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La Légende de Djaziya Bent Serhan : L’Héroïne des Beni Hillal

13 02 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

La chanson de la geste(sira) , qui raconte, sous la forme des aventures de Djaziya bent Serhan, de Diyab ben Ghanem et du Chérif Chokr ben Hachem, l’émigration des Hilaliens en Égypte et leur invasion de l’Ifriqiya, découvert par M. A. Bel dans le département d’Oran, a donné lieu de penser que les Hilaliens avaient emporté partout avec eux la légende de Djaziya et que l’on devait
en retrouver un texte particulier, modifié selon les circonstances, partout où se trouvait un groupe hilalien.

 

 

 

Nous savions déjà qu’une famille portant le nom de « Et-Hilalyin », les Hilaliens, et appartenant aux Beni Malek du Gharb avait son habitat sur l’Oued Et-Tenin, à l’endroit où il reçoit le petit ruisseau appelé « Oued Et-Merriouta » (la rivière de la menthe sauvage), au pied de la face Nord des collines du Biban, à droite de la route de Tanger à Fès, par Chemakha, entre les deux marabouts de Sidi Qasem et de Sidi El-Hoseïn ben Djemii.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Légende de Djaziya Bent Serhan : L'Héroïne des Beni Hillal  dans Musique 1544272651-zanati-khalifa2

Zanati Khalifa vs Dhieb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-dessus du village des Hilalyin, au sommet d’un des contreforts des Biban, qui descend vers les Triat EI-Hadjar, s’élève une qoubba que les gens du pays prétendent être le tombeau du « Soultan Bou Hachem ou Ibn Hachem(3) ». Dans l’intérieur même du massif des Biban, on trouve la  Coudiyat Diyab (la colline de Diyab) et la Coudiyat Djaziya (colline de Djaziya). Enfin, au douar des Hadjadjma, de la fraction des Raouga des Sofyan, il naît tous les ans, d’après la croyance populaire, une petite fille qui est Djaziya elle vient au monde avec une grande chevelure noire qui la recouvre tout entière, mais elle ne vit pas et renaît tous les ans. On raconte également que le Chérif Chokr ibn Hachem avait recommandé, avant de mourir, qu’on l’enterrât sur le haut d’une colline, afin, disait-il, que les chameaux des Beni Hilal ne puissent pas venir déposer leurs ordures sur sa tombe.

 

 

 

M. A. Bel, dans son étude sur une chanson de Djaziya, raconte, d’après Féraud, une anecdote analogue, mais dont le héros est Khalifa Ez-Zenati ou Ben Saïd Ez-Zenati.

 

 

Tous ces indices établissaient déjà que les Hilaliens du Gharb avaient conservé le souvenir de la légende de leur héroïne Djaziya bent Serhan, puisqu’ils avaient placé à l’endroit le plus pittoresque de leur dernier établissement les noms des principaux héros de cette légende transportée avec eux à travers toutes leurs pérégrinations depuis Tunis jusqu’au Maroc, comme les dieux lares de la tribu. Il n’est pas nécessaire de dire en effet qu’au point de vue historique ces dénominations données par les Hilaliens n’ont aucune valeur, et il est plus qu’évident que jamais ni le Chérif Chokr ibn Hachem, ni Djaziya, ni Diyab, ne sont venus au Maroc, puisque le départ des Hilaliens d’Arabie et la séparation de Djaziya et de Ibn Hachem datent du commencement du cinquième siècle de l’hégire et que ce n’est qu’au commencement du huitième siècle, c’est-à-dire trois cents ans plus tard, que les Hilaliens du Gharb se sont établis dans les régions où on les trouve aujourd’hui.

 

 

 

Après d’assez longues recherches, nous avons trouvé dans la région même un cheikh, sorte de barde campagnard, qui nous a donné une copie de la chanson marocaine de Djaziya. Cette qacida a été écrite pour la première fois par Si Tayyeb El-Hilali il y a un siècle environ, d’après les textes verbaux transmis depuis plusieurs générations et qu’il a réunis et ajustés. Il l’a écrite comme elle est chantée, dans une langue spéciale qui abuse des figures et des mots à double sens, que l’on appelle El-Hilaliya « le dialecte des Beni Hilal ». Les nombreuses infractions faites à la grammaire et à l’orthographe pour obtenir la mesure et la rime  rendent encore plus difficile la traduction de cette chanson, dont certains passages sont demeurés pour nous à peu près incompréhensibles.

