Les prophéties du Marabout El-Hadj-Aïssa de Laghouat

28 01 2018

 

 

 

 

 

Les prophéties du Marabout El-Hadj-Aïssa de Laghouat  dans Attributs d'Algérienneté 1514022983-140927-10-laghouat-marabout-sidi-aissa-et-fort-moraud

Sidi El-Hadj-Aïssa est le saint marabout dont la dépouille mortelle repose sous la koubba dans laquelle, en 1852, les troupes coloniales ont établi la batterie de brèche qui ouvrit Laghouat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les mois de mars et avril 1844, une colonne, forte de 1500 hommes, aux ordres du général Marey, franchissant la ligne de ceinture du Tell, avait pénétré dans le Djebel-Es-Sahri et poussé jusqu’au ksar Zakkar. Cette pointe avait suffi pour déterminer la soumission des tribus dont la colonne avait traversé le territoire; Laghouat même et la confédération des ksour envoyèrent au général une députation qui devait lui présenter leur gada. Ahmed-ben-Salem avait chargé son frère Yahia, qui était à la tête de la députation, de faire au général Marey la proposition suivante : Ben-Salem recevrait l’investiture de la France pour un khalifalik qui comprendrait Laghouat, les cinq ksour voisins de cette ville, les tribus des Arbaâ et des Harazlia, et même la confédération des Beni-Mzab. Comme les Français n’avaient pas la moindre raison pour rejeter les offres d’Ahmed-ben-Salem, le général envoya Yahia à Alger pour les développer et les faire accepter. Le Gouverneur-général, qui reconnut l’intérêt de cette proposition, décida qu’une colonne se rendrait sur les lieux pour organiser le pays dont Ahmed-ben-Salem demandait si humblement le commandement. 

Le 21 mai, la colonne Marey, forte de 2800 hommes, arrivait à Tadjmout où l’attendaient le khalifa Ahmed-ben-Salem et les chioukh du pays; le 25, elle dressait ses tentes devant Laghouat, où elle était parfaitement accueillie par la population ; elle séjournait sous les murs de ce ksar le 26 et le 27. Du reste, la présence des soldats dans ces contrées ne paraissait étonner personne ; ils y étaient reçus comme des gens qu’on attend.  

Cela s’expliquait: un marabout de Laghouat, Sidi El-Hadj-Aïssa, illustre autant par ses vertus que par le don de prophétie qu’il possédait, disait-on, à un rare degré, avait prédit, vers l’an 1714 que les Français prendraient Alger, qu’ils viendraient camper sous les murs de Laghouat, et qu’ils pousseraient même jusqu’à l’oued El-Heumar . 

Quelques incrédules regardent cette prédiction comme apocryphe, bien que le général Marey ait affirmé avoir eu entre ses mains le manuscrit contenant les œuvres complètes du saint, et y avoir lu les divers passages qui les concernent. Du reste, cette prédiction était connue de tous les tolbas de Laghouat bien avant 1830, et l’un des descendants du saint marabout, qui la savait de mémoire, la récita d’un bout à l’autre au général Marey. 

Comme la plupart de ses pareils, Sidi El-Hadj-Aïssa joignait au don de prophétie celui de poésie; il ne parlait et n’écrivait qu’en vers ; dans les passages qui suivent on a essayé de rendre les fragments des prophéties du saint marabout qui se rapportent aux Français. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1er  FRAGMENT 

  

Par delà les sommets poudrés de sable d’or 

Où nos ardents djouad (1) lancent le thir el-horr (2)

Je vois se dérouler en terre musulmane 

De soldats inconnus la longue caravane….. 

Ces étendards flottant sous le vent du désert 

Ne sont pas nos drapeaux ; là, point de turban vert, 

Insigne des chérifs descendants du Prophète, 

Point de bruits de chabir que l’étrier répète 

Et qui font se cabrer nos rapides coursiers 

Sous l’étreinte de fer de nos vaillants guerriers! 

Ces troupes, ces canons qui laissent dans nos sables 

Un immense sillon, ces rangs si formidables 

Serrés comme les grains de notre chapelet, 

Ne sont point ceux, hélas! De Sidna Mohammet! 

