Division des groupes en tribus – 2ème partie –

13 02 2018

 

 

 

 

 

II - Différences dues à des causes physiques et politiques

 

 

 

 

 

 

 

 

Indépendamment du phénomène des migrations périodiques qui résulte exclusivement de la nature du climat et du sol, et forme le caractère principal de l’Algérie, cette contrée offre un grand nombre d’exemples d’autres migrations dues à des causes en partie physiques et en partie politiques, et qui ont donné lieu à des établissements permanents. 

 

Quelquefois l’origine de ces déplacements de tribus ne se révèle par aucun indice extérieur, la tradition seule en conserve le souvenir; mais souvent aussi elle se manifeste par un signe facile à reconnaître, l’identité des noms.

Il se rencontre fréquemment des tribus de même nom séparées par de grandes distances. Ces tribus reconnaissent presque toujours une origine commune ; une d’elles est la métropole, les autres sont des colonies.

Quoiqu’il existe des déplacements de ce genre sur toute la surface de l’Algérie, cependant ils se produisent plus fréquemment dans l’est que dans l’ouest.

La formation de ces colonies remonte à des époques plus ou moins éloignées; elle est due à des circonstances de natures diverses.

Les unes se sont établies librement sans l’intervention du pouvoir supérieur, souvent même sur des portions du territoire qui échappaient à son action;

Les autres, au contraire, ont été fondées par le gouvernement turc eh vile d’un intérêt administratif ou politique.

 

Il y a donc lieu de reconnaître deux classes de colonies, savoir:

a) Les colonies libres,
b) Les colonies administratives.

 

 

 

 

 

Colonies libres.

 

Les colonies libres conservent presque toujours, avec le nom de la tribu métropole, la trace de leur origine; mais la cause qui a déterminé quelques familles à s’éloigner du sol natal n’est pas toujours facile à retrouver.

Tantôt c’est la discorde, tantôt c’est la misère; il y a d’autres causes encore.

Cest en général la misère qui transporte quelques parties de tribus des pentes abruptes et rocheuses de la montagne soit dans les riches vallées du Tell, soit dans les oasis du Sahara.

 

Les exemples de colonies libres formées dans ces diverses circonstances sont nombreux.

Dans la province de Constantine, presque toutes les tribus qui habitent la partie du massif méditerranéen voisine de la mer ont des colonies dans la partie supérieure des vallées. Ces colonies doivent leur formation à de pauvres gens qui, ne trouvant pas d’ouvrage dans les montagnes, émigrèrent à diverses époques, et allèrent dans les plaines louer leurs bras aux tribus riches qui les habitaient. Amassés avec économie, les faibles produits de ce travail leur permirent de devenir propriétaires; ils appelèrent alors autour d’eux toutes les émigrations du pays natal, et fondèrent, sous le nom patronymique de la métropole, de nouvelles tribus.

C’est ainsi que les Ouled-Aïssa, qui habitent le cap Seba-Rous au pied du Djebel-Goufi,ont une colonie dans la vallée de l’Oued-el-Guebli (rivière de Kollo).

 

C’est ainsi que les Ouled-Atia, situés aussi au cap Seba-Rous, ont une colonie considérable sur la route de Philippeville à Constantine dans la vallée supérieure du Safsaf, une autre sur l’Oued-Ziad, et une troisième à Aïn Morkha ; ces deux dernières sont contiguës au lac Fzara, près de Bone.

 

Le cercle de Guelma est lui-même une agglomération de tribus-colonies, venues, les unes du nord, les autres du sud; les unes des environs de Djidjeli, dans le massif méditerranéen ; les autres des pentes de l’Aurès, dans le massif intérieur. Aussi les noms des principales tribus de ces deux contrées se retrouvent-ils dans le cercle de Guelma: tels sont, pour l’Aurès, les Beni-Oudjana, les Achêch, etc.; pour les environs de Djidjelli, les Beni-Foughal, les Beni-Kaïd, les Beni-Ahmed, les Beni-Hacen, etc.

