

 

 

 

 

c. hypocoristiques positifs ;

 

Ashku « enfant de serviteur » = « petit serviteur » (H) ; Akli « serviteur » (F) : ces deux dénominations concernent des enfants ;

Amenokal « chef’.

 

 

 

 

d. diminutifs de noms ≈ hypocoristiques :

 

Mokhamed > Maman > Momo (H) ;

Attafrish > Atta (H) ;

Akummar > Akku ( H) ;

Alhussayni > Alus (H) ;

Wa-n-Elkher > Wan (H) ;

Rakhyatu > Rakhya / Rakkiya > Rakki (F) ;

Anna , Nanna « Maman » > Mami , Mimi, Мumа (F) ;

Ellé -nin / Ellé « ma fille » (F) ;

Aminatu > Ami (F) ;

Mariama / Mariétu > Miriam > Maria > Marie (F).

 

 

 

 

 

e. surnoms de fonction (ils figurent également parmi les surnoms occasionnels) :

 

 

I-n-tefuk « un du soleil » (cf. a. caractéristiques physiques) ;

(Mokhamed) Wa-n-ettebel « (Mokhamed) celui du tambour de commandement » = « le chef ;

(Ajjo) Ta-n-anzad « (Ajjo) celle du violon » (en poésie, emploi sans nom personnel) ;

(Khanjar) Wa-n-amesséwey « (Khanjar) celui des poèmes » = « le poète ».

 

 

 

 

 

f. surnoms à référents toponymiques et ethniques :

 

 

(Ibrahim ) Wa-n-Talaq « (Ibrahim) celui de la région de Talaq (Air) » ;

(Bazo) Wa-n-Azawagh « (Bazo) celui de l’Azawagh » ;

(Akummar) Wa-n-Mannan « (Akummar) celui de l’Imannan » ;

(Bodal) Wa-n-Kel-Gres « (Bodal) celui des Kel-Gres« .

 

 

 

 

 

g. surnoms à référents divers :

 

 

Teh-anegh « elle est parmi nous » (F) ;

Teh-ammas « elle est au milieu » (F) ;

Eksh-aytédem « mange les gens » (F) ;

Tel-angi « elle a de l’eau courante » (F) ;

Tehor-d-addel « elle convient au jeu » (F) ;

Temmishenet « celle ayant été accablée de travail » (F) ;

Awey-d-Elkhér « apporte le bien » (H) ;

Awel-igennawän « surveille les nuages » (H).

 

 

 

 

 

 

h. surnom > nom > patronyme (état civil) :

 

 

Wa-tän-ofân « celui qui les surpasse » > Watänofân devenu nom individuel et nom de famille (H) ;

Of-én « il les (masc.) surpasse » = « le meilleur » > Ofén (H) ;

Tof-énät « elle les (fém.) surpasse » = « la meilleure » > Tofénät (F) ;

Wa-n-elkhér > Wannalkhér > Wannakhér devenu patronyme (H) ;

Ta-n-elkhér .> Tannalkhér > Tannakhér (ne peut pas constituer un patronyme) (F) ;

Tshibrit nom que s’est donné un poète-chanteur, Ibrahim Wa-n-Talaq , par imitation du cri de l’alouette qui l’interpellait.

 

 

 

 

 

i. nom > surnom :

 

 

Tiljai, nom d’un chef prestigieux de la confédération des Iwellemmeden ayant régné de 1933 à 1961, donné comme nom ou comme surnom ;

Kelikeli , nom d’un chef du groupe des Illabakan de l’Azawagh décédé dans les années quatre-vingt > surnom.

 

 

 

 

 

j. surnom d’origine étrangère :

 

Akhmedu Danmark, surnom permanent donné à l’informateur du Prof. K.G. Prasse après son séjour au Danemark ;

Akhmad Tasha, chef de la gare routière d’ Abalak (Niger) : tasha « gare » est un mot haoussa.

