La Terre dans l’Esprit traditionnel Kabyle

1 07 2018

 

 

 

 

 

On oublie de nos jours que la vie de la planète sur laquelle nous vivons est associée et doit son nom à la terre. Dans l’esprit et les comportements des anciens Kabyles, la vie humaine avec l’ensemble de la nature est intimement liée à la terre. Cela n’est pas seulement une conception théorique mais une réalité vécue. 

 

 

 

La terre est véritablement considérée comme un être vivant dont l’évolution suit le même cycle que celui de la vie humaine. Elle représente le ventre du monde où vient et naît la vie, semblable à la femme. A ce sujet, plusieurs énigmes en sont le thème, comme par exemple celle-ci : j’ai semé des graines derrière la montagne, je ne sais pas si ce sera un blé ou de l’orge. La solution de l’énigme est l’enfant dans le ventre de sa mère. La croyance que la terre a engendré les humains se retrouve dans le mythe de la création kabyle, ‘les premiers parents du monde’, qui indique que la vie humaine prend source dans les profondeurs de la vie souterraine. 

 

 

 

la terre au même titre que la femme est créatrice. Ainsi, quand on la décrit pleine de graines au printemps, on utilise les mêmes mots que ceux qui désignent une femme enceinte. Dans l’esprit traditionnel, le fait que la terre soit considérée comme la mère de la vie sur la planète est justifié par les termes que l’on emploie quand on parle d’elle, mais aussi par les précautions et l’attention qu’on lui réserve. A la période de la germination, elle est sensible et les interdits qui l’entourent sont les mêmes que ceux auxquels est soumise la femme fécondée.

 

 

 

En Kabylie, la terre est sacrée parce qu’elle est animée de vie invisible. Cet esprit qui unit l’humain à la terre pure se reflète dans une multitude de comportements. Il transparaît dans l’interdit encore respecté de nos jours qui est illustré par l’expression ‘’ne pas frapper la terre de crainte de lui faire mal’. Cela peut être interprété comme une façon bien naïve de la considérer comme un être vivant. 

Mais les Kabyles ne se sentent pas différents ou de meilleure nature que la terre, car ils savent qu’elle est le support de la vie de la planète et donc de la leur. Ils dépendent d’elle puisqu’elle permet la vie du cycle végétal puis animal et humain. Brutaliser la terre revient dans leur esprit à se brutaliser eux-mêmes parce qu’en faisant partie du même cycle de vie, l’énergie ainsi dispersée a en retour une influence sur les énergies des plantes, des animaux et donc des personnes. Tout cela explique le respect pour ses énergies de vie et en même temps la responsabilité des Kabyles envers elle. Le pouvoir vital attribué à la terre permet de comprendre également le rôle et l’importance de la magicienne et de ses pratiques autour de la maison traditionnelle. Ainsi, à chaque fois que l’on interviendra dans son cycle de vie afin d’y implanter un édifice quelconque ou de la semer, elle sera entourée de gestes rituels. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Laboureur Kabyle 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie de la terre étant de nature sacrée, elle ne peut être appropriée par quiconque sous contrat de droit écrit mais sous contrat d’appartenance. Cela veut dire qu’elle ne revient qu’à ceux qui y vivent et qui doivent se nourrir d’elle. En dehors des jardins accolés aux maisons, les terres fertiles autour du village demeurent en Kabylie la propriété collective du groupe familial élargi à celui de tous les habitants. Malheureusement, depuis le début du siècle, la notion de propriété individuelle s’implante de plus en plus dans l’esprit kabyle. 

Dans la société traditionnelle, celle-ci obéissait à des lois complexes à travers des rites de partage qui respectaient le besoin vital réel de tous les membres de la collectivité que représentait la grande famille du village.Cela explique que le partage des terres à cultiver était renouvelé chaque année à l’ouverture des labours d’automne, après le rite du premier sillon autour d’un sacrifice sanglant. 

 

 

 

 

Grâce au rituel agraire, le droit de propriété des champs était réservé à ceux qui les cultivaient. Mais, il devait être soudé par un contrat d’alliance avec la terre elle-même, car on la croit habitée par un génie gardien qui est son propriétaire invisible. Il fallait donc en obtenir l’accord et les rites des labours apparaissent alors comme un contrat d’association avec les forces invisibles :‘’la culture des céréales rend nécessaire, pour un temps, la prise de possession du sol, l’homme doit donc obtenir la protection des génies gardiens et des morts qui y résident en partageant un sacrifice d’alliance’’.  

