La nozhat Talaba ou Soltân et-tolba de l’université Qarawiyine (Fès)

13 03 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fête du sultan des tolba (La nozhat Talaba*), ou du sultan des étudiants est décrite par de très nombreux voyageurs depuis le XIXe siècle. Cette fête se déroulait à Fès (ou à Marrakech) chaque année au printemps. On vendait la charge de sultan de carnaval aux enchères. Ce pseudosultan s’entourait d’une cour et il singeait les actes et les comportements de la cour véritable comme étaient imités, de manière grotesque, plusieurs hauts fonctionnaires. Le sultan réel acceptait de satisfaire les demandes formulées par son double (en réalité par la personne qui avait financé l’achat de la charge par l’étudiant désargenté). Au bout d’une semaine, tout rentrait dans l’ordre et le faux sultan disparaissait. Bien évidemment, c’est la question du pouvoir qui est posée par ce rituel. Mais tout autant c’est celle de savoir si ce rituel entre réellement dans la catégorie du théâtre ou si elle n’est pas seulement qu’une forme de théâtralisation, ce qui est la thèse de cet article. Il est absurde de croire qu’il ait pu y avoir du théâtre dans l’ancienne société marocaine.

 

 

 

 

 

 Les légendes populaires font remonter cette tradition estudiantine aux débuts du règne de Moulay Rachid l’Alaouite (1644-1672). Vers 1664, Moulay Rachid aurait autorisé les Tolba de Qarawiyine à élire chaque année un sultan parmi eux, en récompense pour l’aide qu’ils lui auraient apporté dans l’élimination d’un Juif, nommé Ibn Mechâal, qui régnait en despote sur les villes de Taza et Fès. A la mort de Moulay Rachid en 1671, son frère et successeur Moulay Ismaël conserva cette tradition qui a été respectée et perpétuée par les souverains alaouites, pendant des siècles et jusqu’à une date très proche.

 

 

 

 

  

 

 

 

 

La nozhat Talaba ou Soltân et-tolba de l’université Qarawiyine (Fès) dans Coutumes & Traditions 1545571367-t2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Une fête du printemps

 

 

Mais que fut cette fête? Dans les représentations de l’époque, elle obéissait à la qâ’ida, terme qui évoque l’étiquette ou les règles de bienséance telles qu’on les concevait à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle dans un Maroc menacé. On observait alors chaque année une mise en scène théâtrale où des étudiants de la plus importante université religieuse du pays mimaient durant plus d’une semaine le pouvoir sultanien. Cette manifestation n’était reportée qu’exceptionnellement au début du mois de mai. Elle avait lieu, en général, après la période des pluies, au moment où le temps se radoucit, vers le 15 ou le 18 avril donc dans la seconde partie du mois d’avril, exceptionnellement au début du mois de mai. Il n’y avait pas de règle. C’était de «manière empirique » que chaque année, on décidait de la date de la fête .

 

 

 

 

 

 Ce sont les tolba ou tollâb al-‘ilm, c’est-à-dire les «quêteurs de science », les étudiants de la grande mosquée-université al-Qarawiyîn de Fès, celle qui dispense l’enseignement traditionnel, célèbre dans le pays, mais aussi dans le nord-ouest africain, qui seront les protagonistes de ce «théâtre » du pouvoir. Ces étudiants sont les organisateurs de la festivité, cependant sous le contrôle des autorités. Ils élaborent le rituel sur une trame imposée, mais chaque année, ce rituel est une véritable pièce originale faisant appel à de nouveaux auteurs-compositeurs. Quelle est cette trame de cette représentation sur le thème du pouvoir et de son double ? Nous allons rapporter ce que nous disent aujourd’hui, cinquante ans après les faits, les témoins.

 

 

 

 

 

 

Acte I

Acte I, scène I. Premier tableau: préparatifs de la veille de l’événement. Nous sommes le mercredi de préparation des cérémonies. C’est dans la Grande mosquée, dans une aile ou dans un de ses pavillons qu’un groupe de tolba se réunit pour étudier les modalités de l’organisation de la manifestation de l’année. Ce sont les plus anciens ou les plus influents de leur promotion qui sont considérés par leurs pairs comme «mainteneurs de la tradition ». Ils se réunissent pour désigner leurs mandataires qui vont aller négocier avec les véritables autorités, c’est-à-dire avec le Makhzen, le Gouvernement impérial. Ce sont ces envoyés qui feront part au pouvoir du désir d’organiser la fête.

