Le Ramadan : Mœurs Indigènes de l’Algérie

4 05 2020

 

 par M. A. Chevillotte – Alger 1854

 

 

 

 

 

 

 

L’Algérie offre à chaque pas des scènes de mœurs d’un effet saisissant et pittoresque. Dans les villes, il est curieux de voir la vie européenne se mêler à la vie arabe, la nature si souple, si active, si ingénieuse du caractère français se communiquer à tout ce qu’elle touche, meure en défaut la résignation du musulman et entraîner dans son mouvement une population longtemps immobile et à demi barbare. Dans les plaines et au milieu des montagnes, la tribu a conservé religieusement les coutumes et les traditions de ses pères ; à l’aspect du douar dont les troupeaux rentrent le soir aux aboiements incessants des chiens kabyles, à la vue de ces hommes qui ont gardé le costume antique, de ces femmes vêtues comme les femmes d’Abraham et d’Isaac qui se rendent aux fontaines une urne sur la tête ou eu reviennent affaissées sous le poids d’une outre remplie d’eau, aux âpres et lugubres gémissements des chameaux qui ploient le genou pour recevoir et laisser enlever leur fardeau, le tableau prend toutes les teintes de la poésie primitive et patriarcale. Par fois aussi, c’est une scène de la vie féodale qui s’ouvre aux regards quand un de ces grands chefs indigènes qui assistaient à la revue du 10 mai, sort de sa tente ou de son bordj le faucon au poing, précédé de deux beaux lévriers et monte, au milieu de ses cavaliers, sur un magnifique cheval qui secoue sa longue crinière, frémit sous sa selle brodée d’or et balaye la terre de l’extrémité de sa queue teinte en pourpre par le henné. On dirait un haut et puissant seigneur du moyen âge, partant pour la chasse et faisant battre la plaine par ses vassaux.

 

 

 

La nature elle même se prêle à ces divers contrastes.

 

Derrière les vallées ombreuses des bords de la mer et les jardins d’orangers , de figuiers et de citronniers où la colonisation s’est tout d’abord répandue , derrière les cimes élevées de l’Atlas dont les flancs abruptes et les riches plateaux sont couverts de villages kabyles, l’Arabe promène son humeur et sa tente vagabonde dans les vastes plaines déboisées du Tell, et au delà de ces espaces, se déroulent tes horizons infinis du Sahara et les enchantements de la splendide végétation des oasis de palmiers. La population qui habile ces zones distinctes du sol algérien diffère souvent d’origine, de langage et d’habitudes, mais elle a partout les mêmes croyances, les mêmes traditions et les mêmes espérances. C’est, en effet, le Coran qui lui sert de lien politique et religieux, qui l’a façonné à son image, et qui lui a si profondément imprimé son caractère exclusif. Pour l’Arabe, l’islamisme est la religion hors de laquelle il n’y a plus que des infidèles et des impies : il la croit destinée à le relever de son abaissement actuel, à régénérer le monde, et cette illusion de grandeur future, qu’entretiennent les prédications de ses marabouts et de ses prophètes improvises, constitue sa résignation et sa force contre les efforts de notre intelligence et l’esprit de nos institutions. La loi musulmane n’a, pour ainsi dire, pas d’autre nom que la religion : elle est, au même litre que le dogme, une émanation de Dieu. Respectée par cela même comme le dernier terme auquel puisse atteindre la sagesse humaine, elle a, depuis plus de douze siècles, continué les traditions et la société du prophète, en perdant, sous l’étreinte du sentiment religieux, la vitalité de l’élément civil qui, partout ailleurs, suit les progrès des idées et des mœurs. Aussi est-il vrai de dire qu’elle est la physionomie du peuple arabe, le secret de sa grandeur passagère et de sa prompte décadence comme le présage de son avenir, si le génie traditionnel de notre patrie ne lui vient en aide et ne le tire de sa léthargie.

 

Parmi ces scènes si variées, au milieu d’aspects si divers, le jeûne de Ramadan, qui y touche surtout par le côté religieux, est un sujet intéressant d’observations. Si les solennités publiques initient aux mœurs d’un peuple, celle-ci est, en outre, sous la tente de l’Arabe nomade et sous le toit du Maure, le reflet le plus animé du caractère, des superstitions et des coutumes indigènes. Nous allons donc essayer de retracer son institution, ses règles pratiques, ses fêtes et les modifications qu’elle a déjà subies au contact du temps et de nos idées.

 

[....]

 

 

 

Édition Complète: ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45