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Surnoms occasionnels

 

 

 

 

 

a. surnoms circonstanciels :

 

I-zuwwurän « un étant gros » = « un gros homme » ;

I-n-tedist « un du ventre » = « un enfant au gros ventre’ » ;

I-n-awas « un de l’urine » — « enfant qui urine beaucoup » = « le petit pisseux » ;

Amangad « jeune homme auquel on met le turban lors d’une cérémonie, le jour de son mariage ou d’une séance spéciale marquant le passage de l’adolescence au monde des adultes »

 

 

 

 

 

b. surnoms de fonction et de lieu d’origine :

 

Wa-n-ettebel « celui du tambour de commandement » = « le chef’ ;

Ta-n-anzad « celle du violon » = « la joueuse de violon monocorde » ;

Agg Iakkol « fils de l’école » = « écolier » ;

Amaskano « l’homme de Kano » = l’homme de Kano au Nigeria ;

Amasdenneg « l’homme de Denneg » = l’homme de l’Est.

 

 

 

 

 

c. surnoms de dérision selon le contexte d’énonciation :

 

Akafar « non-musulman » = « le Blanc, l’Occidental » : se dit des Africains singeant les comportements des Occidentaux, Européens et / ou Américains ;

Enad « forgeron » = « homme se comportant comme un artisan touareg » = « quémandeur » ;

Amajägh « aristocrate » = « homme se comportant comme un noble » = « faire l’aristocrate » ;

Anesfawa « boucher » = « goujat » ;

Ti-n-akerbas « une de la tunique à manches étroites » ;

Akadamma, ethnique devenu un surnom de dérision stigmatisant un comportement sans scrupule ;

Ogâz-i-t « il me le surveille / il me l’a trouvé » = « glouton ».

 

 

 

 

 

d. surnoms hypocoristiques :

 

Akli-nin « mon petit serviteur » (à l’adresse d’un enfant) ;

Ashku-nin « mon fils de serviteur » (id.) ;

Barar « enfant chéri » ; Barar se dit aussi pour s’adresser à un enfant ayant le nom d’une personne dont on ne veut pas prononcer le nom (homonyme ou nom d’un père, d’un ancêtre, d’une personne décédée…) ;

Abba /Adda / Amghar « vieux, le vieux » (terme élogieux connotant le respect envers une personne âgée, termes employés en son absence).

 

 

 

 

 

e. surnoms d’adresse :

 

Il existe des termes généraux d’adresse à une personne que l’on ne connaît pas ou dont on ne se souvient pas du nom : Ales / Ahales « homme », Abarad « jeune homme », Barar « enfant », Ashku « garçon » au masculin et les mêmes termes au féminin : tamet / tantut « femme », Tabarat « jeune fille », Tabarart « fillette », tashkut « enfant » au féminin.

 

Certains termes d’adresse sont très spécialisés Akh / Ekli « serviteur » ; ce nom commun peut être un nom d’homme et un nom de groupe tels que Eklan-n-egef » serviteurs de dune », tribu des serviteurs dépendant de la confédération des Kel-Denneg de l’Azawagh nigérien, Eklan-n-tawshit groupe de tributaires qui ne sont pas des serviteurs, contrairement à ce qu’indique ce nom.

 

Par ailleurs, ce mot est utilisé dans l’expression Akli-n-Yalla / Akli-n-Allahu « serviteur de Dieu » : elle peut être employée par un individu qui se présente humblement à un groupe de personnes qui peuvent, elles-mêmes, le nommer de cette façon en s’adressant directement à lui ou en le désignant à un tiers. Akli, dans cette expression, est à rapprocher du terme arabe ‘Abd « serviteur », qui entre en composition avec d’autres noms ‘Abdallah , Abdellatif, ‘Abdelhaq, ‘Abderraman… L’un et l’autre situent le contexte dans le domaine religieux : Abdallah et Akli-n-Yalla sont lexicalement équivalents.

 

 

 

 

 

f. zoonymes > anthroponvmes :

 

Eghisharat , nom propre d’un chameau célèbre donné à un homme célèbre. Noms communs de chameau devenus des anthroponymes :

Amli « chameau-étalon » ;

Areggan « chameau de huit ans dans la force de l’âge » ;

Danda « cheval », nom commun et nom propre de cheval > nom propre d’homme > patronyme ;

Ekawél « le noir », nom propre de personne et nom propre de cheval.

 

 

 

 

 

 

Mohamed AGHALI-ZAKARA

 

 

 

 

 

Source: Nouvelle revue d’onomastique, n°41-42, 2003. pp. 221-229;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

….à suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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