L’Habitat Mozabite traditionnel : Persistances et changements

11 02 2018

 

 

 

 

 

La communauté mozabite semble toujours avoir eu, par l’intermédiaire de son commerce, des contacts extérieurs même lointains. Ils ont certainement joué un rôle dans l’évolution de la société. 
Depuis le début du siècle, ont été progressivement intégrées diverses innovations destinées à l’amélioration du confort par exemple. Avec la colonisation et l’exploitation du pétrole saharien, Ghardaïa devint un important lieu de transit qui attira les travailleurs en quête d’emploi ; le nombre d’étrangers dans la vallée augmenta donc. Simultanément, les Mozabites entreprirent davantage de voyages hors du pays : en Europe, aux Etats-Unis, au Proche et Moyen-Orient. La vallée devint aussi de plus en plus un centre d’attraction touristique. 
 

De cet ensemble de circonstances dégagent des influences qui ont abouti à des changements dans le mode de vie des habitants. L’apport d’un modernisme inspiré des techniques et des formes de vie occidentales a contribué au changement du tissu urbain et à des variations dans la conception de l’habitat. Des modèles étrangers ont d’ailleurs été implantés du temps de la colonisation sous la forme de bâtiments administratifs et de logements de fonction construits alors hors des villes.  

 
 

La tradition soumise à des sollicitations extérieures s’affaiblit peu à peu. Les unes après les autres, les règles autrefois admises et suivies de tous perdent leur impact et leur nécessité, deviennent moins strictes. Ce n’est pas là un jugement de valeur car l’évolution va souvent dans le sens d’une émancipation ; tout dépend évidemment des valeurs que l’on considère comme les plus importantes : cohésion et dépendance dans la communauté ou autonomie de l’individu.  

 
 
Si on se limite à ce qui est observable dans le domaine de l’habitation, plusieurs indices sont la manifestation d’une montée de l’individualisme : 
 
- La famille devient plus réduite, chaque nouveau foyer essaye aussitôt que possible d’être indépendant et d’avoir un chez-soi à part. 
 
- L’homme dont la vie était surtout publique et se déroulait à l’extérieur de la maison se cherche un refuge, il aménage dans sa nouvelle maison un salon, un bureau, une bibliothèque où il peut se tenir seul ou en compagnie de ses invités. 
 
- Une certaine ostentation apparaît : l’acquisition de biens de consommation et de matériaux modernes révèle les différences de pouvoir d’achat. 
 
- Les constructions s’éloignent du centre religieux, et s’élèvent maintenant hors des remparts, ce qui permet de moins subir la pression sociale (extension Beni Isguen).  
 
- A la périphérique des villes, le tissu urbain est beaucoup plus aéré, et on s’arrange pour accéder à sa maison en voiture. L’idéal semble être de réussir à concilier les avantages de la ville et de la palmeraie en construisant près de la ville une maison entourée d’un jardin. 
 
 
Certaines modifications de l’habitat sont dues à la disparition de contraintes :  
 
- Il n’existe plus réellement d’impératifs de défense militaire, les remparts et les tours n’ont plus de raison d’être et les habitants n’en recherchent donc plus la protection. 
 
- La nécessité économique de faire des réserves en prévision de temps difficiles n’est plus ressentie, ainsi des espaces naguère destinés à ces accumulations sont supprimés dans les constructions nouvelles (greniers à dattes, chambres à provisions…). 
 
- Une émancipation par rapport au pouvoir religieux entraîne une baisse de la fréquentation des mosquées, et la possibilité de s’établir loin d’elles. 
 
 

D’autres changements sont dus à l’apport de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques, d’autres modèles.

 

Les membres de la société mozabite sont nombreux à avoir les moyens de se procurer le ciment, les poutrelles métalliques, les éléments préfabriqués qui, à leur avis, permettent d’améliorer le confort de leur habitat et de l’embellir. Mes parpaings de ciment donnent des murs rectilignes, lisses, rapidement édifiés ; le carrelage rend le sol facilement lavable et plus plan ; les poutrelles autorisent de plus grandes portées et favorisent l’agrandissement des pièces ; des plaques ondulées en plastique translucide utilisées comme moucharabieh permettent l’ouverture de fenêtres sur l’extérieur pour un meilleur éclairage sans laisser le regard intrus pénétrer dans la maison ; des arcs et colonnes préfabriqués de style hispano-mauresque constituent un décor apprécié ; d’autres détails, grandes fenêtres, balcons, couloirs sont inspirés de modèles étrangers et introduits au gré du propriétaire. 

