Les fondations mythiques de Sanaa

8 08 2019

  

 

 

 

 

 

 

 

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L’origine mythique de Sanaa est directement liée à la fondation du palais de Gumdàn. Celui-ci est, selon la légende, le premier édifice à avoir été construit par Sem après qu’il ait choisi le site pour fonder la première ville après le déluge. Le savant yéménite, al-Hamdànï (décédé dans la deuxième moitié du Xe siècle) est un des premiers à en faire le récit :

 

« Sem, fils de Noé, a fondé Gumdân. Il a creusé son puits qui sert, aujourd’hui, de réservoir à la Grande mosquée de Sanaa. Ayant parcouru les terres du nord, il se rendit dans le sud, visitant les pays les plus agréables, et arriva dans le premier « climat ». Là, le Yémen lui apparut comme l’endroit le plus propice pour y élire domicile. Après un si long voyage, il arriva dans la plaine de Sanaa. Il posa son cordeau entre les deux montagnes surplombant Gumdân à l’ouest de la plaine de Sanaa et construisit « al-zibr » qui existe encore aujourd’hui. Lors de sa construction, Dieu envoya un oiseau qui enleva le cordeau. Sem le suivit pour voir où il tomberait. Il s’arrêta au sud du Na’îm au pied de la montagne Nuqum et le lâcha mais quand Sem l’atteignit, l’oiseau le reprit et le posa sur les tells volcaniques de Gumdân. Lorsque le cordeau fut fixé sur la plaine de Gumdân, Sem comprit qu’il lui avait donné l’ordre de construire en ce lieu. Il fonda donc Gumdân puis creusa son puits appelé « karâma » et utilisé encore de nos jours bien que son eau soit saumâtre.« 

 

 

 

 

 

Ibn al-Dayba’ propose une autre variante moins riche en détails mais apportant, en liaison avec Sanaa, des données inédites sur la progéniture de Sem. Sur ordre de son père Noé, celui-ci se dirigea avec ses enfants en direction du Yémen à la recherche d’un endroit où élire sa demeure. Négligeant le Hédjaz, le Nejd et la région d’al-’Arûd dont les climats ne lui convenaient pas, il s’arrêta à Sanaa pour y fonder la ville et y creuser un puits qui porte son nom. Pendant ce temps, son frère Yâfit (Japhet) s’établissait dans les terres du nord et Hâm (Chem), ancêtre des Africains, dans les régions sud de la terre. A Sanaa, Sem eut cinq enfants, Arfahsad, Asûd, Lâwad, Iram et ‘Awilam qui, sous l’influence du climat, virent leur langage et leurs aspects physiques se transformer. Ils acquirent ainsi le type ethnique des Arabes et en devinrent les ancêtres.

 

 

 

 

 

 

 

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Le géographe Ibn al-Mugâwir nous rapporte des versions quelque peu différentes de ce mythe en se fondant sur l’autorité d’auteurs anciens. Selon l’un d’eux, ce serait Seth, un des fils d’Adam qui aurait construit Sanaa et aurait planté, à sa périphérie, deux jardins placés des deux côtés d’une route et dont la longueur équivalait à sept journées de marche entre Sanaa et l’Irak. Un autre rapporte sa fondation à l’œuvre de Sem qui, à la recherche d’un lieu pouvant alléger sa douleur et pourvu d’un climat tempéré, d’eau douce et d’une terre bénéfique, découvrit que Sanaa était l’endroit le plus propice. Il monta sur la montagne Nuqum et ordonna à ses gens de se construire chacun une maison. La ville atteignit bientôt une largeur et une longueur de sept parasanges et ses dépendances s’étendirent jusqu’à Basra. Une route reliait ces deux cités ; elle resta praticable « jusqu’à ce qu’elle fut recouverte par les sables » . Le premier puits de la Création y fut creusé par Hûd, un prophète pré-islamique dont le corps reposerait, dit-on, dans le sanctuaire qui lui est consacré près de Tarim (Hadramawt). Le palais de Gumdân est lui-aussi mentionné comme ayant été fondé par Sem puis rehaussé d’une demeure royale par chaque tubba’ yéménite jusqu’à atteindre  » 72 ou 93 niveaux ».

 

 

 

Le dernier à l’avoir surélevé fut As’ad al-Kâmil, un des tubba’ les plus célèbres dont les exploits légendaires sont souvent empruntés à l’épopée d’Alexandre le Grand et qui, dans les anciennes légendes yéménites, est identifié au tubba ‘ coranique . Dans la version d’ al-Hamdànï, un oiseau manifeste la toute puissance de Dieu en guidant l’acte fondateur. Ce thème n’est pas propre à Sanaa, il se retrouve dans d’autres récits de fondation de villes musulmanes, Le Caire et Alexandrie notamment. Dans le cas de Sanaa, la volonté de valoriser la civilisation des Arabes du sud, les Qahtàn, est sous-jacente à son origine mythique qui allie l’âge d’or pré-islamique, Gumdân et As’ad al-Kàmil, et une généalogie sacrée, Sem, Seth et Hûd. Elle pénètre aussi le thème de la protection divine de Sanaa que plusieurs légendes viennent illustrer. Al-Hamdànï rapporte que ses habitants, lors d’un combat avec leurs ennemis, entendirent une voix surnaturelle les assurer de la miséricorde de Dieu pour Azâl, le nom légendaire du Sanaa anté-islamique. C’est le chant d’un oiseau, répétant « le village est protégé », que Wahb b. Munabbih entendait chaque jour à l’extérieur de la ville. Le témoignage de ce personnage est invoqué par al-Râzi, un auteur yéménite du XIe siècle, pour relater comment une gazelle provoqua le massacre des assiégeants de Sanaa, des hommes de tribu de Hamdân, qui s’entretuèrent pour sa possession. L’armée d’un gouverneur omeyyade campant aux portes de la cité connut le même sort, prenant pour une attaque nocturne l’arrivée de montures échappées de la ville. Les serpents même ne pouvaient pénétrer en ville :

 

« Sanaa est protégée par deux talismans représentant des serpents et peu s’en faut qu’un habitant de cette ville en ait été victime. De mémoire d’homme, aucun de ceux qui en ont été mordus n’en est mort et cette victoire reste unique. Posés sur les portes de la ville, un de ces talismans était en fer et l’autre en cuivre… » (al-Razï).

 

 

 

 

Tel un microcosme réfléchissant par réfraction la mythologie coranique ou le temps mythique de la complétude religieuse, l’enceinte de la ville devient le théâtre d’une histoire sainte enracinant le lieu dans un temps primordial où se succédaient les envoyés de Dieu. Ibn Rustah rapporte ainsi une tradition qui accrédite la volonté de sacralisation de la ville par ses habitants :

« Une grande arcade en pierre se dresse près du marché des bouchers : ce fut là, prétend la population, que furent égorgés autrefois seize prophètes » (Ibn Rustah).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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