 

 

 

 

 

Cette qacida comprend 170 vers, qui se partagent en 21 couplets de 8 vers, plus un vers servant de refrain; le onzième couplet, c’est-à-dire celui du milieu, a 9 vers au lieu de 8.

Nous en donnons ci-après le texte et la traduction.

 

 

 

 

 

 

 Qacida sur ce qui est arrivé à Djaziya, Diyab et a Ibn Hachem

 

 

 

 

1er couplet

 

 

1. L’amour en naissant prélude à des malheurs,
A l’éloignement, à l’émigration et à toutes les tortures.

 

 

2. Celui-là même ne peut lui résister dans la lutte,
Dont on vante la bravoure et le courage au combat.

 

 

3. Quiconque en est victime est victime de tous les malheurs.
Il ne peut être racheté ni par de l’argent, ni par des vies.

 

 

4. C’est ce qui est arrivé à Ibn Hachem, il en a épuisé tous les malheurs.
Ses aventures sont les merveilles des plus merveilleuses merveilles.

 

 

5. Pour les caprices de la beauté, ils (les hommes) en sont arrivés à l’extinction
Par la soif, l’exil, les privations et toutes les calamités.

 

 

6. Aucun médecin ne peut lutter contre sa magie
Ni aucun sorcier par ses amulettes et ses signes cabalistiques.

 

 

7. De même, Diyab, avant lui dans l’ordre du temps,
A éprouvé ce qu’a éprouvé Qaïs lorsqu’il s’est dépouillé de ses vêtements.

 

 

8. Leurs aventures ont laissé les peuples stupéfaits.
O gens de bien ! Écoutez le récit des vertus des Arabes.

 

 

 

 

 

Refrain.

 

 

9. O assistants! Prêtez l’oreille à l’histoire de Djaziya,
De son époux Ibn Hachem et aux épreuves de Diyab.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Second couplet

 

 

10. Les Hilaliens ne se soumettent pas et les Zoghba les valent,
Ils ont acquis une réputation universelle parmi les tribus.

 

 

11. Arabes EI-Hadid (?) et Djoraa (?) se succèdent (1).
Ils ont beaucoup de bien et des chameaux châtrés en nombre.

 

 

12. Ils parcourent sans cesse les campagnes pour les chasses de toute sorte,
Celle des vaches sauvages et celle des jeunes autruches dès avant le jour.

 

 

13. Diyab se distingue au milieu de ses compagnons habituels,
Qui tiennent bon dans la bataille et dans la mêlée.

 

 

14. Malgré lui, Diyab aima Djaziya dès sa jeunesse.
Fou d’amour, il perdit le sens et la raison.

 

 

15. Que d’émotions l’étreignaient! Son être était éperdu.
La passion le précipita dans tous les malheurs et dans toutes les vicissitudes.

 

 

16. Après que sa force fut arrivée sans effort à son plus haut degré,
Que sa réputation eut été définitivement établie et lui eut valu son surnom (2).

 

 

17. Et après que Zenati (3), terreur des guerriers ennemis (4),

Eut arrêté le flot montant des Arabes lors de leur arrivée (en Ifriqiya).

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième couplet.

 

 

18. Les saisons ont été changées par celui qui connaît tous nos secrets;
Le ciel a retenu la pluie et les nuages.

 

 

19. Elles sont venues les années de disette qui amènent le trouble,
Pendant sept ans aucune plante n’a poussé.

 

 

20. Les sources naguère débordantes se sont taries,
Les prés se sont desséchés quand la pluie a cessé de tomber.

 

 

21. Des hommes désespèrent, étouffant sous le souffle des vents qui dessèchent,
D’année en année ils attendent la venue des nuages.

