Consentement à la Guerre (1914 – 1918)

14 05 2018

 

 

 

 

 

 

Ce concept semble tout à fait étranger à la société actuelle qui, marquée par plusieurs décennies de paix et de pacifisme dominants, pense que les contemporains de 1914 n’ont pu que réagir à sa manière.  Rappelons une chose toute simple : lorsque les Français ou les Allemands partent à la guerre, ils ignorent par définition l’ampleur des pertes à venir. On ne reconstitue pas le passé en fonction de ce que l’on en sait aujourd’hui. C’est là tout ce qui oppose la mémoire et l’histoire. 

 

 

 

Parmi les signes de ce consentement à la guerre, il s’en trouve un particulièrement parlant. Les autorités militaires françaises s’attendaient à un taux de désertion important au moment de la mobilisation. La propagande socialiste et pacifiste semblait s’organiser et prendre de l’ampleur. L’état-major misait sur un taux de désertion de l’ordre de 13% des mobilisés, ce qui aurait constitué un refus très massif et assumé de la guerre, sachant les risques encourus par les déserteurs. Au lieu de cela, c’est un taux de désertion réel d’un peu plus de 1.5% que connaissent les armées françaises. Preuve que le patriotisme défensif était alors très présent dans les esprits.  

 

 

 

Autre symbole fort de consentement à la guerre : le taux de désertion est aussi particulièrement bas dans les armées multinationales (Autriche-Hongrie, Russie). Les minorités ethniques ne saisissent pas l’occasion de la guerre pour manifester leur désaveu d’in régime honni.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dans le camp militaire de La Courtine, un commandant de l’armée russe tente de raisonner les soldats mutins.

 

 

 

 

 

Cependant, il existe actuellement, dans l’historiographie française de la Grande Guerre, deux tendances opposées qui ne voient pas le consentement à la guerre du même œil. Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker et les chercheurs associés au Centre de l’Historial de Péronne voient dans ce consentement, aussi bien de la part des civils que des combattants, une des clefs de lecture essentielles de la culture de guerre. En revanche, pour Frédéric Rousseau (Centre d’histoire de Montpellier), les soldats ont été constamment contraints de mener cette guerre, menacés par leurs supérieurs. Point de patriotisme défensif dans cette seconde vision, mais la crainte de la répression comme moteur des comportements militaires, et ce que Frédéric Rousseau nomme la « culture du troupeau ».  

 

 

 

Sans nier la dimension de contrainte, prévue d’ailleurs par tous les règlements militaires de l’époque, il convient de la relativiser et surtout de la comprendre comme la comprenaient les soldats de 1914 – 1918. Sur l’ensemble du front français, 6 000 gendarmes ne sauraient constituer une contrainte suffisante à plusieurs millions de soldats mobilisés. Le rôle des sergents ‘serre-file’ (dont il est dit explicitement dans les règles militaires de l’époque qu’ils doivent tirer sur tout soldat refusant de monter à l’assaut) ne constitue pas forcement une contrainte essentielle. Les sergents vivent au contact de leurs hommes et n’ont que peu d’intérêt à se désolidariser d’eux, sinon d’être victimes d’une ‘balle perdue’ ! Bien entendu, pour reprendre l’expression de Nicolas Offenstadt,« de nombreux témoignages attestent cependant de l’efficacité du discours disciplinaire ». 

 

 

 

La synthèse entre les deux interprétations actuelles peut donc suivre les grandes lignes d’explications suivantes. La contrainte qui s’exerce sur les combattants est bien réelle. Mais ce n’est sans doute pas celle de la menace directe : il s’agit surtout d’une contrainte intériorisée qui révèle une société de l’époque infiniment plus hiérarchique que celled’aujourd’hui. Les mobilisés sont encore majoritairement des paysans ou des catégories sociales habituées dans leurs pratiques sociales civiles quotidiennes à la discipline et au respect du supérieur. La société militaire ne fait que renforcer des comportements déjà présents dans leur vie civile. 

 

 

 

Un thème important semble avoir été minoré ces dernières années pour expliquer les comportements des soldats. Cette explication a pourtant été avancée précocement par certains acteurs, notamment 

Maurice Genevoix ou Charles Delvert : il s’agit de la « professionnalisation » progressive des combattants de part et d’autre du front. Ceux qui survivent aux combats deviennent au fil du temps et de l’expérience des professionnels de la guerre, qui en ont appris les ficelles pour y survivre plus probablement. 

Marc Boch a donné son avis d’expert sur ce sujet : « le courage militaire est certainement très répandu. Je ne crois pas exact dire, comme on le fait parfois, qu’il est facile.Non pas toujours, à dire vrai, mais souvent, il est le fruit d’un effort. Effort qu’un homme sain obtient sans douleur de soi-même, et qui devient rapidement une habitude. » 

 

 

 

 

Un ultime argument permet de rendre compte du consentement à la guerre : le quotidien du combattant, fort heureusement pour lui, n’est pas fait que de combat.Loin s’en faut. La guerre c’est aussi le service en compagne, l’entraînement et le travail, qui sont certes subis comme un pensum mais constituent autant de proches d’oubli permettant au soldat de se reconstruire partiellement entre chaque ‘coup dur’ . 

 

 

 

En dernier lieu, il ne faut pas nier la culture de haine qui anime les soldats des deux camps lorsque le combat se rapproche, qu’ils peuvent identifier l’adversaire, surtout s’ils ont subi de lourdes pertes par bombardements peu de temps auparavant.  

Comment comprendre, sinon, le sacrifice consenti des combattants de Verdun qui n’avaient plus de chefs pour les commander, pas de gendarmes pour les contraindre et qui, cependant, du Bois des Caures aux Fossés de Vaux, ont tenu à combattre jusqu’au bout, avec rage et parfois plaisir de tuer,  même si ce dernier est rarement reconnu pas les témoignages empreints de pacifisme de l’entre-deux-guerres. 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
   
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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