Les Ayyoubides (XIIe – XIIIe S.)

4 08 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

Famille princière dont les membres régnèrent sur l’Égypte, la Syrie, la Mésopotamie et le Yémen, les Ayyoubides tirent leur dénomination du Kurde Ayyoub, père du monarque connu en Europe sous l’appellation de Saladin, claquée sur son surnom arabe Salah al-din. Ce dernier avait installé le nouveau régime en Égypte, sans bruit, ordonnant de substituer dans le prône le nom du pontife sunnite de Bagdad à celui du calife fatimide. Celui-ci mourait trois jours plus tard, le 13 septembre 1171, sans avoir peut-être connu sa déchéance. La révolution s’était déroulée dans le calme.

 

 

 

 

 

 

Les Ayyoubides (XIIe - XIIIe S.)  dans Histoire Flag_of_Ayyubid_Dynasty

Drapeau des Ayyoubides

 

 

 

 

 

 

 

 

Saladin (1137-1193)

 

 

 

 

Saladin Ier fut bien le fondateur de la dynastie des Ayyoubides, car, peu après avoir pris le pouvoir en 1171, il mit au point la répartition des principautés et en désigna les premiers titulaires. Ce choix créa des frictions, et, pendant près d’un siècle, les principautés furent loin de vivre en bonne entente. Une difficulté est inhérente au point de départ et à la personnalité de Saladin: le monarque, installé au Caire, prétend faire figure de suzerain vis-à-vis des princes syriens qui, eux, s’efforcent d’accentuer leur autonomie. D’ailleurs Saladin ne plaisantait pas avec ses parents, qu’il faisait valser de région en région selon les fluctuations de sa confiance en eux.

 

 

 

 

Deux de ces principautés émergent quelque peu de l’histoire. La création du petit royaume du Yémen n’es pas dépourvue d’ambiguïté: on peut penser que c’est un premier jalon d’une politique panislamique de Saladin, qui s’assura ainsi le contrôle des Lieux saints de l’islam sans inconvénient de la résidence au Hedjaz, trop turbulent. La principauté de Haute-Mésopotamie, avec sa capitale à Hisn Kayfa, aura le triste privilège de fournir à l’Égypte son dernier sultan, Turanshah: le maintien invraisemblable de cette seigneurie jusqu’au début du XVIe siècle montre bien que son territoire se situait hors de la zone des grands conflits.

 

 

 

 

La puissance ayyoubide, par l’intermédiaire du prince zenguide d’Alep Nur al-din, se rattache au mouvement de rénovation sunnite implanté en Mésopotamie par les Seldjoukides. Son originalité va se manifester d’une double façon: dans le domaine religieux, par la suppression radicale du Chiisme au moyen des madrasa, collèges d’État, qui vont dès lors pulluler en Égypte et dans les grandes villes syriennes; dans le domaine militaire, par la mise en oeuvre de toutes les ressources en vue de la lutte contre les croisés.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Extension maximale de l’Empire ayyoubide sous Saladin en 1188.

 

 

 

 

 

 

La disparition du chef de la famille, en 1193, laissa voir à nu l’ambition jalouse des petits princes qui vont passer leur temps à faire et défaire des alliances, à guetter les faiblesses de leurs émules et adversaires. En Syrie, énumérons: la principauté éphémère de Baalbek; les principautés de Homs (Hims), de Banyas, de Karak qui disparaîtront avec les premiers Mamlouks; celles de Damas et d’Alep, qui finirent par être réunies sur la même tête et tiendront jusqu’en 1260; celle de Hama, que les Mamlouks laisseront vivre jusqu’en 1341.

 

 

 

 

La grande affaires des Ayyoubides, c’est le voisinage des croisés, et c’est souvent sur ce point précis que l’on est amené à porter des jugements sévères sur leurs dissensions. On ne relatera pas ici les campagnes victorieuses de Saladin, qui aboutissent à la conquête de Jérusalem. Mais il convient d’insister sur la dérobade des princes syriens lors de la croisade de Philippe Auguste: si Acre fut reprise par les Francs, on doit en grande partie à l’abandon des troupes syriennes ramenées dans leurs domaines respectifs.

 

 

 

 

Mais ces jalousies mesquines éclatèrent surtout après la mort de Saladin, dont le prestige personnel n’avait donc pas toujours suffi à maintenir le calme. Les intrigues furent permanentes et constituèrent la faiblesse irrémédiable de la famille; elles ne cesseront qu’à la chute de la branche qui règne au Caire. Au fond, les querelles de ces roitelets sont très monotones: simplement on se met à deux contre un et l’isolé se préoccupe, souvent avec succès, de dissoudre la coalition d’en face; puis l’on recommence. Du point de vue islamique, c’est lamentable, car les croisés occupent en force le littoral palestinien et deux sièges de Damiette montrent qu’ils continuent à présenter un grave danger. La titulature officielle des divers princes en fait des égaux, car si Saladin ne porta jamais le titre de sultan, ce titre est dévolu, sans aucune exception et sans distinction de préséance, à tous les princes ayyoubides.