 

 

22. Sans hésitation ils se disposent à partir.
Ils se dirigent vers l’Égypte avec leurs chameaux et leurs tentes.

 

 

23. Ils atteignent le Nil où ils trouvent des heures de tranquillité;

Ses bords sont profitables à qui passe et à qui séjourne.

 

 

24. Ils y ont campé, et y sont restés groupés,
Ils s’y sont établis et y ont tendu les cordes de leurs tentes.

 

 

25. Après avoir atteint Alexandrie,

Ils ne trouvèrent chez les Coptes ni bienveillance ni générosité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatrième couplet.

 

 

26. Puis ils se rendirent du côté de Barca en se répandant sur la route,
De Barca ils marchèrent sur Darna; ils cherchaient leur route.

 

 

27. Chaque année ils se répandaient dans le désert et revenaient.
Leurs épreuves grandissaient comme s’ils avaient été dirigés par les mauvais esprits.

 

 

28. Ils levaient leurs tentes et s’éloignaient des pays troublés.
Ils s’arrêtaient dans le désert et mouraient de soif.

 

 

29. La fatigue et la maigreur…sont réunies (contre eux).
Ils sont épuisés et sont à bout de forces.

 

 

3o. Ils s’arrêtèrent, se consultèrent et aussitôt se réunirent.

Étant donné leur ignorance (du pays), ils prirent la résolution

 

 

31. De consulter le présage d’un vol d’oiseaux qui sont à portée (?);
Par ces oiseaux, on pourra savoir où se trouvent les prairies où ils se nourrissent.

 

 

32. L’oiseau indiquera la direction à suivre,
Quand il reviendra et que ses ailes seront fatiguées,

 

 

33. Si l’on tire une flèche sur le vol qui passe,
Celui qui sera percé par la flèche tombera.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cinquième couplet.

 

 

34. L’expérience montra que (l’oiseau tué) avait mangé de l’herbe.
« A quel endroit, dirent-ils, cet oiseau a-t-il mangé de l’herbe ?

 

 

35. Montez la jument blanche, des chevaux pur sang,

Des coursiers et des chameaux rapides et partez nombreux (ou sans souci du retour).

 

 

36. Au matin, nous suivrons l’oiseau là où il ira,
Et nous arriverons le soir où il arrivera en le suivant tout droit. »

 

 

37. Ils se préparèrent pour le lendemain matin et donnèrent le signal du départ.
Les oiseaux apparurent se dirigeant vers les prairies coutumières.

 

 

38. Les cavaliers fatigués s’arrêtèrent, sauf un seul qui continua à galoper
C’était celui monté sur la jument blanche qui volait comme l’oiseau.

 

 

39. Le poursuivant de près, il allait le saisir au gîte quand il s’envola
A tire d’ailes, et personne ne pouvait l’apercevoir, sauf lui.

 

 

4o. L’oiseau plane au-dessus de la prairie ignorée,
Dans la direction de Tunis; l’homme au bec d’aigle le suit,

 

 

41. Dans la soirée les autres le rejoignirent sans s’être arrêtés.
Diyab arriva avec eux le même soir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sixième couplet.

 

 

42.Il apportera la nouvelle du pâturage à l’herbe abondante,
A ceux qui étaient en marche, et les tribus poursuivirent leur route.

 

 

43. Ils activent leur marche avançant sans crainte (?).
Après sept jours de marche, sans avoir rencontré d’obstacles,

 

 

44. Ils arrivent dans la plaine de Ibn Hachem sans s’être écartés de leur route,
Poussés par les difficultés qui empêchent les rêves.

 

 

45. Les vicissitudes ont brisé l’énergie des gens de combat.
A leur arrivée, l’homme de bonne lignée (Ibn Hachem) leur fait bon accueil.

 

 

46. Après leur avoir fait de dures conditions
Et qu’ils les eurent acceptées, il leur imposa un traité de soumission.

 

 

47. Après qu’ils se furent installés et reposés de leurs peines,
Un Juif tributaire sortit (de Tunis) vendant des marchandises.

 

 

48. Il se dirigea vers le campement des Beni Serhan et il vit Djaziya!

Il fut ébloui de sa beauté et par lui le bruit en fut répandu.

