L’habitat rural en Afrique du Nord

9 03 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’habitat en Afrique du Nord est étroitement lié aux genres de vie, et la diversité des genres de vie explique la diversité des formes d’habitat. Les tentes groupées en douars sont habitées par des pasteurs, les gourbis par les cultivateurs de céréales, les maisons groupées en villages par les cultivateurs d’arbres. Mais, dans le détail, des influences historiques et sociales complexes, imprécises dans un pays dont l’histoire fut longtemps troublée et est souvent obscure, viennent nuancer à l’infini les types locaux innombrables

 

 

 

 

 

 

 

1. La tente et le Douar

La tente est l’habitat du pasteur, grand nomade ou transhumant, berbère ou arabe, des déserts et des steppes. Mais elle est aussi l’habitat des populations venues du Sud, composées jadis de pasteurs et d’agriculteurs, plus ou moins fixés. La grande tente noire à double pente est faite de longues bandes d’étoffe tissées avec la laine ou le poil de la chèvre ou du chameau, voire même avec du palmier nain, de l’alfa et de l’asphodèle. Son modèle varie peu. Elle est aérée et chaude, assez grande pour qu’hommes et femmes puissent y vivre à part.

 

Les tentes familiales sont groupées en un cercle, le douar, au centre duquel, le soir, se serre le troupeau. On les trouve partout où domine la vie pastorale jusqu’aux plaines de la Medjerda en Tunisie, au bord de l’Aurès, tout le long des montagnes du Tell, jusqu’au bord de la mer vers Oran ; on les suit enfin jusque sous les neiges hivernales du Moyen Atlas et de la meseta marocaine et jusqu’au bord de la mer aux portes de Rabat.

 

Mais les pasteurs parvenus dans les plaines humides abandonnent peu à peu la tente. Le nomade se fixe de plus en plus de nos jours, soit qu’il s’enrichisse et préfère une maison confortable, soit qu’au contraire les progrès de la colonisation, la diminution des terres de parcours, l’appropriation progressive de la terre, la pauvreté le forcent à adopter un habitat un peu plus stable et souvent moins coûteux. Il ne l’abandonne du reste que peu à peu, la laisse au berger, au métayer, y retourne en hiver dans la Tunisie du Nord parce qu’elle est plus chaude, et se déplace encore avec elle au moment des travaux agricoles quand les champs sont loin ; aussi voit-on souvent côte à côte la tente et le gourbi ou la maison.

 

 

 

 

 L'habitat rural en Afrique du Nord dans Architecture & Urbanisme 1545209124-s-l1600

Bechar – Douar De Nomades (Oulad Djerir)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Gourbis et Noualas

Le cultivateur de céréales remplace la tente par le gourbi. On trouve le gourbi un peu partout en Tunisie, mais surtout dans la Tunisie du Nord, dans toutes les plaines et moyennes montagnes du Tell sauf en Kabylie, dans le Dahra et les Traras et dans toutes les plaines du Maroc atlantique. Les gourbis ne sont plus des tentes et ne sont pas encore des maisons. Ce sont des habitations le plus souvent misérables, très peu coûteuses, qui comprennent une seule et unique pièce. Ils sont souvent isolés au milieu des champs ou des jardins, où ils ne sont habités parfois qu’à la belle saison au moment des travaux agricoles, souvent aussi groupés au nombre de trois, quatre, dix, rarement davantage, ou accolés à la maison du maître. Il arrive aussi qu’ils ne servent que de granges. On en trouve toutes les formes possibles. Tantôt ce sont de simples huttes de branchages.de chaume ou de «diss» montés sur un treillis, comme le kid de Tunisie et la nouala répandue surtout au Maroc, hutte cylindro-conique de type soudanais, entourée d’une haie de jujubier où sont les bêtes et parfois groupées en gros villages ; tantôt la hutte est tapissée de glaise ou de bouse de vache ; tantôt elle fait place à une case de moellons ou de terre recouverte par un toit de chaume comme la ma amra de la Tunisie du Nord, ou à une case de troncs de palmiers recouverts par un toit de «drinn» ou de feuilles de palmier comme la zeriba saharienne; tantôt le gourbi est une maison élémentaire aux murs de pisé (terre pilée dans un coffrage), de toub (briques de terre crue ou cuite), ou de pierre maçonnée, recouverte de chaume et de rondins de bois et d’argile.