 

On doit ranger encore dans la classe des colonies libres, quoique son installation ait été favorisée par les Turcs, la riche tribu des Harakta, établie sur le plateau qui renferme les sources de la Seybouse. Cette tribu tire son origine des Harakta du Mâder, situées à l’Est, au pied des versants septentrionaux du massif intérieur. Le territoire occupé en ce moment par la tribu-colonie appartenait antérieurement à trois tribus, les Ouled-Daoud, les Ouled-Ali-ben-Yahia et les Ouled-Mtalla. Les deux premières sont demeurées comme tribus annexes des Harakta ; la troisième, qui était la plus considérable, a été dispersée, de sorte que son nom n’existe même plus.

 

Un des déplacements les plus remarquables, autant par l’étendue de la migration que par les circonstances qui l’ont accompagnée, est celui des Arib, dont la métropole occupe, par le 28e degré de latitude, la partie la plus méridionale du Sahara marocain. A une époque qu’il serait difficile de préciser, des dissensions intestines forcèrent une partie de cette tribu de s’éloigner du sol natal. Elle s’avança alors vers le nord-est et vint s’établir sur les confins du Sahara algérien: là de nouvelles contestations avec les tribus voisines déterminèrent un nouveau mouvement vers le nord, et la colonie des Arib arriva ainsi dans le Hodna; puis elle passa dans le massif méditerranéen et vint s’établir, par suite d’un arrangement avec les tribus qu’elle déplaçait, dans la vallée supérieure de l’Oued-Akbou (rivière de Bougie).  

L’occupation française occasionna encore un mouvement dans la tribu des Arib, dont une partie vint s’établir auprès de la Maison-Carrée. C’est ainsi que, par une suite de vicissitudes et de déplacements, la tribu la plus reculée du Sahara marocain se trouve avoir une colonie sur la côte algérienne.

 

 

 

Alger lui-même, le chef-lieu des possessions, est une colonie d’origine kabyle; mais les Beni-Mezghanna, ses fondateurs, ont disparu dans les guerres nombreuses qui ont agité le pays depuis trois siècles; cependant, ils ont laissé leur nom à la montagne qu’ils habitaient dans la partie supérieure du cours de Tisser. La ville avec les îlots qui lui font face, îlots dont le principal forme la tête de la jetée Khaïr-ed-Din , fut appelée Djezaïr Beni-Mezghanna (les îles des Beni-Mezghanna), et par abréviation, El Djezaïr. Plus tard, ce nom fut altéré; les indigènes n’en conservèrent que la dernière partie et appelèrent la capitale barbaresque Dzaïr; les Européens, au contraire, conservèrent les premières syllabes et l’appelèrent Alger, de sorte que l’ensemble des deux noms, AlgerDzaïr, donnés aujourd’hui à la cité mauresque par les deux populations qui l’habitent, reconstitue le nom primitif Eldje-zaïr.

 

 

 

La province d’Oran présente en général moins de traces de déplacements que les deux autres.

Cependant on en retrouve encore quelques-unes: ainsi les Hameïan, établis près d’Arzeu, sont une colonie des Hameïan, situés au pied des versants septentrionaux du massif intérieur. Les Beni-Matar, établis sur le territoire des Douair, viennent des Angad. La tribu d’El-Arouat, qui fait partie du groupe des Beni-Amer, est une colonie d’EI-Aroual dans le Sahara. La tribu des Sahari, établie entre l’Hilhil et la Mina , est encore une colonie venue originairement du Djebel-Sahari. La tribu Angad du Tell reconnaît comme métropole la tribu Angad du Sahara. Les Ouled-Atia et les Beni Mengouch-Thata, situés à l’extrême frontière de l’Algérie, au point où commence la côte du Maroc, sont deux colonies des Beni-Snacen, tribu du Maroc. Les Cristellia, situés sur la côte entre Oran et Arzeu, et Betioua, sont des colonies kabyles venues du Maroc.

 

 

 

 

 

Colonies administratives.

 

On entend ici par colonies administratives les colonies indigènes fondées par les Turcs pour les besoins de leur gouvernement ou de leur domination. Elles sont de deux sortes:

 

- Civiles,

- Militaires.

 

 

 

 

 

- Colonies administratives civiles.