 

 

49- Il fit par malignité au Chérif un tableau enchanteur de sa beauté,
Et alluma ses désirs d’un feu continu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Septième couplet.

 

 

5o. Il dit: «J’ai vu une jeune gazelle de formes séduisantes.

Je ne crois pas qu’elle ait sa pareille ni à Rome ni en Grèce.

 

 

51. Aucune vierge ne peut lui être comparée. Il est inutile d’en chercher une semblable.
La pleine lune, si elle la voyait, serait jalouse de sa beauté. »

 

 

52. Éperdu d’amour, Ibn Hachem reste anéanti par ce récit
« Où habite cette belle (dit-il) ? Où est campée sa tribu »

 

 

53. (Le Juif) répondit « Elle est chez Diyab, au milieu de son peuple de combattants,
Chez les Arabes Beni Hilal, amis des veilles et des querelles (?). »

 

 

54. Le Chérif revient sur ses engagements et fut parjure à ses promesses,
Sa passion le torturait en l’écrasant.

 

 

55. prit conseil de ses compagnons et de ses parents les plus proches;
Ils lui dirent d’écrire aux Arabes de satisfaire son désir sans tergiverser.

 

 

56. Il leur écrivit de suite, sans délai,
Demandant dans sa lettre Djaziya, sans retard.

 

 

57. De toutes parts, ils se réunirent pour se consulter,
Les parents de Diyab, qui voulaient le trahir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Huitième couplet.

 

 

58. « Nous avons, dirent-ils, obtenu sans aucun doute tout bien

Du Chérif, et son amitié s’est manifestée pour nous,

 

 

59. Le pouvoir du sabre nous serait pénible,
Et nous devons la soumission à l’Émir.

 

 

60. Nous aurons l’avantage, aux yeux du monde, d’une alliance;

Donnons Djaziya au Chérif et qu’elle soit sa femme aimée.

 

 

61. Il n’y a pas à hésiter à prendre cette bonne décision
Le Maître des hommes et le Prophète nous indiquent la bonne voie.

 

 

62. Diyab sera anéanti par sa passion et il sera comme emporté par le vent.
Quiconque sera d’un avis contraire, nous le considérerons comme un ennemi.

 

 

63. Allons tous, les jeunes gens, les hommes et les vieillards,
Chaque lion marchera derrière sa femme.

 

 

64. Que celui qui connaît tous les secrets le calme,
Et nous fasse la grâce qu’il se soumette à ce qui est écrit. »

 

 

65. Ils arrivèrent embarrassés et les yeux remplis de larmes;
Il eut un mouvement de recul, il poussa une exclamation et un cri, pressentant un malheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Neuvième couplet.

 

 

66. Il adressa le premier la parole aux gens de sa tribu et leur dit
« Ce que vous voulez de moi et qui soit en mon pouvoir, je vous le donnerai sans hésiter. »

 

 

67. « Djaziya, donne-la pour le bien, ô homme et on t’amènera (à sa place)
Celle de nos jeunes filles que tu désireras.

 

 

68. Lève-toi, ordonne, viole nos foyers, nous y consentons.
Nous sommes tous à toi, sans aucune hésitation et sans réserve- »

 

 

69. Il dit «Je vous la donnerai, ô gens de bonne race;
Si vous acceptez mes conditions, je ne serai pas mort ce soir.

 

 

70. Quand même vous me donneriez deux mille de chacune des choies que je vous demanderai,
Je ne pourrais me guérir de la perte de mon sang qui coule. »

 

 

71. Ils la ravirent malgré lui et laissèrent à sa place le désespoir,
Chez Chokr (outlal ?) sans aucun doute ils t’emmenèrent.

 

 

72. On lui envoya dire de suite par un courrier avisé
« Djaziya t’arrive pour ta satisfaction et sans hésitations.

 

 

73. Consens-tu à entretenir la tribu sans difficultés ? »
Il accepta leurs conditions et l’alliance fut conclue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dixième couplet.

 

 

74. n lui fit une réception bruyante (avec de la musique et des cris de joie) et en prit possession avec pompe;
il combla ses parents de présents et manifesta l’intention de se rapprocher d’elle.

