Le Chaouia (dialecte) de l’Ahmar-Khaddou – 2ème Partie

5 09 2020

D’après le minutieux travail de Gustave Mercier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étude Grammaticale

 

 

 

 

Observations préliminaires.

 

Le Chaouia, de même que les autres dialectes de la langue berbère, ne s’écrit pas. Les habitants de l’Aurès n’ont même pas conservé le souvenir d’un alphabet anciennement en usage, comme celui des Touareg; aucune inscription de caractère libyque ou berbère n’a, à notre connaissance, été découverte chez eux jusqu’à ce jour, bien que les tombeaux mégalithiques y abondent (1).

 

Les lettres de l’alphabet Chaouia sont les mêmes que celles du Kabyle, sauf une particularité en ce qui concerne le k mouillé. Quelques-unes d’entre elles, le h’ ح , le ç ص, et très probablement le â ع, n’existent que dans les mots empruntés à l’arabe, où d’ailleurs elles sont prononcées sans leur emphase habituelle. Une lettre de l’alphabet arabe, le ظ, se confond dans tous les dialectes berbères, avec le ض (dh). Par contre, plusieurs lettres de l’alphabet Chaouia, le tch, le j, le g dur, le k prononcé comme un ch allemand dans le mot welcher, n’ont pas d’équivalent en arabe, et l’on est obligé d’user de signes conventionnels pour leur en donner. Il nous paraît donc plus naturel et tout aussi commode d’appliquer ces conventions à la transcription en caractères français, ainsi que l’a fait le général Hanoteau, dont nous suivrons en tous points le système à cet égard (2).

 

 

 

Les règles de l’euphonie sont, d’une manière générale, les mêmes que celles du Zouaoua. Il y a lieu cependant de noter les particularités suivantes :

 

Le th a une tendance très marquée à s’affaiblir en h, quelquefois même à disparaître complètement.

Ex. : thamet’t’outh et plus souvent hamet’t’outh, femme;

our izemmer ch ah irfed’ pour ath irfed’, il ne peut pas le porter.

 

 

Le dj final d’un mot se durcit en ch devant le signe th du féminin qui lui-même se renforce en t.

Ex. : iidj, un, fem. hicht.

 

 

Le d est d’un emploi relativement rare, surtout dans les mots venant de l’arabe, et presque toujours remplacé par le d’ ذ, dont la prononciation diffère très peu d’ailleurs de celle du premier (3). Il arrive même quelquefois que ces deux lettres soient prises in différemment l’une pour l’autre.

 

 

Le dh ض, redoublé, se renforce en t’ ط.

Ex. : erdhel, prêter, Ve forme ret’t’el; edhs, dormir, Ve forme et’t’es.

 

Lorsque le dh de la 2e personne du singulier est suivi du pronom féminin affixe t, ces deux lettres se contractent en t’ ط.

Ex: heslit’ elr’ena‘ïa, pour heslidh t elr’enaïa, tu as entendu (elle) le chant (4).

 

 

 

 

De même, le r’ غ , redoublé dans le corps d’un mot sous l‘influence d’une cause grammaticale quelconque, se renforce en k’ ق.

Ex. : enr’, tue, Ve forme nek’k’ ; err’, brûle, Ve forme rek’k’.

 

 

Lorsque le r‘ est suivi d’un h, il se contracte avec cette dernière lettre pour former un kh خ.

Ex. : ettourkhen, pour ettour’hen, je les ai oubliés.

 

 

Le g dur est assez rare; il se prononce presque toujours mouillé. Mais, le plus souvent, il disparaît complètement par suite de son affaiblissement en i.

Ex. : argaz et mieux ariaz, homme ; agerzizet et mieux aïerzizet, lièvre (5).

 

Mais lorsque ce g affaibli en i est redoublé dans le corps du mot sous l’influence d’une cause grammaticale, il redevient g dur.

Ex. iiya, il fait, lVe -Ve formes itegg; iouiir, il va, Ve forme ieggour, il marche.

 

Le k doux est, lui aussi, presque toujours mouillé, et se prononce comme le ch allemand dans le mot welcher. Nous indiquerons cet affaiblissement dans les mots où il est le plus marqué en substituant à la lettre k la lettre grecque χ .

 

 

Comme le g, le k a une tendance très marquée à s’affaiblir en i. Il y arrive parfois complètement.

Ex. : iis (pour iχs), cheval, pl. iχsan. (6)

 

 

Lorsque la sifflante s est suivie d’un d’, elle prend fréquemment le son z et le d’ redevient un d ordinaire.

Ex. : azdin, un jour (composé de as, jour, et de la particule d’in) ;

         Iououi ias d, il lui apporte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Notamment dans la forêt de Bou-Yemman, entre T’kout et l’Ahmar-Khaddou.

 

2. Hanoteau, Grammaire kabyle, Alger, s. d., in-8.

 

3. Ce d’ correspond souvent au t de Ouargla et du Mzab.

Ex. : Chaouia: ad’ef, entrer. Ouargla, M’zab : atef.

 

Quelquefois, il correspond au th du Zouaoua.

Ex. : Chaouia : ad’bir, pigeon. Zouaoua : ithbir.

 

4. Le t’ du Chaouia correspond quelquefois au dh du Zouaoua.

Ex: Chaouia: t’ad’, doigt Zouaoua: adhad’

           ـــــــ : gazit’, coq.                    ـــــــ : aiazidh.

Il est de même dans les dialectes de Bougie, du Djérid et du Djebel Nefoussa.

 

5. Par suite de cet affaiblissement, le g dur du Zouaoua devient presque toujours i en Chaouia. Cependant, on trouve nombre d’exemples dans les quels cette lettre s’est changée en j ou dj.

Ex: Chaouia: jouraf, corbeau. Zouaoua: agerfiou.

        ـــــــ : aniji, hôte.                  ــــــ : inebgi.

       ـــــــ : ajenna, ciel.               ـــــــ : igenni.

      ـــــــ : ajerthil, natte.           ـــــــ : agerthil.

     ـــــــ : djar, entre.                ـــــــ : gar, etc.

Moissonner se dit en Zouaoua emger; en Chaouia: emjer et meier.

 

6. Le k du Zouaoua devient quelquefois ch en Chaouia.

  Ex. : chaouia: chal, terre zouaoua: akal.

Mais cette transformation est beaucoup moins fréquente en Chaouia que dans les autres dialectes parlés par les populations de race zénète, ceux du M’zab et de l’Oued Rir’ entre autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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