L’Artisanat Masculin Algérien

2 05 2018

 

 

 

 

 

En Algérie, depuis bien longtemps, poussés par leur instinct grégaire, les artisans d’une même corporation installaient leur atelier dans le même quartier, la même ruelle et parfois dans un même local  (fondouk par exemple). 

C’est le cas des teinturiers qui sont dans la même ruelle qui porte leur nom (derb es sebbaghine), des forgerons (derb el-haddaddine), des tonneliers, des tanneurs, des babouchiers, des cordonniers, des orfèvres, des tisserands, etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Artisanat Masculin Algérien  dans Art 1521639709-708-001 

Quartier des cordonniers – Constantine 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’artisanat nourrissait à peine son monde et la vie de l’artisan n’était pas toujours en rose. Et malgré la généreuse solidarité corporative qui les unissait, les artisans connurent, durant les crises (1920 à 1945) de longues périodes de chômage. Les vieux, encore en vie, ayant connu cette époque, disent ‘’ Kânet el misiriya teqtaâ el mesmar ‘’. « La misère (était si grande que la rouille) érodait les clous », ou bien : ‘’derraz ouella kherraz ouella herfat qahouadji’’ ; Tisserand ou réparateur de chaussures ou garçon de café. Par manque de travail, l’artisan chômeur cherchait un autre travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Il changeait de métier en dégringolant dans l’échelle sociale, ou bien ‘’ktir es senaâ, bla senaâ’’. « Celui qui a plusieurs métiers n’a pratiquement pas de métier » ; ce qui correspond à ‘’mille métiers, mille misères’’. 

 

 

 

Malgré cette misère, l’artisan restait digne et fier ‘Fout ela djarek dji’ane oua ma tfoutsch ‘alih ‘ariane’’ « Passe devant ton voisin, le ventre vide mais ne passe pas devant lui mal vêtu. » On peut camoufler la faim et le besoin. En s’habillant correctement, on cache la pauvreté qui apparaît dans cette société comme une tare ou une maladie honteuse. On mange peu ou on ne mange pas du tout, l’essentiel c’était le (paraître). 

 

 

 

 

 

1521639811-784-001 dans Art

 Algérie – Tisserands 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les effets de la Première Guerre mondiale, les pénuries, les maladies, les conséquences multiformes de la crise économique mondiale de 1920 et le mouvement ouvrier français de 1936 avec l’apparition du Front populaire, ont plongé la population indigène d’Algérie dans la plus grande pauvreté. L’instinct de conservation développera chez elle la débrouillardise et l’esprit créateur. Il fallait ne compter que sur soi. On utilise la matière première locale pour fabriquer tout l’équipement domestique. 

 

 

 

En plus de l’équipement domestique confectionné en terre cuite par des femmes, les lampes à huile, les cafetières, les brocs à eau, les bassines, sont fabriqués par le plombier avec de la tôle galvanisée. Le bois servait non seulement à fabriquer les meubles mais aussi des ustensiles de cuisine: cuillère, louche, pétrin (sahfa), pot à eau (qbiba), seau et tonneau (bermil). C’était l’œuvre du menuisier et du tonnelier. 

 

 

Les tisserands fabriquaient les couvertures et les rideaux avec la laine filée par les femmes dénotant ainsi une complémentarité nécessaire dans la chaîne sociale du travail. 

 

Dans le quartier arabe, les chaussures les plus répandues au niveau de la population laborieuse indigène, c’étaient des espadrilles espagnoles confectionnées avec une toile blanche et en guise de semelle, de la mèche tressée, constituée de fibres d’agaves, abondants aux alentours de la ville. On rapportait les feuilles d’agave blanches et tendres, on se servait d’une cornière métallique pour essorer la feuille blanche de la plante posée sur une planche. On en tirait des touffes de fibres textiles qu’on tressait en corde plate à trois éléments avec laquelle on confectionnait les semelles qu’on vendait à ses camarades espagnols. 

 

 

Après l’arrivée des Américains en 1942, la toile de tente de couleur kaki, plus résistante, et les vieux pneus récupérés servaient pour la confection d’une chaussure nouvelle un peu plus ‘raffinée’, plus durable. 

