L’arabe Usuel Dans Le Sud Oranais – 11ème partie-
2 05 2019Expressions Et Locutions Plus Spéciales Aux Nomades
4° Rupture des négociations.
Il peut arriver qu’un malentendu ou un désaccord sur un point fondamental survienne au cours de la discussion et empêche totalement les négociations d’aboutir. Dans ce cas elles sont rompues et les مواعيد se séparent en se menaçant de la guerre. Toutefois il est d’usage de laisser aux membres du miad qui reçoit l’hospitalité, le temps de rentrer chez lui sans l’inquiéter. Quelquefois, quand les esprits sont très montés, on en prévient le miad qui reçoit l’hospitalité. Ex. : اليوم باتوا في الامان و لاينّي غدوة ما تلوموا الا انفسكم, aujourd’hui passez la nuit en paix, mais demain, ne blâmez que vous-mêmes (de ce qui pourrait vous arriver
si vous restiez parmi nous).
Il est extrêmement rare qu’un miad recevant l’hospitalité dans une tribu soit victime d’une trahison, car la tribu qui agirait ainsi serait perdue de réputation et ne pourrait plus traiter en toute confiance avec ses voisins. On dirait d’elle : ذوي فلان معورطين ما تلى ما يندار معهم , les Douï Flane sont des gens sans foi et il n’y a plus rien à faire avec eux.
Le تعوريط ou عوريط , la félonie, est une chose dont chacun se défend avec énergie et l’on flétrit pour longtemps ceux qui s’en rendent coupables ; il faut des années pour effacer la mauvaise impression qu’un acte de ce genre produirait dans toutes les tribus avoisinantes, car elles en parleraient longtemps.
Autres rôles des مواعيد
Les مواعيد n’interviennent pas seulement pour la conclusion de la paix, ils sont les porte-paroles, les parlementaires des tribus dans toutes les circonstances graves. Si, par exemple, une tribu subissait une série de revers successifs (troupeaux enlevés par l’ennemi, sécheresse anéantissant les récoltes, épidémies, épizooties, etc.), elle ne manquerait pas d’attribuer cela à la malédiction de quelque marabout vénéré (عليها دعاء الشيخ فلان) et lui enverrait aussitôt son miad avec des offrandes de toutes sortes pour se le concilier.
Qu’un djich d’une tribu amie, dont le مزراڨ ne serait pas très واقف, vienne enlever des troupeaux chez des alliés sans déclaration de guerre, le miad de ces derniers viendra demander la restitution des prises et, au besoin, déclarer la guerre, etc.

Ex.Sud Oranais Oasis de Tiout
5° Relations des particuliers avec les tribus ou les ksour.
Dans un pays aussi guerrier que le Sud oranais, il serait impossible aux commerçants- isolés et aux voyageurs, de se déplacer ou d’aller se fixer momentanément en un point donné, s’ils n’avaient un moyen de se procurer quelques garanties de sécurité.
Ce moyen consiste en ceci : avant de s’engager sur le territoire d’une tribu ou de s’approcher d’un ksar, le voyageur ou commerçant isolé envoie prévenir l’homme le plus influent, le cheikh de la région, qu’il se place sous sa protection. L’émissaire dit au cheikh : فلان ذبح عليك, un tel te sacrifie une victime ; à quoi le cheikh répond s’il accepte la ذبيحة par les mots : هاني رفدتّه في راسي , je protège sur ma tête (mot à mot : je le porte dans ma tête), ou encore : راسي يقابل, ma tête répond de lui. Souvent même il remet à l’émissaire son poignard, le bâton qu’il porte habituellement, ou tout autre objet bien connu pour lui appartenir et qui constituera un passeport. Muni de ce talisman, le ذابح peut traverser le pays, et si jamais il était arrêté par une bande de voleurs, il le leur présenterait en disant : ها جنوي فلان , voici le poignard d’un tel; ou plus généralement : ها مزراڨ فلان , voici le mezrag (la garantie) d’un tel.
La ذبيحة est gratuite pour les amis, les personnages recommandés, etc., mais, pour tous les étrangers, elle implique le plus souvent une rémunération du ذابح ou مذبوح عليه . C’est en vertu de la ذبيحة que tant de Juifs peuvent circuler avec leurs marchandises, aller sur les marchés où ils sont tolérés, se fixer dans un ksar et obtenir une protection effective. Cette ذبيحة fait d’eux les clients, les protégés de celui à qui ils l’offrent; du moment où elle est faite, ils sont في ذمّته, sous sa responsabilité; d’où l’expression اهل الذمّة , les protégés, pour désigner les Juifs, et le terme ذمّي , qui est devenu synonyme de Juif. Inutile de dire que, pour eux, la ذبيحة n’est jamais gratuite, elle constitue même une jolie source de revenus pour leurs سياد , leurs maîtres.
La ذبيحة offre aussi au criminel un moyen d’échapper à la vengeance des parents de la victime.
Elle peut être pratiquée par tout un groupe, même une tribu entière pour solliciter la protection d’une autre tribu. Dans ce cas la tribu ذابحة paye une redevance annuelle ou نايبة , à la tribu protectrice مذبوح عليها .
A l’origine le sacrifice avait lieu effectivement. Dans le cas du criminel qui désire échapper aux poursuites, par exemple, cet individu se rendait en cachette à la porte ou devant la tente du cheikh dont il sollicitait la protection et égorgeait un mouton sur le seuil. Une fois ce rite accompli la protection ne pouvait lui être refusée sous aucun prétexte, eût-il tué le propre frère de celui à qui il venait s’adresser. Peu à peu cet usage s’est modifié, la est devenue fictive, mais les expressions ذبحت عليك , etc., ont subsisté.
A côté de ce système de protection, gratuite en théorie, il y a le système de la زطاطة qui implique la perception d’une taxe. Le système de la زطاطة revêt principalement deux aspects:
1er cas. Les percepteurs s’engagent simplement à s’abstenir de toute entreprise contre celui qui acquitte la taxe, mais sans lui assurer de protection efficace contre les tiers. C’est ainsi que les Berbère Aït Khebbach percevaient de lourdes redevances annuelles ou زطاطة , sur les zaouia de Kerzaz, Kenadsa, etc. Moyennant cette redevance ils s’abstenaient pour un an de toucher aux troupeaux de ces zaouia ou à leurs caravanes, mais sans leur assurer aucune protection contre les tiers.
2e cas. Le paiement de la ztata implique une protection effective, non seulement dans la tribu perceptrice, mais même contre des tiers. Tel est le cas pour toutes les caravanes qui circulent entre les marchés du Tafilalet et Fez et Merrakech, par exemple. La ztata est alors une véritable taxe, fixée à tant par bête de somme, variable selon que la bête est chargée ou non et selon la nature du chargement. La tribu perceptrice fournit alors une escorte de quelques hommes armés, qui accompagnent et défendent la caravane jusqu’à un point déterminé d’avance. Les hommes de cette escorte se nomment زطّاط .
Quelquefois la زطاطة donne lieu à des véritables traités à forfait pour un an. C’est le cas des grands commerçants de Bou Aam (district de l’Oued Ifli, Tafilalet) qui entretiennent des relations constantes avez Fez et Merrakech. Ils préfèrent traiter pour un an, en payant une somme fixe aux tribus perceptrices, plutôt que de payer la زطاطة pour chacune de leurs caravanes.
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