La chasse à l’autruche chez les Mkhalifs (Laghouat)

5 07 2018

 

 

 

 

 

 

 

 La chasse à l'autruche chez les Mkhalifs (Laghouat) dans Coutumes & Traditions 1523708197-621562autrucche2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chasse à l’autruche se fait principalement sur l’immense plateau qui se trouve situé entre Laghouat au N., les Beni-Mzab au S., l’oued Zergoum à l’O. et l’oued Atsaar et Dzioua à l’E. Ce plateau est, en hiver, le parcours des Larbaâ et Ouled-Naïl, tribus nomades qui y font pâturer leurs nombreux troupeaux de moutons et de chameaux. 

 

 

Pour le nomade et le chasseur, ce pays a un charme infini. L’horizon n’a pour limite que la  faiblesse de la vue. Dans les ondulations de terrain naissent de nombreuses daïas : les Arabes nomment ainsi de petits bois de bétoums et de cédrats  (pistachiers et jujubiers sauvages). Les premiers sont des arbres d’une très haute taille, comparables aux beaux chênes verts de nos forêts du Nord. Dans ces petits bois, dont on peut compter jusqu’à une centaine dans un tour d’horizon, se trouve une quantité de gazelles, outardes, lièvres, perdrix, gangas et d’autres espèces encore plus chères aux naturalistes qu’aux chasseurs. Le reste du sol est couvert d’arbustes et de plantes, dont les principaux sont : les Saliolas ligneuses, l’Hélianthème, l’Armoise, le Ranthérium, l’Aristide graminée, etc., qui composent les pâturages de nos troupeaux du Sud, et du gibier, et leur donnent cette chair succulente et parfumée si estimée des gourmets. 

 
 
 
Il n’y a cependant point de cours d’eau vive, ni de sources dans ce vaste territoire, les orages accidentels et les rares pluies d’hiver alimentent seuls les réservoirs naturels qui se forment dans les dépressions de terrain, dans les daïas et dans le thalweg des vallées. Ces réservoirs ou mares, appelés r’edirs (traîtres) par les indigènes, en raison de leur peu de durée et les déceptions nombreuses qu’ils ont causées aux gens altérés, ne conservent leurs eaux que pendant une période de quarante jours, dans la saison froide. En été, ils la conservent bien moins longtemps encore, d’où la nécessité pour les nomades, à l’époque de la sécheresse, d’abandonner, bien malgré eux, ces terres de parcours, et de remonter vers le Nord, dans la région des eaux vives. 
 
 
 
Ce plateau devient donc complètement désert depuis le mois de mai jusqu’au mois d’octobre ; c’est à peine s’il est sillonné par les caravanes qui, malgré la saison avancée, se rendent encore du Tell au Mzab et à Touggurt. C’est alors que les autruches chassées des régions méridionales par un soleil ardent, envahissent notre Sahara et viennent chercher l’ombre et les pâturages dans les daïas. 
 
 
La chasse à courre à l’autruche se fait dans la saison la plus chaude de l’année, elle dure environ quarante-cinq jours, du 25 juin au 10 août. C’est la chaleur plus encore que la vitesse des chevaux qui tue  l’autruche, disent les Arabes, et  l’expérience a suffisamment démontré cette vérité. 

 

 
Tous les Arabes ne chassent pas l’autruche ; ce noble exercice est, connue la chasse au faucon, le privilège de quelques tribus seulement. Ces Arabes de proie sont merveilleusement organisés pour cette existence pleine d’émotions, de  mouvement et surtout de privations; secs, nerveux, l’œil perçant, le jarret infatigable, possédant la faculté de supporter la soif et la faim jusqu’à leurs dernières limites, ainsi les a fait le désert ! 

