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Règne de l’émir Yghomracen ben Zyan: premier roi de Tlemcen

16 01 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le premier de cette illustre famille qui exerça le pouvoir souverain; qui réunit les perles dispersées de la couronne royale et les enfila dans sa personne dans le plus solide des cordons; qui fit revivre dans sa famille la trace effacée du khalifat; qui réveilla la paupière depuis longtemps endormie de la souveraineté due à la postérité de Hassan, ce fut le roi magnanime, le lion intrépide, l’honneur des souverains et la couronne des grands, l’émir des Moslim , Yghomracen ben Zyan. Ce prince incomparable ne fit que se lever, et aussitôt il se vit maître du pouvoir, et les droits au trône qu’il tenait de ses pères le mirent au-dessus des plus illustres potentats de la terre. Il devint ainsi le vicaire de Dieu le bien-aimé, l’épée destinée à la défense de la vraie religion et toujours prête à frapper; l’éclat de sa domination naissante fit pâlir au loin l’autorité des rois de l’Orient et de l’Occident. Les habitants de la Mecque et d’Yatrib envièrent à ses sujets le bonheur de vivre sous ses lois; et comment ne l’auraient-ils point envié? Ce prince n’était-il pas issu des deux arrière-petits fils de l’apôtre de Dieu (Zéïd et Hassan), et n’était-il pas un rejeton des deux rameaux (petit-fils) de la blanche Fatimah?

 

 

 

 

Yghomracen fut proclamé roi le 7 de djoumada second, l’an 637. Voici les circonstances qui amenèrent cet heureux événement.

 

 

 

 

La discorde qui régnait parmi les Beni Abd-el-Moumen (les Almohades) avait considérablement affaibli leur puissance et leur autorité; les Beni Abd-el-Wâdy mettant à profit cette circonstance, se décidèrent à s’emparer du territoire de Tlemcen dont ils étaient voisins. Après avoir étudié les endroits par où ils pouvaient y pénétrer, ils l’envahirent de plusieurs côtés avec leurs chevaux et leurs chameaux; chaque fraction de leur tribu occupa la partie du territoire qui se trouva sous ses pas. Yghomracen accorda l’aman aux habitants moyennant un impôt qu’ils promirent de lui payer chaque année, et il leur ordonna à tous d’obéir à leur chef, Djâber, fils de Youcef, fils de Mohammed, qui était fils de l’oncle paternel de Zyan, père de l’émir des Moslim, Yghomracen, fils de Zyan, fils de Thâbit, fils de Mohammed. A cette époque, Tlemcen avait pour gouverneur Abou-Saïd Othman, fils de Yacoub-al-Mansor, qui commandait au nom de son frère Almamon Edris, fils d’Almansor. Abou-Saïd ayant tendu un piège à un certain nombre des chefs des Beni Abd-el-Wâdy, s’était saisi de leurs personnes et les avait jetés en prison. Quelque temps après, une personne influente de la tribu des Lamtounah (les Almoravides) établis à Tlemcen vint lui demander l’élargissement des Beni Abd-el-Wâdy. Sa prière fut repoussée; ce refus irrita tellement le Lamtounien, qu’ayant rassemblé à la hâte les gens de sa nation, il courut vers la prison, délivra les chefs des Beni Abd-el-Wâdy et y mit à leur place l’émir Abou-Saïd lui-même. Puis il leva ouvertement l’étendard de la révolte contre les Beni Abd-el-Moumen et forma le dessein de ressusciter l’empire des Lamtouniens. Trompé par son propre jugement, il se persuada que, tant qu’il n’aurait pas exterminé les chefs des Beni Abd-el-Wâdy, son projet ne pourrait être mené à bonne fin. Il envoya donc à Djâber, fils d’Youcef, ainsi qu’aux autres chefs des Beni Abd-el-Wâdy, pour les inviter à un festin qu’il devait donner chez lui. Ceux-ci, pour répondre à la politesse qu’on leur faisait, se rendirent auprès de leur hôte. Lorsqu’ils furent arrivés près de la ville, ils apprirent le sort fatal qui leur était préparé. Ils firent halte immédiatement et délibérèrent sur ce qu’ils avaient à faire; mais la nouvelle de leur arrivée était déjà parvenue aux oreilles du Lamtounien, lequel était allé en toute hâte au-devant d’eux pour les introduire lui-même dans la ville. Les Beni Abd-el-Wâdy jugèrent que le meilleur parti qu’ils eussent à prendre, c’était de se saisir de la personne du traître. Ils l’arrêtèrent donc, lui et huit de ses compagnons, et les garrottèrent. Djâber entra alors dans la ville avec tout son monde, en proclamant le nom d’Edris Almamon; il prit les rênes du gouvernement, après quoi il envoya au prince Almohade, pour lui faire savoir les événements qui s’étaient accomplis. Almamon exigea seulement de lui qu’il le fit nommer dans la khotbah et que les monnaies fussent frappées à son coin. Le chef des Beni Abd-el-Wâdy se mit alors en possession du territoire qui avoisine Tlemcen, occupa le pays des Beni Râched, ainsi que toutes les villes de la province. Il n’y eut que Nedromah qui refusa de se soumettre. Djâber courut mettre le siège devant la place rebelle; mais là il fut atteint d’une flèche, qui était partie de la ville, et qui lui donna la mort. Cet événement eut lieu la troisième année de son gouvernement.

