Cheminement des graphies préhistoriques africaines

1 02 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Durant la période préhistoriques, l’apparition progressive de la parole et des langues à travers lesquelles les homo sapiens communiquent, dans une mesure et à une échelle jusque-là inconnues, représentent la première rupture fondamentale dans le phénomène de socialisation de l’homme, en Afrique d’abord, et, graduellement, à travers l’Eurasie. Cette période voit la taille crânienne des hominidés s’affiner avec une complexification croissante du cerveau et de ses fonctions. Pour la première fois, mais probablement sur une très longue période, l’homme acquiert l’intelligence, et, avec elle, la mémoire qui déculpe ses fonctions analytiques, d’archivage et de stockage, métaphysique et de sa relation au temps, à la distance et à la vitesse. D’où l’importance de l’astronomie durant toute l’antiquité comme l’indiquent les ouvrages phares de Mayassis et d’Antoniadi sur les classiques grecs, élèves studieux des anciens prêtres égyptiens. La relation entre l’observation astronomique et l’apparition des signes graphiques et de l’écriture a été établie par Antoniadi dans une mesure rarement égalée dans la littérature disponible.

 

 

Dès son Afrique dans l’antiquité publié en 1973, Obenga identifie les foyers culturels de l’Afrique antique avec leurs graphismes et leurs systèmes d’écriture respectifs sur la base d’une périodisation qui trouve ses dérivés que sont le démotique et le méroïtique, ainsi que toutes les graphies utilisées par la suite en Afrique même, et dans les principaux foyers de civilisation de l’antiquité, y compris, notamment, en son rameau égypto-nubien.

 

L’auteur conclut ainsi ses observations :

Si l’on prend en considération les civilisations du Nil moyen, de l’ensemble égypto-nubien, du croissant fertile Nil-Sahara, du Sahara montagnard, du Soudan occidental (plateau central nigérien ; ruines Lobi), de Nok, au Nigéria (plateau de Jos), entre 900 avant notre ère et 200 de notre ère, de Ntereso, au Ghana, des villes fortifiées de jadis (San, Zimbabwe), des pétroglyphes sénégambiens, maliens, nigérians, éthiopiens, sud-africains, des centres métallurgiques nubiens, des ruines du Soudan méroïtique, des temples et tombeaux (pyramides) de l’Egypte pharaonique, une seule conclusion s’impose : dans l’Antiquité négro-africaine, l’Afrique noire était littéralement couverte, sur la presque totalité de son étendue (l’Afrique noire s’étendait alors au Sahara, au nord de celui-ci, au bord de la Méditerranée), d’importants foyers culturels qui n’ont pas manqué de diffuser des éléments de civilisation tant matériels que spirituels, à travers le continent noir tout entier.

 

Ce sont indubitablement les mêmes traits culturels dérivés du principe vitaliste selon liquel le verbe créateur, le nommo dogon se fond dans le principe même de la création de l’univers, de l’ici-bas et de l’au-delà, de l’esprit et de la matière unis en un même jaillissement dialectique, que l’on retrouve dans les éléments fondateurs de l’écriture inscrits dans le sacré et confondus dans l’émergence de Ptah en tant que siège même de l’invention de l’univers et de « l’engendrement des paroles divines circonscrites dans les hiéroglyphes ». Thot inventeur de l’écriture, nous dit Obenga, apprend aux humains les signes de l’écriture en se servant de graphèmes « habillant » une langue, la prêtant à l’intelligibilité du sens, de la spéculation et de l’analyse. Ainsi, « pour les anciens Egyptiens, l’Ecriture comporte encore une autre dimension : la graphie d’un étant, le sens de l’être, de l’étant en tant qu’étant se présentant derrière la graphie même. L’Etre s’ordonne derrière l’Ecriture. Lire un texte hiéroglyphe, c’est faire apparaître la présence (souligné par l’auteur) de l’être. »  

 

En dehors des témoignages de la prodigieuse activité néolithique dans le plateau central nigérien (ce même site où furent découvertes les premières activités artistiques des Africains du néolithique inscrites dans les grottes ou des abris rocheux), on note l’existence de pétroglyphes à travers toute l’Afrique, souvent sculptés dans la pierre même, de forme phallique, appelant les divinités mâles et femelles à s’accoupler pour produire la végétation, source de vie et d’élévation matérielle et spirituelle.

 

Ces pétroglyphes annoncent déjà, comme le suggère Cheikh Anta Diop, la « forme transposée, déguisée, d’une métaphysique qui évoluera sans interruption vers l’idéalisme ».  En dehors des signes sacrés architecturaux d’Egypte, du Zimbabwe, du pays Yorouba ou Nok du Nigéria, les courants civilisateurs liés à la métallurgie, la poterie, l’habitat sous les formes les plus variées, notamment dans le Croissant fertiles (Nil moyen – Egypte, Nil moyen – Sahara central), aux alentours du lac Tchad, les hommes et femmes néolithiques, soudanais en particulier, ont laissé des traces indélébiles attestées et datées par l’archéologie et la paléontologie. Comme le montrent les études de terrain remarquables d’Henri Lhote, les palettes artistiques riches et variées inscrites dans les grottes du Tassili et qui ne cessent de nous émerveiller aujourd’hui encore, sont en partie et suivant les périodes, d’inspiration négro-africaine, comme le montrent si éloquemment les Peuls de l’ère néolithique dessinés et peints avec un réalisme saisissant.