 

 

 

 

Acte I, scène II. Second tableau: réception au Palais. Le groupe constituant cette délégation sera officiellement admis au Palais impérial, à la bniqa du Sadr al-a‘ dam, c’est-à-dire au cabinet du Grand vizir. Ce que les témoins notent alors, ce sont les postures des jeunes gens qui singent l’autorité de manière burlesque, de manière à faire rire les observateurs. Chacun observe cette réception officielle peu commune. Les étudiants demandent au Grand vizir d’aller exposer au Souverain leur désir de célébrer leur fête annuelle.

 

 

 

 

Acte I, scène III. Troisième tableau: l’autorisation du Palais. Le secrétaire transmet la requête des tolba au sultan réel. Puis, obéissant aux sages dispositions de Sa Majesté, il fait parvenir à la délégation étudiante une lettre officielle indiquant l’accord du Souverain. La festivité peut alors être célébrée «selon les règles et coutumes observées dans le passé ». Et il convoque la délégation à son bureau.

 

 

 

 

 

 

 

 

Acte II

  

Acte II, scène I. Quatrième tableau: l’annonce officielle de l’accord impérial. Le mercredi suivant a lieu l’entrevue annoncée. Le Grand vizir reçoit dans la matinée la délégation étudiante et lui transmet l’accord donné par le Palais à la préparation de la fête du sultan des tolba.

 

 

 

 

 

 Acte II, scène II. Cinquième tableau: La dlala ou un possible «achat du salut » . L’action a lieu l’après-midi par beau temps. Comme pour les grandes manifestations religieuses, elle se déroule dans une des cours de la mosquée centrale de la ville, dans le majestueux çahn où se trouvent aussi les deux superbes pavillons d’ablution de la Qarawiyîn. Après la célébration de la prière canonique du ‘asr, qui se fait, ce jour-là, dans une ambiance plus détendue, on commence une vente aux enchères. De telles ventes sont courantes au Maroc. Mais elles peuvent avoir des portées symboliques, religieuses ou politiques 6 qui peuvent échapper aux observateurs étrangers. Il faut dire que les étudiants sont familiers des ventes aux enchères. C’est l’occasion pour eux d’acquérir des objets, des manuscrits ou des livres religieux que d’autres personnes veulent vendre ou brader. Mais ce jour-là, la vente ne se fait pas dans une annexe de la mosquée, mais dans la mosquée elle-même. Les étudiants sont présents au grand complet. Ils s’excitent comme pour assister au déroulement d’une compétition. De fait, cela fait huit jours qu’ils se préparent à l’événement. Les étudiants sont regroupés selon un ordre qui correspond à celui de leurs medersas : El-‘Attarîn, en tête, suivie par El-Bu‘ nânîya, El-Mohammadiya, El-Mesbâhîya, Es-Sbâ’iyîn, Ras Ech-Cherrâtîn et Seffârîn. Ils viennent tous assister à cet événement d’importance dont le but est de procéder à l’avènement de l’un des leurs au rang de la «magistrature suprême », comme Soltân et-tolba. De fait, ce que l’on va vendre ainsi, c’est le titre même de sultan. Le malik, le «possédant », mot qui signifie aujourd’hui «roi » par opposition à «sultan », devient mamlûk, «chose possédée », le terme faisant aussi penser à «esclave ». Le sultan élu de Dieu peut n’être aussi que le sultan dont le pouvoir ne résulte que d’une compétition entre les hommes. Ou la fête comme analyseur institutionnel.