 

 

 

 

 

1545209546-s-l1600 dans Architecture & Urbanisme

Tunisie / Gabes Un Gourbi Dans L’oasis

 

 

 

 

3. La maison

Dans les oasis de la bordure saharienne et les hautes montagnes du Sud, Aurès et Atlas marocain, où le mode de culture est déterminé par la technique de l’irrigation, dans les montagnes du Nord, Kabylie, Dahra, Traras et Rif, tous pays où l’économie beaucoup plus complexe est basée à la fois sur l’élevage, la culture des céréales et aussi celle des arbres, l’indigène s’est fixé au sol, plus ou moins anciennement; il s’y est accroché et a construit des maisons groupées en villages où il a essayé de protéger ses biens, même lorsqu’il est resté transhumant et vit une partie de l’année sous la tente, comme dans la plus grande partie de l’Aurès, du Grand Atlas central et du Moyen Atlas.

Le groupe saharien s’oppose nettement au groupe méditerranéen par son architecture plus soignée, plus savante, plus artistique, ses ksour, vraies villes fortifiées, ses greniers communs, témoins d’une organisation collective plus développée. Mais, dans chaque groupe, les nuances sont infinies.

 

 

 

 

 

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Maroc – Figuig Village D’el Mais

 

 

 

 

 

Maisons et villages méditerranéens. — Le plan de la maison varie peu, une pièce allongée quand l’habitant est pauvre; sans fenêtre ni cheminée, elle sert à la fois aux gens et aux bêtes. Quand l’aisance augmente, on construit à côté une écurie ou une grange et on accole d’autres pièces qui enclosent une cour; gens et bétail se séparent. La maison tend à adopter le plan de la maison arabe avec une cour intérieure sur laquelle donnent trois ou quatre chambres et où l’on accède par une entrée donnant sur un corridor coudé. La maison comprend parfois un étage auquel en accède par un escalier extérieur. Ce qui varie davantage, c’est le mode de construction (pisé, toub, pierres sèches ou maçonnées) et surtout de couverture (voûtes de briques, terrasses ou toits à pente unique ou double).

En Tunisie, on trouve des maisons dispersées ou groupées en villages, surtout en bordure de la mer dans la région de Bizerte, de Tunis, de la presqu’île du cap Bon et de Sousse. Dans l’intérieur, la plupart de ces maisons et villages sont récents et ont souvent le type de maisons arabes ou de maisons européennes pourvues de cheminées. Les toits sont en terrasse, en voûte de briques ou en tuiles.

En Algérie, on trouve des villages de maisons en terrasses dans la Kabylie de Djurdjura, si humide qu’on a dû accuser la pente de la terrasse, dans l’Atlas de Blida, dans le Dahra, dans la région des Traras et de Tlemcen où subsistent de nombreuses habitations de Troglodytes. Mais les maisons à toit de tuiles sont plus originales. On les trouve dans les Kabylie jusqu’aux Bibans, ainsi qu’aux environs de Blida et de Médéa. Le village kabyle est célèbre; les maisons composées d’une pièce coupée en deux par un petit mur, parfois réunies par deux ou trois autour d’une petite cour, se tassent en villages parfois énormes, perchés sur les crêtes, sur lesquelles ils s’allongent de part et d’autre d’une rue et de ruelles adjacentes, vraie forteresse dont le rempart est constitué par le dos des maisons jointes.

Au Maroc, on retrouve les maisons dans les massifs humides des Béni Snassen, du Rif occidental, des Jbala et du Prérif. Nulle part la diversité des types de maisons et de villages n’est aussi grande. On trouve en effet des maisons à terrasses le long de la côte méditerranéenne à l’Est du pays des Ghomaras, dans la région de Taza et le massif de Moulay Idriss, des maisons à toits de planches, d’écorce ou de chaume dans les massifs forestiers les plus humides, jusqu’au Nord du massif de Moulay Idriss et aux portes de Fès dans les régions du Prérif peuplées par des Rifains, des maisons à toit de tuiles dans les Jbala et surtout à Chechaouen. Tantôt les villages sont groupés sur des rochers ou des collines faciles à défendre, tantôt ils se dispersent, chaque maison s’écartent de sa voisine à distance respectueuse, celle d’une portée de fusil.