Les colonies civiles ont pris naissance par suite de concessions faites, sur les terres du domaine, à certaines tribus qui les exploitaient à titre de fermières, moyennant une double redevance en numéraire et en nature. Ce fait se présente principalement dans la province de Constantine; partout ailleurs les colonies administratives avaient un caractère presque exclusivement militaire.

 

 

Voici quelques-unes de ces colonies-fermières enclavées dans le vaste réseau des propriétés domaniales: 

 

Les Amer-Cheraga, au sud-est de Constantine, originaires des Amer-Gharaga de Setif;

Les Drid-Chettaïa, à côté des précédents, 

Les Drid de Somà, un peu à l’est de Constantine,

Les Drid près de Bone, au sud-sud-est,

Les Gherazla, à l’est-nord-est de Constantine, originaires des Gherazla, dans la Medjana;

Les Elma-Sferdjla, près du camp d’El-Harrouch, originaires des Elma de Bazer, au sud de Sétif;

Les Beni-Mestina, situés à quelques lieues au nord de Constantine, originaires des Beni-Mestina, situés dans le groupe de Khachna, à l’est d’Alger.

 

* les 3 Drid sont originaire de Drid-Ouabra du Ziban 

 

 

 

 

 

- Colonies administratives militaires.

 

Les Turcs, privés de l’assistance pécuniaire du gouvernement métropolitain, privés de l’appui qu’ils auraient pu trouver dans une population coloniale turque; réduits à une armée assez faible, qu’ils n’avaient pas d’intérêt à augmenter, parce qu’il fallait la payer, les Turcs avaient dû chercher dans le sol et la population indigène les moyens de faire face aux charges de leur gouvernement et aux besoins de leur domination.

C’est par des colonies militaires, dont ils empruntaient les éléments au pays lui-même, qu’ils avaient pourvu aux diverses nécessités de leur établissement.

Sous des noms différents, ces colonies avaient à peu près la même constitution et concouraient au même but.

C’est par elles que nos devanciers, dans l’impossibilité de concentrer des forces nationales considérables sur tous les points d’occupation, étaient parvenus à disperser leur armée sans l’affaiblir.

 

Suivant leur origine, leur nature, leur rôle spécial, ces colonies s’appelaient Zmala et Zmoul, Daïra et Douaïr, Abid, Mkahlia, Azara ; souvent aussi elles portaient simplement le nom de la tribu qui en avait fourni le noyau. Tels étaient les Sahari, sur l’Hilhil; les Gherazla-Gharaba, à AïnTurk; les Açamnia, à Sétif; les Hachem, à Bordj-Bou-Ariridj.

 

Les Zmala (au pluriel Zmoul), les Daïra(au pluriel Douaïr), étaient formés de familles empruntées à diverses tribus qui venaient s’établir sur des terres appartenant au domaine, soit par droit de confiscation, soit par droit de vacance.

 

Les colonies Abid (nègres) étaient ainsi appelées parce qu’elles étaient composées primitivement de nègres affranchis.

 

Les Mkahlia (fusiliers) avaient en général la même origine que les Daïra et les Zmala ; il en était de même des Azara.

 

Ces tribus administratives réunissaient le caractère agricole et le caractère militaire ; avec la terre et les instruments de travail, le colon recevait des armes et un cheval. Ces divers objets étaient donnés à titre d’avances, que le colon devait rembourser sur les premiers produits de son travail.

Ces colons étaient établis presque toujours autour d’un bordj ou fortin commandé par un kaïd turk, et occupé par une petite garnison lurke. A la voix du kaïd, les colons devaient prendre les armes et marcher.

Attachées à la population par leur origine et leurs habitudes, au gouvernement par les services qu’elles lui rendaient et les priviléges qui leur étaient accordés, ces colonies militaires favorisaient l’action de l’autorité centrale sur toutes les classes de la population. Le garnisaire turk n’était que soldat. Le colon arabe était à la fois paysan et gendarme. I1 est facile d’apprécier les avantages réciproques que le colon et l’État trouvaient dans cette institution.

Le colon recevait la terre et les instruments de travail; il était exempté de la contribution en espèces, représentative du loyer de la terre, et n’était assujetti qu’à la redevance en nature, signe de la dépendance. Il jouissait, pour lui et sa famille, d’une grande sécurité, et acquérait même sur les tribus une certaine influence, inhérente aux fonctions qu’il remplissait. I1 avait encore quelques priviléges accessoires, dont plusieurs se traduisaient en indemnités pécuniaires payées par les tribus.