 

 

75. Il la prit, et elle lui plut comme elle devait lui plaire par sa beauté.

Il renouvela la fête et arriva au comble de ses désirs.

 

 

76. Diyab resta seul, plongé dans la tristesse. Les parents
de Djaziya avaient des remords et l’infortuné Diyab gémissait dans la solitude.

 

 

77. Le Chérif était souverain possesseur de Djaziya; elle
le dominait et le ravissait, mais son chagrin augmentait chaque jour.

 

 

78. Elle soupirait; sa figure était toujours attristée. Ni
plaisir ni joie dans l’intimité.

 

 

79. Ni sourires ni jeux son esprit semblait absent. Après
avoir patienté et souffert, le Chérif finit par lui parler

 

 

80. « Ta tribu, selon ton désir, vit dans l’opulence,
Après avoir mené une vie pénible, et mon rêve ne se réalise pas.

 

 

81. Après la séparation, l’union, ô toi dont le cœur est
insensible Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour toi, ô beauté complète »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Onzième couplet.

 

 

82. Elle se consumait par ses pensées, et il ne pouvait en
franchir l’obstacle, ni avoir de repos, ni prendre son plaisir.

 

 

83. Elle dit « J’ai abandonné Diyab, ferme dans ses engagements, et dont la réputation est universelle. Je n’oublierai pas le feu de son amour. »

 

 

84. Diyab se disait « Quel amour j’ai eu (pour Djaziya).
Ce qui est passé reviendra. » Et la passion dans son cœur augmentait son tourment.

 

 

85. Elle (Djaziya) a abandonné toute joie; elle fuit les
endroits du plaisir, et chaque jour augmente le poids de son chagrin.

 

 

86. Elle envoya en cachette une vieille hors de la ville (c’est-à-dire au campement des Hilaliens), afin d’émouvoir par le message dont elle était chargée
l’ensemble de la tribu et les gens individuellement.

 

 

87. (La vieille leur dit de sa part) de donner le signe du départ et de se mettre en marche, et elle ajouta « Tant que dure la vie, on ne peut se séparer de son amour.

 

 

88. La vie dans l’humiliation est insupportable, ont dit les ancêtres, et J’espace est immense, on n’en trouve pas la fin.

 

 

89. Je n’ai aucun espoir de revenir de mon amour.
Comment les nobles Arabes se soumettraient-ils à l’infamie ? »

 

 

9o. Ils eurent alors des regrets et restèrent confondus.
L’agitation se fit dans les campements et personne n’était là pour donner son avis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Douzième couplet.

 

 

91. Les gens d’Hamda, d’Hamidan et d’El-Hadjam partirent.

Ils se mirent en route avec leurs troupeaux et leurs femmes.

 

 

92. Ils décidèrent de s’en retourner et de ne plus profiter
de la nourriture (que leur donnait Ibn Hachem).
Ils se mirent d’accord et le commandement fut donné à Ibn Qedim.

 

 

93. Il dit: « Apportez de palmier et de….Deux racines se sont prises de passion réciproque
(allusion à Diyab et à Djaziya).

 

 

94. Apportez-moi également une paire de pigeons, l’un
avec les ailes coupées, l’autre intact.

 

 

95. Et un roseau poli aux notes changeantes (une flûte) et
ma lance noire.

 

 

96. Mon fils emportera le tout ensemble rapidement et tout droit.
Et par leur signification elle (Djaziya) comprendra les
intentions du sorcier (nos intentions). »

 

 

97. Il (l’enfant) lui fit signe, et tout ce qui était caché devint clair elle vit celui qui venait et qui la trouva accablée.

 

 

98. Il lâcha les pigeons violemment; l’un d’eux s’envola
d’un vol d’aigle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Treizième couplet

 

 

99. Celui qui avait les plumes coupées resta sur le sol
sans ailes. La flûte résonna et fit allusion à une calamité.

 

 

100. Djaziya dit « Mes parents projettent de partir pour
le désert je resterai derrière eux à verser des pleurs

 

 

101. Ils verront au moment de la prière de grandes étendues et demain une conquête solide. »

 

 

102. L’Émir valeureux vint chez Djaziya et cria son amour
et le feu qui le dévorait.

 

 

1o3. Il la trouva sur ses gardes, les yeux peints. Elle le
salua la première il lui fit cadeau d’une chamelle laitière.

