Les Horloges à Eau dans la Tradition Islamique

24 05 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Horloges à Eau dans la Tradition Islamique dans Histoire Jazari

L’ horloge dite du « château », due à al-Jazari, XIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis le VIIe siècle, l’ascension et l’expansion des royaumes islamiques ont mené à la naissance d’un espace culturel qui englobait la Méditerranée et l’Asie Mineure, et s’étendait de l’Espagne à l’Afghanistan. L’Islam était la religion qui lui donnait son homogénéité, et l’arabe était la langue scientifique dominante. Plus fortement encore que l’époque hellénistique, la floraison de l’Islam (VIIIe-XIVe siècle) fut caractérisée par la réception et l’assimilation des traditions culturelles de toute sa zone d’influence.

 

 

 

 

 

 

Il n’est pas nécessaire de rappeler ici le rôle des auteurs arabes dans la transmission des sciences hellénistiques, et notamment de l’astronomie. Pour ce qui concerne la théorie et la technique de la mesure du temps, il ne faut pas seulement tenir compte, ici, du processus d’acquisition théorique et de développement du savoir antique; le rattachement direct à savoir et le prolongement des traditions artisanales et techniques de l’Antiquité tardive jouent aussi un rôle, tout comme les Syriens et les Perses- et, sur ce point, la recherche se heurte à des difficultés plus grandes encore. Un autre élément est encore largement inexpliqué: le rôle des auteurs arabes dans la transmission vers l’Europe de la science et de la technique en provenance de l’Inde et de la Chine.

 

 

 

 

Il est facile de reconstituer le lien direct des horlogers arabes avec la mécanique byzantine. La première information portant sur une activité d’horlogerie arabe indépendante est aussi une preuve de la relative arriération technique dans laquelle se trouvait l’Europe occidentale. Dans une mention souvent reproduite au Moyen Âge et qui figure dans les annales de l’Empire d’Eginhard, on évoque un cadeau du sultan Haroun al-Rachid à Charlemagne. Le souverain oriental fit porter en 807 à l’empereur occidental un prodige de la mécanique, “une horloge en laiton, admirablement composée par l’art mécanique”. La stupéfiante ressemblance du programme de figurines automates avec l’horloge d’art de Gaza, qui date de l’Antiquité tardive, saute immédiatement aux yeux. Bien entendu, les représentations de la tête de Gorgone et des douze travaux d’Hercule, puisées dans la mythologie antique, ont disparu. Toutes les heures, un cavalier sort par l’une des douze fenêtres. Dans le même temps, une petite cloche (cimbalum) retentit. Des variantes et des extensions de ce programme de figurines, avec entre autres des oiseaux chanteurs, des musiciens, des esclaves, des scènes d’exécution, se rencontrent dans de nombreuses horloges islamiques de petit et de grand format au cours de la période suivante. Presque partout, on mentionne la présence de boules qui tombent dans un bassin et servent de signal horaire, ainsi que d’une figurine en forme de stylet ou d’aiguille qui se déplace ou tourne sur elle-même.

 

 

 

 

