La Vendetta des Kabyles

15 12 2018

 

 

 

 

 

La Vendetta des Kabyles dans Coutumes & Traditions 1541236712-15181272-funerailles-visite-dans-la-maison-du-mort-kabylie-algerie-cree-par-arret-apres-duhousset-publie-sur-le-tour-du-m

Funérailles visite dans la maison du mort, Kabylie, Algérie. Créé par arrêt après Duhousset, publié sur Le Tour Du Monde, Paris, 1867

 

 

 

 

 

Quelques auteurs affirment que la nature du sol et du climat sont parmi les causes qui influent le plus sur lesmœurs et les usages des peuples. A ce compte, il faudrait attribuer le caractère farouche des montagnards kabyles au pays difficile, âpre et sauvage qu’ils habitent tout autant qu’aux luttes intestines et continuelles qui de tout temps ont désolé ce pays. Pour les montagnards de la Kabylie, il nous semble que ce sont là les causes dominantes de leur caractère particulier. Interrogez un Kabyle et parlez-lui du passé de sa famille ou de sa tribu et vous l’entendrez toujours vous dire : Il y a du sang entre moi et telles gens. — La vendetta était et est encore souvent considérée comme un devoir ; celui qui ne se soumettait pas à cette coutume ne jouissait d’aucune estime ; on le montrait du doigt et chacun le voyant disait : Un tel est un lâche! Aussi, poussés par le point d’honneur, il était rare qu’un crime restât impuni ; on se faisait justice et, comme cela se fait en Corse, des tribus entières étaient décimées par les vendetta successives de famille à famille.

 

 

Chez certaines tribus telles que les Beni-Toufout, les Beni-Fergan et toutes celles du massif formant le promontoire de Séba-Bous, les choses se passaient ainsi:

 

 

Dès qu’un crime venait d’être commis, les parents du meurtrier se réunissaient et allaient demander pardon à la famille de la victime. On offrait la « dia » — prix du sang—qui s’élevait environ à cent baceta, et on l’acceptait presque toujours.

 

 

La somme était religieusement conservée intacte et déposée dans une corne de bœuf, enfouie ensuite dans un coin de l’habitation jusqu’à ce qu’un membre de la famille eût vengé le parent assassiné. Les cent baceta étaient alors sorties de la cachette et restituées aux proches du premier meurtrier comme nouvelle « dia. »

 

 

Tant que cette restitution n’avait pas eu lieu, on disait dans la tribu: « Telle famille a encore sa corne pleine; elle attend un homme de cœur pour la vider. »

 

 

Chez les Arabes de la province de Constantine, quand un homme avait été assassiné, les membres de sa famille ne se lavaient, ne lavaient leurs vêtements et ne coupaient leur ba​rbe et leurs cheveux que lorsque le meurtre avait été vengé. Les jeunes gens s’entouraient la tête avec une corde enduite de goudron, afin de se rappeler sans cesse qu’ils avaient une vendetta à exercer.

 

 

En principe, il appartenait au fils seul de venger la mort de son père ; à son défaut, c’était au plus proche parent de la victime. Mais il pouvait arriver aussi que le coupable vînt à mourir autrement que par la main de ceux qui avaient à satisfaire à la vendetta. Alors la vengeance devenait transversale ; elle atteignait le frère ou les plus proches parents.

 

 

 

 

 

 

 

Le prix du Sang

 

Les montagnards kabyles orientaux qui n’étaient pas réunis en confédérations comme les Zouaona, avaient organisé par tribu une sorte de tribunal formé des plus sages de l’endroit, qui était nommé djemâa et qui connaissait de tous les crimes et délits commis par les habitants.

Afin de régulariser le plus possible la justice qu’elle rendait, la djemâa avait institué une sorte de charte nommée khanoun réglant les peines et les amendes à infliger à ceux qui sortaient du droit commun.

D’après les souvenirs des anciens Kabyles et quelques unes de ces khanoun qu’on a pu retrouver, il a été possible de reconstituer le fonds de la justice de ces montagnards et s’apercevoir que, presque partout, elle repose sur la compensation pécuniaire du dommage causé, analogue à la coutume bien connue des Germains, nommée wehrgeld (prix de la guerre), ou wergeld (valeur d’argent). Chez les Kabyles, le meurtrier pouvait composer avec les parents de la victime, en leur payant le prix du sang ou dia, plus ou moins élevé, suivant les personnes et suivant la cause du crime.

Voici, d’après la khanoun des Kabyles du Zouara, les compensations adoptées en cas de meurtre:

 

 

  • Pour meurtre avec préméditation, la maison de l’assassin est démolie, on lui égorge 20 bœufs et il doit payer la dia complète, ou sa fille, ou sa sœur à l’un des parents de la victime;

 

  • Le meurtrier pris sur le fait est conduit aux parents du mort qui, cette fois, ont le choix entre le prix du sang ou le sang lui-même;

 

  • Pour un voleur tué dans l’enceinte d’une maison, celui qui l’a tué paie comme dia 20 douros et la djemâa également 20 aux parents du mort;

 

  • Pour un homme tué par le mari au moment où le premier embrasse sa femme, il n’y a aucune punition et les parents ne peuvent réclamer de dia, etc…

 

 

Lorsque le prix du sang et les amendes infligées par la djemâa avaient été payés, le meurtrier ne pouvait plus être inquiété, et s’il s’était enfui de la tribu, il pouvait y revenir en toute sûreté; le dommage causé avait été compensé par la dia, conséquemment on ne pouvait plus lui en vouloir de son crime.

 

 

 

 

 

Ces usages, qui sont généralement ceux de peuples barbares, existent bien ailleurs que chez les Kabyles. Nous avons nommé le icergeld des Germains qui surtout tenait compte de la qualité de la victime pour la fixation de !a composition pécuniaire, et (lui ainsi attribuait 1800 sous d’or pour le meurtre d’un compagnon du roi et ne donnait que 100 sous pour celui d’un esclave. Nous pouvons y ajouter la coutume analogue des habitants de la Tchernagora, des montagnards monténégrins. Dans la charte octroyée vers 1860 par le Vladika Danielo, ou fut obligé d’admettre encore la composition pécuniaire et de se borner à poser des limites pour la vendetta, sous peine de voir la loi sans aucun effet sur ces montagnards belliqueux.

Avant l’Islamisme déjà, la vendetta était dans les mœurs des habitants de la Péninsule arabique. Selon eux, l’âme, en se séparant du corps, s’envolait sous la forme d’un oiseau nommé Hâma ou sada, sorte de chouette qui ne cessait de voltiger autour de la tombe du défunt en poussant des cris plaintifs et en annonçant au mort ce que faisaient ses enfants. S’il arrivait que le défunt fût mort assassiné et que ses enfants ou ses parents un l’eussent pas vengé sur le meurtrier ou ses responsables, l’oiseau hâma ne cessait de répéter: « Escouni! Escouni! donnez-moi à boire! » jusqu’à ce que le sang du meurtrier eût apaisé la soif do l’oiseau funèbre. (Cf. Caussin de Ferceval / Hist. des Arabes.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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