 

 

 

 

Il eut pour successeur son fils Hassan ben Djâber qui, au bout de six mois, jugea à propos d’abdiquer en faveur de son oncle Othman, par considération pour son âge qui était très avancé. Mais celui-ci se conduisit d’une manière blâmable dans son administration, et mérita d’être ignominieusement chassé de Tlemcen. Après cela, les Beni Abd-el-Wâdy élevèrent d’un commun accord Abou-Ezzah Zeydan ben-Zyan à la dignité d’émir. Il régna en cette qualité sur Tlemcen et sur toutes les dépendances de cette province. Mais les Beni Motthar refusèrent de reconnaître son autorité, et furent assistés dans leur révolte par les Beni Râched; la guerre s’étant allumée entre lui et les rebelles, les deux partis se livrèrent plusieurs batailles, dans l’une desquelles Abou-Ezzah finit par être tué. Alors les Beni Abd-el-Wâdy mirent à la tête du gouvernement l’émir des Moslim, Yghomracen, frère d’Abou-Ezzah; ils le proclamèrent roi, en le reconnaissant pour leur unique souverain et en secouant le joug des Beni Abd-el-Moumen.

 

 

 

 

 

Yghomracen ben-Zyan, revêtu ainsi du pouvoir absolu, fit revivre dans sa personne les traces du khalifat hassanide qui s’étaient perdues, et il éleva jusqu’à la plus grande hauteur le phare qui devait ramener vers l’autorité légitime les pas de ceux qui s’en étaient écartés; c’est pourquoi la fortune se félicita de lui avoir donné le jour; l’astre garant de sa félicité se leva dans la sphère du bonheur; l’arbre du pouvoir, depuis longtemps languissant et fané, se trouvant cultivé par ses mains, reprit sa verdure et sa fraîcheur; enfin le temps réalisa en faveur du prophète les promesses dont il semblait avoir ajourné indéfiniment l’accomplissement, et fil briller dans la maison de Yghomracen le khalifat dans tout son éclat. En effet, ce prince adopta dans son administration et dans toute sa conduite les habitudes et les usages qui sont propres à relever le pouvoir et à l’embellir aux yeux du monde; il s’entoura de vizirs et de chambellans; il créa des caïds et des secrétaires d’État. Les Beni Motthar et les Beni Râched levèrent contre lui l’étendard de la révolte; mais, avec l’assistance de Dieu, il parvint à les faire rentrer dans le devoir.

