La Vertu D’une Femme – Conte Turc -

23 12 2018

 

 

 

 

 

La Vertu D'une Femme - Conte Turc - dans Littérature 1541407011-orientalisme14-portaels-maxi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les livres d’histoires véridiques racontent que dans le Turkestan autrefois vivait un pieux homme nommé Saliah, qui avait épousé une douce femme nommée Merhuma. Un jour, il résolut de faire le pèlerinage du Hedjaz pour visiter le tombeau du Prophète et la Kaabah.

 
 
 

 

 

Pour ne pas laisser seule sa chère Merhuma pendant sa longue absence, il la conduisit chez son frère, la recommandant, avec une vraie tendresse de cœur, à sa protection et à ses bons soins. Au moment de son départ, il la lui recommandait encore.

 

 

 

Pour justifier la confiance dont il était honoré, ce frère, nommé Ferradi, se rendait chaque jour dans l’appartement occupé par la jeune femme, s’informant avec une affectueuse sollicitude de ses désirs et de ses besoins. Elle était selon la loi musulmane toujours voilée devant lui, et il ne l’avait jamais vue. Un jour, comme il entrait chez elle à l’improviste, il la vit par hasard dans toute sa beauté et en devint aussitôt amoureux. Le démon s’empara de lui et son coupable amour s’accrut de telle sorte qu’il ne pouvait plus le réprimer.

 

Un jour qu’il se trouvait seul avec son innocente belle-sœur il lui fit l’aveu de sa passion, la conjurant d’avoir pitié de lui, et de céder à ses transports.

 

Merhuma alors, se levant indignée, lui dit:

 

« Misérable, n’as-tu donc aucune crainte de Dieu, et aucun respect pour la loi de Mahomet, l’élu, le maître, la gloire des enfants de la terre? Comment as-tu pu m’adresser ta honteuse demande? Va, retire-toi, et renonce à ton rêve insensé. Jamais je ne me livrerai au péché. Jamais une tache ne sera faite à ma pureté.

 

 S’il en est ainsi, s’écria Ferradi en fureur, si vous ne pouvez pas même me laisser quelque espoir, malheur à vous. Un jour viendra où vous vous repentirez de vos rigueurs, mais il sera trop tard. Vous serez livrée à la risée de ce monde. Vous serez perdue. »

 

Il sortit en proférant ces féroces menaces. La brave femme lui défendit de jamais reparaître devant elle, et dit : « Quoi qu’il arrive, rien ne me détournera de mon devoir et Dieu m’aidera. » Puis elle se retira au fond de son appartement et en ferma la porte.

 

Ferradi, dans sa rage, oubliant tout sentiment d’honneur et de devoir, ne songeait qu’à faire périr la charmante créature dont la beauté l’avait ébloui et dont il n’avait pu subjuguer la vertu.

 

Pour accomplir son horrible projet, il eut recours à quatre hommes dont il connaissait la bassesse. De concert avec eux, il porta devant le tribunal une plainte en adultère contre sa belle-sœur. Les quatre scélérats jurèrent par le Coran qu’ils avaient été eux-mêmes témoins du crime.

 

L’infortunée Merhuma, sans appui, sans défense, fut, selon la loi, condamnée au dernier supplice, conduite en pleine campagne et lapidée.

 

Les bourreaux la laissèrent sur le sol, la croyant morte. Mais le Tout-Puissant lui avait conservé la vie. Le soir, elle se releva dans le sang qui l’inondait, et invoqua le secours du ciel : « O Dieu! dit-elle, toi qui vois tout et sais tout, tu sais que je suis une pécheresse, que j’ai souvent négligé d’accomplir mes devoirs religieux; mais jamais je n’ai commis le crime dont j’ai été accusée. Non. Ma robe d’innocence n’a point été souillée, et il n’y a nulle tache sur le miroir de mon existence. Protège-moi, mon Dieu. Délivre-moi de mes ennemis. »

 

Sa prière fut exaucée.

 

Un bédouin chevauchant à quelque distance entendit ses plaintes, s’approcha et l’interrogea. Elle lui dit toute son histoire, et il se hâta de la tirer du monceau de pierres où elle était à moitié ensevelie. Mais quand il vit sa figure, ce modèle de beauté, cette perle sans pareille, il se sentit aussitôt exalté par une pensée d’amour, et il dit sincèrement:

 

 Voulez-vous que je vous épouse?

