Le Marché Kabyle d’antan – Mode de Désignation et Nature de l’Emplacement

30 05 2020

 

 

 

 

 

 

 

I. Mode de Désignation

 

 

 

Les marchés sont hebdomadaires, et les lieux où ils se tiennent sont désignés, sans laisser la moindre incertitude, par le nom du jour qui leur est consacré, et de la tribu qui leur prête son territoire.

 

Ainsi on dit:

 

H’ad-Mzâla, le dimanche des Mzâla.

Tneïn-Fenaïa, le lundi des Fenaïa.

TIâta-Beni-Ir’ât’en, le mardi des Beni-Ir’âten.

Arba’-Beni-Our’lis, le mercredi des Beni-Our’lis.

Khemis-Beni-’Abbés, le jeudi des Beni-’Abbés.

Djema’-Beni-Ourtilân, le vendredi des Beni-Ourtilân.

Sebt-Beni-Slimân, le samedi des Beni-Slimân.

 

 

Quelquefois le marché, au lieu d’emprunter le nom de la tribu, se désigne par quelque particularité historique ou géographique. Sur la hauteur qui domine le pays des Flîcet-Mellîl, s’élève un marabout appelé Timezrît, autour duquel se tient, tous les dimanches, le marché des Rouâfa. Pour cette raison, on l’appelle presque toujours le dimanche de Timezrît. Djema’t-es-Sahridj (le vendredi du bassin), chef-lieu et marché des Beni-Fraoucen, doit son nom à un bassin de construction antique, dont on y voit, dit-on, les restes. Bou-Chafa‘ est encore un marabout qui occupe l’emplacement du marché des Beni-‘Azzouz, aussi l’appelle t-on souvent le vendredi de Bou-Chafa’. Il arrive parfois que, dans la désignation des marchés, au nom de la tribu l’usage substitue celui du village auprès duquel il se tient. C’est de cette manière que l’on dit: le dimanche d’Adni (Beni-Ir’àt’en) , le mercredi de Charrîta (Beni-Ir’ât’en), le lundi et le jeudi de Dellis.

 

Un Caïd turc, appelé ‘Ali-Khodja, établit jadis, au confluent de l’Ouad-el-Klàb dans L’Ouad-Amraoua, un marché qui devint, dans la suite, fort important, et qui a conservé le nom de son fondateur, car on l’appelle encore le samedi d’Ali-Khodja.

 

Quelquefois c’est le jour de la semaine qui transmet son nom à un accident géographique, à un col, à une source, à un cours d’eau. Ainsi, sans sortir de la Kabylie, nous trouvons, dans le canton de Bou-R’ni, un village appelé Tizi-n-el-H’ad (le col du dimanche), une source appelée ‘Aïn-el-Arba’ (la source du mercredi), chez les Beni-Tour; un ruisseau appelé Ouad-el-Djema’ (la rivière du vendredi), chez les Nezlioua, et, enfin, un ruisseau du dimanche (Ouad-el-H’ad), qui traverse les Beni-Ir’ât’en.

 

La rivière qui va se jeter dans la mer, près du cap Matifou, à l’Est d’Alger, et qui a reçu des Français le nom de Hamise, par corruption du nom arabe Ouad-el-Khemis (ruisseau du jeudi), tire cette dénomination du marché de Khechna qui se tient sur ses bords. Ces indications expliqueront aux personnes qui font usage des cartes de l’Algérie le sens des mots h’ad, tneïn, tlâta, etc. qui s’y reproduisent fort souvent.

 

 

 

 

 

 

Le Marché Kabyle d’antan - Mode de Désignation et Nature de l’Emplacement  dans Attributs d'Algérienneté 200411100331921342

Kabylie ; Adekar Rassemblement d’Algériens sur un marché 1950

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II. Nature de l’Emplacement

 

L’emplacement des marchés est un terrain essentiellement neutre; c’est la condition indispensable pour garantir la sécurité des transactions; il reste donc inculte, et, comme toutes les terres incultes, ne reconnaît d’autre propriétaire que Dieu.

 

Cependant, il est censé dépendre du territoire de la tribu dont il porte le nom, mais il en occupe l’extrémité, et appartient généralement à la limite commune de plusieurs tribus: c’est le signe de leur mitoyenneté.

 

Les marchés se tiennent toujours au bord d’une source ou d’un ruisseau, et souvent à côté d’un bois. Ordinairement un arbre, planté sur la tombe d’un derviche, ombrage la source et indique le centre de la réunion hebdomadaire. Indépendamment de ce signe extérieur, un marabout, qui sert de mosquée, s’élève sur l’emplacement du marché. C’est autour de ce marabout que les habitants des tribus voisines viennent enterrer leurs morts; aussi choisit-on de préférence, pour y établir un lieu de fréquentation commerciale, les ruines d’une ville ou d’une bourgade romaine. C’est une carrière qui fournit, sans le moindre travail, la pierre de l’édifice et des tombeaux.

 

Le marché, sanctuaire des intérêts matériels, devient donc ainsi le sanctuaire des intérêts moraux , placé sous la double sauvegarde du passé et de l’avenir, des souvenirs de la famille et des espérances de la religion.

 

Une plaine déserte, silencieuse et inculte; une source d’eau limpide, ombragée par un tremble colossal; un petit édifice blanc, couvert tantôt d’un dôme en coupole, tantôt d’une toiture en tuiles; des tombes groupées alentour, comme une famille autour de son chef; de vieux pans de mur, des pierres de taille éparses, tombes d’un autre âge, tel est l’aspect du marché pendant six jours, et le voyageur qui le traverse alors ne se doute pas de l’importance de ce lieu, de l’affluence et du brouhaha, des voix tumultueuses et des scènes animées qui, une fois par semaine, en troublent le silence et la solitude.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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