 

 

 

Autant d’éléments qui lors de leur mise en œuvre modifient beaucoup l’aspect et la conception de la maison. 
A l’intérieur de la maison, le mobilier et l’équipement domestique changent, dans les limites des moyens financiers de l’habitant : éclairage électrique pour lequel on fait surtout de tube au néon, appareils de chauffage et de climatisation, réfrigérateur, cuisinière à gaz, électrophones et radio, machines à coudre et à tricoter….Peu à peu sont utilisés des éléments du mobilier occidental, table et chaises par exemple. Une salle de bain est parfois prévue alors d’une transformation ou d’une construction neuve, mais elle est le plus souvent destinée à la chambre d’hôte. Tous ces objets et appareils ont besoin d’espaces différents de ceux que pouvait offrir la maison traditionnelle, qui elle-même comportait fort peu de mobilier. 
 
 
Cette transformation du mode de construction a des répercussions économiques. Alors que pour l’habitat traditionnel les matériaux se trouvaient sur place, que les réparations étaient faites par l’habitant lui-même ou par quelques ouvriers, que la construction était peu onéreuse, et que peu d’entretien était nécessaire, la modernisation augmente sérieusement les coûts. Des matériaux onéreux sont importés, on a besoin de techniciens qualifiés et même d’architectes. Cela conduit les riches à posséder des maisons plus grandes, plus équipées, que les foyers modestes qui continuent davantage à vivre à la manière traditionnelle en attendant de pouvoir s’offrir les transformations souhaitées. 
 
 
Les changements introduits dans les techniques et les formes de la construction affectent même l’architecture religieuse. Les vieilles mosquées sont démolies partiellement ou entièrement pour être reconstruites en ciment et bien rectilignes : nouvelle mosquée d’El Ateuf, aile moderne d’Ammi Saïd que les photographes essaient habituellement de faire sortir du cadrage, nouvelles mosquées des palmeraies.  
 
Mais tout en considération que la modernisation est un fait positif, nécessaire, et représente une amélioration, les Mozabites ne rejettent pas en bloc tout ce qui a constitué leur univers culturel.  Des données importantes persistent malgré les techniques et apports extérieurs. 

Tout en étant très modifiée dans son aspect, la maison conserve une organisation très proche du type traditionnel. On observe toujours l’entrée en chicane, la grande pièce éclairée par le trou central ; le salon des femmes ou tisefri reste au programme des habitations les plus récentes. Il est rare de trouver une pièce spécialement destinée à la cuisine. L’étage comporte toujours un portique dont l’orientation est respectée. La place du métier à tisser est généralement prévue car il continue d’être largement utilisé. Le salon « arabe » où l’on mange près du sol existe toujours, dans les maisons aisées il coexiste avec la salle à manger à l’occidentale. 

 

 

Certains éléments auparavant rares se sont généralisés : le salon de réception masculin avec chambre d’hôte, la cave. Dans la mesure des moyens du propriétaire, ils figurent dans les nouvelles constructions. 

 

 

Ces éléments traditionnels sont conservés lorsqu’un mozabite construit une maison à son usage, mais s’il construit pour louer à des étrangers à la communauté, il ne suit plus les mêmes impératifs.  

 

 

 

Est-il possible d’influencer les constructeurs dans leurs aspirations ?

Nous le croyions parfois en discutant avec eux des avantages et inconvénients comparés des solutions nouvelles et des solutions traditionnelles. Nous tentions par exemple de démontrer l’absurdité du balcon, dont il faut garder les volets fermés, ou qu’il faut entourer de paravents destinés à cacher les occupantes. Le règlement de sauvegarde du site les a interdits mais ils continuent d’être très demandés.  