 

 

 

Durant la période sombre de 1936 à 1940, la misère était grande et beaucoup d’artisans étaient en chômage. L’artisanat textile a repris du poil de la bête à partir de 1940 après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Les produits fabriqués en France arrivaient difficilement en Algérie, et pénétraient rarement dans les familles misérables de la société indigène qui vivait dans un monde à part. Les musulmans majoritairement pauvres allaient très rarement dans le quartier européen et ne le connaissaient presque pas. 

 

 

 

 

 

 

 

 1521639861-982-001 

Armurier Indigène 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’autosuffisance, dans tous les domaines, alimentaire, vestimentaire, économique, était une nécessité vitale. 

« Le besoin crée la fonction et la fonction crée l’organe » disait Darwin. Ce besoin d’autosuffisance a fait que la société indigène, qui a d’ailleurs un passé artisanal notoire, a été amenée à varier les activités manuelles pour subvenir à ses besoins et à s’organiser. Le monde artisanal tlemcénien obéissait obligatoirement et nécessairement à des règles établies. Chaque corporation était soumise à une discipline collective spontanée et à une solidarité permanente « dans le bonheur et dans le malheur » ‘’fi essera’ oua d derra’’ (pour le meilleur et pour le pire.) La rivalité n’existait pas, s’il y a une concurrence, elle existe dans le perfectionnement de la qualité du produit fabriqué. Dans tous les corps de métiers, les artisans se faisaient un point d’honneur de réaliser les meilleurs ouvrages. Leur bénéfice était certes limité mais la satisfaction personnelle et la fierté de l’artisan pour le travail bien fait était sans commune mesure. Le patron lui-même travaillait avec ses employés et tout ce monde œuvrait dans la bonne humeur et le respect mutuel. L’honnêteté n’était pas un vain mot. Et bien que les artisans de la même corporation fussent voisin, face à face, ou mitoyens ou même dans le même local, il n’y avait aucune intimité entre eux. 

 

 

« La fortune vient d’Allah, le Clément, le Miséricordieux » 

 

Bien au contraire, la solidarité agissante se manifestait naturellement au cours de certains travaux importants, nécessitant une main-d’œuvre nombreuse. Les artisans voisins s’entraidaient mutuellement, une fois chez l’un, une autre fois chez l’autre, etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1521639989-344-001

Fabricants de Burnous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De courts poèmes de circonstance étaient prononcés durant ces travaux collectifs. A titre d’exemple :

 

  • Kis ‘ala kis, Allah yarham Moulay Idriss, ya ben driss, ya ben Abdellah Chérif El Kamel. (Bourse (pleine) sur bourse (pleine), que Dieu bénisse Moulay Idriss, Ô Bendriss, Ô Ben Abdellah le noble, le parfait.)

 

 

  •  Leff oua Rabbi Yekhlef oua a’quel Ech Chitane yetlef. (Enroule la chaîne (de tissage) et Dieu répare (ou remplace) et l’esprit de Satan s’égare).  

 

 

  •  

    M’hakka ‘ala m’hakka, Allah y’aabbina El Mekka. (Frottoir – ou grattoir- sur frottoir, que Dieu nous emmène à La Mecque).

 

  

  • Fliless ‘ala fliless, Allah iy ‘ammar el kouiyess. (Piécette sur piécette, que Dieu remplisse la caissette).

 

  • Es-salat ‘ala Nabi fdhal, ed drob Echitan ber rtal. (La prière sur le prophète est meilleurs, et lapide Satan avec le poids d’une livre). 

 

  

  • Dar fi qelb dar oue eddalia maghroussa, Allah ya ‘ati lem m’almi hal ‘Aroussa. (Une maison à l’intérieur d’un maison où la vigne est plantée ; que Dieu donne à mon maître (patron) une épouse). 
     
  • Aouiyed ‘ala aouiyed, Allah ya’ti el-Sân’I hal wlouiyed. (Bâtonnet sur bâtonnet, que Dieu donne à mon maître ouvrier un garçonnet). 
     

 
 

 

En conclusion, l’artisanat dans la vie quotidienne, quoique pénible, était admirablement réglé permettant aux familles besogneuses et laborieuses de survivre frugalement et honnêtement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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