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Le Marché Kabyle d’antan – Marchés Extérieurs : Relations Générales de la Kabylie avec les autres villes d’Algérie

17 07 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

Les tribus kabyles les plus importantes ont des entrepôts et des comptoirs dans presque toutes les villes de l’Algérie.

On trouve des négociants kabyles établis dans toutes les villes concentriques à la Kabylie, à Alger, à Constantine, à Bône, à Bou-Sa’da. Philippeville lui-même, en compte déjà un assez bon nombre dans sa population indigène. Mais la tolérance est une des qualités nécessaires au commerce. Les trafiquants ne demandent aux marchés qui les accueillent ni acte de naissance, ni acte de baptême.

 

Les Zouaoua envoient en général les marchands ambulants. On sait que l’état de colporteur est une de leurs spécialités. Les principales marchandises qu’ils versent dans les villes sont des bernous grossiers, ouvrage de leurs femmes; des ustensiles de ménage en bois, confectionnés dans les régions hautes et boisées de la Kabylie, des figues et des raisins secs, produits des régions intermédiaires, des bijoux, broches, boucles d’oreilles, anneaux de pied, bagues, achetés dans les ateliers des Beni-Ianni et des Beni-Fraoucen, et enfin des armes, quand ils peuvent les introduire (époque coloniale). Ils emportent des articles de mercerie et de quincaillerie, des chachïa ou calottes rouges de Tunis, des soieries, des petits miroirs en cuivre fabriqués en France, des foulards en soie et coton fabriqués, pour la dimension et la couleur, suivant le goût des Orientaux, et qui, selon toute apparence, sortent des fabriques de Saint-Étienne. Enfin les colporteur zouaoua, pour conserver la mobilité qui est un des caractères de leur commerce, en excluent toutes les matières encombrantes et le réduisent aux objets usuels qui ont le plus de valeur sous le moindre volume.

 

Les négociants des autres tribus séjournent davantage dans les villes et souvent même s’y établissent. Ils y apportent des bernous, de l’huile, des fruits secs, des olives et des meubles de ménage en bois. Ils prennent en échange des soieries , des merceries, des cotonnades et du fer autant qu’ils le peuvent.

 

Quoique le commerce de toutes ces tribus roule à peu près sur les mêmes articles, cependant chacune d’elles y exploite de préférence une branche spéciale. Ainsi les Beni-‘Abbès et les Beni-Ourtilân s’attachent surtout à la vente des bernous justement renommés qui sortent de leurs fabriques. Les Beni-Aïdel et les Beni-Our’lis se livrent surtout au commerce des huiles et des olives. Dans les villes qu’ils fréquentent, les négociants de la Kabylie ont un fondouk ou caravansérail qui leur sert la fois d’hôtellerie, de magasin et de boutique. On l’appelle souvent fondouk des Beni-’Abbès, parce qu’il est principalement fréquenté par les négociants de cette tribu; mais il reçoit tous les trafiquants et tous les voyageurs de la montagne, et devrait, avec plus de raison, s’appeler fondouk des Kabyles.

 

Les fondouks sont exploités, à peu près comme des hôtels garnis, par un propriétaire ou locataire principal qui loue, soit au jour, soit au mois, les chambres, les écuries et les magasins. Ils sont désignés par le nom soit du propriétaire qui les exploite , soit des voyageurs qui les fréquentent.

 

A Bône, le fondouk des Beni-’Abbès est installé devant la porte de Constantine, dans une maison de construction française. Cet établissement fut fondé vers 1839. Avant cette époque, la ville était trop pauvre pour que les riches fabricants de la Kabylie daignassent jeter les yeux sur elle; elle n’en recevait que des ouvriers. Mais les accroissements successifs que cette ville a pris sous la domination française ont fini par y attirer un assez bon nombre de négociants des Beni-’Abbès, et ont motivé l’établissement d’une hôtellerie kabyle.

 

A Constantine, il existait avant 1830 un fondouk des Beni-’Abbès qui suffisait aux besoins du commerce et de la circulation; mais depuis l’arrivée des Français, les trafiquants indigènes ont, de tous les côtés, afflué dans cette ville; les fondouks se sont encombrés, et il arrive souvent aux Beni-’Abbès eux-mêmes, ces représentants de l’aristocratie commerciale, de ne pas trouver place dans leur hôtel et d’être obligés de frapper à d’autres portes.

 

 

 

 

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Marchands Kabyles d’huile d’olive

 

 

 

 

 

 

Quelques détails sur l’installation de ces fondouks.