 

Y a-t-il, répliqua-t-elle, une religion qui permette à une femme d’avoir deux époux? J’en ai un qui est loin de moi, mais qui reviendra quand il aura fini son pèlerinage à la Mecque. »

 

Le bédouin, qui était un fidèle musulman craignant Dieu, lui dit alors :« Eh bien! venez et n’ayez peur. Je vous emmènerai dans ma maison comme une sœur et quand votre mari reviendra, je vous remettrai entre ses mains. »

 

Ainsi fut fait. L’honnête bédouin emmena la pauvre condamnée et la présenta à sa femme en lui disant de quelle façon il l’avait trouvée. Cette femme aussi eut pitié de Merhuma. Elle lui fit affectueusement une place à son foyer et la traita ainsi que son mari comme une sœur.

 

Par malheur, il y avait dans la demeure du charitable bédouin un esclave pervers qui en voyant Merhuma devint amoureux d’elle et cyniquement lui fit l’aveu de son amour. Il fut repoussé comme il le méritait, et il jura de se venger.

 

Une nuit, il égorgea le fils de son maître, un enfant au berceau, cacha son poignard ensanglanté sous l’oreiller de Merhuma et tacha de sang la robe qu’elle portait chaque jour.

 

Le matin, l’Arabe embrassa avec une douleur frénétique le cadavre de son fils, puis jeta par terre la malheureuse Merhuma et il voulait la tuer. Elle réussit cependant à lui raconter ce qui s’était passé entre elle et l’esclave, et il lui dit : « Je vous crois; et le coupable expiera son crime. Mais pour vous que faire? Ma femme adorait cet enfant. J’ai peur que, malgré votre innocence, elle ne vous prenne en haine. Mieux vaut vous éloigner. »

 

Il lui remit, pour son voyage, quatre cents drachmes, et elle partit.

 

Elle voyagea tout le jour, et, le soir, arriva près d’une ville dont les portes étaient fermées. Elle s’agenouilla au pied des remparts, fit sa prière, puis s’endormit. Le lendemain, en entrant dans la cité, elle vit une quantité de gens réunis autour d’un jeune homme que l’on conduisait à l’échafaud. Elle demanda quel crime il avait commis. On lui répondit que, ne pouvant payer l’impôt, il devait, selon les ordres du roi, être pendu.

 

« Et à combien, dit-elle, se monte cet impôt?

 

A quatre cents drachmes.

 

Les voici. »

 

C’était tout ce qu’elle possédait.

 

Le jeune homme dont elle sauvait la vie par cette générosité, vint se jeter à ses pieds pour la remercier, et en se relevant et en la voyant si belle, il se sentit saisi d’un sentiment d’amour si ardent et si fort, qu’il ne pouvait ni le dissimuler ni le comprimer. De nouveau, il se précipita à ses pieds et la conjura d’avoir pitié de lui.

 

Elle lui reprocha d’un ton sévère son audace, lui dit qu’elle était mariée et que rien ne pourrait la détourner de sa foi conjugale. Il ne se laissa point déconcerter par ces fermes déclarations. Il continua à lui dire qu’il l’aimait, qu’elle devait aussi l’aimer, et voyant que ses soupirs et ses supplications étaient inutiles, il en vint aux menaces.

 

« Malheureux! s’écria-t-elle, est-ce ainsi que vous me remerciez de vous avoir délivré de l’échafaud?

 

Plût au ciel, répliqua-t-il, que vous m’eussiez laissé mourir. Mieux vaut la mort que le tourment d’amour. »

 

Elle se dirigea vers un navire qui allait partir pour une région lointaine. Il la suivit. Quant elle fut sur le pont du bâtiment, il essaya encore de l’attendrir; puis voyant qu’elle restait inflexible, tout à coup il s’écria:

 

« Cette femme est mon esclave; je veux la vendre. »

 

Le capitaine du navire la prit sans marchander pour dix pièces d’or.