 

 

104. La figure de Djaziya s’épanouit; il en fut très ému et se prépara au plaisir; elle lui fit supposer de quoi lui faire perdre la raison.

 

 

1o5. Elle lui dit sans honte « 0 fils de Moustafa (descendant du Prophète), pardonne-moi ma froideur, toi dont l’origine est pure.

 

 

1o6. Je compenserai toute mon ingratitude envers toi et te
la ferai oublier par mes soins. Ce qui s’est passé était écrit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatorzième couplet.

 

 

107. Sois heureux et réjouis-toi, mon seigneur, sois dans la joie sans bruit.
Il me plaît que tu m’aimes tu réaliseras tous tes désirs.

 

 

1o8. Ta mer déborde et par la générosité ses vagues se répandent, et parmi elles ton plaisir atteindra l’objet de ton désir.

 

 

109. Goûte la joie dans le repos; mon cœur éloigne toute

querelle et la bougie dans le chandelier est consumée par sa flamme. »

 

 

11o. Il dit « Il me serait agréable de jouer aux échecs;
fais-moi ce plaisir et jouons tous les deux. »

 

 

111. Ils posèrent des conditions sur lesquelles il n’y avait
pas à revenir. Elle ferait ce qu’il voudrait,

 

 

112. Et il en ferait de même pour elle et son esprit s’agitait
en elle. Il gagna la partie et il proclama son gain.

 

 

113. Elle dit « Ordonne, et je ferai selon les conditions
volontairement consenties. »

II dit « Enlève tes vêtements, pour que je te voie de mes yeux.

 

 

114. Elle n’hésita pas à accomplir son ordre et enleva ses
vêtements, et ses cheveux se répandirent, noirs comme le corbeau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quinzième couplet. 

 

 

115. Ils se répandirent et couvrirent son corps en entier,
Et lui firent comme un vêtement de la tête aux chevilles.

 

 

116. II perdit la tête et frémit de dépit dans tout son être
Une vit d’elle que le bout des ongles.

 

 

117. Ils recommencèrent à jouer; elle gagna et il le reconnut.
Elle lui dit «De même que j’ai quitté mes vêtements,
quitte les tiens. »

 

 

118. II avait sans aucun doute son corps en mauvais état.
II dit en soupirant « Épargne-moi, de grâce, cette humiliation.

 

 

119. Je te donnerai volontiers tout ce que tu voudras d’or
et d’argent, de serviteurs et de compagnons.

 

 

120. Tout ce que j’ai t’appartient, en troupeaux et en biens,

Je ne te désobéirai en rien, ô satisfaction de ma vie. »

 

 

121. « Laisse, lui dit-elle, ces propos mensongers, ou bien
accepte mes conditions, toi qui observes les convenances.

 

 

122. Je veux voir les gens de ma famille et de ma tribu, et je reviendrai satisfaite.

Ils ont dans leurs tentes des fêtes et des réjouissances. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seizième couplet.

 

 

123. Il dit « Jure-moi que tu reviendras certainement; je
t’accompagnerai, je ne saurai être seul. »

 

 

124. Elle lui jura sur leur amour ancien qu’elle reviendrait
à la maison, et il consentit à tenir sa promesse.

 

 

125. Elle laissa son peigne et le vase (qui sert au bain) par
trahison prétendant qu’elle les avait oubliés et elle partit précipitamment.

 

 

126. Elle revint les chercher en courant et s’enfuit aussitôt
comme un éclair rapide.

 

 

127. Elle arriva chez les siens, et joyeuse de les rencontrer.
Elle était heureuse d’avoir réussi à l’accomplissement
de sa ruse.

 

 

128. Ils lui firent grand accueil et la reçurent avec empressement, et tous venaient au-devant d’elle avec des visages réjouis.

