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Conceptions du Bonheur et Quête du Salut dans la pensée Islamique

24 05 2020

 

Problématiser de la Recherche 

 

 

 

 

 

Le bonheur, c’est d’en donner. (Saint Augustin)

 

Il ne faut pas oublier que dès que la vie matérielle est bien assurée dans le plein sens du mot, tout le bonheur reste à faire. (Alain)

 

C’est cela le Bonheur parfait (ذلك هو الفوز العظيم). (Coran)

 

 

 

 

 

 

 

 

On retient deux concepts clefs: Bonheur et Salut. On les écris avec des majuscules pour suggérer la ferveur communicative, les espérances irrépressibles, les développements obsédants, presque ritualisés qu’ils ont nourris en contextes islamiques, aussi bien chez les philosophes hellénisants que chez les croyants les plus fidèles à l’enseignement coranique. Voilà pourquoi on parle de conceptions au pluriel: plusieurs courants de pensée ont, en effet, privilégié la quête de ce qu’on appelle Bonheur ou Salut – selon que l’on accentue la vision philosophique dans la ligne de l’Éthique à Nicomaque ou l’inspiration spiritualiste des mystiques, eux-mêmes liés à différentes tendances ésotéristes ou néoplatoniciennes.

 

 

Au-delà de l’exemple islamique illustré par une littérature exubérante, les thèmes du Bonheur et du Salut renvoient à des paradigmes existentiaux, c’est-à-dire des modèles de réalisation intellectuelle, morale, spirituelle de la personne humaine. La nostalgie de l’être parfait, le «dur désir de durer» (Apollinaire), le désir d’immortalité ont longtemps permis aux hommes de vivre mentalement bien au-dessus des limites biologiques, sociales, politiques de leur condition réelle. Toutes les formes d’expression artistique, littéraire. Religieuse convergent vers le Bonheur suprême par le dépassement de soi. À ce niveau d’aspiration, d’effort démesuré pour ressembler à Dieu (ta’alluh), les frontières théologiques qui séparent si radicalement les religions, la théologie et la philosophie, s’effacent dans toutes les traditions de pensée. On peut parler d’une forme de l’humanisme adapté à un stade de la pensée critique, de la connaissance scientifique dans les limites longtemps infranchissables des lois de la nature. À cet égard, le fait que des mouvements politiques créent un amalgame entre le «Salut» eschatologique et le salut terrestre en engageant les masses dans des luttes pour le pouvoir en dit long sur les forces régressives en travail dans les sociétés «musulmanes» d’aujourd’hui. Car la connaissance scientifique est en train de bouleverser les tracés de ces limites, tout en faisant apparaître d’autres limites qui suscitent de la part des hommes des réponses différentes soit pour les transgresser, aller plus loin dans l’émancipation, soit pour aller chercher dans des mouvements sectaires, l’astrologie, voire la magie, des formes de bonheur que les religions traditionnelles ne donnent plus là où domine la culture de l’incroyance.

 

Et pourtant, on ne peut plus traiter des thèmes obsédants comme le bonheur, l’amour, la justice, la tolérance, les droits de l’homme sans convoquer les grandes traditions religieuses. On commet ainsi des anachronismes scandaleux pour être en règle avec les impératifs de la political correctness. On fait appel indistinctement à des gestionnaires de la foi, à des chercheurs spécialisés, ou plus rarement, à des penseurs critiques. Dans le cas de l’islam, on fait venir la personne disponible: un imam, un essayiste prolifique, mais étranger aux interrogations de la pensée critique, un rhéteur militant, un professeur fidéiste, voire obscurantiste….: peu importe, puisqu’il s’agit seulement de ne pas encourir l’accusation de marginaliser une grande religion. Le choix d’une personne compétente ne garantit pas toujours un résultat satisfaisant du point de vue de la réception d’une présentation critique inhabituelle de la place et des enseignements réels de l’islam par rapport aux autres religions et surtout à la modernité. Les musulmans refusent ou comprennent mal l’objet de la critique; les non musulmans veulent entendre les critiques stéréotypées sur la guerre sainte, le voile, la condition des femmes, la violence, l’obscurantisme, etc. À force de relever ces défis devant des audiences variées, mes Combats pour l’humanisme en contextes islamiques se sont progressivement élargis au-delà de l’exemple islamique pour prendre en charge notamment tout ce qui se passe dans les sociétés où le bonheur consiste à exiger toujours plus «d’acquits sociaux» irréversibles.