 

Il était amoureux d’elle et pensait qu’elle devait, comme une esclave, lui être entièrement soumise. Si pourtant elle l’exigeait, il était décidé à l’épouser. Mais elle lui répondit:

 

« Je ne suis point esclave, et j’ai un mari. Je n’en accepterai pas un autre. »

 

Trompé dans son espoir, emporté par la colère, il voulut, pour l’assujettir à sa volonté, employer la violence.

 

Dans son épouvante, elle cria de telle sorte, que tous les gens de l’équipage accoururent, et tous en la voyant en devinrent amoureux. Tous étaient jaloux du capitaine; jaloux l’un de l’autre. Une lutte terrible s’engagea entre eux pour la conquérir.

 

Merhuma levait les bras au ciel, et disait:

 

« Oh! Dieu, toi qui as noyé l’armée de Pharaon dans les flots de la mer, et sauvé Noé du déluge, tu vois mon péril, tu vois ma douleur. Délivre-moi, Seigneur, afin qu’au jour du jugement dernier j’apparaisse sans tache dans la vallée de Josaphat. »

 

Alors éclata la colère de Dieu. Les vagues tout à coup se soulevèrent, comme si le fond de la mer était tout entier bouleversé. Un éclair flamboyant sillonna les nues, puis la foudre anéantit le sauvage capitaine et ses matelots. Merhuma resta seule en vie. Puis l’ouragan s’apaisa et une douce brise poussa le navire sur la plage d’une royale cité.

 

En descendant à terre, au milieu d’une foule surprise de voir un bâtiment sans capitaine et sans équipage, elle demanda à être conduite près du souverain.

 

A ce prince, qui était juste et bon, elle raconta toute son histoire. Il l’écouta avec une cordiale émotion, avec des larmes dans les yeux, puis il lui dit:

 

« Que puis-je faire pour vous? »

 

Elle lui répondit:

 

« Le navire qui m’a amenée ici renferme une quantité d’or, de pierres précieuses et de riches étoffes. Vous pouvez prendre possession de ces trésors. C’est la Providence qui vous les envoie. Je voudrais que vous eussiez la bonté à en employer une partie à me faire bâtir un cloître, où je me consacrerai au service de Dieu jusqu’à la fin de mes jours. »

 

Sa demande fut pleinement agréée. Les ouvriers aussitôt se mirent à l’œuvre. Le cloître fut institué comme elle le désirait. Elle y entra protégée et honorée par le souverain.

 

Bientôt son nom devint célèbre. On proclamait au loin la vertu de la jeune religieuse, et l’on disait que Dieu exauçait ses prières. De toutes parts, on sollicitait ses conseils ou ses prières. Des malades, des estropiés venaient implorer son secours, et s’en retournaient guéris.

 

Pendant qu’elle se signalait ainsi par sa piété et ses miracles, Saliah revenait de son pèlerinage au tombeau du prophète, et, dès son arrivée, courait chez son frère pour y retrouver sa chère femme.

 

« Hélas! lui dit d’un ton hypocrite le scélérat, ne parlons plus de cette malheureuse. Elle a, par sa honteuse conduite, souillé ton nom, souillé ma demeure. Lorsque son crime a été découvert, le juge l’a, selon la loi, condamnée à mort, et la sentence a été immédiatement exécutée. »

 

Ces paroles affligèrent profondément Saliah, car il avait une tendre affection pour Merhuma. «Mais que faire? se dit-il avec la résignation du musulman. C’était écrit. »

 

Cependant la justice suprême allait se manifester; la justice de Dieu, pour qui rien n’est caché. L’infâme Ferradi fut frappé de cécité. Il eut recours à tous les médecins. Pas un ne put le guérir. Son mal même s’accrut. Il entendit alors parler de cette sainte femme, qui, par ses prières, opérait des prodiges. Il résolut d’aller l’invoquer, et il pria son frère de l’accompagner.

 

Chemin faisant, les deux voyageurs rencontrèrent le généreux bédouin. L’abominable esclave, dont il ignorait encore le crime, était à moitié paralysé et la lèpre lui rongeait le corps. Le bon Arabe voulait le conduire aussi près de la puissante religieuse, et il s’associa aux deux frères pour faire ce pèlerinage.

