L’Aménokal du Hoggar

29 06 2020

 

 

 

 

 

 

L’aménokal, littéralement le possesseur du pays en tamacheq, est le roi, l’empereur, le prince, en un mot, le chef suprême qui ne dépend de personne. Chez les Hoggar, les Ajjer et les Ouelleminden, c’est le chef de la fédération, reconnu par toutes les tribus qui la composent. Chaque tribu touarègue est dirigée par un chef qui est appelé amghar, ce qui fait écrire au Père Foucauld dans son dictionnaire que tout aménokal est un amghar et que la réciproque n’est pas vraie.

 

Les Touaregs avaient la caractéristique d’être très belliqueux et de se complaire dans une relative anarchie. C’est pourquoi le statut d’aménokal était à la fois confortable et précaire puisqu’il impliquait la possession de pouvoirs et de privilèges étendus, à condition d’être reconnu par les notables des tribus dominantes et aussi par ceux des tribus dominées.

 

La désignation de l’aménokal se faisait selon une procédure toute particulière. Celui-ci devait être choisi au sein de la tribu noble qui seule détenait le droit immuable, de par ses origines, de le fournir. Pour la fédération des Hoggar qui regroupait sept tribus nobles et neuf tribus vassales, l’aménokal devait appartenir à la tribu des Kel Rela. D’après le Père Foucauld, celle-ci comptait de soixante à quatre-vingts familles au tout début du vingtième siècle.

 

Selon les règles matriarcales en vigueur chez les Hoggar, le successeur de l’aménokal était d’abord son frère, puis en l’absence de frère, son cousin germain, fils aîné de sa tante maternelle et enfin en l’absence de frère et de cousin germain, le fils aîné de la fille aînée de sa sœur aînée. Une fois le successeur désigné selon cet ordre successoral, les chefs et autres notables de l’ensemble des tribus de la fédération approuvaient ou refusaient le prétendant. A cette occasion, ce dernier courait toujours le risque d’être remplacé par un chef plus populaire qu’il ne l’était lui-même. Ses attributions font de annuel, la tioussé, soit sous forme de vivres, grain, beurre, animaux domestiques, soit sous forme de peaux ou d’objets travaillés. De plus, chaque activité à caractère économique donne lieu à une taxe. En 1948, l’aménokal du moment, Meslah ag Amaïas, dispose des ressources suivantes: les caravanes lui paient un droit de passage, ainsi que les gens qui vont extraire le sel à la saline d’Amadror. C’est ainsi que chaque homme qui a été à la saline verse une mesure de trois litres de sel par charge de chameau laquelle est de cent quatre-vingts litres. Chaque homme qui revient du Soudan avec ses bêtes engraissées doit donner un sac, une outre à eau, un pot de beurre, une corde en poil de chèvre et s’il le peut une chèvre.

De plus, chaque homme portant le voile, c’est-à-dire chaque adulte considéré comme guerrier, doit payer un dourou d’argent soit cinq francs. De la part des cultivateurs, il reçoit quatre mesure de grain par jardin et par récolte, il y en a deux par an. Les utilisateurs de terrains de chasse lui donnent, en échange de leur privilège, trois mouflons séchés par an. Il reçoit les revenus de certaines terres et de certains troupeaux qui sont son apanage, car l’aménokal a droit de regard sur les successions. En contrepartie, il doit entretenir son entourage: ses parents et sa clientèle au sens antique du terme. Il doit aussi nourrir les parents de son prédécesseur.

 

Les pouvoirs de l’aménokal sont ceux d’un chef de guerre. En temps normal, il arbitre les conflits intertribaux portant sur l’utilisation des terrains de pâturage et les vols de troupeaux. Son rôle est plus important dans les relations avec les tribus étrangères à la fédération, toutefois ses décisions sont soumises à l’aval de l’assemblée des notables, l’arollan. L’aménokal vit simplement comme ses sujets, un peu mieux cependant cas c’est le seul personnage ayant les ressources alimentaires lui permettant d’afficher de l’embonpoint. Plus simplement, il est l’un des rares à pouvoir manger tous les jours à sa faim. Aucun cérémonial particulier ne caractérise la vie sous la tente de l’aménokal. Seul le tobol, tambour en arabe, placé à l’entrée de la tente signale la qualité de son occupant.

 

Le tobol est un tambour de forme hémisphérique, de grande dimension, en général quatre-vingts centimètres de diamètres, que seul l’aménokal a le droit de faire battre pour appeler au rassemblement dans d’importantes circonstances. Le tambour, muni de deux poignées latérales, est porté par deux hommes qui le frappent alternativement avec un battant en peau de chameau. Le son d’un tel instrument est réputé porter jusqu’à une vingtaine de kilomètres et chaque guerrier qui l’entend se doit d’obéir à son appel et de prévenir son entourage d’en faire de même. L’aménokal ne se déplace jamais très loin sans son tobol qui est porté par un homme de confiance. En temps de guerre, les roulements du tobol sont modulés pour annoncer un ennemi à pied ou un ennemi à chameau. L’injure suprême que l’on puisse faire à un aménokal, donc à la tribu toute entière, est de crever son tobol.

Les différents aménokal, la forme du pluriel en tamacheq est iménokalen, nous sont plus ou moins connus en fonction des événements historiques qui ont marqué leur règne. La liste des aménokal des Hoggar, telle qu’elle est couramment admise, est la suivante:

 

Inouès ag Sidi, vers 1790.

 

Ag Mâma ag Sidi, vers 1830

 

El Hadj Ahmed ag el Hadj el Bekri (1830-1877).