Ce n’est pas là le Turc à la rouge bannière 

Venant heurter nos ksour de sa vaine colère…. 

Ils avancent toujours… Déjà j’entends leurs voix….. 

Ce sont, par le péché! Les enfants de la croix! 

Oui, ce sont les Chrétiens que Dieu, dans ses vengeances, 

A pris pour instruments de ses justes sentences; 

La puissante valeur et le sabre d’Omar 

Ne les arrêteraient, et l’ouad El-Heumar (3) 

— Car Dieu l’a décidé — verra sur ses deux rives 

Du pied de leurs soldats les traces fugitives…. 

Allons ! Fils de l’Islam, préparez leurs repas 

Du matin et du soir à ces maîtres du bras!  
Allons! À ces Chrétiens montrez dans leur parure  

Vos femmes sans leur voile ainsi que sans ceinture!….. 

Par ma tête! Ils sont là !… Voyez-vous de leurs feux 

La flamme s’élever sur nos rochers poudreux?….. 

0 vous qui m’entendez, ne dites pas : « Il rêve! 

Ce n’est point l’heure encore où Dieu, rompant sa trêve, 

S’apprête à nous frapper, et bien loin sont les temps 

— S’ils doivent arriver — où l’on verra les camps 

Des Chrétiens menacer les remparts de nos villes….. 

Ils trouveraient la mort dans nos sables stériles!……. 

Aïssa, tu vois mal. » — Les méchants de Temoud,  
D’Ad et de Madian ont dit au prophète Houd, 

A Chouaib, à Salah, quand, avant de détruire,  
Dieu les eût envoyés à ce peuple en délire  
Pour lui porter encor ses avertissements,  

Ces aveugles ont dit : 0 prophète, tu mens!… 

On eut en vain, le soir, de ces maudites races 

Recherché sur le sol les méprisables traces….. 

Moi je vous dis : J’ai vu, je vois de mes deux yeux 

Les étendards chrétiens partout victorieux; 

Je vois El-Djezaïr, la ville bien gardée, 

De soldats étrangers la muraille inondée; 

Des entrailles de fer de leurs puissants vaisseaux, 

Je les ai vus sortir comme de leurs tombeaux 

Sortiront les mortels quand arrivera l’heure 

Où la terre, qui fut leur dernière demeure, 

Rejettera sa charge…… Alger — trois fois malheur! 

—Se tord de désespoir sous le pied du vainqueur;  
Les Croyants, repoussés par la vague qui monte,  

— La vague des Chrétiens, — s’en vont cacher leur honte  
Aux déserts de Maghreb que baigne l’Océan,  

A Tunis, à Maceur, ces terres du Coran;  
Et la voix de l’imam qui guidait la prière  
Du musulman courbé le front dans la poussière,  
Ne parle plus de Dieu dans nos vieilles mosquées  
Aux enfants de l’Islam, aux foules convoquées.  
Sur nos dômes sacrés la croix tend ses bras d’or,  
Et nos croissants brunis au chaud soleil du dhor   
Sont partout renversés…….O toi, cité splendide!  

— Telle est la volonté de Celui qui décide, 

Toi, dont les fiers raïs  sont les maîtres des mers,  
Tu prendras des Chrétiens la loi, la foi, des fers!  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IIe FRAGMENT 

  

Le Turc se reposait sur ses vieux janissaires;  
La mer obéissait tremblante à ses Corsaires;  
Son pouvoir enlaçait dans un vaste réseau  
La moitié de la terre, et son sanglant drapeau  
Etouffait dans ses plis du couchant à l’aurore  
Tout un peuple éperdu qui le craint et l’abhorre.  
Au lieu de louer Dieu, — Dieu qui les a comblés,  
— Au lieu de prier Dieu dans son temple assemblés,  
Ces enfants du péché qu’enivre leur puissance  
Poussent l’impiété jusques à la démence:  
Ils ont tout oublié, foi, loi, religion;  
Tout est fange chez eux, vice et corruption;  
Le peuple perverti de Sodome et Gomorrhe,  
Sur qui Dieu fit pleuvoir la flamme qui dévore,  
Etait moins criminel que ces chiens d’Ottomans,  

          Qui — ne les croyez pas — se disent Musulmans…. 