 

Les Mekhalif-el-Djeureub sont les plus renommés parmi les forbans du Sahara pour leurs anciennes prouesses. 
 L’outillage nécessaire pour rester trois semaines ou un mois dans ce pays de la soif, comme le nomment les Mekhalifs. Le chameau en est avant tout l’auxiliaire indispensable. Sans cet excellent animal, qui possède la faculté de rester, en été, quatre à cinq jours sans boire, on ne saurait vivre dans le désert. Il faut donc, selon le nombre de jours que l’on prévoit pouvoir passer sans trouver d’eau, se procurer deux, trois, quatre chameaux par chasseur. On les charge au départ de tonneaux pleins d’eau, d’orge et de quelques vivres; il faut se munir, en outre, de fers, de clous, pour entretenir en bon état la ferrure des chevaux ; de beaucoup de sel, pour saler les dépouilles des autruches forcées. 
 
 
 
 
 
On n’emporte pas de tentes ; le feuillage de betoums est un abri bien préférable à tout autre dans celte saison. Chaque chasseur prend, avec son fusil, une quantité de poudre, de balles et de plomb, suffisante pour assurer sa subsistance pendant le temps de la chasse. 
 
 
 
 
 
Avant le départ, on fait toujours explorer le pays par deux ou trois éclaireurs montés sur des meharis (chameaux de course qui possèdent, avec les mêmes qualités que les autres, celle de pouvoir faire vingt ou trente lieues par jour), afin d’être bien renseigné sur la région où se trouvent le plus d’autruches, et pour découvrir quelques r’dirs qui auraient conservé de l’eau. Cette dernière découverte est surtout importante, parce qu’elle permet aux chasseurs de renouveler la provision d’eau sans parcourir de grandes distances, et parce que l’on est sûr de trouver, dans le voisinage, des autruches qui ont pris l’habitude de venir s’y désaltérer. 
 
 
 
 
 
Les chevaux destinés à courre l’autruche doivent être entraînés de huit à quinze jours avant la chasse. La méthode des Mekhalifs consiste à priver le cheval de fourrage, à lui diminuer la ration d’orge, et à lui faire faire progressivement, en plein midi, des courses de deux à quatre lieues. Ils ressemblent alors à des coursiers fantastiques, tant ils sont maigres par suite de l’entraînement. 
 
 
 
 
 
Rien de plus pittoresque que l’installation d’un bivouac dans une daïa ; les  chasseurs se dispersent par groupes de trois ou quatre, sous les plus beaux bétoums, à l’ombrage touffu ; on décharge les chameaux, qui se mettent à paître les herbes et les arbustes au milieu du camp ; on attache les chevaux, on visite et on assujettit leur ferrure au besoin; on allume des feux; on prépare le repas; on fait son lit. Cette besogne, pour les Mekhalifs, est des plus simples ; le sol des daïas est leur duvet ordinaire. 

 
 
 
 
 
 
Il est d’usage, dans les réunions des chasseurs d’autruches, de tenir un conseil, le soir, sur les opérations du lendemain. On y décide des points où il faut envoyer les rabatteurs, qui doivent ensuite lancer les autruches vers l’endroit où vont se poster les coureurs. 
 
 
 
 
 
Il y a deux manières de forcer l’autruche, selon que l’on court le bedou ou le gaad. Le bedou, de beda (a commencé), indique que le chasseur force l’autruche sans relais et la prend avec le même cheval, qui court ainsi depuis le commencement jusqu’à la fin. C’est la chasse la plus difficile, celle qui demande le plus de science et les meilleurs chevaux ; elle ne se fait guère qu’isolément. 
 
 
 
 
 
Quand les chasseurs sont en nombre, on chasse toujours au gaad (poste,  embuscade). Cette chasse, comme son nom l’indique, consiste à placer les coureurs à un endroit convenu, près d’un tertre ou d’un arbre culminant, d’où l’on voit venir de loin les autruches, que deux rabatteurs sont allés lancer. 
 
 
 
 
 
Il y a aussi une troisième chasse à l’autruche ; elle se fait en tout temps par des piétons, qui vont s’embusquer dans les endroits où viennent paître les autruches. C’est un genre d’affût qui demande la plus grande patience ; quelquefois les chasseurs attendent les autruches pendant quinze jours. On affûte encore l’autruche au moment de la ponte, en se postant près du nid. 
 