 

 

 

 

 

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Toits en terrasse du Khémis – Tlemcen (Beni snouss) 

 

 

 

 

 

Maisons, villages et greniers sahariens. — Tout au long de la bordure saharienne, l’habitat de l’oasis est le ksar, vraie petite ville fortifiée. Les oasis sont très peuplées. Le surpeuplement, la nécessité de protéger les travaux d’irrigation, de partager l’eau, exigent une organisation sociale complexe qui a pour but d’assurer la sécurité. Il faut protéger les récoltes et le bétail contre les incursions des nomades ou des habitants des villages voisins. La famille, plusieurs familles se serrent dans une grande demeure ou un village qui grossit avec la famille elle-même.

En Tunisie, les habitants de l’île de Djerba ont des maisons isolées, forteresses, pourvues de citernes et couvertes de terrasses et de coupoles dont le plan se rapproche de celui de la maison arabe.

A l’autre bout de l’Afrique du Nord, dans les plaines humides du Maroc Atlantique méridional, chez les Chiadma, les Abda et les Doukkala, on retrouve une maison isolée comparable, constituée par une cour fermée par un haut mur sur laquelle donnent les écuries, chambres, etc. Mais ce sont là des cas exceptionnels où le genre de vie n’est pas déterminé par le problème de l’eau. Partout ailleurs, dans les oasis, du Sud tunisien au Sud marocain, les maisons sont groupées. Elles ont toujours plus ou moins le même plan : une cour parfois réduite par une galerie supportée par des piliers et où l’on accède par un vestibule coudé qui cache au passant l’intérieur; sur la cour donnent des chambres. Parfois, par exemple, au Mzab, la maison comprend des écuries, caves, latrines perfectionnées, car le fumier est une matière précieuse. Parfois aussi comme au Mzab, au Figuig, au Tafilelt et dans le Dra, le rez-de-chaussée est surmonté d’un, voire de deux étages où l’on accède de la cour ou du vestibule par un escalier et qui comprend une pièce magasin ou des galeries tournées vers le soleil et que l’on habite l’hiver, ou des chambres habitées toute l’année quand le bas ne se compose que d’écuries ou de granges, ou encore de greniers, cuisines, poulaillers, quand on habite le bas. Dans le détail, le plan peut alors varier à l’infini. Le foyer se trouve soit dans la cour, soit dans une chambre ou une galerie. Ces maisons dont le plan est si simple diffèrent par le mode de construction déterminé par les matériaux du pays. Elle est de brique au Djérid et au Nefzaoua et décorée extérieurement. Au Souf, à cause de la rareté du bois et de l’abondance du plâtre et du mortier, elle est couverte de coupoles hémisphériques. Au Tidikelt, elle est en tin, blocs d’argiles en pain, tassés dans des couffins et faciles à ornementer. Le plus souvent elle est en pisé ou en toub. Le toit n’est jamais en pente. Les maisons se groupent en villages denses avec des rues tortueuses, souvent couvertes de petites places intérieures. Le ksar est une place forte, souvent perchée sur un rocher ou plaqué contre les pentes; il est ceint de murailles flanquées de tours, défendu au Maroc par de hautes tours de garde ou de vrais châteaux. Célèbres entre tous sont les ruches du Mzab où les maisons se serrent au flanc de collines dominées par le minaret triangulaire de la mosquée et où trois enceintes concentriques défendent les clercs logés au centre; les ksour du Sud marocain ont encore plus grand air. Ils sont remarquables par leurs formes géométriques, leurs murailles redoublées, dominées par des tours en troncs de pyramide et percées de portes monumentales, elles-mêmes décorées par des figures géométriques profondément creusées dans le pisé. Ce sont là des formes évoluées d’un type élémentaire, le ksar en forme de rectangle orienté de l’ouest à l’est : on pénètre dans l’enceinte double par deux portes coudées successives; la seconde donne sur une rue étroite qui traverse le ksar et sur laquelle donnent une ou deux rues transversales.

 

 

 

 

 

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Figuig-  El-Haabid  -Algerie

 

 

 

 

 

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Tunisie- L’oasis De Nefta-Djérid

 

 

 

 

 

Avec les conquêtes des Sahariens, ce type d’habitat s’est avancé vers le Nord jusqu’à la Tunisie centrale, l’Aurès, la vallée de la Moulouya et le Moyen Atlas ; mais, dans les montagnes qui côtoient le désert, il a dû s’adapter à des conditions de climat plus dures et à des genres de vie où l’élevage prend plus d’importance. La transhumance force le ksourien à abandonner son village une partie de l’année et, s’il reste sédentaire dans le massif central du Grand Atlas, il reprend la tente noire dans le Grand Atlas oriental et le Moyen Atlas et dans l’Aurès pour suivre ses troupeaux. Le village n’est plus protégé par une enceinte, mais des greniers fortifies, constamment gardés, assurent la protection des richesses abandonnées.