Mais le jour approchait où, comblant la mesure,  
Le Turc allait finir son règne de souillure:  
Endurci dans le crime, il dormait son sommeil, 

Et Dieu lui préparait un terrible réveil………………… 

Voyez-vous ces Chrétiens s’avançant innombrables  
Comme les grains qu’enlève en soufflant dans nos sables  

Le guebli (4) furieux?…… Partout ils sont vainqueurs; 

Ils avertissent Dieu par d’ardentes clameurs 

Qu’ils l’ont enfin vengé!……… Le Turc fuit, plein de honte, 

Devant ses ennemis dont le flot toujours monte;  
Il laisse abandonnés et sans protection  
Ses femmes, ses foyers. La malédiction  

Du Seigneur le poursuit et pèse sur sa tête……… 

Le Chrétien marche encore ; il n’est rien qui l’arrête.  
Son pouvoir est sans borne ; il émane de Dieu:  
Du pays des palmiers à la mer du Milieu (5),  
De Tunis au Maroc, la terre des fidèles,  

Il n’est point de muraille ou bien de citadelles  
Qui puissent faire obstacle aux terribles soldats  

Que la mer a vomis…… Apres de vains combats, 

Le Turc, toujours vaincu, laisse Alger, — son esclave,  
— Que, depuis trois cents ans, il corrompt et déprave…  
Mais Alger reste esclave, et prend de nouveaux fers,  

Toute meurtrie encor des maux qu’elle a soufferts…… 

Mettant en Dieu pourtant toute sa confiance,  
D’un avenir meilleur elle avait l’espérance!  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IIIe FRAGMENT 

Quand, dans la nuit d’El-Kadr, les anges et l’esprit  
Ont réglé l’avenir dans l’immuable écrit,  
Dans ce livre éternel des arrêts inflexibles,  
Ainsi que l’ont voulu les destins infaillibles,  

Tout arrive ici-bas…… Quand tu verras venir 

Le jour du jugement et le ciel s’entrouvrir.  
Ne crains rien si, pendant ton séjour en ce inonde,  
Ta mortelle existence en vertus fut féconde;  
Ne t’inquiète pas de ce que fera Dieu  

Si la foi fut ta part et ton unique vœu…… 

Comme un immense éclair écrivant sur la nue  
Sa terrible menace en sa langue inconnue,  
L’ange Tedzel viendra sur les ailes des vents  
Apporter les décrets du Seigneur aux vivants:  
Tout être écoutera d’une oreille attentive  
Sa parole, et la foule, à ses lèvres captive,  
Entendra les arrêts dictés par l’Éternel.  
Ecoutez ce que dit l’ange envoyé du ciel:  
«  La puissance des Turcs, par le mal ébranlée,  
Comme un mur ruiné sur eux s’est écroulée;  
La ville aux croissants d’or, subissant les décrets,  
N’entend plus le moudden sur ses blancs minarets.  
Alger, malheur à toi! Malheur à tes murailles  
Qui virent impuissants aux jours de tes batailles  
Les efforts des Chrétiens! Malheur à ton beau port,  
Tombe où sont endormis du sommeil de la mort 

Tes ennemis venus sur leurs vaisseaux de guerre  
Pour te faire trembler, toi, des cités la mère!  
Malheur à tes tyrans! Car Dieu les a maudits,  
Et prochains sont les temps par l’Apôtre prédits !….  
C’est en vain que des Turcs on cherchera la trace,  
Sillage fugitif qui paraît et s’efface;  
Leur pouvoir odieux, ô belle Djezaïr,  

Pour les Croyants, tes fils, sera sans souvenir!….. 