 

 

 

 

Son élévation au trône et l’acte par lequel il se déclara indépendant, s’accomplirent sous le règne de Rachid Abd-el-Wâhid, fils d’Edris Almamon. Rachid lui envoya un cadeau magnifique, dans l’espoir que les Almohades seraient nommés, comme auparavant, dans la prière publique du vendredi. Comme le roi de Tlemcen refusa de se conformer à cet usage, ils se brouillèrent tous les deux et commirent l’un contre l’autre des actes d’hostilité. Rachid songeait à marcher contre son rival, lorsqu’il fut prévenu par la mort. Il eut pour successeur à l’empire son frère Saïd, fils d’Almamon.

 

 

 

 

 

Quelque temps après, il arriva que l’émir Abou-Zakaria, fils d’Abd-el-Wâhid, fils d’Abou-Hafs el-Hentâti envoya un présent à Saïd, dans la persuasion où il était que celui-ci était encore maître de tout l’empire du Maghreb. L’émir des Moslim, Yghomracen, jugeant que le présent lui revenait de droit, s’en empara et se l’appropria. Abou-Zakaria s’attendait à ce que Saïd regarderait cette insulte comme faite à lui personnellement et se lèverait pour en tirer vengeance; le prince Almohade ne bougea pas. Alors l’émir prit le parti de secouer le joug de l’obéissance et se déclara indépendant. Ayant mis sur pied une armée composée des Arabes de l’Ifrikiah et d’autres nations, il marcha sur Tlemcen. Il arriva sous les murs de cette place, l’an 645 de l’hégire. Ses troupes étaient si nombreuses, que la plaine paraissait trop étroite pour les contenir : les archers à eux seuls formaient un corps d’armée de trente mille hommes. Après avoir assigné à ses troupes la position que chacune d’elles devait occuper, il ordonna à ses archers de faire une décharge sur une figure de chat qui leur servait de cible; malgré la petitesse de cette figure, elle se trouva percée de plus de vingt flèches. L’habileté des archers jeta l’épouvante dans le cœur des combattants de la place et découragea les habitants. L’émir des Moslim, ayant alors demandé quels étaient les peuples qui occupaient les différents postes, apprit que c’étaient les Arabes qui avaient été chargés d’attaquer la porte Bab-Ali; renonçant à la défense de la place, il se retira avec ceux des combattants qui se trouvaient près de lui, et sortit de sa capitale par la porte susdite, accompagné de ses femmes et de ses trésors. Les Arabes vinrent l’attaquer, mais ayant éprouvé son courage et sa valeur, ils le laissèrent passer. Yghomracen se retira dans les montagnes des Beni Ournid.

 

 

 

 

 

Abou-Zakaria, étant entré dans la place, en offrit le gouvernement aux officiers de son armée qui, tous, le refusèrent dans la crainte de s’attirer bientôt sur les bras les armes de l’émir des Moslim, Yghomracen. Le prince Hafside dit alors : « Tlemcen n’aura pas d’autre maître que son ancien souverain. » Il envoya donc proposer la paix à Yghomracen, l’engageant à revenir dans sa capitale; il évacua lui-même la place et la laissa occuper par son nouvel allié. Ils firent ensemble un traité par lequel ils s’engagèrent à réunir leurs armes contre les Beni -Abd-el-Moumen; de plus, il lui donna à titre de fief plusieurs villes de l’Ifrikiah, dont le revenu total se montait à cent mille dinars : cet argent devait servir à combattre la ligue que les princes Almohades pourraient former contre eux.

 

 

 

 

 

Cette pension fut payée annuellement à lui et à ses successeurs jusqu’à la mort tragique d’Abou-Tâshfîn et à la conquête du royaume de Tlemcen par les Beni Meryn.

 

 

 