 

 

S’il y avait pourtant trop de manifestations anormales, il faudrait abandonner la terre à cultiver, car cela implique dans l’esprit traditionnel que les gardiens invisibles sont réticents et ne sont pas prêts à s’allier aux humains. La terre n’appartient pas aux humains mais à des entités invisibles qui protègent les endroits, les objets et les territoires sacrés. Ces esprits sont toujours vigilants et veillent encore de nos jours à ce que la terre ne soit pas volée ou violée. A ce sujet, il existe plusieurs anecdotes qui attestent leur présence et prouvent qu’ils sont encore respectés. Dans le même esprit, les catastrophes naturelles, les tremblements de terre par exemple, sont toujours associées aux entités invisibles qui sont les habitants originels.Leur agitation est liée aux comportements et aux énergies invisibles des personnes humaines qui les auraient troublées. Il existe une polarité entre la terre et les humains, mais ce sont les femmes, en Kabylie traditionnelle, qui sauront par leur savoir les adoucir et les concilier. 

 

 

La polarité magique de la femme de par son identité avec la terre conditionne les rites et les précautions qui accompagnent la culture de la terre. Il était interdit à une femme enceinte de faire de la poterie, car cela revenait pour elle, dans une même idée, à transformer la création qu’elle portait dans son ventre maternel. Jean Servier qui a étudié les rites autour de la culture des champs a montré la correspondance qui existe entre l’accouplement humain et les labours. Ce rapport se confirme par le rite qui consistait à placer sous le lit conjugal les graines qui vont être semées. 

 

 

 

 

 

Les rites autour des labours, semblables au mariage humain, identifient le début du cycle de vie des céréales à celui de la naissance humaine. Dans le même esprit, la mort des céréales correspond à celle de l’humain. Cela explique pourquoi les moissons sont entourées des mêmes chants et rites funéraires. Après les moissons, la terre profitera des mêmes soins que l’on apporte à un défunt. Les femmes accomplissaient les mêmes visites obligatoires, c’est-à-dire qu’elles se rendaient sur les champs au bout de trois jours, puis au bout de quarante jours. L’analyse des rites agraires montre comment le cycle de la mort et de la naissance humaine se retrouve en correspondance avec le cycle du grain, respectivement à la moisson et aux semailles. Cependant, le mérite revient à J. Servier d’avoir mis en évidence comment la notion de la mort est conçue : ‘’Comme l’indispensable préliminaire de tout cycle d’existence’’. Nous retrouvons d’après cela, les mêmes rites funéraires à la période des labours qui précèdent les semailles. On apporte à la terre que l’on va labourer ou que l’on va moissonner les mêmes offrandes que l’on fait aux morts et que l’on distribue aux passants. Ces rites funèbres indiquent le passage à une nouvelle phase d’un cycle de création. Cela explique pourquoi la période des moissons est appelée Anebdu, c’est-à-dire le commencement.

 

 

 

 

 

La naissance liée à la mort représente le principe spirituel de tous les rites autour de la terre et les conditionne en même temps. Les rites de deuil mettent en évidence le fait que les Kabyles se sentaient de même nature que la terre et que leur organisme fonctionnait suivant les mêmes principes. D’une façon équivalente, si la récolte était mauvaise, cela correspondait aussi à un mauvais augure pour les humains. Cette conception d’ordre religieux imposait aux êtres humains de s’associer à la fin comme au début du cycle de fécondation de la terre en portant le deuil. L’idée qui unit le cycle de la terre à celui de la vie humaine permet alors de mieux comprendre l’interdit qui concerne particulièrement les cheveux de la femme. A la période des premiers labours, les femmes ne doivent pas les nouer, car cela risquait de ‘nouer’ le cycle de végétation et par là d’arrêter la croissance des plantes. 

 

 

Dans l’esprit des anciens, la fécondité de la terre est liée à la pousse du système pileux humain : ‘’ Si le laboureur ne peut se raser ou s’épiler pendant les premiers jours de la saison des labours, si la maîtresse de maison ne peut aller aux champs que les cheveux dénoués, répandus sur ses épaules, c’est bien en vertu de ce même principe qui, dans les interdits de deuil, assimile la mise en terre de l’homme à des semailles pleine de promesses.’’ 