Les Djebalia et Ouderna de l’Extrême Sud tunisien s’enfouissent sous terre, les uns dans des maisons en hauteur, en partie creusées dans le rocher et accrochées les unes au-dessus des autres sur les pitons détachés en avant des falaises du Dahar, les autres dans les limons, comme dans les Matmata qui habitent des maisons en creux, vrais puits formant cour, auxquels on accède par un tunnel et où donnent des chambres voûtées creusées dans la paroi. Souvent, surtout à Medenine et à Métameur, on trouve des greniers communs, les ghorfas, voûtes allongées, construites les unes à côté des autres et sur les autres, rangées étagées de greniers individuels dont l’ensemble est clos à chaque bout par un mur et une ponte fortifiée.

Dans l’Aurès, les villages accrochés aux rochers, dont les maisons d’une ou deux pièces ont des murs de toub ou de pierre renforcés de traverses de bois, sont abandonnés une grande partie de l’année. Les provisions sont alors accumulés dans des guelaas, greniers fortifiés, placés dans les endroits les plus inaccessibles et où chacun a sa chambre.

Au Maroc, le ksar saharien s’avance vers le Nord, le long de la Moulouya, et pénètre en bordure de la montagne : on le retrouve dans les vallées steppiques du versant oriental du Moyen Atlas et jusque sur le versant occidental. Il porte alors le nom d‘igherm et s’adapte à un genre de vie déterminé surtout par la nécessité de l’élevage; les maisons s’adossent au mur de l’enceinte fortifiée, autour d’une cour très vaste, où se tassent les bêtes. Mais ce type disparaît dès que le genre de vie n’est plus déterminé par la grande transhumance, dans la haute montagne. Vers le Nord, on ne trouve plus que des villages groupés sans fortifications : leurs maisons sont à terrasses étagées et présentent parfois au dehors leurs dos aveugles ; souvent même, les maisons s’isolent dans les terres de cultures, parfois couvertes de toits de planches de cèdre à double pente. Le ksar fortifié disparaît aussi dans le Grand Atlas calcaire. La famille, venue jadis du Sahara, habite une maison forte, la tighremt, réduction du ksar. C’est une maison carrée, protégée par des tours placées aux angles et décorées comme les portes des ksour sahariens. Au centre, les chambres entourent une cour parfois presque entièrement couverte. Ces tighremt abritent des familles riches et s’isolent à distance respectueuse les unes des autres ; dans le Haut Dra, elles se serrent dans l’enceinte même du ksar qui est hérissé de tours. Elles sont le résultat d’une dissociation du ksar, comme si le ksar n’était lui-même qu’une grande maison collective. Mais il arrive souvent aussi que la tighremt ne soit qu’un magasin collectif. Dans le massif central du Grand Atlas, et l’Anti-Atlas, le ksar fait place à un type de village à maisons basses et sans murailles, mais entièrement clos grâce à la continuité des murs aveugles. Dans les hautes vallées, le village doit s’adapter à la pente et à la neige ; la maison s’élève et se compose de terrasses superposées, tournées vers le soleil : le village est moins clos et la vie pastorale plus active; alors réapparaît le grenier commun qui se nomme igherm ou agadir, bâtisses de pierre énormes dont le plan varie et où trois ou quatre étages de petites chambres entourent une cour souvent couverte en partie par une ou deux terrasses percées d’un trou. Ces greniers correspondent à une organisation collective de la vie économique protégée par des institutions politiques égalitaires. Ils disparaissent dès que cet équilibre est rompu par l’établissement du pouvoir personnel : le chef se construit alors de puissantes kasbas imitées de l‘igherm et qui élèvent leurs tours altières au-dessus des ruines du village et de son grenier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’agadir d’Aït Kine

 

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Voir aussi :            

 

Les greniers collectifs de l’Aurès – Ballul et Iguelfen

 

Les structures traditionnelles de stockage des céréales au Maroc.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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