Pendant que l’émir Abou-Zakaria était en route pour retourner dans ses états, il donna aux tribus berbères des Toujjin, des Maghrawah et des Mellikech, des rois qu’il plaça comme un mur de séparation entre lui et l’émir des Moslim, Yghomracen. Lorsque Saïd apprit tout ce qui s’était passé entre les deux princes, et sut la ligue qu’ils avaient formée contre lui, il jura de se rendre maître de tous leurs états. Il partit donc de Maroc à la tête d’une armée formidable. Les Beni Meryn, ayant fait leur soumission, lui livrèrent des otages et se joignirent à son expédition. Lorsque l’émir des Moslim apprit l’importance des forces qui avaient été rassemblées contre lui, il quitta de nouveau les murs de sa capitale et chercha un refuge dans le château de Temzizdict. Saïd résolut de mettre le siège devant cette place. Ayant établi son camp sur les bords de l’Isly, il envoya de là inviter l’ennemi à rentrer dans l’obéissance et à le reconnaître pour son suzerain en frappant la monnaie à son coin et en le faisant nommer dans la khotbah. Ces propositions ayant été rejetées, Saïd marcha contre Yghomracen et s’engagea dans les gorges des montagnes où était situé le château, excitant lui-même ses troupes à braver tous les obstacles pour arriver jusqu’à l’ennemi. L’émir des Moslim lui livra bataille à la tête des combattants de sa tribu et des autres peuples qui l’avaient suivi, et avec l’aide de Dieu, il remporta la victoire sur l’ennemi. Saïd fut tué dans la mêlée par la main d’Youssef ben-Khazroun. L’émir des Moslim ordonna qu’on emportât la tête du sultan Almohade et qu’on la fît voir à sa mère; c’est que cette princesse avait d’abord voulu que son fils se soumît au sultan de Maroc, mais Yghomracen lui avait juré de lui apporter la tête de son ennemi et Dieu fit que le serment du roi se trouvât réalisé. Ceci arriva un jour de mardi, à la fin du mois de safar de l’année 646.

 

 

 

 

 

Le vizir Abou’l-Hassan ben-Khelas, gouverneur de Sebtah, s’était révolté contre Saïd et avait reconnu pour son souverain l’émir des Moslim, Yghomracen. Lorsque le sultan Almohade marcha sur Tlemcen, Abou’l-Hassan envoya des éclaireurs de divers côtés pour se tenir à l’affût des nouvelles. On vint lui annoncer la victoire d’Yghomracen le dimanche suivant, six jours après la bataille, et le lendemain matin, lundi, un poète lui apporta une cacydah où il disait:

 

 

« Heureuse nouvelle! La victoire ne s’est pas longtemps fait attendre; nous devons la célébrer par des réjouissances et des noces.

 

La fortune, après s’être montrée longtemps dure et implacable, a daigné enfin nous  sourire.

 

Victoire ! C’est un événement dont la pensée remplit les esprits de stupéfaction, tant il était loin de notre attente et de nos pensées!

 

Victoire! Telle qu’une pluie abondante, elle fait jaillir aux yeux de tout le monde nos vœux  réalisés.

 

 Telle qu’un astre bienfaisant, son éclat a » dissipé nos ténèbres.

 

Victoire! La porte du bonheur vient de s’ouvrir devant notre souverain, et ses glorieuses destinées commencent à s’accomplir.

 

Le succès a mis le comble à ses souhaits.  Victoire! Elle a fait couler la vie dans le cœur  des mortels.

 

Elle a passé telle que le souffle du zéphyr;  en nous secouant légèrement, elle a fait  exhaler autour de nous les parfums et les » odeurs les plus suaves. »

 

 

 

 

 

Par cette victoire, l’émir des croyants s’étant placé, dans l’opinion publique, au même rang que le roi de Maroc, vit sa puissance s’accroître, son empire s’agrandir et sa réputation portée au loin. Mais c’est Dieu qui dispose du pouvoir en souverain arbitre, qui l’octroie à qui il lui plaît, et qui, après cette vie, accorde à ceux qui le craignent une récompense sans fin.

