‘Abd Al-Hamid Ibn Yahia (VIIIe s.)

12 05 2020

 

 

 

 

 

 

‘Abd Al-Hamid Ibn Yahia (VIIIe s.)  dans Histoire

 

 

 

 

 

La célébrité de ‘Abd al-Hamid tient au fait qu’il est les premier «secrétaire» dont l’existence historique soit confirmée par une œuvre littéraire passant pour l’une des premières manifestations de la littérature arabe en prose.

 

 

 

 

 

La Tradition des «secrétaires» arabes

 

La dynastie omeyyade qui, en 661 de notre ère (41 de l’hégire), prend la direction de la communauté islamique et choisit Damas pour capitale, se signale par l’implantation d’une administration centrale cohérente et hiérarchisée, notamment à partir du début de notre VIIIe siècle, sous le règne du calife ‘Abd al-Malik (685-705). la réforme fondamentale consiste alors dans l’introduction de l’arabe comme langue administrative, alors que les souverains précédents avaient prudemment maintenu l’usage du grec et du persan, consacré par les administrations antérieures.

 

Le personnel, hérité des administrations byzantine et sassanide, va dès lors s’arabiser et s’islamiser de plus en plus, mais le processus ne s’achèvera que beaucoup plus tard.

D’une certaine façon, on peut même dire que seule l’arabisation sera complète: des fonctionnaires chrétiens – voire parfois juifs, comme sous les Fatimides – continueront d’occuper les postes dans les administrations arabes du Proche-Orient jusqu’à l’époque actuelle.

 

C’est parmi ces fonctionnaires, qui portent le nom de «secrétaires» (katib; pluriel, kuttab) pratiquement à tous les échelons, souvent originaires de communautés minoritaires, que se recrute une bonne partie des cadres lettrés. Par la force des choses, ils enrichissent le patrimoine arabe d’une masse d’éléments provenant de la tradition hellénistique et byzantine d’une part, indo-iranienne et sassanide d’autre part.

 

 

 

 

‘Abd al-Hamid et le genre de l’épître

 

Natif des bords de l’Euphrate, il n’est sans doute pas d’origine arabe, mais client d’une famille apparentée à la tribu du prophète Muhammad. Il aurait débuté comme maître d’école itinérant avant d’entrer dans l’administration omeyyade. Il y conquiert une place de premier plan sous le dernier calife de cette dynastie, Marwan ibn Muhammad (744-749). Lorsque les ‘Abbasides balayent les Omeyyades, il semble avoir partagé leur sort et avoir été exécuté en 750 (132 de l’hégire) au cours de la fuite des derniers survivants de la dynastie en Égypte.

 

On lui connaît dans ce pays des descendants qui joueront un rôle dans l’administration tulunide.

 

‘Abd al-Hamid est le fondateur du genre épistolaire en arabe. Il faut distinguer deux sortes d’épîtres (risala; pluriel, rasa’il):

 

- les pièces de chancellerie proprement dites, celles qui – de façon plus ou moins authentique – entrent dans la catégorie des documents d’archives;

 

- les épîtres littéraires qui sont composées, en général, dans un but didactique et véhiculent les principes d’une éthique qui s’incorporera à la tradition arabo-islamique.

 

 

Les écrits de ‘Abd al-Hamid comprennent quelques pièces de chancellerie et lettres privées. Ces documents sont rédigés en prose rimée (sadj’ سجع ) et, par leur style recherché et parfois obscur, n’ont aucun des caractères de la correspondance administrative telle que nous la concevons. C’est pourtant ce style qui l’emportera définitivement dans l’administration des pays arabes, notamment lorsqu’il aura été brillamment illustré par de hauts fonctionnaires épistoliers au Xe sièle (Sahib ibn ‘Abbad, Ibn al-’Amid, Badi’ al-Zaman al-Hamadhani), au point qu’il caractérise la totalité des pièces d’archives des pays arabo-islamiques jusqu’à une époque relativement récente.

 

Les épîtres ayant plus spécialement un caractère littéraire ne diffèrent guère des précédentes par leur style. Elles ont pour particularité de faire passer en arabe, sans doute pour la première fois, les éléments d’une éthique individuelle et sociale héritée des traditions antérieures, mais revêtus d’un vernis islamique. C’est ainsi que la longue épître adressée à ‘Abd Allah, fils du calife Marwan, accumule des conseils de conduite privée, d’étiquette et d’art militaire. D’inspiration plus nettement pédagogique encore est l’Épître aux Secrétaires, rédigée dans une langue plus simple et plus fluide. C’est le premier exemple attesté d’un genre qui fleurira dans la littérature arabe, au point de tourner rapidement aau poncif, mais qui sera d’autre par le noyau de la littérature à la fois didactique et récréative dite «littérature d’adab»: le genre de l’adab al-kuttab, ou du «manuel du parfait secrétaire». Ce genre trouve sa justification dans l’incontestable impréparation – d’un point de vue arabe et islamique s’entend – du personnel administratif, le plus souvent non arabe et non musulman, hérité des régimes précédents. Les règles de l’administration sassanide, mais aussi les méthodes militaires byzantines, inspirent nettement cette épître de ‘Abd al-Hamid, et s’incorporent ainsi à la nouvelle éthique du monde islamique sédentaire en gestation.

 

 

L’influence de ‘Abd al-Hamid en qualité d’épistolier, dans le domaine du style, se fera sentir dans la prose de chancellerie de toutes les époques. Pour ce qui est plus précisément de son influence sur la littérature d’adab, les idées qu’il véhicule, par l’intermédiaire de son disciple et émule Ibn al-Muqaffa’, vont se retrouver chez les grands polygraphes du IXe siècle qui sont les créateurs d’un adab élargi, comme al-Djahiz et Ibn Qutayba.

 

 

 

 

 

Gérard LECOMTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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