Les destins l’ont voulu! Alger, la blanche ville  
Que le vainqueur chrétien de son talon mutile,  
Abrite dans ses murs le soldat d’outre-mer,  
Qui la presse et l’étreint de son poignet de fer.  
Ses temples sont détruits, ses maisons somptueuses,  
Ses ravissants jardins aux sources merveilleuses,  
Sont souillés et déserts, et la mer aux flots bleus  
Jamais ne verra plus nos corsaires fameux  
Faisant fuir devant eux les enfants de l’Espagne;  
La mer ne verra plus ces pourvoyeurs du bagne  
Jeter dans les harems ces vierges, ces esclaves  
Qu’aux rivages chrétiens ravissaient les plus braves !…………  
La louange sur Dieu dont c’est la volonté!  
II nous donne la joie ou bien l’adversité! ……. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IVe FRAGMENT 

D’innombrables soldats, portés par des galères  
Hissant à leur grand mât des couleurs étrangères,  
Menacent Djezaïr, et comme des vautours  
Je les vois assaillir ses remparts et ses tours:  
C’est, par le Dieu vivant! Le pavillon de France!  
Je dis : Malheur aux Turcs! Leur immense puissance  
Qui retenait captif l’univers sous leur bras  
— C’est Dieu qui l’a voulu! — s’écroule avec fracas.  
A l’aspect imposant de ces bannières blanches  
Venant leur demander de sanglantes revanches,  
Les Turcs remplis d’effroi désertent leur cité,  
En laissant aux soldats de cette chrétienté  
Dont ils ont si souvent excité les alarmes,  

Leurs femmes, leurs palais, leur honneur et leurs armes…….. 
Aujourd’hui, le Chrétien, ce pâle enfant du Nord,  
Ne voit plus le corsaire emmener à son bord  
Ses vierges pour peupler du Turc les gynécées;  
Ses rives ne sont plus sans cesse menacées  
Par ces hardis raïs qui portaient la terreur  

Jusque sous le canon du pays de l’Erreur…… (6) 

Tout ce que souffre Alger, la ville magnifique,  
C’est Dieu qui l’a voulu, Dieu le seul et l’unique!  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ve FRAGMENT 

C’en est fait de Dzaïr ! Les destins l’ont voulu!  
Des impuissants pachas l’empire vermoulu  
S’est effondré sous eux, et la foi musulmane,  
Témoignage sacré qui de Dieu môme émane,  
Est morte dans Alger, la cité dont les forts  

Des Chrétiens ennemis arrêtaient les efforts………. 

J’ai vu……. — Ne dites pas que c’est de la démence, 

— J’atteste que j’ai vu les soldats de la France  
Dresser sur nos coteaux leurs gourbis et leurs camps,  
Et, sans être troublés, moissonner dans nos champs !……  
Voyez-la s’avancer cette puissante armée  
Bondissant furieuse en panthère affamée:  
Rien ne résiste, hélas! à son terrible choc,  
Et sous ses rudes coups, nos murailles de roc,  
Comme un vieux tronc pourri qu’aurait frappé la foudre,  
Se brisent en éclats et s’envolent en poudre.  
Les Chrétiens sont vainqueurs, et les portes de Dzaïr  
Ouvrent leurs deux battants aux maîtres de la mer:  
Les riches sont chassés; leur opime dépouille  

Va charger les vaisseaux de la flotte qui mouille 

Alger voit aujourd’hui les sectateurs du bois (7) 

Envahir la mosquée, et les sublimes lois  

Que dicta le Seigneur à son dernier prophète,  

Dans le menbeur  sacré restent sans interprète……. 

Mais Dieu le veut ainsi ; la louange sur lui!………… 

Cherchons dans le Seigneur notre plus ferme appui!……….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Les nobles. 

(2) thir el-horr, l’oiseau noble, de race, le faucon. 

(3) c’est un affluent de droite de l’ouad El-Djedi, rivière qui n’est, du reste, que la continuation de l’oued Mzi. 

(4) Le vent du sud ou du désert. 

(5) C’est ainsi que les Arabes désignent ta Méditerranée 

(6) Tout pays où l’on ne professe pas ta religion mahométane.            

(7) Terme de mépris par lequel les Musulmans désignent les Chrétiens, qu’ils regardent comme des idolâtres.

oooooo

——-

————-

————-

———————-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45