Les zendani
13 07 2018
Les zendani sont les airs populaires qui se trouvent tout à fait au bas du répertoire musical des Arabes. Un musicien qui se respecte ne chante pas le zendani; il le laisse aux femmes, aux travailleurs du port et aux gamins de la rue, et le peuple prend sa revanche en s’adonnant tout entier à la culture de ce genre paria, adaptant à ces courtes mélodies toutes sortes de paroles, des improvisations fugitives et, à défaut de verve inspiratrice, des ah ! et des ya lalla ! (ô maîtresse), qui lui suffisent.
Voici quelques zendani fort répandus (1) :

Le second couplet contient une invocation ya lil! (ô nuit), si populaire dans tout le monde musulman, surtout en Egypte, où les bateliers et les portefaix du Nil improvisent d interminables cantilènes sur ces deux mots.

Ce zendani est en grande faveur auprès des Mauresques d’Alger, qui l’emploient à des paroles très variées et qui s’en servent même comme air à danser.
On aura remarqué ici, comme dans la plupart des kadriat, l’emploi dans les vers des chevilles traditionnelles, sortes d’épiphtegmes très en usage chez les Orientaux et qui sont dans tous les pays une caractéristique des chants populaires ; c’est tantôt ya emmi . ô ma mère, ya moulaï , ô hommes, ya lella, ô maîtresse, tantôt ya lil , ô nuit, ou des mots énigmatiques pour nous et que les chanteurs arabes ne comprennent pas toujours.
Plus célèbre, en tout cas plus populaire est le zendani connu sous le nom des Mouachet, les maquilleuses. C’est celui que l’assistance chante dans les mariages quand les invitées entrent dans la chambre où se tient la nouvelle épousée pour la parer de ses plus beaux atours, car l’époux va, pour la première fois, se trouver seul avec elle.
Les israélites algériens qui n’ont pas encore renoncé à la musique arabe ont
mis sur cet air des couplets assez curieux mêlés de sabir :

où ils célèbrent les beautés de la mariée, tout en saluant les nouvelles mœurs.
« O gens, ô gens, criez bravo pour le nouveau marié et ses amis. Il a cherché la beauté jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée. Sa mère et ses parents sont enchantés. »
Puis viennent les conseils au mari « d’acheter le piano et les meubles pour
que la femme trouve le salon bien garni ».
Il y a le couplet des jeunes filles :
« O jeunes gens, vous êtes sans le sou. Vous vous habillez avec le papier signé au tailleur. Vous allez à la place pour faire cirer vos bottines. Et le meilleur d’entre vous ne sait que se promener dans les rues. »
La description de la cérémonie : « Le fiancé et la fiancée ont réuni leurs mains. Ils sont montés à la mairie (lelmir). Le maire (oulmir) lui a demandé si elle le voulait pour époux. Avec politesse (belpoulitik) elle a répondu : oué, messiou. »
Les Arabes chantent aussi les « Mouachet », et l’assistance décrit au mari, avec force détails pittoresques, les charmes de la femme qu’il vient d’épouser sans l’avoir jamais vue.
(1): Paroles du zendani
I. Je ne connaissais pas ton nom. Je l’ai demandé et on m’a
répondu : Zohri. O nuit î ô nuit ! ô nuit! ô nuit ! Pars et reviens la nuit !
II. (O ma mère !) Bleus comme le ciel sont tes yeux, ô jeune fille
(ô ma mère l) Et le médecin a la prétention de me guérir !
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