 

Une présentation historique de la place du Bonheur et du Salut dans la pensée islamique classique ne peut faire abstraction des ruptures intellectuelles, spirituelles, culturelles que signale l’usage militant d’un vocabulaire à fortes résonances religieuses comme Jihâd, cause de Dieu, parti de Dieu, paradis, Salut éternel dans un contexte radicalement politisé, sécularisé où s’accomplit plus la désintégration, sans doute irréversible, des valeurs et du sentiment religieux tels qu’ils ont fonctionné dans la pensée et les cultures antérieures aux années 1950. ce vocabulaire enflamme, en effet, les imaginaires qu’il s’agit de mobiliser dans des luttes violentes bien éloignées de la quête rituelle, patiente, pacifique du Salut de l’âme et de la félicité dans l’Autre vie. Même le mot Jihâd aujourd’hui confisqué par les mouvements terroristes, a longtemps désigné le combat spirituel du mystique pour cheminer vers l’union avec Dieu. Ce rappel est devenu un lieu commun éculé et sans portée concrète dans les polémiques entre musulmans et occidentaux autour des usages du concept si disputé, si galvaudé de Jihâd. Un immense désordre sémantique a gagné les régions les plus intimes, les plus délicates, les plus essentielles de la conceptualisation dans les langues d’expression de l’islam et notamment l’arabe, langue du Coran et des grands Corpus de la croyance.

 

Ainsi, l’étude du Bonheur et du Salut dans le cas qui nous occupe, permet non seulement de situer historiquement la pensée islamique par rapport à ce que les historiens appellent l’espace mental médiéval, tel que le révèlent les expressions juives (en hébreu ou en arabe) et chrétiennes (en grec, en latin, en syriaque, en araméen, en arabe); mais, plus essentiellement, de penser – au sens le plus critique – les ruptures qui affectent aujourd’hui la conscience islamique dans le contexte d’une crise plus générale de la raison, désormais incapable d’articuler un discours crédible, psychologiquement efficace, ni sur le Bonheur abordé philosophiquement, ni sur le Salut espéré spirituellement, justifié théologiquement. On dira que cette crise de la raison et l’absence d’horizon de sens sont désormais des données communes à toutes les cultures du monde. La Lumières européennes ont promis de construire un bonheur concret accessible à chaque être humain hors de toutes frontières religieuses, ethniques, ou politiques. Ce bonheur terrestre palpable garanti par la gouvernance d’un État républicain démocratique devait remplacer le bonheur rêvé, imaginé, légendaire et cependant bien localisé dans un temps éternel et un espace divin, céleste des religions traditionnelles.

Retenons que l’intérêt du thème du Bonheur et du Salut selon la trajectoire islamique, c’est de montrer d’une part le socle philosophique et anthropologique commun aux trois religions monothéistes, d’autre part les différences significatives des processus de sortie ou de désintégration de la posture religieuse dans le judaïsme, le christianisme et l’islam.

 

La tâche, on le voit, est malaisée, si l’on veut viser dans un même mouvement de la pensée la rigueur et l’exhaustivité dans l’enquête historique et le repérage des conditions de possibilité d’une réactivation d’une philosophie du Bonheur et éventuellement d’une théologie du Salut dans l’État actuel de régression de la pensée, de la culture, de la pratique politique et éducative en contextes islamiques. S’il est relativement aisé de reconstituer historiquement la genèse et les diverses expansions de l’idée de bonheur et de la quête du salut, surtout au Xe siècle, période éphémère de diffusion d’un humanisme d’expression arabe, la recherche philosophique du Bonheur et la quête spirituelle du Salut se heurtent aujourd’hui à des obstacles structurels et institutionnels insurmontables. À moins de considérer comme signes positifs du retour du religieux, l’expansion d’un sacré manipulé et la multiplication des confréries avec leurs zawiyas (1) traditionnelles qui servent, en fait, de contrepoids politique à l’islam violent des mouvements terroristes dont l’objectif réel est la prise du pouvoir après l’élimination des régimes jugés impies.

 

 

 

 

 

 

 

(1): Institutions d’enseignement et de pratiques religieuses collectives sous la direction d’un maître de la confrérie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Source:

 

 

Conceptions du Bonheur et Quête du Salut dans la pensée Islamique 51cvmSKq3oL._SX354_BO1,204,203,200_

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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