Architecture du Territoire dans les Pays Islamiques : HORTUS CONCLUSUS

22 04 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi tous les monuments de la civilisation islamique, les jardins sont ceux qui ont le plus souffert de l’incurie du monde et des outrages du temps. Les rares exemples, relativement récent, conservés en Perse, en Inde Septentrionale et en Afrique du Nord nous sont parvenus profondément altérés dans leur forme architecturale et dans leur végétation. La précarité des matériaux employés rend la recherche fascinante et fait réfléchir sur le sens de l’inachevé et l’éphémère qui émane des vestiges de ces structures vertes. A la différence de l’architecture élaborée avec des matériaux durables, l’architecture végétale exprime au contraire la totale dépendance de la volonté et de la main de l’homme par rapport au Temps. Dans cette optique qui correspond à la culture essentiellement a-historique de l’Islam, des paramètres tels que antiquité, authenticité, valeur historique et documentaire, etc. perdent leur signification. L’archéologie des jardins est une discipline qui est en train d’accomplir timidement ses premiers pas: c’est seulement dans un avenir proche que des techniques sophistiquées comme l’examen des terrains du carbone radio-active, appliquées systématiquement, seront capables de tracer avec précision la “radiographie”du ou des jardins qui se sont superposés successivement au même endroit. En l’absence de l’objet de l’étude ou face à sa radicale altération, il ne reste pour le moment qu’à se fier aux analyses typologiques et dendrologiques comparées, tandis que les descriptions des voyageurs, des géographes et des poètes constituent un corpus de références précieuses bien qu’hétérogènes qui aident à mieux comprendre les formes et le rôle central du jardin dans l’art de vivre islamique.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

Architecture du Territoire dans les Pays Islamiques : HORTUS CONCLUSUS dans Architecture & Urbanisme 1549790603-allee-couverte

Une allée couverte dans un jardin de Meknès (dessin de Laprade).

 

 

 

 

 

 

 

 

On sait que l’attitude de l’homme islamique envers le désert et, par métaphore, envers la nature, est contradictoire et complexe. Le jardin exprime la part négative de cette ambivalence: l’amour de l’Arabe pour la verdure “intime” provient de la peur et de l’antipathie qu’il a toujours éprouvées pour la nature hostile du désert qui signifie pour lui mort, soif, et domine des esprits maléfiques. Les événements qui se produisent en dehors du périmètre de “l’espace d’appropriation” ne suscitent en lui aucun intérêt, comme le met bien en évidence Kühnel: “Ne pas reconnaître l’existence de forces immanentes à la Nature dont les phénomène sont plutôt attribués à d’arbitraires actes créatifs de Dieu, partant éphémère, préserve d’une surévaluation de la nature elle-même et de la contemplation du paysage et des créatures même si on admire la perfection de la création et si on professe le plaisir des belles formes.”

 

 

Le même auteur, par conséquent, en arrive à nier l’existence d’un “paysage islamique”: “l’harmonie du paysage, l’équilibre de formes artificielles dans la nature (entendus dans le sens de l’antiquité classique) restent étrangers au Musulman pratiquant”.

 

Le jardin médiéval méditerranéen – nous pouvons prendre comme exemple le modèle codifié par Pietro de’ Crescentii – et le jardin islamique présentent des analogies dans la recherche d’un espace intime destiné à la culture d’herbes et de plantes utiles. Ces analogies vont au-delà de la pure coïncidence iconographique, elles témoignent sinon d’une koiné – l’hypothèse méritait une étude approfondie – au moins d’échanges intenses entre les deux côtés de la Méditerranée. Si le jardin islamique restera fidèle à l’esprit de départ, le jardin méditerranéen, au contraire, s’en éloignera et prendra même des directions opposées jusque dans ses résultats typologiques: dans le mysticisme de l’hortus conclusus des cloîtres monastiques d’une part et d’autre part dans la villa comme jardin de plaisirs. Il s’agit de jardins et de plaisirs différents, tous deux basés sur la contemplation esthétique. Le seigneur, dans la villa, permet que l’oeil embrasse des horizons illimités (aussi d’un point de vue mental) et introduit dans le jardin le paysage externe comme panorama; dans son jardin, l’homme islamique, protégé seulement par les hautes murailles, de la poussière et du bruit extérieur, jouit, dans la solitude, de formes, de parfums et de couleurs avec un plaisir sensuel. Ceci est un thème constant de la poésie arabe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 dans Architecture & Urbanisme

Scène de la vie dans un jardin (du Haft Awrang de Jami).

 

 

 

 

 

 

 

 

Sourdel souligne que: “La constance avec laquelle revient dans leurs poèmes amoureux ou bachiques la description du cadre enchanteur constitué alors par le jardin en arrive à témoigner d’un véritable sens de la nature domestiquée et civilisée que symbolisent entre les hauts murs de l’enclos la fraîcheur de ses canaux et la calme régularité de ses parcelles verdoyantes, idéalisation définitive, dans la conscience du citoyen raffiné, de ce résultat d’une longue tradition paysanne qu’était alors le “jardin oriental”.

 

 

Les deux jardins, formés à l’école des difficultés de la Nature et unis par la même recherche d’harmonie engendrée par les rapports mathématiques de leur dessin, diffèrent par l’idéologie qui en est à la base: dans le jardin du Cinquecento, le concept d’imitation est souverain; il tend au naturalisme (et donc à l’artifice) et la vertu consiste dans le juste milieu entre l’Art et une Nature qui est le point de départ et le point d’arrivée en même temps.

 

 

Dans le jardin islamique, la Nature, révoquée dans sa forme sauvage et incontrôlée, retrouve droit de cité sous une forme géométrique: il ne s’agit pas de la disposition géométrique artificielle des parterres dans le “jardin à l’italienne” mais d’une attitude qui, parfois avec des résultats ambigus, tend à “mettre de l’ordre” dans la nature, sans la forcer au-delà de ses possibilités réelles. C’est un fait désormais bien établi, par exemple, que les plantes n’y subissent jamais la déformation de la taille selon les formes abstraites de l’art topiaire. Il ne faut pas pour autant parler d’architecture végétale; il s’agit seulement d’une composition effectuée dans le but de retirer le plus grand plaisir possible de la contemplation d’un “ordre” esthétique puisque, dans l’Islam, la mathématique, langage de l’intelligence, reflète l’Ordre Divin et les formes créées par l’homme aussi bien que par la Nature peuvent s’unir sur des bases mathématiques. Le caractère artificiel des pavillons, des murs, des jets d’eau, des bassins et des dallages tranche rigoureusement sur le naturel des plantations et des parterres fleuris. Le mariage hardi des deux éléments opéré par la culture maniériste, destiné à souligner le pouvoir démiurgique du maître du jardin ne sera poursuivi qu’à l’époque coloniale.

 

S’il est possible de cerner par une définition, on pourra parler de “géométrie artificielle” pour un pattern végétal comme celui de la villa d’Este à Tivoli opposé à une “géométrie naturelle” pour le jardin de l’Islam.

 

Dans de telles circonstances, la géométrie, la symétrie et les patterns sont le reflet d’une organisation interne dans laquelle les proportions elles-mêmes contribuent à établir un trait d’union entre le Musulman et l’Ordre Cosmique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

  

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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