Le Développement de l’Archéologie Islamique

30 05 2018

 

 

 

 

 

Les terres riveraines de la Méditerranée orientale comme les régions de Mésopotamie ou de Perse illustrent bien, avec la naissance de l’archéologie islamique, ses apports et ses lacunes. Un travail considérable a été accompli, souvent par un personnel très hétéroclite : fonctionnaires ou militaires, praticiens de la langue comme islamologues d’autres spécialités se sont parfois consacrés à l’étude des monuments et des sites ; certains omirent seulement d’apprendre l’archéologie. On s’étonne de même que seules les séries monumentales antérieures au XIIe siècle aient surtout été retenues. Il faut regretter aussi que les vestiges les plus humbles, ceux de la vie quotidienne, n’aient guère été abordés. Mais dans l’ensemble l’effort surtout consacré à l’âge des Omeyyades syriens et des Abbassides mésopotamiens nous révèle, avec des progrès constants de la discipline, une claire vision de ce que le document archéologique peut apporter à la connaissance de l’Islam naissant. 

 

 

 

L’archéologie, élaborée pour des périodes plus anciennes, dut s’adapter à ce nouvel objet d’étude où la faille paraît dès l’abord trop rare. Il est vrai que bien des monuments ont conservé leur fonction originelle ; un lieu de pèlerinage comme la Coupole du Rocher de Jérusalem, très restaurée sans doute, ou encore la Grande Mosquée de Damas, en partie refaite après l’incendie de 1893, présentent toutefois en élévation des architectures et des décors parfaitement utilisables. La première évolution de la discipline fut donc un changement de mentalité : il fallut substituer aux idées reçues celles que dictaient l’analyse méthodique du document archéologique considéré à la fois dans sa totalité et dans son histoire. On voit ainsi qu’à un projet d’étude exhaustive et surtout monographique de séries privilégiées, conçu selon les modes scientifiques du XIXe siècle, s’est peu à peu substituée une étude plus modeste, moins sûre d’elle-même mais plus soucieuse de la réalité originale du monde islamique qu’elle tente de pénétrer.  

 

 

 

 

Le cas des célèbres « château omeyyade » est, à ce propos, tout à fait éclairant. Un vaste travail de repérage avait identifié de nombreuses enceintes fortifiées. A quoi servaient jadis ces ruines de situations et de tailles très diverses ? Elles devinrent, selon une ingénieuse théorie, des « châteaux du désert ». leur position ne permettait pas d’y reconnaître des architectures défensives ; on fit donc de leurs bâtisses, ménagées le plus souvent entre une cour à portique et l’enceinte, des refuges que justifiaient les goût supposés de princes arabes nomades, incapables de vivre dans les villes syriennes sans de périodiques retours à la vie du désert ; les califes omeyyades avaient adopté cette « mode ». 

 

Mais on s’aperçut ensuite que ces « villégiatures bédouines » étaient parfois accompagnées de barrage et de réseaux hydrauliques, voire d’enclos enserrant des zones jadis irriguées et cultivées et même de traces de villages sans doute destinés à des cultivateurs. C’était le cas au Qasr al-Hayr l’Oriental où Sauvaget avait bien vu qu’il ne s’agissait pas d’un décor pour mode champêtre mais d’un document d’histoire rurale. Les fouilles d’Oleg Grabar ont permis d’identifier comme un caravansérail et une ville les deux édifices majeurs de ce complexe agricole. Ces exploitations attestent qu’une mise en valeur des terres du califat avaient été entreprise très tôt. On sent bien ici le bénéfice des progrès de la discipline.  

 

 

 

 

 

 

 

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Qasr al-Hayr al-Sharqi (château de l’enclos oriental), Syrie. Château de l’enclos oriental situé en Syrie  à une centaine de kilomètre au nord-est de Palmyre, fut connu, dès le XVIIe – XVIIIe siècle, par les voyageurs qui empruntaient la route d’Alep à Bagdad. Oublié au début du XIXe siècle et redécouvert en 1923, il a pu être fouillé et publié par l’équipe qu’a dirigée Oleg Grabar. La « grande enceinte » en forme de quadrilatère irrégulier de près de 170 mètres de côté, se situe vers le nord d’un enclos bordé d’un mur d’environ 15 kilomètres où se reconnaissent les traces d’installations hydrauliques et agricoles. Une autre enceinte, de taille plus réduite, que l’ont tend à identifier à un caravansérail et une zone de constructions plus modestes avoisinent vers l’est et le nord-nord-est le complexe majeur. 