Le principe unitaire de la mort et de la renaissance est mis en évidence grâce aux rites funéraires et de fécondité qui cohabitent suivant la dimension humaine dans le cycle du grain. On comprend alors l’attitude sacrée qui entoure le travail de la terre.

 

Dans l’esprit kabyle, tout ce qui vient de la terre mais aussi tout ce qui meurt doit lui être retourné. Les rites d’enterrement, comme par exemple, celui de la dernière gerbe à la fin des moissons, terminent en le complétant tout cycle de vie terrestre. Suivant le même principe, le placenta, qui ne peut plus nourrir l’enfant qui vient de naître, doit être soigneusement enterré. Cela permet également d’expliquer l’angoisse de tout Kabyle à l’étranger qui souhaite à sa mort retourner à la terre qui l’a fait naître. Encore de nos jours, des collectes sont organisées en France afin de faciliter le transport d’un défunt vers le cimetière de ses ancêtres. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Moissonneurs kabyles 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La terre n’est pas seulement le sanctuaire des corps défunts, mais celui de leurs âmes. Le monde des morts ne se trouve pas dans le ciel, mais bien dans le monde souterrain de la terre. On comprend alors les interdits qui concernent particulièrement le travail de la potière kabyle. Celle-ci n’hésitera pas, si une mort survenait dans sa maison, à détruire toutes ses poteries qui n’ont pas été terminées, c’est-à-dire brûlées. Le feu aurait empêché l’âme du défunt de se déposer par erreur sur la terre encore fraîche des objets façonnés. Le fait que la terre non brûlée soit vivante et qu’elle attire l’âme des morts conditionne tous les interdits et explique notamment celui qui pèse sur les forgerons. Ceux-ci, en Kabylie, ne peuvent pas cultiver la terre, car ils risqueraient de la brûler et donc de mettre fin à sa fécondité. Dans la même pensée, les forces invisibles d’un mort doivent être retournées à la terre afin de féconder son monde souterrain. C’est pour cela que les Kabyles redoutent la mort par le feu et refuse l’incinération. 

 

 

 

Les énergies des morts occupent la terre autant que les vivants. Les âmes de nos ancêtres sont toujours présentes et accompagnent les gestes de notre vie quotidienne. Elles nous aident dans notre existence terrestre et nous leur faisons appel dans nos difficultés et dans notre tristesse. ‘’….les morts et les vivants sont tellement mêlés dans la vie quotidienne, associés aux mêmes gestes et aux mêmes rites qu’il est difficile de dire si les morts sont encore liés à leurs clans terrestres ou si les vivants participent encire ou déjà au plan des choses de l’Invisible.’

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Kabylie, nous saluons les morts auxquels nous rendons visite et, debout sur leurs tombes, nous leur parlons. Nous leur apportons la nourriture qu’ils aimaient, jadis de leur vivant, sous forme d’offrandes distribuées aux passants. La terre sacrée, parce qu’elle est habitée par les invisibles, possède des pouvoirs magiques de fécondité et particulièrement celle de la tombe d’un mort qui intervient dans les pratiques de magie voire de sorcellerie. Dans la pensée traditionnelle, les morts sont liés au monde des vivants d’une façon invisible mais aussi visible. Le cimetière se construisait à proximité du village autour de l’ancêtre le plus éloigné. La distribution au sol des tombes se superposait à celle des maisons que les défunts occupaient de leur vivant dans le village. Les rites kabyles attestent la présence et le pouvoir des forces invisibles issues de la terre et solidifient à la fois le contrat d’unité qui les relie sur le plan terrestre aux humains. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cimetière – Kabylie 

 

 

 

 

 

 

L’analyse des rites aratoires met en évidence le fait que dans la fin d’un cycle de vie s’opère le passage à un cycle de renouveau. Le rituel magique qui les accompagne démontre que c’est à partir du principe de la mort que renaît la vie et que le rite se situe toujours à ce passage. De cette façon, la mort des champs correspond au début du cycle des céréales. Celles-ci vont être stockées dans les maisons. Puis dans un circuit cette fois-ci uniquement féminin, elles seront transformées afin de nourrir le groupe humain. 

 

 

 

 

Dans la société traditionnelle, l’alimentation était entièrement assurée par les entrailles de la terre. Réceptacle de tout ce qui vit sur la planète, la terre servira d’une façon similaire à contenir la nourriture humaine. Tous les récipients, qui recueillent les produits de sa culture avec ceux servant à transporter l’eau et à cuire les aliments, seront façonnés à partir de la terre pure. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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