 

 

 

 

 

 

 Acte II, scène III. Première séance d’enchères: une vente, peu commune. Le sixième tableau est celui de l’ouverture de l’adjudication alors que l’on sait que l’annonce officielle des résultats se fera le surlendemain, c’est-à-dire le vendredi, à la même heure. Le titre de sultan sera au dernier enchérisseur. Cette enchère rituelle peut sembler, aujourd’hui, bien profane. Est-ce une des raisons possibles de l’extinction de cette fête? Il est vrai que, dans les faits, c’est pour de tout autres raisons que le roi Hassan II a interdit cette fête. On pourrait aussi penser que ces enchères constituent une rupture, même si elle n’est que momentanée avec le système qui rythme les études en faisant alterner cours et prières canoniques tout au long de l’année. En réalité, rien n’est profane dans cette cérémonie qui se déroule dans le lieu le plus sacré de la ville avec des acteurs qui seront ensuite les médiateurs de la sacralité. La vente aux enchères du titre de sultan provisoire s’ouvre au milieu des commentaires enjoués du parterre. Y apparaît un personnage haut en couleur, ed-dellâl, le commissaire-priseur ou le crieur, l’un des personnages les plus connus pour sa bonhomie naturelle de la Jouteya, cette foire hebdomadaire des livres et des manuscrits. Mais cette fois, avec un sérieux irréprochable, cet homme pittoresque rappelle et précise les modalités de toute mise aux enchères. Et pour bien marquer la solennité du moment, il tient à souligner, alors que tout le monde le sait, que ce sera au plus offrant que le titre sera formellement attribué. Et il enchaîne aussitôt : Qui dit mieux?.

Un groupe de jeunes enfants intervient dans cette vente aux enchères ludique. Par leurs concours, ils forcent chacun à amplifier leurs prestations. Ils font entendre des voix discordantes. Ils entrent dans le jeu des adultes tout en soulignant la dérision présente dans cette vente. Ils s’amusent, en particulier, à répéter en chœur les propos du commissaire-priseur, du dellâl. Dans la foule, d’autres voix s’élèvent pour narguer ce même commissaire priseur qui garde toujours son air sérieux. Se déplaçant d’un côté à l’autre dans la grande cour, le dellâl s’adresse à l’un et à l’autre groupe des étudiants des medersas, stimulant les uns contre les autres, criant le montant de la dernière offre avancée : 5… riyâl ? 5… riyâl !, Cinq réaux, cinq réaux.

 

 

 

 

 

 

Acte II, scène IV. Seconde séance de la dlala

Le lendemain, jeudi. Les étudiants semblent prendre goût au jeu. Les enchères ont repris de plus en plus intenses. Les candidats de la veille semblent s’essouffler. Quelques favoris sont main-tenant bien en vue. Ils viennent des medersas al-‘ Attarîn, al-Bu’nânîya, et Ras Cherrâtîn. On voit s’élever leurs toutes dernières mises. Mais l’on ne connaîtra l’heureux favori du sort que le lendemain.

 

 

 

 

Acte II, scène V. Le huitième tableau va se jouer durant un jour faste. Nous sommes, en effet, le vendredi. La prière solennelle de la semaine rehausse la valeur de l’événement. Car on est dans la principale mosquée de la cité. Toutefois, ce ne sera qu’au milieu de l’après-midi, une fois célébrée et accomplie la prière canonique d’al-‘ asr qu’aucun fidèle ne peut se dispenser d’accomplir, que l’on déclare ouverte la troisième et dernière séance de la vente aux enchères du titre de Soltân et-tolba. Pour le coup, les cours sont supprimés. Le dellâl commence à lasser les étudiants qui ont envie maintenant de connaître le nouveau titulaire du titre.

À qui l’honneur ? Qui dira mieux? Une fois, deux fois, trois fois. Adjugé !

L’assistance tressaille. On entend monter une ovation générale. On s’exclame quand on apprend le prix atteint cette année par les enchères sur le titre sultanien.

 

 

 

 

 

 Acte II, scène VI. neuvième tableau La rue accueille le cortège des étudiants portant en triomphe leur sultan. Ils partent en direction de la medersa championne du titre. On appelle la divine bénédiction et la salutation du Prophète de l’Islam pour la gloire du nouveau Sultan et la foule enthousiaste des passants et des badauds répète l’information : Soltân et-tolba ! Ras Cherrâtîn ! Car c’est ce collège qui a remporté le titre cette année. Les étudiants auront droit, comme c’est la coutume, à un don, dont la valeur n’est pas négligeable, de la part du Makhzen.