 

Ahitarel ag Mohamed Biska (1877-1900) est celui qui réussit à interdire le Sahara central aux étrangers.

 

Attici ag Amellal nommé en même temps que Mohammed ag Ourzig (1900-1905).

 

Moussa ag Amastane (1905-1920) qui se soumit a la France où il fit un voyage officielle en 1910.

 

Akhamouk ag Ihemma (1920-1941) était le cousin de son prédécesseur.

 

Meslah ag Amaïas (1941-1950).

 

Bey ag Akhamouk (1950-1970) qui fut le dernier aménokal des Hoggar.

 

 

Le plus célèbre des aménokal est incontestablement Moussa ag Amastane. Il côtoya le Père Foucauld pendant une dizaine d’années. Voici ce que ce dernier écrivait sur lui dans son journal à la date du 25 juin 1905 à l’issue de leur première rencontre: «Il est bien, très intelligent, très ouvert, très pieux musulman, voulant le bien en musulman libéral, mais en même temps ambitieux et aimant argent, plaisirs, honneurs, comme Mahomet, la plus parfaite créature à ses yeux. En résumé, Moussa est un bon et pieux musulman, ayant les idées et la vie, les qualités et les défauts d’un musulman logique et en même temps l’esprit aussi ouvert que possible. Il désire beaucoup aller à Alger et en France. D’accord avec lui, mon installation au Hoggar est décidée».

 

 

 

 

L’Aménokal du Hoggar dans Histoire 200403105910108701

Moussa ag Amastan à Alger en 1922

Source: Musée Saharien 

 

 

 

 

Les faits parlent d’eux-mêmes, homme de paix et de dialogue, il favorisa le renforcement de la pratique de l’islam en suivant les conseils de son secrétaire Ba Hammou El Ansâri, fils du caïd de la ville de Rhat, lequel parlait l’arabe et le tamacheq et avait été secrétaire de tous les aménokal depuis vingt-cinq ans. Il ne prit pas part officiellement au soulèvement senoussiste de 1916-1917 et ce malgré l’avis d’une partie des siens.

 

Il est à noter que les Kel Rela et leurs vassaux les Dag Rali, qui habituellement nomadisaient à proximité de Tamanrasset, étaient partis au loin faire paître les troupeaux de chameaux lorsque le rezzou de Touaregs Ajjer vint pour enlever le Père Foucauld et finalement le tuer, sans doute par accident, le 1er décembre 1916. personne n’est en mesure de savoir avec certitude si les Hoggar se sont éloignés de Tamanrasset pour laisser le champ libre aux Ajjer dissidents, ou si au contraire, ces derniers sont venus enlever le Père de Foucauld parce qu’ils le savaient seul dans son fortin, sans personne pour lui venir en aide. Compte tenu de la situation du moment, qui était qu’après avoir chassé les Italiens de Tripolitaine, les Touaregs dissidents s’étaient emparés de la place forte de Djanet, porte du Sahara central, et compte tenu aussi du profond désir d’indépendance dont les tribus ont toujours fait preuve, il est possible de pencher pour la première hypothèse qui cadre bien avec la mentalité orientale. Ceci est corroboré par le fait que les Dag Rali, à l’inverse de leurs suzerains, entrèrent en dissidence peu de temps après. Moussa ag Amastane repose à proximité de Tamanrasset dans un mausolée du plus pur style mauresque.

 

On dispose d’une description d’un autre Aménokal ayant vécu à une époque plus récente, il s’agit du jugement porté sur Bey ag Akhamouk par le capitaine commandant la compagnie méhariste du Hoggar en 1957, à un moment où la rébellion algérienne (la guerre de libération) commençait à monter en puissance dans le grand Sud-saharien: «L’aménokal Bey Akhamok était un géant énigmatique. Je l’avais rencontré pour la première fois dans son campement mais j’avais été gêné pas ma méconnaissance du tamacheq. Je crois, plus de son titre respecté par tous que de sa propre personnalité». Cet officier jugeait d’ailleurs qu’en cas de conflit, l’aménokal aurait eu sur les méhariste une autorité supérieure que la sienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

La fin de l’aménokalat

 

Le gouvernement de la jeune République démocratique algérienne fut obligé de prendre des gants avec les Touaregs. Le dernier aménokal, Bey ag Akhamouk fut nommé au poste honorifique de troisième vice-président de l’Assemblée nationale et ce n’est qu’à sa mort, en 1977, que le titre d’aménokal du Hoggar fut officiellement supprimé et qu’un préfet fut mis en place. La fin de l’aménokalat a marqué une étape très importante dans le processus d’acculturation des Touaregs, elle est venue compléter les effets d’une politique d’arabisation, d’islamisation et de sédentarisation visant à faire disparaître la culture touarègue.

 

 

 

 

 

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Bey Ag Akhamouk, amenokal du Hoggar, présenté au Président de la République, à Paris, France le 13 juillet 1961.

 

 

 

 

 

 

 

Une autre fédération touarègue, plus attachée encore à ses traditions que les Hoggar eux-mêmes, celle des Ouelleminden Kel Attaram, surnommées les irréductibles, a su conserver les noms, la généalogie et la chronologie de ses vingt-trois aménokal qui se sont succédé de 1580 à 1981. Parmi eux, vingt ont été de la lignée des Kel Talataye. Les trois autres furent Firhoun ag Al Insar (1902-1916) de la tribu des Idaragarène et deux de ses descendants. Firhoun, qui conduisit la révolte de 1916 dans ce qui deviendra le Mali en 1960, est à juste titre le plus célèbre d’entre tous les chefs Ouelleminden.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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