 

 

 

 

Parmi les trésors et les objets précieux qui tombèrent entre les mains d’Yghomracen dans cette célèbre journée, l’on cite le collier unique, une coupe en émeraude et le Coran d’Othman ben-Affan, exemplaire que ce khalife avait copié de sa propre main. Le khalife le tenait entre ses mains lorsqu’il reçut le coup de la mort; des gouttes de sang tombèrent sur ces paroles du Très Haut: ‘’Or, Dieu te suffira contre eux ۩’’et sur celles-ci : ‘’et ils coupèrent les jarrets à la chamelle ۩’’Après la mort d’Othman, ce Coran tomba dans la possession des Beni Omeyah, qui le conservèrent pendant toute la durée de leur règne. Lorsque les Beni’l-Abbès, ayant levé l’étendard de la révolte, se furent emparés du pouvoir et eurent mis à mort les Beni Omeyah partout où ils purent les découvrir, Abd’er-Rahman, fils de Moawiah, fils de Hicham, fils d’Abd-el-Melik, s’enfuit vers le Maghreb, entra ensuite en Espagne où il réussit à faire reconnaître son autorité. Dans cet intervalle, sa sœur, Oumm’el-Asbagh, qui était restée en Syrie, lui faisait passer, l’un après l’autre, les objets précieux et les trésors de sa famille. Or, parmi ces objets, se trouva le Coran d’Othman qu’Abd’er-Rahman légua à la grande mosquée de Cordoue. L’imam faisait, chaque jour, après la prière du matin, une lecture de la parole de Dieu dans ce vénérable exemplaire. Il resta déposé dans cette mosquée jusqu’à la conquête de l’Espagne par Abd’ el-Moumen ben-Ali qui l’emporta à Maroc, capitale de ses états. Il fit enlever la couverture qui était simplement en basane et voulut qu’elle fût remplacée par deux planchettes dans lesquelles on avait incrusté des lames d’or; ces lames étaient ornées de perles fines, de rubis, d’émeraudes les plus précieuses que le sultan avait pu se procurer. Les fils et successeurs de ce prince, marchant sur ses traces, se plurent à enrichir la couverture de nouveaux joyaux, de nouvelles pierreries de grand prix, en sorte qu’à la fin les planchettes se trouvèrent entièrement recouvertes d’ornementation. Pendant les nuits du Ramadhan, ces princes se faisaient apporter le précieux volume et s’en servaient pour faire leurs lectures d’usage. Lorsqu’ils partaient pour une expédition, ils avaient soin de le porter avec eux, afin qu’il attirât sur leur tête les bénédictions du Ciel.

 

 

 

 

 

L’ordre qu’ils observaient dans leur marche était admirable et mérite d’être décrit. La première chose que l’on voyait paraître, c’était une grande bannière blanche fixée à une hampe extrêmement longue que l’on portait devant l’émir. Venait ensuite le vénérable exemplaire du Coran, porté sur le plus beau dromadaire que l’on avait pu trouver, et renfermé dans un coffre de forme carrée qui était recouvert de soie et surmonté d’une palme la plus élégante qui fût. A chacun des coins du coffre était fixée une petite bannière que le moindre vent faisait flotter, et à défaut de vent, le seul mouvement du dromadaire qui marchait. Il était suivi d’un mulet des plus dégagés qui portait une grande caisse recouverte également d’étoffe de soie et renfermant le Mowatta, Al-Bokhary, Moslim, Termedhy, Nissey et Abou-Daoud. Venait enfin le sultan à la tête de l’armée; les troupes marchaient à la suite, à droite, à gauche et par derrière. Or, dans la journée où succomba l’infortuné Saïd, le précieux exemplaire du livre sacré devint la proie du soldat. On enleva les ornements qui le couvraient, ouvrage du temps et des années; ainsi dépouillé, il fut jeté comme objet de rebut. Un homme l’ayant trouvé par hasard, l’apporta à Tlemcen où, sans en connaître la valeur, il l’exposa en vente. Le courtier parcourait le marché en criant: «à dix-sept dirhem le livre, à dix-sept dirhem ! » Un officier qui avait vu auparavant l’ouvrage, l’ayant reconnu, courut chez l’émir Yghomracen. Sur ces entrefaites, quelques-uns prévinrent les ordres du roi et prirent le volume pour le lui porter. Yghomracen commanda qu’on gardât le volume avec le plus grand soin, qu’on veillât à sa conservation et qu’on en payât le prix. En vain le sultan Al-Morladhy qui régna à Maroc après Saïd; en vain Al-Mostanser, roi de Tunis, et Ibn’ el-Ahmar, roi d’Espagne, cherchèrent-ils à voir le volume sacré; en vain multiplièrent-ils leurs efforts pour en faire l’acquisition; ils quittèrent tous cette vie avec le regret de n’avoir pu réaliser leurs vœux. Il est resté, après la mort de ces princes, dans la possession de ceux que Dieu avait choisis pour cela. C’est parce que nos souverains appartiennent à la sainte famille qui a reçu le Coran d’en haut, qu’ils ont mérité l’honneur de se transmettre de père en fils ce précieux héritage. Néanmoins je dois avouer que, de nos jours, on ignore ce que cet exemplaire est devenu. L’on croit communément qu’il a disparu de Tlemcen lors de la domination des Beni Meryn. Au surplus, Dieu seul possède une connaissance parfaite de la vérité.