 

 

 

 

 

 

 Acte II, scène VII Dixième tableau lié à l’accueil du taleb proclamé nouveau Sultan des étudiants. Le moment de l’arrivée du cortège à la medersa concernée est étonnant. C’est un moment solennel et les youyous des passantes soulignent la nature festive de l’événement. Jusqu’à la tombée de la nuit, les enfants sont autorisés à jouer sur les places et dans les rues avoisinantes. La soirée sera mémorable…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1545571511-t5 dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Acte III

Acte III, scène I. Onzième tableau: Un trésorier pour affaires sérieuses. Annonçant un autre jour, la cérémonie se prolonge, en deux temps, jusqu’à une heure tardive de la nuit dans la salle de prières de la medersa. Le premier temps concerne le règlement des choses sérieuses avec un personnage, en apparence d’importance secondaire, qui jouera dans les coulisses du rituel : al-‘amîn, le trésorier. C’est celui qui doit veiller aux finances des cérémonies. Ce fonctionnaire de l’administration des biens de mainmorte, des Habous, doit présenter des références solides car il doit gérer les recettes, à commencer par la dlala, c’est-à-dire les fonds recueillis lors des enchères et les dépenses nécessaires comme celles qui sont occasionnées par la préparation et l’organisation des toutes premières manifestations tant attendues de ce rituel étudiant.

 

 

 

 

 

 

 Acte III, scène II. douzième tableau: Première réception officielle : une délégation du Palais. Le tableau s’ouvre sur un moment solennel, la réception d’une délégation du Palais impérial. Elle est envoyée par le Souverain véritable. Elle vient féliciter l’étudiant élevé au rang de Soltâne tolba.

Les témoins se souviennent, à ce propos, d’un détail intéressant. Cette délégation prend soin d’éviter d’utiliser le titre de «sultan » , pourtant utilisé par tous. Les représentants du Palais préfèrent nettement le titre de Raîs et-tolba, de «Chef, ou de Capitaine, des étudiants ». Cette délégation fait néanmoins un don important. Est-ce par dérision ? S’agit-il de souligner le caractère ludique des festivités?

Toujours est-il que, riant sous cape, les représentants du Palais prennent soin de remettre l’exacte copie conforme des insignes de la souveraineté de Sa Majesté Impériale. Il s’agit notamment, c’est ce que rapportent les témoins, d’un costume royal complet de la chemise au burnous, d’un parasol et d’un cheval pur-sang sellé pour les sorties solennelles du Souverain. De surcroît, il y a un maître des cérémonies flanqué de tout son personnel à savoir le dispositif de la garde personnelle du monarque, c’est-à-dire un important détachement de troupes, quelques mokhaznis du Pacha de la ville et des porteurs de lances. Il n’y avait pas, habituellement, le détail pourrait être d’importance si l’orchestre avait été ancien, la présence de l’orchestre appelé les «cinquante-cinq », Khamsa ou el-Khamsîn. Toutefois cet orchestre était historiquement très récent et n’avait donc pas de valeur symbolique. Cela dit, les sorties officielles de Soltân et-tolba ne manqueront pas, car elles ont un caractère populaire évident, d’accompagnement musical. Mais ce sont des instruments courants dans la ville, tambourins, clarinettes, hautbois, tbol, ghaïta, neffar. Ce rituel était demeuré tel jusqu’à l’Indépendance, soutient-on sans pouvoir le prouver.

 

 

 

 

 

 

 Acte III, scène III. Treizième tableau: parodie éphémère du Makhzen.

Le groupe des camarades les plus proches de «l’heureux élu » s’organise pour la suite de la fête. La petite équipe entoure le monarque éphémère. Elle se prépare à jouer la parodie du Makhzen, des hommes gérant l’État segmentaire. Cela veut dire qu’il faut traiter sans tarder les affaires du jeune monarque et de son État illusoire. On partage donc les responsabilités, et les prébendes, selon les compétences. Les étudiants campent désormais les personnages des plus hauts dignitaires, des autorités et des notabilités du Gouvernement dans ce qui se nomme Dar al-Makhzen, la «maison du Makhzen ». On répartit les fonctions de ministres, de chambellan, de maître de cérémonies, de trésorier de l’État, ainsi que d’autres postes de hauts fonctionnaires et ceux des autres serviteurs de l’État,

Qayd er-rwâ, Mohtasseb, Amîn, mkhazniya, c’est-à-dire, maître des écuries, contrôleur des marchés ou prévôt, maître de jurande ou trésorier, et gardes du Makhzen. Une petite cohorte se réunit et s’active toute la nuit pour préparer la journée du lendemain, adressant un important, et toujours hilarant, courrier officiel, avec, comme il se doit, un sceau en tout point identique à l’original utilisé par l’autorité suprême.

