Inscription de l’Arc de Triomphe de Cirta

15 07 2019

 

 

 

 

 

 

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On est en présence de la dédicace d’un monument célèbre, l’arc de triomphe de Cirta, dédicace qui fait ressortir l’ensemble des dons tout au long de son cursus honorum.

 

 

 

 

Cirta (actuelle Constantine) est une colonie romaine depuis 44 avant J.-C., année de la mort de César. Milev, Rusicade (Skikda) et Chullo (Collo) sont trois colonies voisines, mais il existe une administration unique pour les quatre cités. Ces dernières forment la « Confédération de Cirta« , du moins jusqu’à l’époque Gallien où elle sera supprimée. Même si elles sont théoriquement placées sur un pied d’égalité, Cirta exerce une prépondérance de fait.

 

 

 

 

 

Quant a « notre seigneur Antonin Auguste« , il s’agit de l’empereur de l’époque, Marcus Aurelius Antoninus ou Caracalla (212-217), ce qui nous fournit la date approximative de l’inscription.

 

 

 

 

 

 

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Marcus Caecilius Natalis: une Carrière Exemplaire

 

 

 

 

On est dans une colonie romaine: tous les citoyens de la colonie sont citoyens romains, à la différence d’une cité de droit latin. Tout citoyen de naissance libre peut avoir accès aux magistratures, à condition toutefois de satisfaire aux critères d’âge et de fortune correspondant à la charge requises.

 

 

 

 

« Marcus« : prénom; « Caecilius« : nom gentilice; « Natalis« : surnom; on est en présence de tria nomina (les trois noms désignant le citoyen romain), à qui s’ajoutent l’indication de la filiation (« fils de Quintus« ; c’est un fils de citoyen romain) et la mention de la tribu (tribu Quirina): toutes les marues de la citoyenneté sont donc présentes, d’autant plus qu’il s’agit d’un magistrat. Il a été « édile, triumvir, questeur, quinquennal, préfet des colonnies« …. Dans les cités existent comme à Rome le cursus honorum (la carrière des honneurs), mais dans le cas présent, l’ordre hiérarchique des fonctions est très différent de celui qui existe à Rome et dans beaucoup d’autres cités. L’édilité (police et ravitaillement des cités) est mentionnée en premier lieu alors qu’à Rome et dans bien d’autres cités, la carrière des honneurs commence par la questure (gestion des finances de la cité), l’édilité venant en second lieu. L’explication provient peut-être du fait qu’à Cirta, les édiles disposaient de pouvoirs judiciaires importants. Il existe en principe deux édiles par colonie ou municipe sous l’Empire.

 

 

 

 

Dans les cités, le duumvirat (ou duovirat) représente la magistrature supérieure. Les duumvirs sont élus pour un an et disposent de pouvoirs importants (en matière de finances, police, justice….ainsi que la présidence de la curie des décurions, sorte de conseil municipal avant la lettre). Ici le duumvirat laisse la place à un triumvirat (donc une association de trois magistrats). Le triumvirat et le quatuorvirat se rencontrent pourtant plus fréquemment dans les municipes que dans les colonies. La quinquennalité est liée au recensement: il existe quatre magistrats (quinquennales, singulier quinquennalis) par cité ou municipe chargés d’effectuer le recensement et disposant de la potestas censoria (pouvoir du censeur). Ils exercent un rôle en matière budgétaire (affection des dépenses et des recettes de la colonie) et tiennent à jour l’album de la curie.

 

 

 

 

On sait d’après une autre inscription que Marcus Caecilius a été triumvir en 210. Il a élevé cet art de triomphe à l’occasion de sa quinquennalité, sans doute vers 216-217.

 

 

 

 

« Outre les 60.000 HS qu’il a versés à la commune pour les honneurs de l’édilité, du triumvirat et de la quinquennalité« : il a versé 20.000 sesterces à chaque fois qu’il a occupé une des magistratures désignées (édilité, triumvirat, quinquennalité): il s’agit d’une somme fixée par la cité pour exercer telle ou telle magistrature, dite somme honoraire. En revanche, la questure, ainsi que la préfecture des colonies, ne sont pas classées dans les « honneurs« : elles sont considérées à Cirta comme de simple fonctions et non comme des magistratures honorifiques, ce qui explique qu’elles ne nécessitent pas de s’acquittet de « sommes honoriaires« . Il est possible que la gestion des finances ait été largement prise en charge par les triumvirs, les questeurs agissant comme de simples exécutants. Quant à la préfecture des colonies, elle s’explique par la dépendance de fait de Milev, Rusicade et Chullu par rapport à Cirta; les trois premières n’ayant pas de magistrats sont administrées par un préfet, ce qui correspond ainsi à une charge tout à fait particulière. Elles n’étaient pas satisfaites de ce sort et demandaient à être reconnues comme des colonies à part entière, ce qu’elles n’obtiendront, on l’a vu, qu’environ un demi-siècle après la date approximative de l’inscription.

 

 

 

 

 

 

 

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Les Evergésies Ob Honorem

 

 

 

 

 

On appelle évergétisme une pratique par laquelle certains citoyens puissants et fortunés prennent à leur charge une partie des dépenses de leur cité: construction de monuments, faveurs au peule, distribution de blés, organisation de spectacles…. Les actes d’évergétisme peuvent être effectués en accomplissement de promesse faites lors de candidatures à telle ou telle élection correspondant à une charge dans la cité. Il s’agit d’actes d’évergétisme ob honorem, c’est-à-dire liés à la carrière des honneurs (magistratures et prêtrises). Ils correspondent dans ce cas à des pratiques légales et obligatoires: l’élu qui ne tient pas sa promesse est possible de poursuites. Il existe toutefois certains actes d’évergétisme correspondant à des libéralités, échappant aux honneurs, et donc sans caractère obligatoire. Dans l’un et l’autre cas, ces actes sont accomplis essentiellement en l’honneur de l’empereur, d’où les références à « notre Seigneur«  (« l’Indulgence de notre Seigneur« ; « la Vertu de Notre Seigneur Antonin Auguste« ). Les dons mentionnés sont les suivants:

 

- deux statues de bronze (pour l’édilité et le triumvirat) et la chappelle tétrastyle (à quatre colonnes) protégeant la deuxième statue de bronze;

 

- l’arc de triomphe, à l’occasion de la quinquennalité, « élevé à ses frais dans la même année«  qu’il en avait fait la promesse: il s’agit d’un don plus important qui témoigne de la progression des fonctions.

Le magistrat insiste sur son empressement à tenir ses promesse tout comme il avait tenu à rappeler son exactitude quant à l’acquittement des sommes honoraires.

 

 

 

 

 

A ces dons s’ajoutent les libéralités qui ont eu lieu dans les quatre citées: elles sont composées de spectacles essentiellement théâtraux (« jeux scéniques« ) et de « lancer de cadeaux à l’assistance«  (il y a parfois distribution d’argent). De telles libéralités autorisent la réunion de toute la cité autour de ces actes d’évergétisme. Elles montrent aussi que les trois cités dépendantes de fait par rapport à Cirta ne sont pas oubliées bien qu’elles ne disposent pas de magistrats.

 

 

 

 

 

Nous sommes tout cas en présence d’un magistrat qui dispose d’une fortune tout à fait considérable, d’autant plus que les sommes honoraires évoquées semblent particulièrement élevées pour une cité romaine. Il était rare que les magistrats des cités accomplissent autant d’actes d’évergétisme ob honorem.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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