 

Ces premières tentatives d’abstraction, d’analyse et de reproduction fidèle ou idéalisée, réaliste ou métaphysique, de l’environnement immédiat et de la totalité cosmique dans lesquels évoluent les populations néolithiques du Sahara sont d’une importance considérable. Car elles marquent la deuxième rupture fondamentale dans tous les processus de communication connus jusque-là (langage, parole sacrée, incantations individuelles ou de groupe, en public ou dans la sphère du sacré et donc du message caché, codé qui ne se donne au déchiffrement qu’à l’initié).

En effet, pour la première fois, l’humanité pensante réussit la séparation physique entre le messager et le message dont il est porteur. Elle fixe sur un médium de type nouveau (la roche sculptée ou peinte), les préoccupations sociales des élites sociales par rapport au règne animal (en abondance dans le Sahara néolithique avant la période des grandes sécheresses et la désertification) et par rapport aux cultes religieux, en tous cas métaphysiques.

 

C’est ce premier élan de l’homme vers la pensée et la spéculation scientifique qui marque entre -6000 et -3000, la première utilisation organisée, et attestée à une échelle jusque-là inconnues, du tracé, de la ligne, de la courbe et de toutes sortes de figures géométriques, de masques ou de symboles en tant que reproduction du réel et/ou médiation entre le Verbe créateur et la manière, le créé, que ce dernier soit extrait ou l’expression du règne animal, végétal ou minéral voire humain. Les ateliers découverts dans les principaux sites culturels préhistoriques montrent que dans leurs activités, les premiers « dessinateurs » ou « peintures » du néolithique africain se sont surtout servis de macérés végétaux ou de poudres rocheuses, d’excréments d’oiseaux ou d’essences  ligneuses carbonisées destinées à reproduire des nuances coloriées au détail près et des plans exécutés de main de maître et encore inconnus de l’Homme. Les processions magico-religieuses et les masques de cette période montrent des postures, une vision artistique et des antécédents ontologiques qui se rapprochent en tous points des registres artistiques et culturels découvertes dans la période historique à travers le continent africain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cheminement des graphies préhistoriques africaines   dans Archéologie 1543843715-29

Jeunes filles peules. Abri de Jabbaren (Tassili-n’Ajjer).

 

 

 

 

 

 

 

Les images laissées par l’homme préhistorique à la postérité restent le premier livre ouvert d’histoire naturelle et d’art, et, sans doute, les premiers signes qui précèdent l’écriture et rendent dans le détail les premières pulsions de l’organisation humaine, de son degré d’ingéniosité technologique, mais aussi, de sa capacité à élever l’esprit aux abstractions métaphysiques et religieuses.

 

Exécutés avec brio, ces dessins, ces peintures et ces engravures sur  pierre annoncent, à travers plus d’un million de sites africains dispersés parmi les hauts plateaux, les falaises et les abris élevés qu’offre parfois l’environnement saharien, les premières abstractions idéogrammatiques découvertes au amont de la chronologie scripturaire africaine et universelle. La dispersion géographique des arts rupestres se déroule suivant les axes suivants :

 

-          A n’en pas douter, le Sahara représente le site le plus diversifié avec un nombre inégalé de graphismes et de peintures rupestres du Tassili N’Ajjer en territoire algérien, au sud marocain, à la Libye aux massifs du Ténéré (Niger), au Tibesti tchadien et aux monts sablonneux et rocailleux de Tichitt en Mauritanie ;

 

-          En Afrique de l’Est, en Tanzanie et dans les hauts plateaux éthiopiens ;

 

 

-          En Afrique australe, à travers l’Etat d’Orange, la rivière du Vaal, le Transvaal et les cavernes du Congo.

 

 

Du point de vue de la chronologie, on peut admettre les principales périodes suivantes :

 

Pour s’affranchir de la tyrannie de la communication gestuelle, puis orale, de personne à personne, de personne à groupe ou de groupe à groupe, le processus d’osmose entre la parole et sa signification écrite, codifiée et pensée au bout de très longues périodes, l’homo sapiens est passé par plusieurs ruptures dans son évolution :

-          Domestication du Verbe, donc de la parole et des langues ;

-          Invention de l’abstraction graphique à travers les abris se distribuant du Sahara néolithique au Finistère de Bloemfontein, en Afrique du Sud, sous la forme de peintures et de graphismes inscrits, peints ou gravés dans la roche durant de longues périodes qui témoignent de peuplements très anciens par diverses civilisations soudanaises, peules puis berbères ;

-          Invention de l’écriture hiéroglyphique en Egypte, dans les bas-reliefs d’Abydos, avec en toile de fond la notion du Verbe créateur, de Ptah et son corollaire Thot, Dieu de l’écriture, clés de voûte du système graphique africain inscrit dès le départ dans le registre du sacré, donc des cosmogonies et du vitalisme qui en constituent la substantifique moelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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