 

Ce sont des maisons semblables aux habitations ordinaires, formées comme elles de quatre corps de logis à angle droit, prenant leurs jours sur une cour intérieure quadrangulaire. Elles se composent d’un rez-de-chaussée et d’un étage, pourvus l’un et l’autre d’une galerie qui règne intérieurement sur les quatre faces. Des cellules, indépendantes les unes des autres, débouchent sur la galerie du rez-de-chaussée et sur celle de l’étage : ce sont à la fois les appartements, les magasins et les boutiques des négociants en voyage.

 

A Constantine, les Kabyles qui font le commerce de tissus de laine se répartissent dans trois fondouks situés sur la rue Combes, qui est la grande communication marchande de cette ville.

 

Ils portent les noms de Fondouk-ben-Amoun, Fondouk-el-H’afsi et Fondouk-bou-Chîba.

 

 

 

1° Fondouk-ben-Amoun. _ Un passage qui occupe toute la largeur de l’un des corps de logis établit la communication entre la rue Combes et la cour intérieure. Il règne , dans ce détroit, un remou continuel, produit par le va-et-vient des marchands qui partent ou qui arrivent, des chalands, des courtiers, des brocanteurs, des revendeurs et des simples spectateurs. Le passage est bordé, sur ses deux faces, de petites boutiques où sont exposés en étalage des bernous, des h‘aïk, des gandoura et des couvertures de laine. Plusieurs de ces marchandises viennent, comme ceux qui les vendent, du Sahara; les h’aïk , du Belad-el-Djerid; les couvertures, de Gafsa; les bernous et les gandoura, du Zîbân, de Bou-Sa’da, de Tuggurt, d’Ouaregla. En pénétrant dans l’intérieur, on trouve toutes les chambres, tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage , transformées en ateliers de tailleurs. Ce sont les Beni-Ourtilân, les Beni-Ia’la, et surtout les Beni-’Abbès, qui garnissent, avant de les livrer, les bernous apportés en pièces de leurs fabriques. C’est là aussi qu’on va les acheter. Une porte, pratiquée au fond de la cour, communique avec une autre cour, qui sert d’écurie, ou plutôt de parc aux chevaux, aux mulets et aux ânes qui ont apporté les marchandises et les négociants. Enfin un café, compris dans l’intérieur de l’établissement, en forme comme le complément nécessaire; il y occupe l’espace de trois chambres : il en reste une cinquantaine à la disposition des voyageurs.

 

 

 

2° Fondouk-el-H’afsi. _ Ce fondouk n’a que vingt-neuf chambres; mais elles sont presque entièrement occupées par les tailleurs kabyles, et surtout par les Beni-’Abbès. Cependant il s’y trouve aussi quelques négociants de Tunis, et même parfois des gens de la campagne, qui, surpris à Constantine par la nuit, viennent chercher un gîte dans le fondouk, et s’en retournent le lendemain chez eux.

 

 

 

3° Fondouk-bou-Chîba. _ Il se compose de deux établissements contigus , réunis par une communication intérieure, quoique chacun d’eux ait son entrée particulière, l’un sur la rue Combes, l’autre sur la rue Vieux. Les deux fondouks réunis renferment une cinquantaine de chambres, occupées encore, en grande partie, par les Beni-’Abbès, qui passent leur temps a vendre leurs burnous et à les garnir.

 

A ces trois établissements, consacrés au commerce des tissus de laine , et presque entièrement absorbés par les marchands kabyles, il faut ajouter encore le Fondouk-ez-Zit, réservé aux marchands d’huile; mais il contient seulement seize chambres fort étroites et fort sales, comme le reste de l’édifice.

 

Le prix des chambres, dans les fondouks, est généralement de cinq francs par mois.

 

Outre les trafiquants de passage, qui trouvent dans les hôtelleries indigènes, pour le temps nécessaire à l’écoulement d’une pacotille , un gîte, une boutique et un lieu de dépôt, on en compte un certain nombre établis à demeure dans les villes. Ils y habitent des maisons particulières, où ils reçoivent les marchandises expédiées de la Kabylie par leurs parents, leurs correspondants et leurs associés, et d’où ils leur envoient les articles de commerce fournis par la localité. Ces arrivages et ces départs presque journaliers de marchands et de marchandises donnent lieu à un mouvement assez considérable d’échange et de circulation; mouvement qui prendrait une activité nouvelle, si notre commerce et notre industrie, mieux éclairés sur les besoins et les ressources du peuple kabyle , pouvaient y participer. Il s’établirait ainsi des liens plus étroits entre les villes et les contrées.

 

Un grand nombre de travailleurs qui descendent sans cesse des montagnes, et viennent exposer leur activité et leur industrie. Voici encore des négociants qui viennent apporter leurs produits et demander des autres. Quant au nom des tribus d’où viennent ces négociants et ces travailleurs, il suffit de le leur demander. Or, en comparant la condition des individus a celle de leurs tribus natales, il est facile de voir que les négociants sont envoyés par les tribus riches, et les travailleurs par les tribus pauvres.