 

 

129. Ils se préparèrent à partir; elle leur dit « Pas encore.
Nous partirons la nuit selon la coutume des Arabes qui voyagent.

 

 

13o. Réfléchissez, et prenez toutes les précautions avant
de rien décider, avant que les troupes (de l’Émir) ne viennent vous attaquer. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dix-septième couplet.

 

 

131. Hasan ou Hossein dirent : « O Arabes Hilal, transportez le petit palmier et la source courante.

 

 

132. Réunissez en levant le camp tous les objets familiers.
afin de prolonger l’erreur de celui que nous trompons.

 

 

133. Que tous ces objets soient sans faute là où campera la
tribu et que le Chérif les y retrouve en rentrant (de la chasse) et qu’il revienne en amant soumis.

 

 

134. Au lever du jour, on emmènera le Chérif à la chasse
sans y manquer, et, le soir, nous reviendrons entout bien. »

 

 

135. Les lionceaux mirent en pratique ce plan ingénieux.
Longtemps ils emmenèrent le Chérif et leur tromperie suivant son cours.

 

 

136. Ils marchèrent ainsi pendant quarante jours. Son éloignement continuait sans qu’il en fût avisé par personne.

 

 

137. II vit les montagnes qui s’approchaient en face de lui,
chaque jour, puis elles s’éloignaient et l’horizon changeait.

 

 

138. Il interrogea un vieillard et une veuve avisée. Ils le
renseignèrent et enlevèrent le couvercle qui cachait (la vérité).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dix-huitième couplet.

 

 

139. «Avec vous nous avons marché quarante jours ( 5).
Comment voulez-vous regagner votre pays, maintenant que vous êtes au courant de la tromperie? »

 

 

140. Furieux, il dit à Djaziya « 0 traîtresse, comment
feras-tu le jour de la résurrection et de la réunion dernière ? » ·

 

 

141. « Retourne chez les tiens, lui dit-elle, et renonce à
mon alliance. Cesse de me faire des reproches et de me chercher noise.

 

 

142. Lève-toi, monte à cheval et pars sans disputer. » Il se
mit en route du côté de l’Ouest comme un vautour.

 

 

143. Ibn Hachem arrive chez lui, l’esprit bouleversé. Il appelle ses guerriers et ne rêve que luttes et combats.

 

 

144. Les guerriers se réunissent et les lionceaux orgueilleux.
Avec des chants de guerre, les étendards, et les
sabres affilés de grand prix, ils se joignirent à lui.

 

 

145. Avec eux il se lança dans la direction (des Hilaliens),
sans se soucier des difficultés de la route. II les
rejoignit dans le Sahara et les ramena en arrière.

 

 

146. L’infortuné Diyab était absent et tes guerriers épuisés.
Ils lui envoyèrent un courrier et une flèche noire
comme le corbeau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dix-neuvième couplet.

 

 

147. Tous les jours, les chevaux galopaient c’était la
mêlée et la furie. Les campements fuyaient, les gens
étaient affolés.

 

 

148. Il (le Chérif) les chassa devant lui jusqu’au Gharb el-
Djaouani dans le désordre. Chaque jour se renouvelaient de nombreux combats.

 

 

149. Diyab les rejoignit avec ses Arabes semblables à des
lions. Chacun valait une armée devant l’ennemi.

 

 

15o. Ils arrivèrent du côté de Tamesna et se dirigèrent
vers l’Est, traversèrent sa plaine (de Tamesna), et ils y campèrent.

 

 

151. De là ils allèrent à Mamora et se divisèrent. Les ba-
tailles augmentaient et les divisions funestes.

 

 

152. Celui qui veut traiter ne doit pas s’épuiser par les
trahisons. Les émotions faisaient blanchir les jeunes
combattants.

 

 

153. Les chevaux marchèrent pendant trois mois; ils arri-
vèrent au Redat; ils étaient épuisés par tes combats.

 

 

154. Ils se divisèrent et Diyab était écrasé par la honte.
Djaziya ouvrit le rideau de son palanquin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vingtième couplet.