On connaît depuis le Xe siècle des descriptions et des instructions de construction pour des horloges de ce types. Les plus importantes se trouvent dans un ouvrage andalou sur les automates, le Livre des mystères sur les produits de la pensée (XIe siècle), et dans le Livre du savoir des installations mécaniques inventives d’al-Jazari (1204/1206). Divers traités arabes désignent explicitement Archimède (IIIe siècle av. J.-C.) comme un précurseur. On ne connaît cependant pas d’ouvrage d’Archimède traitant de la construction des horloges à eau. Peut-être utilisait-on simplement son nom comme générique, pour rendre un hommage global aux autorités grecques. On parle aujourd’hui de Pseudo-Archimède. On cite aussi Héron d’Alexandrie. La théorie et la pratique hellénistique ont donc été considérablement exploitées. Parmi les composantes nouvelles mises au point par les horlogers arabes, peut-être empruntées à l’Extrême-Orient, on évoque l’utilisation de roues à aubes (on fit également des expériences avec du sable comme matériau d’écoulement) et l’utilisation de balances auxquelles on fixait des récipients à écoulement (un procédé qui n’était, autrement, connu qu’en Chine). Les sources européennes mentionnent aussi des simulations astronomiques pratiquées avec ces horloges. En 1232, le sultan al-Ashraf de Damas offrit à l’empereur Frédéric II un “ciel artificiel” extraordinairement précieux sur lequel on pouvait lire, outre la trajectoire des étoiles, les heures du jour et de la nuit. Un récit décrit cette installation comme”une tente admirablement construite dans laquelle les images du soleil et de la lune accomplit leur trajet conformément à leurs positions, et désignent de manière infaillible les heures de la journée et de la nuit”. Un autre parle d’un “ciel astronomique doré, peuplé d’astres en pierres précieuses, et qui inclut un déplacement mécanique des planètes”. En revanche, il faut attendre une version tardive, datant déjà de la période des horloges mécaniques, pour trouver une variante du texte-parfois citée dans des livres d’horlogerie- qui souligne plus fortement l’aspect mécanique (“ponderibus et rotis incitatae”).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’Horloge Bouinaniyya de Fès

 C’est une horloge monumentale qui mesure environ 11 mètres de large et 12 mètres de haut, avec des arcs et des vases de cuivre en face de la porte de la nouvelle madrasa, rue du marché du palais de Fès. Pour indiquer l’expiration d’une heure, une boule de métal tombait dans un vase et l’un des arcs (c’est-à-dire la porte dans l’arc) s’ouvrait. Sa construction a été achevée vers juin 1357 .

 Sur la façade, on trouve 12 portes sous lesquelles sont placées 13 consoles supportant chacune un bol ou cymbale probablement en bronze. Dans la partie supérieure on peut voir un alignement de potences en saillie. Chacune d’entre elles retient par un filin une boule de métal.

 On pense que l’horloge était dédiée à l’indication des heures temporaires de jour.

Le cycle journalier pouvait être celui-ci : Au lever du Soleil, une boule de bronze tombait dans le premier bol. Le son émis marquait alors l’heure zéro.

Puis à la fin de chaque heure, une porte s’ouvrait et une boule tombait dans la coupe correspondante. Les heures étaient ainsi signalées jusqu’à la douzième heure de jour (d’où 13 bols) où les 12 portes étaient donc ouvertes. À la fin de cette période les portes devaient être refermées et les boules étaient remontées en haut de leur potence. Le cycle pouvait alors reprendre le lendemain, au lever du Soleil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

Dans l’Europe médiévale, ce type d’automates provenant de la culture islamique n’était connu que par ouï-dire. Les récit ont souvent une certaine vraisemblance- c’est par exemple le cas de l’histoire du paon qui bat des ailes et qui crie toutes les heures, histoire que raconte Shéhérazade au cours de la 357e nuit-, mais ils peuvent aussi être émaillés d’enjolivements fantaisistes. Le palais du souverain perse Chosroês II, construit au VIIe siècle et qui était censé abriter quantité d’automates dont la plupart relevaient sans doute de la légende, a fourni le modèle des descriptions littéraires du Graal. Dans le Titurel, que l’on attribue à Albercht von Scharfenberg, on décrit une mécanique céleste du Graal riche en artifices qui, animée par un “orolei” dissimulé, montrait le mouvement des astres sur une voûte céleste artificielle et faisait sonner les sept temps de la journée (c’est-à-dire les “heures”) sur des cymbales d’or. L’auteur établit ici entre les féeriques automates orientaux et l’idée d’une sonnerie automatique des “heures” un lien, qui, d’après tout ce que nous savons, n’a jamais existé.