Au cœur de cette « cité du désert », il regroupait autour d’une vaste cour centrale (1), munie d’une citerne (2) et bordée d’un portique, une série d’ensembles architecturaux de plan barlong (6). Une mosquée de type omeyyade (3) identifiable dans l’angle sud-est était flanquée au nord d’un bain et vers l’ouest d’une partie officielle: près de l’entrée sud, un ensemble de réception et d’administration (4) et la résidence du responsable de cette ville (5) auraient aussi été prévus. Les autres angles de l’enceinte étaient occupés par des espaces découverts liés aux demeures disposées de part et d’autre du passage qui, au milieu de chaque côté, conduisait de la porte à la cour.  Ces maisons présentent, elles aussi, une cour à portique desservant les diverses pièces d’habitation et de service ; on remarquera en particulier la présence de groupements de pièces, les bayts ou appartements (en grisé clair), conçus selon un schéma caractéristique de l’époque omeyyade. Nous avons là à coup sûr une architecture de qualité que l’on ne saurait pourtant isoler des bâtisses utilitaires ou des vestiges plus humbles dont on a dit la présence. Ainsi les célèbres « châteaux omeyyades », que l’on avait pris jadis pour des lieux de retraite princiers en terre désertique, apparaissent-ils aujourd’hui liés à la vie économique de la Syrie médiévale : ils sont les témoins de la mise en valeur et de l’exploitation aux VIIe et VIIIe siècles des terres du premier empire islamique. 

 

 

 

 

 

 

L’apport de cette archéologie des premiers moments de l’empire est d’ailleurs considérable. Ainsi, on avait cru, à découvrir les ruelles tortueuses des villes islamiques du début du siècle, qu’il s’agissait là d’un des caractères permanents de ces cités : or la mad na de ‘Anjar fouillée au Liban par l’émir Chehab démontre qu’on était fidèle à un schéma hellénistique aux îlots rectangulaires situés dans une enceinte barlongue, parcourue d’axes orthogonaux semblables à un decumanus et à un cardo : cet exemple après celui de Laodicée impose donc de réviser quelques idées reçues. Surtout, villes châteaux avaient ainsi mis en évidence la parenté entre les œuvres islamiques et l’architecture héritée par les Omeyyades de leurs prédécesseurs byzantins. Le bain Khirbat al-Mafjar publié par R. W. Hamilton, le plan de la Coupole du Rocher ou les décors de la Grande Mosquée de Damas confirment la fidélité des Omeyyades aux leçons de l’architecture locale. Nulle copie servile n’appaît mais l’archéologie a démontré par des documents irréfutables qu’une fructueuse pérennité des formes locales s’était très vite imposée en terre islamique. 

 

 

 

 

Une autre continuité fut de même rendue évidente par les travaux effectués sur les terres d’Irak. Dès 750, le siège du pouvoir, devenu celui des califes abbassides, fut transféré en Mésopotamie. Pouvait-on rester fidèle à l’architecture de pierre syrienne tandis qu’on bâtissait aux rives du Tigre ou de l’Euphrate ? A défaut de Bagdad, trop détruite, les villes palatines de Samarra, connues en particulier par les travaux de Herzfeld, nous montrent que se sont alors imposés à l’Islam de tout autres partis.

Sur plus de trente kilomètres, la rive du Tigre est bordée de bâtisses immenses : de longs murs de briques crues ou parfois cuites, allégés de défoncements ou décorés de stucs ont commencé d’être explorés. La photographie aérienne permet seule de donner une juste vision d’un site qui semble échapper aux possibilités de l’archéologue. Des luxueux palais dictés par le cérémonial abbasside aux réalisations plus techniques des canaux et aux formes de détail, c’est l’architecture de l’Asie qui vient ici s’imposer. L’évocation de ces découvertes d’un particulier retentissement le rappelle, cette première archéologie situe les œuvres et le cadre de vie du centre de l’Islam à la confluence de courants asiatiques et méditerranéens recueillis et adaptés pas les conquérants arabes et leur personnel de cour. La fidélité aux traditions locales, perçue dès l’abord, permet-elle de penser qu’une même archéologie peut traiter, avec de semblables références et des méthodes identiques, de l’ensemble de l’empire ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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