 

Mais on a aussi en eux des commissionnaires. Voulons-nous les produits du sol? Le négociant sera notre intermédiaire. Voulons-nous la main-d’œuvre? Ce sera le travailleur.

 

Il existe, entre le négociant et le travailleur kabyle, un lien assez remarquable qui les rapproche dans l’émigration. Les négociants sont les banquiers des travailleurs. Voici, au reste, comment ce lien s’établit. La population flottante des ouvriers indigènes se compose presque entièrement, dans les villes d’Algérie, de Sahariens et de Kabyles; leur but, en venant travailler parmi nous, est, comme on sait, d’amasser quelques économies, pour retourner dans leur pays et y devenir propriétaires. Mais ces économies s’amassent avec lenteur, et, en attendant que la boule de neige ait atteint les dimensions désirées, comment soustraire le noyau déjà formé aux mains rapaces qui le convoitent? Quelques-uns pratiquent une cachette loin de tous les regards , et y enfouissent leur trésor. Cependant le hasard peut le faire découvrir. et leur ravir en un instant le fruit de plusieurs années de travail. Pour échapper à cette chance terrible, le plus grand nombre des Auvergnats indigènes, Sahariens ou Kabyles , préfèrent remettre en des mains sûres le fruit de leurs épargnes, et c’est aux négociants de leur contrée qu’ils confient le précieux dépôt. Les ouvriers sahariens s’adressent, soit aux négociants de Djerba , soit aux Beni-Mzâb; les ouvriers kabyles s’adressent aux Beni-’Abbès.

 

C’est entre leurs mains que les pauvres journaliers, venus des deux régions extrêmes de l’ Algérie, déposent le produit de leurs économies quotidiennes, avec autant de confiance, disent-ils eux-mêmes, que s’ils plaçaient leur trésor dans la main de Dieu. Cependant le Djerbi, le Mzâbi et l’Abbâci ne donnent à l’ouvrier aucun titre de dépôt, aucune garantie écrite; l’ouvrier, d’ailleurs, ne leur en demande pas; il se présente et compte une à une les pièces d’argent qu’il apporte; le trafiquant les compte à son tour, puis il inscrit le nom et le prénom du déposant, le nom de sa tribu et de son village , après quoi le registre se referme, l’argent tombe dans le coffret, et l’ouvrier s’en retourne à son travail, les mains vides, l’esprit tranquille et le cœur joyeux.

 

La fidélité de ces dépositaires est à l’abri de tous les soupçons. On ne cite pas un seul exemple de dépôt nié ou contesté. L’ouvrier demande-t-il à être remboursé, il est remboursé sur l’heure. Si le déposant vient à mourir, sa famille hérite de ses droits; si c’est le dépositaire , son registre lui survit, et il oblige aussi bien ses parents et ses associés que lui-même.

 

Un Kabyle des Zouaoua, longtemps employé à Bône, avait amassé, tant dans les travaux du génie militaire que dans ceux des entrepreneurs, une somme de 300 francs. L’ouvrage étant venu à manquer, il résolut de quitter Bône pour quelques mois; mais, avant de partir, il se rendit chez un ‘Abbâci et lui consigna la somme amassée à la sueur de son front. Il alla d’abord à Tunis, où l’emploi qu’il trouva de son temps le retint six mois. Il apprit alors qu’il s’exécutait à Constantine des travaux considérables: c’était une bonne veine dont il voulut profiter. Il se joignit donc à une caravane qui partait pour cette ville; il ne revint à Bône qu’après plus d’une année d’absence. Il s’informa aussitôt de ce qu’était devenu son banquier : il était mort; mais il devait avoir un associé: l’associé était parti. Cette double nouvelle n’inspira pas à l’ouvrier la moindre inquiétude; il s’enquit, au fondouk des Beni-‘Abbès, des relations de cet associé , et on lui désigna, comme étant son ami le plus intime , un négociant de la même tribu , établi dans la ville. C’est à ce dernier qu’il s’adressa: il lui lit connaître l’objet de sa réclamation. Le marchand lui demanda ses nom, prénom, qualité, origine; consulta son livre de commerce, et remboursa immédiatement la somme réclamée.

 

Les Beni-’Abbès, les Beni-Mzâb et les Djerâba ne payent pas d’intérêt pour les sommes déposées entre leurs mains, et ils les emploient eux-mêmes dans des opérations qui produisent jusqu’à 50% de bénéfice; on comprend dès lors l’importance solidaire qu’ils attachent à soutenir, par la ponctualité des remboursements, le crédit dont ils jouissent.

 

Ils n’en rendent pas moins un service incontestable à leurs clients sahariens ou kabyles, heureux de trouver, pour la garde de leurs capitaux modestes , un abri sûr et des mains fidèles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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