 

 

 

 

 

Yghomracen était un prince attaché à la religion, vertueux, ami du bien et de ceux qui le pratiquent. C’est lui qui fit construire le minaret de la grande mosquée d’Agadyr, ainsi que celui de la grande mosquée de Tagrart ou Tlemcen-la-Neuve. A cette occasion, on le pria d’ordonner que son nom fût inscrit sur ces deux monuments; il refusa de le faire, en disant: « Il me suffit que Dieu ait connaissance de mon œuvre. » Il réunissait souvent autour de lui les hommes qui se distinguaient par la sainteté de leur vieaimant à les entendre, à conférer avec eux, et il leur faisait aussi de fréquentes visites. Il se transporta dans les montagnes d’Ifrischen, illustrées à cette époque par le séjour du célèbre Waly-Abou’l-Beyan, afin de demander au saint homme sa bénédiction et obtenir qu’il priât pour lui et sa postérité. Il recherchait les hommes de science, il les encourageait partout où il les rencontrait; il les invitait à venir s’établir dans sa capitale, et les y accueillait avec la considération et les égards qui leur étaient dus. L’un des plus savants qui aient fleuri sous son règne, c’est Abou-Isaac Ibrahim, fils d’Iakhlef, fils d’Abd’ es-Salam et-Tenessy. De l’Ifrikiah, de Tlemcen, l’on se rendait à Tenez, sa patrie, pour le consulter sur des cas de jurisprudence. L’émir des fidèles, Yghomracen, lui avait écrit maintes et maintes fois pour l’engager à venir résider à Tlemcen; Abou-Isaac et-Tenessy avait toujours refusé. La révolte des Maghrawah et les troubles qui en furent la suite, le forcèrent à se réfugier momentanément dans les murs de cette capitale. Les jurisconsultes de Tlemcen se réunissaient auprès de lui, et il leur faisait un cours de droit. L’émir des Moslim ayant eu avis de la présence de ce savant à Tlemcen, monta à cheval et se rendit en personne auprès de lui. Il le trouva dans la grande mosquée entouré des jurisconsultes de la ville; s’approchant alors de lui, il lui adressa ces paroles: « Je ne suis venu ici, que pour te témoigner le vif désir que j’éprouve de te voir fixé dans notre capitale pour toujours, afin que tu y répandes la science. Nous prenons sur nous de pourvoir à tous tes besoins. » Le vœu exprimé par la bouche du roi étant celui de tous les jurisconsultes, ceux-ci représentèrent au savant étranger combien Yghomracen était digne d’obtenir la faveur qu’il demandait; ils lui dirent quel bien son séjour définitif produirait à Tlemcen, avec quelle joie il serait accueilli par tout le monde; ils le conjurèrent enfin de se rendre à leur désirs. Abou-Isaac leur répondit: « Si je retourne à Tenez pour ramener ici ma famille, je m’expose à recevoir des reproches et des injures. — Nous ne permettrons point, lui dit l’émir des Moslim, que tu retournes dans ta patrie ; nous y enverrons du monde pour ramener ta famille. » C’est en effet ce qui eut lieu. L’émir des Moslim lui assigna plusieurs fiefs, entre autres celui de Tiranescht, lequel, après l’extinction de sa postérité, fut accordé aux deux fils de l’Imam. Il était revêtu de la plus haute dignité de l’État, et le roi n’avait pas besoin d’un autre conseiller que lui, pour la direction des affaires. Il occupa le même rang et remplit les mêmes fonctions à la cour de l’émir des Moslim, Abou-Saïd, fils et successeur d’ Yghomracen. Ce fut sous le règne de ce prince qu’il mourut. Le sultan Abou Saïd honora de sa présence les obsèques de son ministre. Abou-Isaac fut le phénix de son siècle par son savoir et sa piété. On lui attribue une foule de miracles qu’on peut lire dans Al-Khatyk ben-Marzouk. Son tombeau, qui se voit à Aubbed, est pour cette localité une source de bénédictions.