 

 

 

 

 

 

 

 Acte IV

Acte IV, scène I. Quatorzième tableau : un incroyable Mhatteb/ Mohtasseb.

À côté de l’amîn, le trésorier comptable, personnage plutôt terne et dont le rôle demeure effacé bien qu’il gère toutes les affaires quotidiennes, gravite son double, l’attachant Mhatteb ou Mohtasseb,le Prévôt. Ce personnage est, au contraire, mis en avant. Il est soigneusement choisi dans les milieux populaires et il doit jouer, sur le mode bouffon, le rôle du Prévôt réel des marchands et des artisans de la ville. On le voit donc avec sa monture, une mule sellée. Il est déguisé de manière grotesque afin de faire rire les spectateurs du bon peuple de Fès. Son accoutrement, un plat de vannerie en guise de turban, attire l’attention. Lui aussi prétend percevoir les taxes des marchés. Il va donc parcourir les rues commerçantes de la médina pour la collecte des fonds nécessaires au budget du Makhzen des tolba. Sa mission lui impose aussi d’exercer les fonctions du prévôt. Il s’agit de veiller au respect des normes et règles commerciales, d’imposer le contrôle de qualité concernant les différentes marchandises et les denrées de consommation courante, d’examiner aussi les instruments des poids et mesures sur les marchés et dans les places de vente. Mais au lieu de faire cela, l’homme distribue des bras d’honneur à tout bout de champ, au grand dam de la population mise à l’amende quoique malicieusement complice du jeu. L’homme rédige d’incroyables procès-verbaux que les pauvres commerçants font mine de payer à contre cœur.

 

 

 

 

 

 

 Acte IV, scène II. Quinzième tableau: la prière solennelle du vendredi. Elle correspond à la première sortie du Sultan des étudiants. Comme pour le jeune marié au lendemain de ses noces, le nouveau Sultan sort de la medersa qui est sa résidence habituelle le vendredi en fin de la matinée. Salué par les ovations enthousiastes des étudiants, dans l’ambiance festive marquée par les rythmes et les airs des Tbols et des ghaîtas, le Sultan des étudiants accomplit, à partir des onze heures, le rituel de sa première sortie. Il est assisté par sa cour au grand complet. Il est salué par les personnalités affectées à son service immédiat. Le Soltân et-tolba doit présider ce jour-là la prière solennelle dans la seconde grande mosquée de la Cité, Jama’el-Andalous. Ba ‘ Azîzi Lezreq relève que, de son temps, la foi poussait les gens venant des régions voisines de la ville à faire toutes sortes d’offrandes au Soltân et-tolba en échange de ses prières. Des sommes d’argent considérables étaient ainsi données. Le sultan recevait même des bêtes en offrande. Et les sommes données par le vrai Makhzen lorsque les étudiants résidaient sur les bords de l’Oued Fès surpassaient tous les autres dons.

 

 

 

 

 

 

 Acte IV, scène III. Seizième tableau: dans la mosquée, un premier moment de recueillement. Le prêche des deux khotbas de rigueur, caractéristique des jours de fête, ne fait aucune mention spéciale à l’avènement du Sultan des étudiants. Il y a des limites au jeu et on les trouve aussi dans l’accomplissement des prières canoniques. On ne signale, ce jour-là, aucune fausse note préjudiciable au caractère rituel de la manifestation sacrée.