 

 

 

 

 

Lorsqu’on examine les sources de la tradition islamique des horloges à eau, deux autres aspects sautent aux yeux. La plupart de ces précieux automates d’horlogerie, qui exigeaient une maintenance délicate, étaient des jouets avec lesquels on se divertissait dans les cours et dans les maisons riches, et dont on se plaisait à étonner les visiteurs. Par rapport à des versions beaucoup plus simples qui servaient explicitement à indiquer les temps de prières, leur diffusion était très limitée. Il y a cependant eu aussi une série de grandes horloges publiques, et donc peut-être une tradition remontant à l’époque byzantine de l’indication publique du temps. Si l’on fait abstraction de l’horloge qui se trouve à Gaza, la plus ancienne information dont on dispose provient d’un récit de voyage chinois qui évoque une horloge à eau en or aux portes d’Antioche, horloge qui pourrait dater de l’époque byzantine. Elle avait la forme d’une balance d’ou, toutes les heures, tombait une bille qui produisait une sonnerie. On lit dans ce récit: “ Cela sert à indiquer, sans la moindre erreur, les partie de la journée.” A Damas, on mentionne, du Xe au XIVe siècle, la présence d’une horloge publique sur la Grande Mosquée. Selon les témoignages, elle servait aussi à indiquer les temps de prière. On a conservé à Fès (au Maroc) le restes d’une horloge publique du XIVe siècle. Selon une épitaphe en grec, en latin et en arabe, le roi normand Roger II de Sicile aurait également fait construire à Palerme un instrument pour indiquer les heures (“opus horlogii”).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Inscription trilingue pour une horloge hydraulique du Roi Roger II de Sicile à Palerme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si ces allusion à l’indication publique du temps sont remarquables, c’est aussi parce qu’après apparition des horloges mécaniques de clocher en Europe, les souverains islamiques s’étaient insurgés contre leur introduction sur leurs terres. Nous n’avons guère de renseignements sur la nature des signaux horaires. Pour ce qui concerne les horloges de Gaza et de Damas, on souligne qu’elles étaient prévues pour donner l’heure du jour et de la nuit. L’horloge de Gaza sonnait au moins pendant la journée deux fois la séquence de chiffres 1-6; à Antioche, on déclenchait un signal toutes les heures. Le théâtre d’automates de ce que l’on appelait l’(horloge-palais pour les heures inégales) d’al-Jazari devait se mettre en mouvement, pendant la journée, à la sixième, à la neuvième et à la douzième heure, et, pendant la nuit, à la sixième et à la douzième heure. Le modèle astronomique offert à Frédéric II aurait indiqué “les heures du jour et de la nuit”. Cette formulation est remarquable, parce qu’elle est devenue par la suite l’attribut spécifique des horloges mécaniques. En revanche, on ne discerne pas de lien entre les différentes formes d’indication et les temps de prière chez les musulmans.

 

 

 

 

 

On est en outre frappé de constater que les traités d’horlogerie arabes portant sur les horloges à eau et sur les horloges à bougies décrivent des constructions permettant d’indiquer les heures temporelles et les heures équinoxiales, sans que l’on puisse distinguer une préférence nette en faveur de l’une ou de l’autre variante. Les heures équinoxiales sont ici aussi des parties de la journée pleine ou de la journée de lumière pendant les équinoxes et ne sont pas encore définies par de plus petites unités de temps – par exemple les minutes. E. Wiedemann traduit certes les termes arabes servant à désigner les heures temporelles (“heures courbes ou temporelles”) et les heures équinoxiales (“heures uniformes”), mais il n’explique pas quel décompte des heures était en usage, à quel moment et à quelles fins.

 

 

 

 

 

On peut exclure ici la possibilité que l’on ait utilisé, pour des raisons relevant de la pure technique d’horlogerie, des sections temporelles de même longueur, comme dans le cas de l’horloge décrite dans le manuscrit de Ripoll 225 et reconstituée à partir des ardoises de Villers-la-Ville, parce que même les simples graduations de la position du flotteur dans les réservoirs d’écoulement indiquent le double décompte. Il faut donc supposer que dans la zone islamique, contrairement à ce qui s’est passé en Europe occidentale, les deux formes de décompte des heures étaient en usage pendant tout le Moyen Âge, et que dans des cas isolés on a peut-être aussi indiqué publiquement des heures de même durée. Reste à savoir si, et dans quelle mesure, cette coexistence de deux types de décompte des heures se rencontrait en dehors des milieux érudits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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