 

 

 

 

Ainsi l’histoire des Ayyoubides n’est qu’un récit tourmenté des intrigues des divers membres de la famille, chacun d’eux ayant une ambition territoriale égale à celle du voisin, tous les princes syriens, ou presque tous, ayant convoité la possession de Damas. La capitale de la Syrie, enjeu des luttes qui se dérouleront pendant plus de soixante ans, va devenir le centre de la politique égyptienne, syrienne et mésopotamienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malik Kamil (1180-1238)

 

 

 

 

Un des souverain ultérieurs de l’Égypte, Malik Kamil, reste une belle figure. Il avait assumé le pouvoir pendant que les Francs assiégeaient Damiette, dont ils s’étaient emparés le 5 novembre 1219; sans doute leur situation restait précaire mais aussi les troupes musulmanes en avaient assez. C’est dans cette atmosphère de batailles sanglantes et sans issue que Malik Kamil se prit à préférer la négociation à la guerre. Un trait émouvant: Malik Kamil reçut à son camp, face à Damiette, la visite de saint François d’Assise; malgré ses conseillers, il réserva au franciscain un accueil amical, et une légende franciscaine s’en souviendra, faisant mourir le sultan d’Égypte à Konia, couvert par deux missionnaires de saint François.

 

 

 

 

Une négociation célèbre lui attira les récriminations justifiées, en apparence tout au moins, de toutes les populations musulmanes.

Prince cultivé, il avait entretenu des relations scientifiques avec l’empereur Frédéric II et peut-être était-il imprudemment convenu de lui céder Jérusalem. Sans doute, le sultan d’Égypte était gêné par une trêve qui n’était pas encore parvenue à son terme au moment ou Frédéric exigea la livraison de la cité. Après la remise de la ville, Malik Kamil s’excusa dans un manifeste, affirmant que le culte musulman avait été garanti dans la Grande Mosquée de la ville. Les faits montrent bien que les deux souverains étaient au-dessus de leur temps: le monde islamique, surchauffé, considérait la perte de Jérusalem comme un grand malheur, tendis que la papauté, ne voulant pas oublier qu’elle avait excommunié l’empereur, jetait l’interdit sur les Lieux saints. À l’actif de Malik Kamil, outre que ses adversaires ne regardaient pas de trop près à leurs alliances (telle la demande d’aide aux bandes kharizmiennes qui dévastaient la Syrie), on est en droit de constater que la cession de Jérusalem procura un état de paix qui ne fut jamais, pendant toute la durée des croisades, ni aussi stable ni aussi long, et c’est bien ce que le sultan avait recherché avant tout. Ce fut, en tous cas, le point de départ d’une conjuration des princes syriens contre le sultan d’Égypte, conjuration qui donna ses fruits plus tard, en 1237, lorsque Malik Kamil reçut un véritable ultimatum lui enjoignant de ne pas sortir d’Égypte. Le conflit tourna court par suite du décès d’un des protagonistes et de la médiation du calife de Bagdad.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Al-Kamil_Muhammad_al-Malik_and_Frederick_II_Holy_Roman_Emperor

Rencontre entre Al-Kamel (à droite) et Frédéric II (à gauche)

 

 

 

 

 

 

Le dernier épisode est une épouvantable tragédie. Les Francs avaient une seconde fois pris Damiette. Parvenus à Mansourah (Al-Mansura), ils y perdirent une bataille de rues. Après la mort de Malik Salih (1249), sa veuve Shadjar al-durr avait mandé le prince Turanshah, qui régnait à Hisn Kayfa. Ce dernier arriva à Mansourah le 25 février 1250, pendant que l’armée musulmane, reprenant l’offensive, cernait les Francs à Fareskour et faisait prisonnier le roi de France Louis IX. Par arrogance, Turanshah s’aliéna tous les cœurs et, au cours d’un banquet, le futur sultan mamlouk Baibars lui porta le premier coup de sabre. Turanshah se réfugia dans une tour de bois à laquelle on mit le feu; il se précipita dans le Nil; rejoint à la nage, il fut mis à mort. Ainsi périssait, le 30 avril 1250, le dernier sultan ayyoubide d’Égypte, dont la conduite insolente avait attiré cet orage.

 

 

 

 

 

Le meurtrier n’était pas seul: il faisait partie de la milice d’esclaves turcs que Malik Salih venait de constituer pour posséder à ses côtés un contingent de gardes sûrs. Ces Mamlouks, menacés, tout au moins dans leur influence, par les officiers que Turanshah avait ramenés de Mésopotamie, avaient pris les devants. Telle était la signification de ce sanglant fait divers qui allait donner naissance au nouveau régime de l”Égypte, celui des sultana mamlouks, dont la puissance et la cohésion allaient faire oublier la faiblesse des seigneurs ayyoubides.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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