 

 

 

 

 

 

 Acte IV, scène III. Dix-septième tableau: Un pèlerinage aux Coupoles ou Gbeb, au cimetière de Bab Ftouh, en direction du mausolée de Sidi ‘ Ali b. Hrazem el-Bardat. Un cortège en liesse venu de la ville, des vallées et des montagnes environnantes, accède à l’espace de la sépulture du saint Sidi Hrazem. On entend les chants de la Jalâla dans une atmosphère de piété accentuée par le rappel solennel de la profession de foi musulmane. Ceci est habituel à ce genre de visites rituelles. Même en étant fortement sensible à cette pratique, la foule qui célèbre l’événement ne semble pas avoir conscience du tragique possible venu de l’affrontement entre un souverain issu d’une transaction humaine et un autre souverain élu de Dieu. De même la foule accorde peu d’intérêt aux ziarat, aux dons faits au Sultan des étudiants en échange de prières en sa faveur. Il est vrai que les dons en espèces viennent de toutes parts tout comme les dons en nature. Sur le seuil du mausolée de Sidi Hrazem, les sonorités aigres douces des tambourins et des clarinettes s’élèvent. Elles finissent par céder la place aux voix des hommes. On va alors longuement entendre la chorale des tolba psalmodiant quelques saintes lectures coraniques ainsi que les prières, à voix basse, de l’assistance.

 

 

 

 

 

 

Acte IV, scène IV. Dix-huitième tableau : la consécration solennelle de Soltân tolba.

C’est au mausolée de Sidi Hrazem el-Bardat que se déroule le véritable sacre. C’est une manifestation majestueuse que l’investiture du Sultan. Les prières sont formulées par le Soltân tolba et ses camarades, ses maîtres, la collectivité ou la communauté tout entière. Ce pèlerinage est doublement symbolique. Le mausolée abrite la dépouille d’un homme de grand renom. Considéré comme le saint patron des étudiants, Sidi ‘ Ali b. Hrazem fut, dit-on, un grand maître qui attirait, en son temps, à son enseignement dispensé à la Qarawiyîn ; aussi bien les humains que les génies. C’est dans ce lieu également que repose le premier sultan de la dynastie alaouite, Moulay Rachîd.

Selon la légende, ce fut ce prince, alors jeune étudiant, qui mit un terme à l’abus d’un homme exerçant un pouvoir despotique. Il s’agissait d’un certain Ibn Mech‘al, un potentat juif qui, rompant le contrat de la dhimma, régnait par la terreur sur la localité de Debdou, au nord de Fès entre Taza et Oujda. Cette légende suscitera plus tard l’intérêt d’historiens comme d’hommes de théâtre. Il est donc dit qu’armé d’un grand courage et accompagné d’une petite troupe de tolba, le jeune prince Moulay Rachîd conçut un plan audacieux pour mettre un terme au pouvoir du juif. Il réussit à libérer la population de cette contrée. Et ce serait pour cela, pour célébrer la mémoire de ce prince libérateur, que fut instaurée la fête annuelle de

Soltân et-tolba. Les étudiants rappellent ainsi la mémoire de leurs prédécesseurs qui s’étaient spontanément associés au prince. Et ce serait pour cette raison que les étudiants de l’université al-Qarawiyîn viennent annuellement rendre un hommage posthume à la mémoire de ce prince.

Cependant un auteur comme Idrîs el-Kettânî, lorsqu’il examine l’institution de Soltân tolba ne fait aucune allusion à Ibn Mech‘ al pas plus qu’il ne parle du conseiller juif du frère de Moulay Rachîd, le sultan Moulay Ismaîl. L’auteur contemporain réécrit alors la légende. Selon lui, craignant de faire des jaloux parmi ses camarades étudiants, le prince fit une double promesse : fonder une nouvelle medersa à Fès et associer les étudiants à son trône par la création d’une nouvelle fête.

 

 

 

 

 

Acte II, scène VII Dixième tableau lié à l’accueil du taleb proclamé nouveau Sultan des étudiants. Le moment de l’arrivée du cortège à la medersa concernée est étonnant. C’est un moment solennel et les youyous des passantes soulignent la nature festive de l’événement. Jusqu’à la tombée de la nuit, les enfants sont autorisés à jouer sur les places et dans les rues avoisinantes. La soirée sera mémorable…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photographie 1924.  » Cortège du Sultan des Tolbas » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

: Cette fête estudiantine, nommée localement nozhat Talaba, est connue dans la littérature «coloniale» sous le titre de «la fête du sultan des Tolba». Le terme nozha désigne également les pique-niques ou des parties de campagnes plus longues qui sont particulièrement appréciés par les familles de Fès. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45