 

 

155. Elle sourit au Chérif, simulant l’embarras. Il t’aperçut
et arrêta le combat.

 

 

156. « O mes parents, ô mon peuple! C’est assez de combats O mes gens Djaziya a souri et a consenti (6). »

 

 

157. Il en prit possession par son courage. Et Diyab, l’infortuné, où est-il allé ? Ji ne trouve nulle part de repos.

 

 

158. Le Chérif la posséda une nuit et un jour, dit l’auteur
de l’histoire, qui termine là !

 

 

159. Pendant qu’elle lui donnait ses lèvres à baiser, tous les
gens du Chérif furent détruits par trahison.

 

 

16o. L’infortuné Diyab arriva, et avec lui des hommes de sa valeur. Il s’empara d’elle (de Djaziya) après qu’elle eut réalisé sa promesse.

 

 

161. Il l’établit dans le pays des Doukkala, au milieu de
ses contribules, dont une partie avait disparu comme des nuages (étaient morts).

 

 

162. Les troupes de Ibn Hachem s’arrêtèrent et revinrent
en arrière, sans s’arrêter dans leur pays, dans le désordre et la confusion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vingt et unième couplet.

 

 

163. Les Beni Zoghba s’établirent dans le Haouz et dans
la suite sur les rives du Sebou.

 

 

164. Les Riah s’établirent dans le pays du Habt et y restèrent et avec les Djochem s’établirent dans l’Ouest.

 

 

165. C’est ainsi que les événements se produisirent par
l’aide de celui qui les dirige, et ce qui semble loin arrive tout d’un coup.

 

 

166. Les femmes sont toujours trompeuses dans leurs apparences.

Il y en a peu qui réalisent ce que l’on espère d’elles.

 

 

167. L’amour est un mal qui augmente les souffrances, et
l’amoureux qui désire, voit son mal augmenter sans cesse.

 

 

168. J’ai fini, l’histoire est terminée, et j’envoie mon salut
à qui a compris mon discours.

 

 

169. Le Hilali a dit dans ses vers qu’il signe « O toi dont
la puissance est infinie, qui donnes tous les dons,

 

 

170. Pardonne-moi mes erreurs dans l’enchaînement des événements et ne me rends pas responsable de mes fautes. Je t’en supplie au nom des Qotaba»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La qacida de Djaziya est écrite en mode Melhoun, c’est-à-dire en prose rimée dont le style et même l’orthographe sont souvent sacrifiés à l’air sur lequel les paroles doivent s’appliquer, et non en vers réguliers (Mouzoun). Nous donnons la notation de l’air très court sur lequel se psalmodie toute cette qacida.

 1544020157-djaziya dans Musique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La qacida en langue arabe Ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) : II y a sans doute des fautes dans le texte, et Djorâa est peut-être mis pour Qorra, qui est le nom d’une tribu hilalienne.

 

 

(2) Diyab était surnommé « Abou Mokheiber », l’homme aux renseignements. C’était lui qui servait d’éclaireur aux Hilaliens pendant leur marche.
 

 

(3) Zenati : il s’agit du Khalifa Ez-Zenati, appelé également Abou Soda, ou Sâada, le père de Sàada. C’est l’Emir Zénète de Tunis, qui, d’après le Roman des Beni Hilal, est le héros de l’aventure avec Djaziya, et qui est remplacé dans notre qacida par le Chérif Ibn Hachem.

 

 

 

(4) Le texte dit Qaoum el-madya. On pourrait peut-être traduire Les tribus de Maad (fils d’Adouan et père des tribus arabes du Hedjaz et du Nedjd, auxquelles appartiennent les tribus hilaliennes).

 

 

 

(5) Le texte dit : حرف الميم ,dans le compte par lettres, le mim vaut 4o.

 

 

 

(6) ورضات جزيا Oua Redat Djaziya ; les gens de la région du Gharb voisine de l’Oued Redat racontent que c’est sur les bords de cette rivière que la réconciliation de Djaziya avec le Chérif Ibn Hachem a eu lieu, et que c’est de là que vient le nom de la rivière ‘Oued Redat’ . cela prouve de toute façon que le souvenir de la légende de Djaziya est encore très populaire chez les Arabes du Gharb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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