 

 

 

 

 

Il avait un frère nommé Abou’l-Hassan qui était, comme lui, versé dans la science de la jurisprudence et fidèle observateur des pratiques de la religion. Celui-ci quitta l’orient où il se trouvait, pour venir se fixer à Tlemcen auprès d’Abou-Isaac. Lorsque ce dernier mourut, il hérita de sa place et de ses honneurs.

 

 

 

 

1543327489-mosquee-de-sidi-bel-hassen-tlemcen dans Histoire

Mosquée Sidi Bel-Lahcen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme l’émir des Moslim passait pour un prince ami de la science et protecteur des savants, cette réputation, s’étant répandue en Espagne, attira à sa cour un homme de ce pays, qui était le coryphée des littérateurs, le premier des katib de son siècle, je veux dire Abou-Bekr-Mohammed, fils d’Abd-Allah, fils de Daoud, fils de Khattab. Yghomracen l’accueillit avec honneur et distinction ; puis il le plaça près du tapis de sa puissance, et l’attacha à sa personne en qualité de premier secrétaire d’Etat. Le haut rang qu’Ibn-Khattab a occupé dans la science et particulièrement dans la branche des belles-lettres, est connu de tout le monde. Ibn-Raschid, qui nous a donné la biographie complète de ce grand homme, dit en parlant de lui : « Avec lui s’est perdu l’art de rédiger en prose rimée les dépêches des princes. »

 

 

 

Quant à l’état d’hostilité dans lequel Yghomracen fut avec les Arabes et les Zénêtah, il serait difficile de trouver dans l’histoire quelqu’un qui ait autant guerroyé que ce prince. Cela prouve l’élévation de son âme et la grandeur de son courage. L’auteur du Boghriet-erRowad nous apprend que le roi de Tlemcen fit contre les Arabes seuls soixante-douze expéditions, et presque autant contre les Toujjyn et les Maghrawah.

 

 

 

 

 Il avait fait demander à l’émir Abou-Isaac, fils de l’émir Abou-Zakaria, roi de Tunis, la main de sa fille pour son fils, le prince Abou Saïd. Comme le prince Hafside donna son consentement à ce mariage, l’émir des Moslim, Yghomracen, envoya à Tunis son fils Abou Amer, pour qu’il amenât la jeune princesse et l’accompagnât jusqu’à Tlemcen. Quelque temps après, Yghomracen partit lui-même pour aller au-devant de la jeune fiancée, voulant la recevoir avec tous les honneurs dus à son rang et témoigner ainsi au père combien cette alliance lui était chère. Ce fut à Milianah qu’il rencontra la princesse et sa suite. De là, ayant rebroussé chemin, il revenait à Tlemcen, et était arrivé sur les bords du Rihou, affluent du Chelif, lorsque le terme de sa vie marqué par les destins arriva. Il mourut à la fin du mois de dhou’l-kâadah de l’année 681. Abou-Amer, voulant tenir la mort de son père secrète, le fit porter dans une litière fermée de tous côtés, comme s’il avait été malade, et s’avança à grandes journées vers Tlemcen. Etant arrivé près de l’Isser, où il trouva l’émir Abou-Saïd qui venait à la rencontre du cortège, il fit enfin connaître la perte que le royaume venait de faire. Yghomracen mourut à l’âge de 76 ans, après un règne de 44 ans, 5 mois et 12 jours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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