 

Tels étaient les avantages assurés aux colons. Voici maintenant ceux de l’État:

Moyennant la concession de la terre, qui non-seulement ne lui coûtait rien, mais lui rendait encore la dlme des produits, il disposait d’une gendarmerie nombreuse, mobile, aguerrie, qui maintenait l’ordre sur tous les points du territoire et assurait l’exercice de la justice et la perception de l’impôt.

Outre les colonies formées d’éléments indigènes, il en existait quelquesunes composées de Kouloughlis, nés des alliances contractées par les Turcs dans le pays. Le plus remarquable de ces établissements était celui des Zouatna, fondé sur les deux rives de l’Ouad-ez-Zitoun, au sud-est d’Alger, entre le groupe de Khachna et celui des Beni-Djaad.

 

Ces colonies indigènes étaient établies soit sur les principaux marchés, soit sur les communications importantes. Souvent elles réunissaient à la fois ces deux conditions.

Toute l’organisation de la province d’Alger, sous les Turcs, reposait sur le principe des colonies militaires arabes. Il en existait dans les kaïdats

De Sebaô,

De Bou-Rni,

Des lsser,

De Khachna,

Des Beui-Djaàd,
Des Beni-Sliman,
Du Sebt,
Des Arib;

 

 

 

Dans le beylik de Tilri.
 

Ces colonies étaient toutes établies sur le principal marché de chaque district.
Il existait encore des colonies militaires arabes échelonnées,
 

 

1° Sur la route d’Alger à Oran; c’étaient:
Bou-Halouan, près de Miliana;
Les Ouled-Sahari, au pont du Chelif;
Les Beni-lahia, sur l’Ouad-Rouina;
La Zmala d’Hadji-el-Baghdadi, sur l’Oued-el-Fodda;
Deux Zmala, au confluent de l’Ouad-lsIi;

Les Azara et la Zmala de Hadj-el-Medda, au confluent de l’Ouad-Riou;

Deux Zmala, au confluent du Chelif et de la Mina;

Les Mkablia, sur la Mina;

Les Sahari, sur l’Hilbil.

 

 

 

 

 

2° Sur la route d’Alger à Constantine; les principales étaient:

Les Zouâtna, sur l’Oued-ez-Zitoun;

Les Harchaoua, à Ben-Haroun, sur l’Ouad-Souflat, affluent de Tisser;

Celle des Arib, sur l’Oued-el-Akal;

Les Hachem, à Bordj-Bou-Ariridj;

Les Ghcrazla-Gharaba, à Aïn-Turk;

Les Açamnia, colonie de Kouloughlis, a Sétif;

La Daïra de l’Oued-ed-Deheb;

La Daïra de l’Oued-Bou-Slah;

La Daïra-Sraouia.

 

 

 

 

 

Sur la route de Constantine à Philippeville, on trouvait:

 

La colonie des Ouled-Braham, au camp de Smendou;

Celle des Maouia , à Skikda (Philippeville).

 

 

 

 

Sur la route de Constantine à Bone, on trouvait

la Daïra-Zenatia.

 

 

 

 

 

Sur la route de Constantine à Tunis,

la Zmala de Men-Mrad.

 

 

 

 

 

Sur la route d’Alger à Bougie,

on avait échelonné les colonies militaires de Khachna, d’Oum-Ménaïl chez les Isser, et des Amraoua. Mais l’accomplissement du projet de communication entre les deux villes, poursuivi jusqu’aux deux tiers de la route, avait été interrompu par la résistance des Kabyles.

 

 

 

 

 

Sur la route d’Oran à Mascara, on trouvait:

Les Khaznadjia, dans la plaine du Tlétat;

Les Oukla, dans la forêt de Mouleï-lsmaël;

Les Feraga, sur le Sig;

Une autre colonie du même nom, sur l’Ouad-el-Hammam.

 

 

 

 

 

Enfin, sur la route au sud de Médéa, on trouvait encore la double colonie des Abid et des Douaïr, et sur la route au sud de Constantine, celles de Zmoul.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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