 
 
 
 
 
Ce qui rend le gaad possible, c’est que les autruches suivent presque toujours la direction dans laquelle elles sont lancées, avec une tendance néanmoins à incliner vers l’Ouest. Les rabatteurs, qui connaissent la situation de l’embuscade, se basent sur sa direction pour le lancer ; mais cette opération n’en est pas moins fort difficile et très fatigante, parce qu’il faut d’abord explorer le pays dans un tiers ou un demi-tour d’horizon, à quatre ou cinq lieues du gaad, pour trouver les autruches, et qu’ensuite, après les avoir lancées dans la bonne direction, il faut les maintenir en manœuvrant en conséquence, tout en courant le plus vite possible, pour fatiguer à moitié les autruches avant leur arrivée au gaad. 
 
 
 
 
 
On ne choisit donc que des chasseurs émérites pour rabattre sur le gaad ; aussi est-il d’usage chez les Mekhalifs, dans leurs kanouns (canons, règles) sur la chasse, que la moitié des autruches tuées par le gaad appartiennent aux rabatteurs. 
 
 
 
 
 
Les rabatteurs ne lancent jamais les autruches avant l’heure où ils savent que le gaad est à son poste : ils reconnaissent cette heure lorsque le soleil atteint le zénith ; quand l’ombre est à peu près d’aplomb, ils la mesurent avec leur baguette de cédrat en la tenant verticale : c’est l’heure de midi. 
 
 
 
 
 
L’autruche, lorsqu’elle est en troupe, fascine tellement le chasseur, qu’aucune autre idée que celle de courir après et de l’atteindre quand môme, ne saurait entrer dans la cervelle du chasseur ; toute préoccupation pour sa conservation personnelle ou celle de son cheval disparaît; la possibilité de s’égarer, chose assurément fort grave, ne le touche point, il n’a plus qu’un unique but : El Nâam idjebed el Kalb ou elaïn ! disent les Mekhalifs. L’autruche tire le cœur et l’œil ! sous l’empire de cette puissante attraction, on chasse avec frénésie ! 
 
 
 
 
 
Tant que les autruches courent réunies, les chasseurs ne forment qu’un groupe; mais lorsqu’elles sentent qu’elles seront bientôt forcées, un suprême instinct les porte à se disperser, afin d’augmenter leurs chances de salut; c’est alors que chaque chasseur choisit la sienne. Ordinairement on suit pour cela l’ordre dans lequel on est placé, c’est-à-dire que les autruches qui se détachent à droite sont suivies par ceux qui sont à droite, celles qui sont à gauche par ceux qui sont à gauche, et toujours ainsi en se fractionnant individuellement. On les vise, autant que possible, à la tête, et lorsqu’elles sont abattues, on les saigne, suivant la coutume, car on sait que les musulmans ne mangent la chair des animaux que lorsqu’ils les ont préalablement saignés, en prononçant la formule : « Au nom de Dieu, Dieu seul est grand ! » 
 
 
 
 
 
Après la chasse, les chevaux sont l’objet de tous les soins ; on les fait boire, on leur laisse brouter l’herbe de la daïa, et peu après on leur donne l’orge. 
 
 
 
 
 
Quant à l’autruche, les Mekhalifs conservent assez longtemps sa chair, qui a la plus grande analogie avec celle du bœuf, et sa graisse qui, suivant eux, est un spécifique pour tous les maux. La chair qui n’est pas immédiatement mangée, est découpée en lanières et séchée au soleil : traitée ainsi, elle se conserve des mois entiers. Tout sert, tout est bon dans l’autruche ; les plumes se vendent, la chair se mange, la peau des cuisses et du cou sert à conserver la graisse, la plante des pieds sert à faire des semelles de brodequins pour les piétons, les nerfs plus ou moins dédoublés donnent un cordonnet très fort, propre à coudre le cuir. Aussi les Mekhalifs ont-ils l’habitude de dire, quand ils font une affaire avantageuse : Kif il Nâam chem ou riche. « C’est comme l’autruche, plumes et graisse. » 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

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