 

Le jeune homme que Merhuma avait sauvé de l’échafaud était atteint aussi d’une maladie affreuse, pour laquelle les hommes de la science ne trouvaient aucun remède. Comme nos pèlerins passaient par la ville où il demeurait, ses parents les prièrent de vouloir bien l’emmener avec eux et, par charité, ils y consentirent.

 

Dès qu’ils furent arrivés dans la ville où Merhuma avait débarqué, ils se dirigèrent vers le couvent qu’elle habitait. Le premier jour, ils ne purent pénétrer à travers la foule de malades qui encombrait les avenues de l’édifice. Le lendemain, ils revinrent de bonne heure. Merhuma, à travers le voile qui lui couvrait la figure, les reconnut, sans qu’il leur fût possible à eux-mêmes de la reconnaître. Elle remercia la Providence qui lui donnait ainsi le moyen de démasquer l’imposture et de mettre au grand jour la vérité. Puis, se tournant vers les trois infirmes, elle leur dit;

 

« Il a plu à Dieu d’accorder à une humble femme un pouvoir extraordinaire, le pouvoir de guérir les malades, même ceux qui semblent menacés d’une mort imminente. Mais ce n’est pas ici que je veux prier pour vous. C’est dans le palais du sultan. Nous allons nous y rendre. »

 

Elle fit aussitôt demander au prince une audience solennelle.

 

Comme il avait pour elle une haute estime, il convoqua immédiatement les ministres et les principaux personnages de sa capitale, généraux et magistrats et les savants et les ulmas. Tous se rangèrent selon leur titre dans la grande salle du divan.

 

Merhuma s’avança modestement au milieu de cette assemblée. Dès que le sultan la vit venir, il alla à sa rencontre, et la conduisit à une place d’honneur.

 

Elle fit alors comparaître Ferradi et l’esclave du bédouin, et le jeune homme qui l’avait vendue; puis, s’adressant au prince et à ses hauts dignitaires, elle dit:

 

« Voici trois infirmes qui, n’ayant pu être guéris par les médecins, sont venus solliciter mon secours. Si Dieu le permet, je les soulagerai; mais je ne prierai point pour eux avant qu’ils aient confessé le mal qu’ils ont fait, et quels crimes ils expient par leur maladie. »

 

Les trois coupables baissaient la tête et gardaient le silence.

 

« Parlez, leur dit-elle, si vous voulez que je prie pour vous. Je n’exige point votre confession pour le plaisir de dévoiler le secret de vos fautes, mais pour montrer la puissance de Dieu.

 

Parlez donc, ajouta-t-elle, en frappant du pied, sinon n’attendez rien de moi. »

 

Alors Ferradi prit la parole et raconta comment son frère, en partant pour la Mecque, lui avait confié sa bien-aimée femme, et comment, dans le délire de sa passion, il avait outragé, calomnié et fait condamner à mort cette innocente créature.

 

L’esclave et le jeune homme racontèrent de même leur forfait.

 

Tout le divan écouta ces récits avec une profonde émotion. Merhuma se leva et dit:

 

« Cette femme, qui a été si cruellement traitée, et qui, par une grâce providentielle, a échappé à toutes ces scélératesses; cette Merhuma, c’est moi. Par la justice du Tout Puissant, ces malheureux ont été, dès cette vie terrestre, punis de leurs crimes, et ils ont été poussés par une main invisible pour venir ici invoquer mon secours et proclamer mon innocence en face de cette grande assemblée, en face de Siliah, mon légitime époux, qui a voulu charitablement accompagner son frère. Pour que ces trois infirmes soient guéris, il faut que je leur pardonne. Qu’ils invoquent du fond de l’âme, avec un sincère repentir, la miséricorde de Dieu. Le mal qu’ils m’ont fait, je le leur pardonne. »

 

Les trois criminels, profondément affligés et repentants, furent guéris de leur infirmité et rentrèrent dans leur pays, bien résolus à vivre désormais honnêtement.

 

Le prince retint encore plusieurs jours dans son palais Merhuma et son mari, et les combla de témoignages de distinction. Le jour de leur départ, il leur fit encore de riches présents. Puis tous deux retournèrent dans leur maison, et ils eurent une longue et heureuse vie. 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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