 

 

 

une petite expérience menée par Henriette Didillon,Catherine Donnadieu Didillon Jean-Marc, Donnadieu Catherine qui ont consacré toute une étude sur l’habitat au M’zab.  Ils ont choisi de vivre dans des maisons traditionnelles, dans lesquelles ils ont aménagé les espaces et le confort correspondant à leurs besoins personnels. Ils y ont introduit ce qui dans une installation non provisoire leurs paraissait indispensable : eau, électricité, cuisine, salle de bain, bureau, rangements, éclairages, et ils ont cherché à le faire en utilisant au maximum les volumes et aménagements existants sans modifier la construction. Ils sont parvenus ainsi à un niveau de confort très satisfaisant, voire supérieur à celui de la majorité des constructions mozabites récentes ; ils ont imaginé pendant une période que ces modèles d’installation pourraient plaider auprès de leurs visiteurs mozabites en faveur de la conservation de la maison traditionnelle. Illusion : si leurs intérieurs provoquaient leur admiration polie, leurs commentaires signifiaient clairement qu’ils admettraient ce genre d’installation pour leur résidence secondaire, ou leur maison d’hôte, mais pas pour leur logis principal.  Il y manquait des caractéristiques importantes qui permettent de faire figure de gens évolués : murs droits et lisses, carrelages, fenêtres. Cette expérience a corroboré leurs conclusions sur le caractère vain et coercitif des mesures de classement et de protection des habitations d’une population dont l’architecture traditionnelle ne la satisfait plus. 

 

 

 

Les changements les plus importants, on l’a vu, concernent d’une part l’apparence et les dimensions de l’habitation, son organisation interne restant proche de la tradition, d’autre part l’urbanisme, du fait de l’extension des villes. 

Les changements les plus importants, on l’a vu, concernent d’une part l’apparence et les dimensions de l’habitation, son organisation interne restant proche de la tradition, d’autre part l’urbanisme, du fait de l’extension des villes.

Il faut signaler encore toute une série de constructions, habitations, commerces, bâtiments administratifs, qui ne correspondent à rien de traditionnel et qui sont le résultat de la colonisation, du développement de l’économie locale et de la croissance démographique. La multiplication des petites entreprises, des dépôts de commerçants, a conduit à une prolifération d’entrepôts et de garages dont les grandes portes métalliques se succèdent le long des voies urbaines autour des vieilles villes et même sur les remparts (Mélika).  Des quartiers entiers construits en matériaux modernes se sont édifiés autour des villes, à Ghardaïa surtout, accompagnés d’une infrastructure administrative importante : écoles, hôpital, gendarmerie, mairie, poste, etc. Un modèle d’architecture coloniale appelée « architecture saharienne » est très répandu. Les tentatives pour réaliser une architecture moderne inspirée de l’architecture traditionnelle et adaptée au site sont des exceptions, produites par l’imagination d’architectes européens. Quelques exemples dont le résultat est différent : la poste (André Ravereau), la mairie et l’hôtel (Fernand Pouillon). 

 

 

 

 

 

 

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Hotel M’Zab (ex-Rostémides) Ghardaïa, Algeria; 1970-71 Fernand Pouillon
 

 

 

 

 

 

L’évolution actuelle est irréversible. Au contact du monde moderne, l’architecture traditionnelle est progressivement détruite. Quelques notables et responsables sont bien conscients de l’importance de la conservation d’un patrimoine qui permet de maintenir une affluence touristique dont la contribution à l’économie locale est loin d’être négligeable. Mais les aspirations de la population ne vont guère dans ce sens. L’Atelier d’Etude et de Restauration de la Vallée du M’zab a eu pour tâche de freiner les démolitions, de contrôler les nouvelles réalisations. Ce n’étaient pas là des objectifs qui correspondaient aux aspirations de la population. Au nom de quoi les leur imposer ? L’intérêt national ? L’économie intéressée par le tourisme ? L’émotion d’esthètes nostalgiques ? Les Mozabites transforment le M’zab pour rejoindre un monde moderne auquel ils veulent participer à part entière sans faire figure de sous-développés. C’est le monde occidental qui a répandu partout ses produits et ses modèles en les faisant passer pour les plus évolués, qui voudrait maintenant leur faire la leçon. 

Il faut peut être faire l’expérience de perdre ses racines culturelles pour éprouver le besoin d’en conserver des traces, ce n’est pas encore le cas du M’zab. Que la société mozabite aille son chemin, il n’est pas de censeur qui puisse lui indiquer le meilleur. 

 

 

 

 
 
 
 

 Maisons d’hôte 
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